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Dossier : philosopher avec des enfants
?
Faut-il faire philosopher les enfants ?
par Jean-Jacques
Guinchard
Pour d’aucuns, la question ne se
pose même pas. Puisque l’enfant philosophe déjà spontanément.
(J’emploierai ici « philosopher » par commodité et par
concession à ses utilisateurs actuels, bien que le verbe me laisse
perplexe ou narquois : je sais ce qu’on entend par faire de la
philosophie, c’est-à-dire l’étudier, la faire étudier ou en être soi-même
producteur, mais je reste partisan de laisser à philosopher son parfum
d’ironie, comme d’ailleurs à disserter : pour désigner une phase de
la conversation où, alcool aidant, souvent, on se livre à des propos
élevés, vaguement abstraits et éphémères...). Donc il s’agirait de laisser
l’enfant libre de sécréter une pensée philosophique, puis de l’aider à la
consolider. L’idée a ses titres de noblesse, comme nous allons le voir.
Dans L’Insoutenable légèreté de l’être, Milan
Kundera présente Tereza, compagne tourmentée de l’infidèle Tomas, devant
son miroir. « Elle s’examinait et se demandait ce qui arriverait si
son nez s’allongeait d’un millimètre par jour. Au bout de combien de temps
son visage serait-il méconnaissable ? » La méditation
s’enclenche : « Mais alors, quel rapport y a-t-il entre Tereza
et son corps ? Son corps a-t-il un droit quelconque au nom de
Tereza ? ». Etc. Le romancier ouvre ensuite une parenthèse
intellectuelle : « Ce sont toujours les mêmes questions qui
passent par la tête de Tereza depuis l’enfance. Car les questions vraiment
graves ne sont que celles que peut poser un enfant. (...) Ce sont
précisément les questions auxquelles il n’est pas de réponse qui marquent
les limites des possibilités humaines et qui tracent les frontières de
notre existence [1] ». C’est un roman, le mot philosophie n’est pas prononcé
ici, mais il est pensé très fort. Karl Jaspers, dans une Introduction à la philosophie qui peut paraître un peu
dépassée par son orientation (l’existentialisme chrétien, aujourd’hui...),
mais qui reste souvent stimulante, va résolument dans le même sens,
puisqu’il interprète certaines questions enfantines comme l’origine même
de la philosophie. Cette idée est développée dans un passage qu’une
anthologie scolaire avait prélevé en son temps, en le faussant d’ailleurs
un peu, comme nous le verrons [2]. La question qui se pose, à la lecture de ce texte, formulons-la
d’emblée : en admettant que la pensée des enfants soit une source de
l’interrogation philosophique (pourquoi pas en effet ?), Jaspers
est-il d’avis de faire faire de la philosophie aux enfants ? Non,
nulle part dans cette Introduction en tout cas. Pour
Jaspers, « le sens de la philosophie (...) surgit,
avant toute science, là où des hommes s’éveillent ». Après avoir
légitimé l’accès de tous, même sans formation intellectuelle, à la
philosophie, il présente des questions d’enfants, comme « des paroles
dont le sens plonge directement dans les profondeurs
philosophiques ». Suit une liste de quatre exemples d’interrogations
formulées en situation (sur la permanence du moi, le statut de l’univers,
celui de la croyance et du savoir, l’existence et le temps), tous
effectivement intéressants, auxquels on pourrait ajouter (entre autres)
celui de l’héroïne de Kundera.
