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	<title>ACIREPh</title>
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		<title>ACIREPh</title>
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		<title>Manifeste pour l'enseignement de la philosophie</title>
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		<dc:date>2020-08-29T01:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Activit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>IREPh</dc:subject>
		<dc:subject>Acireph</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir de la philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Connaissances</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte est un acte fondateur de l'association. Il part d'un &#233;tat des lieux de l'enseignement de la philosophie en France pour en arriver &#224; une liste de 10 chantiers qui d&#233;finissent les buts de l'ACIREPh.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Manifeste pour l'enseignement de la philosophie a &#233;t&#233; unanimement approuv&#233; lors de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 31 mars 2001. Il a &#233;t&#233; actualis&#233; en 2020.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/" rel="directory"&gt;Pr&#233;sentation de l'ACIREPh&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/activites" rel="tag"&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/pedagogie" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/ireph" rel="tag"&gt;IREPh&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/acireph" rel="tag"&gt;Acireph&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/avenir-de-la-philosophie" rel="tag"&gt;Avenir de la philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/democratisation" rel="tag"&gt;D&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/connaissances" rel="tag"&gt;Connaissances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#034;&lt;i&gt;La philosophie n'est pas un temple, mais un chantier.&lt;/i&gt;&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Canguilhem&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de la philosophie au lyc&#233;e est en panne. Certes, il n'a jamais touch&#233; autant d'&#233;l&#232;ves qu'aujourd'hui et sa l&#233;gitimit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; mieux &#233;tablie dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la demande de philosophie, quelle que soit son ambigu&#239;t&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; aussi forte. Mais sa vitalit&#233;, sa capacit&#233; de renouvellement sont atteintes et les sympt&#244;mes d'un d&#233;p&#233;rissement de la philosophie scolaire se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des sympt&#244;mes de d&#233;p&#233;rissement&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Un grand nombre d'&#233;l&#232;ves&lt;/i&gt; &#8212; et pas seulement dans les s&#233;ries technologiques &#8212; &lt;i&gt;ne parviennent pas &#224; tirer un r&#233;el profit de l'enseignement de philosophie tel qu'il leur est actuellement dispens&#233;&lt;/i&gt;. Cela fait dire que les &#233;l&#232;ves qui n'ont pas de philosophie en demandent, mais que ceux qui en font s'y ennuient. La formule est sans doute excessive, mais les constats que tout un chacun peut faire au moment du baccalaur&#233;at ne sont gu&#232;re encourageants : nombre de copies ne portent aucune trace d'un an de philosophie, et malgr&#233; leur bonne volont&#233; &#233;vidente la plupart n'en contiennent que des bribes confuses ; seule une fraction d'entre elles t&#233;moignent de l'acquisition des rudiments d'une culture et d'une d&#233;marche philosophique. Les difficult&#233;s d'&#233;valuation, si fr&#233;quemment &#233;voqu&#233;es (et auxquelles la profession ne s'est jamais vraiment donn&#233; les moyens de faire face, sauf &#224; relever la notation d'une fa&#231;on volontariste qui &#233;lude le probl&#232;me), ne sont qu'un sympt&#244;me : ce qu'enregistre en d&#233;finitive l'&#233;preuve du baccalaur&#233;at - et qu'on constate au-del&#224; du bac dans toutes les formations sup&#233;rieures - c'est l'incapacit&#233; de l'enseignement de philosophie &#224; former actuellement d'une mani&#232;re satisfaisante une grande partie des &#233;l&#232;ves qui lui sont confi&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Face &#224; l'expression de nouvelles demandes et de nouveaux besoins, on enregistre dans la profession des r&#233;actions de frilosit&#233; et de crispation. &lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Depuis trente ans, &lt;i&gt;toutes les tentatives pour r&#233;former les programmes ont &#233;chou&#233;&lt;/i&gt;. Plus globalement, la profession se montre incapable d'assurer une &#233;volution r&#233;guli&#232;re de la discipline qui tienne compte aussi bien de l'&#233;tat des d&#233;bats philosophiques contemporains que des changements dans l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques mois de philosophie en terminale, les &#233;l&#232;ves se plaignent presque unanimement d'avoir une seule ann&#233;e pour assimiler la d&#233;marche et la culture philosophique n&#233;cessaires et regrettent de n'avoir pas commenc&#233; d&#232;s la classe de premi&#232;re. Mais il faut bien reconna&#238;tre que &lt;i&gt;l'id&#233;e d'enseigner la philosophie sur deux ans, voire trois &lt;/i&gt; (comme c'est le cas dans la plupart des pays d'Europe o&#249; existe un enseignement, obligatoire ou optionnel, de philosophie) suscite encore aujourd'hui dans la profession des divergences sensibles d'appr&#233;ciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'enseignement dans les s&#233;ries technologiques&lt;/i&gt; reste un sujet tabou : le cadavre dans le placard. Les difficult&#233;s y sont criantes. Mais jamais on n'a pris la peine de r&#233;unir ceux qui y enseignent pour mesurer leurs succ&#232;s comme leurs &#233;checs, et en tirer les cons&#233;quences. Si nombre de professeurs se passionnent pour cet enseignement, et quelquefois y r&#233;ussissent, beaucoup attendent impatiemment la mutation qui les d&#233;livrera de ce qu'ils vivent comme un fardeau ; et plus d'un dit d&#233;sormais &#224; mi-voix qu'apr&#232;s tout la philosophie n'a peut-&#234;tre pas sa place dans ces s&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, est-il surprenant que &lt;i&gt;l'hypoth&#232;se d'un enseignement de la philosophie dans les lyc&#233;es professionnels&lt;/i&gt; inqui&#232;te plus qu'elle n'enthousiasme ? Sa mise en place poserait assur&#233;ment d'&#233;normes probl&#232;mes. Mais on peut se demander si, par l'effet de ses craintes, la profession ne pr&#233;f&#232;rera pas plut&#244;t renoncer devant l'obstacle que se demander si ce ne serait pas pour elle l'occasion d'innovations f&#233;condes et de remises en cause salutaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La philosophie est-elle encore formatrice ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Devant ces ph&#233;nom&#232;nes de fragilisation, de scl&#233;rose et de d&#233;sarroi, on peut se demander combien de temps encore la philosophie sera en mesure de justifier et de conserver sa place si particuli&#232;re dans l'enseignement secondaire fran&#231;ais. Et la question qui se pose est la suivante : &lt;strong&gt;A quelles conditions la philosophie au lyc&#233;e peut-elle rester ou redevenir une discipline vivante et formatrice ?&lt;/strong&gt; Cette question ne concerne pas seulement les enseignants de philosophie, mais tous ceux qui, &#224; des titres divers, s'int&#233;ressent &#224; elle parce qu'ils enseignent d'autres disciplines, parce qu'ils ont des responsabilit&#233;s syndicales ou politiques, parce qu'ils sont &#233;l&#232;ves, parents d'&#233;l&#232;ves, ou tout simplement des citoyens &#224; qui l'avenir de cet enseignement importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour leur part, les professeurs de philosophie du secondaire se retrouvent extraordinairement d&#233;munis : il n'existe parmi eux aucune structure institutionnelle d'&#233;change didactique et p&#233;dagogique. Chacun est seul dans ses classes, aussi bien pour faire face &#224; ses &#233;checs et &#224; ses besoins que pour soutenir et poursuivre dans la dur&#233;e ses propres innovations. La formation initiale des professeurs de philosophie et leur formation continue restent presque exclusivement th&#233;oriques. Pire : les exp&#233;riences et les recherches didactiques et p&#233;dagogiques sont parfois accueillies avec m&#233;fiance ou m&#233;pris. Celui qui en exprime le besoin est aussit&#244;t soup&#231;onn&#233; d'entretenir une conception techniciste ou formaliste de l'enseignement qui ferait perdre &#224; la philosophie son &#226;me : il passe simplement pour un pi&#232;tre professeur parce qu'il serait un mauvais philosophe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#8220;doctrine officieuse&#8221; et ses cons&#233;quences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, p&#232;se depuis 50 ans sur l'enseignement de philosophie une &lt;i&gt;doctrine officieuse &lt;/i&gt; qui impr&#232;gne et oriente de fait la profession. Elle est &lt;i&gt;officieuse&lt;/i&gt; parce qu'elle ne figure comme telle dans aucune instruction officielle ni aucun texte de programme. Mais c'est une &lt;i&gt;doctrine&lt;/i&gt; parce qu'elle est explicite et coh&#233;rente ; elle a &#233;t&#233; express&#233;ment formul&#233;e lors de colloques, de conf&#233;rences et dans divers articles ; elle est en permanence rappel&#233;e en filigrane dans les rapports des jurys de concours ou certains rapports d'inspection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette doctrine part d'un principe qui inspire l'enseignement de la philosophie en France depuis plus d'un si&#232;cle :&lt;i&gt; l'enseignement de la philosophie est un enseignement philosophique.&lt;/i&gt; Sa finalit&#233; premi&#232;re n'est pas que l'&#233;l&#232;ve sache ce qu'ont dit Platon ou Descartes, mais qu'il apprenne &#224; mener par lui-m&#234;me une r&#233;flexion philosophique et d&#233;veloppe ainsi son esprit critique et l'autonomie de son jugement. C'est l&#224; un principe que personne ne conteste. Ce qui est contestable en revanche, c'est la d&#233;formation que la doctrine officieuse lui fait subir, et ce sont les normes et les repr&#233;sentations qu'elle pr&#233;tend en tirer pour l'enseignement de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du principe qu'un enseignement de la philosophie doit &#234;tre philosophique, elle croit pouvoir en d&#233;duire deux autres :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'enseignement de la philosophie &lt;i&gt;n'&lt;/i&gt;aurait &#224; r&#233;pondre &lt;i&gt;qu'&#224; &lt;/i&gt; des exigences philosophiques, &#224; l'exclusion de toute autre ; et&lt;/li&gt;&lt;li&gt; il lui &lt;i&gt;suffirait&lt;/i&gt; de satisfaire &#224; ces exigences pour &#234;tre ce qu'il doit &#234;tre.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, c'est &#224; partir de la &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; consid&#233;ration de l'essence de la philosophie que devrait se r&#233;gler son enseignement. Le sophisme est manifeste : que l'enseignement de la philosophie doive r&#233;pondre &#224; des exigences philosophiques n'implique &#233;videmment pas qu'il doive, et puisse m&#234;me, en ignorer d'autres, celles qui d&#233;coulent du fait qu'il est un enseignement et qu'il s'adresse, dans un cadre scolaire pr&#233;cis, &#224; des &#233;l&#232;ves d&#233;termin&#233;s : des exigences p&#233;dagogiques et didactiques. Elaborer un programme qui soit formateur pour les &#233;l&#232;ves d'une s&#233;rie d&#233;termin&#233;e, s'entendre sur des crit&#232;res d'&#233;valuation, concevoir un enseignement dans les lyc&#233;es professionnels, etc. : aucun de ces probl&#232;mes ne peut &#234;tre r&#233;solu sans articuler ensemble exigences philosophiques, p&#233;dagogie et didactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette articulation, la doctrine officieuse la rend impossible : constituant la philosophie en puissance r&#233;gulatrice qui n'a de compte &#224; rendre qu'&#224; elle-m&#234;me, elle conduit &#224; juger son enseignement en rapport avec des exigences abstraites et id&#233;ales, jamais en rapport avec ses effets de formation sur ceux &#224; qui il s'adresse. L'enseignant de philosophie n'aurait &#224; justifier ce qu'il dit et fait qu'au regard d'une id&#233;e de la philosophie comme pens&#233;e qui se fonde en permanence sur elle-m&#234;me. Or cette id&#233;e rel&#232;ve d'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; conception de la philosophie ; elle est r&#233;cus&#233;e dans d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, une telle doctrine conduit &#224; ignorer ou m&#233;priser les exigences p&#233;dagogiques propres &#224; la situation scolaire : ou bien on pr&#233;tend qu'elles sont magiquement satisfaites pourvu que celles de la philosophie le soient ; ou bien on les renvoie &#224; l'idiosyncrasie et &#224; la &#8220;petite cuisine&#8221; de chaque enseignant. Cela revient &#224; entretenir la c&#233;cit&#233; sur les processus par lesquels les &#233;l&#232;ves s'approprient peu &#224; peu les comp&#233;tences et les savoirs requis et sur les obstacles qu'ils peuvent rencontrer dans ces apprentissages. Cela revient &#224; la n&#233;gation pure et simple du &lt;i&gt;m&#233;tier&lt;/i&gt; d'enseignant et des pratiques diverses par lesquelles chacun dans ses classes, de mani&#232;re intuitive ou m&#233;thodique, s'efforce de conduire le travail et la progression de ses &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;i&gt;le mythe d'une discipline &#8220; ascolaire &#8221;&lt;/i&gt; se paie cher. Au fil des ann&#233;es s'est d&#233;velopp&#233;e une scolarisation rampante et non assum&#233;e de la philosophie, une mauvaise scolarisation : ce sont les sujets du bac et les manuels qui fixent le programme r&#233;el et ce sont les fascicules de m&#233;thode qui codifient la dissertation. Et tant qu'on se contentera de d&#233;clarer que les candidats au baccalaur&#233;at doivent &#8220; prendre le risque de penser &#8221; et qu'une bonne copie est celle qui &#8220; &#233;tonne le correcteur &#8221;, il ne faudra pas s'&#233;tonner de voir les &#233;l&#232;ves chercher &#224; se rassurer, demander avec insistance ce qu'on attend d'eux et, faute de r&#233;ponse, se d&#233;brouiller avec l'aide en ligne sur l'Internet. Sous l'effet de cette r&#233;gulation par le mauvais bout, les contenus se normalisent et s'appauvrissent, les exigences m&#233;thodologiques tournent &#224; la caricature. Tout se passe comme si la doctrine officieuse produisait exactement ce qu'elle pr&#233;tend &#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Articuler philosophie et p&#233;dagogie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne sortira pas l'enseignement de la philosophie de l'impasse o&#249; il s'est mis lui-m&#234;me sans un r&#233;examen collectif de ces id&#233;es re&#231;ues et de ces repr&#233;sentations qui gouvernent la profession depuis des d&#233;cennies, la replient sur elle-m&#234;me et paralysent son &#233;volution. Il ne s'agit pas de remplacer une doctrine par une autre, mais de lever les verrous et de lib&#233;rer les initiatives et les &#233;changes. Il s'agit d'&lt;i&gt;ouvrir un espace de d&#233;bat et de r&#233;flexion&lt;/i&gt; o&#249; l'exp&#233;rience de chacun &#8212; qu'il enseigne en s&#233;rie technologique dans un lyc&#233;e de zone sensible ou dans un grand lyc&#233;e parisien, qu'il soit agr&#233;g&#233; ou ma&#238;tre-auxiliaire &#8212; soit &#233;galement reconnue et o&#249; la pluralit&#233; des d&#233;marches p&#233;dagogiques ne soit plus consid&#233;r&#233;e comme une menace pour le caract&#232;re philosophique de l'enseignement, mais comme l'expression normale et stimulante d'un enseignement vivant et formateur de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la cr&#233;ation d'un tel espace, dans des conditions de reconnaissance institutionnelle (les IREPH : Instituts de Recherche sur l'Enseignement de la Philosophie), qui est la raison d'&#234;tre de notre association. En 20 ans d'existence, nous nous sommes efforc&#233;s, avec les moyens limit&#233;s qui sont les n&#244;tres, de le faire d'ores et d&#233;j&#224; vivre : nous avons tenu des colloques et des journ&#233;es d'&#233;tude, nous avons mis en place des groupes de travail r&#233;gionaux et th&#233;matiques, nous avons particip&#233; aux d&#233;bats sur les programmes et les &#233;preuves du baccalaur&#233;at en tentant d'y apporter des suggestions et des arguments. A partir de ces 20 ann&#233;es d'exp&#233;riences, de prises de conscience et de confrontations, ce manifeste propose d'ouvrir &lt;strong&gt;10 chantiers pour l'enseignement de la philosophie. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chantiers doivent contribuer &#224; faire vivre et &#233;tendre la philosophie au lyc&#233;e et &#224; l'Universit&#233;. Ils rel&#232;vent &#233;videmment de la responsabilit&#233; des professeurs. Ce sont eux qui doivent op&#233;rer, dans le respect de leur tradition, le renouvellement n&#233;cessaire de leur enseignement : ils sont en effet les mieux plac&#233;s et les mieux arm&#233;s (pour autant qu'ils s'en donnent et qu'on leur en donne les moyens) pour r&#233;fl&#233;chir, exp&#233;rimenter et &#233;changer collectivement sur leurs pratiques. Ces chantiers font concourir philosophie, p&#233;dagogie et didactique au d&#233;veloppement de l'esprit critique et de l'autonomie du jugement des &#233;l&#232;ves. Parce qu'ils d&#233;veloppent les moyens de favoriser l'appropriation et l'exercice par le plus grand nombre du savoir et de la r&#233;flexion philosophique, ces chantiers apportent par l&#224; m&#234;me leur pierre &#224; la difficile et n&#233;cessaire d&#233;mocratisation de la philosophie et de son enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dix chantiers pour l'enseignement de la philosophie&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier chantier :
Reconna&#238;tre que la philosophie au lyc&#233;e est une discipline scolaire.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'identification pure et simple de l'enseignement de la philosophie au lyc&#233;e &#224; la philosophie tout court emp&#234;che de penser la sp&#233;cificit&#233; de la philosophie comme discipline scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie, en effet, existe pr&#233;alablement &#224;, et ind&#233;pendamment de, son enseignement au lyc&#233;e. Elle vit d'abord ailleurs : dans les recherches, les livres et les d&#233;bats des philosophes et &#8212; plus ou moins &#8212; dans ce que tout un chacun peut dire ou &#233;crire quand il philosophe. Ce qui fait sa sp&#233;cificit&#233; comme discipline scolaire, c'est sa valeur formatrice, ce sont les finalit&#233;s qui lui sont assign&#233;es en tant qu'elle participe, avec les autres disciplines, &#224; la formation intellectuelle des &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'enseignement n'a pas &#224; &#234;tre con&#231;u &#224; partir d'une id&#233;e a priori de ce qu'est la philosophie &#8212; il y en a d'ailleurs de multiples &#8212; mais &#224; partir de la question : &lt;i&gt;qu'est-ce qui dans l'h&#233;ritage de 2500 ans de philosophie et dans la vie philosophique contemporaine peut le mieux contribuer &#224; permettre aux &#233;l&#232;ves de se forger un esprit critique, de d&#233;velopper leurs capacit&#233;s de r&#233;flexion et l'autonomie de leur jugement, de se construire une culture qui soit un instrument d'intelligibilit&#233; du monde qui les entoure ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette question d&#233;coule une s&#233;rie d'autres sur lesquelles doit porter la r&#233;flexion collective des professeurs de philosophie. Quels sont les contenus de connaissances et les outils intellectuels que, comme dans toutes les autres disciplines, les &#233;l&#232;ves doivent apprendre &#224; ma&#238;triser ? Quelles comp&#233;tences doivent-ils acqu&#233;rir ? Que peut-on exiger d'un &#233;l&#232;ve de terminale de telle ou telle s&#233;rie ? A l'aune de quels crit&#232;res son travail sera-t-il &#233;valu&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie nullement que l'on r&#233;duise la philosophie au bachotage ou la subordonne au baccalaur&#233;at, ni qu'on l'enferme dans une perspective &#233;troitement utilitaire ou techniciste, ni qu'on lui enl&#232;ve son caract&#232;re de recherche et de d&#233;couverte intellectuelle. Cela signifie au contraire qu'on lui redonne, contre la &#8220; mauvaise scolarisation par les manuels &#8221;, son plein sens de discipline scolaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Etudier la philosophie au lyc&#233;e, c'est se former &#224; la philosophie et se former par la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me chantier :
Reconna&#238;tre qu'apprendre &#224; philosopher est un apprentissage et qu'enseigner la philosophie est un m&#233;tier.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait sans dommage identifier purement et simplement le professeur de philosophie &#224; un philosophe. Celui qui fait le philosophe devant ses &#233;l&#232;ves ne les forme pas puisqu'il les traite comme des disciples qu'ils ne seront jamais. Et sa &#8220;philosophie&#8221; restera faible, r&#233;p&#233;titive, victime de cette confusion des genres. Cette identification, avec les images de soi qui l'accompagnent, reste pourtant fortement ancr&#233;e dans les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On la r&#233;sume souvent dans la formule : &lt;i&gt;&#8220; le professeur de philosophie est l'auteur de son cours &#8221;&lt;/i&gt;. Si on entend par l&#224; que chaque professeur organise comme il le veut et sous sa pleine responsabilit&#233; son ann&#233;e et son approche des notions et des textes avec telle ou telle classe, selon son propre style d'enseignement, alors c'est trivial, et il n'est pas besoin d'en faire un dogme. Mais si cela veut dire qu'un cours est un texte, faisant &#339;uvre, que le professeur &#233;crit et dit (ou qu'il improvise sans l'avoir &#233;crit) devant ses &#233;l&#232;ves, ou m&#234;me avec eux, alors cette formule est fausse et n&#233;faste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est &lt;i&gt;fausse&lt;/i&gt;, sur le plan intellectuel : lorsqu'un philosophe est l'auteur d'une &#339;uvre, il la publie, ce qui signifie qu'il prend le risque de la soumettre &#224; la critique de ses pairs. Or les &#233;l&#232;ves ne sont pas nos pairs, et leur critique, si elle a lieu, ne nous fait pas courir grand risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est &lt;i&gt;n&#233;faste&lt;/i&gt;, sur le plan p&#233;dagogique : elle fait l'impasse sur l'activit&#233; des &#233;l&#232;ves, et emp&#234;che de se poser la question de &lt;i&gt;ce que font les &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt; lorsqu'ils &#233;coutent un tel texte. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment, elle pr&#233;suppose acquise la capacit&#233; d'une &#233;coute active et critique de la parole de l'enseignant : la capacit&#233; de se l'approprier pour son propre compte, d'en saisir la dimension probl&#233;matique et de s'en servir pour mettre en &#339;uvre sa propre pens&#233;e, dans une dissertation par exemple. Elle pr&#233;suppose donc acquis ce qui, en r&#233;alit&#233;, ne l'est que par un tout petit nombre &#224; l'entr&#233;e en terminale, et doit au contraire &#234;tre appris par la grande majorit&#233; des &#233;l&#232;ves aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre formule exprime la m&#234;me occultation de la dimension d'apprentissage : &lt;i&gt;&#8220; la philosophie est &#224; elle-m&#234;me sa propre p&#233;dagogie &#8221;&lt;/i&gt;. Si on veut simplement signifier qu'en classe de philosophie on doit philosopher, personne ne saurait la contester s&#233;rieusement. Mais si on entend par l&#224; que, pour apprendre &#224; philosopher, il suffirait d'entendre ou de lire de la philosophie et que le professeur peut se passer de toute r&#233;flexion sur les moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour amener ses &#233;l&#232;ves &#224; faire de la philosophie, alors elle est trompeuse et nocive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler des conditions de l'apprentissage de la philosophie au lieu de parler philosophie est encore trop souvent per&#231;u comme une faiblesse ou un signe d'insuffisance philosophique, ce qui a pour effet pervers d'instiller un sentiment de culpabilit&#233; ou d'&#233;chec chez l'enseignant qui, dans sa pratique, a besoin d'outils p&#233;dagogiques, et de l'isoler : comment r&#233;soudre des difficult&#233;s d'ordre p&#233;dagogique quand la seule discussion admise est la discussion philosophique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concevoir l'enseignement de la philosophie comme un apprentissage, c'est justement s'atteler &#224; cette difficult&#233; : comment faire entrer des &#233;l&#232;ves dans l'ensemble des d&#233;marches intellectuelles qui constituent l'activit&#233; philosophique ? Cela suppose de r&#233;fl&#233;chir &#224; la fa&#231;on dont les connaissances et les comp&#233;tences philosophiques acquises par l'enseignant au cours de ses &#233;tudes universitaires &#8212; qui sont, rappelons-le, essentiellement des connaissances d'histoire de la philosophie &#8212; vont pouvoir &#234;tre mises au service de cette t&#226;che de formation &#224; l'activit&#233; philosophique ; de clarifier les buts que l'on vise et d'ajuster au mieux les moyens (quels concepts, quels textes, quelles d&#233;marches, quels exercices&#8230;) pour atteindre ces buts avec les &#233;l&#232;ves ; de r&#233;organiser en permanence, &#224; l'&#233;preuve de l'exp&#233;rience et au plus pr&#232;s de la r&#233;alit&#233; des classes, ce rapport entre comp&#233;tences philosophiques et comp&#233;tences p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail, chacun certes l'effectue plus ou moins, m&#234;me si c'est souvent de mani&#232;re intuitive ; mais il l'effectuera d'autant mieux qu'il en prendra une claire conscience &#224; travers le partage des exp&#233;riences et la r&#233;flexion commune. Cela suppose de reconna&#238;tre et d'assumer son &lt;i&gt;m&#233;tier de professeur&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Troisi&#232;me chantier :
