[Le GREPH a été un acteur très important des débats, ne serait-ce  que par sa proximité avec Jacques Derrida qui l’avait fondé en 1975.

Il répond ici à la pétition du « Collectif pour l’enseignement philosophique » contre le Rapport Derrida-Bouveresse, collectif créé pour la circonstance et animé par Françoise Raffin et Henri Pena-Ruiz, soutenu et relayé par l’APPEP. La pétition a commencé à circuler qu’alors que le Rapport n’était pas encore public : elle ne citait pas une seule ligne du rapport, elle ne mentionnait qu’une partie des mesures proposée, sans faire état des arguments qui les justifiaient, et elle appelait les professeurs de philosophie à s’y opposer. Le texte du collectif étant presque intégralement cité dans cette réponse du GREPH, nous n’avons pas jugé utile de le reproduire à nouveau. Nous avons seulement complété texte du GREPH en y ajoutant ajouté les quelques paragraphes manquant de « l’Appel » du « Collectif ».

Notons qu’après 10 ans d’inactivité complète ou d’hibernation totale, le même collectif, avec les mêmes responsables, resurgira soudain pour lancer contre le projet Renaut une pétition bâtie exactement sur le même modèle. Et de nouveau la manœuvre abusera nombre de professeurs. Ce collectif, purement réactif, n’a jamais apporté à la réflexion collective des professeurs de philosophie la moindre suggestion nouvelle. Son action déterminée a en revanche conduit l’enseignement de philosophie dans l’impasse où il se trouve aujourd’hui.

Notons aussi, que l’un des deux animateurs de collectif confessait 15 ans plus tard, que le projet Derrida-Bouveresse était finalement un bon projet – mais que les esprits n’étaient pas - à l’époque -  encore prêts !!! On entendra le même refrain chez beaucoup des opposants au programmes dits «  Renaut »… ]

 

 

 

GREPH

groupe de recherches sur l'enseignement philosophique

 

Groupe de travail

sur l'enseignement

dans les Lycées techniques.

 

REPONSES À UN "APPEL"...

Un "Appel" pour la constitution d'un COLLECTIF POUR L'ENSEIGNEMENT PHILOSOPHI­QUE circule depuis quelques semaines, visant deux objectifs, explicitement formulés :

"Élaborer à partir des principes qui fondent l'existence de l'enseignement philosophique de véritables solutions aux difficultés qu'il rencontre, et des propositions concrètes pour le renforcer."

"S'opposer à celles des propositions du rapport de M. BOUVERESSE et M. DERRIDA qui vont à l'encontre des principes" (dont suit l'exposé...).

A la lecture de ce document, il apparaît que

- Aucune "solution" n'est élaborée, ni aucune "proposition concrète"...

- Les propositions du Rapport Bouveresse-Derrida ne sont pas critiquées parce qu'elles vont à l'encontre de "Principes" fondateurs de l'enseignement philosophique, mais que chacun desdits "Principes" a été formulé ad hoc, très précisément en stricte opposition aux principales propositions critiquées du Rapport...

Affaire de présentation rhétorique, dira-t-on ? Peut-être... Mais bel exemple, aussi, de Logique "circulaire"...

Nous commencerons donc, pour notre part, par l'examen des propositions du Rapport Bouveresse-Derrida "refusées" par cet "Appel", puisque ce sont les attendus de ce refus, fondés sur une présentation tendancieuse de ces propositions, qui commandent organiquement l'ensemble du texte.

Nous avons estimé utile de donner à ces "Réponses" la forme d'un commentaire suivi, point par point quand c'était nécessaire, du texte, généralement cité in extenso, mais évidemment fragmenté selon les besoins de l'analysa.

 

I. LES PROPOSITIONS 'REFUSÉES" DU RAPPORT BOUVERESSE-DERRIDA.

"..., nous refusons les propositions suivantes du rapport Bouveresse-Derrida :

1 - Tout projet d' "initiation" en Première qui ne pose pas comme sa condition absolue, et non comme un simple souhait, le maintien des horaires actuels en Terminale (une telle mesure requerrait le recrutement immédiat de plus de 1600 professeurs supplémentaires)."

Autrement dit, compte tenu de l'extrême improbabilité de la réalisation de la condition "absolue" mise en avant, c'est un refus "absolu" de tout projet d'initiation en Première qui est ainsi formulé.

