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	<title>ACIREPh</title>
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		<title>ACIREPh</title>
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		<title>Des Q.C.M en philosophie ?</title>
		<link>https://www.acireph.org/les-pratiques/echanges-de-pratiques/article/des-q-c-m-en-philosophie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/les-pratiques/echanges-de-pratiques/article/des-q-c-m-en-philosophie</guid>
		<dc:date>2019-11-22T18:32:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Admin</dc:creator>


		<dc:subject>Activit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Explication de texte</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Connaissances</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Compte-rendu de l'atelier anim&#233; sur ce sujet lors des JE 2019 de l'acireph, en tenant compte des pr&#233;cieuses contributions des participants, que je remercie encore. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous parlons naturellement des Questionnaires &#224; Choix Multiples (QCM). &lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons par quelques objections courantes : &#171; Les QCM ne font pas r&#233;fl&#233;chir &#187; ; &#171; les QCM ne demandent pas de r&#233;daction &#187; ; &#171; en philosophie, aucune r&#233;ponse n'est vraie ou fausse, tout est discutable. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les QCM ne font pas r&#233;fl&#233;chir &#187;. C'est faux. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/les-pratiques/echanges-de-pratiques/" rel="directory"&gt;&#201;changes de pratiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/activites" rel="tag"&gt;Activit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/explication-de-texte" rel="tag"&gt;Explication de texte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/democratisation" rel="tag"&gt;D&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/connaissances" rel="tag"&gt;Connaissances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acireph.org/IMG/logo/arton194.png?1707424856' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='54' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compte-rendu de l'atelier anim&#233; sur ce sujet lors des JE 2019 de l'acireph, en tenant compte des pr&#233;cieuses contributions des participants, que je remercie encore.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons naturellement des Questionnaires &#224; Choix Multiples (QCM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par quelques objections courantes :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Les QCM ne font pas r&#233;fl&#233;chir &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; les QCM ne demandent pas de r&#233;daction &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; en philosophie, aucune r&#233;ponse n'est vraie ou fausse, tout est discutable. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les QCM ne font pas r&#233;fl&#233;chir &#187;&lt;/strong&gt;. C'est faux. Il serait certes possible de construire des QCM qui ne demandent qu'un simple rappel de connaissances, mais il est possible aussi d'en construire qui exigent de la d&#233;duction et de la finesse. Ainsi, par exemple, une des questions du concours Kangourou, un concours scolaire de math&#233;matiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://www.mathkang.org/default.html&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tomb&#233;e en 1997 pour les coll&#232;ges :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Cinq personnes sont assises autour d'une table ronde. Chacune affirme &#224; son tour : &#171; Mes deux voisins, de droite et de gauche, sont des menteurs &#187;. On sait que les menteurs mentent toujours et que quelqu'un qui n'est pas menteur dit toujours la v&#233;rit&#233;. De plus tout le monde conna&#238;t la v&#233;rit&#233; en ce qui concerne ses deux voisins. Combien y a-t-il de menteurs &#224; cette table ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A) 2 B) 3 C) 4 D) 5 E) On ne peut pas le savoir&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons que, &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt;, de telles questions sont envisageables en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; les QCM ne demandent pas de r&#233;daction &#187;&lt;/strong&gt;. C'est &#233;videmment vrai. Reste &#224; savoir &#224; quel point c'est une objection. Devons-nous admettre qu'il n'est pas d'activit&#233; philosophique sans r&#233;daction ? Si oui, les QCM ne peuvent avoir qu'un r&#244;le auxiliaire en philosophie. Ce n'est pas une raison pour en bannir l'utilisation. Par ailleurs, il est peut-&#234;tre regrettable que la r&#233;ussite en philosophie repose en si grande partie sur l'habilet&#233; &#224; r&#233;diger. La r&#233;daction se pr&#234;te aussi au bavardage st&#233;rile comme &#224; la simple restitution non r&#233;fl&#233;chie de connaissances, nous le savons bien. Tout en reconnaissant que la r&#233;daction est une dimension essentielle de l'activit&#233; philosophique, nous pouvons admettre que d'autres exercices et donc d'autres comp&#233;tences puissent y trouver leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; En philosophie, aucune r&#233;ponse n'est vraie ou fausse, tout est discutable &#187;&lt;/strong&gt; Cette 3&#232;me objection est discutable, comme elle l'indique elle-m&#234;me. Tout d&#233;pend des questions. Par ex, est-il coh&#233;rent avec la philosophie morale de Kant, d'autoriser le mensonge s'il peut am&#233;liorer le bonheur de la majorit&#233; ? Non. Il existe un certain consensus des sp&#233;cialistes de cet auteur pour affirmer que non, et c'est ce consensus qui est enseign&#233; &#224; l'universit&#233;. Il est donc possible de proposer des r&#233;ponses vraies et fausses sur ce genre de question. Passons maintenant aux questions discutables. J'utilise beaucoup les QCM pour l'analyse d'extraits de texte, en proposant diff&#233;rentes phrases plus ou moins coh&#233;rentes avec le texte. M&#234;me dans le cas o&#249; au moins deux phrases (donc deux choix possibles) seraient admissibles, le simple fait, pour l'&#233;l&#232;ve, de devoir choisir entre elles, &#233;ventuellement en discutant ses hypoth&#232;ses de lecture avec un.e camarade, constitue d&#233;j&#224; un exercice passionnant et tr&#232;s formateur. La discussion peut ensuite &#234;tre men&#233;e collectivement en justifiant les choix pr&#233;f&#233;rables et en expliquant les contresens &#233;ventuels. Nul besoin d'affirmer qu'une seule r&#233;ponse est correcte et les autres fausses. Il suffit d'indiquer une classement des phrases selon leur coh&#233;rence avec le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les avantages g&#233;n&#233;raux des QCM&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Comme les QCM sont rapides &#224; corriger, surtout en version num&#233;rique (voir en fin d'article pour quelques outils&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;j'utilise plickers, qui permet de r&#233;aliser des QCM en classe en scannant des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), on peut en donner beaucoup et proposer rapidement les bonnes r&#233;ponses. Or on sait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est une des lois les mieux v&#233;rifi&#233;es de la litt&#233;rature scientifique sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que les tests sont un moyen tr&#232;s efficace d'apprendre, surtout s'ils sont corrig&#233;s rapidement.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La n&#233;cessit&#233; de distinguer et de choisir entre plusieurs propositions souvent proches est susceptible de d&#233;velopper l'esprit de finesse.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'&#233;valuation d'un QCM, lorsqu'elle est pertinente (ce n'est pas toujours le cas), n'est pas aussi subjective que l'&#233;valuation d'un texte &#233;crit.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Dans certaines conditions, les QCM suscitent une implication extraordinaire des &#233;l&#232;ves. Il arrive de voir des &#233;l&#232;ves, qui semblaient auparavant peu int&#233;ress&#233;s, se passionner pour la d&#233;fense de &#171; leur &#187; r&#233;ponse &#224; un QCM. &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites g&#233;n&#233;rales et les points &#224; surveiller&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En philosophie, il me semble rarement pertinent d'utiliser les QCM comme simple outil d'&#233;valuation. Dans tous les cas, il faut commencer par des questions tr&#232;s faciles pour que les &#233;l&#232;ves soient mis en confiance. Les QCM peuvent effrayer certains &#233;l&#232;ves habitu&#233;s &#224; t&#226;tonner dans leurs &#233;crits. Les r&#233;sultats &#224; un QCM suscitent une impression de v&#233;rit&#233; qui rendent les &#233;checs encore plus difficiles &#224; accepter. Il est important d'indiquer les mauvaises r&#233;ponses, quand il y en a, rapidement, afin d'&#233;viter de les ancrer en m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction d'un QCM est une t&#226;che difficile pour laquelle l'exp&#233;rience est indispensable. Il faut tester les questions &#224; plusieurs reprises pour d&#233;tecter celles qui sont ambigu&#235;s ou qui pr&#234;tent &#224; confusion, et bien choisir les &#171; distracteurs &#187; (mauvaises r&#233;ponses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une premi&#232;re utilisation des QCM en philosophie : l'analyse d'extraits de textes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un premier exemple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique, on peut donner un tel QCM apr&#232;s la d&#233;couverte du texte par les &#233;l&#232;ves, texte cach&#233; si l'on veut solliciter en plus la m&#233;moire. Cela permettrait de pr&#233;parer une explication de texte. Mais donner les questions &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; la r&#233;daction d'une explication peut aussi &#234;tre int&#233;ressant pourvu que les &#233;l&#232;ves aient la possibilit&#233; de revenir sur leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
On pose la question de savoir si l'homme est par nature moralement bon ou mauvais. Il n'est ni l'un ni l'autre, car l'homme par nature n'est pas du tout un &#234;tre moral, il ne devient un &#234;tre moral que lorsque sa raison s'&#233;l&#232;ve jusqu'aux concepts du devoir et de la loi. On peut cependant dire qu'il contient en lui-m&#234;me &#224; l'origine des impulsions menant &#224; tous les vices, car il poss&#232;de des penchants et des instincts qui le poussent d'un c&#244;t&#233;, bien que la raison le pousse du c&#244;t&#233; oppos&#233;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Kant, &lt;i&gt;Trait&#233; de P&#233;dagogie&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Question possible : Une des phrases suivantes est en accord avec le texte. Laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'Homme par nature est moralement mauvais.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'Homme par nature est moralement bon.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'Homme par nature n'est pas moralement mauvais.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'Homme par nature ne poss&#232;de pas la Raison.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;La discussion avec la classe fera voir que :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; il n'est ni l'un ni l'autre &#187; &#233;limine les choix 1 et 2.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le choix 1 est souvent fait, et correspond &#224; un contresens fr&#233;quent dans les explications de textes, qui s'explique par une lecture h&#226;tive du texte.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les 2 occurrences du mot &lt;i&gt;raison&lt;/i&gt; indiquent que la raison est bien pr&#233;sente d&#232;s l'origine donc vraisemblablement dans l'Homme par nature. Mais la discussion soulignera que cette raison a besoin de &#171; s'&#233;lever &#187;, ce qui constituera un sujet de r&#233;flexion pour l'explication de texte.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le choix 3 est correct, mais on aurait pu y remplacer &#171; mauvais &#187; par &#171; bon &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple montre une mani&#232;re simple de construire les questions : il faut proposer des contresens possibles, et mettre en relation des expressions diff&#233;rentes du texte (ici : &#171; par nature &#187; et &#171; &#224; l'origine &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un deuxi&#232;me exemple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Voici en quoi nous diff&#233;rons des M&#233;gariques : notre sage est invincible &#224; toutes les disgr&#226;ces, mais il n'y est pas insensible, le leur ne les sent m&#234;me pas. Le point commun entre eux et nous, c'est que le sage se suffit : toutefois il d&#233;sire en outre les douceurs de l'amiti&#233;, du voisinage, du m&#234;me toit, bien qu'il trouve en soi assez de ressources. Il se suffit si bien &#224; lui-m&#234;me, que souvent une partie de lui-m&#234;me lui suffit, s'il perd une main par la maladie on sous le fer de l'ennemi. Qu'un accident le prive d'un &#339;il, il est satisfait de ce qui lui reste : mutilez, retranchez ses membres, il demeurera aussi serein que quand il les avait intacts. Les choses qui lui manquent, il ne les regrette pas ; mais il pr&#233;f&#232;re n'en pas &#234;tre priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;S&#233;n&#232;que &lt;i&gt;Lettre IX &#224; Lucilius&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sage que d&#233;crit S&#233;n&#232;que (&#171; notre sage &#187;) regretterait-t-il la perte d'un ami ?&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; oui, car il &#171; il d&#233;sire (...) les douceurs de l'amiti&#233; &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; oui, car il a besoin des &#171; douceurs de l'amiti&#233; &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; non, car il est &#171; insensible &#187; &#171; &#224; toutes les disgr&#226;ces &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; non, car &#171; les choses qui lui manquent, il ne les regrette pas &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Dans cette question, la difficult&#233; me semble &#234;tre de g&#233;n&#233;raliser l'exemple des membres mutil&#233;s &#224; tout ce qui peut manquer au sage, y compris les amis, alors que le terme &#171; choses &#187; peut sembler exclure les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le QCM est construit en croisant une proposition et ses justifications possibles. Il permet de souligner aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves qu'en philosophie, les raisons pour lesquelles on soutient une proposition sont parfois aussi importantes que la proposition elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un 3&#232; exemple : lecture de texte, ou contr&#244;le de connaissances&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces questions suivraient la lecture des &lt;i&gt;M&#233;ditations M&#233;taphysiques&lt;/i&gt; 1 et 2 de Descartes. Elle pourraient aussi arriver apr&#232;s un cours sur ce m&#234;me texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question 1 Dans ce texte, Descartes raconte qu'il avait d&#233;cid&#233; de douter de tout car :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; il pensait que la v&#233;rit&#233; n'existait pas ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; il voulait &#233;viter l'erreur ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; il &#233;tait certain qu'il &#233;tait en train de r&#234;ver ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; il &#233;tait devenu fou&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Question 2 M&#234;me s'il doute de tout, Descartes reconna&#238;t que :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; forc&#233;ment il est un &#234;tre humain&lt;/li&gt;&lt;li&gt; forc&#233;ment il a un corps qui existe&lt;/li&gt;&lt;li&gt; forc&#233;ment il pense&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les QCM comme contr&#244;le de connaissances&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exemples pr&#233;c&#233;dents peuvent &#234;tre convertis en contr&#244;le de connaissances, par exemple, la s&#233;ance suivante, ou m&#234;me pendant une s&#233;ance, pour r&#233;activer les notions &#233;tudi&#233;es auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple simple peut &#234;tre celui-ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question : dans la phrase : &#171; J'ai envie d'aller me promener, donc je veux trouver mes baskets &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;trouver mes baskets&lt;/i&gt; est une fin subordonn&#233;e et &lt;i&gt;aller me promener&lt;/i&gt; est une fin souveraine&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;aller me promener&lt;/i&gt; est une fin subordonn&#233;e et &lt;i&gt;trouver mes baskets&lt;/i&gt; est une fin souveraine&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Certains des &lt;i&gt;rep&#232;res&lt;/i&gt; du programme de 2003 se pr&#234;tent assez bien &#224; de pareilles questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions peuvent porter sur des sujets qui ne sont pas directement philosophiques, comme la logique. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question : le raisonnement suivant est-il valide ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Tout nombre divisible par 4 est divisible par 2&lt;br class='autobr' /&gt;
Or 13 n'est pas divisible par 4&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
Donc 13 n'est pas divisible par 2
&lt;/blockquote&gt;&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Oui&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Non&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et apr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'atelier se terminait par la r&#233;daction de questions possibles sur ce texte extrait du &lt;i&gt;Trait&#233; Th&#233;ologico-Politique&lt;/i&gt; de Spinoza :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
On pense que l'esclave est celui qui agit par commandement et l'homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n'est pas absolument vrai, car en r&#233;alit&#233; &#234;tre captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c'est le pire esclavage, et la libert&#233; n'est qu'&#224; celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la raison. Quant &#224; l'action par commandement, c'est- &#224;-dire &#224; l'ob&#233;issance, elle &#244;te bien en quelque mani&#232;re la libert&#233;, elle ne fait cependant pas sur-le-champ un esclave, c'est la raison d&#233;terminante de l'action qui le fait. Si la -n de l'action n'est pas l'utilit&#233; de l'agent lui-m&#234;me, mais de celui qui la commande, alors l'agent est un esclave, inutile &#224; lui-m&#234;me (. . . ). De m&#234;me les enfants, bien qu'ils soient oblig&#233;s d'ob&#233;ir &#224; tous les ordres de leurs parents, ne sont pas tenus pour esclaves, parce que les ordres des parents ont surtout pour but l'int&#233;r&#234;t des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re avoir convaincu le lecteur que les QCM ne m&#233;ritent pas le m&#233;pris dans lequel certains esprits, par manque d'imagination, les tiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Meyer, avec le concours des participants aux JE 2019 de l'acireph.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mathkang.org/default.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.mathkang.org/default.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;j'utilise &lt;a href=&#034;https://www.plickers.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plickers&lt;/a&gt;, qui permet de r&#233;aliser des QCM en classe en scannant des cartes-r&#233;ponses, mais il existe une multitude d'autres syst&#232;mes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est une des lois les mieux v&#233;rifi&#233;es de la litt&#233;rature scientifique sur l'apprentissage : voir par ex Roediger &amp; Karpicke, 2006 &lt;i&gt;Test-Enhanced Learning Taking Memory Tests Improves Long-Term Retention&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui sommes-nous ?</title>
		<link>https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/article/qui-sommes-nous</link>
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		<dc:date>2015-07-07T10:59:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Dissertation</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>IREPh</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Connaissances</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;sentation rapide de l'ACIREPh&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/" rel="directory"&gt;Pr&#233;sentation de l'ACIREPh&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/dissertation" rel="tag"&gt;Dissertation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/ireph" rel="tag"&gt;IREPh&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/connaissances" rel="tag"&gt;Connaissances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ACIREPh est une association de professeurs de philosophie ouverte &#224; tous les coll&#232;gues qui enseignent cette mati&#232;re, dans les &#233;tablissements publics ou priv&#233;s. Cr&#233;&#233;e en 1998, son but est de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'enseignement de la philosophie dans les lyc&#233;es, et de proposer des pistes pour une am&#233;lioration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre constat est en effet que, depuis de nombreuses ann&#233;es, l'enseignement de la philosophie tel qu'il est institu&#233; est difficilement praticable, ce qui contribue &#224; sa d&#233;t&#233;rioration. L'ACIREPh ouvre des d&#233;bats, diffuse des id&#233;es, des exp&#233;rimentations, et organise p&#233;riodiquement des rencontres o&#249; les professeurs de philosophie peuvent analyser en commun leurs difficult&#233;s, d&#233;couvrir ou confronter leurs pratiques, dans un esprit pluraliste, sans tabou, sans autoritarisme et sans pr&#233;tention &#224; d&#233;tenir ce qui serait LA v&#233;rit&#233; sur l'enseignement de la philosophie. En particulier, chaque ann&#233;e, nous organisons des Journ&#233;es d'&#233;tude sur un ou plusieurs th&#232;mes. Nous publions aussi une revue : &lt;i&gt;C&#244;t&#233;-Philo.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ACIREPh a le double souci de d&#233;fendre les exigences propres &#224; notre discipline, essentielle &#224; la formation de l'esprit critique, et de consid&#233;rer les &#233;l&#232;ves comme ils sont, pour une r&#233;elle efficacit&#233; p&#233;dagogique. Ce double souci anime les id&#233;es dont nous d&#233;battons :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Remplacer les programmes actuels de notions, infaisables car contenant en puissance un nombre ind&#233;fini de probl&#232;mes qu'aucun &#233;l&#232;ve ne peut ma&#238;triser, par des programmes plus d&#233;termin&#233;s : par exemple des programmes de probl&#232;mes.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Repenser les &#233;preuves du Baccalaur&#233;at, notamment pour les s&#233;ries technologiques. Pr&#233;ciser les attentes pour les diff&#233;rents types d'&#233;preuve, et sortir ainsi des &#233;ternelles discussions (notamment en commission d'entente du Bac) sur ce qui est formellement exig&#233; des &#233;l&#232;ves. Instituer des rapports de jurys diffus&#233;s &#224; tous.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Assurer de meilleures conditions pour les apprentissages : d&#233;doublement (notamment pour les s&#233;ries technologiques), travaux dirig&#233;s, diversification des pratiques et des exercices, etc. Limiter la place du cours magistral dans notre enseignement, en faveur d'un travail plus actif en classe de la part des &#233;l&#232;ves.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; R&#233;former l'enseignement de la philosophie dans les s&#233;ries technologiques, en repensant ses contenus, ses pratiques et ses exercices.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Commencer la philosophie d&#232;s la 1&#232;re, notamment pour la s&#233;rie Litt&#233;raire, et mettre ainsi en place un v&#233;ritable cursus permettant une progressivit&#233; ce qui &#171; donnerait de l'air &#187; &#224; un enseignement qui &#233;touffe dans l'&#233;troite ann&#233;e de Terminale sur laquelle p&#232;se l'examen final.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Dans le cadre d'une progressivit&#233; sur plusieurs ann&#233;es, introduire un v&#233;ritable apprentissage de l'argumentation philosophique.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_pour_la_cr%C3%A9ation_des_instituts_de_recherche_sur_l%27enseignement_de_la_philosophie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ACIREPh sur Wikip&#233;dia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
*****&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L' ACIREPh en six priorit&#233;s</title>
		<link>https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/article/l-acireph-en-six-priorites</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/article/l-acireph-en-six-priorites</guid>
		<dc:date>2015-07-06T08:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Acireph</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'ACIREPh, en 6 revendications.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/" rel="directory"&gt;Pr&#233;sentation de l'ACIREPh&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/acireph" rel="tag"&gt;Acireph&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; revenir aux programmes de probl&#232;mes, les seuls permettant de former s&#233;rieusement les &#233;l&#232;ves et de sortir de l'impasse du baccalaur&#233;at&lt;/li&gt;&lt;li&gt;diversifier les &#233;preuves, notamment pour les s&#233;ries technologiques&lt;/li&gt;&lt;li&gt;instituer une heure d&#233;doubl&#233;e d'enseignement &lt;i&gt;dans toutes les s&#233;ries &lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;enseigner la philosophie avant la Terminale&lt;/li&gt;&lt;li&gt;enseigner la philosophie dans les lyc&#233;es professionnels&lt;/li&gt;&lt;li&gt; mettre en place des IREPh, pour une vraie formation p&#233;dagogique et didactique des professeurs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre des programmes : pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-presentation-generale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-presentation-generale</guid>
		<dc:date>2013-08-15T09:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Sujets</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pr&#233;sentation de cette histoire, la s&#233;lection des textes et leur organisation est faite par Serge Cosp&#233;rec. Quelques mots &#224; ce sujet. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; je parle. Je suis professeur agr&#233;g&#233; de philosophie, j'ai &#233;t&#233; adh&#233;rent de l'APPEP (une dizaine d'ann&#233;es). Je me suis int&#233;ress&#233; &#224; l'enseignement de la philosophie, &#224; son histoire et ses r&#233;formes &#224; partir de 1990 (avec le projet Derrida-Bouveresse). De 1998 &#224; 2002, j'ai &#233;t&#233; responsable du Groupe Philosophie du SNES o&#249; j'ai poursuivi l'important travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;La guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/sujets" rel="tag"&gt;Sujets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La pr&#233;sentation de cette histoire, la s&#233;lection des textes et leur organisation est faite par Serge Cosp&#233;rec. Quelques mots &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; je parle. Je suis professeur agr&#233;g&#233; de philosophie, j'ai &#233;t&#233; adh&#233;rent de l'APPEP (une dizaine d'ann&#233;es). Je me suis int&#233;ress&#233; &#224; l'enseignement de la philosophie, &#224; son histoire et ses r&#233;formes &#224; partir de 1990 (avec le projet Derrida-Bouveresse). De 1998 &#224; 2002, j'ai &#233;t&#233; responsable du Groupe Philosophie du SNES o&#249; j'ai poursuivi l'important travail de r&#233;flexion initi&#233; par mes pr&#233;d&#233;cesseurs. La bataille autour des programmes Renaut a &#233;t&#233; fatale. Le SNES, apr&#232;s les avoir soutenus, a d&#251; se r&#233;soudre &#224; abandonner la r&#233;forme ; les pol&#233;miques divisaient trop profond&#233;ment ses adh&#233;rents dont la majorit&#233; jusque-l&#224; progressiste a rejoint la coalition des opposants &#224; la r&#233;forme. J'ai alors quitt&#233; le Groupe Philo du SNES et rejoint l'ACIREPh dont je suis toujours adh&#233;rent. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire racont&#233;e ici est faite par un acteur engag&#233;. Je ne pr&#233;tends pas &#224; l'improbable impartialit&#233; de l'observateur. Il existe une &#171; histoire officielle &#187; de cette p&#233;riode, faite par les conservateurs, bien peu respectueuse des faits ; elle nourrrit la m&#233;moire fantasmatique de la corporation. Chacun pourra consulter ici les &#233;l&#233;ments occult&#233;s ou d&#233;form&#233;s par &#171; l'histoire officielle &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre des programes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-1' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 1 : 1975 - 1984 : Les &#201;tats g&#233;n&#233;raux de la philosophie et la naissance du GREPh&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 2 : 1985 - 1990 : Le Rapport Derrida - Bouveresse - les d&#233;bats et pol&#233;miques&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 3 : 1991 - 1992 : Le projet de programmes du GTD pr&#233;sid&#233; par Jean-Marie Beyssade&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 4 : 1994 - 1998 : Le projet de programmes du GTD pr&#233;sid&#233; par Lucien et Dagognet&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-5' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 5 : 1998 - 2002 : Les programmes Renaut : des premiers d&#233;bats &#224; leur liquidation&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Acte 6 : 2002 - 2004 : Restauration et glaciation : les programmes Fichant-Kambouchner &#8212; &#192; venir&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour une histoire critique de l'enseignement philosophique&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La discipline qui se targue d'&#234;tre la plus consciente et la plus critique de toutes est aussi celle qui se r&#233;v&#232;le &#224; peu pr&#232;s toujours, en pratique, la plus conservatrice et la plus imperm&#233;able &#224; toute id&#233;e de r&#233;forme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;
Jacques Bouveresse