Enfants et
malades mentaux Jaspers écarte ensuite l’objection que des adultes
peuvent avoir soufflé ces questions aux enfants, pour en venir au point le
plus significatif. Les enfants « ont souvent une sorte de génie qui
se perd lorsqu’ils deviennent adultes. Tout se passe comme si, avec les
années, nous entrions dans la prison des conventions et des opinions
courantes, des dissimulations et des préjugés, perdant du même coup la
spontanéité de l’enfant, réceptif à tout ce que lui apporte la vie qui se
renouvelle pour lui à tout instant... » Que d’eau au moulin du
philosopher enfantin ! Est-ce cependant bien sûr ? Finissons la
phrase : « ...il sent, il voit, il interroge, puis tout cela lui
échappe bientôt. » Spontanéisme philosophique si l’on veut, mais
admission immédiate de la précarité de l’interrogation. Au paragraphe
suivant (coupé dans l’anthologie signalée plus haut), une autre catégorie
de chercheurs momentanés et sans le savoir de vérités philosophiques est
mentionnée : les malades mentaux. Karl Jaspers a d’abord été
psychiatre, suffisamment longtemps et à fond pour y être à la fois
thérapeute et théoricien. On lui doit notamment un Van Gogh
et Strindberg, une Psychopathologie
générale. Quand la folie s’installe, écrit-il ici, « on a malgré
soi [l’observateur, J.-J.G.] l’impression qu’un voile se déchire, celui
sous lequel nous continuons, nous, notre vie ordinaire ». Cependant
les « grandes pensées philosophiques » sont « le fait d’un
petit nombre de grands esprits, d’une fraîcheur et d’une indépendance
exceptionnelles, surgis au cours des millénaires », et non des
enfants ou des fous. Tous philosophes, donc, au premier chef et de
manière privilégiée les enfants ? Oui et non, à y regarder de plus
près. Précarité de la génialité philosophique enfantine d’abord.
Spontanéité absolue de cette philosophie, ensuite ? Voire. Enfin,
quel enseignement tirer du rapprochement (inquiétant ?) avec les
malades mentaux ? On voit bien, sur le premier point, ce qu’une
lecture rapide peut retenir : l’enfant est spontanément, par essence,
un questionneur libre pour qui « le roi est nu », et cette
merveilleuse authenticité ne cèdera que devant la censure de l’éducation
et la grisaille adulte. Comme l’on dit que les enfants sont tous artistes,
mais provisoirement, puisque la productivité joyeuse, colorée et sans
contrainte des débuts tarit inéluctablement chez presque tous. Mais
faut-il rappeler que la disparition des graphismes traduit en fait un
progrès et un changement de mode d’expression : mieux je parle, moins
j’ai besoin de dessiner ? Comme dit Comte, on ne détruit bien que ce
qu’on remplace, alors la fin du questionnement « philosophique »
naïf est-elle une perte pure ou l’effet d’un progrès ? L’enfant
victime d’une censure ou au contraire bénéficiaire d’un rapport plus
serein, plus maîtrisé au réel ? On peut aussi se demander si
l’enfant n’est pas « philosophe » dans la mesure où il trouve à
qui parler. Les quatre enfants signalés par Jaspers n’auraient-ils pas en
commun d’avoir un père, un oncle philosophe (au sens professionnel) ?
Certes l’adulte ne souffle pas la question, mais il écoute, il manifeste
un intérêt stimulant. En outre, rien ne prouve que tous
les enfants aient le virus métaphysique. De grandes différences de niveau
de maîtrise du langage ne sont sûrement pas étrangères au phénomène ;
or on est frappé par l’espèce d’apesanteur sociale qui règne dans la
littérature qui fait actuellement la promotion de la philosophie
enfantine. Un thème classique de la vulgarisation est que « la nature
a tout inventé », en énumérant les analogies entre telle pratique
animale et telle technique humaine ; mais ce n’est à chaque fois
qu’une seule espèce qui est admirable dans sa spécialisation ; alors
faut-il inventer un enfant-philosophe en soi à partir des questions
isolées et éphémères de certains enfants ? Enfin, qu’est-ce qui
pourrait expliquer le rapprochement esquissé par Jaspers entre les enfants
et les malades mentaux qui ne se sont pas encore abîmés dans la
folie ? Comme le philosophe en reste à la notation, on peut tenter
une interprétation. Ce serait bien dans la relation entretenue par le
sujet avec la réalité, extérieure et intérieure, qu’on pourrait trouver un
point commun entre le jeune enfant et le patient sur le bord de la
pathologie. Car le premier n’est pas encore maître du réel, le deuxième ne
l’est plus. Sans prétendre aller au fond du problème bien sûr, les
connaissances et les compromis constitutifs d’un rapport plus ou moins
satisfaisant au réel ne sont pas bien en place chez l’enfant et vacillent
chez le malade. Mais alors, si on prend au pied de la lettre cette
hypothèse, philosopher spontanément n’est pas très bon signe... On
pourrait peut-être poursuivre cette piste en relisant L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d’Oliver
Sacks, cette passionnante galerie de portraits neurologiques de malheureux
chez qui telle perte ou au contraire tel excès déclenche pour ainsi dire
la production d’un univers psychologique unique, comme si un système
philosophique particulier se réalisait.
