<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>ACIREPh</title>
	<link>https://acireph.org/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>ACIREPh</title>
		<url>https://www.acireph.org/IMG/logo/logo_acireph5.jpg?1707424856</url>
		<link>https://acireph.org/</link>
		<height>15</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>L'enseignement de la philosophie en Italie</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/a-l-etranger/article/l-enseignement-de-la-philosophie-en-italie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/a-l-etranger/article/l-enseignement-de-la-philosophie-en-italie</guid>
		<dc:date>2002-01-03T15:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dagogie</dc:subject>
		<dc:subject>Dissertation</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;par G&#233;rard Malkassian [article paru dans C&#244;t&#233;-Philo n&#176;1] &lt;br class='autobr' /&gt; Une discipline scolaire ordinaire &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Italie est le seul pays europ&#233;en avec la France o&#249; la philosophie soit enseign&#233;e &#224; une grande &#233;chelle dans le secondaire. Pourtant les professeurs de chacun de ces deux nations, voisines g&#233;ographiquement et culturellement, ignorent les conditions de l'enseignement de leur discipline dans l'autre pays. L'admiration et la curiosit&#233; de nos coll&#232;gues transalpins pour le mod&#232;le fran&#231;ais se heurtent (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/a-l-etranger/" rel="directory"&gt;&#192; l'&#233;tranger&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/pedagogie" rel="tag"&gt;P&#233;dagogie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/dissertation" rel="tag"&gt;Dissertation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;par &lt;strong&gt;G&#233;rard Malkassian&lt;/strong&gt; [article paru dans &lt;i&gt;C&#244;t&#233;-Philo&lt;/i&gt; n&#176;1]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Une discipline scolaire ordinaire &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Italie est le seul pays europ&#233;en avec la France o&#249; la philosophie soit enseign&#233;e &#224; une grande &#233;chelle dans le secondaire. Pourtant les professeurs de chacun de ces deux nations, voisines g&#233;ographiquement et culturellement, ignorent les conditions de l'enseignement de leur discipline dans l'autre pays. L'admiration et la curiosit&#233; de nos coll&#232;gues transalpins pour le mod&#232;le fran&#231;ais se heurtent souvent &#224; l'indiff&#233;rence et &#224; la morgue des Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences entre l'enseignement italien de la philosophie et l'approche fran&#231;aise sont, il est vrai, importantes : il ne s'adresse pas &#224; tous, seulement aux &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es classiques, scientifiques et magistraux (ces derniers pr&#233;parent les futurs enseignants du primaire) ; son objectif est plus modeste : compl&#233;ter la culture g&#233;n&#233;rale d'&#233;l&#232;ves cens&#233;s disposer d'un bagage humaniste cons&#233;quent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;partition des cours et les horaires sont &#233;galement remarquables : sous le sceau de la progressivit&#233;, l'enseignement de philosophie est dispens&#233; durant les trois derni&#232;res ann&#233;es du secondaire, de deux &#224; trois heures par semaine. Pour cette raison, il concerne chaque ann&#233;e environ 500000 &#233;l&#232;ves. Le programme est constitu&#233; par l'histoire de la philosophie reposant sur un expos&#233; de doctrines (de l'Antiquit&#233; et du Moyen &#194;ge en seconde, des temps modernes en premi&#232;re et de l'&#233;poque contemporaine en terminale) associ&#233; &#224; une faible part d'&#339;uvres au choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours est pour l'essentiel magistral, l'&#233;valuation repose sur des interrogations orales puisque, jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, l'&#233;preuve de philosophie au bac consistait en un oral. Depuis quelques ann&#233;es la philosophie est aussi pr&#233;sente dans la troisi&#232;me &#233;preuve &#233;crite des sections concern&#233;es, qui est une &#233;preuve pluridisciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs, environ 6000 comme en France, sont en g&#233;n&#233;ral bidisciplinaires (avec l'histoire ou les sciences humaines) ; ils sont recrut&#233;s par un concours r&#233;gional, valid&#233; par le Minist&#232;re central. Ce concours comporte des &#233;preuves disciplinaires et didactiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signalons enfin que le syst&#232;me &#233;ducatif &#233;tant beaucoup plus d&#233;centralis&#233; qu'en