Numéro 3 – novembre 2003                                                       retour accueil

 

Humeurs

Les philosophes à l’école

par Arsène

La formation continue des enseignants est un droit, une nécessité et un enrichissement non seulement pour eux mais aussi pour les élèves, elle accroît leurs chances de bénéficier d’un enseignement actualisé, plus maîtrisé, plus compétent.
Ce constat ne vaut toutefois que pour les professeurs ordinaires, ceux qui transmettent du « savoir dogmatique », voire des savoir-faire « utiles », bref tous les enseignants sauf...ceux de philosophie. Les stages de formation continue sont en effet, en philosophie, les lieux d’élaboration d’une authentique pensée en acte.
Ceux qui se revendiquent Philosophes, et pas seulement professeurs de philosophie, échangent, lors de ces journées, leur barbe blanche contre la blouse de l’étudiant, de plus en plus attardé, prêt à s’enthousiasmer pour une conférence brillante ou la prestation d’une vedette de la pensée. Ceux-là mêmes qui, dans la profession, proclament leur horreur pour un enseignement s’appuyant sur l’histoire de la philosophie, se passionnent, durant ces stages, pour des exposés extrêmement pointus sur des auteurs qui ne sont pas toujours au programme, selon une approche qui néglige le plus souvent superbement les développements de la recherche internationale et qui se flatte de refuser toute perspective de prolongement dans le travail en classe.
L’approfondissement, l’innovation dans les pratiques se métamorphosent en « Leçons » dont le cérémonial suit des règles inconnues des vulgaires petits maîtres des savoirs positifs : un professeur soliloque face à ses pairs, il met en lumière les mille facettes d’une notions s’auto-développant en son concept, tous expérimentent en grandeur nature ce que devrait être la vraie classe de philosophie : une classe sans élèves, où ne se côtoient que des philosophes. C’est un exercice très délicat que l’on confie en général à ceux qui sont le plus au contact de la réalité des conditions d’enseignement en classes terminales : les professeurs de classes préparatoires.
Je l’avoue, il y a des jours où le prof de base se met à douter de l’utilité d’un dispositif aussi ambitieux. Il a tort : si la philosophie ne s’enseigne pas mais se révèle en chaque être de raison, ou presque, ce sont bien de bons philosophes qu’il faut former et non de bons enseignants. A moins qu’il s’agisse de tout autre chose, de favoriser, par ces rituels de pensée fusionnelle, la recomposition de l’esprit de corps de la discipline, menacé par le spectre de la Demande sociale.
L’exception philosophique française dans le système de l’éducation, c’est aussi cela : le luxe de bénéficier d’une formation continue qui ne forme pas mais concède à la majorité des enseignants un plaisir qu’on ne leur donne aucune chance d’éprouver en classe.