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Humeurs
Les philosophes à l’école
par Arsène
La formation continue des
enseignants est un droit, une nécessité et un enrichissement non seulement
pour eux mais aussi pour les élèves, elle accroît leurs chances de
bénéficier d’un enseignement actualisé, plus maîtrisé, plus
compétent. Ce constat ne vaut toutefois que pour les professeurs
ordinaires, ceux qui transmettent du « savoir dogmatique »,
voire des savoir-faire « utiles », bref tous les enseignants
sauf...ceux de philosophie. Les stages de formation continue sont en
effet, en philosophie, les lieux d’élaboration d’une authentique pensée en
acte. Ceux qui se revendiquent Philosophes, et pas seulement
professeurs de philosophie, échangent, lors de ces journées, leur barbe
blanche contre la blouse de l’étudiant, de plus en plus attardé, prêt à
s’enthousiasmer pour une conférence brillante ou la prestation d’une
vedette de la pensée. Ceux-là mêmes qui, dans la profession, proclament
leur horreur pour un enseignement s’appuyant sur l’histoire de la
philosophie, se passionnent, durant ces stages, pour des exposés
extrêmement pointus sur des auteurs qui ne sont pas toujours au programme,
selon une approche qui néglige le plus souvent superbement les
développements de la recherche internationale et qui se flatte de refuser
toute perspective de prolongement dans le travail en
classe. L’approfondissement, l’innovation dans les pratiques se
métamorphosent en « Leçons » dont le cérémonial suit des règles
inconnues des vulgaires petits maîtres des savoirs positifs : un
professeur soliloque face à ses pairs, il met en lumière les mille
facettes d’une notions s’auto-développant en son concept, tous
expérimentent en grandeur nature ce que devrait être la vraie classe de
philosophie : une classe sans élèves, où ne se côtoient que des
philosophes. C’est un exercice très délicat que l’on confie en général à
ceux qui sont le plus au contact de la réalité des conditions
d’enseignement en classes terminales : les professeurs de classes
préparatoires. Je l’avoue, il y a des jours où le prof de base se met à
douter de l’utilité d’un dispositif aussi ambitieux. Il a tort : si
la philosophie ne s’enseigne pas mais se révèle en chaque être de raison,
ou presque, ce sont bien de bons philosophes qu’il faut former et non de
bons enseignants. A moins qu’il s’agisse de tout autre chose, de
favoriser, par ces rituels de pensée fusionnelle, la recomposition de
l’esprit de corps de la discipline, menacé par le spectre de la Demande
sociale. L’exception philosophique française dans le système de
l’éducation, c’est aussi cela : le luxe de bénéficier d’une formation
continue qui ne forme pas mais concède à la majorité des enseignants un
plaisir qu’on ne leur donne aucune chance d’éprouver en classe.
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