France, la place de l'inspection est beaucoup moins marqu&#233;e qu'en France - un seul inspecteur, g&#233;n&#233;ral- et que l'essentiel du contr&#244;le de la qualit&#233; des cours se fait au sein des &#233;quipes p&#233;dagogiques de chaque lyc&#233;e d'autant que, depuis 1997, une petite partie des programmes est d&#233;finie par le projet d'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, l'enseignant de philosophie italien n'a ni les conditions ni le sentiment dominant d'une sp&#233;cificit&#233; extraordinaire de sa discipline au sein de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Histoire de la philosophie ou histoire des probl&#232;mes ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si les lourdeurs institutionnelles sont tr&#232;s fortes - le programme officiel date de 1967...- et accentu&#233;es par l'instabilit&#233; politique, cet enseignement n'en traverse pas moins une p&#233;riode d'incertitude propice &#224; une intense activit&#233; innovatrice. Depuis les ann&#233;es soixante et la remise en cause de la pertinence scolaire d'une discipline fig&#233;e et r&#233;p&#233;titive au profit des sciences humaines, de nombreux efforts ont &#233;t&#233; effectu&#233;s, de nombreuses recherches men&#233;es pour pr&#233;server cet enseignement en interrogeant ses pr&#233;suppos&#233;s, ses finalit&#233;s et ses modalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le t&#233;moin majeur de cette remise en cause salutaire est le rapport final de la commission &#171; Brocca &#187;, du nom de la personne &#224; laquelle le Minist&#232;re de l'Instruction avait confi&#233; la pr&#233;sidence. Publi&#233; en 1992, il propose 1) l'extension de l'enseignement de la philosophie &#224; tous les &#233;l&#232;ves du g&#233;n&#233;ral et du technique ; 2) une red&#233;finition des objectifs : contribuer &#224; la formation du jugement critique des &#233;l&#232;ves dans une soci&#233;t&#233; pluraliste ; 3) de nouvelles orientations de programmes tourn&#233;es non plus vers la seule connaissance des doctrines dans un cadre historiciste mais l'apprentissage des m&#233;canismes de la r&#233;flexion &#224; travers la lecture des auteurs classiques de la tradition et l'&#233;tude de probl&#232;mes inscrits dans un contexte toujours historique. Les &#233;l&#232;ves pourront ainsi aborder la &#171; naissance de la philosophie en Gr&#232;ce &#187;, la &#171; rencontre avec les religions du livre &#187;, &#171; humanisme et renaissance &#187;, &#171; romantisme et id&#233;alisme &#187;, l' &#171; analyse des passions dans la pens&#233;e moderne &#187;, la &#171; seconde r&#233;volution scientifique : naissance de nouveaux mod&#232;les &#187;, &#171; sociologie, science politique et th&#233;ories du droit au 19&#232;me et au 20&#232;me si&#232;cle &#187;, l' &#171; existentialisme &#187; ou le &#171; cercle de Vienne et la philosophie analytique &#187;, la &#171; red&#233;couverte de l'&#233;thique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que l'effet de l'influence de la France (vue comme un pays o&#249; l'enseignement dispens&#233; est probl&#233;matique), il faut y voir paradoxalement la r&#233;invention d'une tradition italienne interrompue : celle inaugur&#233;e par Giovanni Gentile, bref ministre de l'instruction sous Mussolini de 1923 &#224; 1924. Beaucoup d'enseignants italiens jugent son projet ind&#233;pendant du contexte politique qui a rendu possible son application, d'autant qu'il a &#233;t&#233; rapidement d&#233;natur&#233; par les ministres suivants sous forme d'histoire des id&#233;es &#224; la suite du rapprochement avec l'&#201;glise (les accords de Latran datent de 1929) qui n'a pas &#233;t&#233; profond&#233;ment remis en cause apr&#232;s le guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gentile invitait l'&#233;l&#232;ve non &#224; r&#233;citer des doctrines mais &#224; exercer une r&#233;flexion philosophique &#224; travers l'exposition et le commentaire de textes. Sa conviction &#233;tait que la lecture guid&#233;e des philosophes, initiant au &#171; tourment &#233;ducatif du penser &#187;, &#233;tait le meilleur moyen de former les &#233;l&#232;ves &#224; la probl&#233;matisation philosophique des questions de l'existence, &#224; travers l'appropriation et l'actualisation des textes. L'ambition est aujourd'hui de faire de ce projet non le privil&#232;ge de l'&#233;lite &#224; laquelle le destinait Gentile dans son &#201;tat total mais un &#233;l&#233;ment de la formation de tout &#233;l&#232;ve. L'objectif d'actualisation est renforc&#233; par le fait que les parcours d'&#233;tudes comprennent des th&#232;mes tenant compte des sp&#233;cificit&#233;s de chaque fili&#232;re (en premi&#232;re, &#171; la r&#233;flexion