La tête
au-dessus du vide ? Donc, en somme, c’est le sens même de
cette (éventuelle) tendance à philosopher avant l’heure qu’il faudrait
examiner : son sens comme phase provisoire, dont la disparition est
on ne peut plus normale, voire souhaitable. Et en outre, la nostalgie du
vert paradis des questionnements enfantins est assez évidemment solidaire
d’une conception de l’humanité qui serait du mauvais Rousseau.
Mais on ne peut pas empêcher les enfants de (se)
poser des questions ! Bien entendu ; on ne se propose pas du
tout de les censurer ou simplement de les ignorer (« tu es trop
petit, tu verras quand tu seras grand »). Mais faut-il nécessairement
et toujours les « entendre philosophiquement », d’après une
formule de Michel Tozzi [3] ? Ce n’est pas sûr. Il y a certes une « différence
entre écouter affectivement, scientifiquement et philosophiquement ».
Michel Tozzi a bien raison de distinguer des significations et des
intentions différentes dans l’esprit de l’enfant qui pose la question de
la mortalité de l’adulte à qui il s’adresse. Ainsi que des manières plus
ou moins habiles ou « courageuses » de répondre. Pourtant une
chose est de faire la sourde oreille (avec le sourire !), une autre
est de (re)lancer son enfant ou son élève sur le terrain philosophique, ce
qui revient peut-être, si on veut, à le prendre au sérieux, mais aussi à
la limite à lui maintenir la tête au-dessus du vide ! Car c’est
l’adulte suffisamment bien installé dans son rapport au réel (voire
l’adolescent en classe de terminale [4]
) qui peut se permettre de jouer au jeu du malin génie, d’opérer une
négation théorique de ce qui l’entoure, et même de se maintenir dans la
négativité. L’enfant ne raisonnera pas à partir de la question qu’il a
posée, il ne la maintiendra pas ouverte par la pensée. Il veut, il a
besoin d’une positivité qui mette fin à l’interrogation. Autrement dit,
est-ce que l’enfant souhaite méditer sur la condition humaine ? Ou
bien obtenir une formule qui sera une étape acceptable d’une part dans une
situation peut-être très problématique à un moment donné, de l’autre dans
la construction progressive de ses croyances et convictions, en relation
avec celles qui prévalent dans son milieu ? Car la question qu’il
pose est sa question, avec son contexte particulier et
ses attentes du moment, une question qu’il pose à telle personne, un
« plus-grand-que-lui » situé dans une relation affective,
fonctionnelle, ou l’un et l’autre en proportions variables, et non pas une
question philosophique dans sa généralité élégamment
« désinsérée », comme un sujet de bac... Et quant à
l’apparente similitude entre les enfants et les malades mentaux, on peut
admettre l’intérêt d’examiner leurs productions respectives dans une
perspective pédagogique ou thérapeutique, voire critique en général. Car
on peut mieux comprendre la situation des uns et des autres, la difficulté
de maîtriser le réel chez l’être humain « candidat à
l’humanité » (Wallon) ou au contraire sur la pente d’une certaine
exclusion, pour aider précisément l’un à y accéder et l’autre à y revenir.