Pour notre part, nous considérons au contraire que c'est une initiation en Première (au moins...) qui est actuellement la condition quasi "absolue" de la défense de l'enseignement philosophique. Et donc, même s'il est, naturellement, souhaitable que puisse être maintenu l'horaire actuel en Terminale A (car c'est de cela qu'il s'agit...), serait-il réduit (au moins quant aux cours magistraux) au profit de l'institution, en toutes sections : a) de travaux dirigés, par classes dédoublées ; b) de l'extension (au moins) en Première ; nous estimons que, pour les élèves, le bilan total de l'opération serait positif.

 

"2 - Toute remise en cause du caractère national des programmes et du baccalauréat."

Le Rapport Bouveresse-Derrida ne remet nullement ce "caractère national" en cause. Tout au contraire, il vise à en assurer, sans se payer de mots, et face au désordre "libéralement" installé, l'affirmation authentique.

 

 "3 - Les nouvelles modalités prévues pour l'épreuve de philosophie au baccalauréat (relativisation du rôle irremplaçable de la dissertation, questionnaire incompatible aven les exigences d'une véritable réflexion)."

Le mythe du "rôle irremplaçable de la dissertation" doit être dénoncé, car c'est sans doute lui qui produit les effets les plus pervers (ce "rôle irremplaçable" consiste surtout à promouvoir le commerce de plus en plus florissant des Annales "corrigées", Guides, et autres attrape-nigauds de l'Industrie du Bachotage...).

Et un questionnaire n'est pas nécessairement incompatible avec les exigences d'une véritable réflexion.

 

"4 - La suppression de l'écrit dans les sections techniques."

Lecture fallacieuse du Rapport ce qui est proposé, c'est seulement la suppression de la dissertation comme épreuve écrite en temps limité au bac (l'étude de texte serait maintenue...) ; en outre il y aurait un oral (obligatoire) aux épreuves du second groupe (si l'organisation actuelle est maintenue...), portant sur la soutenance d'un dossier constitué par le candidat sur une question au choix.

 

 "5 - Toute imposition d'auteurs ou de question établie annuellement,  et ayant pour effet de restreindre la liberté du professeur."

Il n'y aurait, éventuellement, restriction qu'à la "liberté" de paresse routinière de certains. Et ce qui est en jeu, c'est précisément cette "égalité des élèves" quant à leur préparation honnêtement assurée aux épreuves de l'examen que ("Quatrième principe") l'Appel, très justement, réclame.

 

II. LES "PRINCIPES" [NDLR : principes énoncés dans le texte de l’APPEL]

Premier principe :

"Un état des lieux, si pertinent soit-il, ne peut valoir d'emblée acceptation pure et simple de la situation faite à l'enseignement philosophique".

Mais, QUI DIT LE CONTRAIRE ? (Sinon, peut-être, par exemple, d'aucuns qui ont écrit "L'organisation actuelle des programmes en notions, auteurs, questions libres, nous parait globalement satisfaisante"... et, en tout cas, tous ceux qui, depuis des années, font systématiquement obstacle à toute proposition tendant à changer cette situation, tandis qu'ils se montrent, quant à eux, absolument incapables de faire la moindre proposition constructive...).

"Il ne peut non plus laisser entendre que tous les problèmes proviennent de sa configuration actuelle."

CERTES... Et, parmi ces problèmes, les plus graves sont sans doute ceux que pose la mentalité conservatrice (le mot est faible...) de certains qui s'autoproclament volontiers "Maîtres" de Philosophie (et profitent du Système...).

 "Prendre acte des difficultés propres au contexte, ce n'est pas nécessairement en prendre son parti."

BIÊN SUR... Et, très précisément, tant le Rapport Bouveresse-Derrida, qu'avant lui, tous les travaux du GREPH depuis plus de quinze ans, manifestent constamment (mais, sans, hypocritement, se payer de formules creuses...) le refus d'en "prendre son parti".

 "Agir sur les conditions faites à l'enseignement philosophique est  un devoir."

EN EFFET... (Mais qui donc, parmi les 300 signataires de cet "Appel" a jamais agi conformément à ce devoir ? Par contre, on pourrait aisément en nommer qui, tirant profit de ces "conditions" pour produire des instruments de bachotage, en assurent annuellement la reproduction...)

"Le sort de la philosophie est solidaire de celui de l'École tout  entière."

OUI... Et c'est pourquoi est toujours (hélas et peut-être plus que jamais...) d’actualité cette apostrophe d'un étudiant lors des États Généraux de la Philosophie (juin 79) "PROFESSEURS, QU'AVEZ-VOUS FAIT DE LA PHILOSOPHIE ?".

"Nous récusons l'usage qui est fait du thème de la "diversité des élèves", car il sert de plus en plus à les enfermer dans les différences qui ne sont pas données, mais produites par les inégalités sociales."