sur le langage dans la pens&#233;e moderne &#187; en section de langues, &#171; Newton, les sciences entre le 18&#232;me et le 19&#232;me si&#232;cles &#187; en section scientifique, &#171; les conceptions du travail et de la technique &#187; en section &#233;conomique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une profession livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les travaux de la commission Brocca, s'ils ont marqu&#233; l'&#233;volution de la pratique enseignante et l'ont encourag&#233;e &#224; leur tour - beaucoup d'enseignants et de manuels suivent ses propositions, des exp&#233;rimentations sont en cours, notamment dans le technique -, n'ont pas &#233;t&#233; suivis d'effet l&#233;gislatif. Plus que jamais, l'&#233;cart est donc grand entre la rigidit&#233; de l'institution et la pratique des enseignants, livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, extr&#234;mement h&#233;t&#233;rog&#232;ne, ce qui ne facilite pas la transparence de l'&#233;valuation &#224; l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, qui sont les principaux agents de la recherche p&#233;dagogique ? Les professeurs eux-m&#234;mes. La Soci&#233;t&#233; italienne de philosophie(Sfi), qui regroupe enseignants du secondaire et du sup&#233;rieur, abrite une commission didactique qui a &#233;t&#233; le moteur de ces r&#233;flexions depuis trente ans. Actuellement coordonn&#233;e par Mario de Pasquale (Bari), cette commission publie une revue &#233;lectronique : Comunicazione filosofica &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On doit &#233;voquer ici Enrico Berti, grande figure de la Sfi, sp&#233;cialiste d'Aristote &#224; l'universit&#233; de Padoue, qui a pr&#233;sid&#233; les travaux de diverses commissions des programmes, dont ceux de Brocca consacr&#233;s &#224; la philosophie. Depuis quelques ann&#233;es se m&#232;ne &#224; Ferrare un projet exp&#233;rimental associant divers enseignants, sous la coordination du minist&#232;re : la Citt&#224; dei filosofi, qui a mis en circulation plusieurs cahiers sur divers aspects de l'enseignement de la philosophie &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signalons enfin la cr&#233;ation r&#233;cente de Athena, association de professeurs travaillant pour beaucoup depuis de nombreuses ann&#233;es dans la didactique de la philosophie, dont le pr&#233;sident Mario Trombino (Bologne), et qui conduit diverses actions, dont un dictionnaire de didactique, un laboratoire des philosophes o&#249; des universitaires peuvent dialoguer avec des classes par l'interm&#233;diaire d'Internet &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En Italie, &#201;tat d&#233;centralis&#233;, nous l'avons dit, les enseignants ont tr&#232;s vite compris tout le profit qu'il pourraient tirer des nouvelles technologies de communication. La Sfi et Athena sont d'ailleurs engag&#233;es avec le Minist&#232;re de l'Instruction dans un projet de formation des enseignants &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette volont&#233; de modernisation et de d&#233;mocratisation est certes diff&#233;rente de celle que l'on envisage en France et il n'est pas s&#251;r qu'il faille tout retenir d'une approche qui calque l'enseignement de la philosophie sur celui de la litt&#233;rature, mais elle t&#233;moigne que, pour ses promoteurs en Italie, la transmission de savoirs et de comp&#233;tences d&#233;termin&#233;s peut &#234;tre parfaitement compatible avec l'exigence de r&#233;flexion probl&#233;matique et l' &#171; &#233;ducation &#224; la recherche &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://lgxserver.uniba.it/lei/sfi/cf/comunicazione_filosofica.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://lgxserver.uniba.it/lei/sfi/cf/comunicazione_filosofica.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://lgxserver.uniba.it/lei/scuola/filosofi/index.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://lgxserver.uniba.it/lei/scuola/filosofi/index.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.athenaforum.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.athenaforum.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La philosophie est-elle un monolithe ?</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-philosophie-est-elle-un-monolithe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-philosophie-est-elle-un-monolithe</guid>