Assumer la diversification des formes d'enseignement de la philosophie qu'entra&#238;ne sa d&#233;mocratisation.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici le mod&#232;le philosophique fran&#231;ais s'est &#233;tendu en g&#233;n&#233;ralisant l'enseignement de la classe de philosophie : les &lt;i&gt;Instructions de 1925&lt;/i&gt;, texte de r&#233;f&#233;rence d'une aristocratie intellectuelle, sont devenues, &#224; la virgule pr&#232;s, la bible d'un enseignement de masse. Mais en un si&#232;cle, la position d'exception de la philosophie, &#8220; couronnement des humanit&#233;s &#8221;, est devenue par l'effet conjugu&#233; de l'extension de la philosophie et de la massification de l'enseignement une position de &lt;i&gt;repli sur soi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de la philosophie dans les s&#233;ries technologiques en est l'exemple flagrant : on a d'abord choisi de transplanter directement aupr&#232;s de publics nouveaux, sans aucun souci de leur cursus et de leurs sp&#233;cificit&#233;s, le programme, la p&#233;dagogie et le mode d'&#233;valuation de la &#8220;classe de philosophie&#8221;. Puis on a fait le silence non seulement sur les difficult&#233;s p&#233;dagogiques et les &#233;checs caract&#233;ris&#233;s dans ces classes, souvent v&#233;cus dans la honte et la solitude, mais aussi sur le tr&#233;sor d'inventions que les professeurs y d&#233;ploient quotidiennement : on consid&#232;re celles-ci comme de simples exp&#233;dients, in&#233;vitables de la part d'un enseignement &#224; la d&#233;rive ou d'un enseignant en p&#233;ril ; elles appellent au mieux la sympathie, mais on leur refuse la reconnaissance et la possibilit&#233; de circuler parmi les enseignants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, les professeurs qui se sont investis aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques sont nombreux &#224; juger que le travail pour aller &#224; ce qui est philosophiquement essentiel et l'effort d'imagination p&#233;dagogique que cet enseignement exige d'eux sont tout &#224; fait salutaires. Ils sont une source de renouvellement particuli&#232;rement f&#233;conde dont les effets s'&#233;tendent, avec b&#233;n&#233;fice, &#224; leur enseignement dans toutes les autres s&#233;ries. On peut enseigner dans ces s&#233;ries sans avoir le sentiment ni de &#8220;brader&#8221; la philosophie ni de d&#233;choir, mais bien au contraire d'y exercer pleinement son m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose &#233;videmment que la diversification des formes d'enseignement de la philosophie qu'entra&#238;ne n&#233;cessairement sa d&#233;mocratisation soit reconnue de plein droit et soit collectivement assum&#233;e, au lieu d'&#234;tre laiss&#233;e au bricolage individuel. Dispenser un enseignement diversifi&#233;, ce n'est pas m&#233;priser les &#233;l&#232;ves en leur dispensant une philosophie au rabais. C'est reconna&#238;tre que &lt;i&gt;les capacit&#233;s philosophiques qu'on rencontre chez tous les &#233;l&#232;ves ne s'expriment pas chez tous de la m&#234;me mani&#232;re et ne peuvent pas &#234;tre cultiv&#233;es chez tous selon les m&#234;mes modalit&#233;s&lt;/i&gt;. La mani&#232;re dont des &#233;l&#232;ves peuvent se former &#224; la philosophie ne saurait &#234;tre ind&#233;pendante ni de leur parcours scolaire ant&#233;rieur, ni de leur bagage culturel, ni des rapports qu'ils entretiennent avec le langage, avec l'&#233;cole ou avec les adultes, ni non plus de leur projet professionnel et de la fa&#231;on dont plus g&#233;n&#233;ralement ils envisagent leur avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'enseignement de la philosophie veut vraiment s'adresser &#224; tous, il doit s'interroger : qu'est-ce qui, dans ses formes d'enseignement, est ins&#233;parable et constitutif de la discipline ? qu'est-ce qui rel&#232;ve d'une histoire contingente, c'est-&#224;-dire du r&#244;le institutionnel, de la fonction sociale et du public que la discipline a pu avoir &#224; telle ou telle &#233;poque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quatri&#232;me chantier :
Reconna&#238;tre que faire de la philosophie ne sert pas seulement &#224; philosopher.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La philosophie fait appel &#224; un &lt;i&gt;riche &#233;ventail de comp&#233;tences&lt;/i&gt; : poser des probl&#232;mes ; analyser des concepts ; se d&#233;centrer de son propre point de vue et prendre de la distance &#224; l'&#233;gard de ses opinions ; exercer son esprit critique &#224; l'&#233;gard des id&#233;es re&#231;ues et des sch&#232;mes de pens&#233;e &#233;tablis ; passer de l'expression imm&#233;diate et spontan&#233;e de son avis au d&#233;veloppement argument&#233; et nuanc&#233; d'une position ; pratiquer un va-et-vient permanent entre l'abstrait et le concret, entre le particulier et l'universel ; tirer les le&#231;ons d'un exemple et envisager les cons&#233;quences d'un principe ; faire &#233;voluer le contenu et la formulation de ses id&#233;es pour tenir compte d'objections dont on reconna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; ; conduire une r&#233;flexion depuis l'exposition d'une question jusqu'&#224; la formulation d'une r&#233;ponse ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours de philosophie, ces comp&#233;tences sont des moyens au service d'un seul but : le libre exercice de la pens&#233;e, pratiqu&#233; pour lui-m&#234;me. Mais ces comp&#233;tences ont aussi une valeur en elles-m&#234;mes. Elles constituent des &#233;l&#233;ments indispensables de la formation de l'&#233;l&#232;ve, quel que soit son avenir scolaire et professionnel et quelles que soient les activit&#233;s dans lesquelles il s'engagera au cours de son existence future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit souvent que la philosophie a d'autant plus de valeur qu'elle &#233;chappe au souci de l'utile. Et c'est en un sens vrai : quand on se forme &#224; la philosophie, comme quand on se forme &#224; la musique ou aux math&#233;matiques, on vise la philosophie pour elle-m&#234;me. Mais dans le m&#234;me temps, on se forme par la philosophie, comme on se forme par la musique ou par les math&#233;matiques ; et en ce sens-l&#224;, la philosophie n'a pas &#224; rougir d'&#234;tre utile, et m&#234;me de revendiquer son utilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de la philosophie ne saurait justifier la position qu'il occupe aujourd'hui &#8212; et encore moins le renforcement de sa pr&#233;sence dans les cursus scolaires et universitaires &#8212; s'il ne fait pas la preuve de son &lt;i&gt;utilit&#233;&lt;/i&gt; dans la formation intellectuelle et culturelle de tous les &#233;l&#232;ves et s'il ne s'interroge pas sur son efficacit&#233; ainsi que sur les moyens de l'&#233;valuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cinqui&#232;me chantier :
Red&#233;finir l'&#233;l&#233;mentaire.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On entend souvent dire : &lt;i&gt;&#8220; les &#233;l&#232;ves ont droit &#224; toute la philosophie &#8221;&lt;/i&gt;. Si on entend par l&#224; qu'il n'y a aucune raison de ne pas proposer aux &#233;l&#232;ves des s&#233;ries litt&#233;raires de r&#233;fl&#233;chir sur les sciences, &#224; ceux des s&#233;ries scientifiques de s'interroger sur l'art et &#224; ceux des s&#233;ries technologiques de se poser des questions m&#233;taphysiques, tout le monde sera d'accord. Mais pr&#233;tendre que le programme d'une ann&#233;e de philosophie, quelle que soit la s&#233;rie et quel que soit l'horaire, doit avoir une vis&#233;e encyclop&#233;dique et &#234;tre aussi illimit&#233; dans son principe qu'ind&#233;termin&#233; dans son contenu puisque toute la philosophie en puissance doit y &#234;tre incluse, c'est une id&#233;e contestable et d&#233;sastreuse dans la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est dans son principe solidaire d'une conception initiatique de l'enseignement : il faudrait faire op&#233;rer &#224; l'&#233;l&#232;ve une sorte de conversion intellectuelle par laquelle il acc&#233;derait en quelques mois &#224; une nouvelle mani&#232;re de consid&#233;rer toute chose et d'aborder tous les probl&#232;mes. C'est l&#224; simplement une doctrine p&#233;dagogique et nul n'a le droit de l'&#233;riger en norme unique. Mais surtout elle a, dans un cadre scolaire, des effets particuli&#232;rement n&#233;fastes : si toute la philosophie est au programme, rien n'est au programme et rien n'est exigible. Refuser ainsi d'indiquer &#224; l'&#233;l&#232;ve sur quoi il doit faire porter son effort, quels probl&#232;mes il doit comprendre, quelles connaissances ma&#238;triser et quelles comp&#233;tences acqu&#233;rir, ne lui permet pas de s'engager dans un v&#233;ritable travail de formation de soi. C'est l'entretenir dans l'id&#233;e qu'on est &#8220;dou&#233; pour la philo&#8221; ou pas et, &#224; l'examen, favoriser l'habile ignorant au d&#233;triment de celui qui a travaill&#233; et appris. En outre, &#224; refuser ainsi de d&#233;limiter et d'expliciter l'&#233;l&#233;mentaire, la discipline perd sa consistance et la philosophie se transforme peu &#224; peu en une &#8220;mati&#232;re d'&#233;veil&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que l'&#233;l&#233;mentaire, en philosophie, c'est ce qui est premier, ce dont tout d&#233;coule. Mais c'est confondre &lt;i&gt;deux sens du mot &#8220;&#233;l&#233;mentaire&#8221;&lt;/i&gt; : les &#233;l&#233;ments premiers d'un syst&#232;me &lt;i&gt;(philosophique)&lt;/i&gt; et les premiers pas d'une progression &lt;i&gt;(p&#233;dagogique)&lt;/i&gt;. La responsabilit&#233; collective des enseignants de philosophie est, comme dans n'importe quelle autre discipline, de discerner et de pr&#233;lever ce qui, dans les d&#233;marches, les probl&#232;mes, les concepts et les doctrines majeures de la tradition, peut &#234;tre formateur pour des &#233;l&#232;ves d&#233;butants qui, dans leur immense majorit&#233;, ne feront plus de philosophie ensuite. Refuser d'op&#233;rer une telle s&#233;lection, mettre d'un coup les &#233;l&#232;ves devant &#8220;toute la philosophie&#8221;, c'est en r&#233;alit&#233; d&#233;missionner. Bien entendu, ce choix n'est pas simple. Il ne peut se faire qu'&#224; partir de l'exp&#233;rience et de la r&#233;flexion de toute la profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fixer ainsi des exigences limit&#233;es et raisonnables, ce n'est ni renoncer ni baisser le niveau. Le pire est d'avoir des exigences d&#233;raisonnables qu'on est incapable de tenir et de faire respecter. Car on perd alors tout crit&#232;re pour juger des progr&#232;s ou des &#233;checs. C'est une des raisons des inextricables probl&#232;mes d'&#233;valuation rencontr&#233;s au baccalaur&#233;at. Mieux vaut moins, mais mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sixi&#232;me chantier : Articuler l'apprentissage philosophique et les savoirs.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Se former &#224; la philosophie, c'est apprendre &#224; penser &#224; travers l'appropriation de connaissances philosophiques et non-philosophiques. On a us&#233; et abus&#233; de la formule de Kant selon laquelle &lt;i&gt;on ne peut apprendre la philosophie mais seulement &#224; philosopher&lt;/i&gt;. Certes, on veut souligner par l&#224; que l'enseignement de la philosophie au lyc&#233;e ne saurait consister &#224; &#233;tudier pour elles-m&#234;mes des doctrines philosophiques, l'histoire de la philosophie ou celle des id&#233;es. Mais, sur ce principe, l'accord des professeurs de philosophie est unanime. En revanche, &#224; durcir souvent jusqu'&#224; la caricature les distinctions l&#233;gitimes entre penser et conna&#238;tre, entre la philosophie et les savoirs positifs ou entre le mouvement d'une pens&#233;e vivante et les id&#233;es des philosophes, on finit par s'interdire toute r&#233;flexion s&#233;rieuse sur la mani&#232;re de les articuler dans l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple : si le cours de philosophie s'organise autour de probl&#232;mes, ceux-ci ne peuvent &#234;tre s&#233;rieusement abord&#233;s par les &#233;l&#232;ves qu'&#224; travers la connaissance des principales options philosophiques qu'ils ont engendr&#233;es et par la ma&#238;trise progressive des distinctions conceptuelles qui permettent de leur donner un sens. Ces options et ces distinctions n'ont rien de naturel ni de spontan&#233;. C'est dans l'histoire de la philosophie qu'elles ont &#233;t&#233; produites et c'est l&#224; seulement qu'on peut les rencontrer. On ne peut &#233;luder la question : qu'est-ce que des &#233;l&#232;ves d&#233;butants doivent savoir de l'histoire de la philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple : la philosophie s'est toujours nourrie de ce qui n'est pas elle et on ne saurait philosopher un tant soit peu sur les sciences, l'art ou la religion sans disposer d'&#233;l&#233;ments de connaissance solides et pr&#233;cis sur certains &#233;pisodes fondamentaux de l'histoire des sciences, sur certains courants artistiques et esth&#233;tiques, sur certains textes religieux. On ne peut &#233;luder la question : puisque ces connaissances indispensables ne sont pas fournies actuellement par le lyc&#233;e, quelle place l'enseignement de la philosophie doit-il leur donner s'il veut &#234;tre pertinent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple : assimiler une id&#233;e de tel ou tel grand philosophe et l'exposer pour son propre compte, c'est une comp&#233;tence philosophique fondamentale. L'&#233;l&#232;ve qui a compris les arguments justifiant l'id&#233;e de &#8220;contrat social&#8221; ou celle d'&#8220;imp&#233;ratif cat&#233;gorique&#8221; et qui est capable de l'exposer intelligemment &lt;i&gt;pense&lt;/i&gt; tout autant que celui qui pose un probl&#232;me ou analyse un concept. On a fini par faire de la question de cours un &#233;pouvantail, comme s'il n'y avait pas de diff&#233;rence entre r&#233;citer des formules et s'approprier des id&#233;es. On ne peut &#233;luder la question : comment favoriser et valoriser ce travail par lequel l'&#233;l&#232;ve apprend &#224; int&#233;rioriser et &#224; faire siennes des id&#233;es qu'il n'a pas invent&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Septi&#232;me chantier : Articuler l'apprentissage philosophique et l'apprentissage de nouveaux usages de la langue.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Se former &#224; la philosophie, c'est apprendre &#224; faire un usage philosophique de la langue orale et &#233;crite. Chacun sait que la plupart des &#233;l&#232;ves ont d'&#233;normes difficult&#233;s &#224; &#233;crire, ou &#224; articuler oralement, un discours un tant soit peu construit, suivi et coh&#233;rent. On impute un peu trop facilement ces difficult&#233;s &#224; un d&#233;faut de la pens&#233;e, ou &#224; ce qu'on a coutume d'appeler la &#8220; mauvaise ma&#238;trise de la langue &#8221;. Ce qui se passe est bien plut&#244;t d'abord que les &#233;l&#232;ves sont confront&#233;s pour la premi&#232;re fois &#224; cet usage particulier de la langue qui consiste &#224; r&#233;fl&#233;chir sur le sens des mots et des questions, sur le statut des propositions et la logique des discours, et &#224; faire de cette r&#233;flexion l'objet m&#234;me d'un discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est bien cet usage particulier de la langue qu'ils doivent apprendre. A cet &#233;gard, l'id&#233;e selon laquelle &lt;i&gt;&#8220; le mod&#232;le de la dissertation, c'est la le&#231;on du professeur &#8221;&lt;/i&gt; s'av&#232;re dramatiquement insuffisante, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle fait l'impasse sur cet apprentissage. Et pire encore est l'id&#233;e que &lt;i&gt;&#8220; pour faire une dissertation, il suffit de penser &#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire de cet apprentissage un objet de r&#233;flexion, est-ce r&#233;duire la philosophie &#224; une &#8220; rh&#233;torique argumentative &#8221; ou au &#8220; d&#233;bat d'opinion &#8221; ? Cette objection fait resurgir la traditionnelle pr&#233;vention des philosophes &#224; l'&#233;gard de la rh&#233;torique, et cette pr&#233;vention n'est pas infond&#233;e : aucun de nous ne veut transformer ses &#233;l&#232;ves en apprentis sophistes qui mettraient en &#339;uvre de mani&#232;re m&#233;canique des artifices de langage. Mais nous n'en sommes pas l&#224;. Les &#233;l&#232;ves, dans leur grande majorit&#233;, sont tr&#232;s loin de courir le risque d'un exc&#232;s de rh&#233;torique. Le probl&#232;me est bien plut&#244;t qu'ils manquent g&#233;n&#233;ralement des outils de la rh&#233;torique la plus &#233;l&#233;mentaire, la plus n&#233;cessaire et la plus l&#233;gitime pour &#233;laborer et d&#233;velopper leur pens&#233;e. Par exemple, ils ne savent pas comment s'y prendre pour articuler un raisonnement et sa r&#233;futation, pour pr&#233;senter une objection et y r&#233;pondre, pour mener une analyse de notion ou de probl&#232;me ; ils ne savent ni comment &lt;i&gt;&#233;crire&lt;/i&gt; cela, ni comment le &lt;i&gt;lire&lt;/i&gt; dans un texte, ni non plus comment le &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;entendre&lt;/i&gt; dans une discussion orale. Tout cela, les professeurs ont &#224; le leur apprendre, &#224; leur en faire d&#233;couvrir les normes, &#224; leur en faire construire la comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore la question ne peut &#234;tre &#233;lud&#233;e : comment conjuguer l'apprentissage de la pens&#233;e avec celui des outils langagiers et discursifs par lesquels cette pens&#233;e, non seulement s'exprime, mais plus encore s'&#233;labore, se forme, s'affermit et s'affine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Huiti&#232;me chantier : Enseigner la philosophie vivante.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apprendre &#224; philosopher, c'est &#234;tre confront&#233; &#224; la fois &#224; une tradition et &#224; la philosophie vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence d'un v&#233;ritable programme et le poids des sujets de baccalaur&#233;at sur une discipline qui n'existe qu'en ann&#233;e d'examen ont produit peu &#224; peu un r&#233;tr&#233;cissement des horizons de l'enseignement philosophique. Comme on ignore ce que traitent les coll&#232;gues, on fait ce qu'on croit qu'ils font (ce qui figure dans les manuels) et on se replie non seulement sur les auteurs canoniques, mais sur un tout petit nombre de textes et de doctrines qui ont acquis le statut de pont aux &#226;nes. Evidemment on a le droit d'&#234;tre original, mais c'est aux risques et p&#233;rils de l'&#233;l&#232;ve : m&#234;me si elle est m&#233;diocrement restitu&#233;e, le correcteur reconna&#238;tra toujours l'&lt;i&gt;All&#233;gorie de la caverne&lt;/i&gt; ; une id&#233;e de Vico, de Carnap, ou m&#234;me de Locke, risque de n'&#234;tre ni connue ni comprise et de s'attirer un point d'interrogation, quand ce n'est pas une grande rature en rouge. En une trentaine d'ann&#233;es, le programme de 1973 a &#233;t&#233; peu &#224; peu &#233;cr&#234;t&#233; de toutes ses innovations : les questions au choix ont &#224; peu pr&#232;s disparu ; on enseigne de moins en moins &#8220;la formation d'un concept scientifique&#8221; (peu utile au bac o&#249; les sujets de philosophie des sciences sont devenus de plus en plus g&#233;n&#233;raux) et &#8220;la constitution d'une science de l'homme&#8221; (le m&#233;pris des sciences humaines instill&#233; depuis 50 ans a fini par produire ses effets). L'enseignement de philosophie tend &#224; s'enfermer dans une &#8220;philosophie philosophante&#8221; et &#224; reprendre ind&#233;finiment quelques &#233;pisodes de l'histoire de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes de la 1&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle nous paraissent sans doute aujourd'hui poussi&#233;reux ; mais on y trouvait un &#233;cho des d&#233;bats philosophiques qui avaient alors cours en France ; les programmes des ann&#233;es 60-70 ont int&#233;gr&#233; la pr&#233;sence dans la pens&#233;e contemporaine de Marx, de Nietzsche, de Freud, de la tradition d'&#233;pist&#233;mologie et d'histoire des sciences fran&#231;aise. Mais aujourd'hui, la plupart des d&#233;bats contemporains particuli&#232;rement intenses en philosophie du langage, en philosophie de l'esprit ou en philosophie politique n'ont &#224; peu pr&#232;s aucune r&#233;sonance dans la philosophie telle qu'elle s'enseigne au lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que l'enseignement de la philosophie n'a pas &#224; suivre les modes et doit se tenir &#224; l'&#233;cart de l'actualit&#233;. Sans doute. Mais peut-on parler des rapports de l'&#226;me et du corps dans les &lt;i&gt;M&#233;ditations&lt;/i&gt; ou aborder le &lt;i&gt;Contrat social&lt;/i&gt; sans jamais se demander ce que Descartes et Rousseau ont &#224; nous dire aujourd'hui, par exemple au regard des questions soulev&#233;es par les penseurs cognitivistes ou contractualistes contemporains ? On ne peut entretenir une relation vivante avec les classiques que si on les lit en relation avec nos questions, qui sont pour une bonne part celles de la philosophie d'aujourd'hui. Les &#233;l&#232;ves lisent des journaux, des revues, regardent &#224; la t&#233;l&#233;vision des &#233;missions scientifiques ou des d&#233;bats d'id&#233;es ; et ils posent des questions. Le professeur de philosophie a sans doute &#224; leur parler de Platon, mais Platon ne saurait suffire &#224; leur curiosit&#233; ni leur donner tous les moyens de s'orienter dans la pens&#233;e d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discerner dans les travaux contemporains ce qui non seulement est important, mais ce qui peut &#234;tre formateur et utile aux &#233;l&#232;ves, ce devrait &#234;tre un souci collectif et permanent de notre profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Neuvi&#232;me chantier : Sortir l'enseignement de la philosophie de son enfermement en terminale.