On peut aussi penser que les enfants et les malades mentaux ont en commun
d’échapper en partie aux codes sociaux dominants, donc leur emprunter
leurs regards pour faire la critique de ces codes sociaux. On met alors
entre parenthèses l’intérêt de l’un et de l’autre. Cet intérêt n’est pas
de maintenir ouverte l’interrogation ou l’hallucination... Passons
maintenant aux initiatives de philosophie à l’école primaire ou même
maternelle, par exemple telles qu’elles sont présentées dans L’Eveil de la pensée réflexive à l’école primaire [5] :on peut noter que la discussion collective y
tient une place très importante. Non seulement parce que les enfants ne
peuvent pas encore très bien se servir de l’écriture pour développer leurs
idées, mais aussi parce que pour les enseignants ou animateurs engagés
dans ces séances, la dimension intersubjective, collective est capitale.
Et dans cette perspective, les sujets de réflexion traités en commun sont
le plus souvent éthiques, à partir de cas réalistes : Martin a-t-il
bien fait d’agir comme il l’a fait, ou bien aurait-il plutôt dû,
etc. ? Dès lors, on peut se demander si le courant de la
philosophie pour enfants, par delà des spécificités de méthode qui
paraissent surtout dues aux individualités impliquées dans ces activités
(leurs parcours, leurs options), ne combine pas en fait deux tendances
assez différentes, peut-être même contradictoires :
D’un côté, les métaphysiciens pour qui le
questionnement enfantin est naturel, immédiatement profond, et qui veulent
le sauver des dégâts de la culture ; on sent dans cette attitude un
pessimisme profond à l’égard de l’école, accusée de tuer la pensée ou de
l’étouffer dans l’œuf. On ne pense pas en français, en
mathématiques, en histoire, seule la philosophie ferait penser. Mais alors
de quelle pensée parle-t-on, séparée de la vie intellectuelle et pratique
quotidienne, sinon poético-oraculaire, à la Heidegger ou Finkielkraut,
l’un décrétant que « la science ne pense pas », l’autre
déplorant qu’ « aujourd’hui il [soit] courant de baptiser culturelles
des activités où la pensée n’a aucune part » [6]
C’est extrêmement vague, cela révèle non pas une attitude critique à
l’égard de l’enseignement, mais un dénigrement de principe inquiétant de
la part de professionnels.
De l’autre,
les démocrates utopistes partisans de la confrontation verbale comme
panacée pédagogique. Ici on croit aux vertus du débat. L’« éthique
communicationnelle » de Habermas sert de référence, et on mise sur la
possibilité d’une éducation civique profonde à l’école. Fort bien, à
condition de ne pas s’exagérer l’efficacité de cette pratique. L’emballage
philosophique est-il bien nécessaire pour justifier des pratiques de mise
en confiance et des exercices de vocabulaire ? Et, par exemple, le
« Quoi de neuf ? » hebdomadaire, qui, bien manié, peut être
très efficace n’a pas attendu la vogue philosophique [7].
Le label ou le
sens ? La première tendance ne croit pas à l’école ; la
deuxième y croit trop. La première est conservatrice ; la deuxième
progressiste. Fondamentalement, elles sont pédagogiquement,
philosophiquement, anthropologiquement (en termes de conception de l’être
humain), incompatibles. Ce qui introduit une grande fragilité dans les
pratiques de philosophie, ou « à visée » philosophique à l’école
élémentaire (et plus encore préélémentaire...). C’est ce qui rend
inévitable la division en petites chapelles liées chacune à une
personnalité individuelle, réunies sous un œcuménisme qui doit rester très
flou pour tenir à peu près. Finalement l’important n’est pas de savoir
si on peut accorder le label philosophique à une interrogation d’enfant ou
à des techniques pédagogiques. Ce n’est pas une question de noblesse ou
d’appellation d’origine contrôlée ! Les bonnes questions sont plus
prosaïques : qu’est-ce que cela signifie vraiment ? A quoi cela
sert-il effectivement ? Pour aller plus loin, il faudrait sans
doute engager la réflexion et le débat dans trois directions :
Que savons-nous vraiment des
capacités philosophiques potentielles des enfants ? Il manque à la
plupart d’entre nous un tableau réaliste des tendances et capacités
cognitives et affectives des enfants du début des années 2000.