		<dc:date>2001-01-30T08:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(c) Le Monde 2001 Il n'y a qu'un pays au monde o&#249; tous les &#233;l&#232;ves du secondaire re&#231;oivent une formation syst&#233;matique en philosophie : la France. Depuis pr&#232;s de deux si&#232;cles, ce fleuron de notre enseignement a r&#233;sist&#233; &#224; toutes les tentatives de le supprimer ou de le r&#233;duire, au point qu'il semble s'identifier &#224; la R&#233;publique et &#234;tre fig&#233; dans le marbre. Mais m&#234;me s'ils ont gard&#233; leur esprit initial (la formation &#224; la citoyennet&#233;), ses programmes ont &#233;volu&#233; depuis 1874, et cela n'a rien (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;La guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(c) Le Monde 2001&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'un pays au monde o&#249; tous les &#233;l&#232;ves du secondaire re&#231;oivent une formation syst&#233;matique en philosophie : la France. Depuis pr&#232;s de deux si&#232;cles, ce fleuron de notre enseignement a r&#233;sist&#233; &#224; toutes les tentatives de le supprimer ou de le r&#233;duire, au point qu'il semble s'identifier &#224; la R&#233;publique et &#234;tre fig&#233; dans le marbre. Mais m&#234;me s'ils ont gard&#233; leur esprit initial (la formation &#224; la citoyennet&#233;), ses programmes ont &#233;volu&#233; depuis 1874, et cela n'a rien d'&#233;tonnant. Il ne s'agit certes pas de c&#233;der au sophisme bien connu &#171; si la soci&#233;t&#233; change, l'&#233;cole doit changer aussi &#187; ; mais force est de constater que la philosophie, comme n'importe quelle discipline, a elle aussi &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les autres pays d'Europe, les syst&#232;mes &#233;ducatifs en ont tenu compte. Ailleurs qu'en France, dans les formations universitaires qui accueillent les &#233;l&#232;ves &#224; l'universit&#233; apr&#232;s la classe de terminale, elle ne s'enseigne plus de la m&#234;me mani&#232;re qu'il y a seulement vingt ans. Quant aux autres disciplines, elles ont toutes r&#233;form&#233; leurs programmes. Nos voisins (comme l'Italie) sont en train de refondre leurs syst&#232;mes d'enseignement secondaire et universitaire, y compris en philosophie. On notera au passage que les pays europ&#233;ens qui ont introduit de la philosophie (souvent &#224; titre optionnel) dans le secondaire (Grande-Bretagne, Suisse, Allemagne, Gr&#232;ce par exemple), n'ont pas cherch&#233; &#224; copier syst&#233;matiquement nos programmes, qui remontent, dans leur version actuelle, &#224; 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la philosophie serait-elle la seule discipline qui devrait r&#233;sister aux changements et pourquoi la France aurait-elle le monopole du conservatisme en la mati&#232;re ? Cesserait-elle automatiquement d'incarner l'esprit r&#233;publicain si l'on adaptait ses programmes &#224; des th&#233;matiques et &#224; des interrogations contemporaines, si l'on renouvelait sa liste d'auteurs canoniques, ou si l'on rendait ses contenus un peu moins massifs que ces &#171; notions &#187; qui, comme &#171; l'homme et le monde &#187; ou &#171; l'art &#187; &#233;crasent les &#233;l&#232;ves par leur insurmontable g&#233;n&#233;ralit&#233; ? La philosophie perdrait-elle son essence critique si elle redevenait un peu plus la pratique du raisonnement rigoureux, et de la pens&#233;e conceptuelle pr&#233;cise et inform&#233;e ? N'aurait-elle pas tout &#224; gagner, au contraire, si l'on donnait un peu plus aux professeurs, aux &#233;l&#232;ves et aux parents les moyens de la distinguer du bavardage d'id&#233;es qui r&#244;de trop souvent dans ses parages et qui finit par jeter le doute sur la validit&#233; de ses crit&#232;res d'&#233;valuation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire certaines prises de position de ses d&#233;fenseurs qui la traitent comme une sorte de monolithe, on a le sentiment que la moindre retouche alt&#232;rerait son &#226;me m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau programme pourtant, apr&#232;s plusieurs &#233;checs en dix ans, a pu &#234;tre &#233;labor&#233; par le Groupe technique disciplinaire pr&#233;sid&#233; par Alain Renaut, et il a &#233;t&#233; publi&#233;. Bien qu'il n'ait rien de r&#233;volutionnaire et soit encore &#224; mes yeux fort timide, il introduit des modifications mesur&#233;es et il respecte les &#233;quilibres n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toujours pinailler sur telle formulation, mais il est grotesque d'entendre dire que l'emploi de la modeste conjonction &#171; et &#187; dans l'intitul&#233; &#171; langage et communication &#187; menace la libert&#233; du professeur, et il est &#233;tonnant que des enseignants de philosophie oublient cette &#233;vidence : un programme n'est pr&#233;cis&#233;ment qu'un programme et chacun est libre de l'interpr&#233;ter. Il ne s'agit pas de dire que toute r&#233;forme, quelle qu'elle soit, est bonne. Mais celle-ci est digne de ce nom. Si les professionnels de la philosophie