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enseignement de philosophie ne s'est jamais remis de la r&#233;forme de 1973 dont les principes continuent de r&#233;gir les programmes fran&#231;ais de philosophie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e un certain nombre de sujets de baccalaur&#233;at d&#233;concertent &#233;l&#232;ves et enseignants. Chaque ann&#233;e les correcteurs r&#233;unis en commissions d'&#233;valuation des copies d&#233;sesp&#232;rent : la majorit&#233; des copies ne r&#233;pondent pas aux attentes de l'&#233;preuve de philosophie comme en t&#233;moigne les moyennes obtenues m&#234;me apr&#232;s une harmonisation indulgente des notes. Les m&#234;mes explications reviennent sans cesse incriminant la l'effondrement du niveau des &#233;l&#232;ves, le d&#233;litement de la soci&#233;t&#233; et de l'&#233;cole. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces explications emp&#234;chent de reconna&#238;tre que l'origine du mal est ailleurs : dans la nature des programmes qui, depuis 1973, se refusent &#224; d&#233;terminer les probl&#232;mes que doivent &#233;tudier les &#233;l&#232;ves. La r&#233;forme de 1973 institue en effet une rupture majeure avec les programmes ant&#233;rieurs :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le classique programme de &#171; questions &#187; est remplac&#233; par un programme de &#171; notions &#187; laissant au professeur la libert&#233; d'&#233;laborer les &#171; probl&#232;mes &#187; de son choix auxquelles celles-ci seront artificiellement rattach&#233;es ; libert&#233; inou&#239;e et in&#233;dite d'inventer un programme de son cr&#251; et autant de programmes &#224; l'arriv&#233;e qu'il y a d'enseignants.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la liste des oeuvres est remplac&#233;e par une liste d'auteurs (toujours plus extensive) offrant &#224; chaque professeur la possibilit&#233; de piocher des textes dans la quasi-totalit&#233; du corpus philosophique, au moins occidental et le plus souvent tr&#232;s continental. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la r&#233;forme de 1973 s'accompagne aussi d'une doctrine de l'enseignement (&#233;labor&#233;e conjointement par l'Inspection G&#233;n&#233;rale de l'&#233;poque et l'APPEP) qui d&#233;cr&#232;te que chaque professeur de philosophie est d&#233;sormais un &#171; philosophe &#187;, et se doit de l'&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis ces changements, on constate que les &#233;l&#232;ves sortent du lyc&#233;e sans acqu&#233;rir la moindre culture philosophique, cette culture constitu&#233;e par la connaissance des probl&#232;mes classiques de philosophie dont l'&#233;tude constituait l'objet m&#234;me d'une classe de philosophie jusque dans les ann&#233;es 60. Plus personne ne peut dire ce qu'un &#233;l&#232;ve de classe de philosophie est cens&#233; savoir au terme d'une ann&#233;e de philosophie, en dehors de formules creuses du type &#171; il apprend &#224; r&#233;fl&#233;chir &#187;, &#171; &#224; penser &#187;, il apprend la &#171; libert&#233; &#187;, etc. ; ce que le vacuit&#233; philosophique sid&#233;rale des copies du bac atteste&#8230; sans que les &#233;l&#232;ves y soient pour rien, pr&#233;cisons-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi consiste la rupture ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1973, il va de soi que le professeur de philosophie traite de &#171; questions &#187; de philosophie et n'a d'autre libert&#233; que celle de l'ordre dans lequel il les traite. Ces &#171; questions &#187; renvoient &#224; des probl&#232;mes notoirement reconnus comme tels, c'est-&#224;-dire ceux que les philosophes ont &#233;labor&#233; dans leurs &#339;uvres et qui constituent l'histoire de la philosophie. L'&#233;tude des &#171; questions &#187; (ou &#171; notions &#187; si l'on veut) est subordonn&#233;e au texte des Auteurs et le &#171; philosopher &#187; &#224; l'histoire de la philosophie. Il ne viendrait &#224; l'id&#233;e d'aucun professeur de se prendre pour un &#171; philosophe &#187; et d'ajouter ainsi son nom &#224; la liste des Auteurs. La r&#233;forme de 1973 renverse cette logique : le professeur de philosophie devenu &#171; Philosophe &#187; a &#171; le devoir de penser devant sa classe &#187; r&#233;p&#232;tent en ch&#339;ur Inspection G&#233;n&#233;rale et APPEP. L'&#233;tude des Auteurs est subordonn&#233;e &#224; celle &#171; notions &#187; (le terme &#171; question &#187; a symptomatiquement disparu) qui l'est elle- m&#234;me au &#171; philosopher &#187; du professeur. En effet, c'est au Ma&#238;tre de Philosophie de penser et d'&#233;laborer sa &#171; probl&#233;matique &#187; o&#249; viendront s'ordonner les notions, les auteurs et l'histoire de la philosophie. Ce qui signifie concr&#232;tement, que puisant ad libitum dans le catalogue des &#034;Notions-du- Programme&#034;, le Ma&#238;tre de Philosophie y pr&#233;l&#232;ve de quoi fabriquer astucieusement une &#034;probl&#233;matique&#034; qu'il feint de d&#233;couvrir et d'&#233;tudier rationnellement en pensant, magistralement, &#171; devant ses &#233;l&#232;ves &#187; ; c'est la &#171; Le&#231;on &#187;, mod&#232;le p&#233;dagogique unique aussit&#244;t impos&#233; &#224; tous ; et l'Inspection y veille. La r&#233;forme de 1973 s'accompagne, rel&#232;ve le GREPH, d'une nouvelle compr&#233;hension de la &#171; libert&#233; &#187; du professeur qui &#171; l'autorise &#224; qualifier d'&#034;&#233;tude de notion&#034; un monologue magistral proc&#233;dant d'amalgames syncr&#233;tiques et de juxtaposition rhapsodique de th&#232;mes disparates et de r&#233;f&#233;rences h&#233;t&#233;rog&#232;nes [&#8230;] o&#249; se combinent fictivement les champs s&#233;mantiques et les contextes, faisant arbitrairement abstraction s&#233;lective, pour les besoins de la &#034;probl&#233;matique&#034;, des situations de communication et des domaines d'usage pertinent du langage &#187;. Le souci qui gouvernait la r&#233;forme de 1973, &#233;tait certes, l&#233;gitime : &#233;viter que un enseignement r&#233;duit &#224; des &#171; questions de cours &#187; poussant les &#233;l&#232;ves &#224; apprendre des r&#233;sum&#233;s doctrinaux, &#224; l'exemple de ce que l'on pouvait trouver dans les manuels en usage (comme le Cuvillier, le Mury &amp; Oriol, le Vergez Huisman). Mais, c'&#233;tait se tromper le diagnostic et le moyen d'y rem&#233;dier. Tout enseignement peut tourner &#224; la revue doctrinale y compris avec un programme de notions. Ce n'est pas l'&#233;tude des probl&#232;mes classiques de philosophie qui en en &#233;tait en soi la cause, mais bien la mani&#232;re dogmatique de pratiquer les programmes et l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesurons bien la diff&#233;rence institutionnelle introduite par la r&#233;forme de 1973. De 1902 &#224; 1960, la formule en t&#234;te des programmes est la suivante : &#171; l'ordre et les divisions du programme n'encha&#238;nent pas la libert&#233; du professeur ; il suffit que les questions qui y figurent soient toutes trait&#233;es &#187;. &#192; partir de 1973, elle devient : &#171; L'&#233;tude des notions est toujours d&#233;termin&#233;e par des probl&#232;mes philosophiques dont le choix et la formulation sont laiss&#233;s &#224; l'initiative des professeurs. Les notions qui figurent sous chacun des titres indiquent non pas des chapitres successifs, mais des directions dans lesquelles la recherche et la r&#233;flexion sont invit&#233;es &#224; s'engager. &#187; Un non-programme corr&#233;lat de l'ahurissante libert&#233; programmatique. Avant 1973, les professeurs ont la libert&#233; de l'ordre de traitement des questions. C'est bien de cette libert&#233; que met en avant la circulaire de 1925 (dite &#171; Instructions &#187; d'Anatole de Monzie) qui accompagne des programmes de questions de 1923 : &#034;Le professeur est libre de sa m&#233;thode comme de ses opinions&#034;. Il est clair qu'il s'agit de libert&#233; m&#233;thodologique. Le texte distingue d'ailleurs, tr&#232;s explicitement, d'une part, &#034;La m&#233;thode&#034;, et, d'autre part, &#034;La mati&#232;re de l'enseignement&#034;, &#224; propos de laquelle il n'est aucunement fait mention de la &#034;libert&#233;&#034; du professeur. Cette libert&#233; de m&#233;thode et d'opinion n'est pas libert&#233; d&#233;cider arbitrairement du programme, c'est la libert&#233; acad&#233;mique (ou doctrinale : le professeur est libre de ses r&#233;f&#233;rences et conclusions) et la libert&#233; p&#233;dagogique (ou didactique, le choix de la m&#233;thode d'enseignement). La libert&#233; du professeur n'a jamais &#233;t&#233; une libert&#233; programmatique parce que c'est incompatible avec un enseignement scolaire. Et c'est pourtant cette libert&#233; d'inventer soi-m&#234;me son programme qui est donn&#233; par la r&#233;forme de 1973 et son commentaire par l'Inspection et l'APPEP. Disposition &#244; combien d&#233;sastreuse. La liste de notions devient cette suite de &#171; mots &#187; interpr&#233;tables selon la complexion intellectuelle de chaque professeurs, voire de ses marottes. Le &#034;programme de notions&#034; &#233;quivaut, de fait, &#224; une absence totale de programme. La cons&#233;quence en est qu'il y a autant d'enseignements scolaires dits de &#034;philosophie&#034; (parfaitement h&#233;t&#233;rog&#232;nes et disparates quant au &#034;contenu&#034;) qu'il y a d'enseignants. L'al&#233;atoire des &#233;preuves du baccalaur&#233;at. Les r&#233;percussions sur la validit&#233; nationale et la cr&#233;dibilit&#233; de l'examen final sont imm&#233;diates : le baccalaur&#233;at est devenu impr&#233;parable (rien n'est exclu, tout sujet est possible) et les &#233;l&#232;ves en sont r&#233;duits chaque ann&#233;e &#224; esp&#233;rer un miracle : qu'un des trois sujets qui &#171; tombent &#187; ne soit pas trop &#233;loign&#233; des probl&#233;matiques librement choisies et invent&#233;es par son professeur. L'al&#233;atoire n'est pas la notation (comme le croient les &#233;l&#232;ves) mais dans la rencontre entre ce qui a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; pendant l'ann&#233;e et les sujets de l'examen, un programme de &#171; notions &#187; ne circonscrivant rigoureusement rien. Les critiques de l'&#233;preuve de philosophie - la &#171; loterie du bac &#187; dira m&#234;me un Ministre &#8211; deviennent r&#233;currentes et fragilisent la philosophie (est-ce un complet hasard si deux ans apr&#232;s l'adoption de cette r&#233;forme une nouvelle r&#233;forme pr&#233;voit de faire glisser la philosophie en 1&#232;re et de la rendre optionnelle en Terminale ?). La dissertation impossible. La dissertation, &#171; invent&#233;e &#187; sous la Troisi&#232;me R&#233;publique pour en finir avec les questions de cours, devient impraticable. Disserter sur un probl&#232;me que l'on conna&#238;t est possible ; disserter sur un probl&#232;me que l'on d&#233;couvre le jour du baccalaur&#233;at, sans connaissance particuli&#232;re des attendus et pr&#233;suppos&#233;s, des enjeux, des th&#232;ses possibles, etc., est strictement impossible. La fiction du &#171; penser par soi-m&#234;me &#187; entretient l'illusion - p&#233;dagogiste pour le coup - qu'un &#233;l&#232;ve pourrait traiter n'importe quel sujet en toute ignorance de cause. L'&#233;l&#232;ve est suppos&#233; dou&#233; d'une facult&#233; de r&#233;flexion, absolument autonome, &#233;ternelle, impersonnelle et capable de s'exercer spontan&#233;ment sur n'importe quel sujet. Le mot d'ordre de la p&#233;dagogie officielle est devenu : &#171; apprendre &#224; philosopher &#187; sans philosophie ni philosophes, c'est-&#224;-dire &#171; apprendre &#224; apprendre &#187; sans rien apprendre. La dissertation a donc aussi chang&#233; de nature : d'exercice de r&#233;flexion sur un probl&#232;me connu parce que classique (&#233;tudi&#233; dans les classes), elle est devenue exercice de pure invention, exercice de &#171; philosopher &#187; hors sol avec le succ&#232;s que l'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tentative de r&#233;forme et r&#233;action corporatiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t les professeurs de philosophie mesurent les impasses de ce type de programme. Ren&#233; Poirier (alors membre de l'Institut, professeur &#224; la Sorbonne) s'inqui&#232;te du changement intervenu depuis &#224; peine deux ans :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; ce qu'on nous demande trop souvent, en ce moment, c'est de maintenir, et m&#234;me d'accro&#238;tre autoritairement les horaires de philosophie, en laissant aux enseignants toute libert&#233; d'y enseigner ce qui leur plait &#187; (...) Autrefois, en classe de philosophie, on &#233;tudiait dans un fran&#231;ais normal, un ensemble de probl&#232;mes d&#233;finis, on acqu&#233;rait un ensemble de connaissances, ouvrant aux &#233;l&#232;ves un univers presque neuf, celui de l'exp&#233;rience du moi, de l'esprit en g&#233;n&#233;ral, et aussi du Monde. C'est sur cette base concr&#232;te, et non &#224; vide, que se formait le jugement et que se r&#233;v&#233;lait le sens des choses et de la vie humaine (&#8230;) Au bout de quoi, m&#234;me avec un professeur moyen, on sortait avec un acquis positif, on savait quelque chose, on avait parfois des curiosit&#233;s et m&#234;me des inqui&#233;tudes philosophiques. (&#8230;) il ne s'agit plus d&#233;sormais d'acqu&#233;rir de vulgaires connaissances (&#8230;) mais de former l'homme, de le pr&#233;parer &#224; son engagement vital et social, de d&#233;finir son attitude en face du monde et de l'existence, de faire l'apprentissage de la libert&#233; et de prendre conscience du sens de la vie humaine, en d&#233;veloppant avant tout l'esprit critique (&#8230;) Et assur&#233;ment la philosophie est aussi cela et qui n'accepterait ces formules, un peu emphatiques d'ailleurs, pour mon go&#251;t ? (&#8230;) Je constate que, sans contester int&#233;rieurement, j'imagine, la valeur des connaissances concr&#232;tes, objectives et durables, et qui doivent &#234;tre enseign&#233;es, ils les passent sous silence et mettent l'accent presque uniquement sur ce qui peut &#234;tre dialogu&#233;, sur le sens de la vie, c'est-&#224;-dire la vie humaine et sociale, sur l'engagement social, la remise en cause des valeurs, etc. Par ailleurs, ils passent &#233;galement sous silence le fait qu'on ne peut pas apprendre &#224; bien juger sans d'abord apprendre quelque chose de r&#233;el, qu'on ne forme pas l'esprit par une critique ou une discussion &#224; vide, et qu'il faut s'appuyer sur des connaissances de faits pr&#233;cis et objectifs, qu'il faut apprendre avant de juger. Cela va sans dire, objectera-t-on. Cela irait mieux encore en le disant. (&#8230;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Intervention de Henri Poirier devant la Soci&#233;t&#233; Fran&#231;aise de Philosophie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Toujours en 1975, Jacques Derrida interroge : &#171; Au lieu de se cramponner &#224; la &#171; d&#233;fense-de-la-philosophie &#187; ou de se r&#233;signer &#224; telle &#171; mort-de-la-philosophie &#187; pour servir dans les deux cas, avec le m&#234;me pathos, les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, ne faut-il pas travailler &#224; imposer, de fa&#231;on audacieuse et offensive, de nouveaux programmes, de nouveaux contenus, de nouvelles pratiques ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La r&#233;forme Haby &#187;, paru dans Le Monde de l'&#233;ducation, n&#176; 4, mars 1975.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &#201;tats G&#233;n&#233;raux de la philosophie organis&#233;s en 1977 dressent un tableau critique de l'enseignement de philosophie. Et les critiques ne cesseront de s'amplifier. Dans les ann&#233;es 80 et 90, de nombreux projets de r&#233;forme voient le jour mais se heurtent &#224; une r&#233;action conservatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action conservatrice est d'abord le fait de l'Inspection de philosophie qui dans les ann&#233;es 80-90 devient partisane et sectaire. Pour conserver des programmes de &#171; notions &#187;, elle &#233;labore une doctrine de l'enseignement tout &#224; fait in&#233;dite fond&#233;s sur quelques slogans (&#171; le professeur est l'auteur de son cours &#187;, &#171; tout cours est une le&#231;on &#187;, etc.). Elle se pr&#233;sente comme l'ultime &#171; rempart &#187; d'un enseignement &#171; authentiquement philosophique de la philosophie &#187; (sic) et s'appuie tactiquement sur l'APPEP (qui d&#233;fend aussi la position conservatrice). L'Inspection encourage en coulisse la &#171; r&#233;sistance &#187; des professeurs &#224; toute r&#233;forme, jouant du corporatisme et des traumatismes, encore forts dans la profession, li&#233;s aux rares tentatives de suppression de l'enseignement de philosophie. Le &#171; complexe de la citadelle assi&#233;g&#233;e &#187; - pour reprendre l'expression de Jean-Jacques Rosat - envahit la corporation et la pousse dans une opposition violente &#224; toute proposition de r&#233;novation de l'enseignement de philosophie. L'Inspection, ses affid&#233;s et l'APPEP traitent de &#171; fossoyeur de la discipline &#187; tout professeur &#233;mettant des doutes sur l'inimitable perfection du mod&#232;le fran&#231;ais &#8211;pourtant r&#233;cent - d'enseignement de la philosophie ; tout professeur critiquant publiquement les faiblesses de la classe de philo est d&#233;sign&#233; &#224; la vindicte corporatiste comme un tra&#238;tre. Telle est la r&#233;alit&#233;, de ce que l'on pourrait appeler, r&#233;trospectivement, les &#171; ann&#233;es de plomb &#187;. Dans cette p&#233;riode, nombreux seront les enseignants p&#233;nalis&#233;s pour avoir refus&#233; le dogme corporatiste et son unique pens&#233;e : la &#171; d&#233;fense-de-la-classe-de-philosophie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Doctrine officieuse et invention de la &#171; Novlangue &#187; Le r&#233;visionnisme historique du front conservateur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces deux d&#233;cennies (1983-2003), le front conservateur soutenu par une Inspection g&#233;n&#233;rale qui a verrouill&#233; ses propres troupes combat violemment toutes les projets de r&#233;formes : les propositions de Derrida-Bouveresse, l'avant-projet de Beyssade, le programme Renaut. L'Inspection se pose en gardienne du Temple : elle en b&#226;tit les murs en th&#233;orisant une doctrine p&#233;dagogique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette doctrine est analys&#233;e dans le Manifeste pour l'enseignement de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'abord officieuse, puis officielle avec les programmes 2003 r&#233;ussissant &#224; faire croire que l'enseignement &#171; authentiquement philosophique &#187; de la philosophie a toujours &#233;t&#233; celui qu'elle dit &#234;tre mais qu'il n'a jamais &#233;t&#233;. Les professeurs de philosophie, souvent peu au fait de l'histoire de leur discipline, souscrivent au nouveau credo d&#233;cr&#233;tant que, d&#233;sormais et depuis toujours, &#171; la philosophie est &#224; elle-m&#234;me sa propre p&#233;dagogie &#187; (sic). L'Inspection et l'APPEP r&#233;&#233;crivent le dictionnaire : un &#171; authentique &#187; professeur de philosophie devra gommer de son langage des mots comme : &#171; p&#233;dagogie &#187;, &#171; apprentissage &#187;, &#171; progressivit&#233; &#187;, &#171; philosophie en premi&#232;re &#187;, &#171; atelier de philosophie &#187;, &#171; didactique &#187;, etc. ; d'autres mots changent de sens : &#171; cours &#187; = &#171; le&#231;on &#187;, &#171; exercice philosophique &#187; = &#171; dissertation &#187;, &#171; &#233;tude de texte &#187; = &#171; dissertation sur texte &#187; ; le souci de l'&#171; &#233;l&#233;mentaire &#187; devient souci de l'immersion directe de l'&#233;l&#232;ve dans &#171; l'&#233;l&#233;ment &#187;, comme dirait B. Bourgeois, sans m&#233;diation aucune ; de la circulaire minist&#233;rielle de 1925, sont occult&#233;s tous les passages relatifs au &#171; tact p&#233;dagogique &#187;, &#224; la critique des &#171; le&#231;ons &#187; devant un &#171; auditoire passif &#187;, &#224; la n&#233;cessit&#233; de rendre la philosophie &#171; accessible &#224; la moyenne des esprits &#187; et d'ancrer, le cas &#233;ch&#233;ant, la r&#233;flexion &#171; dans les questions d'actualit&#233; &#187; (sic !). Contre toute &#233;vidence, on affirme - pour les besoins de la cause antip&#233;dagogique - la doctrine de l'&#171; unit&#233; &#187; de la philosophie, comprenons de ses contenus et de ses pratiques, sorte de &lt;i&gt;philosophia perennis&lt;/i&gt; doubl&#233;e d'une &lt;i&gt;paedagogia unica&lt;/i&gt; (celle de la &#171; Le&#231;on- Dissertation &#187;), qui permet de combattre efficacement toutes les tentatives de penser les conditions d'un enseignement la philosophie destin&#233; &#224; tous, et notamment dans les s&#233;ries technologiques et professionnelles. Dans ces derni&#232;res, l'Inspection G&#233;n&#233;rale s'est appliqu&#233;e &#224; &#233;touffer les &#171; exp&#233;rimentations &#187; initi&#233;e par un Recteur (M. Bloch) et que portaient des professeurs et de rares IPR &#8211; dissidents - ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'enseignement de philosophie est &#233;galement &#171; r&#233;vis&#233; &#187;. Les professeurs sont entretenus une vision mythique de ce qu'aurait &#233;t&#233;, &#224; en croire l'Inspection, l'enseignement de philosophie. La figure d'Alain pensant devant ses &#233;l&#232;ves, est ressortie opportun&#233;ment et devient un mod&#232;le (et on se garde bien de rappeler les s&#233;v&#232;res jugements de l'Inspection &#224; son encontre). Le souci de l'exactitude historique s'efface devant celui, corporatiste, de la l&#233;gende qu'il faut entretenir &#224; des fins id&#233;ologiques. Les articles de foi de la doctrine officieuse sont r&#233;p&#233;t&#233;s compulsivement &#224; chaque r&#233;union de professeurs - en exercice et en formation initiale - par la plupart des inspecteurs, et quelques pr&#234;tres z&#233;l&#233;s et n&#233;o-convertis de la nouvelle croyance jusqu'&#224; faire oublier ce que fut r&#233;ellement l'enseignement de philosophie, son histoire, ses d&#233;bats et &#224; rendre impossible, de ce fait, l'imagination de ce qu'il pourrait encore &#234;tre ou devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une histoire critique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de philosophie au lyc&#233;e est en crise, tout le monde le reconna&#238;t. Mais les r&#233;criminations, le ressentiment et les discours de d&#233;ploration n'y feront rien. L'enseignement de philosophie sera sauv&#233; qu'&#224; la condition de rompre avec les &#171; ann&#233;es de plomb &#187; et d'&#234;tre repens&#233; dans son programme, ses pratiques, ses &#233;preuves. La virulence des d&#233;bats sur n'importe quel projet de r&#233;forme, la dramatisation des questions p&#233;dagogiques ont emp&#234;ch&#233; toute r&#233;flexion sereine sur les transformations n&#233;cessaires et possibles. L'histoire &#171; officielle &#187; sert d'&#233;touffoir aux d&#233;bats au nom d'une &#171; tradition &#187; invent&#233;e de toute pi&#232;ce et qu'il faudrait d&#233;fendre. C'est pourquoi l'IREPh se propose ici de restituer &#224; la m&#233;moire collective les &#233;l&#233;ments qui pourraient nourrir une philosophie critique de l'enseignement de philosophie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Intervention de Henri Poirier devant la Soci&#233;t&#233; Fran&#231;aise de Philosophie, s&#233;ance du 26 Avril 1975 disponible sur le site de la SFP et ici (cf. acte 1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La r&#233;forme Haby &#187;, paru dans Le Monde de l'&#233;ducation, n&#176; 4, mars 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette doctrine est analys&#233;e dans le &lt;a href='https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/article/manifeste-pour-l-enseignement-de-la-philosophie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Manifeste pour l'enseignement de la philosophie&lt;/a&gt;, consultable sur notre site&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les fautes de raisonnement des intellectuels patent&#233;s</title>
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		<dc:date>2009-01-28T11:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Durant le colloque , un atelier a &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; l'&#233;tude des fautes de raisonnement, dont la typologie a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e depuis Les r&#233;futations sophistiques d'Aristote jusqu'au Syst&#232;me de logique de Stuart Mill, en passant par L'art de penser d'Arnaud et Nicole. Ces fautes, qu'on les nomme sophismes, paralogismes, ou en anglais &#171; fallacies &#187; ne se r&#233;duisent pas, loin de l&#224;, &#224; des manquements aux r&#232;gles formelles de la d&#233;duction. L'&#233;ventail en est infiniment plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/les-pratiques/la-question-de-l-argumentation/" rel="directory"&gt;La question de l'argumentation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Durant le colloque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Colloque de l'ACIREPh &#171; Apprendre &#224; raisonner &#187; des 23 et 24 octobre 2004&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , un atelier a &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; l'&#233;tude des fautes de raisonnement, dont la typologie a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e depuis Les &lt;i&gt;r&#233;futations sophistiques&lt;/i&gt; d'Aristote jusqu'au &lt;i&gt;Syst&#232;me de logique&lt;/i&gt; de Stuart Mill, en passant par &lt;i&gt;L'art de penser&lt;/i&gt; d'Arnaud et Nicole. Ces fautes, qu'on les nomme sophismes, paralogismes, ou en anglais &#171; fallacies &#187; ne se r&#233;duisent pas, loin de l&#224;, &#224; des manquements aux r&#232;gles formelles de la d&#233;duction. L'&#233;ventail en est infiniment plus large et leur &#233;tude rel&#232;ve de ce que les Anglo-Saxons appellent &#171; informal logic &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participants &#224; l'atelier ont convenu que l'&#233;tude de ces fautes serait des plus pr&#233;cieuses pour les &#233;l&#232;ves, et que nous-m&#234;mes &#233;tions souvent incapables, au pied lev&#233;, de les rep&#233;rer, de les analyser et de les rapporter &#224; un principe g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons le faux dilemme, qui consiste &#224; enfermer un choix entre deux termes, alors qu'il en existe d'autres ; la confusion entre la cause et la cons&#233;quence , inversion que Rousseau reproche &#224; Aristote, s'agissant de savoir si les esclaves sont faits pour l'esclavage par nature ou par leur condition ; l'argument de &#171; la pente fatale &#187; qui pr&#233;dit que si l'on adopte une mesure nouvelle, la pire de ses cons&#233;quences possibles se produira fatalement, et ce, quel que soit le contexte ; la corr&#233;lation non significative dont le risque hypoth&#232;que toutes les enqu&#234;tes statistiques ; les attaques ad hominem qui proc&#232;dent du fameux &#171; d'o&#249; tu parles ? &#187; pour discr&#233;diter sans examen l'argumentation du suppos&#233; &#171; m&#233;chant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fautes relatives &#224; la logique informelle sont nombreuses dans les d&#233;bats entre intellectuels sachant argumenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reportez-vous &#224; la page &#171; Id&#233;es &#187;, ou &#171; D&#233;bats &#187;, ou &#171; Libres opinions &#187; du premier journal qui vous tombera sous les yeux apr&#232;s avoir pos&#233; C&#244;t&#233; philo . Cherchez-y une &#171; R&#233;ponse &#187; &#224; un article paru pr&#233;c&#233;demment. Je suis pr&#234;t &#224; parier que cette r&#233;futation s'appuiera au moins en partie sur les fautes de raisonnement, auxquelles elle imputera la mauvaise conclusion de l'intellectuel pris &#224; partie. C'est d'ailleurs ce qui se produit m&#234;me entre nous, profs de philo pourtant nourris de logique formelle, d&#232;s lors qu'il y a d&#233;saccords et discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc urgence &#224; &#233;diter un trait&#233; du savoir-raisonner &#224; l'usage des intellectuels patent&#233;s, fixant les r&#232;gles &#224; respecter et dont un chapitre serait consacr&#233; aux fautes de raisonnement dont ceux-ci s'accusent r&#233;guli&#232;rement les uns les autres. Et n'entre-t-il pas dans notre r&#244;le de professeurs de philosophie d'enseigner explicitement aux &#233;l&#232;ves la nature des principales fautes de raisonnement ? &#192; cela, on objecte fr&#233;quemment que la logique de la pens&#233;e ne doit exister qu'&#171; &#224; l'&#233;tat pratique &#187;, qu'elle doit se modeler de fa&#231;on originale sur la singularit&#233; d'une d&#233;marche philosophique concr&#232;te, qu'il serait st&#233;rile de la d&#233;gager et de l'enseigner pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je r&#233;ponds que toute hygi&#232;ne suppose des r&#232;gles explicit&#233;es, et que toute justification rationnelle repose sur une proc&#233;dure r&#233;gl&#233;e, il se peut qu'on me reproche d'avoir commis une p&#233;tition de principe en posant pour pr&#233;misses de la d&#233;monstration ce qu'il fallait d&#233;montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'ajoute, filant la m&#233;taphore de l'hygi&#232;ne du raisonnement, &#171; &#233;vitons de ressembler aux m&#233;decins accoucheurs qui refus&#232;rent de se laver les mains avant de proc&#233;der aux accouchements au pr&#233;texte qu'ils &#233;taient des gens insoup&#231;onnables &#187;, il n'est pas exclu que je combine l 'analogie fautive et la dramatisation excessive . Mais comment me le d&#233;montrera-t- on sans avoir mis pr&#233;alablement sur la table les r&#232;gles de ce qu'il faut et de ce qu'il ne faut pas faire ? Et s'agissant des &#233;l&#232;ves , si l'on veut les armer contre les principales fautes de raisonnement, faut-il attendre qu'ils les commettent pour les en instruire ? Proc&#232;de-t-on ainsi lorsqu'on enseigne les r&#232;gles de grammaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on objecte aussi que l'&#233;tude explicite et syst&#233;matique de ces fautes ne conduit &#224; rien d'autre qu'&#224; un savoir formel. C'est ignorer que l'&#233;l&#232;ve s'aper&#231;oit vite qu'il ne lui suffit pas de conna&#238;tre la d&#233;finition g&#233;n&#233;rale de telle faute. Encore devra-il juger si dans tel cas concret elle est effectivement commise. Si, par exemple, telle g&#233;n&#233;ralisation est ou non effectivement abusive, si telle alternative est un vrai ou un faux dilemme. Or s'exercer &#224; subsumer tel cas d'esp&#232;ce sous la cat&#233;gorie ad&#233;quate, ce n'est rien d'autre que s'exercer &#224; juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine fois que vous d&#233;noncerez une analogie abusive, qui est une des fautes les plus r&#233;currentes, dans l'argumentation d'un interlocuteur, demandez-vous si vous sauriez exhiber dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233; la r&#232;gle fixant l'usage l&#233;gitime de l'analogie et ses usages abusifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous serez surpris de constater une &#233;tonnante carence. Il devrait &#234;tre facile d'y rem&#233;dier, de se reporter ensemble &#224; la r&#232;gle, car dans son principe, la d&#233;finition de cette r&#232;gle g&#233;n&#233;rale et de ses abus ne devrait pas soulever de contestation. Certes, on peut pr&#233;sumer qu'un accord sur la r&#232;gle bien explicit&#233;e ne suffira pas &#224; &#233;viter ou &#224; vider la querelle. Mais la r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#232;gle devrait au moins permettre de circonscrire l'examen sur les points litigieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mot encore. J'ai dit en pr&#233;ambule que toutes les fautes de logique informelle font l'objet de reproches r&#233;ciproques dans les grands d&#233;bats intellectuels contemporains. On ne peut donc pas m'objecter que je recommande de s&#233;parer l'&#233;tude des r&#232;gles et l'analyse des contenus. Au contraire, au contraire. Quand on en vient &#224; &#233;tudier les argumentations divergentes des philosophes sur un probl&#232;me, la neutralit&#233; id&#233;ologique du professeur de philosophie peut se manifester avec &#233;clat par son impartialit&#233; concernant les proc&#233;d&#233;s des argumentations en pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la limite, un arbitre ou un collectif d'arbitres experts en logique informelle devrait pouvoir d&#233;clarer telle analogie recevable ou irrecevable, en justifiant son jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse critique des proc&#233;d&#233;s utilis&#233;s dans une discussion philosophique ne sera pas d'un mince appui dans la formation du jugement de nos &#233;l&#232;ves, et de nous-m&#234;mes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Colloque de l'ACIREPh &#171; Apprendre &#224; raisonner &#187; des 23 et 24 octobre 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelle formation pour les professeurs de philosophie ?</title>
		<link>https://www.acireph.org/les-pratiques/la-question-des-connaissances/article/quelle-formation-pour-les-professeurs-de-philosophie</link>
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		<dc:date>2002-10-27T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Notions</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Connaissances</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Par Claudine TIERCELIN &lt;br class='autobr' /&gt; Tout professeur de philosophie b&#226;tit son enseignement &#224; partir de ses propres connaissances, philosophiques et &#171; extra philosophiques &#187;, qu'il a acquises tout au long de ses &#233;tudes universitaires et en pr&#233;parant les concours, puis en suivant des sessions de formation continue, mais aussi en pr&#233;parant ses cours, en continuant de lire activement et de se cultiver, et souvent &#233;galement en menant des travaux de recherches, en &#233;crivant lui-m&#234;me une th&#232;se, des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/les-pratiques/la-question-des-connaissances/" rel="directory"&gt;La question des connaissances&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/notions" rel="tag"&gt;Notions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/connaissances" rel="tag"&gt;Connaissances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Claudine TIERCELIN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout professeur de philosophie b&#226;tit son enseignement &#224; partir de ses propres connaissances, philosophiques et &#171; extra philosophiques &#187;, qu'il a acquises tout au long de ses &#233;tudes universitaires et en pr&#233;parant les concours, puis en suivant des sessions de formation continue, mais aussi en pr&#233;parant ses cours, en continuant de lire activement et de se cultiver, et souvent &#233;galement en menant des travaux de recherches, en &#233;crivant lui-m&#234;me une th&#232;se, des articles, des livres. Nous autres professeurs de philosophie savons certes beaucoup de choses. Mais quoi au juste ? Et ce que nous savons &#233;t&#233; bien ce dont nous avons besoin pour former nos &#233;l&#232;ves ? Ces questions sont sans doute tr&#232;s difficiles &#224; circonscrire, mais elles sont in&#233;vitables d&#232;s lors qu'on s'interroge sur la place des connaissances dans notre enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;fl&#233;chir avec nous &#224; cette question, nous avons invit&#233; Claudine Tiercelin qui &#233;tait alors pr&#233;sidente des jurys des deux agr&#233;gations de philosophie, externe et interne, parce que sa fonction nous a paru constituer un poste d'observation privil&#233;gi&#233;e pour l'examen de ces probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;change franc et sans langue de bois entre une centaine de professeurs de philosophie de tous grades et une pr&#233;sidente du jury d'agr&#233;gation de philosophie &#233;tait incontestablement une &#171; premi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son int&#233;r&#234;t ne r&#233;side pas seulement dans les analyses, les r&#233;flexions et propositions qui ont &#233;t&#233; avanc&#233;es. Il a &#233;t&#233; marqu&#233; &#224; la fois par la manifestation d'un certain nombre de divergences d'appr&#233;ciation - r&#233;sultant notamment de la diversit&#233; des exp&#233;riences, des situations et des attentes des uns et des autres- sur lesquelles il convient de r&#233;fl&#233;chir mais aussi par la volont&#233; commune &#224; tous les participants, et particuli&#232;rement exprim&#233;e par Claudine Tiercelin, d'aller au fond des choses sans aucun tabou, de faire appara&#238;tre des probl&#232;mes qui sont communs &#224; tous les membres de la communaut&#233; philosophique, et d'essayer de voir ensemble comment nous pouvons y faire face.