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Edgar Quinet L’Enseignement du peuple, 1849, Chapitre XIV
On répète incessamment que la société laïque n’a aucun principe. et par conséquent rien a enseigner Il faut du moins reconnaître qu’elle peut mieux qu’aucune autre s’enseigner elle-même, et voilà précisément de quoi il est question dans l'enseignement laïque. Pour moi, j’ai toujours prétendu qu’elle possède un principe que seule, elle est en état de professer, et c’est sur ce principe qu’est fondé son droit absolu d’enseignement en matière civile. Ce qui fait le fond de cette société, ce qui la rend possible, ce qui l’empêche de se décomposer, est précisément un point qui ne peut être enseigné avec la même autorité par aucun des cultes officiels. Cette société vit sur le principe de l’amour des citoyens les uns pour les autres, indépendamment de leur croyance. Or, dites-moi qui professera, non pas seulement en paroles, mais en action cette doctrine, qui est le pain de vie du monde moderne ? Qui enseignera au catholique la fraternité avec le juif ? Est-ce celui qui, par sa croyance même, est obligé de maudire la croyance juive ? Qui enseignera à Luther l’amour du papiste ? Est-ce Luther ? Qui enseignera au papiste l’amour de Luther ? Est-ce le pape ? II faut pourtant que ces trois ou quatre mondes, dont la foi est de s’exécrer mutuellement soient réunis dans une même amitié. Qui fera ce miracle ? Qui réunira trois ennemis acharnés, irréconciliables ? Évidemment un principe supérieur et plus universel. Ce principe, qui n’est celui d’aucune église, voilà la pierre de fondation de l’enseignement laïque.
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