(On sort enfin des généralités principielles enfonçant des portes ouvertes, ou s'attribuant implicitement et polémiquement le monopole de la vertu...).

Voici donc une thèse explicitement assumée comme telle par les auteurs, et co-signataires de ce texte. Cela mérite analyse. Nous sommes de ceux, comme on sait, qui répètent volontiers que la spécificité de la démarche philosophique se marque fondamentalement par le souci affirmé de savoir de quoi on parle et si ce qu'on  dit est vrai... Qu'en est-il ici ?

"Nous récusons l'usage qui est fait du thème de la "diversité des élèves..."

De quel usage s'agit-il ? Et, plus précisément, usage par qui, où, et quand ? Est-ce l'usage que font de ce thème les auteurs du Rapport de la Commission Bouveresse-Derrida qui est particulièrement récusé, parce que singulièrement pervers ? On serait d'abord tenté de le croire, étant donné que, dans le préambule, les auteurs de cet "Appel" ont pris soin d'annoncer la couleur : un des objectifs visés (et d'ailleurs le seul en voie de mise en œuvre réalisatrice) est de s'opposer à celles des propositions du rapport de M. Bouveresse et de M. Derrida qui vont à l'encontre des "principes"... Mais la suite de la phrase ("car il sert de plus en plus...") implique, semble-t-il, que (l'usage récusé étant "de plus en plus" général ou fréquent ; cet usage condamnable admet tout de même encore quelques heureuses exceptions... Alors, de quoi s'agit-il je ? Oui ou non, les auteurs du Rapport Bouveresse-Derrida font-ils du thème de la "diversité des élèves" l'usage condamné ? Si oui, il faut le prouver ; si non, tout cela est hors propos, et n'a donc que la valeur diffamatoire d'une insinuation hypocrite.

Mais voyons l'explicitation, quant à son contenu (et non quant à ses auteurs ou à ses circonstances) de cet "usage" pervers (au demeurant, très légitimement dénoncé, à condition que ce soit à bon escient, Ce qui, encore une fois, est à prouver...) "il sert de plus en plus (ce thème, donc, de la "diversité des élèves") à les enfermer (les élèves) dans les différences qui ne sont pas données, mais produites par les inégalités sociales".

Que cet usage puisse exister (et même qu'il tende à se répandre) ne doit pas masquer qu'il en existe aussi un autre, celui-là tout à fait louable et positif : ce n'est nullement "enfermer" les gens dans leurs différences (en quoi la "différence" est-elle, en soi, condamnable, sinon pour le racisme ou la xénophobie ?) que de les aider, soit à y remédier, si elles marquent des manques, soit au contraire à les affirmer, si ce sont des atouts positifs. Ce qui "enferme" les élèves dans leurs différences, avec effet de renforcement des inégalités sociales qui les ont initialement produites, c'est l'institution d'épreuves d'examen  hyper-sélectives et à fonction ségrégative : par exemple, proposer comme épreuve obligatoire à des élèves de sections techniques industrielles des sujets de dissertation identiques à ceux qu'on peut proposer à de futurs khâgneux (ce qui, d'ailleurs, n'enlève rien à leur intrinsèque absurdité...).

 

 "Pas plus que l'Ecole tout entière ne doit ratifier le constat de  ces inégalités, l'enseignement philosophique ne peut s'y résigner:"

ON NE PEUT QU'ÊTRE D'ACCORD ! (sauf avec l'emploi, assez bizarre, ici, du terme "ratifier" : on peut "confirmer ou affirmer publiquement" la validité d'un constat : ça ne veut nullement dire, si ce constat est négatif, qu'on va se résigner à ne rien faire pour que les choses, ainsi dûment décrites, changent...).

Deux remarques, cependant : 1) Que veut insinuer, ici, l'affirmation de tels truismes sur le ton vertueux du donneur de leçon ? 2) Quels sont ceux qui, pour ce qui touche l'enseignement philosophique, se sont toujours jusqu'ici résignés (quand ils n'ont pas été complices) devant le constat de situations désastreuses, notamment en ce qui concerne l'enseignement en sections techniques ?

 "..., par exemple en diversifiant la nature de ses exigences, selon, les filières.",

Ces astuces sophistiques sont consternantes : qui croit-on abuser, du moins parmi les profs de philo, par la juxtaposition dans le même énoncé d'un truisme "vertueux", qui ne peut qu'emporter immédiatement l'adhésion, et d'une assertion contestable, fallacieusement formulée ?

