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Une laïcité en danger avec d’importants défis. Christine Guimonnet Professeur d’histoire-géographie ( …) Une laïcité en danger avec d’importants défis. Les défis auxquels la République est confrontée deviennent plus apparents depuis une quinzaine d’années. En un siècle, la composition démographique de la France a changé et les flux migratoires ont apporté de nouvelles populations mais aussi de nouvelles confessions, en particulier l’islam. On retrouve en France par le biais de ces populations différents courants de l’islam mais aussi du christianisme oriental. La laïcité a justement pour avantage de de préserver la coexistence de tous sur le territoire et ce en dépit des origines ethniques et des particularités religieuses. Or, l’Etat (quand il ne l’a pas favorisé) a laissé s’installer le communautarisme, qui devient de plus en plus gênant dans la mesure où des populations se sentent avant tout membres d’un groupe ethnique ou religieux et ce de manière quasi exclusive et n’entendent pas adhérer au concept de communauté citoyenne découlant du modèle républicain. Cela rejaillit sur le système scolaire qui est mis à rude épreuve et où la laïcité est régulièrement contestée, de diverses façons. Le but de l’école est de rassembler, durant le temps scolaire consacré à l’apprentissage les élèves par delà leur diversité. Non de diviser, ce qu’entraînent les revendications particularistes. Des exemples exposés ci-après on ne doit pas établir une généralité, mais comme ils touchent un nombre grandissant d’établissements, ils ne peuvent donc plus être passés sous silence : - On assiste d’abord à une multiplication des absences pour motif religieux et des demandes de dérogations. Dans son arsenal administratif, l’Éducation Nationale dispose de suffisamment de justifications autorisant des absences ponctuelles dans la mesure où ces dernières demeurent compatibles avec l’accomplissement des tâches inhérentes aux études et au respect de l’ordre public dans l’établissement. Dans le cas contraire, face à des absences régulières, le Conseil d’État peut débouter les requérants, comme avec l’arrêt Koen de 1995. Les magistrats avaient jugé que la requête de l’étudiant Jonathan Koen, inscrit en classes préparatoires scientifiques au lycée Masséna de Nice ne pouvait s’accommoder de l’absence permanente le samedi matin, à cause de l’importance des cours et des contrôles de connaissances dans le cadre de la préparation d’un concours des grandes écoles. - Viennent ensuite les contestations du contenu des cours, pour motifs religieux ou politiques : pour motifs politiques, on verra par exemple des parents turcs se plaindre si le professeur d’histoire évoque le génocide arménien. De plus en plus d’élèves musulmans refusent ce qui a trait à la philosophie des Lumières, les textes où on critique le rôle de la religion (Voltaire, Montesquieu) ; refusent aussi l’enseignement de la théorie de l’évolution (cours de Sciences de la vie et de la terre) ; contredisent le professeur qui fait un cours sur la civilisation musulmane …Certains garçons, les plus contestataires, sont généralement ignares en matière de religion (et de civilisation musulmane en particulier) et bien que n’ayant pour la plupart jamais lu le Coran (en ces temps où l’effort est nié, le livre est bien trop long…) ont pourtant des idées très arrêtées à propos de son contenu ou de son interprétation ! - Comme on ne veut pas entendre un enseignant parler de sa propre religion, on refuse aussi ce qui concerne l’histoire religieuse des autres : christianisme, judaïsme. Ce qui se manifeste par un refus de faire les devoirs, de visiter une cathédrale (en ne voyant pas que c’est l’intérêt historique et architectural du bâtiment qui prime. (…) La pratique religieuse commence à entrer dans l’enceinte scolaire. Depuis quelques années, le ramadan a pris des proportions telles que certains collèges voient s’évaporer une bonne partie de leur population durant la période du jeûne. Des élèves tentent de réclamer la rupture du jeûne en classe. Certaines attitudes sont ouvertement provocatrices. (…) La laïcité est aussi mise à mal quand des conflits de communautés entrent dans l’espace scolaire, générant des propos et attitudes haineux, du racisme, de l’antisémitisme. L’élève ne sent plus élève, futur citoyen en devenir (certains ignorent même qu’ils ont la nationalité française) mais membre d’un groupe. (…) Enfin, je ne peux dissocier dans notre société la défense de la laïcité de celle de l’intérêt général et de celui du maintien dans nos classes d’un enseignement de qualité. C’est ce dernier qui nous permet de faire de nos élèves des citoyens pourvus d’une solide culture et de l’esprit critique nécessaire à la compréhension d’un monde de plus en plus complexe. Puisque c’est en apprenant qu’on se construit – car on ne construit pas son savoir sans avoir au préalable appris quelque chose…- c’est toute une conception de la laïcité et de l’école qui sont ici à défendre.
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