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de la philosophie &#233;touffe en terminale ; l'avenir de l'enseignement de la philosophie passe par son extension en amont et en aval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons purement historiques, l'enseignement de la philosophie occupe, dans l'institution scolaire fran&#231;aise, une position d'exception : install&#233; en classe terminale et dans cette seule ann&#233;e, assur&#233; par un enseignant qui restera &#224; jamais, dans la plupart des cas, l'unique professeur de philosophie rencontr&#233; par chacun dans sa vie, il est toujours con&#231;u, m&#234;me si on n'ose plus gu&#232;re employer cette expression, comme le &#8220; couronnement &#8221; des &#233;tudes secondaires. Or cette position est loin d'avoir les effets b&#233;n&#233;fiques qu'on lui suppose. Au lieu d'&#234;tre une ann&#233;e marquante et r&#233;ellement formatrice, elle est en r&#233;alit&#233; le plus souvent une parenth&#232;se dans le cursus des &#233;l&#232;ves, parenth&#232;se aussi vite referm&#233;e qu'elle a &#233;t&#233; ouverte : on se souvient d'un professeur charismatique et du sujet tomb&#233; au bac, mais il ne reste le plus souvent de la terminale ni culture ni savoir-faire philosophiques effectifs. Les professeurs de philosophie du sup&#233;rieur le savent bien, et ils ne pr&#233;supposent souvent aucun acquis d&#233;termin&#233; chez leurs &#233;tudiants de classes pr&#233;paratoires ou d'Universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'enseignement de la philosophie souffre de son confinement dans la classe de terminale. Il ne peut y avoir de vraie formation &#224; la philosophie si on ne reconna&#238;t pas que, comme toutes les autres disciplines, son apprentissage demande du temps et doit &#234;tre conduit selon une progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avenir de l'enseignement de la philosophie passe par son extension en dehors de la terminale. &lt;i&gt;Extension en amont&lt;/i&gt; d'abord, c'est-&#224;-dire au moins &#224; partir de la classe de premi&#232;re : les &#233;l&#232;ves le demandent fr&#233;quemment, ce qui traduit l'inad&#233;quation du mod&#232;le actuel d'une &#8220; &#233;closion soudaine &#8221; et le besoin qu'ils ressentent d'avoir du temps devant eux pour se former efficacement. &lt;i&gt;Extension en aval&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dans toutes les branches des &#233;tudes sup&#233;rieures : l'enseignement en terminale prendrait ainsi un sens nouveau en devenant la base d'une formation qui se continuerait de mani&#232;re diversifi&#233;e selon les &#233;tudes poursuivies. Concevoir et mettre en &#339;uvre les modalit&#233;s de cette extension est sans doute l'un des chantiers les plus ambitieux et les plus neufs pour l'enseignement de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dixi&#232;me chantier : Remodeler la formation initiale et continue des professeurs de philosophie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les conditions et les modalit&#233;s de la formation des enseignants de philosophie n'apparaissent plus aujourd'hui satisfaisantes. On ne peut ici qu'indiquer quelques n&#339;uds de difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cursus universitaires, de la 1&#232;re ann&#233;e de Licence au Master, sont rarement coh&#233;rents. Les &#233;tudiants se voient proposer chaque ann&#233;e des contenus d'enseignement souvent disparates qu'ils ont beaucoup de mal &#224; relier entre eux et &#224; faire tenir ensemble. Au bout de 4 ans, il n'est pas rare qu'ils n'aient jamais eu de cours sur des auteurs, des th&#232;mes ou des courants de pens&#233;e fondamentaux. C'est tout autant le cas pour les &#233;tudiants pass&#233;s par les classes pr&#233;paratoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;paration aux concours est de fait surtout assur&#233;e par les kh&#226;gnes, seul lieu o&#249; les &#233;tudiants sont r&#233;guli&#232;rement entra&#238;n&#233;s &#224; la dissertation et &#224; la le&#231;on qui sont actuellement la base des &#233;preuves de concours. L'Universit&#233; n'a pas autant de moyens de le faire. Il y a l&#224; une in&#233;galit&#233; grave et un dysfonctionnement majeur (qui n'est certes pas propre &#224; la philosophie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concours, et tout particuli&#232;rement l'agr&#233;gation, sont con&#231;us et v&#233;cus comme des &#8220;brevets d'excellence philosophique&#8221; et des moyens de continuer d'&#8220;&#234;tre philosophe&#8221; plut&#244;t que comme la voie d'entr&#233;e dans le m&#233;tier de professeur de philosophie. Les &#233;preuves privil&#233;gient simultan&#233;ment la possession de connaissances tr&#232;s pr&#233;cises, voire pointues, d'histoire de la philosophie (auteurs de l'&#233;crit &#224; l'agr&#233;gation) et la capacit&#233; in&#233;vitablement rh&#233;torique &#224; traiter de toute question possible (oral d'agr&#233;gation). Passer une ann&#233;e enti&#232;re &#224; &#233;tudier des auteurs comme Fichte ou Plotin (qui ne figurent pas au programme de terminale) et se voir proposer &#224; l'oral de l'agr&#233;gation des sujets comme &#8220;L'insouciance&#8221; ou &#8220;Qu'est-ce qu'un paysage ?&#8221;, est-ce vraiment la meilleure mani&#232;re de se pr&#233;parer &#224; enseigner la philosophie ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les jeunes enseignants sont pour la plupart d&#233;&#231;us de l'ann&#233;e qu'ils passent &#224; la fois en stage et en INSPE. Manifestement, la confrontation de l'exp&#233;rience qu'ils font dans leur classe avec l'indispensable r&#233;flexion p&#233;dagogique et didactique ne se fait pas, ou tr&#232;s mal, ou trop peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me la formation continue des enseignants de philosophie est presque exclusivement &#233;rudite et ne fait pour ainsi dire aucune place &#224; l'&#233;change sur les pratiques, &#224; la r&#233;flexion sur les obstacles p&#233;dagogiques et &#224; la mise en circulation des innovations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans une connaissance s&#233;rieuse et non mythologique de la tradition de l'enseignement philosophique, il est difficile de la faire vivre et &#233;voluer, et de nourrir utilement le d&#233;bat entre professeurs de philosophie. Il para&#238;t n&#233;cessaire d'int&#233;grer &#224; la formation des nouveaux professeurs un enseignement de l'histoire de la discipline, en France et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un ensemble de probl&#232;mes s&#233;rieux et d&#233;licats qu'on ne saurait traiter en quelques lignes ni r&#233;soudre par quelques mesures rapides. C'est un chantier de longue haleine qui suppose une analyse lucide, approfondie et non manich&#233;enne de la situation et qui conduira sans doute &#224; un certain nombre de remises en cause. Il est l'affaire de toute la profession : professeurs de terminale et de classes pr&#233;paratoires, universitaires et formateurs d'INSPE, inspecteurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Communiqu&#233; sur les projets de programmes de philosophie</title>
		<link>https://www.acireph.org/l-acireph/positions-publiques/article/communique-sur-les-projets-de-programmes-de-philosophie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/l-acireph/positions-publiques/article/communique-sur-les-projets-de-programmes-de-philosophie</guid>
		<dc:date>2019-05-08T09:52:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Notions</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir de la philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des programmes trop lourds et sans principes.&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/l-acireph/positions-publiques/" rel="directory"&gt;Positions publiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/notions" rel="tag"&gt;Notions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/avenir-de-la-philosophie" rel="tag"&gt;Avenir de la philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des programmes trop lourds et sans principes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.acireph.org/IMG/pdf/bulletin_acireph_mai_2019.pdf" length="287204" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelles &#233;preuves pour le bac en s&#233;ries technologiques ? Osons imaginer !</title>
		<link>https://www.acireph.org/les-pratiques/l-evaluation/article/quelles-epreuves-pour-le-bac-en-series-technologiques-osons-imaginer</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/les-pratiques/l-evaluation/article/quelles-epreuves-pour-le-bac-en-series-technologiques-osons-imaginer</guid>
		<dc:date>2017-04-27T10:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Guillaume Lequien, Jo&#235;l, Sarah Margairaz</dc:creator>


		<dc:subject>Avenir de la philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lorsqu'un groupe de travail fut mis en place en 2012 par l'IGEN et la DEGESCO pour tenter d'avancer vers une r&#233;forme de ces &#233;preuves, l'Acireph mit en avant les principes qui devraient l'orienter. Nous &#233;labor&#226;mes quelques sujets au fil des d&#233;bats et des interrogations auxquels nous avions &#224; faire face. Pour &#234;tre force de proposition, il s'agissait de ne pas se laisser enfermer dans l'existant et d'oser imaginer de nouvelles modalit&#233;s pour &#233;valuer le travail et les acquis philosophiques des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/les-pratiques/l-evaluation/" rel="directory"&gt;L'&#233;valuation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/avenir-de-la-philosophie" rel="tag"&gt;Avenir de la philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'un groupe de travail fut mis en place en 2012 par l'IGEN et la DEGESCO pour tenter d'avancer vers une r&#233;forme de ces &#233;preuves, l'Acireph mit en avant les principes qui devraient l'orienter. Nous &#233;labor&#226;mes quelques sujets au fil des d&#233;bats et des interrogations auxquels nous avions &#224; faire face. Pour &#234;tre force de proposition, il s'agissait de ne pas se laisser enfermer dans l'existant et d'oser imaginer de nouvelles modalit&#233;s pour &#233;valuer le travail et les acquis philosophiques des &#233;l&#232;ves de ces s&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une premi&#232;re r&#233;union en octobre 2012 en pr&#233;sence des diff&#233;rentes associations professionnelles, syndicats et corps d'inspection, l'activit&#233; du groupe de travail fut interrompue, faute d'un accord suffisant entre les diff&#233;rentes tendances au sein de l'Inspection elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le probl&#232;me demeure. &lt;a href='https://www.acireph.org/l-acireph/article/resultats-de-l-enquete-acireph-snes-sur-l-enseignement-de-la-philosophie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e en 2015 le montre&lt;/a&gt; : 82 % des coll&#232;gues ayant r&#233;pondu jugent que les &#233;preuves du bac philo en s&#233;ries technologiques doivent &#234;tre, soit &#171; conserv&#233;es mais am&#233;nag&#233;es &#187;, soit &#171; enrichies par de nouvelles &#233;preuves &#187;, soit &#171; &#224; remplacer totalement &#187;. Les suffrages les plus nombreux reviennent m&#234;me &#224; la r&#233;ponse la plus radicale : 37 % des professeurs souhaitent &lt;i&gt;remplacer totalement&lt;/i&gt; les &#233;preuves du bac de philosophie en ST.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une chose est claire : le statu quo est intenable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;sentons ici :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les &lt;strong&gt;principes&lt;/strong&gt; qui devraient selon nous guider une transformation de ces &#233;preuves,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; quelques &lt;strong&gt;exemples de sujets&lt;/strong&gt; imagin&#233;s suivant ces principes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Au sein de l'Acireph le d&#233;bat n'est pas clos : la r&#233;flexion se poursuit et se nourrit du pluralisme des points de vue de ceux qui s'efforcent d'y contribuer...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Quelques principes pour une r&#233;forme des &#233;preuves de philosophie du baccalaur&#233;at technologique&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**1) Proposer une &#233;preuve qui comporte plusieurs phases, afin d'&#233;viter l'effet de &#171; tout ou rien &#187; des &#233;preuves actuelles. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, un &#233;l&#232;ve qui ne parvient pas &#224; discerner le ou les probl&#232;mes &#233;voqu&#233;s par une question de dissertation, ou qui ne comprend pas tel passage important d'un texte, qui peut tenir en une demi-ligne, va n&#233;cessairement se situer sous la moyenne (sauf si cela est le cas de la grande majorit&#233; des copies, auquel cas les correcteurs doivent &#171; bricoler &#187;, ce qui n'est pas souhaitable). Il faut donc une &#233;preuve qui &#233;vite cet effet de &#171; tout ou rien &#187;, qui peut cr&#233;er un &#233;cart important entre ce que l'&#233;l&#232;ve est capable de faire en moyenne dans l'ann&#233;e et ce qu'il fait au Bac.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**2) Proposer une &#233;preuve qui valorise le travail de l'ann&#233;e des &#233;l&#232;ves. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre d'un programme de notions, qui permet de poser un nombre ind&#233;fini de probl&#232;mes au Bac, la possibilit&#233; d'utiliser les connaissances philosophiques acquises pendant l'ann&#233;e scolaire est al&#233;atoire. Les &#233;l&#232;ves s'en rendent compte, ce qui ne les encourage pas &#224; acqu&#233;rir ces connaissances. A l'oppos&#233;, il faut donc une &#233;preuve qui permette clairement de valoriser l'acquisition des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre du programme actuel, les solutions sont limit&#233;es. Il peut s'agir d'interroger les &#233;l&#232;ves sur les rep&#232;res, ou sur quelques textes d'auteur au programme chaque ann&#233;e (par ex trois textes, un sur chaque notion principale). Il peut encore s'agir de leur demander de poser librement un probl&#232;me philosophique sur une des neuf notions du programme. Bien s&#251;r, ces questions ne constitueraient qu'une partie minime de l'&#233;preuve, sur 5 points par exemple. Mais elles permettraient de valoriser assur&#233;ment l'acquisition de connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**3) Proposer un seul type d'&#233;preuve, avec un choix de deux sujets. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Attendu que les s&#233;ries technologiques ont un nombre d'heures limit&#233;, et que les &#233;l&#232;ves rencontrent des difficult&#233;s importantes &#224; l'&#233;crit, il est actuellement difficile de les pr&#233;parer &#224; deux types de sujet diff&#233;rents &#8211; que certains &#233;l&#232;ves continuent &#224; confondre &#224; la fin de l'ann&#233;e. Il est donc opportun de ne proposer qu'un seul type d'&#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est cependant n&#233;cessaire de conserver un choix de sujets, dans le but de permettre &#224; chaque &#233;l&#232;ve de valoriser le mieux possible ses connaissances et sa r&#233;flexion. Un choix entre deux sujets semble raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;**4) Expliciter les attendus de l'&#233;preuve. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A propos des &#233;preuves actuelles, les &#233;ternelles discussions &#224; propos de ce qui est demand&#233; au Bac, &lt;i&gt;formellement&lt;/i&gt; et non sur le contenu, lors des commissions d'entente notamment, semblent montrer qu'il y a un flou sur les attendus. Il faut donc une plus grande clart&#233; &#224; ce sujet, le mieux &#233;tant que les attendus de l'&#233;preuve soient formul&#233;s pour les &#233;l&#232;ves avec les sujets donn&#233;s au Bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, une certaine formulation de ces attendus existe dans le programme, en quelques lignes. Mais il faut quelque chose de plus explicite, pour les professeurs et pour les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Voici 3 exemples de sujets qui seraient en accord avec ces principes :&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acireph.org/IMG/doc/epreuve_zero_1.doc' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='Word - 33.5 kio' type=&#034;application/msword&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L64xH64/doc-d03fe.svg?1772068010' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;preuve z&#233;ro - 1&#232;re version
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_42 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acireph.org/IMG/doc/epreuve_zero_2.doc' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='Word - 32.5 kio' type=&#034;application/msword&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L64xH64/doc-d03fe.svg?1772068010' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;preuve z&#233;ro - 2&#232;me version
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_43 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acireph.org/IMG/doc/epreuve_zero_3.doc' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='Word - 36 kio' type=&#034;application/msword&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L64xH64/doc-d03fe.svg?1772068010' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;preuve z&#233;ro - 3&#232;me version
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt; Une proposition moins audacieuse, qui pourrait &#234;tre mise en place dans le cadre actuel... &lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tant plus r&#233;aliste, il est probable que les seuls am&#233;nagements acceptables de fa&#231;on &#224; peu pr&#232;s consensuelle, consisteraient &#224; conserver un choix entre 3 sujets, mais avec :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; un sujet de dissertation &#034;nu&#034; (pour satisfaire les traditionalistes...)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; un sujet de dissertation guid&#233;e&lt;/li&gt;&lt;li&gt; un sujet d'explication de texte mieux guid&#233;e&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Voici des exemples pour ces nouveaux types de sujets, fruits de notre r&#233;flexion collective : &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_50 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acireph.org/IMG/pdf/dissertation_guidee.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 43.7 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772036340' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dissertation guid&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_51 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acireph.org/IMG/pdf/explication_de_texte.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 60.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772036340' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Explication de texte guid&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Envie de participer aux travaux de notre commission &#034;Nouvelles &#233;preuves&#034; ? &gt;&gt; n'h&#233;sitez pas &#224; nous contacter ! &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>	Le sujet texte des s&#233;ries technologiques : difficile pour les &#233;l&#232;ves, mais aussi pour les enseignants ! </title>
		<link>https://www.acireph.org/les-pratiques/l-evaluation/article/le-sujet-texte-des-series-technologiques-difficile-pour-les-eleves-mais-aussi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/les-pratiques/l-evaluation/article/le-sujet-texte-des-series-technologiques-difficile-pour-les-eleves-mais-aussi</guid>
		<dc:date>2016-07-01T18:38:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;l</dc:creator>


		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, &#224; l'&#233;preuve de philosophie du Bac, les candidats des s&#233;ries technologiques ont eu &#224; plancher sur un texte de Hume difficile, contenant de surcro&#238;t une erreur de traduction. Cette ann&#233;e, aucune erreur &#224; d&#233;plorer dans le texte (en langue fran&#231;aise d'origine), mais &#224; nouveau un texte bien difficile, de Merleau-Ponty. Difficile pour les &#233;l&#232;ves, mais aussi pour les enseignants ! &lt;br class='autobr' /&gt; En r&#233;sum&#233;, dans le passage soumis aux candidats, Merleau-Ponty d&#233;fend l'id&#233;e que le but des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/les-pratiques/l-evaluation/" rel="directory"&gt;L'&#233;valuation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, &#224; l'&#233;preuve de philosophie du Bac, les candidats des s&#233;ries technologiques ont eu &#224; plancher sur un texte de Hume difficile, contenant de surcro&#238;t une erreur de traduction. Cette ann&#233;e, aucune erreur &#224; d&#233;plorer dans le texte (en langue fran&#231;aise d'origine), mais &#224; nouveau un texte bien difficile, de Merleau-Ponty. Difficile pour les &#233;l&#232;ves, mais aussi pour les enseignants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En r&#233;sum&#233;, dans le passage soumis aux candidats, Merleau-Ponty d&#233;fend l'id&#233;e que le but des peintres n'est pas d'&#233;voquer le monde r&#233;el, mais &#171; de fabriquer sur la toile un spectacle qui se suffit &#187;. Pour expliquer cette id&#233;e, il met en cause la distinction entre le &#171; sujet du tableau &#187; et la &#171; mani&#232;re du peintre &#187;, le &#171; fond &#187; et la &#171; forme &#187;. Et le texte se termine par l'id&#233;e qu'il est impossible d'imaginer une peinture sans jamais l'avoir vue, sur la base d'analyses de cette peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; &#233;l&#232;ves, si j'en crois les copies que j'ai corrig&#233;es, &lt;i&gt;la quasi-totalit&#233; ignoraient la distinction fond/forme, et ont &#233;t&#233; incapables d'expliquer ce point central&lt;/i&gt; (la question 2.b portait justement sur ce point). Surtout que, dans le texte, du fait d'un chiasme, le terme de &#171; fond &#187; semblait renvoyer &#224; celui de &#171; mani&#232;re &#187;, et le terme de &#171; forme &#187; &#224; &#171; ce qu'on dit &#187; ! &lt;i&gt;De plus, la quasi-totalit&#233; ont &#233;t&#233; d&#233;sorient&#233;s par le propos essentiellement critique du texte&lt;/i&gt;, qui rejette une certaine conception de la peinture (comme repr&#233;sentation ou &#233;vocation du monde r&#233;el), mais sans en pr&#233;senter une autre (hormis l'expression de &#171; spectacle qui se suffit &#187;, le texte ne pr&#233;cise pas du tout ce que recherche le peintre ou le spectateur). D'o&#249;, dans nombre de copies s&#233;rieuses en apparence, des interpr&#233;tations tr&#232;s difficiles &#224; &#233;valuer : l'id&#233;e que le peintre cherche &#224; exprimer des sentiments personnels, &#224; d&#233;livrer un message, &#224; &#233;pater les gens en faisant quelque chose de spectaculaire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; enseignants, reconnaissons aussi que le texte &#233;tait difficile &#224; comprendre, &#224; nouveau du fait de sa port&#233;e essentiellement critique : en creux, l'auteur d&#233;fend-il l'id&#233;e que le but de la peinture est essentiellement de repr&#233;senter un monde imaginaire, quoique plus ou moins inspir&#233; du r&#233;el ? Et dans quel int&#233;r&#234;t alors ? Ou bien d&#233;fend-il l'id&#233;e que la peinture pr&#233;sente simplement des formes qui peuvent faire na&#238;tre un plaisir esth&#233;tique, que ces formes repr&#233;sentent quelque chose de r&#233;el ou non ? Ou bien encore autre chose ? Seule la connaissance des id&#233;es esth&#233;tiques de Merleau-Ponty pouvait permettre &#224; l'enseignant de r&#233;pondre &#224; ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, les enseignants avaient &#224; corriger des copies plaquant sur un texte &#233;nigmatique des interpr&#233;tations plus ou moins arbitraires. La cons&#233;quence : une &#233;valuation compliqu&#233;e et incertaine, sauf &#224; sanctionner la quasi-totalit&#233; des candidats ayant choisi le sujet texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix du texte est &#233;videmment en cause, encore une fois ! Mais, plus profond&#233;ment, la situation d&#233;crite met en &#233;vidence un double probl&#232;me r&#233;current, quoique sous une forme extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Un programme totalement ind&#233;termin&#233; permet la fabrication de sujets pour lesquels les &#233;l&#232;ves ne sont pas pr&#233;par&#233;s&lt;/i&gt; : ignorance des distinctions conceptuelles pertinentes, comme ici la distinction fond/forme ; ignorance des id&#233;es philosophiques de base qui permettraient de p&#233;n&#233;trer le sujet, surtout quand ces id&#233;es sont en creux dans un sujet, comme ici dans le texte de Merleau-Ponty.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Mais un tel programme tend aussi &#224; placer les enseignants-correcteurs dans une situation d'incomp&#233;tence&lt;/i&gt;, car un peu de modestie oblige &#224; constater que l'enseignant lui-m&#234;me ne peut pas tout conna&#238;tre en philosophie, comme ici les id&#233;es esth&#233;tiques de Merleau-Ponty, alors que l'&#233;valuation des copies sur un sujet quelconque exige une tr&#232;s bonne ma&#238;trise du sujet (qui est bien plus que la capacit&#233; &#224; faire une bonne copie). D'o&#249;, chaque ann&#233;e, les risques d'acceptation trop &#233;troite ou trop large des diverses interpr&#233;tations d'une question ou d'un texte, de la signification d'un terme, de la valeur d'un argument, etc.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;sultats de l'enqu&#234;te ACIREPh-SNES sur l'enseignement de la philosophie</title>
		<link>https://www.acireph.org/l-acireph/article/resultats-de-l-enquete-acireph-snes-sur-l-enseignement-de-la-philosophie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/l-acireph/article/resultats-de-l-enquete-acireph-snes-sur-l-enseignement-de-la-philosophie</guid>
		<dc:date>2016-01-22T18:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Activit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Dissertation</dc:subject>
		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Notions</dc:subject>
		<dc:subject>Sujets</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Acireph</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir de la philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;sultats de l'enqu&#234;te men&#233;e de juin &#224; octobre 2015 par l'ACIREPh et le groupe Philosophie du SNES pour dresser un &#233;tat des lieux de l'enseignement de la philosophie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acireph.org/l-acireph/" rel="directory"&gt;L'ACIREPh&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/activites" rel="tag"&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/dissertation" rel="tag"&gt;Dissertation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/notions" rel="tag"&gt;Notions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/sujets" rel="tag"&gt;Sujets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/acireph" rel="tag"&gt;Acireph&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/avenir-de-la-philosophie" rel="tag"&gt;Avenir de la philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/democratisation" rel="tag"&gt;D&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_13 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;113&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acireph.org/IMG/png/nuagelexicalq22.png?1707424854' width='500' height='319' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Question 22 : quelles autres raisons que les horaires expliquent selon vous les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves au bac ?