Encore une fois, DE QUOI PARLE-T-ON ? De quelles exigences (de l'enseignement philosophique) est-il ici question ? Et que veut dire, ici, "nature" ?

S'agit-il d'exigences essentielles et de validité générale (par exemple s le souci de savoir de quoi on parle...) ? Une exigence d'une telle nature ne souffre, en effet, aucune exception, aucune adultération... Mais la façon de "parler" des choses est fort variable, et les occasions d'appliquer "le talent de la Raison" peuvent se présenter de façons très diverses, et dont il est légitime de tenir compte... Ainsi, par exemple, les élèves du "technique"  ont tout à fait raison de se refuser à faire du "baratin" à partir de textes, pour eux, très légitimement "illisibles" : en l'occurrence, ce sont eux qui font preuve du souci philosophique, et non les Trissotins qui leur ont concocté ces sujets absurdes (dont le commerce des "Annales corrigées" tend à "ratifier" l'institution...).

 "Renoncer à l'écrit dans les sections techniques, c'est entériner  une inégalité que, par ailleurs, on prétend combattre, glisser du réalisme au conformisme".

Encore et toujours : DE QUOI PARLE-T-ON ? et CE QU'ON DIT EST-IL VRAI ?

S'il s'agit d'énoncer un truisme de portée générale, on ne peut qu'être d'accord ! Mais, ne feignons pas d'être naïfs : ce qui est ainsi insinué, c'est que le Rapport Bouveresse-Derrida propose de "renoncer à l'écrit dans les sections  techniques"— Or, c'est, sous une formulation, encore une fois, fallacieusement équivoque, une assertion erronée.

Et, d'abord, que veut dire "renoncer à l'écrit" ? (Nous devrions tout de même, profs de philo, prêcher d'exemple quant à la rigueur du discours ; ça, c'est une exigence essentielle !). S'agit-il de l'enseignement, tout au long de l'année, qui serait entièrement oral, le prof ne faisant lire aucun texte et ne demandant aucun travail d'écriture ? Ou seulement de l'épreuve, à l'examen, de sanction des études, qui ne comporterait aucune intervention de l'écriture ? Ni l'un ni l'autre, en vérité...

Pour ce qui est de l'enseignement, on ne peut sérieusement suspecter les auteurs du Rapport Bouveresse-Derrida de vouloir "renoncer à l'écrit" !! (l'ignorance ou la mauvaise foi ont quand même des limites, et si hostile qu'on soit à la "modernité" et soupçonneux quant à la notoriété, on ne peut s'être dispensé d'avoir au moins feuilleté quelque ouvrage des deux co-présidents de la Commission de Philosophie et d'Épistémologie...). Soyons donc sérieux.. Et, lisant attentivement le texte du Rapport, ne lui faisons pas dire ce qu'il ne dit pas...

En réalité, il s'agit de l'épreuve, pour laquelle il est demandé, en effet, la suppression de la dissertation (mais non pas de "l'écrit" il n'est pas question de l'étude de texte, qui, donc, serait maintenue et dont l'apprentissage serait développé). Il y a toutes sortes de formes d'écriture, bien plus pertinentes que la "Dissertation", pour témoigner du souci de savoir de quoi on parle et si ce qu'on dit est vrai ; et, par exemple, ce qui est proposé par le Rapport de la Commission, à savoir "que les élèves, sur la fin de l'année, consacrent plusieurs semaines à la constitution d'un dossier sur la question de leur choix".

D'autre part, la proposition d'une institution d'une épreuve orale pour la philosophie en sections techniques (alors qu'une telle épreuve existe pour les autres sections...) est tout à fait légitime, et il est pertinent de demander qu'elle porte sur le dossier préparé par le candidat (et non sur un Auteur qu'il n'a pas lu...).

Et ce ne serait nullement "entériner une inégalité" sociale que de permettre ainsi aux élèves des sections techniques de faire usage, distinctivement à leur profit, d'une compétence spécifique et que les élèves des sections "nobles" pourraient légitimement leur envier : à savoir, la capacité de constituer un dossier sérieux, et de le "défendre", parfois brillamment, oralement : tous ceux qui ont enseigné le "français" en BTS, et examiné les candidats en épreuve de soutenance du rapport de stage peuvent en témoigner (et, eux, quand ils parlent de l'enseignement en sections techniques, ils savent de quoi ils parlent...).

Par contre, c’est bel et bien "entériner une inégalité" produite par l'École que d'obliger les élèves des sections techniques à subir une épreuve à cause de laquelle ils ont la quasi certitude de perdre des points (et renforcer le "coefficient" de la philo, les choses étant ce qu'elles sont, aggraverait encore l'injustice).