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidence du jury d'agr&#233;gation est peut-&#234;tre un poste d'observation privil&#233;gi&#233;, mais je ne l'occupe que depuis trois ans et, quand j'ai pris mes fonctions, je n'avais aucune exp&#233;rience de la chose. Certes, j'ai d&#233;sormais l'exp&#233;rience de six concours (puisque je pr&#233;side les jurys des deux agr&#233;gations, externe et interne), mais je ne pr&#233;tends pas &#234;tre en mesure de donner plus qu'une toute petite photographie de la situation, laquelle est, par ailleurs, comme vous le savez, tr&#232;s complexe, et aussi tr&#232;s contrast&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une premi&#232;re chose que l'on doit constater, s'agissant du moins de ces deux agr&#233;gations de philosophie : c'est une institution qui fonctionne relativement bien. C'est important de le dire parce nous avons tous tendance, dans notre discipline, &#224; trop vite sombrer dans le catastrophisme. L'agr&#233;gation ne fonctionne pas si mal et j'en veux pour preuve deux indices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il y a tous les ans, un nombre suffisamment important de candidats qui sont admissibles simultan&#233;ment &#224; l'agr&#233;gation externe et au CAPES pour qu'on puisse &#234;tre certain que la r&#233;ussite &#224; ces concours n'est pas l'effet du hasard : il y a des r&#232;gles et des exigences, et si on s'y tient, elles donnent des garanties, certes pas infaillibles, mais assez bonnes de succ&#232;s. C'est un indice encourageant pour les candidats. Le second indice &#233;galement rassurant, c'est la proportion importante de bi-admissibles d'une ann&#233;e sur l'autre &#224; l'agr&#233;gation : 26 sur 80 &#224; la derni&#232;re session, 25 &#224; la pr&#233;c&#233;dente ; l&#224; encore, les candidats peuvent se dire : si on travaille&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le rapport entre le nombre des pr&#233;sents aux concours et le nombre des re&#231;us est extr&#234;mement faible : ainsi, en 2002, il &#233;tait de 7,44 % &#224; l'agr&#233;gation et de 3,6% au CAPES. Il n'y a gu&#232;re que l'histoire, l'&#233;ducation physique et l'arabe o&#249; la situation soit pire. Mais on peut aussi lire ces chiffres d'une autre mani&#232;re et mettre l'accent sur le nombre encore important de candidats qui passent les concours, malgr&#233; leur s&#233;lectivit&#233;. Cela montre bien qu'il y a dans notre discipline toujours la m&#234;me ferveur, la m&#234;me volont&#233; d'un certain nombre d'&#233;tudiants de ce pays de faire des &#233;tudes de philosophie et de devenir des enseignants. C'est extr&#234;mement encourageant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, s'il y a autant de pr&#233;sents et si peu d'&#233;lus, cela signifie qu'il nous faut travailler sur plusieurs fronts : celui du nombre de postes bien s&#251;r, mais aussi &#224; une meilleure adaptation entre le type de formation que re&#231;oivent les &#233;tudiants de philosophie et ce que l'on attend d'eux au concours. A cet &#233;gard, les rapports de jury sont &#233;maill&#233;s de constats extr&#234;mement s&#233;v&#232;res. Moi-m&#234;me, &#224; l'issue de la premi&#232;re session que j'ai pr&#233;sid&#233;e, j'avais &#233;t&#233; suffisamment alarm&#233;e par un certain nombre de faits pour &#233;crire d&#232;s le mois septembre 2000 au ministre Jack Lang : je lui avais fait part de mes pr&#233;occupations et avais sugg&#233;r&#233; que soit men&#233;e une r&#233;flexion approfondie &#224; laquelle seraient associ&#233;s le plus grand nombre possible d'acteurs de la communaut&#233; philosophique. Comme vous le savez sans doute, le Ministre a diligent&#233; une mission qu'il a confi&#233;e &#224; l'Inspecteur G&#233;n&#233;ral honoraire Andr&#233; Pessel. Celui-ci a rencontr&#233; l'actuel jury, les anciens pr&#233;sidents de jury, un nombre consid&#233;rable d'universitaires et d'&#233;tudiants dans toute la France, et a men&#233; un travail de r&#233;flexion tout fait remarquable. Il a fait des propositions dont j'esp&#232;re qu'elles seront vraiment suivies d'effets (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un &#171; manque d'esprit de sol &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je commencerai par les points noirs. Le premier type de difficult&#233;, &#224; mes yeux le plus important, c'est, pour reprendre l'expression d'un des rapporteurs de la session 2002, le &#171; manque d'esprit de sol &#187; des candidats, c'est-&#224;-dire une incapacit&#233; &#224; consid&#233;rer que, lorsqu'ils sont en situation de concours, ils ont &#224; faire quelque chose qui n'est pas fonci&#232;rement diff&#233;rent de ce qu'ils feront dans leurs classes (s'ils sont candidats du concours externe) ou de ce qu'ils y font d&#233;j&#224; (s'ils sont candidats du concours interne) : prendre &#224; bras-le-corps une notion, la d&#233;composer, trouver un probl&#232;me, d&#233;gager des enjeux, construire une probl&#233;matique, montrer un chemin en exhibant un certain nombre de raisons et parvenir clairement &#224; une conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chose que, j'en suis s&#251;re, les candidats de l'agr&#233;gation interne font en tant que professeurs d'une fa&#231;on naturelle dans leur classe. Ils le font, sinon ils ne pourraient pas finir leurs cours ! Comment expliquer qu'en situation de concours, tout &#224; coup, cette esp&#232;ce d'impr&#233;gnation du discours dans la r&#233;alit&#233; disparaisse ? Mais c'est la m&#234;me chose pour les candidats de l'agr&#233;gation externe : d&#232;s qu'on les interroge sur un sujet aussi classique que, par exemple, &#171; qu'est-ce qu'un citoyen ? &#187;, il est &#233;tonnant de voir &#224; quel point la plupart n'envisagent jamais de prendre le moindre exemple concret, ni de se r&#233;f&#233;rer &#224; une exp&#233;rience qu'ils ont pu faire. C'est, je vous l'avoue, aussi &#233;trange que pr&#233;occupant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander &#224; quoi cela est d&#251;. Assur&#233;ment d'abord &#224; une fausse repr&#233;sentation qu'on se fait du concours, comme d'une &#233;preuve initiatique par laquelle on doit passer. On est l&#224;, tout endimanch&#233; dans ses concepts et dans ses probl&#232;mes, et on se dit : il ne faut surtout pas que j'aie l'air &#171; plouc &#187; en prenant un exemple terre &#224; terre ; il faut que je m'&#233;l&#232;ve &#224; la hauteur de la situation. Il y a peut-&#234;tre ici une r&#233;flexion &#224; mener : comment faire pour d&#233;sacraliser cet &#233;v&#233;nement qu'est le concours ? Comment aider les candidats &#224; se d&#233;faire d'une certaine repr&#233;sentation de la c&#233;r&#233;monie du concours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les candidats ont tendance &#224; penser qu'une dissertation ou une le&#231;on de philosophie, c'est avant tout l'occasion de montrer son habilet&#233; rh&#233;torique et sa capacit&#233; &#224; effectuer un certain type de jonglage conceptuel en apesanteur. Plus profond&#233;ment, ce qui est en jeu ici, je crois, c'est la repr&#233;sentation qu'on se fait de la philosophie g&#233;n&#233;rale et de son rapport aux connaissances. A cet &#233;gard, la diff&#233;rence d'attitude de beaucoup de candidats entre l'actuelle le&#231;on A (m&#233;taphysique, morale et politique) et la le&#231;on B (logique, &#233;pist&#233;mologie, sciences humaines, esth&#233;tique) est significative : on tient la le&#231;on A pour la le&#231;on &#171; chic &#187;, pour la vraie le&#231;on, celle o&#249; il s'agit de briller ; &#224; la le&#231;on B, il suffirait de faire &#233;tat de &#171; quelques petites connaissances &#187; qu'on a dans les domaines en question pour que le jury soit content. Bien entendu, ceci est absurde : les crit&#232;res aux deux le&#231;ons sont les m&#234;mes. Il ne peut y avoir de bonne le&#231;on de philosophie g&#233;n&#233;rale qui ne soit pas nourrie d'un certain nombre de contenus, et il faut &#233;videmment savoir autant de choses en morale et en politique qu'en logique et en &#233;pist&#233;mologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence d'attitude envers la le&#231;on A et la le&#231;on B est significative d'une repr&#233;sentation de la philosophie g&#233;n&#233;rale tout &#224; fait curieuse qui tend &#224; la rapprocher de la rh&#233;torique et &#224; l'&#233;loigner des savoirs. Le plus souvent, ce qui est en cause derri&#232;re tout cela &#8212; appelons un chat un chat &#8212;, c'est une certaine id&#233;e aussi de la philosophie et de son rapport aux sciences, y compris aux sciences humaines : la logique et l'&#233;pist&#233;mologie, tout particuli&#232;rement, ne sont pas tenues pour la &#171; vraie &#187; philosophie. Quand elles ne sont pas, purement et simplement, identifi&#233;es &#224; la non-pens&#233;e, elles semblent en tout cas moins nobles que la m&#233;taphysique, la morale ou la politique. Il y a l&#224; une vision de la philosophie qui est rarement avou&#233;e, mais qui n'en est pas moins tr&#232;s pr&#233;sente &#224; l'arri&#232;re-plan. Mais, r&#233;p&#233;tons-le, cela vaut aussi pour les autres domaines comme l'esth&#233;tique et les sciences humaines o&#249; on a l'impression que l&#224;, plus qu'ailleurs, il faudrait &#171; savoir des choses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que nous devrions nous poser est donc la suivante : que faut-il mettre sous le terme &#171; philosophie g&#233;n&#233;rale &#187; ? Que faut-il &#171; savoir &#187; pour faire une bonne le&#231;on &#8212; ou un bon cours &#8212; de philosophie ? Mais aussi : quel rapport la philosophie doit-elle entretenir avec les savoirs positifs ? C'est une r&#233;flexion que nous devons tous mener, aussi bien au lyc&#233;e qu'&#224; l'universit&#233;. Elle s'impose d'ailleurs d'autant plus que les relations entre la philosophie et les savoirs, la recherche contemporaine en t&#233;moigne, ne sont pas unilat&#233;rales et, en tout &#233;tat de cause, ne se limitent s&#251;rement pas &#224; une pure description, voire v&#233;n&#233;ration par la premi&#232;re des seconds : bien souvent m&#234;me, aujourd'hui, loin de leur &#234;tre ext&#233;rieure, la philosophie participe &#224; l'&#233;laboration de ces savoirs (en sociologie, en psychologie, en &#233;conomie, en linguistique, dans le domaine des sciences cognitives, en th&#233;orie de la d&#233;cision, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#171; manie historienne &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais une telle r&#233;flexion suppose qu'on s'interroge &#233;galement sur les rapports entre philosophie g&#233;n&#233;rale et histoire de la philosophie, ce qui m'am&#232;ne au deuxi&#232;me d&#233;faut majeur qu'on rencontre dans les copies et les prestations des candidats &#8212; et qui va de pair avec le premier, le &#171; manque d'esprit de sol &#187; &#8212; : c'est, pour reprendre ici encore l'expression d'un des rapporteurs 2002, la manie historienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien : je ne vise pas l&#224; le recours indispensable aux grands textes et &#224; l'histoire de la philosophie pour alimenter sa r&#233;flexion. Il est clair qu'on ne saurait faire de philosophie sans confronter en permanence sa propre pens&#233;e &#224; ce que d'autres avant nous ont pens&#233;. Il y a un progr&#232;s dans la pens&#233;e, un progr&#232;s dans l'&#233;laboration des probl&#232;mes et il est clair que l'histoire des probl&#232;mes &#8212; par quoi j'entends non seulement leur histoire ancienne et moderne, mais aussi l'histoire contemporaine des probl&#232;mes &#8212; est fondamentale pour la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je parle de manie historienne, je vise une certaine mani&#232;re de confondre l'ancrage des probl&#232;mes philosophiques dans l'histoire avec de simples expos&#233;s doxographiques ou doctrinaux. Au lieu d'affronter clairement un sujet, on dit &#171; X a dit ceci, mais Y a dit cela, etc. &#187;. Certes, c'est plus facile : plut&#244;t que de s'avancer en premi&#232;re personne, on se r&#233;fugie derri&#232;re ce que X ou Y ou Z a pu dire. Mais il faudrait peut-&#234;tre aussi se demander si, dans cette difficult&#233; qu'on a de plus en plus &#224; s'engager philosophiquement et &#224; prendre parti, il n'y a pas quelque chose qui nous est propre, &#224; nous autres philosophes fran&#231;ais, et qui est li&#233; &#224; une certaine formation. Je ne suis pas s&#251;re que de jeunes am&#233;ricains &#8212; et je suis m&#234;me s&#251;re du contraire &#8212;, quand ils ont &#224; d&#233;velopper un concept ou un probl&#232;me, aient aussi peur de dire : eh bien, moi, je pense ceci pour &#8230; 1&#232;re raison, 2&#232;me raison, 3&#232;me raison, &#8230; et puis voil&#224; les objections qu'on pourrait faire &#224; ma position, etc. Je suis extr&#234;mement frapp&#233;e par la raret&#233; des le&#231;ons et des dissertations o&#249; le candidat explique que, sur le probl&#232;me en question, on peut avoir une certaine position pour telle ou telle raison, puis pr&#233;sente les difficult&#233;s de cette position, etc. Il y a un manque d'engagement : on se r&#233;fugie derri&#232;re ce que Spinoza ou Kant ont dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons-le : il ne s'agit &#233;videmment pas de rejeter l'histoire de la philosophie, mais de r&#233;fl&#233;chir &#224; une articulation meilleure et vraiment constructive entre histoire de la philosophie et philosophie g&#233;n&#233;rale. En outre, faire de la bonne histoire de la philosophie, c'est &#234;tre capable de contextualiser les auteurs. Je suis frapp&#233;e de constater que certains candidats savent tout, par exemple, sur Leibniz ; mais si celui-ci a emprunt&#233; tel ou tel concept &#224; la science de son temps, disons, &#224; la th&#233;orie des probabilit&#233;s et &#224; Bernoulli, ils sont incapables de faire le lien. Enfin, il y a une esp&#232;ce de frilosit&#233; &#224; l'&#233;gard de l'histoire de la philosophie telle qu'elle est en train de se faire aujourd'hui : les grands auteurs contemporains du XXe si&#232;cle font d'ores et d&#233;j&#224; partie de l'histoire de la philosophie. Mais, pour beaucoup de candidats, on a l'impression que la philosophie s'est arr&#234;t&#233;e &#224; Kant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la mani&#232;re de concevoir ce que pourraient &#234;tre des rapports f&#233;conds entre histoire de la philosophie et philosophie g&#233;n&#233;rale, il n'est peut-&#234;tre pas inutile de rappeler les nombreux faux-probl&#232;mes soulev&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es autour de l'opposition, dans la philosophie contemporaine, entre la tradition dite &#171; continentale &#187; et la tradition dite &#171; analytique &#187; : il y aurait ainsi une mani&#232;re analytique de faire de la philosophie qui pourrait s'exercer sans le moindre recours &#224; l'histoire et aux auteurs. Il suffit d'avoir travaill&#233; dans cette tradition pour s'apercevoir que c'est compl&#232;tement faux, puisqu'au sein de la tradition analytique elle-m&#234;me, on trouve beaucoup de gens qui sont de vrais historiens de la philosophie, par exemple des historiens de la pens&#233;e aristot&#233;licienne, des historiens de la philosophie m&#233;di&#233;vale, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai questionnement devrait plut&#244;t &#234;tre le suivant : il s'agit de savoir si, quand on &#233;tudie la philosophie, on doit privil&#233;gier l'acc&#232;s historique &#224; une question ou bien s'il faut plut&#244;t privil&#233;gier l'analyse conceptuelle et la d&#233;marche argumentative. Je pense pour ma part que c'est cette seconde d&#233;marche qui devrait pr&#233;valoir. Je dis &#171; pr&#233;valoir &#187;, car elle n'est pas, &#224; mes yeux, antith&#233;tique de la premi&#232;re. Un des grandes chances de notre enseignement en France est que nous sommes traditionnellement tr&#232;s bons en histoire de la philosophie. C'est &#233;videmment quelque chose que nous devons pr&#233;server. C'est pourquoi d'ailleurs je suis tr&#232;s attrist&#233;e quand je vois que le contact de trop d'&#233;tudiants avec les textes est un contact non pas direct mais de seconde main, &#224; travers des ouvrages de vulgarisation, des anthologies, des manuels de pr&#233;paration aux concours, etc. Je trouve cela inqui&#233;tant, car il est clair que sans l'acc&#232;s direct aux grands textes et sans leur fr&#233;quentation assidue, on ne peut pas s'en sortir en philosophie. Assur&#233;ment, ce qui reste le plus important, c'est la pens&#233;e en acte, c'est-&#224;-dire la mani&#232;re dont on se r&#233;approprie en permanence les textes et dont on d&#233;veloppe &#224; partir d'eux sa propre position, en essayant de la d&#233;fendre &#171; mordicus &#187;, quitte &#224; s'attirer un certain nombre d'objections de la part de celui qui soutient une position contraire. Mais il n'y a pas du tout lieu d'opposer les deux types de d&#233;marches et encore moins de suivre une certaine tendance que l'on peut observer dans l'enseignement de la philosophie en France, qui consiste &#224; se replier exclusivement sur l'histoire de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai surtout &#233;voqu&#233;, pour l'instant, des points noirs. Mais je voudrais aussi souligner un fait majeur sur lequel nous n'insistons pas toujours assez, me semble-t-il, dans notre discipline et plus g&#233;n&#233;ralement en France : la philosophie professionnelle &#224; l'&#233;chelle internationale n'a jamais &#233;t&#233; aussi vivante. Cela me para&#238;t une &#233;vidence. En t&#233;moigne, entre autres, la quantit&#233; de revues europ&#233;ennes et internationales qui sont d'une vitalit&#233; extraordinaire. Le nombre des &#233;tudiants en philosophie est extr&#234;mement important, mais cela est vrai aussi du nombre des probl&#232;mes qui sont actuellement ouverts et d&#233;battus. Et la qualit&#233; des travaux est tr&#232;s &#233;lev&#233;e, pas seulement en &#233;pist&#233;mologie et en philosophie de l'esprit, mais aussi en philosophie politique, en philosophie morale ou en m&#233;taphysique. Il existe par exemple une jeune &#233;cole australienne de m&#233;taphysique qui est tout &#224; fait remarquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que la philosophie professionnelle internationale n'a jamais &#233;t&#233; aussi vivante que nous avons le devoir d'am&#233;liorer chez nous ce qui, &#224; mon avis, peut l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lutter contre toutes les cloisonnements &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors, comment avancer ? Il nous faut, je crois, d'abord et avant tout, lutter contre toutes les formes de cloisonnement : contre le cloisonnement entre la philosophie et les autres disciplines, mais aussi et surtout contre les cloisonnements institutionnels et intellectuels &#224; l'int&#233;rieur de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par le premier point : il faut lutter contre le cloisonnement des savoirs. Nous ne pouvons pas rester dans notre coin et tout ignorer des savoirs en train de se faire et &#224; l'&#233;mergence desquels, parfois, dans les secteurs les plus pointus de la recherche, la philosophie elle-m&#234;me participe. Cela a des incidences sur la formation des &#233;tudiants. Il faudrait que les &#233;tudes de philosophie soient peut-&#234;tre un peu mieux associ&#233;es &#224; d'autres types de cursus, &#224; des &#233;tudes d'histoire, de droit, de math&#233;matiques, etc. Cela permettrait aussi aux &#233;tudiants d'avoir d'autres d&#233;bouch&#233;s que l'enseignement. Cela ne signifie pas du tout qu'il faudrait instituer des cursus au rabais. Dans d'autres pays que le n&#244;tre, il existe des fili&#232;res philosophie-droit, par exemple, qui marchent tr&#232;s bien. On peut tout &#224; fait imaginer des cursus doubles (et non pas, entendons-nous bien, d&#233;doubl&#233;s) philosophie-&#233;conomie, philosophie-histoire, philosophie-lettres classiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la formation des professeurs et des concours de recrutement, il y a un probl&#232;me auquel nous devons tous r&#233;fl&#233;chir : que faut-il exactement savoir d'une autre science pour en parler philosophiquement ? Ce n'est pas une question facile. Comment &#233;viter la simple vulgarisation, &#233;tant entendu que les enseignants de philosophie ne peuvent pas devenir &#8212; et n'ont pas &#224; devenir &#8212; des biologistes, des physiciens, des math&#233;maticiens, des &#233;conomistes, des juristes, des historiens, etc. C'est d'ailleurs un probl&#232;me qui se pose &#224; chacun de nous. Croyez-vous que les membres du jury d'agr&#233;gation soient tous cal&#233;s en physique, en biologie, en sociologie, en psychologie ? Que devons-nous savoir au juste ? D'autant plus que les savoirs sont de plus en plus complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un probl&#232;me d&#233;licat, pour lequel il ne saurait exister de r&#233;ponse facile, mais qu'il faut affronter : quel est le savoir minimal qu'il faut donner aux &#233;tudiants et aux futurs professeurs ? L&#224; comme ailleurs, il va falloir d&#233;terminer, c'est-&#224;-dire faire des choix. Il y a donc toute une r&#233;flexion &#224; mener sur les cursus universitaires. Il existe par exemple les fameuses &#171; options d&#233;couvertes &#187; mais qu'on n'utilise pas suffisamment. On pourrait mieux tirer profit des cours d'histoire, d'&#233;conomie, de psychologie ou de droit ouverts aux philosophes : favoriser les passerelles, les &#233;changes, insister certes sur la sp&#233;cificit&#233; des d&#233;marches mais aussi sur leur compl&#233;mentarit&#233;, voire sur les concepts et probl&#232;mes communs, plus qu'on ne le croit souvent, &#224; ces domaines et &#224; la philosophie. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une autre forme de cloisonnement &#224; laquelle je suis tr&#232;s sensible : c'est la situation d'isolement, chacun dans son &#233;tablissement, dont souffrent beaucoup de professeurs du secondaire. Apr&#232;s l'agr&#233;gation interne, certains m'&#233;crivent, ou viennent me voir, pour me dire : j'aimerais bien pouvoir rencontrer des coll&#232;gues, discuter, mais je suis dans telle petite ville, et je ne vois personne. Je suis tr&#232;s &#233;tonn&#233;e : je pensais qu'il y avait des associations&#8230; Cela me laisse assez perplexe sur la capacit&#233; des uns et des autres &#224; se regrouper et &#224; discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le dis devant vous. Mais je le dirais pareillement &#224; d'autres professionnels de la philosophie. Comment peut-on esp&#233;rer am&#233;liorer quoi que ce soit dans cette discipline si un certain nombre de coll&#232;gues continuent de regarder &#171; de haut &#187; ce qui se passe &#171; en bas &#187; ? Vous le savez comme moi : nous sommes tous des philosophes ! &#8212; Bien entendu. Mais quel rapport y a-t-il entre un professeur du lyc&#233;e technique de Landerneau et un charg&#233; de recherche au CNRS dont la grande pr&#233;occupation est de savoir comment il va bien pouvoir r&#233;ussir &#224; aller faire une conf&#233;rence &#224; l'universit&#233; de Canberra le mardi et une autre &#224; celle d'Uppsala le mercredi ? Je dis cela en souriant, mais je trouve cela en r&#233;alit&#233; tr&#232;s pr&#233;occupant. Il y a &#233;videmment un gouffre entre les situations, et aussi, me semble-t-il, une indiff&#233;rence de certains &#224; l'&#233;gard de ce qui se passe dans la discipline, qui est extr&#234;mement grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des richesses de notre discipline dans ce pays, c'est sa pr&#233;sence &#224; des niveaux diff&#233;rents et dans des lieux tr&#232;s divers : dans les lyc&#233;es comme dans les universit&#233;s, dans les classes pr&#233;paratoires comme au CNRS ou aux Hautes Etudes, dans les s&#233;ries technologiques comme au Coll&#232;ge de France. Mais il faudrait pouvoir faire des sutures plus solides et plus fr&#233;quentes entre ces diff&#233;rents endroits. Il faut vraiment travailler &#224; ce que des liens continus se tissent de plus en plus &#233;troitement entre tous ces niveaux. Je parle de &#171; liens continus &#187; parce que vous allez me dire : &#171; mais dans les lyc&#233;es, on a de temps en temps des journ&#233;es de formation, avec des universitaires, des chercheurs ou des professeurs de kh&#226;gne qui viennent nous instruire. &#187; C'est tr&#232;s bien ces journ&#233;es. Mais, d'abord, elles sont ponctuelles. Et puis nous savons tous comment cela se passe. J'ai &#233;t&#233; professeur de lyc&#233;e moi aussi (au lyc&#233;e technique de Gennevilliers, &#224; Paris, &#224; Montivilliers, au lyc&#233;e Mounier de Grenoble ou encore &#224; Voiron), et j'allais naturellement &#224; ces journ&#233;es. Et je me disais souvent : mais enfin, pour qui nous prennent-ils ? Pourquoi cette condescendance ? Ils devraient tout de m&#234;me savoir qu'un certain nombre de professeurs de lyc&#233;e ont, eux aussi, des publications, des th&#232;ses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc que les liens entre le second degr&#233; et l'universit&#233; soient &#224; la fois plus continus et plus authentiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces liens doivent fonctionner dans les deux sens : des professeurs de lyc&#233;e vers les universit&#233;s et des universit&#233;s vers les lyc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des lyc&#233;es vers les universit&#233;s. Il faut absolument que les professeurs, une fois qu'ils sont dans leur lyc&#233;e, se disent : je continue &#224; travailler, &#224; &#233;crire, &#224; publier ; je m'associe &#224; ce qui se fait dans tel s&#233;minaire de recherche, je participe &#224; telle journ&#233;e de formation ou au colloque de telle association, je m'inscris &#224; un doctorat, etc. Cela peut prendre toutes sortes de formes. Il faudrait d'ailleurs envisager &#8212; Pessel le propose dans son rapport &#8212; que ce type d'investissement soit valoris&#233; dans la carri&#232;re des professeurs de lyc&#233;e et qu'on tienne compte du travail de recherche qu'ils effectuent. Cela veut dire aussi que ceux qui souhaitent s'y engager doivent pouvoir obtenir les moyens de le faire. On ne peut pas pr&#233;tendre parler s&#233;rieusement de formation continue (je parlerais plus volontiers d'une imp&#233;rative formation continu&#233;e) si on ne donne pas plus de moyens aux professeurs du secondaire qui font des demandes en ce sens, par exemple, sous la forme de cong&#233;s sabbatiques pour terminer une th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des universit&#233;s vers le lyc&#233;e. Quand je fais chaque ann&#233;e, au terme du concours, mon petit discours aux laur&#233;ats de l'agr&#233;gation externe, je finis toujours en leur disant : &#171; Vous &#234;tes contents d'avoir eu l'agr&#233;gation. Bien. Mais, maintenant, &#234;tes-vous tous en train de vous dire : que vais-je bien pouvoir inventer pour &#233;chapper au lyc&#233;e ? &#187; C'est d&#233;solant ; car &#8212; je le sais pour l'avoir moi-m&#234;me exp&#233;riment&#233; &#8212; l'enseignement en lyc&#233;e est absolument irrempla&#231;able. Or actuellement, il y a une tendance, chez beaucoup de jeunes agr&#233;g&#233;s ou certifi&#233;s, &#224; se dire : on va accumuler les allocations de recherche, les postes de moniteurs, etc. Et on se retrouve finalement propuls&#233; &#224; l'universit&#233; sur un poste de ma&#238;tre de conf&#233;rence sans avoir mis les pieds dans un lyc&#233;e. Je trouve que c'est absolument d&#233;vastateur. Il faut que les jeunes gens qui sont allocataires de recherche ou moniteurs normaliens dans les universit&#233;s aient aussi un lien r&#233;el avec l'enseignement secondaire et qu'ils aillent y enseigner au moins un certain temps, y faire des stages. C'est crucial sur le plan p&#233;dagogique, quelle que soit, par apr&#232;s, la carri&#232;re &#224; laquelle on se destine. Par ailleurs, quand on passe un concours de recrutement, n'est-ce pas une exigence &#233;thique minimale que de se dire : on va devenir professeur. Cela aussi fait partie du contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc vraiment besoin de tisser des liens beaucoup plus r&#233;els et beaucoup plus souples entre l'universit&#233; et le secondaire. C'est indispensable si l'on veut &#233;viter &#224; la fois cette esp&#232;ce d'amertume qui me frappe beaucoup chez un certain nombre de coll&#232;gues du secondaire, et l'esp&#232;ce d'indiff&#233;rence qu'on rencontre chez un certain nombre d'universitaires ou de chercheurs du CNRS.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(1) Ce rapport remis au ministre en juillet 2001 est consultable sur divers site internet. Sur la base de ce rapport, une r&#233;forme du programme et des &#233;preuves des deux agr&#233;gations et du CAPES a &#233;t&#233; publi&#233;e au Journal Officiel du 21 d&#233;cembre 2002 (l'intervention de Claudine Tiercelin que nous reproduisons ici date du 25 octobre 2002). Sur cette r&#233;forme, on peut aussi lire Jean-Jacques Rosat, &#171; Moins d'histoire de la philosophie &#224; l'agr&#233;gation &#187;, C&#244;t&#233; Philo, n&#176;1, f&#233;v. 2003 (cf. rubrique C&#244;t&#233;-Philo sur notre site).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;---- DISCUSSION ---&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous avez &#233;voqu&#233; tout &#224; l'heure la le&#231;on B. Mais est-ce qu'on n'y demande pas aux candidats de parler de choses qu'ils ne connaissent pas &#8212; en logique, en &#233;pist&#233;mologie, en sciences humaines, en esth&#233;tique &#8212; et surtout sur lesquelles ils n'ont pas &#233;t&#233; form&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; En toute rigueur, ils ont &#233;t&#233; form&#233;s. Il y a, dans le cursus universitaire, une formation en logique, en &#233;pist&#233;mologie, en esth&#233;tique ; et on ne demande rien de plus, rien de moins aux candidats aux concours que ce qu'on demande effectivement &#224; des &#233;tudiants qui ont suivi un cursus universitaire classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais ce cursus est-il aussi syst&#233;matique et coh&#233;rent que vous le dites ? D'abord, ce cursus complet est-il pr&#233;sent dans toutes les universit&#233;s ? Et puis surtout, par le jeu notamment du choix des unit&#233;s de valeur, n'est-il pas fr&#233;quent que les &#233;tudiants passent au travers, c'est-&#224;-dire arrivent au concours sans avoir jamais vraiment fait d'&#233;pist&#233;mologie, ou de logique, ou d'esth&#233;tique ? Pour ne rien dire de domaines qui me paraissent tr&#232;s peu pr&#233;sents comme le droit, l'&#233;conomie ou m&#234;me la sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je reconnais que ce cursus, tel que je le d&#233;cris, correspond peut-&#234;tre &#224; une vision parfois un peu th&#233;orique. N&#233;anmoins, il y a des textes et il y a un certain nombre d'UV dont, en principe, vous ne pouvez pas faire l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je vais vous dire pourquoi, en fait, dans l'un des domaines au moins que vous &#233;voquez, celui de la logique, on peut avoir l'impression que beaucoup de candidats passent au travers. Il y a un certain nombre d'ann&#233;es, les &#233;l&#232;ves des kh&#226;gnes qui pr&#233;paraient le concours de l'ENS en philosophie devaient obligatoirement passer une &#233;preuve de logique. Celle-ci a &#233;t&#233; supprim&#233;e, moyennant quoi, aujourd'hui, les &#233;tudiants qui, apr&#232;s la kh&#226;gne, gr&#226;ce &#224; un syst&#232;me d'&#233;quivalences, poursuivent leurs &#233;tudes &#224; l'universit&#233; au-del&#224; du DEUG peuvent tr&#232;s bien ne jamais avoir eu &#224; suivre le moindre cours de logique. Et comme, bon nombre de candidats &#224; l'agr&#233;gation sont des normaliens ou d'anciens kh&#226;gneux, ils peuvent se pr&#233;senter au concours sans avoir jamais re&#231;u le moindre enseignement de logique. L&#224;, je n'ai pas de recette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Peut-&#234;tre est-il temps que quelqu'un se charge de dire des choses qui f&#226;chent. Premi&#232;rement, vous avez parl&#233; de l'inad&#233;quation entre les normes du concours et les repr&#233;sentations que s'en font les candidats ; mais vous n'avez rien dit d'une autre inad&#233;quation : celle qui existe entre les normes du concours et l'exercice concret du m&#233;tier de professeur de philosophie. Les concours r&#233;coltent largement ce que l'enseignement sup&#233;rieur fabrique et leurs normes restent pour l'essentiel des normes de cooptation : les candidats arrivent avec une formation d'histoire de la philosophie et c'est l&#224;-dessus qu'ils sont avant tout jug&#233;s. Peut-on parler d'une v&#233;ritable formation ? N'est-ce pas plut&#244;t, &#224; la limite, de l'ordre du formatage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, vous d&#233;plorez le manque d'engagement des candidats. Mais est-il vraiment surprenant ? Les enjeux sont paralysants. A vous entendre, il faudrait que les candidats d&#233;veloppent des probl&#233;matiques de fa&#231;on vraiment d&#233;sint&#233;ress&#233;e et d&#233;contract&#233;e, en oubliant qu'ils passent un concours et en faisant semblant, &#224; la limite, de ne pas le passer ! En outre, ce que vous demandez supposerait, de la part de gens qui sont encore &#233;tudiants, une maturit&#233;, un recul et une capacit&#233; de digestion de leur culture philosophique qu'il me para&#238;t compl&#232;tement irr&#233;aliste d'exiger d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition que je voudrais faire vous semblera peut-&#234;tre incongrue, mais j'ai envie de dire :il ne devrait plus y avoir de concours qu'interne ! Le concours deviendrait une s&#233;lection de confirmation professionnelle pour des gens qui exercent d&#233;j&#224; le m&#233;tier. D'une part, ils auraient eu le temps de v&#233;rifier la solidit&#233; de leur projet professionnel. Et puis, on leur donnerait le temps aussi de cette maturit&#233; ou de cette maturation n&#233;cessaire. Vous avez &#233;voqu&#233; les qualit&#233;s des &#233;tudiants am&#233;ricains. Oui, mais aux Etats-Unis, il n'y a pas de concours destin&#233; &#224; s&#233;lectionner une fois pour toutes &#224; 25 ans les professeurs de l'enseignement secondaire. Je crois que ce syst&#232;me o&#249; nous sommes m&#233;riterait autre chose que des discussions sur l'&#233;quivalence d'importance de la le&#231;on A et de la le&#231;on B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pardonnez-moi, mais, quant aux constats que vous faites, il me semble qu'il n'y a rien dans mon propos qui s'oppose vraiment &#224; ce que vous dites. Je n'ai sans doute pas &#233;t&#233; bien comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de votre premi&#232;re remarque, sur ce que vous appelez le &#171; formatage &#187;, il me semble que ce que j'ai dit va dans le m&#234;me sens : il faut s'interroger sur la formation que re&#231;oivent les futurs professeurs et, sur un certain nombre de points, la revoir. Dans le rapport que j'ai &#233;voqu&#233; tout &#224; l'heure, Andr&#233; Pessel avance, par exemple, une proposition qui me para&#238;t tr&#232;s int&#233;ressante : il faudrait, dit-il, pouvoir regrouper, d&#232;s la seconde ann&#233;e de DEUG, les &#233;tudiants qui veulent passer les concours et devenir professeurs pour, d'une part, leur assurer une sorte de tutorat dans leurs &#233;tudes (conseils de lecture, conseils de travail, formation aux exercices et notamment &#224; la dissertation, etc.), et, d'autre part, leur offrir des enseignements (en sciences de la nature, en sciences humaines, en droit, etc.) qui leur permettraient d'acqu&#233;rir les savoirs non-philosophiques qui sont indispensables pour faire de la philosophie. Ce n'est &#233;videmment pas facile &#224; mettre en place, mais je suis convaincue qu'il faut aller dans cette direction, et que c'est possible : c'est une question de volont&#233;, et aussi de moyens financiers, bien entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me dites &#8212; c'est votre seconde remarque &#8212; : on a au concours des exigences qui sont hors de la port&#233;e de jeunes gens de vingt-cinq ans. Jusqu'&#224; un certain point, je suis d'accord avec vous. Il y a une question que je me pose chaque fois que j'ai &#224; &#233;valuer un candidat : qu'est-ce que j'aurais dit, moi, &#224; son &#226;ge l&#224;-dessus ? Est-ce que j'&#233;tais tellement plus maligne ? Et les membres du jury se disent cela en permanence : &#224; leur &#226;ge, aurions-nous fait aussi bien ? Et c'est vrai que, dans notre discipline, cet effort de maturation que vous &#233;voquez est fondamental. Ce n'est pas comme en math&#233;matiques o&#249; il vaut mieux avoir trouv&#233; le th&#233;or&#232;me avant trente ans. En philosophie, on a besoin de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai &#233;galement que le concours met les candidats dans une situation stressante et d&#233;stabilisante qui est loin d'&#234;tre optimale. Ce n'est jamais qu'une photographie, terriblement cruelle d'ailleurs, puisque en quelques heures vous jugez cinq ann&#233;es d'&#233;tudes, au minimum, et qu'&#224; chaque session un certain nombre d'&#233;tudiants qui ont pu, auparavant, produire des travaux de ma&#238;trise ou de DEA tout &#224; fait remarquables n'obtiennent &#224; l'agr&#233;gation que des notes extr&#234;mement m&#233;diocres. C'est aussi quelque chose que je trouve tr&#232;s pr&#233;occupant : comment se fait-il que des jeunes