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;**********************************************************************&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette enqu&#234;te a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par Internet, du 21 juin &#224; la mi-octobre 2015. Elle fut propos&#233;e conjointement par l'Acireph et le Snes et communiqu&#233;e sur nos listes de diffusion respectives, ainsi que sur le groupe Facebook &#171; Enseigner la philosophie &#187;. Elle a &#233;galement &#233;t&#233; transmise par le biais du dernier envoi r&#233;alis&#233; par l'Acireph dans tous les lyc&#233;es publics et priv&#233;s de France. Le questionnaire comportait &#224; la fois des questions ferm&#233;es et des questions ouvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus de 400 coll&#232;gues&lt;/strong&gt; (420) enseignant la philosophie ont r&#233;pondu &#224; cette enqu&#234;te. 420 r&#233;ponses, sur 4000 professeurs de philosophie, cela peut para&#238;tre peu repr&#233;sentatif. Pourtant ce pourcentage doit &#234;tre rapport&#233; &#224; l'isolement traditionnel des professeurs de philosophie, &#224; leur faible taux d'engagement syndical ou dans les associations professionnelles, ainsi qu'&#224; l'in&#233;vitable suspicion de partialit&#233; politique ou p&#233;dagogique que pouvait susciter un questionnaire &#233;labor&#233; par un syndicat et une association professionnelle. Reste qu'il s'agit de &lt;strong&gt;la plus vaste consultation des professeurs de philosophie depuis l'entr&#233;e en vigueur des derniers programmes&lt;/strong&gt; (2003 pour les s&#233;ries g&#233;n&#233;rales, 2005 pour les technologiques). La derni&#232;re consultation avait &#233;t&#233; organis&#233;e en 2000 dans un contexte mouvement&#233;, par l'Inspection g&#233;n&#233;rale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouvera un r&#233;cit &#233;difiant de cet &#233;pisode dans notre histoire critique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Chapitre I : le m&#233;tier&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Caract&#233;ristiques des participants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur la composition de l'&#233;chantillon des coll&#232;gues ayant r&#233;pondu, il faut souligner qu'une majorit&#233; d'entre eux est &lt;strong&gt;jeune &lt;/strong&gt; : 55 % enseignent la philosophie depuis moins de 15 ans. C'est un biais en termes de repr&#233;sentativit&#233;, puisque la pyramide des &#226;ges des professeurs de philosophie montre toujours une nette majorit&#233; de coll&#232;gues n&#233;s avant 1975 (voir le rapport &#171; Poirier &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;tat de l'enseignement de la philosophie en 2007-2008 &#187;, rapport de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Mais d'un autre c&#244;t&#233;, on peut voir ce biais positivement : il semble que les coll&#232;gues les plus fra&#238;chement arriv&#233;s dans le m&#233;tier s'expriment en faveur de certaines transformations importantes de leur enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours sur le profil des participants, une &#233;crasante majorit&#233; d'entre eux enseigne dans le public (87 %). Les acad&#233;mies les mieux repr&#233;sent&#233;es sont, par ordre d&#233;croissant : Versailles, Cr&#233;teil, Grenoble, Lille, Nantes, Amiens, Lyon, Paris, Toulouse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les effectifs en classe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;63 %&lt;/strong&gt; des enseignants ayant r&#233;pondu ont &lt;strong&gt;plus de 100 &#233;l&#232;ves en charge&lt;/strong&gt; pendant l'ann&#233;e scolaire, et &lt;strong&gt;30 % plus de 130 &#233;l&#232;ves&lt;/strong&gt;. On ne peut pas attendre une formation d'une qualit&#233; &#233;gale lorsqu'on a plus de 150 &#233;l&#232;ves (15 % des r&#233;ponses) ou bien lorsqu'on en a moins de 80 (15 % &#233;galement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos coll&#232;gues ont r&#233;pondu que les effectifs trop lourds avaient pour cons&#233;quences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une &#233;nergie &#224; faire cours et une qualit&#233; d'&#233;coute des &#233;l&#232;ves en baisse (85 %)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des travaux demand&#233;s aux &#233;l&#232;ves moins nombreux (75 %)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une moindre qualit&#233; des corrections (45 %)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les d&#233;doublements, la quasi-totalit&#233; des enseignants (93 %) estime que les heures &#224; effectifs d&#233;doubl&#233;s sont n&#233;cessaires. Pourtant, les cons&#233;quences de la derni&#232;re r&#233;forme du lyc&#233;e se font sentir : en &lt;strong&gt;s&#233;ries technologiques, 69 % des coll&#232;gues n'ont aucune heure d&#233;doubl&#233;e&lt;/strong&gt;. En s&#233;rie S, 83 % n'ont aucune heure d&#233;doubl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se demande sous quelle forme ont lieu les heures d&#233;doubl&#233;es : c'est l'EMC, ex-ECJS, et l'AP, qui permettent &#224; une nette majorit&#233; de professeurs de philosophie (environ 70 %) de pouvoir enseigner en classe d&#233;doubl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Acireph s'est plusieurs fois exprim&#233;e dans le sens d'un maintien ou d'un r&#233;tablissement des d&#233;doublements et continuera &#224; le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche l'EMC ne semble pas sp&#233;cialement pris en charge par les professeurs de philosophie. Ainsi seulement 22 % des coll&#232;gues ayant r&#233;pondu sont concern&#233;s par l'EMC &#224; la rentr&#233;e 2015, contre 37 % qui ne le sont pas et 41 % qui ne le savaient pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les causes des difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question 17 &#233;tait la suivante : &#171; Quelles sont selon vous les principales raisons des difficult&#233;s rencontr&#233;es par nos &#233;l&#232;ves ? &#187; Chacune des raisons propos&#233;es devait &#234;tre estim&#233;e avoir un r&#244;le tr&#232;s important, important, moins important ou n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les coll&#232;gues ayant r&#233;pondu, &lt;strong&gt;les principales raisons des difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves en philosophie, class&#233;es par ordre d'importance (r&#244;le jug&#233; &#171; important &#187; ou &#171; tr&#232;s important &#187;), sont les suivantes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La ma&#238;trise de la langue (91 %)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Les effectifs (85 %)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Les acquis scolaires (culturels, m&#233;thodologiques) des &#233;l&#232;ves inadapt&#233;s (81 %)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) L'absence de d&#233;doublement (77 %)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 ex aequo) Les &#233;preuves du bac et l'absence de philo avant la terminale (60 %)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) le programme (52 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces raisons, certaines font partie de choses qui ne d&#233;pendent absolument pas de nous, professeurs de philosophie, ni individuellement, ni collectivement. Pour d'autres, on peut discuter de notre pouvoir, ou des cons&#233;quences qu'il nous faudrait en tirer pour ajuster notre enseignement &#224; l'&#233;tat r&#233;el dans lequel nous arrivent nos &#233;l&#232;ves, pour rendre la philosophie au lyc&#233;e plus formatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait consid&#233;rer que &lt;strong&gt;la ma&#238;trise de la langue&lt;/strong&gt; d'une part, &lt;strong&gt;les acquis scolaires des &#233;l&#232;ves&lt;/strong&gt; d'autre part, &#233;chappent assez largement au pouvoir des professeurs de philosophie. Bien s&#251;r, nous pouvons le d&#233;plorer. Ce serait une mani&#232;re de reconna&#238;tre qu'en effet notre enseignement ne tient pas ses promesses mais que ce n'est pas de sa faute et que nous n'y pouvons rien &#224; notre niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, on pourrait aussi croiser ce r&#233;sultat avec la question de &lt;strong&gt;la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;philosophie avant la terminale&lt;/strong&gt; : son absence est jug&#233;e importante ou tr&#232;s importante pour expliquer les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves par 60 % des coll&#232;gues ayant r&#233;pondu. S'il faut am&#233;liorer la formation des &#233;l&#232;ves du double point de vue de leur ma&#238;trise linguistique et de leurs acquis m&#233;thodologiques ou culturels, est-ce qu'il n'y aurait pas une solution &#224; chercher dans un v&#233;ritable cursus de philosophie au lyc&#233;e, de la seconde &#224; la terminale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait alors imaginer un vrai travail de la profession, de l'Inspection ou du Conseil Sup&#233;rieur des Programmes visant &#224; &#233;tablir clairement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; quels sont les savoir-faire linguistiques &#224; ma&#238;triser pour pouvoir mener un raisonnement philosophiquement solide ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; quels sont les acquis culturels et m&#233;thodologiques fondamentaux qui devraient &#234;tre enseign&#233;s avant la Terminale pour permettre &#224; l'ann&#233;e du bac d'&#234;tre philosophiquement formatrice pour les &#233;l&#232;ves ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Acireph se bat depuis sa cr&#233;ation pour 3 changements d&#233;cisifs dans l'enseignement de la philosophie : une transformation des programmes, une transformation des &#233;preuves du bac, et l'introduction de la philosophie avant (et apr&#232;s) la terminale. Or &lt;strong&gt;une tr&#232;s nette majorit&#233; des coll&#232;gues (60 %) trouvent que l'absence de philosophie avant la terminale et les &#233;preuves du bac ont un r&#244;le important ou tr&#232;s important pour expliquer les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question 18 &#233;tait une question ouverte, qui demandait si &lt;strong&gt;d'autres raisons&lt;/strong&gt; expliquent les difficult&#233;s rencontr&#233;es par les &#233;l&#232;ves. Sur les 420 personnes qui ont r&#233;pondu au questionnaire, 93 ont ajout&#233; quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de r&#233;ponses reprennent finalement des &#233;l&#233;ments cit&#233;s dans la question 17, ce qui t&#233;moigne sans doute de l'importance accord&#233;e &#224; ces &#233;l&#233;ments : les lacunes des &#233;l&#232;ves (20 r&#233;ponses), l'inadaptation des programmes par rapport aux volumes horaires (16 r&#233;ponses), l'inadaptation des &#233;preuves (15 r&#233;ponses). Cependant, deux autres raisons cit&#233;es m&#233;ritent d'&#234;tre mentionn&#233;es : la d&#233;valorisation de l'&#233;cole, de la culture, de la philosophie (13 r&#233;ponses) ; les coefficients trop faibles de la philosophie dans certaines s&#233;ries (5 r&#233;ponses).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre II : les programmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la question 12 &#171; Avez-vous une mani&#232;re diff&#233;rente de faire cours en s&#233;ries g&#233;n&#233;rales et en s&#233;ries technologiques ? &#187; (plusieurs r&#233;ponses possibles), 72 % des coll&#232;gues r&#233;pondent &#171; oui, dans les contenus des cours (supports, textes) &#187; et 66 % &#171; oui, dans la nature des travaux exig&#233;s &#187;. Il y a probablement l&#224; quelque chose de s&#233;rieux &#224; penser : car les programmes et les &#233;preuves du bac sont, de leur c&#244;t&#233;, rigoureusement de m&#234;me nature en s&#233;ries technologiques qu'en s&#233;ries g&#233;n&#233;rales (&#224; la nuance pr&#232;s des 3 questions pour l'explication de texte). Nous trouvons bien, d'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, une liste de notions, une liste de rep&#232;res, une liste d'auteurs &#8211; et la dissertation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur &lt;strong&gt;appr&#233;ciation des programmes&lt;/strong&gt; (Q.15), les participants au questionnaire se montrent tr&#232;s majoritairement, voire &lt;strong&gt;massivement &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;insatisfaits du statu quo&lt;/strong&gt;. En s&#233;rie ES, 75 % des r&#233;ponses d&#233;clarent le programme &#171; trop lourd &#187; et/ou &#171; trop ind&#233;termin&#233; &#187;. Cette proportion atteint 81 % pour la s&#233;rie S et 60 % pour les s&#233;ries technologiques. Seule une courte majorit&#233; trouve les programmes &#171; bien en l'&#233;tat &#187; en s&#233;rie L (54 %) ; pour les autres s&#233;ries, ils sont seulement 25 % en ES, 19 % en S et presque 40 % en s&#233;ries technologiques &#224; exprimer cet avis. Par ailleurs, 77 % des coll&#232;gues d&#233;clarent souhaiter un &#171; dialogue collectif de la profession &#187; sur la question des programmes (Q.36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il s'agit de proposer des &lt;strong&gt;transformations des programmes actuels&lt;/strong&gt;, l'interpr&#233;tation est rendue difficile par la formulation des r&#233;ponses possibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une premi&#232;re chose est claire : c'&lt;strong&gt;est le &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;moins de notions&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187; qui l'emporte largement (oui &#224; 77 %).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une seconde chose est claire : le &#171; non &#187; l'emporte largement contre des notions davantage reli&#233;es entre elles (par couplage), et contre remplacer des notions par des questions (non &#224; 70 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En revanche l'id&#233;e de &lt;strong&gt;remplacer des notions par des probl&#232;mes&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;divise&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; la profession : le pour et le contre obtiennent chacun la moiti&#233; des suffrages. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faut-il entendre par &#171; probl&#232;mes &#187; ? Quelle diff&#233;rence avec les &#171; questions &#187; ? Des exemples &#233;taient donn&#233;s entre parenth&#232;ses. Pour les questions : &#171; qu'est-ce qui fait qu'une action est bonne ou mauvaise ? &#187; ou &#171; pourquoi devrions-nous &#234;tre gouvern&#233;s ? &#187;. Pour les probl&#232;mes : &#171; libert&#233; et d&#233;terminisme &#187; ou &#171; art et imitation &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc que nos coll&#232;gues soient hostiles &#224; ce que les notions soient remplac&#233;es par des probl&#232;mes formul&#233;s sous forme de questions explicites, mais qu'ils soient plut&#244;t partag&#233;s lorsqu'il s'agit de probl&#232;mes formul&#233;s sous forme de couplage de notions, alors que par ailleurs ils rejettent des notions reli&#233;es entre elles&#8230; On pourrait proposer une hypoth&#232;se : relier les notions entre elles ne change pas grand-chose &#224; l'ind&#233;termination des programmes, nous le savons d&#232;s maintenant car c'est d&#233;j&#224; le cas (le travail et la technique, th&#233;orie et exp&#233;rience, la justice et le droit, l'existence et le temps). Or cela n'emp&#234;che pas certains sujets du bac de porter sur une seule des notions pr&#233;tendument coupl&#233;es, si bien qu'en r&#233;alit&#233; tout se passe comme si ni les champs notionnels (la culture, le sujet, etc.), ni les couplages de notions ne r&#233;duisaient l'&#233;tendue des sujets possiblement trait&#233;s par les &#233;l&#232;ves au bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, si l'id&#233;e de remplacer les notions par des probl&#232;mes sous la forme &#171; libert&#233; et d&#233;terminisme &#187; para&#238;t int&#233;ressante pour la moiti&#233; des coll&#232;gues qui ont r&#233;pondu, c'est sans doute parce que des probl&#232;mes ainsi formul&#233;s r&#233;duisent clairement le champ des possibles. &#171; Libert&#233; et d&#233;terminisme &#187; ne recouvre pas la libert&#233; politique, par exemple. Et en m&#234;me temps, des probl&#232;mes sous cette forme laissent encore une marge de man&#339;uvre importante, probablement plus importante que des questions formul&#233;es directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le chemin de la d&#233;termination des programmes&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; il semble donc que nos coll&#232;gues restent encore oppos&#233;s &#224; une pr&#233;cision vraiment cibl&#233;e, et sont partag&#233;s pour ce qui est de pr&#233;ciser en partie ce qu'il faut &#233;tudier pendant l'ann&#233;e, ce &#224; propos de quoi les &#233;l&#232;ves sont cens&#233;s arriver arm&#233;s au bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier constat remarquable &lt;strong&gt;&#224; propos des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;rep&#232;res &lt;/strong&gt; : seuls 27 % des professeurs ayant r&#233;pondu traitent explicitement tous les rep&#232;res pendant l'ann&#233;e ; 36 % ne les prennent pas explicitement en compte ; et 60 % en font quelques-uns mais sont embarrass&#233;s par d'autres&#8230; (plusieurs r&#233;ponses &#233;taient possibles, Q.19).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre III : les &#233;preuves du baccalaur&#233;at&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons demand&#233; : &#171; Dans les conditions actuelles de notre enseignement, pensez-vous que, &#224; la fin de l'ann&#233;e scolaire, les &#233;l&#232;ves soient pr&#233;par&#233;s &#224; traiter l'ensemble des sujets possibles au bac ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s&#233;rie L, o&#249; pourtant une majorit&#233; de coll&#232;gues trouvent les programmes &#171; bien en l'&#233;tat &#187;, et o&#249; nous disposons de 8 heures par semaine, seules 43 % des r&#233;ponses sont positives, tandis que 44 % r&#233;pondent &#171; non, il y a toujours un sujet pour lequel mes &#233;l&#232;ves n'ont pas &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s &#187;. Le pire constat concerne &lt;strong&gt;les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;s&#233;ries ES et S&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, o&#249; une petite minorit&#233; (environ 20 %) des r&#233;ponses sont positives, tandis qu'une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tr&#232;s nette majorit&#233; (environ 60 %)&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; des coll&#232;gues r&#233;pondent &#171; non, il y a toujours un sujet pour lequel mes &#233;l&#232;ves n'ont pas &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s &#187;.&lt;/strong&gt; Pour les s&#233;ries technologiques, ils sont 47 % &#224; r&#233;pondre &#171; non, il y a toujours un sujet pour lequel mes &#233;l&#232;ves n'ont pas &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s &#187; ; c'est pour ces s&#233;ries que la r&#233;ponse &#171; non, je suis content quand il y a au moins un sujet sur les trois pour lequel le cours peut directement les aider &#187; obtient le plus fort pourcentage : 25 %, contre environ 22 % en ES et S et 12 % en L.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ainsi, les professeurs ont &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pleinement conscience&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; que les conditions actuelles ne permettent pas de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pr&#233;parer s&#233;rieusement&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; les &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;preuve de philosophie du baccalaur&#233;at.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question suivante (Q.21) demandait : &#171; en cas de r&#233;ponse n&#233;gative, y a-t-il une autre raison que les horaires ? &#187; et 69 % des r&#233;ponses sont positives. Ce n'est donc pas qu'un probl&#232;me de temps. Mais alors, d'&lt;i&gt;o&#249; provient cette impr&#233;paration des &#233;l&#232;ves au bac de philo ? &lt;/i&gt;Les coll&#232;gues &#233;taient alors invit&#233;s &#224; s'exprimer (question ouverte, Q.22) sur ces autres raisons. 212 personnes ont r&#233;pondu. Voici les raisons donn&#233;es par ordre d&#233;croissant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'ind&#233;termination des programmes (80 r&#233;ponses)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) La lourdeur des programmes (50 r&#233;ponses)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Le mauvais choix des sujets (40 r&#233;ponses), dont : des sujets trop difficiles (14 r&#233;ponses), des sujets qui croisent des notions non conform&#233;ment au tableau (14 r&#233;ponses), des sujets trop pr&#233;cis (7 r&#233;ponses), trop originaux (3 r&#233;ponses), mal formul&#233;s (2 r&#233;ponses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) L'insuffisance des acquis scolaires (20 r&#233;ponses)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Les classes surcharg&#233;es (12 r&#233;ponses)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Les horaires insuffisants, notamment en s&#233;rie S (10 r&#233;ponses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur les &#233;preuves du bac que les r&#233;sultats sont les plus int&#233;ressants, du point de vue d'une transformation de l'enseignement de la philosophie. En effet, &lt;strong&gt;seule une faible minorit&#233; (18 %) des coll&#232;gues ayant r&#233;pondu estime que les &#233;preuves de philosophie au baccalaur&#233;at sont &#171; &#224; conserver en l'&#233;tat &#187;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;en s&#233;ries technologiques &lt;/strong&gt; ;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;ils sont 49 % pour les s&#233;ries g&#233;n&#233;rales, &#224; peine la moiti&#233; des coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, 51 % des coll&#232;gues pour les s&#233;ries g&#233;n&#233;rales et &lt;strong&gt;82 % pour les s&#233;ries technologiques&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; jugent que les &#233;preuves du bac philo doivent &#234;tre, soit &#171; conserv&#233;es mais am&#233;nag&#233;es &#187;, soit &#171; enrichies par de nouvelles &#233;preuves &#187;, soit &#171; &#224; remplacer totalement &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s&#233;ries technologiques, les suffrages les plus nombreux reviennent m&#234;me &#224; la r&#233;ponse la plus radicale : &lt;strong&gt;37 % des professeurs souhaitent &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;remplacer totalement&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; les &#233;preuves du bac de philosophie en ST&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;ponses sont &#224; mettre en rapport avec la question pr&#233;c&#233;dente (Q.23), qui demandait : &#171; pr&#233;parez-vous &#233;quitablement aux deux types d'&#233;preuve, ou bien en privil&#233;giez-vous une ? &#187; En tendance les 2 types d'&#233;preuves sont pr&#233;par&#233;s de fa&#231;on &#233;quitable y compris en s&#233;ries technologiques (57 % contre 76 % en s&#233;ries g&#233;n&#233;rales). En revanche lorsque les professeurs mettent davantage l'accent sur l'une des &#233;preuves, c'est l'explication de texte qui est privil&#233;gi&#233;e pour les s&#233;ries technologiques (26 %). On s'aper&#231;oit donc ici que la cible des critiques des &#233;preuves de philo au bac technologique est sans doute &#224; rechercher dans la dissertation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, 75 % des coll&#232;gues ayant r&#233;pondu d&#233;clarent souhaiter un &#171; dialogue collectif de la profession &#187; sur la question des &#233;preuves du bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les questions ouvertes, de nombreux coll&#232;gues proposent un oral pour &#233;valuer la philo au bac, notamment pour les &#233;l&#232;ves de s&#233;ries technologiques. La proposition d'une dissertation &lt;i&gt;guid&#233;e&lt;/i&gt; revient aussi tr&#232;s souvent. En s&#233;ries technologiques, la dissertation est tr&#232;s critiqu&#233;e, souvent qualifi&#233;e d'impossible &#224; r&#233;ussir. L'&#233;preuve texte-questions est aussi critiqu&#233;e pour sa forme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Chapitre IV : les perspectives&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La philosophie avant la Terminale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs ayant r&#233;pondu &#224; notre enqu&#234;te estiment tr&#232;s majoritairement (65 %) que la possibilit&#233; d'intervenir en Seconde et en Premi&#232;re est une bonne chose mais &lt;strong&gt;doit &#234;tre &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;renforc&#233;e&lt;/strong&gt; (Q.26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant un enseignement de philosophie d&#232;s la classe de Premi&#232;re (Q.27), &lt;strong&gt;u&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ne franche&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; majorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; des coll&#232;gues ayant r&#233;pondu souhaitent que la philosophie soit enseign&#233;e d&#232;s la Premi&#232;re, suivant une approche soit disciplinaire, soit interdisciplinaire, en s&#233;ries g&#233;n&#233;rales&lt;/strong&gt; : 89 % en L, et environ 80 % en ES et en S ; &lt;strong&gt;une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;nette majorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; le souhaite &#233;galement, de fa&#231;on remarquable, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;pour les s&#233;ries technologiques&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;(66 %). En s&#233;rie L, une &#171; approche disciplinaire &#187; de cet enseignement est pl&#233;biscit&#233;e (68 %) mais pas dans les autres s&#233;ries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales raisons mentionn&#233;es (Q.28, question ouverte, 139 personnes ont r&#233;pondu) sont les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le oui : cela permettrait que les &#233;l&#232;ves se familiarisent avec la discipline, son esprit, ses m&#233;thodes (89 r&#233;ponses), notamment gr&#226;ce &#224; un travail interdisciplinaire (23/89 r&#233;ponses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le non : du fait de l'immaturit&#233; intellectuelle et/ou culturelle des &#233;l&#232;ves (10 r&#233;ponses), du fait que le travail interdisciplinaire constituerait une dilution de la discipline (6 r&#233;ponses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enseigner la philosophie de la Premi&#232;re &#224; la Terminale, pour toutes les s&#233;ries, cela obligerait n&#233;cessairement l'institution &#224; introduire une progressivit&#233;, ce que demande l'Acireph depuis sa cr&#233;ation. Il s'agirait l&#224; clairement d'une premi&#232;re &#233;tape vers un v&#233;ritable cursus de philosophie au lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La philosophie en lyc&#233;e professionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La philosophie n'est actuellement enseign&#233;e qu'&#224; la moiti&#233; d'une classe d'&#226;ge. La Q.29 demandait aux coll&#232;gues si l'enseignement de la philosophie en lyc&#233;e professionnel leur semblait envisageable : sur le mod&#232;le de l'existant ; OU sous une autre forme. &lt;strong&gt;Sur le mod&#232;le de l'existant&lt;/strong&gt;, c'est le &#171; non &#187; qui l'emporte tr&#232;s largement &#224; 87 %. En revanche, &lt;strong&gt;sous une autre forme&lt;/strong&gt;, le &#171; oui &#187; obtient 72 % de r&#233;ponses positives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;ponses contiennent implicitement une affirmation int&#233;ressante : les professeurs de philosophie reconnaissent que la mani&#232;re dont la philosophie est enseign&#233;e n'est &lt;strong&gt;pas si universelle&lt;/strong&gt; qu'elle le pr&#233;tend ; qu'il serait donc possible de faire autrement, et que ce serait m&#234;me indispensable pour pouvoir d&#233;mocratiser la philosophie. La d&#233;mocratisation de l'enseignement de la philosophie semble donc avoir de beaux jours devant elle, mais &#224; condition de repenser s&#233;rieusement notre p&#233;dagogie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; la question &#171; seriez-vous volontaires ? &#187;, les professeurs de philosophie sont h&#233;sitants et plut&#244;t r&#233;serv&#233;s : 53/47 entre le non et le oui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La formation professionnelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une tr&#232;s franche majorit&#233; des coll&#232;gues ayant r&#233;pondu souhaitent que les formations propos&#233;es aux professeurs de philosophie int&#232;grent davantage une r&#233;flexion sur les pratiques d'enseignement : 75 % souhaiteraient ainsi pouvoir travailler sur les mani&#232;res de faire cours, 70 % sur les mani&#232;res de pr&#233;parer aux &#233;preuves du bac ; ce dont l'Acireph ne peut que se r&#233;jouir, puisque tel serait le sens m&#234;me des Instituts de recherche sur l'enseignement de la philosophie dont nous demandons la cr&#233;ation : donner des moyens institutionnels de partager des pratiques p&#233;dagogiques, d'en d&#233;battre entre coll&#232;gues et d'en &#233;valuer collectivement les effets sur la formation philosophique des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'analyse du SNES des r&#233;sultats de cette enqu&#234;te est consultable ici :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.snes.edu/-Pour-un-etat-des-lieux-de-l-enseignement-de-la-philosophie-dans-le-secondaire-.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.snes.edu/-Pour-un-etat-des-lieux-de-l-enseignement-de-la-philosophie-dans-le-secondaire-.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouvera un r&#233;cit &#233;difiant de cet &#233;pisode dans notre histoire critique de la &#171; guerre des programmes &#187;, consultable sur ce site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#201;tat de l'enseignement de la philosophie en 2007-2008 &#187;, rapport de l'Inspection g&#233;n&#233;rale de l'&#201;ducation nationale, septembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un peu de s&#233;rieux !</title>
		<link>https://www.acireph.org/les-pratiques/l-evaluation/article/un-peu-de-serieux</link>
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		<dc:date>2015-08-24T07:23:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Boillot</dc:creator>


		<dc:subject>Pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A &#233;t&#233; propos&#233; aux &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques &#224; l'&#233;preuve de philosophie du baccalaur&#233;at, en troisi&#232;me sujet, un texte de Hume dont la traduction fran&#231;aise comportait un contresens. Ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'un sujet d'examen pose probl&#232;me, et il n'y a pas qu'en philosophie que cela arrive. En revanche, cela fait longtemps que, r&#233;guli&#232;rement, des professeurs de philosophie d&#233;noncent la formulation des sujets de baccalaur&#233;at et la nature m&#234;me des &#233;preuves, au motif qu'il est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/les-pratiques/l-evaluation/" rel="directory"&gt;L'&#233;valuation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/pratiques" rel="tag"&gt;Pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A &#233;t&#233; propos&#233; aux &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques &#224; l'&#233;preuve de philosophie du baccalaur&#233;at, en troisi&#232;me sujet, un texte de Hume dont la traduction fran&#231;aise comportait un contresens. Ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'un sujet d'examen pose probl&#232;me, et il n'y a pas qu'en philosophie que cela arrive. En revanche, cela fait longtemps que, r&#233;guli&#232;rement, des professeurs de philosophie d&#233;noncent la formulation des sujets de baccalaur&#233;at et la nature m&#234;me des &#233;preuves, au motif qu'il est impossible d'y pr&#233;parer s&#233;rieusement leurs &#233;l&#232;ves. Difficile, cette ann&#233;e, quand on a lu le texte de Hume en question, quand on a pein&#233; soi-m&#234;me &#224; comprendre son raisonnement, quand enfin, on a appris que ce raisonnement &#233;tait d'autant plus p&#233;nible &#224; comprendre que la traduction comportait un grave contresens, difficile, donc, pour le professeur de philosophie de r&#233;sister au sentiment que &lt;i&gt;tout cela n'est pas tr&#232;s s&#233;rieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ensuite r&#233;sister &#224; une deuxi&#232;me r&#233;action, quasi r&#233;flexe : surtout, n'alerter ni les pouvoirs ni l'opinion publique qui, on le sait, ne pensent qu'&#224; une seule chose : liquider l'enseignement philosophique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Typique de cette r&#233;action, le communiqu&#233; de l'Appep du 22 juin 2015 : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette attitude de protection et de d&#233;fense, adopt&#233;e maintenant depuis fort longtemps, qui explique que ce genre d'accident soit possible, et qui est contre-productive. Oui, le texte de Hume donn&#233; cette ann&#233;e aux candidats au baccalaur&#233;at technologique pose de graves probl&#232;mes et les vrais amis de l'enseignement de philosophie dans le secondaire ne doivent pas les cacher, mais au contraire, les d&#233;noncer et les analyser, ce que nous nous proposons de faire ici. S'il n'y a pas &#224; gloser sur le fait lui-m&#234;me, simplement navrant, en revanche, il est plus int&#233;ressant de s'int&#233;resser &#224; ce qui l'a rendu possible. L'on verra alors que cela touche &#224; beaucoup de choses : -# la d&#233;finition m&#234;me de l'enseignement de philosophie en classe de terminale dans les diff&#233;rentes s&#233;ries et la conception de ses programmes ; -# le sujet-texte du baccalaur&#233;at, et plus g&#233;n&#233;ralement, le statut des textes et des &#339;uvres dans l'enseignement de la philosophie ; 3-# enfin, un certain &#233;tat de la relation entre l'enseignement secondaire et la recherche en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 Le probl&#232;me du dogme de l'enseignement philosophique un et indivisible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, et ind&#233;pendamment de l'erreur de traduction, le texte de Hume propose un raisonnement tr&#232;s complexe, de l'avis de beaucoup&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le texte propos&#233; est en effet d'une difficult&#233; excessive, manifestement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, trop complexe pour qu'un &#233;l&#232;ve moyen de s&#233;rie technologique le comprenne (on peut le regretter, mais c'est ainsi) : le probl&#232;me est ici que l'enseignement de philosophie n'a jamais pris la mesure de la d&#233;mocratisation du secondaire qui est pass&#233;e par la cr&#233;ation de nouvelles sections, adoptant au contraire le dogme que c'est le &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; enseignement, les &lt;i&gt;m&#234;mes&lt;/i&gt; exercices, les &lt;i&gt;m&#234;mes&lt;/i&gt; textes qui &#233;taient valables pour toutes les sections : toute la philosophie, rien que la philosophie, la philosophie m&#234;me, la m&#234;me philosophie, pour tous, indiff&#233;remment. On a vu toute tentative d'adaptation comme un renoncement &#224; l'exigence et au principe d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en effet se m&#233;fier d'une adaptation 'sauvage' (m&#234;me si c'est ce que nous sommes dans la n&#233;cessit&#233; de pratiquer dans nos classes) ; mais entre l'adaptation per&#231;ue comme une d&#233;b&#226;cle d&#233;mocratique, et le rappel de l'exigence dite r&#233;publicaine, qui n'est pas davantage d&#233;mocratique, il y aurait tout un travail &#224; faire, qui n'a jamais &#233;t&#233; fait, de r&#233;flexion sur la d&#233;termination d'une difficult&#233; gradu&#233;e de notre enseignement : reconna&#238;tre que certains probl&#232;mes, que certains auteurs, que certains textes sont plus difficiles que d'autres, et se pr&#234;tent mieux &#224; des d&#233;butants ou &#224; des experts, conviennent mieux &#224; des &#233;l&#232;ves de s&#233;ries technologiques ou &#224; des &#233;l&#232;ves plus &#224; l'aise avec le raisonnement abstrait, cens&#233;s (on dit bien &#171; cens&#233;s &#187;) &#234;tre dans les s&#233;ries g&#233;n&#233;rales ; d&#233;terminer ces auteurs, ces probl&#232;mes, ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute d'un tel travail, qui aurait d&#251; &#234;tre celui de l'institution de l'enseignement de philosophie, l'inspection a beau jeu de nous reprocher collectivement d'&#233;tudier toujours les m&#234;mes &#339;uvres, telle cette inspectrice qui d&#233;plore que nous soyons trop nombreux &#224; &#233;tudier la Lettre &#224; M&#233;n&#233;c&#233;e et qui d&#233;conseille l'&#233;tude de cette &#339;uvre aux jeunes coll&#232;gues. Mais pourquoi &#233;tudie-t-on cette oeuvre ? Ce travail que nous n'avons jamais fait, collectivement, chacun le fait pour son propre compte sur la base de son exp&#233;rience : quel mal &#224; expliquer une &#339;uvre courte, facile &#224; lire, qui traite de mani&#232;re simple de quelques probl&#232;mes fondamentaux ? Beaucoup d'&#339;uvres philosophiques r&#233;pondent-elles &#224; ces crit&#232;res ? Pour des &#233;l&#232;ves faibles, ou d&#233;butants, on comprend que ce texte soit pl&#233;biscit&#233;. L'on touche ici &#224; un point essentiel : &lt;i&gt;le n&#233;cessaire travail d'une didactisation r&#233;fl&#233;chie de notre discipline, s'appuyant sur une exp&#233;rience professionnelle commune&lt;/i&gt;, a toujours &#233;t&#233; rejet&#233; &#8211; autour de l'id&#233;e que la philosophie n'&#233;tait pas une discipline scolaire comme les autres&#8212; du fait que le rapport des professeurs de philosophie &#224; leur pratique (en tout cas celui du groupe dominant des professeurs de philosophie, qui d&#233;tient notamment le pouvoir de leur repr&#233;sentation et de leur contr&#244;le) semble enti&#232;rement d&#233;termin&#233; et m&#233;diatis&#233; par l'inspection qui dit la norme p&#233;dagogique et &#233;value la performance des professeurs &#224; partir de cette norme. Le jugement individualisant organisateur des carri&#232;res, et int&#233;gr&#233; au point que la norme institutionnelle est consid&#233;r&#233;e comme &lt;i&gt;naturelle&lt;/i&gt; par tous ceux qui jouent le jeu, l&#233;gitimement soucieux du d&#233;roulement de leur carri&#232;re, n'a pas favoris&#233;, c'est le moins qu'on puisse dire, la construction d'une professionnalit&#233; partag&#233;e sur une base empirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons les normes qui r&#232;glent l'usage des textes dans l'enseignement secondaire : contrairement &#224; ce qui se passe dans l'enseignement sup&#233;rieur, ils ne sont pas les supports d'un exercice d'histoire de la philosophie, mais mati&#232;re &#224; r&#233;flexion (l'explication du texte &#233;tant finalis&#233;e par la compr&#233;hension du probl&#232;me). Du coup, sont propos&#233;s aux &#233;l&#232;ves des extraits en dehors de tout contexte, et qui n'ont fait l'objet d'aucune pr&#233;paration. C'est un exemple typique de mauvaise abstraction, didactiquement ruineux : c'est s&#233;parer la compr&#233;hension d'un probl&#232;me de ses conditions de possibilit&#233;. Une &#171; p&#233;dagogie rationnelle &#187;, pour reprendre le terme de Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je me permets de renvoyer &#224; mon article &#171; Critique sociale de l'&#233;cole et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, consisterait &#224; &#233;laborer le corpus des &#339;uvres philosophiques afin de les mettre au service des &#233;l&#232;ves et des effets intellectuels qu'on attend de notre enseignement (ce qui, soit dit en passant, ne s'oppose en rien &#224; une ambition culturelle). Pour cela, on ne peut se contenter de fabriquer une liste de 57 philosophes (!) dans un programme -pas plus qu'on ne peut se contenter de faire une 'liste' de notions : pas plus ici que l&#224;, une liste n'est un programme. Je pense aussi que l'on s'est trop focalis&#233;, dans les d&#233;bats pass&#233;s, sur le programme de notions : on ne s'est pas int&#233;ress&#233; suffisamment au programme-liste des auteurs (un non-programme, en r&#233;alit&#233;, qui fonctionne surtout implicitement comme marqueur de la valeur des professeurs selon les choix qu'ils op&#232;rent dans ce programme), alors que c'est lui qui commande la troisi&#232;me &#233;preuve du baccalaur&#233;at, et, aussi indirectement que clandestinement, l'ensemble de notre enseignement. Il faudrait s'engager dans un travail de fond et ne pas accepter comme tel l'&#233;clectisme philosophique qui s'impose aujourd'hui &#224; travers cette liste d'auteurs, avec ses effets p&#233;dagogiques d&#233;l&#233;t&#232;res. Peut-&#234;tre faudrait-il en revenir &#224; un programme d'&#339;uvres, comme c'&#233;tait le cas avant les programmes de 1973, mais non pas en suivant les crit&#232;res d'alors (les chefs d'&#339;uvre des 'grands' philosophes, impos&#233;s comme des &#233;vidences par une certaine id&#233;e de la culture philosophique l&#233;gitime et nationale), mais d'&#339;uvres d&#233;termin&#233;es pour leur int&#233;r&#234;t didactique pour tels ou tels probl&#232;mes, et class&#233;es selon un indice de difficult&#233;, qui rendrait impossible de donner &#224; des &#233;l&#232;ves faibles ou d&#233;butants des textes trop compliqu&#233;s. Il faut ajouter que, contrairement aux listes restreintes d'&#339;uvres des programmes ant&#233;rieurs &#224; 1973, c'est l'ensemble des &#339;uvres philosophiques qui devrait &#234;tre l'objet de ce travail (y compris les &#339;uvres contemporaines -o&#249; l'on voit qu'il y aurait aussi un effet de d&#233;verouillage par rapport &#224; une certaine id&#233;e normative de la culture l&#233;gitime). Au lieu d'arr&#234;ter une liste dans un programme, l'urgence est d'entreprendre un travail utile de didactisation rationnelle de notre discipline qui repose sur d'autres normes que celles du jugement de valeur (port&#233;es par le groupe dominant) -travail que toutes les 'listes' de tous nos 'programmes' ont toujours eu pr&#233;cis&#233;ment pour fonction, ou en tout cas pour effet, d'emp&#234;cher, le bon professeur pouvant se targuer de &#171; faire &#187; le programme sans difficult&#233;, et l'excellent mettant m&#234;me son point d'honneur &#224; le m&#233;priser pour n'avoir &#224; faire qu'&#224; la chose m&#234;me : la philosophie. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, Epicure est bien dans la liste des auteurs, mais c'est un signe de m&#233;diocrit&#233; professionnelle que d'&#233;tudier ses &#339;uvres. Un tel syst&#232;me du jugement est d&#233;sastreux en pratique, surtout pour les &#233;l&#232;ves les moins familiers avec la culture philosophique, et qui ont le plus de difficult&#233; avec les raisonnements abstraits. Il est d&#233;sastreux aussi dans les &#233;preuves de baccalaur&#233;at et dans le choix des sujets : &#224; la hantise de la &#171; question de cours &#187; en dissertation, r&#233;pond celle du texte pr&#233;par&#233;, qui seraient comme une prime aux m&#233;diocres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail institutionnel de d&#233;termination de notre discipline comme discipline de l'enseignement secondaire a &#233;t&#233; fait &#224; une &#233;poque o&#249; la sociologie de l'enseignement secondaire n'avait rien de commun avec celle d'aujourd'hui. L'extension de l'enseignement de philosophie &#224; l'ensemble des sections g&#233;n&#233;rales et technologiques a &#233;t&#233; con&#231;ue par l'inspection et le groupe professionnel dominant, d&#232;s 1965, comme l'extension, &#224; toutes les sections, de l'enseignement &lt;i&gt;total&lt;/i&gt; de la philosophie qui avait cours dans la classe de Philosophie &#8211;totalit&#233; qui demeurait quand bien m&#234;me le programme &#233;tait tronqu&#233; d'un nombre plus ou moins important de notions dans la liste, et l'horaire, tronqu&#233; d'un certain nombre d'heures-. Dans toutes les sections, c'est le m&#234;me esprit, les m&#234;mes exercices (ou &#224; peu pr&#232;s), les m&#234;mes normes d'&#233;valuation qui devaient s'appliquer. Il faut remonter &#224; ce niveau d'explication pour comprendre que soit donn&#233; &#224; l'&#233;preuve de philosophie des s&#233;ries technologiques, un texte de Hume aujourd'hui, un texte de Bachelard, hier, que n'importe quel praticien empirique jugera hors de port&#233;e des &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques &#8211;et m&#234;me g&#233;n&#233;rales.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ne sert &#224; rien d'objecter ici qu'il existe des proc&#233;dures de tests des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 Le probl&#232;me du statut du texte dans l'enseignement secondaire de philosophie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de l'&#233;tude d'extraits de textes de premi&#232;re main dans le cours de philosophie -favoris&#233;e par l'inspection &#224; partir de l'apr&#232;s-guerre, pour &#233;viter le cours de 'vulgarisation' des connaissances philosophiques ; l'introduction &#224; la fin des ann&#233;es 60 d'un sujet texte au baccalaur&#233;at (m&#234;me si, au d&#233;but, il &#233;tait con&#231;u comme mati&#232;re &#224; disserter), tout cela est tr&#232;s probl&#233;matique : probl&#232;me pour le professeur (comment ins&#233;rer l'explication d'extraits d'&#339;uvres dans son cours) ; pour le professeur-concepteur de sujet ou auteur de manuel (probl&#232;me de l'&#233;valuation de la difficult&#233; d'un texte, de son d&#233;coupage...) ; probl&#232;me, surtout, pour l'&#233;l&#232;ve (comment comprendre un texte tomb&#233; du ciel, la consigne indiquant que 'la connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise' ne lui &#233;tant gu&#232;re d'un grand secours s'il commet effectivement un contresens tenant &#224; son ignorance de l'&#339;uvre). Au n&#233;cessaire travail de didactisation du corpus des &#339;uvres philosophiques, dans le cadre de ce qui devrait &#234;tre la d&#233;termination enfin s&#233;rieuse d'un enseignement de philosophie d&#233;mocratique dans l'enseignement secondaire, il faut ajouter une r&#233;flexion, l&#224; aussi enfin s&#233;rieuse, sur l'usage de l'extrait de texte philosophique dans notre enseignement -et a fortiori comme &#233;preuve de baccalaur&#233;at ; mais aussi, plus g&#233;n&#233;ralement, sur l'usage des &#339;uvres dans notre enseignement, et son articulation au cours. Si nous sommes nombreux &#224; &#233;tudier avec nos &#233;l&#232;ves la Lettre &#224; M&#233;n&#233;c&#233;e, c'est aussi, sinon surtout, parce qu'il s'agit d'une &#339;uvre courte, synth&#233;tique. Par ailleurs, nous savons tous que nos &#233;l&#232;ves ont du mal &#224; lire &#8211;et certains m&#234;mes &#224; d&#233;chiffrer. Le moyen d'&#233;tudier une &#339;uvre de 3OO pages, et m&#234;me, d'en &#233;tudier de 'larges extraits', &#224; raison de 3 ou 4 heures de cours par semaine ? En une heure de cours, peut-on esp&#233;rer expliquer plus d'une page, au maximum deux, un tant soit peu compliqu&#233;es avec nos &#233;l&#232;ves ? Faisons nos calculs : combien d'heures pour expliquer de 'larges extraits' d'une &#339;uvre philosophique ? La 'liste' des notions se rappelle alors &#224; son bon souvenir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de la demande du 'retour au texte original' &#224; partir des ann&#233;es 1950 s'est ajout&#233;e &#224; l'enseignement traditionnel de la philosophie (le cours magistral) sans que personne n'ait jamais pris en consid&#233;ration les difficult&#233;s didactiques que cela posait (probl&#232;mes de temps, d'articulation, de compatibilit&#233; entre des p&#233;dagogies h&#233;t&#233;rog&#232;nes). Le retour au texte est n&#233; en r&#233;action &#224; un enseignement de philosophie qui s'en tenait trop &#224; des donn&#233;es de seconde main &#8211;&#224; ce qu'on appelait avec m&#233;pris, alors, une vulgarisation. Mais on a sans doute sous-estim&#233; la difficult&#233; th&#233;orique de la grande majorit&#233; des textes philosophiques, et, partant, la difficult&#233; p&#233;dagogique que pose leur &#233;tude dans l'enseignement secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'id&#233;e de confronter les &#233;l&#232;ves &#224; un texte philosophique en l'absence de toute pr&#233;paration, elle ajoute encore &#224; la difficult&#233;. Sa justification n'est pas, quoi qu'on en dise, que l'&#233;tude du texte isol&#233; serait consubstantielle &#224; la pratique de la philosophie, comme le clame une rh&#233;torique professionnelle prompte &#224; naturaliser comme intrins&#232;quement philosophique les exercices choisis par l'institution pour recruter ses membres en France (voir point 3). Elle proc&#232;de bien plut&#244;t de l'ancien syst&#232;me de valeurs de l'enseignement secondaire, quant il &#233;tait domin&#233; par les humanit&#233;s : juger de &lt;i&gt;l'intelligence&lt;/i&gt; du candidat, elle-m&#234;me mesurable &#224; sa capacit&#233; &#224; comprendre 'le probl&#232;me dont il est question' &#8211;ledit probl&#232;me ne pouvant en r&#233;alit&#233; &#234;tre compris, &#224; la diff&#233;rence d'un probl&#232;me de math&#233;matiques, que par la possession d'une solide culture philosophique. A ce compte, nous sommes nombreux &#224; nous dire, en lisant les copies, que bien peu de nos &#233;l&#232;ves sont intelligents : c'est &#224; peu pr&#232;s le seul effet induit par l'exercice et le syst&#232;me de valeurs qui le sous-tend. L&#224; encore, cela fait bien longtemps que certains font remarquer qu'il faudrait changer ce syst&#232;me de valeurs r&#233;siduel, et s'engager dans une logique de formation, la seule qui soit v&#233;ritablement d&#233;mocratique. Aux termes de cette logique, il conviendrait de travailler une &#339;uvre (et pas n'importe laquelle, cf. point 1) avec les &#233;l&#232;ves dans l'ann&#233;e, et de les interroger sur un extrait de cette &#339;uvre au baccalaur&#233;at. Supposons que l'on ait mis au programme obligatoire, au cours de l'ann&#233;e, l'&#233;tude de l'&#339;uvre de Hume, ou du chapitre dont un extrait a &#233;t&#233; propos&#233; aux &#233;l&#232;ves au baccalaur&#233;at, parce qu'on estime n&#233;cessaire de faire r&#233;fl&#233;chir les &#233;l&#232;ves au sujet de la croyance : les &#233;l&#232;ves auraient eu les moyens de comprendre et le texte, et le probl&#232;me. Supposons m&#234;me que, coquille ou faute d'inattention du professeur copiste ou du typographe, un &#233;tat du texte comportant un contresens soit donn&#233; aux &#233;l&#232;ves : l'&#233;tude pr&#233;alable de la pens&#233;e de l'auteur aurait peut-&#234;tre permis la compr&#233;hension globale du texte, alors que celle-ci est absolument impossible quand les &#233;l&#232;ves ne disposent que d'un extrait isol&#233; et ne peuvent compter que sur les phrases qui le composent pour reconstituer le sens : aucune possibilit&#233;, alors, de distinguer le sens et le contresens et de corriger le sens de la phrase erron&#233;e par la connaissance de la th&#232;se que d&#233;veloppe l'auteur dans son livre ou dans un de ses chapitres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 Probl&#232;mes pos&#233;s par le fait de donner un texte erron&#233; au baccalaur&#233;at. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la phrase du texte incrimin&#233;e : &#171; La passion de surprise et d'&#233;merveillement qui &lt;strong&gt;produit&lt;/strong&gt; des miracles, &#233;tant une agr&#233;able &#233;motion, produit une tendance sensible &#224; croire aux &#233;v&#233;nements d'o&#249; elle d&#233;rive &#187;. La phrase anglaise est : &#171; The passion of surprise and wonder, arising from miracles, being an agreeable emotion, gives a sensible tendency towards the belief of those events, from which it is derived &#187; (David Hume, &lt;i&gt;An Inquiry concerning human understanding&lt;/i&gt;, section X, partie 2, version &#233;lectronique scann&#233;e &#224; partir de l'&#233;dition Harvard Classics, volume 37, 1910, http//&lt;a href=&#034;http://www.18th.eserver.org/hume-enquiry.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.18th.eserver.org/hume-enquiry.html&lt;/a&gt;). La traduction correcte, que l'on trouve par Didier Deleule dans l'&#233;dition Int&#233;grale Philo chez Nathan, est : &#171; La passion de surprise et d'&#233;merveillement qui &lt;strong&gt;provient&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; des&lt;/i&gt; miracles, &#233;tant une agr&#233;able &#233;motion, produit une tendance sensible &#224; croire aux &#233;v&#233;nements dont elle d&#233;rive &#187;. Dans l'&#233;dition Garnier-Flammarion de 1983 la traduction de Michelle Beyssade est l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente quant &#224; la forme, mais identique &#224; celle de Deleule quant au sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;flexion qu'inspire ce rat&#233; est qu'on peut retrouver au baccalaur&#233;at un texte comportant un grossier contresens sans que personne n'ait apparemment pris la peine de le v&#233;rifier, que ce soit avant l'impression ou apr&#232;s ; sans qu'apparemment personne n'ait, relisant le texte, not&#233; un probl&#232;me dans le raisonnement, ce qui, pour des philosophes, est encore plus g&#234;nant ! On n'a m&#234;me pas l'excuse d'un sujet long, o&#249; il est plus probable de faire une erreur de copie sur un signe ou un chiffre. Ce n'est pas vouloir la mort de la philosophie que d'avouer que &#231;a fait tout de m&#234;me d&#233;sordre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin. Au-del&#224; de ce ratage particulier, on peut interroger la pratique de l'explication d'un extrait de texte isol&#233;, quand on sait que circulent, &#224; travers les manuels, et aujourd'hui, les sites internet et autres banques de donn&#233;es, des textes mal traduits ou mal d&#233;coup&#233;s&#8211; et internet ne fait que multiplier la circulation de textes hors de tout contr&#244;le savant et appareil critique. Le risque que des &#233;tats fautifs de textes circulent est multipli&#233;. &lt;strong&gt;Cela devrait suffire &#224; dissuader d&#233;finitivement de la pratique de l'extrait s&#233;par&#233; de l'&#339;uvre&lt;/strong&gt;. L&#224; aussi, on ne peut pas se contenter de souhaiter &#171; qu'&#224; l'avenir, les sujets soient confectionn&#233;s avec plus de soin &#187;. Le conseil est bon, certes, et nous l'approuvons tous ; mais le souhait ne co&#251;te pas cher. Surtout, il n'emp&#234;chera jamais l'erreur, pas davantage que le test des sujets n'offrira la garantie qu'un sujet mal formul&#233; ou trop difficile ne tombera pas au bac. Et qu'on n'objecte pas ici que les erreurs sont rares. Toute proportion gard&#233;e, bien s&#251;r, ce n'est pas un argument davantage recevable que celui qui consisterait &#224; justifier la peine de mort en arguant que les erreurs judiciaires sont rares. En revanche, qu'un seul innocent soit ex&#233;cut&#233; est un argument suffisant pour demander l'abolition de cette peine. Dans les deux cas, le fait de l'erreur, f&#251;t-il unique, est un scandale dans la mesure o&#249; il est irr&#233;parable &#8211;et d'autant plus irr&#233;parable que le texte est court et que les conditions contextuelles d'&#233;tablissement du sens manquent, qui pourraient &#233;ventuellement redresser l'erreur ponctuelle. Cet argument, s'il est valable, devrait donc suffire pour demander &lt;i&gt;l'abolition&lt;/i&gt; de cette &#233;preuve du Baccalaur&#233;at.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons encore plus loin. Les oeuvres ne circulent pas comme les textes, et &#233;tudier une &#339;uvre exige au pr&#233;alable de se poser la question des sources : auteur, &#233;diteur, date d'&#233;dition, traducteur, etc. On rentre d'embl&#233;e dans une d&#233;marche critique qui est la norme dans l'enseignement sup&#233;rieur et la recherche et de la pratique intellectuelle en g&#233;n&#233;ral. Qu'est-il arriv&#233; &#224; l'enseignement secondaire de philosophie pour qu'il soit possible de n'y retrouver aucune trace de l'exigence critique &#224; l'&#233;gard de l'&#233;tablissement d'un texte, de la part de professionnels de l'explication de textes ? On peut proposer maintenant une autre lecture de la consigne adress&#233;e aux &#233;l&#232;ves : 'La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise'. En la renversant de mani&#232;re plaisamment pol&#233;mique, on pourrait presque entendre : 'L'exigence de rigueur scientifique, requise dans l'enseignement sup&#233;rieur et la recherche, n'est pas requise des professeurs de philosophie de l'enseignement secondaire'. La philosophie en terminale serait en somme une histoire racont&#233;e par des charlots &#224; des idiots ; &#224; moins que les professeurs de philosophie du secondaire ne soient plus eux-m&#234;mes que les idiots utiles de l'enseignement sup&#233;rieur et de la recherche en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on force le trait. Mais, finalement, ce contresens &#233;norme dans un sujet de bac exprime assez bien l'&#233;tat des relations entre les deux enseignements : autrefois central, l'enseignement secondaire est aujourd'hui un sous-enseignement universitaire, qui ne r&#233;pond plus aux normes en vigueur dans la recherche parce qu'il a fait le choix de s'en couper &#224; la fin des ann&#233;es 1950. Disant cela, il ne s'agit pas de reprocher aux professeurs de philosophie, individuellement, de ne pas faire de th&#232;se, mais plut&#244;t de critiquer une institution qui a d&#233;lib&#233;r&#233;ment maintenu, sous le nom de programme de philosophie, l'objet traditionnel de l'enseignement secondaire de la philosophie depuis son institution par Victor Cousin (une philosophie g&#233;n&#233;rale, &#233;ternelle, &#233;clectique) et l'a coup&#233; des objets et des m&#233;thodes critiques de la recherche vivante en philosophie et en sciences humaines ; qui a p&#233;rennis&#233; des pratiques, notamment dans le rapport aux textes, qui tournent le dos &#224; l'esprit et aux valeurs de la recherche. Une critique compl&#232;te en viendra &#224; interroger la formation que re&#231;oivent les &#233;tudiants/futurs professeurs de philosophie &#224; l'Universit&#233; (une formation qui peut ne comporter aucun enseignement scientifique) ainsi que les &#233;preuves m&#234;mes de recrutement (les m&#234;mes que les &#233;preuves de baccalaur&#233;at), qui ne valorisent pas les comp&#233;tences qui font le chercheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne va pas ici instruire de nouveau la critique de l'Agr&#233;gation au nom m&#234;me des exigences de la science : de grands esprits, aussi divers que Durkheim ou Aron, l'ont fait en vain. En revanche, on peut d&#233;noncer une d&#233;rive formaliste qui fait que, moins notre enseignement secondaire de la philosophie a d'objet, plus il est en r&#233;alit&#233;, pour n'&#234;tre pas tout &#224; fait vide, un enseignement g&#233;n&#233;raliste de l'histoire de la philosophie par des professeurs qui sont cens&#233;s ne pas enseigner l'histoire de la philosophie ! Il ne faut pas chercher ailleurs cette sorte de surench&#232;re par laquelle on investit les pratiques d'enseignement, dans ce qu'elles ont de formel, de ce qu'il y aurait de sp&#233;cifiquement et de substantiellement philosophique dans l'enseignement secondaire de la philosophie. On en vient ainsi &#224; consid&#233;rer qu'on ne peut pas philosopher autrement qu'en faisant des le&#231;ons, &#224; l'oral, et des dissertations et des explications d'extraits de textes, &#224; l'&#233;crit ; que les &#233;preuves de l'Agr&#233;gation et du Capes sont les formes &#171; naturelles &#187; du philosopher. La forme occupe la dignit&#233; du fond, qui manque. Laissant ici de c&#244;t&#233; la le&#231;on et la dissertation, on peut dire que s'est d&#233;velopp&#233; un v&#233;ritable &lt;i&gt;f&#233;tichisme du texte&lt;/i&gt;, dans notre profession, au sens o&#249; notre objet d'&#233;tude, ce sont des textes, et non plus les r&#233;alit&#233;s auxquelles les textes font r&#233;f&#233;rence. Cens&#233;s &#224; l'origine revitaliser l'enseignement de philosophie, les textes de premi&#232;re main, sous la forme d'extraits pl&#233;thoriques et compil&#233;s, sont aujourd'hui la &lt;i&gt;mati&#232;re&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#233;clat&#233;e&lt;/i&gt; de notre enseignement, qui s'apparente &#224; une histoire &#233;clectique de la philosophie par les textes qui ne dit pas son nom. Pas &#233;tonnant si les textes donn&#233;s au bac, ni si notre enseignement tout entier o&#249; les &#171; extraits &#187; occupent une place aussi importante, n'a aucun sens ni aucune esp&#232;ce d'int&#233;r&#234;t pour de nombreux &#233;l&#232;ves (la capacit&#233; de voir l'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;philosophique&lt;/i&gt; d'un texte &#233;tant acquise pr&#233;cis&#233;ment, au cours de nos &#233;tudes sup&#233;rieures, par &lt;i&gt;la pratique de l'histoire de la philosophie&lt;/i&gt;, laquelle est interdite dans l'enseignement secondaire !). Dans ces conditions, sommes-nous s&#251;rs de ne pas rendre nos &#233;l&#232;ves idiots, alors que, d&#233;sireux de r&#233;fl&#233;chir sur, et de &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; de la r&#233;alit&#233; (aussi probl&#233;matique soit ce concept), ils voient diriger leur curiosit&#233; vers les textes &#8211;&lt;i&gt;&#233;crits&lt;/i&gt;- qui indiquent cette r&#233;alit&#233;, comme si nous les d&#233;tournions de regarder la lune pour leur faire voir notre doigt qui la leur montre ? La question est tr&#232;s s&#233;rieuse. C'est que l'explication d'un texte philosophique n'a pas d'int&#233;r&#234;t philosophique, et pas davantage p&#233;dagogique, en dehors du travail rigoureux et m&#233;thodique qui r&#232;gle la pratique de l'histoire de la philosophie et en assure toute la port&#233;e formatrice. Si on enseigne l'histoire de la philosophie dans le secondaire, alors disons-le et faisons-le bien &#8211;plut&#244;t que le nier et le faire mal. Sinon, on rentre dans un r&#233;gime du sens et du signe un peu fou : s'il est vrai qu'il n'y a d'enseignement que par signes, la mani&#232;re dont nous enseignons la philosophie par les textes ob&#233;it &#224; un r&#233;gime d'abstraction qui fait obstacle &#224; sa signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que si l'on a raison de ne pas vouloir enseigner l'histoire de la philosophie dans le secondaire, mais seulement dans le sup&#233;rieur (outre que cela pose au moins la question de l'articulation entre la formation re&#231;ue par les &#233;tudiants de philosophie et l'enseignement qu'ils donneront quand ils seront professeurs du secondaire !) ; que si l'on prend au mot le discours kantien de l'institution : &#171; On n'enseigne pas la philosophie, on apprend &#224; philosopher &#187; ; alors, il me semble que l'on s'y est tr&#232;s mal pris en adoptant cette solution de compromis qui consiste &#224; utiliser les textes philosophiques d&#233;contextualis&#233;s dans une d&#233;marche r&#233;flexive totalement abstraite. Revitaliser aujourd'hui l'enseignement secondaire de la philosophie demande de d&#233;noncer et de lutter contre ce &lt;i&gt;f&#233;tichisme et cet &#233;clectisme textuels&lt;/i&gt;. Soit un &#233;l&#232;ve de terminale qui arrive en cours de philosophie avec beaucoup de demandes, de questions, d'app&#233;tit. Que lui faisons-nous ? Nous lui faisons &#171; manger &#187; des textes, et encore des textes, &#224; longueur d'ann&#233;e, nous qui sommes les premiers &#224; dire &#224; nos &#233;l&#232;ves qu'ils doivent penser par eux-m&#234;mes ! Le cours en est truff&#233;, et quand on ne fait pas cours, on lit des textes, jusqu'&#224; saturation. O&#249; est la coh&#233;rence ? C'est oublier que la recherche porte sur les choses m&#234;mes. Il faudrait plaider aujourd'hui pour un &#171; retour aux choses m&#234;mes &#187; dans l'enseignement secondaire et d&#233;terminer, autour des textes, les probl&#232;mes que la soci&#233;t&#233; juge importants d'&#233;lucider et sur lesquels la philosophie a quelque chose &#224; apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, si le texte ne fait plus toujours signe vers des probl&#232;mes qui font sens pour nos &#233;l&#232;ves, c'est aussi parce que le principe de la d&#233;termination de la liste des auteurs fonctionne comme un principe de d&#233;nombrement et de d&#233;finition des philosophes : en disant qui en est, elle dit implicitement qui n'en est pas. Cela revient &#224; d&#233;terminer de mani&#232;re &#233;troite un probl&#232;me philosophique, et induit notamment l'oubli d'un principe fondamental auquel tenait un Canguilhem, &#224; savoir que la philosophie entretient un rapport constitutif au non-philosophique. Pour cela, il faut d&#233;senclaver le philosophique des seuls textes des philosophes o&#249; l'on croit exclusivement le trouver, et consid&#233;rer que le philosophe ne devrait pas d&#233;daigner l'&#233;tude de documents constitu&#233;s en dehors de sa discipline&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous faisons r&#233;f&#233;rence &#224; l'entreprise &#233;ditoriale marquante de Georges (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - arts, sciences naturelles, sciences humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, repenser un enseignement de philosophie dramatiquement monolithique ; concevoir de nouveaux programmes par rapport aux actuels programmes de notions &lt;i&gt;et d'auteurs&lt;/i&gt; et de nouvelles &#233;preuves d'examen ; enfin, rapprocher l'enseignement et la recherche en philosophie et d&#233;jouer la cl&#244;ture scolastique de l'enseignement secondaire de la philosophie en r&#233;apprenant &#224; travailler sur des &lt;i&gt;documents&lt;/i&gt; et non sur des seuls &lt;i&gt;textes&lt;/i&gt; est une triple n&#233;cessit&#233;. C'est n&#233;cessaire pour redonner &#224; l'enseignement de philosophie dans le secondaire un contenu, un int&#233;r&#234;t, et le faire correspondre &#224; des enjeux contemporains que puissent saisir les &#233;l&#232;ves des classes terminales ; mais c'est n&#233;cessaire d'abord pour lui redonner tout simplement &lt;i&gt;un peu de s&#233;rieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Typique de cette r&#233;action, le communiqu&#233; de l'Appep du 22 juin 2015 : &#171; L'Appep esp&#232;re qu'&#224; l'avenir, les sujets de philosophie seront produits avec soin et que les erreurs de confection de ce sujet ne serviront pas de pr&#233;texte &#224; une remise en cause de l'&#233;preuve de philosophie du Baccalaur&#233;at &#187;. Et pourquoi pas ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le texte propos&#233; est en effet d'une difficult&#233; excessive, manifestement inadapt&#233;e au niveau des &#233;l&#232;ves de terminale et de nature &#224; d&#233;courager les plus s&#233;rieux d'entre eux &#187;, Communiqu&#233; de l'Appep, 22 juin 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je me permets de renvoyer &#224; mon article &#171; Critique sociale de l'&#233;cole et r&#233;forme p&#233;dagogique selon Pierre Bourdieu &#187;, publi&#233; dans le n&#176; 16 de &lt;i&gt;C&#244;t&#233;-Philo, Le journal de l'enseignement de la philosophie&lt;/i&gt;, juin 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il ne sert &#224; rien d'objecter ici qu'il existe des proc&#233;dures de tests des sujets, puisque ces proc&#233;dures n'ont jamais emp&#234;ch&#233; des choix de sujets aberrants. Ce qui ce comprend facilement : le syst&#232;me du jugement professionnel ne cesse pas de s'exercer sur le professeur-testeur, et ce serait reconna&#238;tre sa m&#233;diocrit&#233; que de recaler des textes trop difficiles ; au contraire, c'est sa propre valeur professionnelle que l'on affirme en consid&#233;rant qu'un texte n'est pas difficile en soi parce qu'il ne l'est pas pour soi, ou en pensant que, parce que l'on s'estime un &#171; bon professeur &#187;, &lt;i&gt;nos&lt;/i&gt; &#233;l&#232;ves pourraient l'expliquer facilement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous faisons r&#233;f&#233;rence &#224; l'entreprise &#233;ditoriale marquante de Georges Canguilhem qui cr&#233;a chez Hachette la collection &lt;i&gt;Textes et documents philosophiques&lt;/i&gt;, dont le premier volume parut en 1952 (&#171; Besoins et tendances &#187;). Cette entreprise reposait sur l'id&#233;e que la philosophie s'exer&#231;ait sur une mati&#232;re &#233;trang&#232;re &#224; la philosophie. Les ouvrages de cette collection &#233;taient mixtes, r&#233;unissant, ou confrontant, des textes philosophiques et des documents scientifiques, les uns relevant de l'autorit&#233;, les autres, de la raison, comme s'en explique Canguilhem lui-m&#234;me dans la pr&#233;sentation du premier volume. Le programme d'auteurs en vigueur depuis 1973, m&#234;me si la liste des auteurs a &#233;t&#233; augment&#233;e depuis, semble avoir fait basculer notre enseignement tout entier du c&#244;t&#233; du seul principe d'autorit&#233; sans que l'on s'en rende bien compte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La question de l'argumentation : apprendre &#224; raisonner </title>
		<link>https://www.acireph.org/les-pratiques/la-question-de-l-argumentation/article/la-question-de-l-argumentation-apprendre-a-raisonner</link>
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		<dc:date>2015-07-11T13:03:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Dissertation</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Connaissances</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nos propositions sur l'apprentissage du raisonnement.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acireph.org/les-pratiques/la-question-de-l-argumentation/" rel="directory"&gt;La question de l'argumentation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/dissertation" rel="tag"&gt;Dissertation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/connaissances" rel="tag"&gt;Connaissances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Faire de cet apprentissage un objet de r&#233;flexion, est-ce r&#233;duire la philosophie &#224; une &#171; rh&#233;torique argumentative &#187; ou au &#171; d&#233;bat d'opinion &#187; ? Cette objection fait resurgir la traditionnelle pr&#233;vention des philosophes &#224; l'&#233;gard de la rh&#233;torique, et cette pr&#233;vention n'est pas infond&#233;e : aucun de nous ne veut transformer ses &#233;l&#232;ves en apprentis sophistes qui mettraient en &#339;uvre de mani&#232;re m&#233;canique des artifices de langage. Mais nous n'en sommes pas l&#224;. Les &#233;l&#232;ves, dans leur grande majorit&#233;, sont tr&#232;s loin de courir le risque d'un exc&#232;s de rh&#233;torique. Le probl&#232;me est bien plut&#244;t qu'ils manquent g&#233;n&#233;ralement des outils de la rh&#233;torique la plus &#233;l&#233;mentaire, la plus n&#233;cessaire et la plus l&#233;gitime pour &#233;laborer et d&#233;velopper leur pens&#233;e. Par exemple, ils ne savent pas comment s'y prendre pour articuler un raisonnement et sa r&#233;futation, pour pr&#233;senter une objection et y r&#233;pondre, pour mener une analyse de notion ou de probl&#232;me ; ils ne savent ni comment &#233;crire cela, ni comment le lire dans un texte, ni non plus comment le parler et l'entendre dans une discussion orale. Tout cela, les professeurs ont &#224; le leur apprendre, &#224; leur en faire d&#233;couvrir les normes, &#224; leur en faire construire la comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;div style =&#034;text-align: right&#034;&gt; ACIREPh, &lt;br &gt;
&lt;i&gt;Manifeste pour l'enseignement de la philosophie&lt;/i&gt;, &lt;br &gt;
Septi&#232;me chantier
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://acireph.org/Files/Other/argumentation/Argumentation%20Logique%20Enseignement%20philosophie%20COSPEREC%20COIMBRA%202010.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La place de la logique et de l'argumentation dans l'enseignement secondaire de philosophie&lt;/i&gt; Serge COSP&#201;REC&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/les-pratiques/la-question-de-l-argumentation/article/la-place-de-la-logique-et-de-l-argumentation-dans-le-cours-de-philosophie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;La place de la logique et de l'argumentation dans le cours de&lt;br class='autobr' /&gt;
