![]() |
|
Louis-René de Caradeuc de La Chalotais, Essai d'éducation nationale, 1763.
L’éducation devant préparer des citoyens à l'Etat, il est évident qu'elle doit être relative à sa constitution et à ses lois ; elle serait foncièrement mauvaise, si elle y était contraire ; c'est un principe de tout bon gouvernement, que chaque famille particulière soit réglée sur le plan de la grande famille qui les comprend toutes. Comment a-t-on pu penser que des hommes qui ne tiennent point à l'État, qui sont accoutumés à mettre un religieux au-dessus des chefs des Etats, leur ordre au-dessus de la patrie, leur institut et des constitutions au-dessus des lois, seraient capables d'élever et d'instruire la jeunesse d'un royaume. L'enthousiasme et les prestiges de la dévotion avaient livré les Français à de pareils instituteurs, livrés eux-mêmes à un maître étranger. Ainsi renseignement de la nation entière, cette portion de la législation qui est la base et le fondement des États, était resté sous la direction immédiate d'un régime ultramontain, nécessairement ennemi de nos lois. Quelle inconséquence, et quel scandale ! Sans approfondir toutes les conséquences qui résultent d'un abus si énorme, doit-on s'étonner que le vice de la monasticité ait infecté toute notre éducation ? Un étranger à qui on en expliquerait les détails, s'imaginerait que la France veut peupler les séminaires, les cloîtres et les colonies latines. Comment pourrait-il supposer que l'étude d'une langue étrangère, des pratiques de cloîtres, fussent des moyens destinés à former des militaires, des magistrats, des chefs de famille propres à remplir les différentes professions, dont l'ensemble constitue la force de l'État ? [...] C'est dans le sein des familles chrétiennes, dans les instructions de la paroisse, que les enfants doivent prendre les éléments du christianisme. Les églises sont les véritables écoles de la religion [...]. Un aumônier ou chapelain dans chaque collège pourrait suffire à cette fonction. [...] Je prétends revendiquer pour la nation une éducation qui ne dépende que de l'État, parce qu'elle lui appartient essentiellement ; parce que toute nation a un droit inaliénable et imprescriptible d'instruire ses membres ; parce qu'enfin les enfants de l'État doivent être élevés par des membres de l'État.
|