gens qui ont montr&#233; de r&#233;elles capacit&#233;s &#224; la recherche et fait preuve d'une vraie maturit&#233; philosophique &#233;chouent par ailleurs lourdement &#224; l'agr&#233;gation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; o&#249; je ne peux plus vous suivre, c'est dans la conclusion que vous tirez de cette situation. Vous sugg&#233;rez de supprimer l'agr&#233;gation et de la remplacer par un concours interne de promotion. Mais ces coll&#232;gues qui seront d&#233;j&#224; dans une situation d'enseignement, comment allez-vous les recruter ? O&#249; irez-vous les chercher ? Il vous faut bien un point de d&#233;part. Que proposez-vous &#224; la place du concours de recrutement ? Tout autre syst&#232;me d'&#233;valuation risque fort d'&#234;tre, cette fois, un pur syst&#232;me de cooptation, ce qui me para&#238;t extr&#234;mement dangereux. Un concours national, avec des gens qui vous notent de fa&#231;on anonyme, c'est tout de m&#234;me une garantie de justice et de d&#233;mocratie qu'il me para&#238;t indispensable de pr&#233;server. Le concours actuel a des d&#233;fauts ? Eh bien, essayons ensemble d'y rem&#233;dier. C'est ce &#224; quoi je m'efforce, au niveau de responsabilit&#233; qui est le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je voudrais revenir sur la question de la rh&#233;torique et des connaissances au concours car ce que vous avez dit sur ce sujet ne me satisfait pas compl&#232;tement. J'ai pass&#233; le concours il y a longtemps, dans les ann&#233;es 70, &#224; une &#233;poque o&#249;, &#224; la Sorbonne, nous &#233;tions &#171; bourr&#233;s &#187; d'&#233;pist&#233;mologie, de logique, d'histoire des sciences, et o&#249; on faisait un peu moins de philosophie morale et politique et de m&#233;taphysique. Mais j'ai quand m&#234;me l'impression d'avoir r&#233;ussi ma grande le&#231;on d'agr&#233;gation sur des capacit&#233;s rh&#233;toriques, avec les plus grosses ficelles : pas la rh&#233;torique au bon sens du terme, non, la rh&#233;torique au mauvais sens du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si vous permettez, moi aussi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y a une chose qui me para&#238;t &#233;vidente, c'est que les attendus des &#233;preuves de concours sont loin d'&#234;tre clairs. Et si les candidats en ont une repr&#233;sentation fausse, peut-&#234;tre faut-il leur donner les moyens d'en avoir une repr&#233;sentation juste. Il me semble, moi, que ce qui manque, ce sont peut-&#234;tre moins les connaissances des &#233;tudiants dans tel ou tel domaine qu'une certaine pr&#233;occupation de la part les universitaires : ils oublient qu'ils forment des gens qui vont devenir enseignants de philosophie et qui auront donc eux-m&#234;mes &#224; apprendre &#224; leurs &#233;l&#232;ves &#224; faire de la philosophie, &#224; &#233;crire des dissertations, &#224; pr&#233;senter des expos&#233;s oraux. Ce qui manque vraiment, c'est plut&#244;t une r&#233;flexion sur la forme des discours philosophiques et sur &#171; comment &#231;a s'apprend &#187;. Pour ma part, j'ai le sentiment de n'avoir jamais appris &#224; faire une dissertation. J' ai pu en r&#233;ussir une ou deux au concours, mais je ne sais pas comment. C'est seulement depuis que je suis enseignante que j'essaie de comprendre comment je peux moi-m&#234;me l'enseigner &#224; mes &#233;l&#232;ves. Mais je n'ai pas l'impression que les enseignants dans le sup&#233;rieur aient ce souci. Dans ma formation, &#224; la fac, personne ne m'a jamais dit : voil&#224;, une dissertation, c'est &#231;a ; on attend &#231;a ; et, &#231;a c'est une qualit&#233;, &#231;a c'est une faiblesse et, et pour la surmonter, il y a peut-&#234;tre tel petit apprentissage que vous pouvez faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second d&#233;faut de la formation des futurs professeurs, c'est l'absence de r&#233;flexion sur l'histoire de l'enseignement de la discipline : pas seulement l'histoire de la philosophie mais l'histoire de l'enseignement de la philosophie. Il y a une esp&#232;ce de naturalisation de l'enseignement de la philosophie. Une fois qu'on est philosophe, on arrive dans une classe, et &#231;a y est : on est capable d'&#234;tre enseignant, alors qu'on est dans l'ignorance compl&#232;te de ce qui s'est pass&#233; auparavant dans la tradition de cet enseignement, ou qu'on en a une image compl&#232;tement fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re chose, si vous permettez : je pense qu'il faut arr&#234;ter de dire comme vous l'avez fait, et comme je l'entends dire depuis que j'ai pass&#233; le concours, qu'on doit faire sa grande le&#231;on comme si on &#233;tait devant des &#233;l&#232;ves &#8230; sauf qu'il n'y en a pas ! On ne peut pas faire la m&#234;me chose devant un jury de concours et devant une classe. Il faut arr&#234;ter de dire &#231;a. C'est mystificateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai &#233;t&#233; moi-m&#234;me assez critique sur certains aspects de la formation des &#233;tudiants, mais, sur le point que vous &#233;voquez &#8212; l'apprentissage de la dissertation et de la le&#231;on &#8212;, les choses ont beaucoup &#233;volu&#233; dans les d&#233;partements de philosophie, et la situation ne correspond plus vraiment &#224; celle que vous d&#233;crivez. Le nombre des exercices didactiques de formation aux techniques de la dissertation et de l'explication de textes s'est multipli&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es. Dans mon universit&#233;, par exemple, mais je sais qu'elle est loin d'&#234;tre la seule, il y a vraiment des cours de m&#233;thodologie et un nombre important de &#171; colles &#187; et de dissertations corrig&#233;es. Et l&#224;, je voudrais donner un coup de chapeau aux coll&#232;gues qui font ce travail. Tr&#232;s souvent, ce sont des jeunes gens, eux-m&#234;mes tout frais &#233;moulus de l'agr&#233;gation, qui donnent de leur personne et qui connaissent parfaitement les exigences du concours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'int&#233;r&#234;t qu'il y aurait &#224; donner aux &#233;tudiants une conscience un peu plus aigu&#235; de l'histoire de notre enseignement, je suis naturellement tout &#224; fait d'accord avec vous. La n&#233;cessit&#233;, sur laquelle j'ai insist&#233; tout &#224; l'heure, d'une contextualisation des diff&#233;rents savoirs vaut tout aussi bien pour notre propre discipline. Il est important d'avoir conscience du fait que l'enseignement de la philosophie n'est pas comme une sorte de bulle d'air : il s'inscrit dans une histoire, il existe diff&#233;rents courants, etc. La comparaison de ce qui a pu se passer &#224; diff&#233;rentes &#233;poques pourrait d'ailleurs nous aider &#224; mieux comprendre o&#249; nous en sommes et &#224; d&#233;dramatiser certains d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois aussi qu'il serait important que les futurs professeurs aient une id&#233;e plus concr&#232;te de leur futur m&#233;tier. Dans son rapport, Andr&#233; Pessel propose d'inclure dans la formation des &#233;tudiants un stage dans une classe. Je ne puis qu'approuver. Peut-&#234;tre d'ailleurs cela en fera-t-il renoncer certains : apr&#232;s avoir pass&#233; quelques mois dans une classe, peut-&#234;tre ne souhaiteront-ils plus se pr&#233;senter au CAPES ou &#224; l'agr&#233;gation. Ce ne serait sans doute pas une mauvaise chose que certains fassent cette exp&#233;rience avant, plut&#244;t que de pr&#233;parer pendant trois ou quatre ann&#233;es des concours pour se rendre compte ensuite qu'ils n'&#233;taient pas du tout faits pour ce m&#233;tier. Savoir vraiment en quoi va consister son m&#233;tier, cela aussi fait partie pour moi de ce que j'ai appel&#233; l' &#171; esprit de sol &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors vous me dites : la le&#231;on, ce n'est pas la m&#234;me chose qu'un cours. Bien entendu. La le&#231;on est une situation artificielle : il faut tout rassembler en quelques heures, on est plus ou moins en forme ce jour-l&#224;&#8230; Mais quand m&#234;me, ce n'est pas tout &#224; fait vrai : on ne fait pas dans une le&#231;on et dans un cours des choses si diff&#233;rentes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un a dit tout &#224; l'heure : comment voulez-vous que, dans une le&#231;on de concours, on puisse s'engager philosophiquement ? Mais bon sang ! cela ne me para&#238;t pas si difficile ! En r&#233;alit&#233;, vous le savez tous : quand on parle vraiment, quand on s'engage dans un v&#233;ritable travail philosophique, lorsqu'on est vraiment dans son affaire et qu'on effectue un parcours philosophique, eh bien, au bout de cinq minutes &#8212; quelle que soit la situation : concours, examen, ou situation de classe &#8212;, on se concentre sur son affaire et puis on construit une probl&#233;matique : on donne des raisons, on trouve des objections et, s'il y a des &#233;l&#232;ves, on discute avec eux, et voil&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ce n'est pas une bonne chose de trop dissocier situation de concours et situation de classe. M&#234;me en situation de concours, on peut quand m&#234;me montrer ce qu'on a dans l'estomac. &#199;a ne veut pas dire qu'ensuite on sera n&#233;cessairement un bon professeur. Et je sais comme vous, pour l'avoir exp&#233;riment&#233;, qu'on ne fait pas le m&#234;me cours selon la section, selon le nombre d'&#233;l&#232;ves, selon l'heure de la journ&#233;e&#8230; Je le sais comme vous. Mais en m&#234;me temps, on ne fait pas quelque chose de si diff&#233;rent et il y a un certain nombre de crit&#232;res communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis trois ans que je suis pr&#233;sidente du jury d'agr&#233;gation, je demande &#224; chacun de faire des rapports extr&#234;mement soign&#233;s qui soient le plus clairs possible. Nous pr&#233;cisons les modalit&#233;s et les crit&#232;res de chaque &#233;preuve. Je demande &#224; chacun de ne pas seulement critiquer ce qui a &#233;t&#233; lu et entendu, mais de donner des exemples concrets, d'&#234;tre le plus positif possible &#224; l'&#233;gard des candidats. Nous essayons dans le rapport d'expliquer aux candidats pourquoi ils ont une repr&#233;sentation erron&#233;e de certaines &#233;preuves et pourquoi ils doivent en changer. Je ne sais pas si ce sera suivi d'effets et il est possible que je m'illusionne compl&#232;tement sur la nouvelle image que je veux donner des &#233;preuves. Mais je crois qu'il est essentiel malgr&#233; tout qu'on ne se repr&#233;sente pas la le&#231;on, en situation de concours, comme une &#233;preuve totalement artificielle et de pure rh&#233;torique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis tout de m&#234;me surprise, en lisant les rapports d'agr&#233;gation, de constater que les exigences qui y sont pos&#233;es sont exactement les m&#234;mes que celles que nous avons &#224; l'&#233;gard de nos &#233;l&#232;ves en terminale, et qu'elle sont formul&#233;es dans les m&#234;mes termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cela vous &#233;tonne ? Moi, je trouve cela plut&#244;t r&#233;confortant ! Cela confirme ce que je viens de dire et montre bien qu'il y a un accord, &#224; tous les niveaux de la discipline, sur ce que sont les exigences minimales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais &#231;a voudrait dire qu'on exige des &#233;l&#232;ves de terminale la m&#234;me chose que ce qu'on exige des candidats &#224; l'agr&#233;gation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui. Ni plus ni moins. Vous ne demandez pas &#224; vos &#233;l&#232;ves de passer un concours d'entr&#233;e au CNRS. Mais ce n'est pas non plus ce qu'on demande aux candidats &#224; l'agr&#233;gation ! On leur demande d'&#234;tre capables d'organiser leurs id&#233;es, d'argumenter, de s'exprimer clairement, et de conna&#238;tre un certain nombre de choses. Et quand vous &#234;tes professeur de lyc&#233;e, vous attendez de vos &#233;l&#232;ves qu'ils sachent un certain nombre de choses et qu'ils les expriment clairement. L'essentiel c'est &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne voudrais pas donner l'impression d'&#234;tre exclusivement critique &#224; l'&#233;gard de l'agr&#233;gation : c'est, je pense, une formation extr&#234;mement bonne. Mais je trouve regrettable qu'il y ait un d&#233;calage aussi consid&#233;rable entre cette formation philosophique et la r&#233;alit&#233; que l'on rencontre et que l'on vit ensuite dans les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis &#224; la fois d'accord et pas d'accord avec vous. Bien entendu, ce n'est pas la m&#234;me chose de passer des concours, et d'&#234;tre ensuite professeur de philosophie. Mais ne croyez vous pas que cela vaut pour tous les m&#233;tiers et qu'il y a toujours une diff&#233;rence colossale entre la formation qu'on a re&#231;ue et ce qui se passe ensuite, une fois qu'on est dans le bain et qu'on se retrouve, par exemple, dans une entreprise ? Ce d&#233;calage est-il propre aux professeurs de philosophie ? Je n'en suis pas s&#251;re. Vous allez me dire : ce n'est pas une r&#233;ponse. Peut-&#234;tre. Mais il y a bien un moment o&#249; il faut franchir le cap et passer du statut de l'&#233;tudiant form&#233; &#224; celui de professionnel en exercice, avec toutes les difficult&#233;s du m&#233;tier. Y a-t-il des difficult&#233;s propres au professeur de philosophie ? S&#251;rement ; mais peut-&#234;tre ne faut-il pas trop dissocier les deux aspects : la formation et le m&#233;tier. Bien s&#251;r, il y a les cas o&#249; on n'arrive m&#234;me pas &#224; faire enlever le walkman des oreilles de l'&#233;l&#232;ve ! Mais, quand on enseigne, quand on fait son cours, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, c'est tout de m&#234;me bien de philosophie que l'on parle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il me semble cependant qu'il y a au sein de notre profession un double sentiment d'absence de l&#233;gitimit&#233;. D'une part, celui des agr&#233;g&#233;s : l'agr&#233;gation a la r&#233;putation de ne pas pr&#233;parer &#224; l'enseignement, eux-m&#234;mes ont souvent l'impression que leur formation ne les a pas pr&#233;par&#233;s &#224; ce qu'ils rencontrent sur le terrain et ils ne se sentent pas p&#233;dagogiquement l&#233;gitime. D'autre part, celui des certifi&#233;s et des autres enseignants qui, parce qu'ils n'ont pas l'agr&#233;gation, ne se sentent pas, eux, philosophiquement l&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je pense que ce sont de faux probl&#232;mes. Il faut que nous cessions de ressasser ces discours d'amertume. Il faut que nous soyons s&#251;rs de nous, s&#251;rs de notre discipline, s&#251;rs des choses que nous savons et que nous savons faire, et ne pas avoir de complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai tout de m&#234;me &#233;t&#233; un peu surprise de vous entendre dire qu'il n'y avait pas de probl&#232;me de recrutement des &#233;tudiants en philosophie ! Ce n'est pas tout &#224; fait ce qu'on entend en ce moment : les terminales L se vident progressivement &#8212; ce qui, un jour ou l'autre, fera moins d'&#233;tudiants &#8212;, on assiste &#224; une diminution significative des effectifs des DEUG de philo, et chacun sait que la survie d'un certain nombre d'UFR de province est loin d'&#234;tre assur&#233;e. Certes, il y a si peu de postes au concours qu'on peut dire que, pendant un certain temps, il y aura largement assez de candidats. Mais enfin, ce n'est pas cela qui suffira pour assurer &#224; moyen terme l'existence d'une philosophie un peu vivante, un peu active, d'un vivier d'enseignants, de chercheurs, ou de gens exer&#231;ant d'autres m&#233;tiers mais avec une culture philosophique solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais relier ce constat &#224; quelque chose que vous avez dit et qui m'a beaucoup int&#233;ress&#233; : la tr&#232;s grande responsabilit&#233; que portent un certain nombre d'enseignants et de chercheurs &#224; cause &#8212; je vais employer un mot que vous n'avez pas os&#233; employer, mais moi je peux me le permettre &#8212; du tr&#232;s grand m&#233;pris o&#249; ils tiennent tout ce qui se passe ailleurs que dans leur environnement imm&#233;diat, et de leur d&#233;sint&#233;r&#234;t pour l'avenir d'une discipline qui, apr&#232;s tout, les fait vivre. Je suis frapp&#233;e du contraste avec ce qui se passe en ce moment dans les disciplines scientifiques : la diminution du nombre des &#233;tudiants qui s'engagent actuellement dans des &#233;tudes scientifiques est tr&#232;s pr&#233;occupante, pas seulement en France, mais aussi &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne. Mais cette inqui&#233;tude commence &#224; &#234;tre tr&#232;s s&#233;rieusement prise en charge par des enseignants du sup&#233;rieur, des chercheurs, des gens de tr&#232;s haut niveau, qui vont d&#233;sormais rencontrer des lyc&#233;ens pour les persuader que &#171; les sciences, c'est int&#233;ressant &#187;, qui s'occupent m&#234;me du d&#233;veloppement des sciences &#224; l'&#233;cole primaire, bref, qui n'h&#233;sitent pas &#224; mettre les mains dans le cambouis. Par comparaison, il me semble qu'il y a dans le milieu philosophique une tr&#232;s grande irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous remercie d'avoir dit les choses tr&#232;s carr&#233;ment. Je ne voudrais pas avoir &#233;t&#233; mal comprise : quand je dis qu'on n'a pas de souci &#224; se faire concernant le nombre des jeunes philosophes anim&#233;s par la ferveur de la discipline, cela ne signifie pas bien entendu que je ne sois pas extr&#234;mement pr&#233;occup&#233;e, comme chacun devrait l'&#234;tre, par les faits que vous avez &#233;voqu&#233;s. Quand j'ai dit tout &#224; l'heure qu'il y a pour le moment un vivier suffisant de candidats, je n'ai fait que m'appuyer sur les chiffres : il y avait l'ann&#233;e derni&#232;re &#224; l'agr&#233;gation externe pr&#232;s de 1100 candidats pr&#233;sents (1612 inscrits) pour 82 postes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est &#233;vident que si nous ne r&#233;fl&#233;chissons pas ensemble, et avec une volont&#233; r&#233;elle d'am&#233;liorer les choses &#224; tous les niveaux, nous risquons d'avoir prochainement de tr&#232;s gros soucis. Il y a effectivement la baisse d'effectifs des terminales L, il y a la diminution du nombre d'&#233;tudiants qui s'engagent dans des &#233;tudes de philosophie : il faut que nous r&#233;fl&#233;chissions tous ensemble &#224; la mani&#232;re de sortir de ce gu&#234;pier. Et il est &#233;vident que ce sont les &#233;l&#232;ves de terminale et les &#233;tudiants des d&#233;partements de philosophie d'aujourd'hui qui permettront d'assurer demain la rel&#232;ve dans la recherche philosophique la plus pointue. Il y a un lien entre tous les probl&#232;mes et il faudrait que la profession, &#224; tous les niveaux, en soit consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous mettez en garde, dites vous, les &#233;tudiants qui viennent d'&#234;tre re&#231;us au concours contre la tentation d'&#233;chapper au lyc&#233;e. Pour ma part, j'ai rencontr&#233; les deux attitudes. J'ai vu des jeunes gens, extr&#234;mement courageux, bien convaincus que pratiquer s&#233;rieusement la philosophie exigeait qu'ils passent par l'enseignement en lyc&#233;e, au point que certains d'entre eux se mettaient, un peu par na&#239;vet&#233;, dans des situations parfois tr&#232;s difficiles, sans r&#233;aliser le prix &#224; payer. Et j'en vu d'autres qui c&#233;daient &#224; la tentation d'&#233;chapper au lyc&#233;e, et qui &#233;taient vivement incit&#233;s &#224; le faire par des universitaires : on faisait comprendre &#224; ces jeunes gens que le travail que nous faisons sur le terrain pour former les &#233;l&#232;ves de terminale n'est pas digne de la philosophie, qu'il implique des am&#233;nagements ou des compromis tels qu'ils se rendraient, en allant en lyc&#233;e, complices d'une op&#233;ration de sabordage ou de destitution de la philosophie. Excusez-moi d'avoir &#224; employer ces termes un peu vigoureux, mais j'ai vu ainsi des jeunes gens tout &#224; fait sympathiques, mais heureux de pouvoir &#233;chapper au lyc&#233;e, non pas parce qu'ils se sentaient incapables d'y enseigner, mais parce qu'&#224; leurs yeux la philosophie ne se jouait pas l&#224;, mais ailleurs : dans les milieux de la recherche et de l'universit&#233;. Je pense qu'il faut clarifier les choses et faire en sorte que nous soyons plus proches du terrain, et aussi plus compr&#233;hensifs et modestes dans les discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coutez, s'il y a quelqu'un qui est convaincu de la n&#233;cessit&#233; d'aller sur le terrain, c'est bien moi ! Mais &#8212; permettez-moi d'&#234;tre un peu offensive &#224; mon tour &#8212; je pense qu'il existe aussi chez les professeurs de lyc&#233;e une certaine illusion concernant la disparit&#233; qui existerait entre ce qui se passe au lyc&#233;e et ce qui se passe &#224; l'universit&#233;. Il ne faut pas croire que la situation du professeur d'universit&#233; soit sensiblement diff&#233;rente de celle du professeur de lyc&#233;e. Je suis professeur dans le d&#233;partement de philosophie de l'universit&#233; de Paris XII ; j'y enseigne &#8212; c'est un choix &#8212; en premi&#232;re ann&#233;e : je n'ai pas l'impression d'avoir, pour former mes &#233;tudiants de premi&#232;re ou de deuxi&#232;me ann&#233;e, des difficult&#233;s tr&#232;s diff&#233;rentes de celles que je pouvais avoir quand j'&#233;tais en lyc&#233;e. Vous pr&#233;sentez les universitaires comme des gens qui n'auraient aucune id&#233;e des difficult&#233;s rencontr&#233;es sur le terrain au lyc&#233;e, mais je ne suis pas s&#251;re qu'il y ait actuellement beaucoup de d&#233;partements de philosophie dans ce pays qui soient &#224; l'abri du genre de difficult&#233;s que vous &#233;voquez. Il ne faut pas se voiler la face : les difficult&#233;s sont communes, et c'est bien pourquoi il nous faut essayer de les affronter en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il me semble que l'agr&#233;gation est un concours ambivalent, que cette ambivalence est une source de confusions et qu'elle &#224; l'origine d'un certain nombre des probl&#232;mes dans lesquels nous nous d&#233;battons. L'agr&#233;gation a en r&#233;alit&#233; deux fonctions. D'une part, elle est un concours de recrutement pour l'enseignement secondaire. D'autre part, elle est le passeport sans lequel on n'a pratiquement aucune chance d'acc&#233;der &#224; l'enseignement sup&#233;rieur ou &#224; la recherche : c'est l&#224; une r&#232;gle non &#233;crite, tout &#224; fait singuli&#232;re, et sp&#233;cifique &#224; la France. Un des effets de cette ambivalence, c'est que l'agr&#233;gation devient en quelque sorte le crit&#232;re de l'excellence philosophique dans l'absolu, ind&#233;pendamment de toute r&#233;f&#233;rence &#224; l'exercice du m&#233;tier d'enseignant de philosophie. Dans son rapport, qu'on a d&#233;j&#224; plusieurs fois &#233;voqu&#233; dans cette discussion, Andr&#233; Pessel reconna&#238;t qu'il y a l&#224; un probl&#232;me ; mais il conclut n&#233;anmoins qu'il convient de conserver &#224; l'agr&#233;gation sa double fonction, au motif que, si elle n'&#233;tait plus qu'un concours de recrutement pour le secondaire, il faudrait bien mettre quelque chose d'autre &#224; la place pour l'entr&#233;e dans le sup&#233;rieur ou l'acc&#232;s &#224; la recherche ; et ce &#171; quelque chose &#187; risque d'&#234;tre encore moins satisfaisant. Je continue n&#233;anmoins de me poser des questions. Il me semble que la double fonction de l'agr&#233;gation et son statut de crit&#232;re de l'excellence philosophique poussent les candidats &#224; se dire &#171; je passe l'agr&#233;gation pour &#234;tre philosophe &#187; et non &#171; je passe l'agr&#233;gation pour &#234;tre professeur de philosophie &#187;. Il me semble qu'un certain nombre de probl&#232;mes dans notre profession sont li&#233;s &#224; cette ambigu&#239;t&#233; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous soulevez une question importante. L'agr&#233;gation, c'est une sp&#233;cificit&#233; fran&#231;aise. C'est vrai que dans tous les autres pays, pour devenir un professionnel de la philosophie, il n'y a pas d'agr&#233;gation : vous faites des &#233;tudes de philosophie, vous faites une th&#232;se, des articles, des livres, et, &#224; partir de l&#224;, vous pr&#233;sentez votre candidature &#224; des postes dans les universit&#233;s. Mais je vous avoue que, dans l'&#233;tat actuel de mes r&#233;flexions, j'ai tendance &#224; rejoindre les conclusions de Pessel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agr&#233;gation est un concours de recrutement au m&#234;me titre que le CAPES. Si nous voulons maintenir les deux concours, ce qui me para&#238;t souhaitable, il est clair qu'il faut, d'une mani&#232;re ou d'une autre, que l'agr&#233;gation ait une autre fonction que celle qui est assur&#233;e par le CAPES. Dans les faits, elle en a une : elle est encore, le plus souvent, une condition n&#233;cessaire, mais pas suffisante, d'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur. On peut consid&#233;rer que ce n'est pas satisfaisant, parce que cela induit les effets pervers que nous venons d'&#233;voquer et qu'un certain nombre de jeunes agr&#233;g&#233;s se disent : &#171; Moi, si j'ai l'agr&#233;gation, ce n'est pas du tout pour aller en lyc&#233;e, c'est pour entrer &#224; l'universit&#233;. &#187; Ce qui, &#224; mon sens, est un tort. Et il y a un deuxi&#232;me effet n&#233;gatif : lorsqu'on se pr&#233;sente &#224; l'universit&#233;, ce qui devrait &#234;tre important, ce n'est pas tellement d'avoir l'agr&#233;gation, mais plut&#244;t de manifester une capacit&#233; d'enseignant chercheur, et donc d'avoir un certain nombre de travaux (th&#232;se, publications) &#224; son actif. Cela me para&#238;t d'autant plus important qu'il nous faut aller, j'en suis convaincue, vers un &#233;largissement du recrutement des universitaires &#224; des philosophes d'autres pays que la France. Nous avons tout &#224; gagner &#224; accueillir dans nos universit&#233;s des coll&#232;gues &#233;trangers. De m&#234;me, nous avons tout &#224; gagner &#224; ce que nos dipl&#244;mes soient reconnus dans les autres pays. Il faut aller dans le sens de la circulation des savoirs et des personnes. Et &#224; cet &#233;gard, c'est vrai, l'agr&#233;gation peut &#234;tre un frein. Je me rappelle avoir entendu dire dans une commission de sp&#233;cialistes, &#224; propos d'un &#233;tranger candidat &#224; un poste universitaire : &#171; Ah oui, mais il n'a pas l'agr&#233;gation ! &#187; Cela s'entend peut-&#234;tre moins aujourd'hui, mais c'est vrai : l'agr&#233;gation peut &#234;tre un frein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux arguments cependant qui me font pencher en faveur du maintien de la double fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, dans quelle situation mat&#233;rielle et institutionnelle se retrouveraient les &#233;tudiants qui s'engageraient dans la pr&#233;paration de th&#232;ses sans agr&#233;gation ? Le nombre des allocations de recherches est aujourd'hui extr&#234;mement faible et tr&#232;s peu de possibilit&#233;s sont offertes aux &#233;tudiants d'avoir un cursus doctoral digne de ce nom. Quand on est agr&#233;g&#233;, au moins, on a un poste, on a de quoi vivre et on est, si je puis dire, &#171; dans le circuit &#187;. Nous n'en sommes qu'au d&#233;but des &#233;coles doctorales et de la mise en place du fameux syst&#232;me 3-5-8. Tant que notre syst&#232;me d'&#233;tudes doctorales ne sera pas plus performant, tant qu'il ne sera pas capable d'assurer &#224; tous les doctorants des conditions mat&#233;rielles stables et acceptables, de leur offrir une vraie formation de chercheur et une insertion effective dans le monde de l'universit&#233; et de la recherche, l'agr&#233;gation restera indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis surtout, je suis convaincue que la grande chance du syst&#232;me d'enseignement fran&#231;ais, c'est justement de former des gens qui soient capables &#224; la fois d'enseigner en lyc&#233;e, puis plus tard &#224; l'universit&#233;, et aussi de se consacrer &#224; la recherche. L'agr&#233;gation reste le moyen de sceller tout cela et, de ce point de vue, ce que vous appelez son &#171; ambivalence &#187; est &#224; mes yeux une bonne chose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les controverses fran&#231;aises sur l'&#233;cole : la schizophr&#233;nie r&#233;publicaine </title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/les-controverses-francaises-sur-l-ecole-la-schizophrenie-republicaine</link>
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		<dc:date>2002-05-01T09:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Par Michel Fabre &lt;br class='autobr' /&gt;
Article paru dans la revue &#201;ducation et Francophonie, Volume XXX, n&#176;1 2002 (http://www.acelf.ca/c/revue/revuehtml/30-1/03-Fabre.html) et dans l'ouvrage Enseigner et lib&#233;rer (direction Christiane Gohier), Les presses de l'universit&#233; de Laval, 20021975 &lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Fabre est enseignant-chercheur au Centre de Recherche et d'&#201;ducation de Nantes &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;bat franco-fran&#231;ais sur l'&#233;cole pi&#233;tine. Depuis l'essai de Milner (1984) les m&#234;mes arguments sont ressass&#233;s malgr&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/" rel="directory"&gt;Regards historiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Michel Fabre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans la revue &lt;i&gt;&#201;ducation et Francophonie&lt;/i&gt;, Volume XXX, n&#176;1 2002 (&lt;a href=&#034;http://www.acelf.ca/c/revue/revuehtml/30-1/03-Fabre.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.acelf.ca/c/revue/revuehtml/30-1/03-Fabre.html&lt;/a&gt;) et dans l'ouvrage &lt;i&gt;Enseigner et lib&#233;rer&lt;/i&gt; (direction Christiane Gohier), Les presses de l'universit&#233; de Laval, 20021975&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Fabre est enseignant-chercheur au Centre de Recherche et d'&#201;ducation de Nantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Intro&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat franco-fran&#231;ais sur l'&#233;cole pi&#233;tine. Depuis l'essai de Milner (1984) les m&#234;mes arguments sont ressass&#233;s malgr&#233; les nombreuses mises au point : celles de Prost (1985), de Meirieu &amp; Develay (1992), de Forquin (1993). Il est &#224; craindre que les tentatives les plus r&#233;centes d'&#233;lucidation, celle de Meirieu (1998) de Meirieu &amp; Guiraud (1997), de De Queiroz (2000 a) et (2000 b) restent pareillement sans effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat h&#233;rite de th&#232;mes qui ont re&#231;u une premi&#232;re &#233;laboration &#224; la r&#233;volution fran&#231;aise et qui ont &#233;t&#233; repris lors de l'institution de l'&#233;cole la&#239;que, sous Jules Ferry, puis dans la philosophie du radicalisme d'Alain : cl&#244;ture ou ouverture de l'&#233;cole, instruction ou &#233;ducation, savoir ou p&#233;dagogie, mise entre parenth&#232;ses ou prise en compte des diff&#233;rences. Si ces &#171; lieux &#187; constituent l'investissement id&#233;ologique de fond, le d&#233;bat s'alimente &#224; l'histoire scolaire r&#233;cente de la d&#233;mocratisation de l'enseignement. Malgr&#233; l'allure quelque peu chaotique des r&#233;formes, on peut en effet lire dans une assez grande continuit&#233; l'allongement de la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans (r&#233;forme Berthouin, 1959) la cr&#233;ation du coll&#232;ge unique (r&#233;forme Haby (1975)), la volont&#233; affich&#233;e de mettre l'&#233;l&#232;ve au centre du syst&#232;me &#233;ducatif (loi Jospin, 1989) l'objectif d'emmener 80 % d'une classe d'&#226;ge au baccalaur&#233;at 1989, enfin la r&#233;forme de la formation des ma&#238;tres avec la cr&#233;ation des IUFM en 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la compulsion de r&#233;p&#233;tition qui sous-tend ces controverses, il faut sans doute distinguer - tout comme dans le travail de l'inconscient - la mise de fond du capitaliste du travail de l'entrepreneur. On peut donc consid&#233;rer qu'&#224; l'occasion des politiques scolaires r&#233;centes sont raviv&#233;s des investissements id&#233;ologiques et symboliques profonds. Un sociologue d&#233;c&#232;lerait, sous l'&#226;pret&#233; du d&#233;bat, des enjeux de pouvoir de type identitaire ou politique. Ce qui est en question est finalement de savoir qui est l&#233;gitimement autoris&#233; &#224; parler de l'&#233;cole ? Quel est d&#233;sormais le statut des enseignants qui - jusqu'&#224; pr&#233;sent - se concevaient comme des intellectuels plus que des professionnels ? Ou encore quelles doivent &#234;tre les limites &#224; la &#171; massification &#187; de l'&#233;cole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant &#233;clairer le d&#233;bat d'un autre point de vue en caract&#233;risant les modalit&#233;s d'investissement symbolique de l'&#233;cole. Au-del&#224; des objets controvers&#233;s, il s'agirait de remonter vers les styles d'argumentation en pr&#233;sence. L'approche rh&#233;torique a montr&#233; sa f&#233;condit&#233; dans l'&#233;tude du discours p&#233;dagogique chez Daniel Hameline, Olivier Reboul ou Nanine Charbonnel. L'originalit&#233; de l'approche propos&#233;e ici dans le cadre de la &#171; fantastique transcendantale &#187; de Gilbert Durand (1969), est de consid&#233;rer la rh&#233;torique comme une instance de m&#233;diation entre imaginaire et rationalit&#233;. Les sch&#232;mes argumentatifs en pr&#233;sence dans le d&#233;bat seront donc rapport&#233;s &#224; leur matrice imaginaire et aux diff&#233;rents r&#233;gimes qui la sp&#233;cifient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont les partenaires du d&#233;bat ? On oppose selon les cas les &#171; r&#233;publicains &#187; aux &#171; d&#233;mocrates &#187; ou aux &#171; p&#233;dagogues &#187;, voire aux &#171; gestionnaires &#187; ; ou encore les &#171; r&#233;formistes aux &#171; contre r&#233;formistes, les &#171; anciens &#187; aux &#171; modernes &#187; et ceux-ci aux &#171; postmodernes &#187;. Il faut questionner ces labels qui naissent de la pol&#233;mique m&#234;me : ce sont des drapeaux ou des cibles. Soyons clairs ! Peu de protagonistes renonceraient au titre de r&#233;publicains et peu consentiraient &#224; se laisser traiter de lib&#233;raux sans revendiquer quelques qualificatifs restrictifs ou euph&#233;misants. Les positions ne recoupent d'ailleurs pas les fronti&#232;res politiques. La controverse est donc essentiellement une affaire de famille opposant des r&#233;publicains radicaux &#224; des r&#233;publicains d&#233;mocrates qui s'accusent r&#233;ciproquement de faire le lit du lib&#233;ralisme sous sa forme strictement &#233;conomique ou plus g&#233;n&#233;ralement culturelle (le post-modernisme). Bien qu'il existe une litt&#233;rature lib&#233;rale (Nemo (1991) ; Desjardins (1999)) le lib&#233;ralisme constitue moins ici un protagoniste qu'une tentation ou une menace. Il est toujours pr&#234;t &#224; envahir subrepticement l'&#233;cole &#224; la faveur de la rigidit&#233; des uns ou du laxisme des autres. C'est ainsi que sont lues les r&#233;formes et les r&#233;actions qu'elles suscitent, selon l'&#232;re du soup&#231;on, dans un jeu o&#249; deux protagonistes s'efforcent d'exclure le troisi&#232;me tout en d&#233;non&#231;ant chez l'adversaire l'in&#233;vitable retour du refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se centrera sur la pens&#233;e r&#233;publicaine, plus exactement sur l'intransigeance r&#233;publicaine &#224; la fois si n&#233;cessaire et si insupportable. N&#233;cessaire car le lib&#233;ralisme est bien r&#233;el (Van Zanten (2000) ; Careil (1998)) et appelle une critique en r&#232;gle (Joshua (1999)). Mais insupportable aussi, car la rh&#233;torique r&#233;publicaine en se durcissant bloque le d&#233;bat. La critique du lib&#233;ralisme &#233;choue ainsi comme d'ailleurs, plus g&#233;n&#233;ralement, celle du capitalisme (Boltanski &amp; Chiapillo (1999)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Controverse&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Controverses sur l'&#233;cole et fantastique transcendantale &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;publicain Charles Coutel (1999) nous met sur la voie rh&#233;torique lorsqu'il s'en prend au style parataxique des p&#233;dagogues. Selon lui, la crise de l'&#233;cole se refl&#232;te dans le langage et appelle une r&#233;sistance po&#233;tique. C'est que la rh&#233;torique des p&#233;dagogues effectue un nettoyage par le vide du vocabulaire r&#233;publicain : plus &#171; d'instituteur &#187; ni &#171; d'instruction publique &#187; mais des &#171; professeurs d'&#233;cole &#187; et une &#171; &#233;ducation nationale &#187; ! Cette &#171; novlangue &#187; impose le r&#232;gne des tautologies consensuelles, telle l'expression &#171; apprendre &#224; apprendre &#187; utilis&#233;e de mani&#232;re incantatoire. Elle recourt &#224; la parataxe, dans laquelle la juxtaposition des termes vaut explication. Toujours associer par exemple &#171; p&#233;dagogie &#187; et &#171; diff&#233;renci&#233;e &#187;, emm&#232;ne &#224; ne plus pouvoir concevoir l'une sans l'autre. La parataxe, poursuit Coutel, proc&#232;de par euph&#233;misation : quand les crises deviennent des difficult&#233;s passag&#232;res, l'&#233;cole, d'institution qu'elle &#233;tait, n'est plus qu'un service public comme la poste. La parataxe r&#233;concilie magiquement les contraires. Ainsi tout parent devient parent &#171; d'&#233;l&#232;ve &#187; ce qui cache une contradiction &lt;i&gt;in adjecto&lt;/i&gt;. Enfin un proc&#233;d&#233; de substitution mim&#233;tique trahit les concepts sous pr&#233;texte de les adapter &#224; la modernit&#233; : le projet d'&#233;tablissement remplace le programme, l'apprentissage fondamental le savoir &#233;l&#233;mentaire, l'&#233;galit&#233; des chances l'&#233;galit&#233; des droits...