philosophie&lt;/i&gt;, G&#233;rard CHOMIENNE&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://acireph.org/Files/Other/argumentation/Schemas%20en%20arbre%20%20CHOMIENNE%20CP6-doc.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les sch&#233;mas en arbre de Pierre Blackburn&lt;/i&gt;, G&#233;rard CHOMIENNE&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://acireph.org/Files/Other/argumentation/Argumentation%20philo%20math%20francais%20%20COSPEREC%20CP6.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Pourquoi apprendre &#224; raisonner en philosophie ?&lt;/i&gt;, Serge COSP&#201;REC&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://acireph.org/Files/Other/argumentation/Fautes%20raisonnement%20SENIK%20CP6.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les fautes de raisonnement des intellectuels patent&#233;s&lt;/i&gt;, Andr&#233; SENIK&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://acireph.org/Files/Other/argumentation/ENGEL%20Vie%20apres%20Dissertation.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Y a-t-il une vie apr&#232;s la dissertation ?&lt;/i&gt;, Pascal ENGEL&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle place aujourd'hui pour l'apprentissage du raisonnement ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aider les &#233;l&#232;ves &#224; acqu&#233;rir et &#224; d&#233;velopper une aptitude &#224; bien raisonner est une finalit&#233; essentielle de l'enseignement de la philosophie. Cette aptitude est la condition minimale de toute activit&#233; intellectuelle et personne ne doute qu'apprendre aux &#233;l&#232;ves &#224; consid&#233;rer toute id&#233;e comme devant &#234;tre discut&#233;e, justifi&#233;e, argument&#233;e, soit une t&#226;che &#233;minemment d&#233;mocratique. Or curieusement la r&#233;flexion sur cet apprentissage n'a pas fait jusqu'ici l'objet d'une r&#233;flexion collective des professeurs de philosophie. La logique poss&#232;de un statut ambigu dans notre enseignement. D'un c&#244;t&#233;, elle est pr&#233;sente dans les programmes (&#171; logique et math&#233;matiques &#187; dans l'ancien programme et &#171; la d&#233;monstration &#187; dans le nouveau), comme discipline sp&#233;ciale faisant l'objet d'une r&#233;flexion &#233;pist&#233;mologique, au m&#234;me titre qu'&#224; propos des math&#233;matiques, de la biologie ou de l'histoire. Mais &#224; la diff&#233;rence de ces derni&#232;res disciplines que les &#233;l&#232;ves ont pratiqu&#233;es, de la logique, ils n'en ont jamais fait et n'en feront probablement jamais. Ils sont donc convi&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; l'&#233;pist&#233;mologie d'une discipline qui leur est inconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que cette t&#226;che grandiose laisse peu de temps &#224; l'apprentissage des notions &#233;l&#233;mentaires du raisonnement qui sont pourtant n&#233;cessaires &#224; n'importe quelle activit&#233; intellectuelle. D'ailleurs, nombre de sujets du baccalaur&#233;at supposent acquis les concepts de base de la logique comme implication, inclusion, extension, disjonction. Par exemple pour bien comprendre les sujets - d&#233;j&#224; donn&#233;s au baccalaur&#233;at - &#171; l'&#201;tat a-t-il pour but de maintenir l'ordre ou d'&#233;tablir la justice ? &#187; ; et &#171; le pouvoir repose-t-il sur la contrainte ou sur le consentement ? &#187; ; il faut avoir appris &#224; distinguer le &#171; ou &#187; inclusif qui donne sens au premier sujet, et le &#171; ou &#187; exclusif du second. Mais ces connaissances, comme tant d'autres, sont suppos&#233;es d&#233;j&#224; acquises. La ma&#238;trise du raisonnement n'est &#233;voqu&#233;e dans le programme qu'au chapitre des recommandations g&#233;n&#233;rales. Et toute id&#233;e de sp&#233;cifier, en mati&#232;re de raisonnement, des savoirs et des savoir-faire, est formellement &#233;cart&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Il n'y a pas lieu de fournir une liste exhaustive des d&#233;marches propres au travail philosophique, ni par cons&#233;quent une d&#233;finition limitative des conditions m&#233;thodologiques de leur assimilation.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;div style=&#034;text-align: right&#034;&gt;
&lt;i&gt;Programme de philosophie des Classes Terminales&lt;/i&gt;,&lt;br /&gt;
2003
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Et l'on ne trouvera pas non plus sur la liste des &#171; rep&#232;res &#187; du programme, les outils conceptuels essentiels au raisonnement comme &#171; pr&#233;misses / conclusion &#187;, &#171; d&#233;duction/induction &#187;, &#171; compr&#233;hension/extension &#187;, &#171; sophisme &#187; ou &#171; argumentation &#187;. Mais nous ne perdrons pas davantage de temps &#224; nous &#233;tonner de cette obstination &#224; entretenir le flou sur des connaissances qui seront cependant exig&#233;es des &#233;l&#232;ves. Nous nous proposons plut&#244;t de travailler &#224; pallier ces lacunes&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le raisonnement et l'argumentation en philosophie.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La logique formelle, n&#233;cessaire mais non suffisante.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De quelle logique les &#233;l&#232;ves ont-ils besoin ? Quand on parle de raisonnement, on pense d'abord aux r&#232;gles de la logique formelle, le syllogisme, l'inf&#233;rence imm&#233;diate, l'implication, etc. Certes, certaines de ces notions doivent &#234;tre enseign&#233;es, mais il est douteux qu'elles donnent aux &#233;l&#232;ves les instruments suffisants. D'abord, la logique s'applique aux discours formalisables, dans lesquels les concepts sont rigoureusement d&#233;limit&#233;s, ce qui est rarement le cas des concepts dans lesquels se formule un probl&#232;me philosophique. Ensuite parce que la logique ne d&#233;finit que les conditions de validit&#233; des inf&#233;rences, sans se soucier de leur v&#233;rit&#233; mat&#233;rielle. Or quand on d&#233;fend une th&#232;se philosophique, on expose les bonnes raisons qu'on a de l'adopter. Et ces bonnes raisons comprennent aussi, le fait que les pr&#233;misses de d&#233;part soient jug&#233;es acceptables. Enfin, alors que les r&#232;gles de la logique d&#233;ductive sont contraignantes, et d&#233;terminent de fa&#231;on n&#233;cessaire la v&#233;rit&#233; de la conclusion &#224; partir de celle des pr&#233;misses, le raisonnement philosophique en faveur d'une th&#232;se ne r&#233;duit pas &#224; rien les raisons qu'on peut invoquer contre elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La logique de l'argumentation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour toutes ces raisons, c'est la notion d'argumentation qui traduit le mieux la d&#233;marche philosophique, comme celle qui a cours dans les domaines juridiques, politiques, esth&#233;tiques. Or on n'ignore pas l'allergie de bon nombre de nos coll&#232;gues &#224; l'&#233;gard du terme m&#234;me d'argumentation. Cette hostilit&#233; d&#233;coule de l'attachement &#224; un mod&#232;le binaire de la pens&#233;e, parfaitement exprim&#233; par le couple &#171; convaincre/persuader &#187; selon lequel on n'a le choix qu'entre le souci de la v&#233;rit&#233; et la s&#233;duction sophistique. Il est vrai que pour &#233;tablir une v&#233;rit&#233; par voie d&#233;monstrative, il n'est pas n&#233;cessaire de r&#233;futer un raisonnement fallacieux. Le d&#233;ploiement du raisonnement correct suffit. C'est ce mod&#232;le d&#233;monstratif que Descartes &#233;rige en norme absolue, en affirmant que lorsque deux personnes ont un avis contraire, l'une d'elles a forc&#233;ment tort. Et surtout en ajoutant, qu'&#224; rigoureusement parler, aucune n'est dans le vrai puisque alors le simple expos&#233; de ses raisons aurait n&#233;cessairement convaincu le second. Ne peut-on pas attribuer &#224; la pr&#233;gnance de ce mod&#232;le dans notre tradition philosophique nationale, le m&#233;pris de tout souci p&#233;dagogique, puisque la vraie philosophie est &#8212; air connu &#8212; sa propre didactique ? On doit &#224; Cha&#239;m Perelman, auteur pratiquement inconnu sous nos latitudes, la critique de ce mod&#232;le manich&#233;en et la d&#233;fense d'une logique argumentative qui accorde une place au vraisemblable et &#224; l'&#233;valuation du poids relatif des arguments favorables ou hostiles &#224; une th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;flexion et l'exercice du jugement exigent de la m&#233;thode, encore faut-il proposer aux &#233;l&#232;ves des d&#233;marches leur permettant d'apprendre &#224; raisonner d'une mani&#232;re rigoureuse et critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(texte issu de la pr&#233;sentation de nos Journ&#233;es d'&#233;tudes 2004 : &lt;i&gt;Apprendre &#224; raisonner&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Qui sommes-nous ?</title>
		<link>https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/article/qui-sommes-nous</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Dissertation</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>IREPh</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
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		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;sentation rapide de l'ACIREPh&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/" rel="directory"&gt;Pr&#233;sentation de l'ACIREPh&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/dissertation" rel="tag"&gt;Dissertation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/ireph" rel="tag"&gt;IREPh&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/connaissances" rel="tag"&gt;Connaissances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ACIREPh est une association de professeurs de philosophie ouverte &#224; tous les coll&#232;gues qui enseignent cette mati&#232;re, dans les &#233;tablissements publics ou priv&#233;s. Cr&#233;&#233;e en 1998, son but est de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'enseignement de la philosophie dans les lyc&#233;es, et de proposer des pistes pour une am&#233;lioration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre constat est en effet que, depuis de nombreuses ann&#233;es, l'enseignement de la philosophie tel qu'il est institu&#233; est difficilement praticable, ce qui contribue &#224; sa d&#233;t&#233;rioration. L'ACIREPh ouvre des d&#233;bats, diffuse des id&#233;es, des exp&#233;rimentations, et organise p&#233;riodiquement des rencontres o&#249; les professeurs de philosophie peuvent analyser en commun leurs difficult&#233;s, d&#233;couvrir ou confronter leurs pratiques, dans un esprit pluraliste, sans tabou, sans autoritarisme et sans pr&#233;tention &#224; d&#233;tenir ce qui serait LA v&#233;rit&#233; sur l'enseignement de la philosophie. En particulier, chaque ann&#233;e, nous organisons des Journ&#233;es d'&#233;tude sur un ou plusieurs th&#232;mes. Nous publions aussi une revue : &lt;i&gt;C&#244;t&#233;-Philo.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ACIREPh a le double souci de d&#233;fendre les exigences propres &#224; notre discipline, essentielle &#224; la formation de l'esprit critique, et de consid&#233;rer les &#233;l&#232;ves comme ils sont, pour une r&#233;elle efficacit&#233; p&#233;dagogique. Ce double souci anime les id&#233;es dont nous d&#233;battons :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Remplacer les programmes actuels de notions, infaisables car contenant en puissance un nombre ind&#233;fini de probl&#232;mes qu'aucun &#233;l&#232;ve ne peut ma&#238;triser, par des programmes plus d&#233;termin&#233;s : par exemple des programmes de probl&#232;mes.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repenser les &#233;preuves du Baccalaur&#233;at, notamment pour les s&#233;ries technologiques. Pr&#233;ciser les attentes pour les diff&#233;rents types d'&#233;preuve, et sortir ainsi des &#233;ternelles discussions (notamment en commission d'entente du Bac) sur ce qui est formellement exig&#233; des &#233;l&#232;ves. Instituer des rapports de jurys diffus&#233;s &#224; tous.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Assurer de meilleures conditions pour les apprentissages : d&#233;doublement (notamment pour les s&#233;ries technologiques), travaux dirig&#233;s, diversification des pratiques et des exercices, etc. Limiter la place du cours magistral dans notre enseignement, en faveur d'un travail plus actif en classe de la part des &#233;l&#232;ves.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; R&#233;former l'enseignement de la philosophie dans les s&#233;ries technologiques, en repensant ses contenus, ses pratiques et ses exercices.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Commencer la philosophie d&#232;s la 1&#232;re, notamment pour la s&#233;rie Litt&#233;raire, et mettre ainsi en place un v&#233;ritable cursus permettant une progressivit&#233; ce qui &#171; donnerait de l'air &#187; &#224; un enseignement qui &#233;touffe dans l'&#233;troite ann&#233;e de Terminale sur laquelle p&#232;se l'examen final.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Dans le cadre d'une progressivit&#233; sur plusieurs ann&#233;es, introduire un v&#233;ritable apprentissage de l'argumentation philosophique.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_pour_la_cr%C3%A9ation_des_instituts_de_recherche_sur_l%27enseignement_de_la_philosophie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ACIREPh sur Wikip&#233;dia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
*****&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L' ACIREPh en six priorit&#233;s</title>
		<link>https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/article/l-acireph-en-six-priorites</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/article/l-acireph-en-six-priorites</guid>
		<dc:date>2015-07-06T08:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Acireph</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'ACIREPh, en 6 revendications.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/" rel="directory"&gt;Pr&#233;sentation de l'ACIREPh&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/acireph" rel="tag"&gt;Acireph&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; revenir aux programmes de probl&#232;mes, les seuls permettant de former s&#233;rieusement les &#233;l&#232;ves et de sortir de l'impasse du baccalaur&#233;at&lt;/li&gt;&lt;li&gt;diversifier les &#233;preuves, notamment pour les s&#233;ries technologiques&lt;/li&gt;&lt;li&gt;instituer une heure d&#233;doubl&#233;e d'enseignement &lt;i&gt;dans toutes les s&#233;ries &lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;enseigner la philosophie avant la Terminale&lt;/li&gt;&lt;li&gt;enseigner la philosophie dans les lyc&#233;es professionnels&lt;/li&gt;&lt;li&gt; mettre en place des IREPh, pour une vraie formation p&#233;dagogique et didactique des professeurs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le choix de l'&#339;uvre en lecture suivie : quelques enjeux de la canonisation en philosophie</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/le-choix-de-l-oeuvre-en-lecture-suivie-quelques-enjeux-de-la-canonisation-en</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/le-choix-de-l-oeuvre-en-lecture-suivie-quelques-enjeux-de-la-canonisation-en</guid>
		<dc:date>2011-09-01T09:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Notions</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans l'histoire de l'enseignement fran&#231;ais de la philosophie, le choix de confronter les &#233;l&#232;ves directement aux textes philosophiques est un tournant p&#233;dagogique impuls&#233; par Georges Canguilhem dans les ann&#233;es 1960. Ce geste g&#233;n&#233;reux est devenu un &#171; cela va de soi &#187; pour la profession. &#192; c&#244;t&#233; de l'usage massif des extraits de texte pour construire son cours (comme en t&#233;moigne la conception des manuels), il existe aussi le fameux &#171; commentaire suivi &#187; d'une &#339;uvre philosophique d'un &#171; auteur (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/" rel="directory"&gt;Regards historiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/notions" rel="tag"&gt;Notions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'histoire de l'enseignement fran&#231;ais de la philosophie, le choix de confronter les &#233;l&#232;ves directement aux textes philosophiques est un tournant p&#233;dagogique impuls&#233; par Georges Canguilhem dans les ann&#233;es 1960. Ce geste g&#233;n&#233;reux est devenu un &#171; cela va de soi &#187; pour la profession. &#192; c&#244;t&#233; de l'usage massif des extraits de texte pour construire son cours (comme en t&#233;moigne la conception des manuels), il existe aussi le fameux &#171; commentaire suivi &#187; d'une &#339;uvre philosophique d'un &#171; auteur majeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe de l'ouverture continu&#233;e du programme au fil de ses remaniements, les professeurs ont aujourd'hui le choix entre cinquante-sept auteurs diff&#233;rents : cela marque-t-il un signe de maturit&#233;, de tol&#233;rance, d'aboutissement du programme, loin de toute tentative dogmatique ? On sait par exemple que Spinoza fut exclu &#224; la fin du XIXe si&#232;cle (certes, il reviendra vite), que le programme de 1973 s'&#233;tait fendu d'une distinction assez &#233;trange entre grands philosophes (orn&#233;s d'un ast&#233;risque) et philosophes mineurs&#8230; Mais les travaux sur la canonisation nous apprennent que les effets d'imposition d'un panth&#233;on ne viennent pas toujours de dict&#233;es explicites et de programmes trop explicites. Les largesses et le flou consomm&#233; des programmes de philosophie n'ont pas emp&#234;ch&#233;, loin de l&#224; (bien au contraire, aurait-on m&#234;me envie de clamer !), la constitution d'un cercle finalement restreint d'incontournables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons de comprendre le raisonnement implicite qui peut amener &#224; penser en termes de priorit&#233;, donc &#224; &#234;tre port&#233; par un sentiment d'urgence : &#171; quitte &#224; ne faire qu'un an de philosophie, au moins les &#233;l&#232;ves auront-ils c&#244;toy&#233; untel ou untel, ceci ou cela &#187;. Certes, l'id&#233;al d'une culture commune semble aller de soi dans la perspective d'une instruction socialisante et &#233;mancipatrice : quel meilleur moyen pour &lt;i&gt;penser ensemble&lt;/i&gt; que l'acquisition de rep&#232;res communs depuis lesquels la construction d'id&#233;es neuves et la vigilance citoyenne pourront s'exercer au maximum ? Mais loin de fonctionner comme &#171; r&#233;servoir &#187; d'id&#233;es rationnelles susceptibles d'&#234;tre r&#233;appropri&#233;es par les &#233;l&#232;ves en vue d'un exercice de la pens&#233;e critique, la canonisation des auteurs philosophiques fonctionne, en bien des points, &#224; rebours des objectifs pr&#234;t&#233;s &#224; l'enseignement de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe pourrait s'exprimer ainsi : la mise en forme des armes de la pens&#233;e critique (&#233;tablissement plus ou moins tacite d'un corpus &#224; enseigner) constitue &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt; un obstacle &#224; la mise en pratique de ces outils critiques. Autrement dit, il semblerait que la volont&#233; d'&#233;tablir une liste de &#171; monuments lib&#233;rateurs &#187; pour les jeunes individus form&#233;s par l'&#233;cole sert moins ces derniers que les monuments eux-m&#234;mes &#8211; et encore ! La canonisation, en tant qu'elle d&#233;cide de ce qu'est la culture &#233;mancipatrice &#8211; au sens de la &lt;i&gt;Bildung&lt;/i&gt; &#8211; vient entraver l'efficace m&#234;me de la culture en pr&#233;tendant la d&#233;fendre et la valoriser. Essayons de comprendre cet effet r&#233;versif afin de mieux d&#233;gager les conditions de possibilit&#233; d'un certain usage des &#339;uvres philosophiques qui distribue r&#233;ellement des puissances encapacitantes pour les individus plus qu'elle ne les rend impuissants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I &#8211; Les best-sellers du programme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prenons donc comme objet la lecture suivie d'une &#339;uvre, et revenons au programme de 1973 : premier programme &#224; n'&#234;tre qu'une liste d'auteurs &#8211; alors que les pr&#233;c&#233;dents programmes prescrivaient des &#339;uvres ! Une liste d'auteurs est &#233;tablie : un canon est donc explicitement ancr&#233;/encr&#233;. Ce canon fonctionne par cercle concentrique selon la logique de la participation : certains philosophes se voient attribuer un ast&#233;risque. Il y a donc les &#171; grands philosophes &#187;, plus proches du c&#339;ur de la philosophie, et les autres, plus en p&#233;riph&#233;rie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ne prendre qu'un exemple des &#233;ternels d&#233;bats sur les &#171; vrais &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De plus, la fonctionnalit&#233; de ce &#171; commentaire suivi &#187; d'une &#339;uvre est drastiquement encadr&#233;e par une finalit&#233; &#233;valuative : l'&#233;tude en classe d'une &#339;uvre philosophique sert de support &#224; l'&#233;preuve de rattrapage de l'oral du baccalaur&#233;at. Le choix de l'&#339;uvre &#224; &#233;tudier est donc inclin&#233; par des param&#232;tres scolaires : le professeur peut &#234;tre tent&#233; de privil&#233;gier les textes &#171; faciles &#187; puisque l'&#339;uvre servira de support d'&#233;valuation aux &#233;l&#232;ves scolairement &#171; faibles &#187; en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre scolaire de la canonisation des textes philosophiques ob&#233;it donc avant tout &#224; quelques &lt;i&gt;crit&#232;res n&#233;gatifs&lt;/i&gt; qu'on peut facilement lister en discutant avec les professeurs de philosophie. Il faut exclure : la &#171; densit&#233; &#187; philosophique (exemple : &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, les trois &lt;i&gt;Critiques&lt;/i&gt;) ; la &#171; technicit&#233; &#187; du vocabulaire (exemple : Husserl, Heidegger) ; la longueur du texte (pas plus d'une centaine de pages, si possible autour de la cinquantaine) ; la &#171; distance &#187; culturelle (les textes &#171; antiques &#187; et &#171; m&#233;di&#233;vaux &#187; requi&#232;rent des m&#233;diations et un temps lourd d'appropriation &#8211; ou alors on choisit de les ignorer) ; la non-rentabilit&#233; par rapport au programme (exemple : &lt;i&gt;Esquisse d'une th&#233;orie des &#233;motions&lt;/i&gt; de Sartre). Au final, on obtient une liste r&#233;duite d'&#339;uvres et d'auteurs et surtout la topique du &#171; passage archi-classique &#187; : la Caverne de Platon, les quatre causes chez Aristote, le morceau de cire dans la &lt;i&gt;Seconde M&#233;ditation&lt;/i&gt;, la s&#233;paration des pouvoirs chez Montesquieu, le projet critique de Kant dans la pr&#233;face &#224; la seconde &#233;dition de la premi&#232;re &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rester dans le vocabulaire religieux du canon, demandons-nous d'o&#249; viennent les deux trinit&#233;s qui se d&#233;gagent implicitement dans la culture philosophique scolaire ? D'abord de ce que la liste des auteurs est d&#233;coup&#233;e en trois p&#233;riodes &#8211; antique, classique et moderne.