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LA DISSERTATION EN HISTOIRE DOMINIQUE COMELLI
Contribution au Colloque de l’ACIREPh “La dissertation de philosophie en terminale: Épreuve de réflexion, modèle à réfléchir ” - Octobre 2000 (nota : la forme orale de certaines contributions est conservée)
Petite histoire de l'histoire à l'école En histoire, le problème de la dissertation est un peu particulier, car la discipline elle-même n'est pas d'emblée liée à cet exercice, et l'enseignement de l'histoire a à l'origine un tout autre rapport à l'écrit; en effet, au XIXème siècle, les élèves doivent prendre des notes pendant le cours, ils écrivent ce que le professeur dit, ou dicte, et le soit ils doivent refaire le cours, c'est-à-dire réécrire ce qu'ils ont noté pendant la journée. Ainsi l'histoire est alors une discipline où l'écrit est une répétition de ce qui a été entendu et noté, il s'agit d'apprendre et de répéter. Progressivement le travail à la maison est allégé : l'élève est invité à résumer le cours, ce qui implique une expression plus personnelle; cependant, l'objet principal de l'écrit reste pendant très longtemps la répétition du discours du maître, comme moyen d'apprentissage. C'est seulement quand l'histoire devient pour la première fois une discipline évaluée à l'écrit du baccalauréat, dans les années 60, qu'apparaît la dissertation. Jusque là l'histoire était évaluée à l'oral (elle le redeviendra d'ailleurs quelques années, avant d'être rétablie à l'écrit, dans les années 79-80; valse qui indique peut-être à elle seule la difficulté du rapport qu'entretient l'histoire comme discipline scolaire avec l'écrit). Ce n'est que depuis les années 80 que l'épreuve écrite en histoire prend le nom de "dissertation". La nature de l'épreuve ne justifie d'ailleurs pas tellement ce nom, puisqu'il s'agit avant tout de réciter le cours. En fait il y a pour l'histoire un problème de légitimité : d'un côté, c'est une discipline du par cœur, où l'on se contente d'apprendre et de réciter, de l'autre, avec l'introduction de la dissertation l'histoire devient une discipline où on "pense". Or ce passage s'est fait par le seul intitulé de l'épreuve du bac : aucune réflexion n'est menée sur la nature de la dissertation en histoire, jamais on ne définit même la dissertation.
Difficultés et problème le rapport de l'histoire au récit Or quelles sont les conditions requises implicitement pour une dissertation, quels sont les critères sous-jacents qui font une bonne dissertation en général ? Voilà une question qui n'est jamais posée. Un des critères qui apparaît bien sûr dans les rapports de jury reste l'expression écrite : il faut d'abord maîtriser la langue française, être capable de s'exprimer correctement, à l'écrit. On entre donc dans le domaine des professeurs de français. Mais l'écrit en histoire pose le problème particulier de savoir à quel temps on doit raconter un événement historique, et se rapporter à lui. Ainsi les règles d'écriture sont un peu différentes, et surtout changent parfois selon les modes, les courants et les époques : si le recours au futur est presque toujours rejeté, le choix entre le récit au présent et au passé est changeant. Cela prend une importance considérable au moment de l'évaluation : le candidat qui rédige sa copie au futur est très sévèrement sanctionné (il peut perdre jusqu'à cinq point pour cette seule raison). Il manque donc une réflexion de fond sur la dissertation en histoire. Et ce manque est d'autant plus crucial que le rapport de l'histoire avec le récit est déjà très compliqué. Refuser la réflexion sur la dissertation, c'est refuser en même temps d'aborder la question de la nature du récit historique. Ricoeur fait désormais référence dans les discours des universitaires et des historiens. Or il met le récit au coeur de l'histoire et pose des problèmes importants sur ce qui permet ou non de distinguer le récit historique de la fiction. Ce débat a beaucoup agité les historiens. Or c'est bien le problème de la dissertation : dans quel récit est-on ? S'il s'agit d'y raconter les faits, alors ce n'est pas une dissertation mais bien une question de cours à laquelle il s'agit de répondre en faisant état de ses connaissances à propos des évènements en question. S'il s'agit d'un récit personnel construit par l'élève sur l'histoire, autrement dit dans un récit d'historien, alors il faut s'interroger sur la capacité et les moyens dont dispose l'élève pour parvenir à un tel résultat. Actuellement il semble communément admis qu'il est impossible d'exiger des élèves un tel récit sur l'histoire, et que ce n'est pas souhaitable. Le cours d'histoire n'a pas pour finalité de faire de l'élève un historien. Ainsi dans les instructions officielles, si le retour au récit est clairement réaffirmé, c'est d'un retour au récit du maître qu'il s'agit. L'énoncé du maître est le seul légitime, et toute tentative pour faire de l'élève l'auteur de son propre récit, ou pour conduire l'élève à construire son récit, est violemment rejeté. De la même manière, chaque fois qu'on cherche à interroger la notion même de récit, à l'examiner par rapport à la question de la vérité, ou du simplement plausible, on est confronté à un refus très net. Ce qui se dessine donc c'est plutôt l'abandon progressif est presque naturel de la dissertation, qu'on va laisser simplement disparaître, au lieu de discuter sérieusement des problèmes de fond qu'elle nous pose. En ce qui me concerne, je défendrais l'idée que l'épreuve du bac soit un récit, sans être une dissertation…
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