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique de la parataxe &#171; p&#233;dagogiste &#187; autorise par contre coup celle de la rh&#233;torique r&#233;publicaine et en fournit imprudemment la cl&#233; : l'amour de la syntaxe. Mais l'analyse doit &#234;tre pouss&#233;e jusqu'&#224; son terme. Gilbert Durand (1969) nous l'a appris : toute rationalit&#233; s'enracine dans un fond imaginaire. Le concept r&#233;sulte d'un processus de cristallisation de l'image. Et la rh&#233;torique occupe pr&#233;cis&#233;ment la place interm&#233;diaire entre image et concept. Les figures de rh&#233;toriques constituent donc une sorte de pr&#233;logique entre imagination et raison, au point que chaque structure de l'imaginaire dicte au discours rationnel sa syntaxe et m&#234;me sa logique propre. L'analyse doit donc remonter jusqu'aux structures premi&#232;res de l'imaginaire. Gilbert Durand en tente une classification selon un trajet anthropologique qui va de la r&#233;flexologie aux univers mythiques, en deux grandes polarit&#233;s : le r&#233;gime diurne et le r&#233;gime nocturne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime diurne d&#233;rive biologiquement des r&#233;flexes posturaux et de ses adjuvants sensoriels : la vue et l'audition, c'est-&#224;-dire les sensations &#224; distance. Il mobilise les sch&#232;mes verbaux de la s&#233;paration (oppos&#233;e &#224; la confusion) et de la mont&#233;e (oppos&#233;e &#224; la chute) et plus g&#233;n&#233;ralement de la distinction. Il valorise les principes logiques d'identit&#233;, d'exclusion et de contradiction. Ses structures sont de type schizomorphe et mobilisent les processus d'id&#233;alisation, de coupure, de construction g&#233;om&#233;trique, d'antith&#232;se pol&#233;mique. Il s'agit ici de fuir l'irr&#233;versibilit&#233; du temps dans un d&#233;sir d'&#233;ternit&#233; qui se manifeste &#224; la fois par la construction de syst&#232;mes explicatifs anhistoriques et par des &#171; gestes &#187; h&#233;ro&#239;ques. Le platonisme est - dans l'histoire des id&#233;es - la figure typique de ce r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le r&#233;gime nocturne au contraire, il s'agira d'apprivoiser le temps. Au r&#232;gne h&#233;ro&#239;que de l'antith&#232;se va correspondre celui de l'euph&#233;misme : valorisation de l'intimit&#233; des substances, des constantes rythmiques, r&#233;conciliation avec l'histoire. Ce processus d'euph&#233;misation rev&#234;t deux formes fondamentales sugg&#233;r&#233;es par la dualit&#233; des r&#233;flexes digestifs (&#224; tonalit&#233; coenesth&#233;sique) et des r&#233;flexes copulatifs (&#224; tonalit&#233; kinesth&#233;sique et rythmique). Le r&#233;gime nocturne se d&#233;double donc en nocturne synth&#233;tique (dramatique) ou mystique (antiphrastique). Les structures synth&#233;tiques visent l'harmonisation des contraires, l'accord avec l'ambiance. Elles proc&#232;dent d'une dialectique qui n'abolit pas les oppositions mais tente une valorisation des contraires dans le temps. C'est un exorcisme du temps par des proc&#233;d&#233;s temporels tels que le r&#233;cit. Quant aux structures mystiques (ainsi nomm&#233;es parce qu'elles relient au lieu de s&#233;parer), elles se caract&#233;risent par la double n&#233;gation, l'adh&#233;rence aux choses et aux ambiances, le refus de trancher, le souci de concilier, et enfin par l'attachement au concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Durand prend bien soin de distinguer perspective arch&#233;typale et typologie, car les r&#233;gimes de l'imaginaire ne sont ni &#233;tanches ni exclusifs les uns des autres. &#192; plus forte raison ne peut-il s'agir d'une caract&#233;rologie car les personnes concr&#232;tes (et m&#234;me les malades mentaux chez qui ces structures de l'imaginaire se rigidifient) ne sont pas d'un seul bloc. Ces pr&#233;cautions prises, les cat&#233;gories d&#233;gag&#233;es peuvent &#233;clairer les controverses franco-fran&#231;aises sur l'&#233;cole. En particulier, la syntaxe r&#233;publicaine semble une r&#233;alisation exemplaire du r&#233;gime diurne. Elle a tous les traits d'un platonisme exacerb&#233;, quasi-manich&#233;en et quasi-gnostique. Par ailleurs, les discours qui lui sont oppos&#233;s rel&#232;vent du r&#233;gime nocturne, soit synth&#233;tique soit mystique. Le d&#233;bat pi&#233;tine car la logique de l'euph&#233;misme ne r&#233;ussit qu'&#224; exacerber celle de l'antith&#232;se, ce qui relance le d&#233;bat, de mani&#232;re cyclique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;NoyauDur&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le noyau dur de la th&#232;se r&#233;publicaine &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se r&#233;publicaine renvoie &#224; trois moments fondateurs : l'antiquit&#233; grecque, la r&#233;volution fran&#231;aise li&#233;e aux Lumi&#232;res et l'&#233;cole de Jules Ferry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En grec, Ecole se dit &lt;i&gt;&#171; schol&#232;&lt;/i&gt; &#187;, le loisir. Platon, Aristote, Augustin, ces b&#226;tisseurs d'&#233;cole, en sont les th&#233;oriciens. Le loisir n'est ni d&#233;soeuvrement ni divertissement mais effort de pens&#233;e. Par rapport aux n&#233;cessit&#233;s vitales, le temps du loisir se d&#233;finit comme un &#171; dimanche de l'esprit &#187; (Baudart (1991)). C'est un espace-temps quasi sacr&#233; en tout cas &#171; s&#233;par&#233; &#187;. Cette vie de loisir, Aristote, dans &lt;i&gt;l'Ethique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt; la pense comme fin en soi, comme but supr&#234;me de la vie humaine. Entre l'ataraxie du divin et l'agitation des affaires (le &#171; &lt;i&gt;negotium &lt;/i&gt; &#187; diront les latins), &#171; &lt;i&gt;l'otium &lt;/i&gt; &#187; caract&#233;rise la vie bonne, ce &#224; quoi tout le reste est relatif. L'&#201;cole doit donc pr&#233;parer la vie de loisir, ainsi entendue. Voil&#224; pourquoi elle ne peut &#234;tre subordonn&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233; civile. Les r&#233;publicains reprennent volontiers le mot de Bachelard : &#171; l'&#233;cole n'est pas faite pour la soci&#233;t&#233;, c'est la soci&#233;t&#233; qui est faite pour l'&#233;cole &#187; (Bachelard (1970) ; Muglioni (1993)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de loisir, d&#233;barrass&#233;e des contingences et des particularit&#233;s de tous ordres, subsiste un r&#233;sidu non nul, qui est pr&#233;cis&#233;ment l'universel. Si l'on accepte de parler latin, ce r&#233;sidu n'est plus une chose particuli&#232;re mais bien une chose publique, une &#171; res publica &#187;. Du point de vue strictement politique, la r&#233;publique renvoie &#224; cette volont&#233; g&#233;n&#233;rale qu'&#233;voque le &lt;i&gt;Contrat social&lt;/i&gt; de Rousseau, et qui ne saurait se r&#233;duire &#224; la somme des volont&#233;s particuli&#232;res. L'id&#233;e de r&#233;publique suppose donc de faire abstraction des int&#233;r&#234;ts particuliers pour s'&#233;lever &#224; la consid&#233;ration de ce que les citoyens ont en commun et de ce qui, appartenant &#224; tous, n'appartient &#224; personne. Le lien entre l'id&#233;e de r&#233;publique et celle d'&#233;cole appara&#238;t si l'on veut bien consid&#233;rer qu'elles d&#233;signent &#224; chaque fois un mouvement d'abstraction, de s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus. Les penseurs de la R&#233;volution fran&#231;aise et en particulier Condorcet (1989), soudent la r&#233;publique &#224; l'&#233;cole. Car seule l'instruction du citoyen peut emp&#234;cher la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la d&#233;mocratie en d&#233;magogie. C'est ce qui autorise les intellectuels r&#233;publicains &#224; se d&#233;finir comme &#171; conscience critique de la d&#233;mocratie &#187; (Coutel (1999) ; Gaubert (1999)). Milner (1984) avait d'ailleurs magistralement exprim&#233; cette th&#232;se, cent fois reprise depuis. En France, les libert&#233;s individuelles sont pr&#233;caires. On ne peut s'y r&#233;f&#233;rer &#224; un &#171; Habeas corpus &#187; &#224; l'Anglaise ou &#224; une Constitution &#224; l'Am&#233;ricaine. En tout instant, un &#233;tat absolu peut s'instaurer : la IIIe R&#233;publique et le gouvernement de Vichy ne sont s&#233;par&#233;s que par une mince diff&#233;rence institutionnelle. La seule limite au pouvoir ou encore le seul contrepouvoir consiste dans le savoir, dans la conscience critique des intellectuels. Seule d&#233;mocratie non protestante pendant longtemps, la France ne peut maintenir les libert&#233;s formelles qu'en tablant sur l'instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette profession de foi radicale, l'&#233;cole doit &#234;tre une affaire d'&#233;tat (et non de la soci&#233;t&#233; civile) sans pour autant d&#233;pendre de l'ex&#233;cutif. C'est l&#224; toute l'id&#233;e d'espace public qu'enveloppe la relation entre instruction, chose publique et libert&#233;. Dans son opuscule &lt;i&gt;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?&lt;/i&gt; Kant distinguait l'usage &#171; priv&#233; &#187; de la raison, - celui qui s'exerce chez le soldat, le pr&#234;tre ou le fonctionnaire, comme agent d'un tout qu'ils doivent servir - et l'usage public de la raison qui s'exerce dans la libert&#233; d'expression et de publication de l'intellectuel. Ainsi, comme fonctionnaire, l'enseignant d&#233;pend de l'&#233;tat et non des usagers de l'&#233;cole. Mais en tant qu'intellectuel producteur de savoir et de libert&#233;, il participe au contr&#244;le de cet &#233;tat au nom de principes sup&#233;rieurs (Leli&#232;vre (1996) ; Nicolet (1992)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La syntaxe r&#233;publicaine relie ainsi &lt;i&gt;more geometrico&lt;/i&gt; le moment &#233;thique de la &#171; &lt;i&gt;schol&#232;&lt;/i&gt; &#187;, le moment politique de la &#171; &lt;i&gt;res publica&lt;/i&gt; &#187; et le moment &#233;pist&#233;mique du savoir &#233;mancipateur. Comme telle, elle rec&#232;le un potentiel critique extr&#234;mement puissant du lib&#233;ralisme ambiant, tant dans sa forme strictement &#233;conomique que culturelle (le post-moderne). On conna&#238;t d'ailleurs la f&#233;condit&#233; de l'id&#233;e d'&#233;mancipation, issue des Lumi&#232;res, dans d'autres contextes culturels, comme celui de l'&#201;cole de Francfort. Rien de tel ne se produit en France car, pr&#233;cis&#233;ment, cette th&#232;se r&#233;publicaine se fige en une gesticulation formelle qui n'a d'autre effet que d'enliser le d&#233;bat scolaire. En atteste l'&#233;tude de quelques &#171; lieux &#187; privil&#233;gi&#233;s de la rh&#233;torique r&#233;publicaine, qui ne sont en r&#233;alit&#233; que de faux probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Antith&#232;se&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une antith&#232;se ind&#233;passable : instruction ou &#233;ducation &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour l'int&#233;grisme r&#233;publicain, l'&#233;cole rel&#232;ve de l'instruction seule &#224; l'exclusion de toute finalit&#233; &#233;ducative. L'id&#233;e m&#234;me d'&#233;ducation est contraire &#224; celle d'&#233;cole, fulmine Muglioni (1993). Le d&#233;bat est double puisqu'il engage le rapport de l'&#233;cole &#224; l'&#233;tat et aux familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point les r&#233;publicains, se r&#233;clamant de Condorcet, refusent l'id&#233;e d'un &#233;tat &#233;ducateur. Alors que bien des r&#233;volutionnaires pr&#233;tendaient faire de l'&#233;cole l'instrument d'une r&#233;novation du peuple, selon un mod&#232;le spartiate, Condorcet ambitionnait de &#171; rendre la raison populaire &#187; et donc de former - par une instruction fond&#233;e sur des savoirs purement rationnels, d&#233;pouill&#233;e de toute croyance et &#233;loign&#233;e de toute esp&#232;ce &#171; d'enthousiasme &#187; - un citoyen &#233;clair&#233;, capable de d&#233;cisions raisonnables pour le bien commun. Condorcet r&#233;cusait ainsi tout culte de la raison et refusait que les droits de l'homme eux-m&#234;mes soient enseign&#233;s comme un cat&#233;chisme. Fils spirituel de Descartes, il ne voulait faire fond que sur l'&#233;vidence rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'une telle &#233;cole de l'instruction seule n'a jamais exist&#233;. L'&#233;cole de Jules Ferry, dont les r&#233;publicains gardent la nostalgie, visait bel et bien la formation d'une nation r&#233;publicaine et n'a cess&#233; d'inculquer une morale la&#239;que comme contrepoids aux morales confessionnelles (Leli&#232;vre (1996)). Le voeu de Condorcet de d&#233;tacher l'&#233;cole de l'ex&#233;cutif en la mettant directement sous la tutelle de l'assembl&#233;e ne s'est, lui non plus, jamais r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il d'ailleurs possible d'instruire sans &#233;duquer ? Quand les r&#233;publicains int&#233;gristes reprennent la distinction d'Alain entre l'&#233;cole de la raison et celle du sentiment, ils renvoient l'acte &#233;ducatif aux familles. Mais l'enfant ne peut devenir &#233;l&#232;ve que sur le fond d'une socialisation minimale que les familles, d&#233;sormais, assurent mal. Les r&#233;publicains ont certes raison de distinguer une socialisation de type domestique (fond&#233;e sur les relations interpersonnelles) d'une socialisation civique (fond&#233;e sur l'&#233;galit&#233; de tous devant la loi) et mieux adapt&#233;e au milieu scolaire. Mais pourquoi nier la dimension &#233;ducative inh&#233;rente &#224; tout acte d'instruction ? Antoine Prost (1985) montre bien qu'on ne peut instruire sans &#233;duquer. Qui ne pr&#233;tend qu'instruire, &#233;duque malgr&#233; lui, sans le savoir. Ceux qui nient cette &#233;vidence s'exposent au paradoxe. R&#233;gis Debray (1991) croit pr&#234;ter main forte &#224; la th&#232;se r&#233;publicaine en avouant une v&#233;ritable fascination pour son ma&#238;tre Jacques Muglioni, pourtant z&#233;lateur patent&#233; de l'instruction seule. La raison philosophique aussi impersonnelle soit-elle, aurait-elle eu tant d'attrait sur lui sans l'exemple vivant qu'en donnait le &#171; sphinx &#187; Muglioni ? Condorcet et Muglioni lui-m&#234;me auraient-ils accept&#233; sans g&#234;ne cet enthousiasme paradoxal du disciple pour l'indiff&#233;rence toute r&#233;publicaine du ma&#238;tre ? Antoine Prost a raison : refuser des relations de type domestique, n'est-ce pas du m&#234;me coup proposer des mod&#232;les civiques ? Ce qui est encore &#233;duquer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la fausse opposition de l'instruction et de l'&#233;ducation se dissiperait si l'on acceptait de distinguer quatre sens du mot &#233;ducation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'id&#233;e d'inculquer par endoctrinement ou par conditionnement un &#171; enthousiasme &#187; quelconque, une &#171; religion &#187; d'&#233;tat, f&#251;t-elle la&#239;que ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'id&#233;e de transposer &#224; l'&#233;cole le mod&#232;le d'&#233;ducation domestique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'id&#233;e d'instaurer une socialisation minimale, des r&#232;gles de vie commune, conditions &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de l'instruction et d&#233;finissant quelque chose comme une &#171; docilit&#233; &#187; (au sens &#233;tymologique d'une disposition &#224; se laisser instruire) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enfin l'id&#233;e que l'instruction est formation de l'esprit, ce que d&#233;signe d'ailleurs l'expression de &#171; discipline scolaire &#187;, et qu'elle permet donc - et elle seule - d'acqu&#233;rir des &#171; vertus &#187; telles que la rigueur ou l'honn&#234;tet&#233; intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces distinctions auraient le m&#233;rite de sortir le d&#233;bat des antith&#232;ses manich&#233;ennes et de faire entrevoir ce que pourrait &#234;tre une &#233;ducation sp&#233;cifiquement scolaire. Elles ne parviennent cependant pas &#224; clore la controverse que relance toute r&#233;forme. Un seul exemple entre mille : la tentative d'instauration d'un tutorat au coll&#232;ge dans la r&#233;forme Legrand. Quand Louis Legrand parle d'aide m&#233;thodologique au travail scolaire, les R&#233;publicains entendent direction de conscience et en appellent &#224; la la&#239;cit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;HaineP&#233;dagogie&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La haine de la p&#233;dagogie ou le sens des hi&#233;rarchies &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'opposition de la p&#233;dagogie et des savoirs rel&#232;ve du m&#234;me traitement cathartique. Elle se nourrit &#224; la fois d'un certain int&#233;grisme &#233;litiste de la &#171; grande culture &#187;, d'une incroyable ignorance de l'histoire de la p&#233;dagogie moderne et de certaines maladresses r&#233;formatrices. Le d&#233;bat, d&#233;j&#224; lanc&#233; par Milner (1984) a connu un regain de vigueur avec la cr&#233;ation des IUFM. Il s'est compl&#232;tement scl&#233;ros&#233; faute d'une suffisante analyse des deux termes en pr&#233;sence : savoir et p&#233;dagogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publicains radicaux, comme Milner, d&#233;noncent la p&#233;dagogie sous sa forme th&#233;orique et pratique. La p&#233;dagogie th&#233;orique, comme science de l'&#233;ducation, reste introuvable. Quant &#224; la p&#233;dagogie pratique, les meilleurs enseignants s'en passent. Reste une vulgate qui pr&#233;tend r&#233;duire tout enseignement &#224; une forme sans contenu. Ainsi, le p&#233;dagogue, atteint du complexe de Jacotot, pr&#233;tend tout enseigner en ne sachant rien. Finalement, la p&#233;dagogie se r&#233;duit &#224; la communication et &#224; son id&#233;ologie : soif d'innovation, vacuit&#233;, persuasion et non conviction et finalement idol&#226;trie de l'enfance. Des r&#233;publicains plus souples tol&#232;rent bien de la p&#233;dagogie pour enseigner, mais ils la r&#233;duisent &#224; un simple moyen de &#171; faire passer &#187; le savoir. Il s'agit en tout cas d'un art, voire d'un don et non d'une technique qui devrait s'apprendre par une formation sp&#233;cifique. Toute autre conception rel&#232;ve d'un complot, si non entre les gestionnaires, les syndicats et le christianisme de gauche, comme chez Milner, du moins entre les p&#233;dagogues et le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La moindre r&#233;flexion philosophique sur la p&#233;dagogie permettrait de r&#233;cuser toutes les th&#232;ses de Milner. Qui veut raison garder devrait se rappeler que la p&#233;dagogie peut se dire en trois sens fondamentaux puisqu'il peut s'agir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'une doctrine (par exemple la p&#233;dagogie Freinet) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'une r&#233;flexion sur l'action &#233;ducative en vue de l'am&#233;liorer ce que Durkheim nommait &#171; th&#233;orie-pratique &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enfin et par extension de sens, de l'art d'&#233;duquer ou d'enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De doctrine, il n'en est pas question ici puisque Milner assimile th&#233;orie p&#233;dagogique et science de l'&#233;ducation. Partons plut&#244;t de l'id&#233;e de &#171; th&#233;orie-pratique &#187;. Elle ruine pr&#233;cis&#233;ment la distinction entre une p&#233;dagogie th&#233;orique (d'ailleurs ind&#251;ment assimil&#233;e &#224; la science de l'&#233;ducation) et une p&#233;dagogie pratique, r&#233;duite &#224; un art de faire. Pour Durkheim, la p&#233;dagogie est bien une th&#233;orie et non une pratique, mais une th&#233;orie non scientifique, r&#233;flexive, sur l'action et pour l'action. Elle consiste en l'enveloppement mutuel de la th&#233;orie et de la pratique par la m&#234;me personne, sur la m&#234;me personne (Houssaye (1993)). Les r&#233;publicains qui s'effrayeraient du jargon p&#233;dagogique pourront y reconna&#238;tre une sp&#233;cification de la prudence aristot&#233;licienne : cette intelligence de l'action qui me fait juger de ce qui est bon pour moi et pour les autres en la circonstance. Peut-on, aussi facilement que Milner, refuser cette forme de r&#233;flexion sur l'action en vue de l'am&#233;liorer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Durkheim ait beaucoup h&#233;sit&#233; sur ce point, l'id&#233;e de th&#233;orie-pratique permet &#233;galement de r&#233;cuser l'amalgame entre p&#233;dagogie th&#233;orique et sciences de l'&#233;ducation. La science est vis&#233;e de v&#233;rit&#233;, alors que la p&#233;dagogie, tout comme la politique ou la m&#233;decine, tente de d&#233;finir, au sein d'une conjoncture, une ligne de force, une ligne d'action qui ne soit ni une impasse ni une ligne de fuite : une ligne &#171; juste &#187; comme aurait dit Althusser. Science et p&#233;dagogie s'opposent comme v&#233;rit&#233; et justesse. La p&#233;dagogie s'est certes con&#231;ue quelquefois comme science appliqu&#233;e, dans la psycho-p&#233;dagogie par exemple, en pr&#233;tendant d&#233;finir les conditions &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; des probl&#232;mes p&#233;dagogiques. C'&#233;tait ignorer l'hiatus entre science et action, v&#233;rit&#233; et justesse. Les sciences ne peuvent qu'&#233;clairer l'action, d&#233;finir les donn&#233;es du probl&#232;me d'action et non ses conditions ultimes qui restent &#224; la charge de l'acteur. Sachant tout de l'effet Pygmalion, c'est bien &#224; moi qu'il revient de d&#233;cider de transmettre ou non le dossier scolaire de mes &#233;l&#232;ves &#224; mon coll&#232;gue de la classe sup&#233;rieure car la condition d&#233;cisive rel&#232;ve ici de mon appr&#233;ciation du contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait d'avantage accepter la r&#233;duction de la p&#233;dagogie &#224; un simple moyen de faire passer le savoir. La prudence aristot&#233;licienne ne se r&#233;duit pas &#224; l'habilet&#233; et r&#233;cuse pr&#233;cis&#233;ment la distinction des moyens et des fins. La p&#233;dagogie, comme sp&#233;cification de la prudence, est une &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; non une &lt;i&gt;poi&#233;sis&lt;/i&gt;, une fabrication (Imbert (1992). Ce n'est que dans le domaine de la production que l'on peut distinguer les moyens et les fins. Les r&#233;publicains r&#233;duiraient-ils l'acte d'enseigner &#224; une &lt;i&gt;poiesis &lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme l'a bien montr&#233; Jean Houssaye, le jeu p&#233;dagogique est multiple. L'ignorance de son histoire r&#233;duit souvent la p&#233;dagogie au processus &#171; former &#187; des aventures non directives. Mais si nombre d'enseignants peuvent bien encore fantasmer sur &lt;i&gt;Le Cercle des po&#232;tes disparus&lt;/i&gt;, leurs pratiques sont d&#233;sormais d'un tout autre ordre (Meirieu (1998)). De m&#234;me, l'usage du vocable &#171; d'objectif &#187; ne r&#233;duit pas le processus apprendre &#224; la p&#233;dagogie des objectifs. Et la moindre information sur l'histoire de la p&#233;dagogie permettrait de s'assurer que, loin de vider l'acte d'enseigner de son contenu, elle s'est toujours d&#233;finie comme &#171; p&#233;dagogie de la connaissance &#187;, qu'elle s'est diversifi&#233;e en p&#233;dagogies &#171; sp&#233;ciales &#187; (du fran&#231;ais, des math&#233;matiques...) et &#224; pr&#233;sent en didactique des disciplines. Enfin, Milner et ses &#233;pigones ne peuvent lier le destin de la grande culture &#224; la survivance du cours magistral qu'en canonisant une forme p&#233;dagogique qui n'est qu'apparue que r&#233;cemment dans le lyc&#233;e du XIXe si&#232;cle (Prost (1985)). Une once de relativisme historique devrait suffire pour comprendre qu'il ait pu y avoir transmission avant et qu'il ne serait pas impossible qu'il y en e&#251;t apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;pris qu'affichent, depuis le d&#233;but du si&#232;cle, les intellectuels fran&#231;ais pour la p&#233;dagogie, marque en r&#233;alit&#233; une r&#233;action identitaire des enseignants des lyc&#233;es ou de des universitaires contre ceux de l'&#233;cole primaire, ces &#171; incapables pr&#233;tentieux &#187; (selon l'expression relev&#233;e jadis par la sociologue Viviane Isambert Jamati). R&#233;action raviv&#233;e par la tentative de certains syndicats d'enseignants de &#171; primariser &#187; le coll&#232;ge. C'est dans cette probl&#233;matique identitaire que la p&#233;dagogie se voit r&#233;duite &#224; un simple moyen. La distinction de la p&#233;dagogie (comme art des moyens relevant d'un don ou de l'exp&#233;rience) et du &#171; p&#233;daqogisme &#187; (comme subordonnant les savoirs &#224; la relation ou &#224; la communication) fonctionne ainsi comme embl&#232;me de reconnaissance. Elle consacre la &#171; distinction &#187; des enseignants du secondaire ou de l'universit&#233;, qui n'ont jamais renonc&#233; &#224; se d&#233;finir comme des intellectuels, face &#224; des instituteurs, devenus d'ailleurs ind&#251;ment &#171; professeurs &#187; d'&#233;cole. Aux v&#233;ritables professeurs, la ma&#238;trise d'une discipline donne une l&#233;gitimit&#233; d'acc&#232;s &#224; l'espace public. Aux professeurs d'&#233;cole, qui n'ont d&#233;cid&#233;ment plus les vertus des instituteurs de Jules Ferry, reste la p&#233;dagogie comme substitut &#224; l'ignorance. Le r&#233;gime diurne, dit Gilbert Durand, est d'essence hi&#233;rarchique. Il ne peut fonctionner qu'en opposant un haut et un bas, un noble et un vil et qu'en secr&#233;tant des distinctions qui signalent bient&#244;t des castes. Le m&#233;pris &#171; r&#233;publicain &#187; pour les institutrices de maternelle qui doivent compenser leur ignorance par le souci p&#233;dagogique de l'enfant n'est pas difficile &#224; psychanalyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;P&#233;trification&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La p&#233;trification du savoir &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;pris de la besogne p&#233;dagogique est toujours la contrepartie d'une &#171; statufication &#187; du Savoir ou de la Culture, qui deviennent chez les int&#233;gristes r&#233;publicains, des mots majuscules. Cette invocation serait la bienvenue pour rappeler la mission fondamentale de l'&#233;cole, qui est de transmettre la culture d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, si elle ne s'accompagnait en fait d'une v&#233;ritable p&#233;trification du savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publicains accusent les p&#233;dagogues de faire le lit du lib&#233;ralisme en sacrifiant la culture aux savoirs utiles en vue de l'adaptation &#224; la soci&#233;t&#233; civile et &#224; son &#233;volution. Il y aurait donc d'un c&#244;t&#233; le souci de maintenir l'id&#233;e d'&#233;tude, comme int&#233;r&#234;t d&#233;sint&#233;ress&#233; pour les chefs d'oeuvre de l'humanit&#233;, et de l'autre la distribution d'un simple viatique. On &#233;tonnerait bien des r&#233;publicains en leur montrant que les p&#233;dagogues ne sont pas les derniers &#224; stigmatiser les errements utilitaristes de l'&#233;ducation nationale. Philippe Meirieu et Marc Guiraud (1997) s'&#233;l&#232;vent ainsi contre la logique &#171; cuculturelle &#187; de l'Education nationale qui s&#233;vit dans certaines Zones d'&#201;ducation Prioritaires. Mais le d&#233;bat gagnerait en clart&#233; si l'on distinguait la valeur op&#233;ratoire des savoirs de leur utilit&#233; pour la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;cuse souvent, en France, le pragmatisme anglo-saxon (celui de Dewey par exemple) en le r&#233;duisant &#224; un utilitarisme grossier. C'est oublier que la &lt;i&gt;Th&#233;orie de l'enqu&#234;te&lt;/i&gt; (Dewey (1993)) instaure une dialectique g&#233;n&#233;rale des savoirs et des probl&#232;mes. Affirmer que tout savoir (m&#234;me celui de la grande culture) est relatif aux probl&#232;mes qui lui ont donn&#233; naissance et &#224; ceux qu'il permet en retour de poser ou de r&#233;soudre, n'est pas r&#233;duire le savoir &#224; son utilit&#233;. C'est plut&#244;t affirmer que savoir c'est &#171; s'y conna&#238;tre &#187;, comme l'avait bien vu Olivier Reboul (1980), que ce soit en grec ancien, en jardinage ou en technique informatique. Car il y a des probl&#232;mes th&#233;oriques comme des probl&#232;mes pratiques et tout savoir vivant, m&#234;me le plus &#171; culturel &#187;, ne saurait &#233;chapper &#224; cet ordre du probl&#233;matologique (Meyer (1986)). Ainsi, r&#233;clamer que l'&#233;cole prenne en charge cette dialectique du savoir et des probl&#232;mes, c'est exiger, non que le savoir scolaire devienne plus &#171; pratique &#187; ou plus &#171; concret &#187; comme on l'entend souvent, mais au contraire qu'il devienne enfin v&#233;ritablement th&#233;orique (Astolfi (1992)). Car la th&#233;orie n'est pas, comme l'indique faussement son &#233;tymologie, un objet de contemplation, mais plut&#244;t un ensemble d'outils intellectuels pour penser le monde et avoir prise sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la confusion du probl&#233;matologique et de l'utilitaire, du savoir op&#233;rant et du savoir instrumental, permet-elle aux r&#233;publicains radicaux de r&#233;cuser d'un trait de plume toute p&#233;dagogie du projet ou des situations-probl&#232;mes et plus g&#233;n&#233;ralement toute forme de p&#233;dagogie active en les accusant de pragmatisme. Sans doute &#233;galement autorise-t-elle certains p&#233;dagogues &#224; opposer trop facilement la scolastique aux savoirs de la vie et pour la vie. Ces deux positions &#233;vitent l'inconfort de s'interroger sur le statut &#233;pist&#233;mologique des savoirs scolaires. Or ce n'est pas en se bornant &#224; c&#233;l&#233;brer la valeur inestimable du patrimoine culturel, ni du reste en se livrant aux incantations d'une p&#233;dagogie des motivations, que l'on redonnera sens au savoir scolaire. En lieu et place d'un tel travail &#233;pist&#233;mologique qui se poursuit d'ailleurs au sein des sciences de l'&#233;ducation, la rh&#233;torique r&#233;publicaine d&#233;nonce tout all&#232;gement des programmes scolaires avec les mots de l'avare prot&#233;geant sa cassette. Mais &#224; quoi bon d&#233;noncer le savoir marchandise du lib&#233;ralisme si c'est pour en faire un tr&#233;sor ? N'est-ce pas le f&#233;tichiser d'une autre mani&#232;re ? Bachelard (1970) d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; cette &#171; &#226;me professorale &#187; toute fi&#232;re de son dogmatisme et crisp&#233;e sur ses titres de propri&#233;t&#233; ch&#232;rement acquis par &#171; les succ&#232;s scolaires de sa jeunesse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;LogiqueSeparation&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une logique de la s&#233;paration &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pourtant pas le sch&#232;me de l'addition ni celui de l'accumulation qui sous tendent la rh&#233;torique r&#233;publicaine, mais plut&#244;t ceux de la soustraction ou de la s&#233;paration (Sol&#232;re-Queval (1999)). Qu'il s'agisse de d&#233;finir la sp&#233;cificit&#233; d'un espace scolaire, de d&#233;gager l'horizon d'un universel &#224; partir du local ou de concevoir le mouvement m&#234;me de l'&#233;mancipation par le savoir, on peut &#224; bon droit &#233;voquer un souci de &#171; th&#233;orisation des fronti&#232;res &#187; (De Queiroz (2000 b)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole n'est pas la vie et doit se d&#233;finir en rupture avec elle. &#192; l'&#233;cole l'enfant c&#232;de la place &#224; l'&#233;l&#232;ve. Toute particularit&#233; doit &#234;tre laiss&#233;e aux vestiaires de la classe : le dialecte r&#233;gional, la religion, les croyances et jusqu'aux repr&#233;sentations s'il se peut. La pens&#233;e r&#233;publicaine reprend ainsi le geste inaugural des Lumi&#232;res que Kant d&#233;finissait comme un arrachement &#224; toute particularit&#233;, un devenir majeur, soit la capacit&#233; de s'&#233;lever &#224; l'universel, ce qui nous fait homme et non