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bel effet de l'&#233;galitarisme au sein du g&#233;nial : pour ne pas heurter la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Deux grands &#233;diteurs scolaires consacrent chacun une collection sp&#233;cifique aux auteurs de philosophie au programme ; leurs livres sont donc destin&#233;s &#224; l'&#233;preuve de l'oral. L'uniformisation de la canonisation y est flagrante, comme on peut le voir en analysant la concentration de leur effort &#233;ditorial sur les deux trinit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Ann&#233;es 1988-2008&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sainte Trinit&#233; &#187; &lt;strong&gt;Platon &#8211; Descartes &#8211; Kant&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&#171; Trinit&#233; dauphine &#187; &lt;strong&gt;Aristote &#8211; Rousseau &#8211; Hegel&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;cumul&lt;/i&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;Part quantitative des auteurs jug&#233;s canoniques par le programme de philosophie&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;5 %&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;10 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Part de l'effort &#233;ditorial de HATIER&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;52 %&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;78 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;Part de l'effort &#233;ditorial de NATHAN&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;40 %&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;58 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;(source : d'apr&#232;s le catalogue des &#233;diteurs et le catalogue de la BNF)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient une telle concentration ? La primaut&#233; causale est toujours le myst&#232;re qu'on voudrait percer : sont-ce les professeurs qui, choisissant toujours ces auteurs, entra&#238;nent les &#233;diteurs &#224; suivre la demande ? Ou bien sont-ce les &#233;diteurs qui cr&#233;ent la demande en proposant des &#339;uvres que les professeurs trouvent int&#233;ressantes &#224; utiliser dans ces &#233;ditions scolaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, on pourrait justement objecter que cette statistique souffre de se cantonner aux &#233;ditions scolaires. Les professeurs de philosophie ne s'en servent peut-&#234;tre pas tellement !... Soit. Prenons alors tous les &#233;diteurs et regardons le &#171; Top 5 &#187; sur la m&#234;me p&#233;riode : Ren&#233; Descartes, &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode :&lt;/i&gt; 23 (r&#233;)&#233;ditions ; Jean-Jacques Rousseau, &lt;i&gt;Discours sur l'origine... parmi les hommes :&lt;/i&gt; 18 (r&#233;)&#233;ditions ; Platon, &lt;i&gt;Apologie de Socrate&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ex &#230;quo &lt;/i&gt;avec &lt;i&gt;R&#233;publique &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;livreVII&lt;/i&gt;] : 16 (r&#233;)&#233;ditions ; Emmanuel Kant, &lt;i&gt;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &lt;/i&gt; : 12 (r&#233;)&#233;ditions. Une mention sp&#233;ciale doit &#234;tre attribu&#233;e au petit opuscule de Jean-Paul Sartre, &lt;i&gt;L'Existentialisme est un humanisme&lt;/i&gt;. Sous copyright Gallimard, l'ouvrage n'existe que dans la collection de poche &#171; Folio &#187; ; n&#233;anmoins, le nombre d'exemplaires vendus est le plus important dans la cat&#233;gorie &#171; philosophie &#187; pour les ann&#233;es 2007-2008 &#8211; selon les chiffres du nombre des ventes des libraires. Bref, il y a bien un hiatus significatif entre la diversit&#233; des &#339;uvres, permise en droit par le programme, et la diversit&#233; pratiqu&#233;e en fait par les enseignants fran&#231;ais. Quels probl&#232;mes cette canonisation de quelques auteurs pose-t-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II &#8211; Trois propri&#233;t&#233;s du canon philosophique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre les effets et propri&#233;t&#233;s de la canonisation, on peut se reporter au travail pionnier du romaniste allemand Ernst Robert Curtius. &#192; la fin des ann&#233;es trente, il entreprend une vaste enqu&#234;te qui devait s'intituler &#224; l'origine &lt;i&gt;Culture europ&#233;enne&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Robert Curtius, La Litt&#233;rature europ&#233;enne et le Moyen Age latin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Curtius d&#233;gage les origines pa&#239;ennes du canon &#8211; li&#233;es au classicisme, ses vertus d'excellence, sa figure d'&#233;lite sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la constitution civile de Servius Tullius, classici d&#233;signait les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et surtout ses origines chr&#233;tiennes &#8211; probl&#233;matique du canon biblique. L'&#233;quation est simple : en canonisant, on r&#233;ifie, d&#232;s lors le canon devient un probl&#232;me d'&lt;i&gt;h&#233;ritage&lt;/i&gt;. Le mot-cl&#233; est l&#226;ch&#233; : le canon induit des processus de transmission d'h&#233;ritage dont l'&#233;cole deviendra le moteur essentiel. D&#232;s lors, dans quelle mesure le canon va-t-il demeurer compatible avec la perspective de lib&#233;ration de l'enseignement de la philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons quelles sont les propri&#233;t&#233;s du canon d&#233;gag&#233;es par Curtius. Tout d'abord, la tradition est consid&#233;r&#233;e comme le mat&#233;riau vital de la vie spirituelle dont le canon constitue la substance pr&#233;cieuse, la quintessence. L'int&#233;r&#234;t de Curtius est de r&#233;v&#233;ler la v&#233;rit&#233; de tout canon, &lt;i&gt;l'essentialisme &lt;/i&gt; : il existe de &#171; grandes &#187; figures culturelles qu'on peut objectiver en un panth&#233;on bon et beau en soi. En effet, dans le contexte historique qui &#233;tait le sien, Curtius voulait sauver la culture de l'op&#233;ration d'amn&#233;sie mise en place par le nazisme. D'apr&#232;s Christine de Gemeaux, son projet de recherche est n&#233; en r&#233;action aux attaques virulentes du IIIe Reich contre la culture : face aux tourments des ann&#233;es 1930, il &#171; ressent l'imp&#233;rieux besoin de r&#233;affirmer les aspects positifs de la tradition &#61531;&#8230;&#61533; Quand tout s'effondre, le canon offre une derni&#232;re possibilit&#233; d'orientation. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. la mise en contexte historique du travail pionnier sur la canonisation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le canon est pens&#233; comme une arme contre les &#171; barbares &#187; : il doit permettre de &#171; conserver, de restaurer et de consolider le plus pr&#233;cieux : la conscience de l'Europe &#187;. Il faut imp&#233;rativement &#224; Curtius pr&#233;server les origines culturelles de l'Europe : sa tradition topique issue de la rh&#233;torique antique et m&#233;di&#233;vale. Il n'est pas anodin que l'enseignement de la philosophie se soit repli&#233; sur son panth&#233;on au fur et &#224; mesure de sa d&#233;mocratisation, quand florissaient en parall&#232;le les diagnostics sur la &#171; barbarie &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple Michel Henry, La Barbarie, Paris, Paris, Grasset, 1987 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Curtius est instructif pour nous : il a &#233;t&#233; un &#171; Kulturkritiker conservateur &#187; cons&#233;quent puisqu'il a &#171; sciemment &#8216;&#8216;instrumentalis&#233;'' le canon &#187; face &#224; la &#171; p&#233;dagogie moderne &#224; laquelle il reprochait de n&#233;gliger les &#233;l&#233;ments vitaux de la tradition discursive. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christine de Gemeaux, art. cit., p.541. Le livre de Curtius contre une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le canon est-il si efficace contre la barbarie ? Curtius a-t-il eu raison de voir dans l'immortalisation des &#171; grands &#187; un rem&#232;de ? Car loin de lib&#233;rer les individus, le canon proc&#232;de sur le m&#234;me mode op&#233;ratoire que son adversaire la propagande : l'inculcation&#8230; Il y a un effet paradoxal du canon : Curtius voulait sauver les &#171; plus grands &#187; de la barbarie nazie, mais les effets &#224; long terme de ce &#171; sauvetage dans l'imm&#233;diat &#187; se retournent contre les intentions du sauveur. Le sauvetage induit h&#233;ritage et cr&#233;e des dispositions r&#233;tives au d&#233;veloppement de l'esprit critique : &lt;i&gt;si la canonisation sauve les textes de la barbarie, elles ne sauvent pas les individus d'un devenir-barbare &#224; l'encontre des textes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;claircir ce paradoxe, on peut d&#233;gager trois propri&#233;t&#233;s essentielles du canon &#8211; qui concernent &#233;minemment la philosophie comme discipline scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Premi&#232;rement, la canonisation est une entreprise de &lt;i&gt;sanctification&lt;/i&gt;. Elle a pour effets objectifs de d&#233;shistoriciser et d'&#233;terniser le canon ; elle a un effet subjectif de d&#233;votion sur les &#171; apprentis-philosophes &#187;. Dire que la canonisation est une sanctification est quasiment une tautologie, mais cela a le m&#233;rite de souligner l'origine religieuse de la m&#233;taphore et fait directement rentrer dans la dimension initiatique du canon. La sanctification suppose des personnes habilit&#233;es : ce sont les historiens de la philosophie. Ils sont les gardiens qui assurent l'unit&#233; du corps philosophique : par-del&#224; les amours de chacun, le rapport &#224; la doxographie devient constitutif de la d&#233;finition de l'acte de philosopher. Les rapports de jury du CAPES ou de l'agr&#233;gation constituent un v&#233;ritable &lt;i&gt;devoir de m&#233;moire&lt;/i&gt; de la profession : la fr&#233;quentation personnelle des textes est jug&#233;e n&#233;cessaire, on se lamente sur les signes d'une connaissance de seconde main, etc. Ce fait identitaire devient pr&#233;pond&#233;rant &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle : il est corr&#233;latif de l'accroissement de la liste des auteurs au programme et surtout du choix p&#233;dagogique de revenir &#224; la fr&#233;quentation directe des textes. L'histoire de la philosophie devient le d&#233;nominateur commun d'un savoir savant dit &#171; philosophique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un indice parmi d'autres de ce repli : les auteurs &#171; non philosophes &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Deuxi&#232;mement, la canonisation est une entreprise d'&lt;i&gt;objectivation&lt;/i&gt;, de r&#233;ification. Elle a pour effet objectif de rigidifier le canon ; elle a un effet subjectif d'identification des &#171; professeurs-philosophes &#187; au canon. Cette deuxi&#232;me dimension &#233;vite de se demander : qu'est-ce que la philosophie ? &#192; cette question, la canonisation apporte une r&#233;ponse imm&#233;diate : la philosophie c'est Platon, Descartes, Kant ; et est dit corr&#233;lativement &#171; philosophe &#187; &lt;i&gt;celui qui poss&#232;de&lt;/i&gt; ce bagage culturel. Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, une Inspectrice G&#233;n&#233;rale peut fixer les objectifs de l'ann&#233;e de Terminale pour l'&#233;l&#232;ve en ces termes : &#171; qu'il connaisse l'essentiel des &#8216;&#8216;grandes'' philosophies (Platon, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel). &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francine Best, &#171; T&#233;moignage &#187;, L'&#201;cole des philosophes, n&#176;1 : &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce rapport tot&#233;mique &#224; la culture induit par la canonisation devient le principe de l'identit&#233; philosophique. C'est ce que Bourdieu appelait la &#171; &lt;i&gt;philosophie objectiv&#233;e &lt;/i&gt; &#187;, dont il expliquait qu'elle &#171; s'impose comme une sorte de monde autonome &#224; ceux qui pr&#233;tendent entrer en philosophie et qui doivent non seulement la conna&#238;tre, en tant qu'&#233;l&#233;ment de culture, mais la reconna&#238;tre, en tant qu'objet de croyance (pr&#233;-r&#233;flexive), sous peine de s'exclure du champ philosophique. Tous ceux qui font profession de philosopher ont un int&#233;r&#234;t&lt;i&gt; de vie ou de mort en tant que philosophes&lt;/i&gt; &#224; l'existence de ce d&#233;p&#244;t de textes consacr&#233;s dont la ma&#238;trise plus ou moins compl&#232;te constitue l'essentiel de leur capital sp&#233;cifique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bourdieu, &#171; &#201;lements pour une critique &#8216;&#8216;vulgaire'' des critiques &#8216;&#8216;pures'' (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'enjeu n'est rien moins que l'identit&#233; du &lt;i&gt;corps&lt;/i&gt; philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Troisi&#232;mement, la canonisation est une entreprise de &lt;i&gt;totalisation&lt;/i&gt;. Elle a pour effets objectifs de d&#233;r&#233;aliser le canon et de mutiler la culture ; elle a un effet subjectif de routinisation et de pr&#233;cipitation pour les professeurs. Le refus d'abandonner l'ambition totalisante du canon explique en grande partie le c&#244;t&#233; d&#233;mentiel des programmes de philosophie. La totalisation est la derni&#232;re &#233;tape chronologique de la canonisation : elle correspond &#224; un effort consensuel pour &#233;tablir ce qu'il faut transmettre, d&#233;cision lourde que seuls des sages peuvent prendre. Apr&#232;s l'intronisation des novices et l'adh&#233;sion des membres, c'est la mission de perp&#233;tuation des experts. Or, Pierre Aubenque signale le dangereux biais de cette attitude : &#171; La tradition transmet et prolonge et, par-l&#224;, ach&#232;ve ; la tradition est ce qui prend la suite d'un commencement et par l&#224; supprime ce qu'il y avait de commen&#231;ant en lui ; la tradition ne &#8216;&#8216;s'&#233;tonne'' plus ; la tradition r&#233;sout l'aporie, alors que l'aporie est toujours v&#233;cue comme naissante... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Aubenque, Le Probl&#232;me de l'&#234;tre chez Aristote, Paris, PUF, 1962, p.506.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est pourquoi le canon entra&#238;ne une lecture r&#233;v&#233;rencieuse, ex&#233;g&#233;tique, bref liturgique, dont les pr&#233;suppos&#233;s r&#233;pondent &#224; une logique propre : &#171; assurer aux textes canoniques la fausse &#233;ternisation d'un embaumement rituel. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, M&#233;ditations pascaliennes, Paris, &#201;d. du Seuil, 1997, p.59.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Initiation, participation, embaumement rituel : de bout en bout le canon respecte son sens religieux litt&#233;ral. Les effets sont imm&#233;diats : comme le canon est n&#233;cessairement clos et limit&#233; &#8211; sinon ce n'est plus un canon &#8211;, on r&#233;p&#232;te souvent les m&#234;mes choses, c'est la &lt;i&gt;routinisation &lt;/i&gt; ; comme le canon est tout de m&#234;me ambitieux &#8211; sinon il serait partial &#8211;, on doit se pr&#233;cipiter pour parcourir tous les tr&#233;sors de l'humanit&#233; pensante, c'est la &lt;i&gt;pr&#233;cipitation&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est tentant de faire un jeu de mots entre le sens chimique de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les deux sont &#233;videmment li&#233;s : c'est parce qu'il faut se pr&#233;cipiter &#224; tout faire qu'on ne peut pas tant exp&#233;rimenter diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois propri&#233;t&#233;s dessinent le parcours d'une initiation : la sanctification permet l'intronisation des novices ; la r&#233;ification est le socle de l'adh&#233;sion des participants ; la totalisation forcl&#244;t la mission de perp&#233;tuation des experts. Cette initiation s'oppose &#224; la perspective &#233;mancipatrice d'une &lt;i&gt;formation&lt;/i&gt;. Ces trois propri&#233;t&#233;s induisent les trois ennemis de la formation : information comme dogme en lequel croire, formatage comme posture inculqu&#233;e, formalisme comme r&#232;gles et rep&#232;res &#224; adopter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III &#8211; Un exemple d'effet pervers : la dommageable densit&#233; des textes philosophiques scolairement &#171; utiles &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'on peut affirmer sans risque que le principe &#224; l'&#339;uvre dans le choix des extraits et &#339;uvres propos&#233;s aux &#233;l&#232;ves est celui-ci : &#171; comme ils ne liront que peu de textes, autant bien les choisir. &#187; Or, il me semble que ce bon sens p&#233;dagogique est aspir&#233; dans une spirale qui renverse toutes ses intentions. Les qualit&#233;s exig&#233;es des textes retenus sont autant d'indices objectivement r&#233;dhibitoires pour la cr&#233;ation d'un d&#233;sir de philosopher. (a) Unit&#233; probl&#233;matique du texte : comme si un texte philosophique ne pouvait pas serpenter, digresser, filer une id&#233;e jusqu'&#224; s'&#233;garer. Dans les extraits r&#233;currents, au sein des manuels scolaires, de S&#233;n&#232;que, Montaigne, Rousseau ou Marx on perd le meilleur de leur production, le sel de leur prose &#8211; qui les rend si charmants. Ainsi, faire croire aux &#233;l&#232;ves que Rousseau est &#224; l'image du &lt;i&gt;Contrat social&lt;/i&gt; (I, 6) est un biais culturel qui les &#233;loigne des bonheurs de lecture hautement philosophiques de l'&lt;i&gt;&#201;mile&lt;/i&gt; ou la &lt;i&gt;Nouvelle H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt;. Qui pourrait avoir le d&#233;sir de lire six cents pages de Rousseau apr&#232;s s'&#234;tre cass&#233; les dents sur les trente lignes o&#249; s'expose l'id&#233;e pure du &#171; probl&#232;me fondamental &#187; du contrat social ? (b) Densit&#233; du texte : il doit se passer quelque chose &#224; chaque ligne, comme si on ne pouvait pas lire de la philosophie avec le m&#234;me plaisir qu'on avale un roman. Comment leur faire comprendre que Marc-Aur&#232;le, Pascal ou Nietzsche peuvent aussi se lire n&#233;gligemment le soir avant de s'endormir, ou qu'un cours de Foucault s'avale avec gourmandise quitte &#224; rater les d&#233;tails &#8211; et y revenir plus tard ? (c) Articulation logique du texte : comme si toutes les lignes &#233;crites par des philosophes pouvaient supporter un niveau d'analyse parfaitement rationnel. Les &#233;l&#232;ves en viennent &#224; croire que chaque ligne de philosophie cache une inf&#233;rence soign&#233;e. La lecture scolaire de la philosophie est ici impr&#233;gn&#233;e de la finalit&#233; de l'examen : chaque texte est lu comme si on allait pouvoir en d&#233;gager une explication de texte. On leur fait alors subir un type de lecture qui convient peut-&#234;tre &#224; l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; de Spinoza ou &#224; un raisonnement d'Aristote ; mais rend-on justice &#224; la richesse des &#233;critures philosophiques en les passant au scanner de l'explication de texte ? (d) Repr&#233;sentativit&#233; du texte : comme si tout texte &#233;tait n&#233;cessairement situ&#233; dans des discussions rationnelles et pertinentes &#8211; &#171; voyez comme Aristote s'en prend &#224; Platon, comme Rousseau critique Hobbes ou comme Kant r&#233;pond &#224; Hume &#187;. Mais que faire du comique de la mauvaise foi, des d&#233;lires proprement personnels, des invectives irrespectueuses et des probl&#233;matiques proprement in&#233;dites ? Qu'on ne s'&#233;tonne pas de l'impression d'invincibilit&#233; des philosophes tels qu'ils sont pr&#233;sent&#233;s aux &#233;l&#232;ves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce portrait du mat&#233;riau philosophique en min&#233;ral pr&#233;cieux induit une impression d'illisibilit&#233; de la philosophie &#224; long terme chez les &#233;l&#232;ves. Le raisonnement est on ne peut plus logique de leur part : &#233;tant donn&#233; la p&#233;nibilit&#233; de la lecture des textes que le professeur me donne, jamais il ne me viendrait &#224; l'id&#233;e de lire un livre de philosophie tout seul et par moi-m&#234;me. Ainsi, en voulant leur montrer le meilleur, le plus beau, le plus pur de la philosophie, on ne fait que les d&#233;courager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif p&#233;dagogique de confrontation directe aux textes provoque un effet pervers en raison des principes de s&#233;lection des textes propos&#233;s &#224; la lecture : l'impression de complexit&#233; d&#233;courageante qui en r&#233;sulte ne para&#238;t servir rien d'autre que la logique n&#233;vrosante du canon intellectuel. La s&#233;lection des textes philosophiques contribue aussi fortement &#224; cr&#233;er l'impression de difficult&#233; ; or, loin d'&#234;tre intrins&#232;que &#224; la philosophie, une telle difficult&#233; est l'effet de la collusion entre d&#233;rives du canon et manque de temps. Faut-il faire croire aux &#233;l&#232;ves que la philosophie se lit comme &#231;a ? Quel amoureux de la philosophie lit les textes de philosophie de cette mani&#232;re, sinon pour se pr&#233;parer &#224; des examens ? La joie que j'&#233;prouve &#224; lire de la philosophie ne r&#233;side-t-elle que dans cette dimension parfaitement rationnelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le faux probl&#232;me du souci de transmission de la culture par l'&#201;cole r&#233;side dans cet &#233;chec inh&#233;rent &#224; tout savoir impos&#233; : par &#171; amour &#187; de la culture, on veut l'inculquer &#224; des esprits. Mais quelle priorit&#233; se d&#233;gage d'une telle intention : veut-on &#233;manciper les individus &#8211; la culture comme outil privil&#233;gi&#233; de lib&#233;ration &#8211; ou sauver la culture &#8211; prise comme fin en soi ? Dans ce dernier cas, les individus, supports vivants de la m&#233;moire collective, sont consid&#233;r&#233;s comme des moyens et non plus comme des fins. Mais quel int&#233;r&#234;t peut-il y avoir &#224; sauver Lucr&#232;ce, Rabelais ou Leibniz si c'est pour perdre la vitalit&#233; agissante qui &#233;tait l'essence m&#234;me de leur cr&#233;ation ? Qu'a-t-on sauv&#233; d'eux si on en a perdu l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;bastien Charbonnier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ne prendre qu'un exemple des &#233;ternels d&#233;bats sur les &#171; vrais &#187; philosophes, on retiendra ce propos d'un inspecteur g&#233;n&#233;ral de philosophie de la fin du XXe si&#232;cle : &#171; Pascal ne repr&#233;sente pas pour nous un philosophe au sens o&#249; Descartes ou Kant sont des philosophes. On a laiss&#233; Machiavel parce que si on l'avait &#244;t&#233;, on aurait cherch&#233; des raisons, mais Machiavel n'est pas un philosophe. &#187; &#8211; Jacques Muglioni ; cit&#233; par Bruno Poucet, &lt;i&gt;Enseigner la philosophie, 1860-1990&lt;/i&gt;, Paris, CNRS Editions, 1999, p.353, note 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bel effet de l'&#233;galitarisme au sein du g&#233;nial : pour ne pas heurter la sensibilit&#233; des d&#233;vots, on doit une r&#233;v&#233;rence identique &#224; chaque p&#233;riode de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Robert Curtius, &lt;i&gt;La Litt&#233;rature europ&#233;enne et le Moyen Age latin&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1986 &#61531;1948&#61533;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la constitution civile de Servius Tullius, &lt;i&gt;classici&lt;/i&gt; d&#233;signait les citoyens de premi&#232;res classes, suffisamment fortun&#233;s pour payer l'imp&#244;t. Les classiques formaient l'&#233;lite sociale. Curtius d&#233;veloppera dans une autre enqu&#234;te, &lt;i&gt;Besitz und Bildung&lt;/i&gt;, ce lien t&#233;nu entre la culture et la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. la mise en contexte historique du travail pionnier sur la canonisation par Christine de Gemeaux, &#171; Canon, arch&#233;types et m&#233;moire culturelle. E.-R. Curtius &#224; la recherche de sens au milieu du XXe si&#232;cle &#187;, &lt;i&gt;&#201;tudes Germaniques&lt;/i&gt;, 62e ann&#233;e/n&#176;3, juillet-septembre 2007, p.539-542.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple Michel Henry, &lt;i&gt;La Barbarie&lt;/i&gt;, Paris, Paris, Grasset, 1987 ; Jean-Fran&#231;ois Matt&#233;i,&lt;i&gt; La Barbarie int&#233;rieure : essai sur l'immonde moderne&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christine de Gemeaux, &lt;i&gt;art. cit&lt;/i&gt;., p.541. Le livre de Curtius contre une certaine &#171; p&#233;dagogie moderne &#187; est &lt;i&gt;Deutscher Geist in Gefahr&lt;/i&gt;, Stuttgart/Berlin, Deutsche Verlagsanstalt, 1932.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un indice parmi d'autres de ce repli : les auteurs &#171; non philosophes &#187; repr&#233;sentaient 26,5% des textes donn&#233;s au baccalaur&#233;at dans la troisi&#232;me &#233;preuve en 1972 jusqu'&#224; ne repr&#233;senter plus que 11,9% en 1995-1996. Cf. Louis Pinto, &lt;i&gt;La Vocation et le m&#233;tier de philosophe&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 2007, p.65-67 et p.74-76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francine Best, &#171; T&#233;moignage &#187;, &lt;i&gt;L'&#201;cole des philosophes&lt;/i&gt;, n&#176;1 : &#171; La philosophie et sa p&#233;dagogie &#187;, p.13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bourdieu, &#171; &#201;lements pour une critique &#8216;&#8216;vulgaire'' des critiques &#8216;&#8216;pures'' &#187;, post-scriptum de &lt;i&gt;La Distinction&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. de Minuit, 1979, p.580-581.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Aubenque, &lt;i&gt;Le Probl&#232;me de l'&#234;tre chez Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1962, p.506.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;M&#233;ditations pascaliennes&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 1997, p.59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est tentant de faire un jeu de mots entre le sens chimique de la pr&#233;cipitation, image suggestive de ce qu'est un canon &#8211; &#339;uvres &#171; solides &#187; cr&#233;&#233;es par la r&#233;action entre des g&#233;nies et leurs thurif&#233;raires avertis &#8211;, et la cons&#233;quence scolaire de pr&#233;cipitation dans le parcours de ce &lt;i&gt;pr&#233;cipit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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