 

Deuxième principe :

[Ndlr : ce principe affirmait notamment que « la réflexion doit se fonder sur les exigences propres de la philosophie : celle-ci ne peut pas plus « accompagner » les autres disciplines que les « surplomber ». La philosophie a ses  finalités propres, qui légitiment sa constitution  en discipline d’enseignement à part entière »]

Il n'y a pas grand chose à objecter, sinon qu'il s'agit là d'une certaine conception de "la Philosophie" (apparemment, celle-là même qu'en un pamphlet célèbre François Châtelet a appelée la "Philosophie des Professeurs"). Nous ne récusons bien sûr nullement le droit aux signataires de cet "Appel" de chercher à rameuter des adeptes autour d'une Profession de Foi...

Tout au plus pourrait-on (toujours dans le souci de savoir de quoi on parle...) demander que soient explicitées ces "exigences propres de la philosophie", qui font qu'elle ne peut pas plus 'accompagner' les autres disciplines que les "surplomber", ainsi que ces "finalités propres" qui légitiment sa constitution en discipline d'enseignement à part entière.

Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de notre propos : nous demandons, nous aussi, que soit reconnue pour l'enseignement philosophique la légitimité d'un enseignement à part entière. Mais nous posons la question de savoir en quoi consistent, clairement formulées, ces "finalités propres". Et, pour nous, "à part entière" ne veut pas dire "entièrement à part" : nous ne croyons pas que "la philosophie" puisse être ségrégative ment assignée à résidence dans "la Classe de Philosophie". Et c'est pourquoi nous estimons que l'enseignement philosophique ne peut prendre part de façon féconde qu'à des concertations, non pas interdisciplinaires, mais "transdisciplinaires".

On ne voit pas en quoi le fait de faire l'objet d'un enseignement "à part entière" empêcherait une discipline de valeur formatrice générale d"'accompagner" les autres disciplines, plus ou moins' spécialisées c'est le cas des mathématiques, du "français", des langues étrangères, etc. que d'avoir une "déterminité" qui transcende les clôtures "disciplinaires" scolairement instituées. Pourquoi "exiger" pour l'enseignement philosophique un enfermement scolastique, absolument contraire à sa provenance et à son développement historique ?

D'autre part, personne n'a jamais dit que l'enseignement philosophique avait pour but de "transmettre des connaissances", mais seulement qu'il ne pouvait (du moins dans la mesure où l'on s'accorde à penser qu'il met en jeu:, fondamentalement, le souci de savoir de quoi on parle...) s'accommoder de laisser les élèves continuer à croire qu'en "philo", il suffit de "penser par soi-même", et, donc, que moins on en sait ("pour ne pas se laisser conditionner..."), mieux ça vaut...

Enfin, et en admettant qu'on se contente de cette formule (très "formelle"...) que cette finalité serait de "faire réfléchir sur le rapport des savoirs et des pratiques aux fins de la raison et de la liberté", on ne voit justement pas comment cela pourrait se faire sans que la démarche philosophique "accompagne" constamment les "disciplines" qui enseignent ces savoirs et ces pratiques...

 

Troisième principe :

"Dans leur conception, les épreuves du baccalauréat doivent s'accorder aux exigences propres de l'enseignement philosophique. Réformer l'épreuve actuelle pour en faciliter l'évaluation, mais en altérant son caractère philosophique, serait un non-sens."

Voilà qui éclaire un peu notre lanterne : les épreuves actuelles du baccalauréat ont un "caractère philosophique" (puisqu'il y a risque que ledit caractère soit "altéré" par d'intempestives réformes...), et elles s'accordent, donc, comme il se doit aux "exigences propres de l'enseignement philosophique".

Si donc les "Maîtres" de Philosophie ne se soucient guère de faire publiquement clairement savoir comment ils font "réfléchir sur le rapport des savoirs et des pratiques aux fins de la raison et de la liberté" (il n'y a pas de "cours public", éventuellement radiodiffusés, dans le Secondaire...), il suffit de lire des Annales (de préférence, "corrigées" par un "Maitre", telles celles qui sont vendues chaque année comme "préparation au Bac"... de l'année suivante...), voire un recueil de "Bonnes copies de Baccalauréat", pour être pratiquement édifié sur la déterminité authentique de l'enseignement philosophique selon les signataires de l'Appel. Dont acte. Et sans commentaire.