Assurons-nous déjà que nous savons tirer les leçons des classiques
(Piaget, Wallon et d’autres), quitte, comme le font les psychologues
actuels, à revoir la liste et les moments des stades dans la vie de
l’enfant. Cela pour ne pas nous bercer d’illusions : faire produire
et manier des concepts, « penser par eux-mêmes » des enfants
encore à la fois très égo-centrés et particulièrement demandeurs de
l’assentiment des autres, c’est peut-être bien bâtir sur du sable ou
peindre une carrosserie rouillée ... Un éducateur professionnel, doit
avoir la lucidité autocritique de se demander où commence l’intérêt
authentique de l’enfant futur adulte et où finit son propre désir de le
modeler pour qu’il reflète et confirme ses propres options plus ou moins
conscientes. La mode philosophique pédagogique n’est sûrement pas sans
rapport avec la mode philosophique chez les adultes des classes moyennes.
Côté Philo se doit d’y mettre son nez le moment
venu... Et surtout,
quelles sont ou doivent être les priorités fondamentales de
l’éducation ? Déjà, puisque tout ce qui est philosophique touche aux
convictions et croyances personnelles, il faudrait réfléchir à la
répartition des tâches la plus cohérente et la plus respectueuse entre le
cercle familial et l’institution de l’école, - c’est une dimension de la
question de la laïcité. Enfin, ne nous payons pas de mots : si
effectivement il s’avère que l’analyse de concepts ou la discussion font
faire à des élèves de maternelle ou d’école primaire des progrès en
précision du vocabulaire et en savoir-vivre collectif, appelons un chat un
chat, et la « philosophie pour enfants », du français et de la
morale. Si un label est prestigieux, mais inutile...
[1]
Folio Gallimard, 1989, pp. 200-201. L’expression "limites des possibilités
humaines" pourrait provenir de Jaspers.
[2]
La traduction française de ce livre issu d’une série de douze
« causeries » prononcées pour Radio-Bâle a été publiée en 10/18
et rééditée au moins en 1983. Le passage se trouve pages 7 à 9. Il a été
en partie reproduit par Vergez et Huisman dans leur Histoire des
Philosophes illustrée par les textes, 1966, pp. 374-375.
[3]
« Entendre philosophiquement une question d’enfant », dans
Diotime - L’Agora, n°14, juin 2002.
[4]
Nous ne posons pas ici la question de l’âge minimal pour faire de la
philosophie (je serais tenté de dire qu’il faudrait quand même attendre la
classe de première, en entendant les difficultés des enseignants de
sciences économiques et sociales à intéresser véritablement les élèves de
seconde à l’option qu’ils assurent, et qui aborde des problèmes réclamant
déjà une distance critique et une « maturité » importantes) mais
celle de l’âge en dessous duquel cela n’a aucun sens.
[5]
Sous la direction de Michel Tozzi, collection Enjeux du système éducatif,
CNDP / Hachette Education 2001. On pourra s’y référer pour avoir une idée
des contenus et des façons de faire des uns et des autres. Le lecteur
reste tout de même sur sa faim : combien de pratiques sont vraiment
durables, quels sont ou seront les effets pédagogiques positifs
indiscutables ? A voir, mais comment ?
[6]
Sur la quatrième de couverture de La Défaite de la
pensée, 1987.
[7]
A l’origine une des pratiques du courant Freinet, dit de la
« pédagogie institutionnelle », il consiste à proposer aux
élèves d’une classe de s’exprimer s’ils le veulent sur ce qui leur est
arrivé ou leur tient à cœur, à tour de rôle et en s’écoutant les uns les
autres, par exemple le lundi matin. L’objectif est de débarrasser l’enfant
de ce qui le tracasse, pour le rendre disponible à l’apprentissage. Il
s’agit donc d’une petite catharsis pédagogique régulière, et absolument
pas de philosophie, ni même (en tout cas directement) de morale. On ne
vise nullement à s’arrêter sur les soucis de l’enfant, encore moins à les
exploiter pour « problématiser, conceptualiser,
argumenter ». |