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Histoire critique de l'enseignement de philosophie

 

Enseigner la philosophie à partir de questions contemporaines ?

"Quel droit sur le vivant, quels droits du vivant ?"

 

bulletin d'incription

 

 

 

 

INFORMATIONS PRATIQUES

Lieu du stage : SNUIPP, 12 rue Cabanis, 75014 Paris (la rue longe l’hôpital Sainte-Anne !)

Les métros les plus proches sont : Glacière, Saint-Jacques ; RER : Denfert Rochereau 

Possibilité d’hébergement au FIAP (site : www.fiap.asso.f) situé juste à côté ; téléphone pour les réservations 01 43 13 17 17 (attention il faut s’y prendre assez tôt).

Pour les repas, il y a de nombreux restaurants aux alentours mais nous contacterons aussi le FIAP qui dispose d’un self dès que nous connaîtrons à peu près le nombre de participants. 

 

 

 

(ci-dessous vous trouverez également le programme)

 

Argument

 

Si l'élève "ne doit pas avoir l'impression que la réflexion philosophique se meut dans un monde à part, sans relation avec celui de la science ou celui de la vie, pourquoi craindrait-on d'aborder devant lui les question "d'actualité" ?"

Anatole de Monzie, lettre circulaire dite "instructions"de 1925

 

Enseigner une philosophie vivante

ACIREPh - Manifeste pour l'enseignement de la philosophie – huitième chantier

 

 

La classe de philosophie se veut le lieu d'une réflexion instruite et vivante. Les grands textes et questions de la tradition n'y sont convoqués que pour former le jugement. L'enseignement de philosophie refuse légitimement de verser dans un simple apprentissage de "doctrines". Il est admis que la culture philosophique n'a de sens que si, grâce à elle, les élèves sont mieux armés pour appréhender de façon critique les problèmes du monde contemporain.

Mais comment se fait le lien précisément entre les problèmes tels qu'ils se posent dans la culture philosophique et ceux du monde contemporain ? Par exemple, suffit-il de comprendre la problématique du Contrat Social ou celle du Traité de paix perpétuel pour comprendre comment se posent les questions politiques aujourd'hui ? Est-ce à l'élève de faire le lien ? Au professeur ? Et comment ?

Nous connaissons ces difficultés. Nous savons aussi qu'il est différentes manières d'y répondre qui engagent à chaque fois une certaine conception de l'enseignement de philosophie. Certains pensent que le meilleur moyen d'articuler la philosophie et le réel est de partir des questions vives du moment (par exemple celles que pose le clonage d'embryons humains) pour remonter aux grandes questions de philosophie (morale, politique, anthropologique, etc.). D'autres y voient un écueil pour la formation : des questions trop arrimées à une actualité sensible faisant obstacle à la distanciation critique ; d'autres encore redoutent une dissolution du philosophique dans le médiatique.

Les prochaines journées d'études de l'ACIREPh seront consacrées à ce problème professionnel : comment enseigner une philosophie vivante ? Peut-on et faut-il pour cela enseigner la philosophie à partir de questions contemporaines ? Nous souhaitons que ces questions puissent y être librement et véritablement réfléchies, discutées, débattues !

 

"Quel droit sur le vivant, quels droits du vivant ?"

 

Mais pour ne pas séparer la réflexion sur les pratiques et les finalités de celle sur les contenus, nous avons choisi d’aborder ce problème à travers la question suivante : quel droit sur le vivant, quels droits du vivant ? Si d'autres étaient évidemment possibles, celle-ci nous paraît assez emblématique des difficultés qui se présentent. Des questionnements philosophiques décisifs s'y jouent aujourd'hui.

Prenons trois exemples.

1. La question du droit des animaux. Elle est ancienne : la philosophie a souvent réfléchi sur la souffrance animale : Montaigne, Bentham, Mill, Schopenhauer. L'utilisation actuelle d'animaux pour se divertir (corrida, cirque, combats d'animaux, etc.), se nourrir (élevage intensif et en batterie, abattage industriel, etc.), ou se guérir (expérimentation animale) renouvelle le questionnement. De nouveau la philosophie est convoquée, car l'analyse engage des thèses et des argumentations anthropologiques, morales, politiques et métaphysiques qu'il faut bien identifier et approfondir, pour tenter d'y voir clair et dépasser un tant soit peu le débat d'opinions.

2. La question des brevets sur le vivant. On assiste à une multiplication des brevets sur le vivant. Pourtant l'idée même qu'une "forme vivante" puisse être l'objet d'une appropriation privée ne va de soi ni moralement ni métaphysiquement ; les enjeux économiques et politiques sous-jacents sont ici considérables y compris pour la recherche scientifique, son financement comme sa  liberté.   

3. Les questionnements au croisement de la science, du droit et du vivant permettent enfin, et de façon plus générale, de réfléchir à la manière dont, dans une démocratie s'élaborent les normes de l'existence collective. Que faire en effet si mes convictions personnelles s'opposent à celles de mon voisin sur la question du droit des animaux ? Comment trancher un conflit entre adversaires et partisans de l'expérimentation animale ? 

 Chacun voit à travers ces trois exemples que c'est la manière dont l'enseignement de philosophie participe à la formation d'un homme et d'un citoyen éclairé qui est interrogée. Notre enseignement ne cesse de proclamer sa valeur éminemment formatrice. Est-ce le cas ? Est-ce possible sans enseigner la philosophie à partir des grandes questions contemporaines ? Quel est  le rôle du professeur de philosophie ? Est-il surtout (voire seulement) d’initier les élèves à la culture philosophique occidentale classique ? Ou bien (aussi ?) de développer chez eux un « sens philosophique » destiné à s’investir dans les débats du présent, voire du proche avenir ? Faut-il d’ailleurs opposer les deux ? Et si on ne les oppose pas, comment les articuler ?

Tout cela questionne la finalité de notre enseignement : qu'est-on en effet en droit d'attendre ici d'un cours de philosophie ?