 

"L'exercice du jugement maîtrisé, certes, ne peut s'évaluer tout aussi aisément que la restitution d'informations, mais là encore il est illusoire, et dangereux, de prétendre supprimer une difficulté qui s'apparente à celle de l'acte philosophique lui-même. Une réflexion ouverte et rigoureuse sur la nature des épreuves ne peut transiger avec un tel principe."

TOUT A FAIT D'ACCORD... Mais encore faudrait-il qu'on se décide enfin à produire cette réflexion ouverte et rigoureuse sur la nature des épreuves... Et ce n'est pas un des moindres mérites du rapport de la Commission Philosophie et d'Épistémologie que d'avoir présenté, non pas des conclusions, mais "des propositions ouvertes, avancées comme telles, et destinées à nourrir une discussion large, patiente, scrupuleuse et informée".(J. Derrida, in "L'Enseignement philosophique, Nov-Déc 89, p. 90). Et notamment, qu'il soit assuré que la difficulté du sujet proposé "s'apparente" (?!) réellement à celle de l'acte philosophique lui-même.

 

 "En philosophie, la connaissance véritable est irréductible à la Il simple information".

Pas seulement "en philosophie" !... (Mais.. qui donc a dit le contraire ?)

 

"Elle a partie liée avec le temps que requiert la pensée en acte."

EN EFFET... Et c'est pourquoi le GREPH demande, comme on sait, l'extension  avant la Terminale, afin que l'enseignement philosophique soit, enfin, un enseignement "à part entière". (Et que l'épreuve de' "philo" au bac cesse de fonctionner comme un arbitraire et aberrant gadget de sélection...).

"Des épreuves d'une heure, en forme de questionnaire, dériveraient Il presque inéluctablement vers la doxographie, voire les QCM."

Poux tous ceux qui ont pu lire le texte authentique du Rapport de la Commission, ici visé, l'imposture est flagrante : il n'a jamais été proposé, comme on le donne ici fallacieusement à entendre, de remplacer l'épreuve actuelle par une épreuve d'une heure en forme de questionnaire...

A l'intention de ceux qui ont souci de savoir de quoi on parle et si ce qu'on dit est vrai, indiquons qu'il est proposé d'adjoindre à l'épreuve habituelle, en effet, un questionnaire "visant à évaluer l'assimilation des connaissances requises pour pratiquer la philosophie avec un minimum de sérieux". Et il est clair qu'il suffirait de choisir convenablement le coefficient attribué à cette partie de l'épreuve pour en relativiser adéquatement l'incidence sur la note globale... En se donnant la peine de poser intelligemment les questions, en telle façon qu'il faille réfléchir pour répondre correctement, on peut rendre cet exercice tout à fait pertinent. Et même si le candidat trouvait là occasion de "placer" quelque "topo" appris par cœur, où serait le mal, si c'est à bon escient ? Ne soyons pas hypocrites : on sait bien comment se prépare un concours ou se fait un exposé "sans notes" ! Et quel est donc, selon leurs auteurs, le bon usage des dictionnaires de citations, vocabulaires "philosophiques", manuels, Annales "corrigées", etc. ? Le bachotage, outre lequel d'aucuns affectent si bruyamment, à cette occasion, de s'inquiéter, existe déjà, et il est stupide et inefficace... Si on parvenait à le rendre formateur, utile et intelligent, où serait le mal ? Comme le souligne le Rapport de la Commission de Philosophie       "L'existence de cet exercice... rassurerait les élèves qui ont des difficultés avec la rhétorique de la dissertation et garantirait à ceux qui ont appris qu'ils n'ont pas travaillé pour rien".

Mais il est vrai que la réduction, de ce fait, à trois heures seulement du temps consacré à la dissertation (ou à l'étude de texte) peut être critiquable, et qu'il y a là matière à réflexion. Rien n'empêche, après tout, puisque l'épreuve de philosophie est anticipée, d'y consacrer la journée et de scinder l'épreuve an deux parties, l'une le matin et l'autre dans l'après-midi... De toute manière, il s'agit de propositions pour un débat absolument nécessaire sur la pertinence des épreuves actuellement instituées.

 

Quatrième principe :

Ce qui est ainsi visé, c'est évidemment la proposition d'une détermination régionale (académique) et annuelle d'une partie du programme, précisée de telle sorte qu'elle permette une préparation honnête et sérieuse des candidats à l'examen.

 

"L'égalité des élèves dépend du maintien d'un programme national."