fran&#231;ais ou breton. Si &#233;duquer (ou instruire) c'est bien faire advenir l'humanit&#233; dans l'homme, l'homme r&#233;publicain, d&#233;gag&#233; de toutes particularit&#233;s, appara&#238;tra toujours trop abstrait pour une pens&#233;e historique ou sociologique qui ne peut penser l'humanit&#233; qu'incarn&#233;e dans un contexte historique d&#233;termin&#233;. On reconna&#238;t l&#224; le conflit entre les Lumi&#232;res et le Romantisme (Legros (1990)). S'il est entendu que l'homme n'a pas de nature au sens o&#249; les animaux en ont une, le devenir humain peut se comprendre comme arrachement ou au contraire comme enracinement. &#192; l'introuvable homme abstrait des Lumi&#232;res, on opposera le fait de n'avoir jamais rencontr&#233; que des humanit&#233;s particuli&#232;res, celle des fran&#231;ais, des canadiens ou m&#234;me des qu&#233;b&#233;cois toujours n&#233;cessairement enracin&#233;s dans une culture d&#233;termin&#233;e. L'int&#233;grisme r&#233;publicain de Finkielkraut (1987) se mobilisera ainsi contre le romantisme d'Herder et son id&#233;e de Volkgeist, source suppos&#233;e du relativisme des sciences humaines. D'autres croiront d&#233;celer chez les d&#233;mocrates, comme Touraine et ses disciples, le retour des th&#232;mes traditionalistes et m&#234;me franchement r&#233;actionnaires d'un Bonald ou d'un de Maistre (Statius (1998)). Aussi &#233;clairant que puisse para&#238;tre un tel western m&#233;taphysique, il a surtout pour fonction d'&#233;viter &#224; la rh&#233;torique r&#233;publicaine de reposer &#224; nouveaux frais, c'est-&#224;-dire &#171; socio-historiquement &#187; le probl&#232;me de la sp&#233;cificit&#233; de l'espace scolaire (De Queiroz (2000b)) et de transformer le sch&#232;me de la s&#233;paration en v&#233;ritable &#171; spaltung &#187; schizophr&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de l'ouverture de l'&#233;cole sur la vie en fournit une premi&#232;re illustration. S'agit-il de confondre l'&#233;cole et la vie ? Si les utopies d'Yvan Illich sont toujours susceptibles de rena&#238;tre, par&#233;es de nouveaux atours technologiques, les p&#233;dagogues - eux - ont toujours r&#233;clam&#233; une cl&#244;ture scolaire. M&#234;me Rousseau qui r&#234;ve d'une p&#233;dagogie &#224; l'air libre, n'en exige pas moins de son &#233;l&#232;ve qu'il soit au moins symboliquement orphelin, c'est-&#224;-dire lib&#233;r&#233; des influences de la famille comme de celle du monde et soumis sans r&#233;serve &#224; l'autorit&#233; du pr&#233;cepteur. D'ailleurs, Rousseau envisage l'espace &#233;ducatif comme une &#238;le (celle de Robinson Cruso&#233;) o&#249; la valeur des choses se mesurerait &#224; leur usage. Faut-il pour autant faire de l'&#233;cole une citadelle ? Certes l'&#233;cole n'est pas un lieu de production et devrait &#234;tre &#224; l'abri des imp&#233;ratifs qui lui sont li&#233;s. Alain a raison sur ce point : logique d'apprentissage et logique de production sont antinomiques, c'est bien tout le probl&#232;me des p&#233;dagogies du projet ou de l'alternance d'avoir &#224; g&#233;rer ces tensions. L'&#233;cole est bien menac&#233;e de toutes les d&#233;rives lib&#233;rales li&#233;es &#224; une mauvaise conception de la d&#233;centralisation ou &#224; un d&#233;tournement de l'autonomie relative des &#233;tablissements (Careil (1998)). Doit-on pour autant exiger le retour &#224; une gestion exclusivement jacobine ? Enfin, comment concevoir ce lieu prot&#233;g&#233; de l'&#233;tude ? Comme un monast&#232;re o&#249; ne devrait entrer aucun bruit du monde ? Ou comme un lieu &#224; la fois abrit&#233; et ouvert permettant de construire les outils intellectuels qui permettent pr&#233;cis&#233;ment de penser ce monde et d'avoir prise sur lui ? M&#234;me dans l'&#233;cole nouvelle, le mot d'ordre de &#171; l'ouverture sur la vie &#187; n'a jamais signifi&#233; l'abolition des fronti&#232;res. Il s'agissait essentiellement d'une attaque contre le formalisme des activit&#233;s scolaires, la &#171; scolastique &#187; comme disait Freinet. En r&#233;alit&#233;, les p&#233;dagogues on toujours tent&#233; de filtrer les influences du monde, ne serait-ce qu'en fuyant les villes vers les campagnes suppos&#233;es moins corrompues. Mais comment former l'esprit critique sans l'exercer ? Comment &#233;manciper sans permettre l'exercice du jugement ? Aux r&#233;publicains int&#233;gristes qui seraient tent&#233;s de laisser les techniques modernes d'information &#224; la porte de l'&#233;cole, leur chef de file, Milner (1984) donne des conseils beaucoup plus subtils : celui de retourner ces techniques contre leurs finalit&#233;s manifestes. En &#233;cho, Fran&#231;ois Dubet (1999) ne voit pas pourquoi on s'interdirait de faire travailler les &#233;l&#232;ves sur la fabrication du journal t&#233;l&#233;vis&#233; comme on le fait sur la gen&#232;se d'un texte de Flaubert. En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas &#224; opposer la lecture de Platon ou celle de Flaubert &#224; la visite d'une salle de r&#233;daction mais plut&#244;t &#224; les mettre en rapport. Car que serait une culture qui ne permettrait pas de penser le monde ? Et pourquoi Nietzsche, l'intempestif, celui qui d&#233;non&#231;ait si bien l'emprise du journaliste &#171; ce ma&#238;tre de l'instant &#187; ne fournirait-il ici les armes de la critique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la d&#233;finition de l'espace scolaire exige bien de repenser le rapport de l'&#233;cole et de la vie, non plus sous le registre de la &#171; spaltung &#187; schizophr&#233;nique mais plut&#244;t sous celui de la dialectique continuit&#233; / rupture h&#233;rit&#233;e de Bachelard. C'est &#224; quoi s'emploient les r&#233;publicains p&#233;dagogues (il y en a !). Georges Snyders (1986) que l'on ne peut suspecter de complaisance ni pour l'&#233;cole nouvelle, ni pour Yvan Illich, ni pour la non-directivit&#233;, l'a magistralement exprim&#233; sur le cas de la musique qu'il pensait exemplaire de tous les enseignements de l'&#233;cole aujourd'hui : comment faire d&#233;couvrir et faire aimer Mozart &#224; des &#233;l&#232;ves qui n'aiment que le Rapp ? Certainement pas en les projetant d'entr&#233;e de jeu dans un univers qui leur est &#233;tranger, fusse celui des chefs d'oeuvre ! Certainement pas en les enfermant dans leur musique propre au motif que leur culture vaudrait bien la &#171; grande culture &#187;. Pour Snyders, toute &#233;cole suppose une hi&#233;rarchie de valeurs et implique un panth&#233;on de chef-d'oeuvres, quelle que soit la part d'arbitraire qu'implique sa constitution. Y a t-il alors d'autre issue que de travailler la culture musicale premi&#232;re des jeunes en les emmenant &#224; distinguer Rapp et Rapp (car m&#234;me dans ce cas, tout ne se vaut pas !) et en essayant de les accompagner vers une musique d'une perfection plus grande, gr&#226;ce &#224; laquelle ensuite ils pourront mieux comprendre et &#233;valuer leur culture premi&#232;re ? La proposition de Snyders est tout le contraire d'une d&#233;mission. Mais elle exige que soient dialectis&#233;es les oppositions st&#233;riles entre l'&#233;cole et la vie, l'opinion et la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut certes que l'enfant devienne &#233;l&#232;ve, mais cela implique-t-il de refuser de consid&#233;rer les particularit&#233;s dont il faut s'affranchir ? La s&#233;paration devient &#171; spaltung &#187; schizophr&#233;nique quand l'&#233;mancipation par le savoir entra&#238;ne la n&#233;gation pure et simple de toute d&#233;termination. Mais les p&#233;dagogues bachelardiens savent bien, par exemple, que la science ne se substitue pas miraculeusement &#224; l'opinion sans un travail sur celle-ci. C'est cet examen des pr&#233;jug&#233;s qui d&#233;finit pourtant le rationalisme dont la pens&#233;e r&#233;publicaine s'inspire. Les r&#233;publicains ont raison : il n'y a pas d'&#233;cole sans projet &#233;ducatif et ce projet est r&#233;sistance au monde. Dubet (1999) en convient : ce n'est jamais pour l'adaptation au monde tel qu'il est que l'&#233;cole se cr&#233;e. Les Carolingiens veulent cr&#233;er une &#233;lite chr&#233;tienne, les J&#233;suites inventent l'homme de la contre-r&#233;forme, la R&#233;publique veut cr&#233;er l'homme du nouveau r&#233;gime. L'&#233;cole n'est ni adh&#233;sion au monde ni conservatoire de l'enfance ou de la jeunesse : elle se d&#233;finit toujours par le souci de faire advenir l'homme et le citoyen dans l'&#233;l&#232;ve et souvent m&#234;me par l'utopie d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. Mais cette vis&#233;e de changement suppose qu'au lieu d'ignorer l'enfant dans l'&#233;l&#232;ve, on prenne en charge le devenir &#233;l&#232;ve de l'enfant. Bachelard recommandait de ne pas confondre commencement et fondement : il conseillait de prendre en compte l'enfant dans l'&#233;l&#232;ve (ses repr&#233;sentations, ses opinions) non pour l'idol&#226;trer mais pour le purger au contraire de tout infantilisme. Et il concevait l'instruction comme une catharsis, comme une psychanalyse de la connaissance ou encore comme un travail sur les opinions, les repr&#233;sentations, afin que puisse na&#238;tre quelque chose comme une pens&#233;e scientifique ou plus g&#233;n&#233;ralement une pens&#233;e appuy&#233;e sur des raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;fuite&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fuite hors du r&#233;el &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;grisme de la s&#233;paration va de pair avec une fuite hors du r&#233;el. La rh&#233;torique r&#233;publicaine ne contribue pas &#224; probl&#233;matiser v&#233;ritablement la question scolaire. Pour qu'une telle op&#233;ration puisse avoir lieu, il faudrait que s'instaure une dialectique des faits et des raisons ou encore des donn&#233;es et des principes. En d'autres termes, les principes r&#233;publicains ne peuvent servir de normes de jugement qu'en se confrontant &#224; un r&#233;el suffisamment objectiv&#233;. Charles Coutel (1999) tout en d&#233;plorant &#171; l'hypersociologisation &#187; des faits scolaires, en appelle pourtant &#224; un dialogue entre philosophes et sociologues : &#171; Les sociologues invitent les philosophes &#224; &#234;tre attentifs au devenir effectif des principes dans les institutions ; qu'ils apprennent des philosophes &#224; ne pas d&#233;sesp&#233;rer des principes &#187;. Ce dialogue n&#233;cessaire, comment la rh&#233;torique r&#233;publicaine peut-elle &#224; la fois le r&#233;clamer et l'interdire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, quand l'int&#233;grisme r&#233;publicain conteste aux sciences humaines toute l&#233;gitimit&#233;, la sociologie se voit r&#233;cus&#233;e comme sociologisme (Finkielkraut (1987) ; Muglioni (1993)). Le sociologisme transmute les faits en valeurs, prend les nouvelles donn&#233;es soci&#233;tales comme des normes, s'abandonne &#224; la dictature de l'opinion, confond l'esprit du temps et les exigences de la pens&#233;e et finalement prend les standards de comportements pour des imp&#233;ratifs cat&#233;goriques. Mais r&#233;duire la sociologie de l'&#233;cole au sociologisme, c'est amalgamer la posture d'enqu&#234;te &#224; une adh&#233;sion sans r&#233;serve &#224; l'&#233;cole telle qu'elle est et aux &#233;l&#232;ves tels qu'ils sont. Le sociologue n'est-il pas spontan&#233;ment relativiste depuis Herder ? Mais alors, qui dressera cet &#233;tat des lieux de l'&#233;cole que r&#233;clame le r&#233;publicain Charles Coutel (1999), pour savoir enfin qui sait ou ne sait pas lire en entrant en sixi&#232;me ? Certes, on ne peut isoler les faits sociologiques des probl&#233;matiques th&#233;oriques &#224; partir desquelles on les construit. Mais inversement la critique de l'id&#233;ologie sous-jacente aux enqu&#234;tes sociologiques ne peut, aussi cavali&#232;rement qu'on le propose parfois, invalider automatiquement les constats empiriques. Elle ne saurait en tout cas dispenser d'en proposer la r&#233;interpr&#233;tation dans un autre cadre th&#233;orique. Critiquer le fatalisme sociologique des th&#233;ories de Bourdieu et Passeron ne dispense pas pour autant de prendre en compte le fait que, d&#233;sormais, la s&#233;lection sociale s'effectue dans et par l'&#233;cole et donc que l'&#233;cole - si on laisse faire - reproduira in&#233;luctablement les in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t d'ailleurs le prix de cette ignorance des sciences humaines. Faute de lire les sociologues, les r&#233;publicains int&#233;gristes en sont r&#233;duits &#224; pratiquer un mauvais journalisme. La querelle autour des IUFM l'a bien montr&#233;, la rh&#233;torique r&#233;publicaine fait fl&#232;che de tout bois : culte du fait divers mont&#233; en &#233;pingle, colportage des rumeurs sans le moindre souci de v&#233;rification des sources, t&#233;moignages re&#231;us sans critiques et enfin souvenirs personnels plus ou moins nostalgiques &#233;rig&#233;s &#224; la dignit&#233; de faits historiques et oppos&#233;s aux &#171; charlataneries &#187; des statisticiens (Muglioni (1993)). On ne traite d'ailleurs par mieux l'histoire que la sociologie. L'int&#233;grisme r&#233;publicain, contempteur du pr&#233;sent de l'&#233;cole, peut tranquillement se fabriquer un &#226;ge d'or, une &#233;cole par&#233;e de toutes les vertus r&#233;publicaines : celle de Jules Ferry. Des historiens de l'&#233;ducation reconnus (Leli&#232;vre &amp; Nique (1997)) ont beau montrer, preuves &#224; l'appui, que l'&#233;cole de Jules Ferry &#233;duque plus qu'elle n'instruit, qu'elle consacre l'in&#233;galit&#233; fondamentale du peuple et de la bourgeoisie en instaurant un double r&#233;seau d'enseignement, que les passages d'un r&#233;seau &#224; l'autre sont beaucoup plus rares qu'on ne le dit dans les familles o&#249; l'on a toujours un exemple d'ascension sociale &#224; citer (Leli&#232;vre (1996)), rien ne peut d&#233;truire le mythe. Des r&#233;publicains plus avertis de l'histoire ont beau parler du &#171; filtre Ferry &#187; (Coutel (1999)) la majorit&#233; des argumentaires continuent imperturbablement &#224; situer l'&#233;cole de Jules Ferry dans le droit fil des Lumi&#232;res et de Condorcet. N'y a-t-il pas l&#224; - comme le d&#233;nonce Fran&#231;ois Dubet - une fabrication de Chim&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la rh&#233;torique r&#233;publicaine traite si cavali&#232;rement les faits, c'est que son int&#233;r&#234;t est ailleurs. Son v&#233;ritable terrain d'&#233;lection est celui du droit. C'est pourquoi s'engage un v&#233;ritable conflit des facult&#233;s entre philosophie politique et sciences humaines. Que l'&#233;cole ait affaire &#224; des &#233;l&#232;ves et non &#224; des enfants signifie certes que sa mission est diff&#233;rente de celle des familles. Cela n'interdit pas de s'interroger sur les conditions de possibilit&#233; effectives du devenir &#233;l&#232;ve de l'enfant, ce qui est l'objet de la psychologie scolaire. Que l'&#233;galit&#233; devant l'instruction soit un droit fondamental de la r&#233;publique, n'emp&#234;che pas d'examiner si et comment ce droit s'incarne en une &#233;galit&#233; des chances. Mais la rh&#233;torique r&#233;publicaine se m&#233;fie de l'&#233;galit&#233; des chances. N'est-ce pas trop charger la barque de l'&#233;cole que de la sommer de rem&#233;dier &#224; tous les maux de la soci&#233;t&#233; ? D'ailleurs, la justice sociale rel&#232;ve moins de l'&#233;cole que du politique. Bref, s'il faut des politiques de compensation, elles ont plus &#224; voir avec l'attribution de bourses qu'avec la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e (Milner (1984)). La notion d'&#233;galit&#233; des droits consacre donc n&#233;cessairement l'id&#233;al m&#233;ritocratique. L'&#233;cole n'aurait pas &#224; se soucier des in&#233;galit&#233;s en amont ou en aval, elle n'aurait qu'&#224; &#234;tre l'&#233;cole, c'est-&#224;-dire &#224; traiter les &#233;l&#232;ves comme s'ils &#233;taient &#233;gaux. L'id&#233;e de m&#233;rite suppose en effet l'ignorance volontaire des facteurs extra-scolaires de la r&#233;ussite et de l'&#233;chec et la consid&#233;ration de la seule performance. Ce n'est l&#224; apr&#232;s tout qu'une &#171; forme sophistiqu&#233;e de la neutralit&#233; la&#239;que &#187; (Jaffro &amp; Rauzy (1999)). La justification du m&#233;rite serait donc de constituer un point d'&#233;quilibre entre justice et efficacit&#233; en combinant les exigences contraires de la s&#233;lection d'une &#233;lite et de l'&#233;galit&#233; devant l'instruction. &#192; d&#233;connecter ces exigences, &#224; vouloir s&#233;parer le principe d'efficacit&#233; de celui de justice, on courrait le risque d'encourager la constitution d'un double r&#233;seau scolaire : un pour l'&#233;lite et l'autre pour &#171; tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend bien comment la th&#233;orie de la justice de John Rawls et le &#171; voile d'ignorance &#187; qu'elle suppose, sert d'alibi th&#233;orique &#224; une fuite hors du r&#233;el, mais on voit moins alors - sur ce point tout au moins - ce qui distingue la pens&#233;e r&#233;publicaine du lib&#233;ralisme d'un Nemo (1991). La rh&#233;torique r&#233;publicaine qui se veut l'h&#233;riti&#232;re des vraies valeurs de la gauche aurait-elle d&#233;j&#224; oubli&#233; la distinction marxiste des libert&#233;s formelles et des libert&#233;s r&#233;elles ? Quand il arrive aux r&#233;publicains de lire les sociologues (c'est-&#224;-dire essentiellement Bourdieu et Passeron !), ils leur reprochent d'&#233;laborer une nouvelle philosophie du destin et lui opposent l'effort m&#233;ritoire d'individus en devenir &#233;chappant aux d&#233;terminismes familiaux (Coutel (1999)). Mais s'il est parfaitement l&#233;gitime d'&#233;laborer une sociologie des trajectoires scolaires consid&#233;rant les &#233;l&#232;ves comme des acteurs, est-on pour autant dispens&#233; de s'interroger sur les effets sociologiques d'une &#233;galit&#233; tr&#232;s r&#233;publicaine des droits ? Snyders (1976) critiquait bien ce que les sociologies de la reproduction avaient de d&#233;sesp&#233;rant mais il leur opposait alors une p&#233;dagogie progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fuite hors du r&#233;el conduit la rh&#233;torique r&#233;publicaine &#224; une crispation sur les principes, &#224; une morale de la conviction, alors que nous aurions tant besoin d'une &#233;thique de la responsabilit&#233;. L'affaire du port du foulard islamique au lyc&#233;e le d&#233;montre. Deux conceptions de la la&#239;cit&#233; s'y affrontent : neutralit&#233; ou tol&#233;rance, libert&#233; de conscience ou libert&#233; de pens&#233;e (Baub&#233;rot dans Sol&#232;re-Queval (1999)). Mais l'affaire oppose surtout deux mani&#232;res de se rapporter aux faits sociaux. On peut tout de suite se crisper sur les principes et d&#233;noncer la confusion de la sph&#232;re priv&#233;e et de la sph&#232;re publique. On peut &#233;galement tenter d'abord de comprendre la signification qu'est susceptible de rev&#234;tir, dans le cas pr&#233;sent, le port du foulard, pour cette &#233;l&#232;ve dans ce contexte-l&#224;. T&#233;moigne-t-il d'un pros&#233;lytisme religieux, d'une revendication communautaire ou d'un compromis avec la famille pour poursuivre des &#233;tudes dans une &#233;cole publique ? Il y a l&#224; diff&#233;rents cas qui n'appellent certainement pas le m&#234;me type de r&#233;ponse. Il serait pour le moins dommageable par exemple d'exclure au nom de la libre pens&#233;e la&#239;que, des &#233;l&#232;ves qui seraient en chemin vers elle. On ne pr&#234;te pas assez attention au fait que nombre de jeunes filles r&#233;clament leur r&#233;int&#233;gration au nom m&#234;me de cette la&#239;cit&#233; qui les exclut (Gautherin (2000)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Ricoeur (1990) nous invite &#224; articuler sentiment &#233;thique, norme morale et sagesse pratique. Le coeur (l'&#233;thique spontan&#233;e de l'estime de soi, de la sollicitude, de l'exigence de justice) a certes besoin de passer le test des principes. Mais ce moment du devoir ou des principes est &#224; lui seul insuffisant pour juger des cas concrets de l'action qui r&#233;clament une sagesse pratique, une prudence, laquelle revient toujours &#224; interroger la lettre de la loi par l'esprit de l'&#233;thique. La rh&#233;torique r&#233;publicaine, ignorante du r&#233;el et pleine de m&#233;pris pour la casuistique, se r&#233;duit elle-m&#234;me &#224; une gesticulation impuissante vou&#233;e aux indignations vertueuses et aux sermons. On peut dire d'elle ce que P&#233;guy disait de la morale kantienne : elle a certes les mains pures mais elle n'a pas de main ! Il lui reste, il est vrai, les media.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Conclu&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusions : la schizophr&#233;nie r&#233;publicaine &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Charles Coutel avait donc raison : la rh&#233;torique r&#233;publicaine rel&#232;ve bien de la syntaxe. Et cette syntaxe illustre superlativement le r&#233;gime diurne de l'imaginaire d&#233;crit par Gilbert Durand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien d'une fuite hors du temps pr&#233;sent dans un univers d'id&#233;alit&#233;s, d'une nostalgie de la puret&#233; o&#249; les principes, le droit, n'arrivent jamais &#224; embrayer sur des faits, ne serait-ce que pour les juger et les critiquer sur un autre mode que d&#233;nonciatoire. Les r&#233;publicains accusent la gauche de trop aimer le monde qu'elle ambitionnait jadis de transformer. On pourrait dire d'eux qu'ils ha&#239;ssent trop le monde pour tenter de le changer et m&#234;me tout simplement de le comprendre. Que reste-il &#224; ces nouveaux gnostiques si non la fuite dans un ciel d'abstraction ou dans un &#226;ge d'or chim&#233;rique ? On comprend que cette haine du monde privil&#233;gie le sch&#232;me de la s&#233;paration et refuse toute dialectique de continuit&#233; / rupture au profit d'une v&#233;ritable &#171; spaltung &#187; schizophr&#233;nique. Le refus du temps et de l'histoire conduit au primat de la logique formelle dans un univers spatialis&#233;. Il encourage un &#171; g&#233;om&#233;trisme abstrait &#187; qui s'&#233;puise dans une sym&#233;trie manich&#233;enne, sans dialectique ni compromis. Il n'est donc pas &#233;tonnant que la figure ma&#238;tresse de cette syntaxe soit l'antith&#232;se, laquelle selon Durand, exprime le conflit constant avec le monde et ses t&#233;n&#232;bres. Le psychiatre Minkowski la d&#233;crivait comme &#171; un dualisme exacerb&#233; dans lequel l'individu r&#233;git sa vie uniquement d'apr&#232;s ses id&#233;es et devient &#171; doctrinaire &#224; outrance &#187; &#187; (Durand (1969, p. 213)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dualisme finit par opposer les clart&#233;s d'en haut aux t&#233;n&#232;bres d'en bas. Le r&#233;gime diurne est par essence hi&#233;rarchique. On comprend alors que, si toute politique scolaire revient &#224; croiser une exigence aristocratique (la recherche de l'excellence) avec celle de la justice (la plus haute instruction possible pour le plus grand nombre), la m&#233;ritocratie r&#233;publicaine soit toujours port&#233;e &#224; sacrifier la seconde &#224; la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qu'on appelle tant&#244;t &#171; d&#233;mocrates &#187; et tant&#244;t &#171; p&#233;dagogues &#187; et quelquefois les deux, n'auront de cesse de ramener les r&#233;publicains aux faits sociologiques ou historiques ou encore aux humbles r&#233;alit&#233;s p&#233;dagogiques, d'att&#233;nuer leurs syst&#232;mes d'oppositions, d'assouplir leurs antith&#232;ses. &#192; l'opposition s&#232;che de l'&#233;cole moderne et de la soci&#233;t&#233; postmoderne, ils tenteront de substituer des dialectiques plus subtiles, des strat&#233;gies de continuit&#233; / rupture, voire des compromis. Bref, ils essayeront - mais tr&#232;s souvent en vain - d'instiller dans le d&#233;bat un peu de cette rh&#233;torique nocturne qui vise &#224; r&#233;concilier les oppositions dans le temps. Mais la cl&#233; des deux r&#233;gimes de l'imaginaire explique &#233;galement que, dans ce d&#233;bat, le mordant de l'attaque, l'esprit pol&#233;miste ou batailleur, soient toujours du m&#234;me c&#244;t&#233;, du c&#244;t&#233; diurne de l'int&#233;grisme r&#233;publicain. C'est que l'euph&#233;misme et l'antiphrase qui caract&#233;risent la rh&#233;torique nocturne, ne fonctionnent pas comme l'antith&#232;se : ils affirment bien une valeur mais sans pour autant d&#233;consid&#233;rer la valeur contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en est-on venu l&#224; ? Pourquoi ce d&#233;bat st&#233;rile et fratricide alors qu'il y a urgence &#224; mobiliser contre le lib&#233;ralisme envahissant une critique philosophique et sociologique digne de ce nom et qui ne se trompe pas d'ennemi ? Tout le probl&#232;me vient de ce que la voie du nocturne synth&#233;tique semble d&#233;sormais barr&#233;e. C'&#233;tait pourtant celle des grands r&#233;cits de la modernit&#233; qui, avec les Lumi&#232;res, avaient r&#233;ussi &#224; historiciser les oppositions m&#233;taphysiques entre le bien et le mal, l'erreur et la v&#233;rit&#233;. L'h&#233;ritage de la modernit&#233; historique et sa foi au progr&#232;s subissant les critiques (d'ailleurs largement justifi&#233;es) que l'on sait, il devient de plus en plus difficile d'habiter vraiment l'histoire et de l'investir de projets qui puissent d&#233;passer la gestion &#224; court terme. On peut d'ailleurs constater la faiblesse des propositions r&#233;publicaines (Gaubert (1999) ; Coutel (1999)) qui se r&#233;sument souvent, en d&#233;sespoir de cause, &#224; consacrer le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;, &#224; r&#233;clamer un moratoire des r&#233;formes, ou &#224; exiger davantage de postes d'enseignants pour des classes moins nombreuses. Si donc le temps n'est plus ni habitable ni pensable, reste &#224; se r&#233;fugier dans le manich&#233;isme tout en se confectionnant un interlocuteur mystique. C'est la faillite des grands r&#233;cits de la modernit&#233; qui am&#232;ne les r&#233;publicains &#224; devenir int&#233;gristes, faute de pouvoir rester positivistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les protagonistes r&#233;clament un v&#233;ritable projet politique pour l'&#233;cole et ils ont raison. Un tel projet suppose pourtant l'&#233;laboration d'une pens&#233;e vraiment critique, parce que susceptible d'articuler les faits et les valeurs. Soit dit sans paradoxe, c'est bien au sein des sciences de l'&#233;ducation - pourtant si d&#233;cri&#233;es - que s'esquisse aujourd'hui la meilleure critique r&#233;publicaine de l'&#233;cole. Une critique qui prend la mesure des r&#233;alit&#233;s sociologiques ou historiques, non pour sacrifier &#224; l'esprit du temps, mais pour v&#233;ritablement probl&#233;matiser le d&#233;bat en confrontant l'&#233;tablissement des faits &#224; des id&#233;es normatives. On saluera ici l'essai courageux de Samuel Joshua (1999) professeur de sciences de l'&#233;ducation et n&#233;anmoins r&#233;publicain convaincu, sans concession pour les d&#233;rives n&#233;o-lib&#233;rales qui menacent l'&#233;cole. D'autre part, pour terminer sur une note optimiste, on notera que - pour la premi&#232;re fois - les &#233;crits de Philippe Meirieu font enfin l'objet d'une v&#233;ritable attention lorsque Denis Kamboucher (2000), sp&#233;cialiste d'histoire de la philosophie, les lit comme il lisait Descartes, avec le m&#234;me respect des textes et la m&#234;me vigilance critique. On voudrait voir l&#224; les signes d'une reprise possible d'un v&#233;ritable d&#233;bat public sur les finalit&#233;s de l'&#233;cole, au del&#224; des pol&#233;miques st&#233;riles et des effets rh&#233;toriques m&#233;diatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;De Queiroz, JM. (2000 b) Les remaniements de la &#171; s&#233;paration scolaire &#187;. In &lt;i&gt;Revue Fran&#231;aise de la p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, No133, octobre-novembre-d&#233;cembre, 2000 b.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Eliard M. (2000) &lt;i&gt;La fin de l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Paris : PUF, 2000.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Jaffro L., Rauzy JB. (1999) &lt;i&gt;L'&#233;cole d&#233;soeuvr&#233;, la nouvelle querelle scolaire&lt;/i&gt;, Paris : Flammarion, 1999.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Milner J.C. (1984) &lt;i&gt;De L'&#233;cole&lt;/i&gt;, Seuil, 1984, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Muglioni J. (1993) &lt;i&gt;L'&#233;cole ou le loisir de penser&lt;/i&gt;, CNDP, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Muglioni J. (1992) L'&#233;cole sans fin ? In &lt;i&gt;Education et p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, No 15, septembre 1992.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Statius, P. (1998) La crise de l'&#233;cole r&#233;publicaine : entre le constat v&#233;rifi&#233; et le fantasme &#224; questionner. In &lt;i&gt;Actualit&#233; de l'&#233;cole r&#233;publicaine&lt;/i&gt;, CRDP de Basse Normandie, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; ACELF, Qu&#233;bec 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La philosophie, &#231;a s'apprend aussi.</title>
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		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
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		<dc:subject>Argumentation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Par Jean-Jacques ROSAT &lt;br class='autobr' /&gt; &#8220; Le professeur de philosophie cherche dans les &#339;uvres philosophiques la formulation de probl&#232;mes et les th&#232;ses qui ont encore de l'int&#233;r&#234;t aujourd'hui relativement aux questions qu'un homme de notre temps &#8212; et donc un lyc&#233;en &#8212; peut se poser. &#8221; La d&#233;marche de l'enseignement de la philosophie en terminale semble ici clairement pos&#233;e : partir des probl&#232;mes tels qu'ils se posent dans la philosophie et la culture contemporaines, et tels qu'ils sont susceptibles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/pratiques" rel="tag"&gt;Pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/sujets" rel="tag"&gt;Sujets&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/connaissances" rel="tag"&gt;Connaissances&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/argumentation" rel="tag"&gt;Argumentation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par &lt;strong&gt;Jean-Jacques ROSAT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Le professeur de philosophie cherche dans les &#339;uvres philosophiques la formulation de probl&#232;mes et les th&#232;ses qui ont encore de l'int&#233;r&#234;t aujourd'hui relativement aux questions qu'un homme de notre temps &#8212; et donc un lyc&#233;en &#8212; peut se poser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edouard Aujalleu, &#8220; Philosophie et histoire de la philosophie en classe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#8221; La d&#233;marche de l'enseignement de la philosophie en terminale semble ici clairement pos&#233;e : partir des probl&#232;mes tels qu'ils se posent dans la philosophie et la culture contemporaines, et tels qu'ils sont susceptibles d'avoir un sens pour les &#233;l&#232;ves, en s'appuyant pour leur examen sur un choix de concepts et de doctrines que l'on emprunte aux grands penseurs de la tradition et &#224; ceux d'aujourd'hui. Beaucoup de professeurs de philosophie fran&#231;ais seraient sans doute d'accord pour reconna&#238;tre l&#224; une description de ce qu'ils font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense pour ma part qu'il n'en est rien. Je ne dis pas qu'individuellement il ne nous arrive pas, aux uns ou autres, d'adopter cette d&#233;marche. Mais je dis que collectivement cette d&#233;marche n'est pas la n&#244;tre et qu'elle est m&#234;me emp&#234;ch&#233;e par la &#8220;conception officieuse&#8221; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'entends par &#8220; conception officieuse &#8221; celle qui ne se lit actuellement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui r&#233;git l'enseignement de la philosophie depuis maintenant trente ans, et par le type de programme (une double liste de notions et d'auteurs) qu'elle commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais montrer ici que cette conception et ces programmes nous livrent en r&#233;alit&#233; &#224; une sorte d'&lt;i&gt;&#233;clectisme post-moderne &lt;/i&gt;parfaitement incoh&#233;rent et nous interdisent d'articuler s&#233;rieusement les exigences d'un enseignement de &lt;i&gt;philosophie g&#233;n&#233;rale &lt;/i&gt;(d'un enseignement qui part des probl&#232;mes) et celles de l'&lt;i&gt;histoire de la philosophie&lt;/i&gt; dont l'usage est pourtant omnipr&#233;sent et permanent dans notre enseignement, mais implicite, c'est-&#224;-dire mal pens&#233; et non r&#233;gul&#233; .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est par commodit&#233; et pour faciliter le d&#233;bat avec les d&#233;fenseurs de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. L'incoh&#233;rence de la conception officieuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de sa &lt;i&gt;d&#233;marche&lt;/i&gt;, l'enseignement de terminale veut &#234;tre un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale, c'est-&#224;-dire un enseignement de probl&#232;mes. &#8220; Le programme de philosophie en France n'est pas compos&#233; par des doctrines ou des courants de pens&#233;e mais par des notions. Celles-ci ne constituent pas des chapitres &#224; travers lesquels un savoir d&#233;j&#224; constitu&#233; attendrait d'&#234;tre transmis, mais des invitations &#224; d&#233;terminer des probl&#232;mes philosophiques qui auront &#224; &#234;tre examin&#233;s en eux-m&#234;mes, les auteurs n'&#233;tant convoqu&#233;s que pour autant que leurs &#339;uvres ou leurs textes permettent de les poser ou de les &#233;lucider. Pour le dire en deux mots, l'orientation de notre enseignement n'est pas historique, mais probl&#233;matique ; c'est un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale et non d'histoire de la philosophie. Il n'en va pas de m&#234;me dans les universit&#233;s. Pour des raisons qui tiennent en particulier &#224; leur statut d'&#8220;enseignants-chercheurs&#8221; dont les travaux sp&#233;cialis&#233;s examinent le plus souvent des points de doctrine (l'&#234;tre chez Aristote, l'expression chez Spinoza, l'objectivit&#233; chez Kant), les universitaires dispensent un enseignement qui porte essentiellement sur les auteurs, et ce, dans une perspective qui est celle de l'histoire de la philosophie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;face &#224; HPEP. Il y aurait &#233;videmment beaucoup &#224; dire sur ce que cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8221; Notre enseignement serait donc un enseignement de probl&#232;mes. Mais l'est-il vraiment ? On peut en effet se le demander puisqu'il se refuse express&#233;ment et d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; d&#233;cider &lt;i&gt;quels probl&#232;mes&lt;/i&gt; seront &#233;tudi&#233;s et que leur choix est laiss&#233; &#224; la libre appr&#233;ciation individuelle de chaque professeur &lt;i&gt; : les probl&#232;mes laiss&#233;s innomm&#233;s et ind&#233;finis ne d&#233;finissent par eux-m&#234;mes aucun contenu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; en effet, l'enseignement de terminale est d&#233;fini non par des probl&#232;mes mais &#8230; par l'histoire de la philosophie toute enti&#232;re. &#8220; La philosophie est chez les philosophes &#8221;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve cette formule dans l'avant-propos d'un manuel plus ou moins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dit-on. Les &lt;i&gt;notions &lt;/i&gt;du programme ne re&#231;oivent leur contenu que de la liste des &lt;i&gt;auteurs&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des id&#233;es et des doctrines qu'on peut lire dans les ouvrages des grands philosophes depuis 2500 ans. Mais l&#224; encore, le choix parmi ces innombrables textes est laiss&#233; au seul discernement du professeur puisque &#8220; c'est l'&#233;tude des notions qui commande l'&#233;tude des philosophies. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Chauve, dans HPEP, p. 17.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le contenu n'a donc aucun cadre, ni historique, ni probl&#233;matique : il est totalement ind&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : l'enseignement de la philosophie en terminale combine &lt;i&gt;une d&#233;marche de philosophie g&#233;n&#233;rale &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;un contenu d'histoire de la philosophie&lt;/i&gt;, et cela sans que les probl&#232;mes &#224; examiner soient seulement nomm&#233;s, ni les connaissances d'histoire de la philosophie pr&#233;cis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette incoh&#233;rence a &#233;videmment de lourdes cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Personne n'est capable de dire quels probl&#232;mes doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;s. Aucun principe de discrimination n'est propos&#233; pour choisir les probl&#232;mes sur lesquels on estime important de faire r&#233;fl&#233;chir des jeunes gens de 18 ans aujourd'hui. On aurait envie de dire que ce sont les &lt;i&gt;Annales&lt;/i&gt; du baccalaur&#233;at qui fixent la r&#232;gle, mais la diversit&#233; des sujets est si illimit&#233;e que leur lecture donne le vertige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Personne n'est en mesure de dire quelles id&#233;es ou quelles doctrines doivent &#234;tre connues des &#233;l&#232;ves. La liste des auteurs au programme est significativement devenue pl&#233;thorique (50 auteurs !) et donc d&#233;pourvue de toute utilit&#233; puisqu'elle ne discrimine rien. Les manuels, depuis une trentaine d'ann&#233;es sont devenus, pour la plupart, des recueils de textes ; mais eux aussi ont fini par renoncer &#224; choisir et sont en r&#233;alit&#233; des capharna&#252;ms de textes totalement disparates o&#249; aucun &#233;l&#232;ve ne peut trouver son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La m&#233;fiance r&#232;gne &#224; l'&#233;gard des connaissances, comme en t&#233;moignent un certain nombre de recommandations largement r&#233;pandues dans la profession.&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;L'apprentissage de d&#233;finitions est devenu suspect. On peut ainsi lire des mises en garde de ce genre : &#8220; Si en posant des questions sur l'&lt;i&gt;empirisme&lt;/i&gt; [dans un interrogation &#233;crite par exemple] on veut obtenir des d&#233;finitions de dictionnaire, on les obtiendra facilement : le bachotage est assur&#233; et les compendiums vont fleurir qui proposeront des &#8220;topos&#8221; sur l'empirisme, le nominalisme, etc. Si en revanche on en fait une question philosophique, il ne sera gu&#232;re plus facile de se mettre d'accord sur ce qu'est l'empirisme que sur ce qu'est le temps : l'empirisme de Hume n'est pas l'empirisme de Locke. Et la th&#233;orie thomiste de la connaissance est-elle empiriste ? Oui sans doute, dans la mesure o&#249; elle exclut tout apriorisme ; mais elle n'implique aucune passivit&#233; de la connaissance, l'intellect &#233;tant essentiellement actif, constructeur de formes. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Perrin, HPEP, p. 30. Sur ce probl&#232;me, voir dans le pr&#233;sent volume (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On a envie de demander &#224; l'auteur de ces lignes : et toi, comment as-tu appris le sens du mot &lt;i&gt;empirisme&lt;/i&gt; ? En allant regarder dans un dictionnaire ou un SOS bac le sens de ce mot que ton professeur s'obstinait &#224; ne pas d&#233;finir ? L'argument me para&#238;t &#224; peu pr&#232;s aussi convaincant que si l'on disait qu'il ne faut surtout pas apprendre les couleurs &#233;l&#233;mentaires &#224; l'aide de cubes rouges et bleus &#224; un enfant qui commence &#224; parler sous pr&#233;texte qu'il y a toutes sortes de rouges, toutes sortes de bleus, et, en outre, toutes sortes de cubes violets qui sont tant&#244;t plus rouges que bleus et tant&#244;t plus bleus que rouges. Ou tout aussi inconsistant que si un professeur de physique refusait d'enseigner aux &#233;l&#232;ves de coll&#232;ge le concept de masse (au sens o&#249; il se distingue de celui de poids) au motif que le concept de masse est en r&#233;alit&#233; plus compliqu&#233;, qu'il y a la masse inertielle et la masse gravitationelle, etc. Il faut bien commencer par de l'&#233;l&#233;mentaire, quitte &#224; montrer ensuite que c'est plus compliqu&#233; !&lt;/li&gt;&lt;li&gt;S'agissant de l'histoire de la philosophie, il conviendrait d'en dire le moins possible aux &#233;l&#232;ves et de se limiter strictement &#224; quelques noms et &#224; quelques dates. Ainsi l'avant propos d'une anthologie de textes pr&#233;cise : &#8220; L'ordre chronologique est seulement destin&#233; &#224; rappeler que Hegel n'est pas un philosophe de l'Antiquit&#233; grecque, ou que Kant n'est pas ant&#233;rieur &#224; Leibniz ; il est important de le savoir pour &#233;viter les contresens que peuvent engendrer les anachronismes, mais non pour dissoudre les philosophes dans leur temps, comme si le philosophes n'&#233;taient que le reflet de l'&#233;poque o&#249; ils ont v&#233;cu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant-propos &#224; La philosophie par les textes, op. cit.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8221; Ou encore : &#8220; Il va de soi que tout professeur, dans notre discipline, s'efforce d'apporter &#224; ses &#233;l&#232;ves des &#233;l&#233;ments de culture philosophique et qu'il est amen&#233; &#224; condamner des ignorances : le &lt;i&gt;je pense donc je suis&lt;/i&gt;, c'est Descartes et non Pascal. Voil&#224; quelque chose que l'on peut apprendre et retenir, comme on peut apprendre et retenir les r&#232;gles de la m&#233;thode ou les formules de l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique. Nul ne conteste qu'il faut que les &#233;l&#232;ves acqui&#232;rent une culture philosophique. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Chauve, HPEP, p. 15&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Donc la culture philosophique, c'est &#8220; qui a &#233;crit le &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode &lt;/i&gt; ? &#8221; ou &#8220; Leibniz a-t-il pu lire la &lt;i&gt;Critique de la raison pure &lt;/i&gt; ? &#8221; On est au niveau du &lt;i&gt;Trivial Poursuite&lt;/i&gt; ! Ou de ces QCM dont on nous fait un &#233;pouvantail depuis 30 ans et dont on ne cesse de nous annoncer qu'ils finiront par remplacer la dissertation si, par malheur, la moindre connaissance est inscrite au programme !&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Entre l'exigence de mise en contexte qu'implique toute lecture un peu rigoureuse de textes philosophiques et l'exigence de d&#233;contextualisation li&#233;e &#224; la d&#233;marche probl&#233;matisante, la contradiction devient insoluble. On peut lire par exemple ceci : &#8220; Reste l'&#233;pineuse question de l'actualit&#233; des &#339;uvres. L'usage &#8220;probl&#233;matisant&#8221; des &#339;uvres impose leur n&#233;cessaire d&#233;contextualisation. L'&#233;tude de la &lt;i&gt;Lettre &#224; M&#233;n&#233;c&#233;e &lt;/i&gt;d'Epicure, en liaison avec une r&#233;flexion sur le bonheur, n'impose pas de longs d&#233;veloppements sur l'&#233;tat des cit&#233;s grecques sous la domination mac&#233;donienne, sur la situation des &#233;coles philosophiques au IIIe si&#232;cle avant JC, ou sur le rapport d'Epicure &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Mais on ne peut totalement &#233;viter quelques pr&#233;cisions sur le contexte de naissance d'une &#339;uvre, ne serait-ce que pour faire saisir aux &#233;l&#232;ves l'&#233;volution d'un probl&#232;me et pr&#233;venir l'illusion d'une philosophie hors du temps et de l'histoire. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edouard Aujalleu, HPEP, p. 49&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pourquoi la question est-elle &#233;pineuse ? Parce qu'on est pris dans une contradiction : il faut n'enseigner qu'&#224; partir des probl&#232;mes (ce qui implique de d&#233;contextualiser) ; mais les probl&#232;mes sont cens&#233;s &#234;tre essentiellement dans les textes, lesquels &#233;videmment ont leur contexte ! Donc, bien qu'il soit interdit de parler du contexte, il convient d'en parler tout de m&#234;me &#8220;un peu&#8221; : faisons &#8220; un peu d'histoire &#8221; (comme il est dit dans le &lt;i&gt;Guide vert&lt;/i&gt; pour d&#233;signer ce minimum d'histoire, le plus souvent anecdotique, que le touriste doit conna&#238;tre pour visiter le ch&#226;teau ou la cath&#233;drale), mais surtout le moins possible. Comme s'il s'agissait l&#224; d'un mal &#224; la fois honteux et n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Nous sommes ainsi conduits &#224; ce qu'on peut appeler, en reprenant une expression fort judicieuse d'Emile Aujalleu, &#8220; &lt;i&gt;un usage implicite de l'histoire de la philosophie&lt;/i&gt; &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'emprunte cette expression fort exacte &#224; Edouard Aujalleu (HPEP, p. 48)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : nous philosophons en permanence en r&#233;f&#233;rence &#224; des textes, en les commentant ou en en prolongeant la lecture, parce que c'est ainsi que nous avons &#233;t&#233; form&#233;s ; l'histoire de la philosophie nourrit et irrigue continuellement notre enseignement. Mais cet usage reste &#8220;implicite&#8221; car, si le professeur conna&#238;t l'histoire, l'&#233;l&#232;ve, lui, doit, sinon l'ignorer, du moins &lt;i&gt;ne pas l'apprendre&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude conduit &#224; l'hypocrisie et &#224; l'obscurantisme. Le professeur, qui a fait ses &#233;tudes &#224; l'universit&#233;, a les cadres que l'&#233;l&#232;ve n'a pas, mais il les garde pour lui. L'&#233;l&#232;ve est jet&#233; dans la jungle ; c'est le professeur qui a la boussole et la carte, mais il ne les lui donne pas. Sinon, dit-on, l'&#233;l&#232;ve n'aurait plus &#224; &#8220;penser&#8221; ! Mais cette injonction de &#8220;penser&#8221; sans conna&#238;tre tourne &#224; l'absurde. On s'en rend tr&#232;s bien compte avec l'&#233;preuve d'explication de textes. J'ai toujours eu le sentiment, pour ce qui me concerne, que je jouais alors le prestidigitateur devant mes &#233;l&#232;ves : ceux-ci sont devant quinze lignes hors de tout contexte ; ils ne savent ni qui parle, ni de quoi, ni &#224; qui ; ils peuvent tourner le texte en tout sens : sauf si le cours leur a donn&#233; des cl&#233;s suffisamment pr&#233;cises, rien ne vient, ils ne comprennent pas. Mais d&#232;s que je commence mon corrig&#233;, hop ! je fais appara&#238;tre le sens du texte comme un prestidigitateur sort le lapin de son chapeau. Pourquoi ? Parce que je l'avais mis dedans, bien entendu, ou plut&#244;t : parce que j'ai &lt;i&gt;appris&lt;/i&gt;, moi, et &lt;i&gt;pas invent&#233;&lt;/i&gt; l'existence du probl&#232;me en question, les id&#233;es de l'auteur, les diff&#233;rentes r&#233;ponses possibles au probl&#232;me en question, etc. Bref, face &#224; mes &#233;l&#232;ves, je suis un tricheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. On se s'&#233;tonnera pas que cette incapacit&#233; &#224; articuler apprentissage de connaissances et d&#233;marche de r&#233;flexion conduise dans les copies aux d&#233;fauts majeurs sur lesquels nous ne cessons de nous lamenter : la &lt;i&gt;doxographie&lt;/i&gt; (les connaissances sans pens&#233;e) et le &lt;i&gt;bavardage&lt;/i&gt;(l'illusion de penser sans rien conna&#238;tre). Mais ce sont deux d&#233;fauts que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; avons produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Un &#233;clectisme post-moderne.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient que nous soyons ainsi incapables d'articuler correctement probl&#232;mes philosophiques et histoire de la philosophie ? J'en vois au moins deux raisons : d'une part, le syst&#232;me et la conception de l'enseignement philosophique fran&#231;ais tel qu'il existe depuis l'&#233;poque de Victor Cousin ; d'autre part, l'&#233;tat du &#8220; champ philosophique &#8221; aujourd'hui. C'est pourquoi je propose de caract&#233;riser la doctrine qui nous gouverne comme un &lt;i&gt;&#233;clectisme post-moderne&lt;/i&gt;. Cette proposition appellerait des justifications bien plus d&#233;taill&#233;es et &#233;tay&#233;es que celles que je puis fournir ici. Les quelques indications qui suivent visent seulement &#224; donner une id&#233;e de ce que j'entends sous ce terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;&#233;clectisme&lt;/i&gt; est la doctrine et le mod&#232;le qui se met en place en France, dans la premi&#232;re moiti&#233; du xixe si&#232;cle, quand la philosophie s'installe comme mati&#232;re principale dans la classe terminale des lyc&#233;es. Il inclut les id&#233;es suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La philosophie, c'est l'histoire de la philosophie.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;La philosophie est faite et termin&#233;e. Le travail du professeur de philosophie est d'expliquer et commenter les grands syst&#232;mes du pass&#233;. &#8220; la philosophie n'est plus une chose &#224; inventer &#8221;, dit Lachelier.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Certes, tous les syst&#232;mes philosophiques diff&#232;rent, ou s'opposent m&#234;me, dans leurs affirmations. Mais, si l'on fait l'effort de d&#233;gager l'essentiel de l'inessentiel, on s'apercevra que chacun d'eux &#233;chappe &#224; son temps et contient une part de la philosophie &#233;ternelle, de la &lt;i&gt;philosophia perennis &lt;/i&gt; ; &#224; cet &#233;gard, ils convergent tous. Aucun syst&#232;me n'est vrai et tous le sont ; ou plut&#244;t : c'est la philosophie qui est vraie.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Si chaque grand texte &#233;chappe &#224; l'actualit&#233; de son &#233;poque, il peut par son inactualit&#233; m&#234;me &#234;tre lu par chacun de nous et lui parler directement, sans m&#233;diation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette caract&#233;risation de l'&#233;clectisme, voir G&#233;rard Lebrun, &#8220; &#8220;Devenir de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces 4 traits me paraissent toujours d'actualit&#233;. Pour ce qui est des deux premiers &#8212; l'identification de la philosophie &#224; son histoire et l'id&#233;e que la philosophie ne s'invente plus (id&#233;e qui s'accompagne &#233;videmment d'une absence d'int&#233;r&#234;t pour la philosophie vivante) &#8212;, je prendrai comme indices deux constats que je tire de tout r&#233;cents rapports du jury de l'agr&#233;gation : ils constituent un diagnostic tr&#232;s s&#233;v&#232;re, non pas simplement sur les ignorances d'un certain nombre de candidats (comme il est de coutume dans ce genre de rapports), mais sur les connaissances, la culture et les habitudes de pens&#233;e des professeurs de philosophie dans leur ensemble, autrement dit &lt;i&gt;sur des attitudes intellectuelles profond&#233;ment enracin&#233;es dans notre profession&lt;/i&gt;. &#8220; La premi&#232;re et peut-&#234;tre la plus grave de toutes les carences est l'absence de d&#233;signation et de description du r&#233;el. On a trop souvent l'impression que celui-ci n'int&#233;resse les candidats que s'il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; l'occasion d'un discours philosophique. [&#8230;] Trop souvent, la r&#233;f&#233;rence &#224; tel ou tel philosophe remplace la pens&#233;e du r&#233;el. [&#8230;] Les candidats devraient pouvoir r&#233;pondre &#224; la question : &#224; quoi pensez-vous ? On a plut&#244;t le sentiment qu'ils r&#233;pondaient &#224; la question : &#224; qui pensez-vous ? ou : comme qui pensez-vous ? Il est vain de vouloir clore la philosophie sur sa propre histoire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Pessel, rapport du jury de l'agr&#233;gation externe, 2000.&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8221; Cette identification de la philosophie &#224; l'histoire de la philosophie va de pair avec l'ignorance des philosophies d'aujourd'hui : &#8220; La m&#233;connaissance dont t&#233;moignent trop de candidats &#224; l'&#233;gard des philosophies de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle (ph&#233;nom&#233;nologie, philosophie analytique, th&#233;ories de la justice, &#233;thique de la discussion, pragmatique transcendantale, etc.) constitue une information alarmante sur la relation que la philosophie enseign&#233;e entretient avec la philosophie telle qu'elle se fait.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Renaut, rapport du jury de l'agr&#233;gation interne, 2001.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8221;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du 3&#232;me trait &#8212; tous les syst&#232;mes convergent et, au fond, c'est la philosophie qui est vraie &#8212;, qu'on s'interroge seulement sur ce compos&#233; bizarre, ou cette &#233;trange chim&#232;re, qu'est la plupart du temps un cours de philosophie, et sur sa totale incoh&#233;rence philosophique : chacun de nous &#8212; ind&#233;pendamment d'ailleurs de ses conceptions philosophiques personnelles, comme on dit &#8212; peut tr&#232;s bien se faire tour &#224; tour, par exemple, freudien sur la conscience, sto&#239;cien sur les passions, kantien en morale, bachelardien sur la science, marxiste sur le travail, rousseauiste sur l'&#201;tat &#8230; et heidegg&#233;rien contre la technique. Nos cours ne sont-ils pas intrins&#232;quement &#233;clectiques ? Et quelles copies gagnent &#8220;&#224; l'applaudim&#232;tre&#8221; lors des commissions de concertation du baccalaur&#233;at sinon celles qui, ind&#233;pendamment de ce qu'elles peuvent dire par ailleurs, manifestent une sorte de r&#233;v&#233;rence envers la philosophie et de croyance en elle ? Comme si la v&#233;ritable mission de notre enseignement &#233;tait en d&#233;finitive persuader avant tout nos &#233;l&#232;ves de l'excellence de la philosophie parce qu'elle est la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au 4&#232;me trait &#8212; un grand texte parle &#224; chacun sans m&#233;diation &#8212;, c'est le pr&#233;suppos&#233; qui commande l'explication de texte (ou 3&#232;me sujet) telle que nous sommes cens&#233;s la pratiquer. Mais si nous n'arrivons pas &#224; nous mettre d'accord &#224; son propos depuis plus de 30 ans (la r&#233;cente reformulation de l'exercice n'a, comme on pouvait s'y attendre, rien clarifi&#233; du tout), c'est peut-&#234;tre d'abord parce qu'il repose sur cette illusion qu'on pourrait r&#233;ussir &#224; comprendre ce que Platon ou Kant ont &#224; nous dire sans avoir besoin de rien savoir d'eux ni de leurs doctrines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi qualifier cet &#233;clectisme contemporain de &lt;i&gt;postmoderne &lt;/i&gt; ? Parce que l'&#233;clectisme de Cousin, puis le spiritualisme fran&#231;ais de 1880 qui a pris sa place (et qui est une autre variante du m&#234;me mod&#232;le), constituaient des cadres communs pour tous les professeurs : on pouvait &#234;tre spiritualiste, ou positiviste, ou, un peu plus tard, bergsonien ou durkheimien, mais pour tous les professeurs de philosophie, les probl&#232;mes, le langage, les concepts, l'&#233;ventail des solutions &#233;taient les m&#234;mes. Ils s'opposaient dans leur doctrine, mais &#224; l'int&#233;rieur d'un cadre probl&#233;matique commun. Quiconque appartient &#224; une g&#233;n&#233;ration qui a encore un peu pratiqu&#233; le manuel de Cuvillier (le dernier des manuels de cette tradition) sait cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il s'est produit au d&#233;but des ann&#233;es 70 dans notre enseignement une transformation profonde qui n'a &#233;t&#233; que tr&#232;s peu analys&#233;e et dont nous n'avons pas encore pris toute la mesure : &lt;i&gt;la disparition de tout cadre probl&#233;matique commun &#224; l'ensemble des professeurs de philosophie&lt;/i&gt;. Cette disparition s'est manifest&#233;e &#224; travers deux &#233;v&#233;nements :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Le triomphe d'une conception &#8220;ultra-lib&#233;rale&#8221; du programme : contrairement &#224; la mani&#232;re dont elles avaient toujours &#233;t&#233; comprises depuis plus d'un si&#232;cle, les notions n'indiquent d&#233;sormais plus des t&#234;tes de chapitres, mais, selon la formule du programme de 1973, &#8220; des directions dans lesquelles la recherche et la r&#233;flexion sont invit&#233;es &#224; s'engager &#8221;. S'appuyant sur une interpr&#233;tation stricte de cette petite phrase, les tenants de la nouvelle doctrine (Jacques Muglioni et Bernard Bourgeois notamment) modifient radicalement la fonction du programme de philosophie : celui-ci cesse purement et simplement de structurer le cours. A la fin des ann&#233;es 60, mon professeur de terminale (qui allait devenir IPR peu apr&#232;s) prenait tranquillement les notions du programme dans l'ordre (la philosophie, la conscience, l'inconscient, la perception, l'attention, etc.). Je n'&#233;voque par ce souvenir par nostalgie, encore moins pour demander le retour &#224; cette mani&#232;re de faire,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je ne plaide pas, comme on le verra plus loin, pour un programme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais pour qu'on prenne bien la mesure de ce changement : loin, comme on le pr&#233;tend souvent, de correspondre &#224; l'esprit qui aurait toujours &#233;t&#233; celui de l'enseignement philosophique fran&#231;ais, l'interpr&#233;tation actuelle du programme de notions est une innovation r&#233;cente !&lt;/li&gt;&lt;li&gt;La quasi-disparition des manuels et leur remplacement par des recueils de textes totalement h&#233;t&#233;roclites. La philosophie, d&#233;sormais, ce sont des textes &#8212; et non plus des probl&#232;mes &#8212; &#224; travers lesquels chaque professeur construit librement son parcours en fonction de questions qu'il a choisies sans jamais avoir &#224; se demander s'il croise ou non celui de son voisin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait un autre article pour analyser s&#233;rieusement la conjoncture qui a conduit &#224; cet &#233;clatement et &#224; cette disparition de tout cadre probl&#233;matique commun dans la philosophie contemporaine. &lt;i&gt;Une&lt;/i&gt; des raisons pourrait &#234;tre l'absence dans la philosophie contemporaine d'un espace de probl&#232;mes et de d&#233;bats qui soit commun &#224; l'ensemble des philosophes aujourd'hui , l'absence d'un cadre de r&#233;f&#233;rences et m&#234;me d'un vocabulaire qui soient unanimement partag&#233;s. Comment puis-je enseigner la m&#234;me discipline que mon coll&#232;gue quand non seulement je ne lis pas du tout les m&#234;mes auteurs que lui, mais quand je tiens pour philosophiquement faibles ou mystificateurs les penseurs qui sont d&#233;cisifs pour lui (et r&#233;ciproquement), quand les probl&#232;mes qui sont cruciaux pour lui sont d&#233;pourvus de toute pertinence pour moi (et vice versa) et quand le vocabulaire &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le vocabulaire heideggerien pour un cognitiviste, et vice versa.&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il utilise est totalement d&#233;pourvu de sens pour moi (comme le mien l'est pour lui) ? Il y a l&#224; une v&#233;ritable difficult&#233; que notre profession devrait affronter comme telle, plut&#244;t que de laisser chacun s'enferme dans sa singularit&#233; et d'ent&#233;riner la g&#233;n&#233;ralisation du &#8220; diff&#233;rend &#8221; (pour parler comme Lyotard).&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Un enseignement strictement probl&#233;matique serait un enseignement anhistorique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous un instant et essayons d'imaginer, pour les besoins de l'argumentation, &#224; quoi pourrait ressembler un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale absolument coh&#233;rent, c'est-&#224;-dire un enseignement o&#249; l'on apprendrait exclusivement &#224; examiner des probl&#232;mes philosophiques en eux-m&#234;mes et pour eux-m&#234;mes ? Ce serait, &#224; n'en pas douter, un enseignement enti&#232;rement anhistorique. Si en effet les connaissance, c'est&#8211;&#224;&#8211;dire les concepts et les id&#233;es, &#224; enseigner doivent &#234;tre enti&#232;rement subordonn&#233;es aux probl&#232;mes &#8212; comme le pr&#233;tend &#8220;la doctrine officieuse&#8221; &#8212;, alors elles sont enti&#232;rement d&#233;tachables de l'histoire de la philosophie, c'est-&#224;-dire des auteurs, des doctrines et des textes qui ont donn&#233; naissance &#224; ces concepts et &#224; ces id&#233;es. Cette remarque va contre toutes nos habitudes de pens&#233;e et d'enseignement. Elle me para&#238;t pourtant difficilement contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons, pour y voir plus clair, de dresser la liste des connaissances dont on peut avoir besoin pour traiter un probl&#232;me comme : &lt;i&gt;Peut-on se fier aux sciences ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Il y a d'abord des concepts accompagn&#233;s de d&#233;finitions et de distinctions conceptuelles, par exemple, la d&#233;finition de la connaissance comme une croyance justifi&#233;e. Certes, elle remonte au &lt;i&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te&lt;/i&gt; de Platon. Mais on peut tout &#224; fait expliquer le sens de cette d&#233;finition, l'utiliser et la discuter sans faire jamais r&#233;f&#233;rence &#224; Platon. On peut prendre &#233;galement comme exemple la distinction entre des v&#233;rit&#233;s du type &#8220; la terre tourne &#8221; et des v&#233;rit&#233;s du type &#8220; la somme des angles d'un triangle est &#233;gale &#224; celle de deux angles droits &#8221; ; Leibniz parle de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;s de fait&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;s de raison&lt;/i&gt; ; Hume de &lt;i&gt;relations de faits&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;relations d'id&#233;es &lt;/i&gt; ; un philosophe analytique parlera de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;s empiriques&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;s conceptuelles.&lt;/i&gt;Mais au niveau d'initiation qui est celui la classe terminale, ces diff&#233;rences n'importent pas. Ce qui compte, c'est que l'&#233;l&#232;ve comprenne la distinction et sache l'utiliser. Et on peut la lui enseigner sans aucune r&#233;f&#233;rence &#224; ces doctrines historiquement situ&#233;es, ni &#224; des textes ni &#224; leurs auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Il y a ensuite des doctrines ou conceptions qui se pr&#233;sentent comme des r&#233;ponses &#224; des probl&#232;mes donn&#233;s ; par exemple, il est important de conna&#238;tre les termes du d&#233;bat entre d&#233;fenseurs d'une th&#233;orie de la v&#233;rit&#233;-correspondance et ceux d'une th&#233;orie de la v&#233;rit&#233; coh&#233;rence. Mais ces doctrines et leurs principaux arguments peuvent tout &#224; fait &#234;tre enseign&#233;s ind&#233;pendamment de toute r&#233;f&#233;rence &#224; Aristote, ou aux textes de la controverse entre Bertrand Russell et William James.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Il y a enfin des doctrines plus vastes qui correspondent &#224; des attitudes constantes tout au long de l'histoire de la philo ; par exemple, &lt;i&gt;l'empirisme&lt;/i&gt;. Mais on peut parfaitement expliquer ce qu'est l'attitude empiriste (toute connaissance est ou bien un donn&#233; ou bien une &#233;laboration du donn&#233; qui ne s'appuie sur rien d'autre que sur ce donn&#233; lui-m&#234;me) ou enseigner une d&#233;finition &#233;l&#233;mentaire et classique de l'empirisme (&#8220; rien dans l'entendement qui n'ait &#233;t&#233; auparavant dans les sens &#8221;), ind&#233;pendamment de l'histoire de l'empirisme et de ses diff&#233;rentes variantes. C'est m&#234;me vrai de beaucoup de concepts ou de doctrines que nous avons, dans la tradition de l'enseignement philosophique fran&#231;ais, l'habitude d'exposer sous un mode historique (c'est-&#224;-dire en les r&#233;f&#233;rant &#224; des auteurs et &#224; des textes) : examiner l'id&#233;e d'une &lt;i&gt;morale du devoir&lt;/i&gt; nous semble impliquer l'&#233;tude de Kant ; ou examiner l'id&#233;e de &lt;i&gt;contrat social&lt;/i&gt; nous semble impliquer la lecture de Hobbes, Locke ou Rousseau. Mais il y a aujourd'hui en philosophie morale des d&#233;fenseurs de la morale du devoir (contre les partisans d'une conception cons&#233;quentialiste), comme il y a en philosophie politique des d&#233;fenseurs du contractualisme. On peut donc pr&#233;senter ces id&#233;es ind&#233;pendamment de tout recours, ou m&#234;me de toute r&#233;f&#233;rence, &#224; Kant, Hobbes, Locke ou Rousseau. Ou, si on y fait r&#233;f&#233;rence, ne le faire qu'&#224; la mani&#232;re des professeurs de physique qui enseignent les 3 lois de Newton et leur donnent bien ce nom, mais juste comme un nom de bapt&#234;me, pour les distinguer de celles de Maxwell ou d'Einstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces connaissances &#8212; ces concepts, ces doctrines &#8212; se trouvent &#233;videmment dans les textes philosophiques et ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es au cours de l'histoire de la philosophie. Mais dans la discussion des probl&#232;mes philosophiques, elles peuvent &#234;tre enti&#232;rement d&#233;tach&#233;es de leurs racines textuelles et historiques. On peut donc parfaitement concevoir un enseignement &#233;l&#233;mentaire de la philosophie d'o&#249; serait absent tout recours &#224; ce qui rel&#232;ve de l'histoire de la philosophie, c'est-&#224;-dire aux textes, aux doctrines et &#224; l'historicit&#233; des concepts et des id&#233;es. Bien entendu, les professeurs auraient la connaissance de cette histoire et de ces textes (ils sont pass&#233;s par l'universit&#233;, ils ont lu Platon et Kant). Mais dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, on ne consid&#233;rerait que les probl&#232;mes tels qu'ils se posent dans le vocabulaire d'aujourd'hui. &lt;i&gt;Un enseignement de la philosophie strictement probl&#233;matique serait un enseignement enti&#232;rement anhistorique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on me comprenne bien : je ne suis pas en train de pr&#233;coniser un enseignement de ce type et de dire qu'il faudrait enseigner de cette mani&#232;re. Et je vais m&#234;me donner dans la sections suivante des arguments pour ne pas le faire. Je dis seulement qu'il faut &#234;tre coh&#233;rent : si l'on a pour principe que &lt;i&gt;l'enseignement en terminale est un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale &lt;/i&gt;dont le contenu doit &#234;tre d&#233;termin&#233; uniquement par les probl&#232;mes, alors cet enseignement doit &#234;tre compl&#232;tement &lt;i&gt;anhistorique ou d&#233;historicis&#233;&lt;/i&gt;. Le contenu d'un tel enseignement ne doit pas &#234;tre identifi&#233; avec celui des grands textes ou des grands auteurs du pass&#233;. Il faut &lt;i&gt;partir des probl&#232;mes&lt;/i&gt; tels qu'on peut les poser aujourd'hui et &lt;i&gt;d&#233;terminer le contenu de l'enseignement exclusivement &#224; partir d'eux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je reproche &#224; l'enseignement fran&#231;ais actuel, c'est son incoh&#233;rence. On dit : nous ne faisons pas comme &lt;i&gt;les Italiens&lt;/i&gt;, nous apprenons &#224; penser non &#224; partir des doctrines et de l'histoire, mais &#224; partir des probl&#232;mes. Mais partir r&#233;ellement des probl&#232;mes, ce serait faire comme les &lt;i&gt;Anglo-saxons&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou comme on se repr&#233;sente qu'ils font. La r&#233;alit&#233; de la philosophie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : mettre l'histoire entre parenth&#232;ses, ou, si l'on expose les id&#233;es d'Aristote, les discuter exactement comme si elles venaient d'&#234;tre d&#233;velopp&#233;es par un contemporain. Un v&#233;ritable enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale, un vrai enseignement de probl&#232;mes, serait un enseignement non pas &#224; la fran&#231;aise &#8212; o&#249; les textes, les doctrines et les auteurs sont en r&#233;alit&#233; omnipr&#233;sents &#8212; mais un enseignement &#224; l'anglo-saxonne, un enseignement tel qu'on a tendance &#224; le pratiquer l&#224; o&#249; domine la tradition analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarque avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite il y a quelques ann&#233;es par Pascal Engel dans un article intitul&#233; justement &#8220; R&#233;inventer la philosophie g&#233;n&#233;rale &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le d&#233;bat, n&#176;101, sept-oct. 98&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y opposait deux mani&#232;res possibles d'enseigner la philosophie en terminale : partir de l'histoire de la philosophie, ou partir des probl&#232;mes ; et il marquait clairement sa pr&#233;f&#233;rence pour la seconde approche. &#8220; Il me semble que la philosophie a plus de chance de satisfaire aux exigences de v&#233;rit&#233; et de critique quand elle affronte ses questions et propose ses arguments en se tenant &#224; une certaine distance de son histoire et n'adopte pas une attitude purement immanente &#224; celle-ci. Mon credo sur ce point est tr&#232;s proche des philosophes de tradition &#8220;analytique&#8221;, qui, selon une d&#233;claration fameuse de l'un de ses repr&#233;sentants, ont tendance &#224; consid&#233;rer que l'on devrait lire Aristote comme s'il venait de publier l'un de ses articles dans le dernier num&#233;ro de &lt;i&gt;Mind&lt;/i&gt;. [&#8230;] Je n'ai pas l'impression que ce credo soit inconciliable avec ce que recommandent, pour la classe terminale, les instructions minist&#233;rielles les plus r&#233;centes, qui pr&#233;cisent tr&#232;s nettement que [&#8230;] &#8220;le candidat n'est pas tenu de se r&#233;f&#233;rer &#224; la doctrine de l'auteur ni &#224; l'histoire de la philosophie&#8221; et que &#8220;le texte doit &#234;tre choisi de telle sorte qu'il permette de poser, &#233;ventuellement de r&#233;soudre, un probl&#232;me philosophique qu'il s'agit de saisir en lui-m&#234;me.