Sans doute faut-il ici comprendre "égalité des élèves" au sens où l'on parle de l'égalité des citoyens devant la loi, et ce dont il est question, c'est de l'équivalence des épreuves ? Quelle hypocrisie ! Elle est belle, actuellement, la façon dont est assurée cette égalité, avec la véritable "loterie" qui fonctionne comme on sait, depuis des années il suffit de consulter les Annales pour voir nomment, d'une Académie à l'autre, la difficulté des sujets peut varier. Et, à cet égard, le réquisitoire du Rapport de la Commission est, hélas, irréfutable (cf. p. 10).

C'est précisément pour éviter la dépendance à l'égard d'un "groupe de pression local", agissant de façon occulte et arbitraire pour la détermination des sujets, qu'est proposée une élaboration concertée (entre les enseignants dont les élèves seront directement concernés) d'une détermination plus spécialement précisée des thèmes et des textes sur lesquels porterait la partie principale de l'épreuve  (dissertation ou commentaire da texte). Il en va ainsi dan l'enseignement supérieur, et nul ne s'en offusque. Et cela ne saurait restreindre en quoi que ce soit la "liberté" du professeur, quant à l'élaboration "proprement philosophique", aussi singulièrement personnelle qu'il lui plaira, de son "Cours"...

La contradiction "théorique" dans laquelle s'empêtrent dérisoirement les idéologues de la "Philosophie des Professeurs" est celle de l'amalgame jacobino-libéral à l'œuvre dans leur discours. (De même farine était la fameuse formule de "élitisme républicain", qui a d'ailleurs été fort prisée par les Maîtres de Philosophie...). Il est clair qu'on ne peut confortablement prôner, au nom de l'Esprit "libéral", la privatisation individuelle des enseignements, tout en prétendant défendre le "caractère national" du baccalauréat... "Libéralisme" et "étatisme" sont évidemment antinomiques, sauf imposture idéologique ou concerta-démocratique et publique poux surmonter dialectiquement la contradiction.

Et c'est précisément une telle concertation que propose le Rapport de la Commission. L'idéal serait, évidemment, qu'elle puisse être "nationale" : pour des raisons pratiques évidentes, on la propose "académique". Ce sera déjà mieux que la pagaille "nationale" actuelle...

 

Cinquième principe :

"Une réelle promotion de l'enseignement philosophique passe par une  amélioration des conditions dans lesquelles il s'exerce."

QUI DIT LE CONTRAIRE ?!

"Dédoublement de classes...."

OUI.. et c'est ce qui est proposé...

 "Augmentation des coefficients de l'épreuve de philosophie au baccalauréat..."

VOIRE... Cela ne sera possible que si l'on commence par augmenter la crédibilité de l'épreuve. Sinon...!

"Horaires revus pour les séries les plus démunies".

Il est hors de question de proposer d'alourdir l'horaire des élèves de Terminale (surtout au profit d'une discipline dont la validité des épreuves à l'examen est à ce point contestable...).

"Assorties d'une reconnaissance mieux affirmée du droit à l'abstraction et à la maîtrise de l'écrit pour tous les élèves, ces dispositions ne résoudraient certes pas tous les problèmes, mais elles amélioreraient les conditions de leur approche."

QU'EST-CE QUE CELA VEUT DIRE ?! C'est du "baratin"... "Reconnaissance" : par qui ? "mieux affirmée" : comment ? (et comment est-elle déjà "affirmée" ?) ; "droit à l'abstraction et à la maîtrise de l'écrit pour tous les élèves" : Bien sûr.. et heureusement qu'il y a, actuellement, pour cela, d'autres "disciplines" que la "philo" (surtout quand elle est enseignée selon la pédagogie des "Maîtres" de Philosophie des Professeurs formulée comme on sait par Jacques Muglioni, en 1981 à un Colloque des Professeurs de Philosophie en Écoles  Normales : "Le seul art pédagogique, et ce n'est pas rien, est de savoir donner l'exemple d'une pensée en acte qui s'interrogé, afin que l'élève se sente incité à s'interroger à son tour. La pensée n'a qu'à paraître pour faire aussitôt penser"...) ; ces dispositions ne résoudraient certes pas tous les problèmes..." : certes pas, en effet, et même elles pourraient les aggraver...;" mais elles amélioreraient les conditions de leur approche." : c'est de la logomachie (Il serait temps, en effet
que les "Maîtres" de Philosophie commencent à se soucier des conditions d'une approche : heureusement que d'autres ont fait plus qu'envisager d'approcher les problèmes et ne comptent pas trop sur eux pour les aider, trop heureux s'ils s'abstiennent seulement de faire systématiquement obstruction à toute tentative de modification du statu-quo...)

 

"Trop nombreux sont les collègues qui, aujourd'hui, doivent enseigner à huit, neuf, voire dix classes..."

EN EFFET... Mais...qu'ont fait, pratiquement, jusqu'ici les Maîtres de Philosophie (qui, par exemple, enseignent en prépas ou bouclent leur service avec deux Terminales "A"...) pour leur prouver, autrement qu'en paroles, leur solidarité ? Ce qui est scandaleux, c'est l'inégalité des situations.. et il y a vingt ans que ça dure !

 

"Envisager, comme le fait le Rapport Bouveresse-Derrida, la multiplication de classes de deux heures hebdomadaires ne peut qu'aggraver les choses."

NON... Car ce qui rend la situation intenable en sections techniques, ce n'est pas qu'il n'y ait que deux heures hebdomadaires en Terminale et s'il y en avait davantage, actuellement, les choses étant ce qu'elles sont devenues, ce serait pire encore... Les difficultés viennent de ce que ces deux heures interviennent seulement en Terminale, et avec les risques d'échec à l'examen aggravés à cause de la "philo". Mais il y a une demande des élèves pour commencer la philosophie avant la Terminale, et hors de la hantise de l'échec à l'examen, et tous ceux d'entre nous qui avons fait des expériences d'enseignement de la philosophie dans ces conditions peuvent témoigner du climat tout à fait stimulant dans lequel cela se passe.

"Chacun sait bien qu'en deçà d'un horaire minimal, un enseignement ne peut produire d'effets significatifs."

CERTES... Mais ce qui compte, c'est le temps effectivement consacré par les élèves à leur travail et non ce qui se décompte dans le service du prof : un Professeur de Philosophie qui palabre dans le vide, pendant que les élèves font des maths, ou de l'histoire, ou n'importe quoi, voire bavardent à haute voix, qu'est-ce que ça produit comme "effet significatif" ? (sinon la précipitation du désastre !).

"Pour cette même raison... nous combattrons résolument toute prétendue extension qui se paierait d'une diminution des horaires en terminale. Pareille mystification fut naguère combattue par les professeurs de philosophie unanimes, dressés contre le projet Haby, et nous sommes prêts à dénoncer le retour éventuel aux errements du passé."

La situation n'est absolument pas comparable. Le "projet Haby" prévoyait l'institution d'une Terminale entièrement optionnelle, aven seulement de la philo en Première (trois heures), sans "suite" obligatoire en Terminale 1 Et, à cette époque, le GREPH (et Derrida !) ont été en première ligne (et sans doute parmi les plus combatifs...) pour défendre la cause de la reconnaissance de la valeur formatrice de l'enseignement philosophique. Et nous estimons que les propositions du Rapport Bouveresse-Derrida vont toujours bien dans ce sens.

Mais, en fait, actuellement, la "philo" est devenue pratiquement optionnelle, par le développement de l'absentéisme, et sans compensation : beau résultat de la politique constamment suivie par le Bureau de l'Association des Professeurs de Philosophie, avec le soutien de certains membres de l'Inspection, et qui est encore, apparemment ici préconisée par les signataires de cet "Appel". Oui, il faut en effet dénoncer le retour éternel aux errements du passé...

 

Sixième principe :

[Ndlr : ce principe affirmait que « la qualité de l’enseignement philosophique requiert, de la part des pouvoirs publics, une politique de formation soutenue et de recrutement accru, par des concours nationaux de haut niveau dans la discipline. L’institution doit aussi prévoir, pour tous les professeurs, la possibilité effective de développer leur culture philosophique, de travailler ensemble, notamment dans le cadre de la formation continue.la réflexion doit se fonder sur les exigences propres de la philosophie : celle-ci ne peut pas plus « accompagner » les autres disciplines que les « surplomber ». La philosophie a ses  finalités propres, qui légitiment sa constitution  en discipline d’enseignement à part entière ».

Rien dans tout ce qui est dit ici ne contredit le projet Derrida-Bouveresse, bien au contraire ! Mais, avec leur honnêteté habituelle les auteurs de l’APPEL laisse entendre que tout cela est menacé ; la première phrase du paragraphe suivant commence en effet ainsi : « En conséquence de ces principes, nous refusons les propositions suivantes du rapport Derrida-Bouveresse » suivie de cinq propositions dont trois au moins ne se trouvent pas dans le Rapport !!!]  

 

TOUT A FAIT D'ACCORD... Mais, qui donc dit le contraire ?

Disons, pour terminer, que ce qui nous intéresse est moins l'ouverture d'on ne sait trop quelle "négociation" que celle d'une large réflexion...

F. G..(Mars 1990)

 

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