&#8221; On ne saurait mieux dire : l'unit&#233; de base de la pratique philosophique, c'est le probl&#232;me, et non pas le texte ; mais, en pratique les choses ont tendance &#224; se passer comme si l'on optait plut&#244;t pour la seconde formule en cr&#233;ant chez les &#233;l&#232;ves et des &#233;tudiants des r&#233;flexes textuels ou nominaux (par exemple, le doute = Premi&#232;re M&#233;ditation ; le devoir = Kant ; l'inconscient = Freud, etc.). &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 161.&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement philosophique fran&#231;ais est incons&#233;quent : il pr&#233;tend &#234;tre un enseignement de probl&#232;mes, un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale ; mais en r&#233;alit&#233; son contenu est historique. Ce qui est enseign&#233;, c'est le doute chez Descartes, le devoir selon Kant, etc. Nous pr&#233;tendons enseigner les probl&#232;mes, mais c'est une pr&#233;tention vide car nous n'avons ni l'&#233;ventail des doctrines ni le cadre argumentatif rigoureux des anglo-saxons ; nous enseignons en fait implicitement de l'histoire de la philosophie, mais sans la qualit&#233; d'information et de formation de l'enseignement &#224; l'italienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Il y a des raisons d'introduire de l'histoire de la philosophie et des id&#233;es dans un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un fois admis ce qui pr&#233;c&#232;de &#8212; un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale est, dans son principe, anhistorique &#8212;, il y a de bonnes raisons de vouloir introduire &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; des &#233;l&#233;ments d&#233;termin&#233;s d'histoire de la philo dans l'enseignement de terminale. Mais il faut &#233;noncer ces raisons comme telles, et ne pas se satisfaire de fausses lapalissades du genre &#8220; la philosophie est chez les philosophes &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4.1. L'exigence de constitution d'une culture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avoir envie de dire : &#8220; &lt;i&gt;Mais tout de m&#234;me,il faut bien que les &#233;l&#232;ves de terminale aient entendu parler de Socrate et des sophistes, de l'aventure intellectuelle de Descartes, du projet des Lumi&#232;res, de la mort de Dieu, de l'inconscient freudien, etc&lt;/i&gt;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur quoi repose ce &#8220; mais tout de m&#234;me il faut bien &#8221; ? Sur l'id&#233;e qu'il y a l&#224; des moments de l'histoire de la pens&#233;e qui m&#233;ritent d'&#234;tre connus et &#233;tudi&#233;s en tant que tels parce qu'ils sont constitutifs de notre culture pr&#233;sente ; qu'ils sont &#224; l'origine des mani&#232;res dont nous pensons et faisons de la philosophie aujourd'hui ; que pour comprendre les d&#233;bats d'id&#233;e contemporains, on a besoin de s'y r&#233;f&#233;rer ; et, qu'en les comprenant et en les &#233;tudiant, ce sont nos propres questions que nous &#233;clairons. Cela revient &#224; dire que l'enseignement &#233;l&#233;mentaire de philosophie n'a pas seulement pour finalit&#233; d'apprendre &#224; penser, mais aussi de permettre &#224; l'&#233;l&#232;ve de se constituer une culture philosophique de base, laquelle inclut n&#233;cessairement la connaissance et l'intelligence d'un certain nombre de moments particuli&#232;rement importants &#8212; importants pour nous aujourd'hui &#8212; de l'histoire de la philosophie. On peut appeler cette exigence : &lt;i&gt;l'exigence de la constitution d'une culture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s exactement la justification qui &#233;tait celle des fameuses questions &#8220; &#224; ancrage contemporain &#8221;, ou &#8220; d'approfondissement &#8221;, du programme Renaut. Si ceux qui se sont oppos&#233;s &#224; cette proposition et l'on fait &#233;chou&#233; &#233;taient coh&#233;rents, il devraient exiger un programme &#8220; &#224; l'anglo-saxonne &#8221; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne prendrai qu'un exemple des hypocrisies o&#249; nous conduit cette incoh&#233;rence. En 1973, on introduit dans la programme &lt;i&gt;l'inconscient&lt;/i&gt; en m&#234;me temps que Freud fait son entr&#233;e dans la liste des auteurs. Il est &#233;vident qu'on a consid&#233;r&#233; &#224; ce moment que &#8220; &lt;i&gt;mais tout de m&#234;me&lt;/i&gt;, il faut bien qu'un bachelier aujourd'hui ait quelques connaissances sur la doctrine freudienne de l'inconscient &#8221;. Mais, bien entendu, on n'a pas inscrit celle-ci comme telle au programme ! Interrog&#233;s sur ce sujet, les inspecteurs ont toujours r&#233;pondu qu'un professeur peut tout &#224; fait choisir de traiter de l'inconscient &#224; partir des &#8220; petites perceptions de Leibniz &#8221; et d'ignorer Freud. Personne n'&#233;tait dupe et nul ne pouvait croire un instant &#224; cette r&#233;ponse, m&#234;me pas les inspecteurs en question. Mais les principes &#233;taient saufs : le programme de philosophie est un programme de philosophie g&#233;n&#233;rale qui ne fait mention d'aucune doctrine qui rel&#232;ve de l'histoire de la philosophie. Il va sans dire qu'un certain nombre de sujets de bac exigent bien, eux, une connaissance minimale de la conception freudienne de l'inconscient &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple : &#8220; La duplicit&#233; de la conscience rend-elle inutile l'hypoth&#232;se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Il me semble au contraire que, &lt;i&gt;si l'on pense qu'un &#233;l&#232;ve de terminale doit conna&#238;tre et comprendre quelque chose de la doctrine freudienne de l'inconscient, il faut l'&#233;crire tel quel dans le programme&lt;/i&gt; et qu'on ne peut le justifier que par le souci de la constitution d'une culture philosophique. Ce souci n'est nullement incompatible avec celui d'un enseignement probl&#233;matique, mais il ne s'y r&#233;duit pas et ne s'en d&#233;duit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.2. L'exigence de contextualisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avoir envie de dire : &#8220; &lt;i&gt;Mais tout de m&#234;me, il faut bien donner leur l'&#233;paisseur historique aux concepts et aux id&#233;es philosophiques ! Le cogito ou l'id&#233;e de contrat social ne surgissent pas dans n'importe quel contexte. La philosophie ne se fait pas dans un ciel d'id&#233;es ni seulement dans le cabinet du philosophe. Elle est solidaire du monde r&#233;el et de son histoire : des r&#233;volutions scientifiques, des transformations sociales, des bouleversements politiques, des innovations artistiques, etc.&lt;/i&gt; &#8221; La th&#232;se qui sous-tend cette r&#233;action, c'est que, pour comprendre une id&#233;e philosophique, il faut la ressaisir dans le contexte historique qui lui a donn&#233; naissance. Cette th&#232;se a une version forte et une version faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;version forte&lt;/i&gt; (la version historiciste) dit quelque chose comme : on &lt;i&gt;ne&lt;/i&gt; peut comprendre une id&#233;e philosophique &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; dans le contexte historique o&#249; elle a pris naissance. Dans cette version, pour les raisons que j'ai dites plus haut (section III), elle me para&#238;t tr&#232;s discutable, pour ne pas dire fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;version faible&lt;/i&gt; dit : pour comprendre une id&#233;e philosophique, il peut &#234;tre utile et important de ressaisir le contexte philosophique o&#249; elle a pris naissance. Dans cette version, elle me para&#238;t difficilement contestable : c'est presque une banalit&#233;, mais une banalit&#233; &#233;clairante pour la p&#233;dagogie de la philosophie au lyc&#233;e. On ne peut pas supposer chez tout &#233;l&#232;ve de terminale le go&#251;t de la discussion et de la sp&#233;culation philosophiques prises pour elles-m&#234;mes. Une des mani&#232;res de faire saisir le sens et les enjeux des id&#233;es philosophiques, c'est de les pr&#233;senter comme les r&#233;ponses que des individus en chair et en os ont d&#251; inventer pour faire face aux situations historiques dans lesquelles ils se trouvaient : Descartes face &#224; la r&#233;volution galil&#233;enne, Rousseau face aux d&#233;fenseurs de l'absolutisme monarchique. C'est l'exigence d'&lt;i&gt;une mise en contexte historique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;ciser tout de suite que cette forme d'historicisation n'a pas grand-chose &#224; voir avec ce qui est le plus souvent enseign&#233; en France sous le nom d'histoire de la philosophie. Celle-ci consiste principalement soit en une &#233;tude interne des grands syst&#232;mes ou de la pens&#233;e des grands auteurs, soit en une histoire strictement interne (pour caricaturer : Descartes qui engendra Leibniz qui engendra Kant qui engendra Hegel ; c'est de cette mani&#232;re qu'on m'a enseign&#233; jadis la philosophie en kh&#226;gne). L'historicisation dont il est question ici, c'est plut&#244;t la mise en relations d'id&#233;es comprises comme des &#233;v&#233;nements philosophiques avec des situations ou des &#233;v&#233;nements sociaux, politiques, religieux, artistiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir dans quelle mesure on doit pratiquer en terminale une telle &lt;i&gt;mise en contexte&lt;/i&gt; (pour quelles id&#233;es ? jusqu'o&#249; ? comment ? avec quels outils intellectuels ?) me para&#238;t &#234;tre une question largement ouverte. Encore ne faut-il pas, comme c'est le cas aujourd'hui occulter le probl&#232;me, r&#233;duire cette historicisation aux notes de bas de page et la pratiquer chacun dans son coin avec honte et mauvaise conscience. Si on l'estime p&#233;dagogiquement n&#233;cessaire, elle doit constituer une partie pleinement l&#233;gitime de notre enseignement et trouver sa place dans les programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.3.L'exigence de former des lecteurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avoir envie de dire : &#8220; &lt;i&gt;Mais tout de m&#234;me ! Pour se former en philosophie, il faut bien se frotter aux textes des grands philosophes !&lt;/i&gt; &#8221; Sans doute, mais qu'entend-on par l&#224; ? C'est typiquement le genre de fausse &#233;vidence que, dans notre profession, on n'interroge jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut dire : &#8220; la prise de connaissance des id&#233;es philosophiques par l'&#233;l&#232;ve doit se faire exclusivement, ou principalement, &#224; travers les textes et la lecture des textes &#8221;, si l'on veut dire &#8220; la philosophie par les textes, et rien que par les textes &#8221;, c'est une affirmation qui ne saurait &#234;tre admise sans examen ni discussion. A titre personnel &#8212; mais l&#224; je ne peux, comme tout le monde ici, m'appuyer que sur ma propre exp&#233;rience d'enseignant de terminale &#8212;, j'ai tendance &#224; penser qu'elle est fausse et qu'elle a des effets n&#233;fastes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je tiens &#224; le dire d'autant plus clairement que cette conception a &#233;t&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble en effet que le recours aux textes a un prix, souvent tr&#232;s co&#251;teux : il y a les probl&#232;mes de langue (l'incapacit&#233; o&#249; sont la plupart de nos &#233;l&#232;ves de lire tout simplement un paragraphe de Descartes en y comprenant quelque chose), les probl&#232;mes de traduction (avec Platon par exemple), les probl&#232;mes de d&#233;coupage (quand on utilise les textes courts), les probl&#232;mes li&#233;s au contexte culturel (les connaissances non philosophiques dont il faut disposer pour comprendre ce &#224; quoi le texte fait r&#233;f&#233;rence ou ce qu'il suppose connu du lecteur), les probl&#232;mes li&#233;s au contexte philosophique (les d&#233;bats dans lesquels l'auteur est engag&#233; et qui ne sont pas n&#233;cessairement les m&#234;mes que ceux qui sont li&#233;s au probl&#232;me dont traite le cours), etc. Mon exp&#233;rience &#8212; mais je vais s&#251;rement choquer en avan&#231;ant cela &#8212;, c'est que bien souvent on embrouille les &#233;l&#232;ves en se croyant tenu d'assortir chaque id&#233;e nouvelle d'un texte, et qu'il s'av&#232;re alors p&#233;dagogiquement plus efficace de reformuler l'id&#233;e dans un langage contemporain sans s'encombrer de textes, voire, pourquoi pas, de raconter le cheminement des id&#233;es d'un philosophe dans tel ou tel de ses livres que les &#233;l&#232;ves ne sont pas en mesure de lire, en &#233;tayant ce r&#233;cit d'une ou deux citations bien claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vraisemblable que l'introduction, dans les ann&#233;es 70, de l'utilisation du &#8220; texte court &#8221; &#224; l'int&#233;rieur du cours de philosophie a repr&#233;sent&#233; un certain progr&#232;s p&#233;dagogique. Mais il faudrait en &#233;valuer aussi les limites et les inconv&#233;nients. Je ne suis pas persuad&#233; qu'on ait beaucoup gagn&#233; &#224; remplacer une s&#233;rie de r&#233;sum&#233;s de doctrines de 20 lignes ou une page, comme on en trouve dans le Cuvillier, par une s&#233;rie de textes totalement disparates de 20 lignes &#224; une page. Je ne pr&#233;conise pas le retour en arri&#232;re, mais je ne suis pas s&#251;r non qu'il y ait progr&#232;s &#224; tous les coups. A voir l'inflation et la dispersion des textes dans les manuels transform&#233;s en recueils de textes, je ne suis pas certain que cette substitution ne soit pas, pour une part, une fuite devant la difficult&#233; qui est de savoir dans quel cadre et par quelles voies les &#233;l&#232;ves peuvent s'approprier les connaissances doctrinales dont on estime qu'ils ont besoin. N'entretient-on pas l'illusion que le mieux que nous puissions faire est de leur livrer la substance philosophique elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire les textes ? Nous semblons dire : &#8220; Qu'ils lisent, et pensent ensuite comme ils pourront : nous leur avons donn&#233; le meilleur. &#8221; Mais n'est-ce pas fuir devant notre responsabilit&#233; qui est d'exposer, et au besoin de reformuler, les id&#233;es pour les rendre compr&#233;hensibles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de moi l'id&#233;e de nier pour autant la valeur formatrice de la lecture des textes. Mais formatrice &#224; quoi ? Il me semble que la capacit&#233; &#224; lire des textes philosophiques, et plus g&#233;n&#233;ralement, d'ailleurs, des textes d'id&#233;es &#8212; &#224; lire, c'est-&#224;-dire &#224; reconstituer et repenser pour soi l'&#233;laboration d'une question par l'auteur, l'encha&#238;nement des th&#232;ses, l'&#233;valuation de leurs cons&#233;quences, la discussion des objections, etc. &#8212; a une valeur en tant que telle. Mais si l'on pense cela, il faut en tirer les cons&#233;quences : le d&#233;veloppement de cette capacit&#233; &#8212; l'apprentissage de la lecture de textes philosophiques &#8212; devrait figurer, comme tel et de mani&#232;re distincte, parmi les objectifs de notre enseignement. On peut appeler cette exigence :&lt;i&gt;exigence de la formation de lecteurs de textes philosophiques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains vont dire que j'enfonce une porte ouverte ? Je ne le crois pas. Chaque fois qu'on a propos&#233; de tirer les cons&#233;quences de cette id&#233;e, chaque fois par exemple qu'on a propos&#233; &#224; l'examen une &#233;preuve de lecture guid&#233;e (sur un texte plus long que le texte qui donne lieu aujourd'hui au 3&#232;me sujet), il y a eu un tir de barrage sur le th&#232;me : une telle &#233;preuve ne permet pas de probl&#233;matiser, donc elle n'est pas philosophique. Une fois de plus, &lt;i&gt;la d&#233;finition exclusive de l'enseignement de philosophie en termes de &#8220;probl&#233;matisation&#8221; bloque tout d&#233;bat&lt;/i&gt;. Et il n'est pas s&#251;r que l'explication de texte, sous sa forme actuelle &#8212; un texte nu, sans contexte, ni question &#8212; soit l'exercice qui permette le mieux d'aider l'&#233;l&#232;ve &#224; se donner une comp&#233;tence de lecteur, ni qui permette non plus d'&#233;valuer au mieux cette comp&#233;tence &#224; l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que j'ai avanc&#233; dans cette section est &#233;videmment rapide, sch&#233;matique et d&#233;lib&#233;r&#233;ment pol&#233;mique. Mais je veux simplement sugg&#233;rer ceci : &#224; la question &#8220; quelles sont les connaissances philosophiques qu'on doit acqu&#233;rir en terminale ? &#8221; on ne peut se contenter de r&#233;pondre trop facilement &#8220; celles qu'on acquiert en lisant les textes des grands auteurs &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Trois propositions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais conclure en avan&#231;ant trois propositions. Pour les raisons que j'ai expos&#233;es plus haut, il me para&#238;t &#233;vident que le seul type de programme coh&#233;rent avec l'id&#233;e que l'enseignement de philosophie au lyc&#233;e doit &#234;tre avant tout un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale, c'est &lt;i&gt;un programme de probl&#232;mes, d&#233;finis &#224; partir de l'&#233;tat des d&#233;bats dans la philosophie et dans la culture &lt;/i&gt;&lt;i&gt;contemporaines&lt;/i&gt;. Mais cette exigence ne me semble nullement incompatible avec d'&lt;i&gt;autres exigences&lt;/i&gt;, et notamment celles que j'ai appel&#233;es de constitution d'une culture philosophique, de contextualisation des id&#233;es , de formation de lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propositions pourraient &#234;tre rassembl&#233;es sous la maxime suivante : &lt;i&gt;Cessons de mettre partout de l'histoire de la philosophie sans le dire, cessons de faire en permanence un usage implicite de l'histoire de la philosophie ; mais quand nous pensons devoir faire de l'histoire de la philosophie, faisons-le explicitement et en sachant pourquoi .&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.1. Enseigner et mettre au programme des &#8211;ismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble incoh&#233;rent qu'un enseignement qui part des probl&#232;mes n'enseigne pas aussi les diff&#233;rentes r&#233;ponses, ne donne pas aux &#233;l&#232;ves la carte des r&#233;ponses possibles, ou plut&#244;t des r&#233;ponses qui lui sont donn&#233;es de mani&#232;re classique. Par exemple : le &lt;i&gt;rationalisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'empirisme&lt;/i&gt;, si le probl&#232;me est &#8220; &lt;i&gt;peut-on se fier &#224; la science ? &lt;/i&gt;&#8221; &#8212; le &lt;i&gt;lib&#233;ralisme&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;socialisme&lt;/i&gt;, si le probl&#232;me est &#8220; &lt;i&gt;qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; juste ? &lt;/i&gt;&#8221; &#8212; le &lt;i&gt;dualisme&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;naturalisme&lt;/i&gt;, si le probl&#232;me est &#8220; &lt;i&gt;comment concevoir les rapports entre le corps et l'esprit ? &lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce que l'&#233;ventail des r&#233;ponses fait partie de la position du probl&#232;me ; il en est indissociable. C'est d'ailleurs souvent en comprenant les r&#233;ponses propos&#233;es &#224; un probl&#232;me que l'on comprend la nature v&#233;ritable de ce probl&#232;me et ses enjeux. C'est parce que ces r&#233;ponses sont possibles ou ont &#233;t&#233; jug&#233;es possibles que les probl&#232;mes se posent comme ils se posent. L'&#233;l&#232;ve n'a pas &#224; les &lt;i&gt;inventer&lt;/i&gt;. Il n'en est pas capable, pas plus d'ailleurs que le professeur. Il doit les &lt;i&gt;conna&#238;tre&lt;/i&gt; si l'on veut qu'il puisse &#224; son tour &#8212; et c'est cela l'objectif d'un enseignement &lt;i&gt;philosophique&lt;/i&gt; de la philosophie &#8212; se situer lui-m&#234;me dans le d&#233;bat et y prendre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, ces termes sont employ&#233;s dans le moindre article de journal o&#249; apparaissent des d&#233;bats d'id&#233;es. Ce sont des &#233;l&#233;ments de culture indispensables pour des &#233;l&#232;ves qui ensuite ne feront plus de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous connaissons, nous professeurs, ces mots et nous r&#233;fl&#233;chissons avec leur aide, dans le cadre qu'ils offrent. Il y a malhonn&#234;tet&#233; et obscurantisme &#224; vouloir interdire aux &#233;l&#232;ves leur connaissance. Ce sont des mots du vocabulaire philosophique de base, et quiconque fait de la philosophie en a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Enseigner des concepts et des doctrines historiquement situ&#233;es.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des doctrines historiquement situ&#233;es (et des concepts li&#233;s &#224; certaines doctrines) qui correspondent &#224; certains moments de l'histoire de la philosophie, et qui ont jou&#233; un tel r&#244;le dans la constitution et dans l'histoire de certains probl&#232;mes philosophiques qu'il est plus que l&#233;gitime pour traiter philosophiquement ces probl&#232;mes d'y faire express&#233;ment r&#233;f&#233;rence. Par exemple, le &lt;i&gt;sto&#239;cisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'&#233;picurisme&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; comment conduire sa vie ? &#8221; &#8212; La &lt;i&gt;mort de Dieu&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; pourquoi y a-t-il des religions ? &#8221; &#8212; Le &lt;i&gt;contrat social&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; libre ? &#8221; &#8212; &lt;i&gt;Le programme cognitiviste&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; comment concevoir les rapports entre le corps et l'esprit ? &#8221; &#8212; &lt;i&gt;Lib&#233;ralisme et communautarisme&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; juste ? &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, objectera-t-on, un tel programme serait philosophiquement ou id&#233;ologiquement orient&#233;. &#8212; Pas du tout. Rien n'interdit &#224; un professeur d'expliquer &#224; ses &#233;l&#232;ves pourquoi Dieu n'est pas mort, pourquoi le programme cognitiviste ne peut qu'&#233;chouer ou pourquoi le d&#233;bat entre lib&#233;raux et communautaristes n'oppose que superficiellement des gens qui sont d'accord sur l'essentiel. Il leur montrera par l&#224; un exemple d'exercice de la pens&#233;e critique, et il leur donnera, en outre, les moyens de faire une excellente 3&#232;me partie sur des sujets touchant au probl&#232;me en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, objectera-t-on, apprendre une doctrine n'est pas apprendre &#224; penser. On peut ainsi lire, sous la plume d'un inspecteur, l'argument suivant : &#8220; On entend dire qu'on ne peut enseigner la philosophie qu'&#224; des &#233;l&#232;ves qui ont d'abord acquis des connaissances &#233;l&#233;mentaires sur les philosophies et connaissent les grandes lignes des philosophies : pour parler de la libert&#233;, il faudrait d'abord avoir une id&#233;e de ce qu'est, d'abord, le sto&#239;cisme. Mais cette culture, pos&#233;e en pr&#233;alable n'offre que des mat&#233;riaux pour un enseignement qui se proposera de les utiliser ensuite comme &#233;l&#233;ments d'une le&#231;on qui sera, elle, une le&#231;on de philosophie. Prise en ce sens, l'id&#233;e de culture philosophique est un non-sens. On imagine peut-&#234;tre bien faire en donnant aux &#233;l&#232;ves les moyens de penser et de travailler sur des choses s&#233;rieuses qui peuvent &#234;tre apprises et qui leur serviront pour dire des choses intelligentes sur une question. Mais c'est oublier que c'est justement la question qui donne l'intelligence des choses. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Chauve, HPEP, p. 15-16&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Autrement dit, il faut penser avant de conna&#238;tre et non conna&#238;tre avant de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui a jamais pr&#233;tendu qu'il fallait conna&#238;tre &lt;i&gt;avant &lt;/i&gt;de penser ? La question de savoir ce qui de la connaissance ou de la pens&#233;e doit venir en premier est &#233;videmment d&#233;pourvue de sens. Comment faire &lt;i&gt;conna&#238;tre&lt;/i&gt; une doctrine philosophique sans la faire &lt;i&gt;comprendre&lt;/i&gt; et comment la faire comprendre sans la pr&#233;senter comme une &lt;i&gt;r&#233;ponse&lt;/i&gt; possible &#224; un &lt;i&gt;probl&#232;me &lt;/i&gt;philosophique ? L'auteur nous r&#233;v&#232;le, une page plus loin, que la question qui donne sens &#224; la lecture des textes sto&#239;ciens sur la libert&#233;, c'est : &#8220; qu'est-ce donc qu'un homme libre ? &#8221; La belle affaire ! Qui a jamais propos&#233; d'exposer la doctrine sto&#239;cienne de la libert&#233; autrement que comme l'une des r&#233;ponses possibles &#224; la question de savoir ce qu'est un homme libre ? Et d'ailleurs, quel &#233;l&#232;ve sera assez cr&#233;tin pour, quand on lui explique les rudiments de la doctrine sto&#239;cienne, ne pas se demander imm&#233;diatement : est-ce bien &#231;a la libert&#233; ? Sauf &#224; identifier connaissance et psittacisme, conna&#238;tre une id&#233;e ou un doctrine philosophique, c'est n&#233;cessairement l'avoir comprise et donc &#234;tre capable &#224; son tour de penser ce qu'elle pense. Ou, si on veut le dire un peu pompeusement, &lt;i&gt;toute connaissance philosophique est n&#233;cessairement pensante&lt;/i&gt; (sinon, ce n'est pas une connaissance : on r&#233;p&#232;te des mots, mais on n'a rien compris, donc on ne conna&#238;t pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si nous sommes tous d'accord l&#224;-dessus &#8212; et je suis convaincu que nous pouvons l'&#234;tre&#8212;, cessons d'opposer connaissance et pens&#233;e de mani&#232;re aussi manich&#233;enne et aussi absurde ! Et demandons-nous ensemble comment articuler les probl&#232;mes sur lesquels nous voulons que nos &#233;l&#232;ves r&#233;fl&#233;chissent avec les connaissances sans lesquelles toute r&#233;flexion sur ces probl&#232;mes est vou&#233;e au bavardage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en outre dans tout ceci quelque chose que je n'arrive pas &#224; comprendre : pourquoi si l'&#233;tude d'une doctrine &#233;tait prescrite par le programme devrait-elle prendre n&#233;cessairement une forme stupide et m&#233;canique, non philosophique, alors que si elle n'est pas prescrite mais implicitement n&#233;cessaire (comme aujourd'hui) elle devient du m&#234;me coup &#8220;authentiquement philosophique&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Enseigner (au moins terminale L)un cadre g&#233;n&#233;ral d'histoire de la philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas raisonnable que des &#233;l&#232;ves dits litt&#233;raires qui &#233;tudieront ensuite l'histoire, le droit ou les cultures &#233;trang&#232;res (s'ils font des langues), n'aient aucune id&#233;e de l'histoire de la philosophie. Il ne s'agirait &#233;videmment ni d'une simple chronologie d'auteurs et de courants, ni d'une histoire syst&#233;matique &#224; la mani&#232;re du programme italien, mais, pour chacun de ces penseurs et de ces courants, de donner quelques caract&#233;ristiques principales dans l'id&#233;e qu'ensuite, chaque fois qu'on rencontrera un texte ou une doctrine qui s'y rapporte, on pourra &#233;tablir des liens et remplir le cadre initial &#8212; de la m&#234;me mani&#232;re qu'on peut (ou devrait) attendre d'un &#233;l&#232;ve de terminale litt&#233;raire qu'il sache quelque chose du classicisme, du baroque, du romantisme, ou du symbolisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer une liste qui comporte par exemple : &#8212; La naissance de la philosophie &#8212; Socrate et les sophistes &#8212; Platon et Aristote&#8212; Les sagesses de la p&#233;riode hell&#233;nistico-romaine &#8212; Descartes et la r&#233;volution galil&#233;enne &#8212; Rationalisme et empirisme &#224; l'&#226;ge classique &#8212; Kant et les Lumi&#232;res &#8212; L'id&#233;alisme allemand &#8212; Plus une liste de quelques courants contemporains comme : positivisme, marxisme, Nietzsche, pragmatisme, ph&#233;nom&#233;nologie et existentialisme, philosophie analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une proposition que, je l'avoue, je ne pr&#233;sente pas sans une certaine h&#233;sitation, tant elle va contre les dogmes et contre les m&#339;urs. Mais n'est-ce pas quelque chose que nous sommes tous plus ou moins oblig&#233;s de faire, clandestinement, et un peu selon les circonstances ? Alors, si nous sommes amen&#233;s &#224; le faire, cela correspond sans doute &#224; un besoin. Faisons-le donc ouvertement, et en r&#233;fl&#233;chissant ensemble &#224; ce que nous faisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edouard Aujalleu, &#8220; Philosophie et histoire de la philosophie en classe terminale &#8221;, dans &lt;i&gt;L'histoire de la philosophie dans l'enseignement philosophique&lt;/i&gt;, coordonn&#233; par A. Perrin sous la direction d'A. Chauve, CRDP de Montpellier, 1997, p. 47. Ce petit ouvrage (d&#233;sormais cit&#233; HPEP], publi&#233; sous la direction d'un inspecteur, a le m&#233;rite d'expliciter la &#8220;conception officieuse&#8221; sur ce sujet (voir la note 2).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'entends par &#8220; conception officieuse &#8221; celle qui ne se lit actuellement qu'en filigrane de certains textes r&#233;glementaires mais que pr&#233;conisent la plupart des inspecteurs et des formateurs d'IUFM (Voir le &lt;i&gt;Manifeste pour l'enseignement de la philosophie&lt;/i&gt; de l'Acireph). A la date o&#249; j'&#233;cris, on ignore si le second projet de programme propos&#233; par Michel Fichant et le groupe d'experts qu'il pr&#233;side sera promulgu&#233;. S'il l'est, la &#8220;conception officieuse&#8221; qui y est largement expos&#233;e deviendra clairement officielle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est par commodit&#233; et pour faciliter le d&#233;bat avec les d&#233;fenseurs de la &#8220;doctrine officieuse&#8221; que je reprends ici sans la discuter la distinction aujourd'hui convenue entre philosophie g&#233;n&#233;rale et histoire de la philosophie. Cette distinction est plus que discutable et elle appellerait un examen minutieux. D'une part, il y a toutes sortes de mani&#232;res de concevoir et de pratiquer l'histoire de la philosophie. D'autre part, le terme &#8220;philosophie g&#233;n&#233;rale&#8221; me semble avoir &#233;t&#233; introduit &#224; l'origine pour d&#233;signer un &#8220;domaine&#8221; de la philosophie (tout ce qu'on ne pouvait faire entrer dans les philosophies &#8220;sp&#233;ciales&#8221; : philosophie morale, politique, des sciences, du langage, de l'art, etc.) et servir institutionnellement de substitut &#8220;neutre&#8221; au terme de m&#233;taphysique, qui &#233;tait lui trop charg&#233; et connot&#233;. Ce n'est &#233;videmment pas dans ce sens qu'il est pris dans le contexte qui est ici le n&#244;tre. Il ne renvoie pas &#224; un domaine mais &#224; une d&#233;marche : faire de la philosophie &#224; partir des probl&#232;mes (plut&#244;t qu'&#224; partir d'un expos&#233; des doctrines ou d'un commentaire des textes).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;face &#224; HPEP. Il y aurait &#233;videmment beaucoup &#224; dire sur ce que cette repr&#233;sentation a de grossi&#232;rement caricatural et m&#234;me de choquant : on semble oublier que la philosophie vivante, telle qu'elle s'invente et s'&#233;crit aujourd'hui, est faite, pour l'essentiel, par des universitaires ! Et que des auteurs comme Foucault, Deleuze, Ricoeur, Bouveresse, ou Derrida, mais aussi bien Putnam, Rawls, Habermas, Gadamer, ou Rorty, qui n'ont cess&#233; de commenter les classiques ou les contemporains, l'ont toujours fait pour renouveler les probl&#232;mes philosophiques les plus actuels. L'histoire de la philosophie au sens &#233;troit ne recouvre qu'une partie du travail qui se fait &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve cette formule dans l'avant-propos d'un manuel plus ou moins officieux : &lt;i&gt;La philosophie par les textes&lt;/i&gt;, sans nom d'auteurs, Nathan, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Chauve, dans HPEP, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Perrin, HPEP, p. 30. Sur ce probl&#232;me, voir dans le pr&#233;sent volume l'article de C&#233;cile Victorri.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avant-propos &#224; La philosophie par les textes, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Chauve, HPEP, p. 15&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edouard Aujalleu, HPEP, p. 49&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'emprunte cette expression fort exacte &#224; Edouard Aujalleu (HPEP, p. 48)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette caract&#233;risation de l'&#233;clectisme, voir G&#233;rard Lebrun, &#8220; &#8220;Devenir de la philosophie&#8221; &#8221;, dans &lt;i&gt;Notions philosophiques&lt;/i&gt;, sous la directions de Denis Kambouchner, Gallimard, 1995, T. III, p. 590-592.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Pessel, rapport du jury de l'agr&#233;gation externe, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Renaut, rapport du jury de l'agr&#233;gation interne, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne plaide pas, comme on le verra plus loin, pour un programme de notions-t&#234;tes de chapitres, mais pour un programme de probl&#232;mes, ce qui est tout autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, le vocabulaire heideggerien pour un cognitiviste, et vice versa.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ou comme on se repr&#233;sente qu'ils font. La r&#233;alit&#233; de la philosophie &#8220;anglo-saxonne&#8221; contemporaine aujourd'hui est un peu plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;bat&lt;/i&gt;, n&#176;101, sept-oct. 98&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid, &lt;/i&gt;p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple : &#8220; La duplicit&#233; de la conscience rend-elle inutile l'hypoth&#232;se de l'inconscient ? &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je tiens &#224; le dire d'autant plus clairement que cette conception a &#233;t&#233; en gros, si j'ai bonne m&#233;moire, la doctrine du GREPH au d&#233;but des ann&#233;es 80&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Chauve, HPEP, p. 15-16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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