s'accordaient une nouvelle fois sur le programme minimal qui consiste &#224; ne surtout rien changer, ils scieraient la branche sur laquelle ils sont assis et la philosophie en France, j'en ai peur, ne s'en remettrait pas. Nos gouvernants et nos &#233;lus pourraient alors ais&#233;ment en conclure que cette vieille dame si digne qu'est la philosophie est incapable de passer le relais, et qu'il vaut mieux la laisser o&#249; elle est, c'est-&#224;-dire laisser d'autres, comme c'est d&#233;j&#224; le cas, occuper son terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes Fran&#231;ais qui seront appel&#233;s, de plus en plus, &#224; poursuivre leurs &#233;tudes dans d'autres pays europ&#233;ens, les enseignants qui auront des contacts de plus en plus fr&#233;quents avec leurs coll&#232;gues hors de France, pour ne rien dire des chercheurs qui ne peuvent plus travailler dans un cadre strictement hexagonal, seront, encore plus qu'aujourd'hui, prisonniers d'une formation initiale qui, pour &#234;tre admirable dans ses principes, n'en a pas moins vocation, comme toute autre, &#224; &#233;voluer raisonnablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Engel&lt;/strong&gt; est professeur de philosophie &#224; l'universit&#233; Paris-IV-Sorbonne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une s&#233;ance ubuesque &#224; la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/une-seance-ubuesque-a-la-societe-francaise-de-philosophie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/une-seance-ubuesque-a-la-societe-francaise-de-philosophie</guid>
		<dc:date>1990-11-24T17:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Institutions</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On se fera une id&#233;e de la teneur des d&#233;bats (mais une faible id&#233;e de leur violence), en lisant la transcription qu'en a fait la SFP. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8594; Texte complet de la s&#233;ance du 24 novembre 1990 de la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie. &lt;br class='autobr' /&gt; L'ahurissement devant la violence et la st&#233;rilit&#233; des &#233;changes est assez bien rendu par le regard &#171; &#233;tranger &#187; de Marie-Anne Deveaux qui, persane &#224; la mani&#232;re de Montesquieu, &#233;crit au Bulletin de la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie &#187; [S. Charbonnier, Que peut la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;La guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/institutions" rel="tag"&gt;Institutions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On se fera une id&#233;e de la teneur des d&#233;bats (mais une faible id&#233;e de leur violence), en lisant la transcription qu'en a fait la SFP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8594; &lt;a href=&#034;http://acireph.org/Files/Other/Archives/SFP Ens11-DerridaBourgeois-1990.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte complet de la s&#233;ance du 24 novembre 1990 de la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
L'ahurissement devant la violence et la st&#233;rilit&#233; des &#233;changes est assez bien rendu par le regard &#171; &#233;tranger &#187; de Marie-Anne Deveaux&lt;/i&gt; &lt;i&gt; qui, persane &#224; la mani&#232;re de Montesquieu, &#233;crit au Bulletin de la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;[S. Charbonnier, &lt;i&gt;Que peut la philosophie ?&lt;/i&gt; Seuil, 2013 p. 54] la lettre que nous reproduisons ci-dessous. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;_______________________________________________&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Qu'une assembl&#233;e de professeurs de philosophie &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d&#233;verse tant de fiel, c'est indigne. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;______________________________________________&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LETTRE DE MME MARIE-ANNE DEVAUX &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Au sortir de la conf&#233;rence organis&#233;e par votre Soci&#233;t&#233;, je suis encore d&#233;mang&#233;e par l'envie que j'avais, comme beaucoup d'autres, d'intervenir dans un d&#233;bat qui n'a pas eu lieu. C'est pourquoi je vous livre quelques lignes qui sont peut-&#234;tre seulement du chauvinisme piqu&#233; au vif ; pour me situer bien que l'enseignement en France et l'enseignement de la philosophie en particulier me soient assez familiers&#8212;, c'est &#171; hors corporation &#187; que j'ai vu et entendu l'assembl&#233;e r&#233;unie amphith&#233;&#226;tre Michelet, le 24 novembre dernier. Je suis responsable &#224; Paris d'un groupe d'&#233;tudiants am&#233;ricains et j'&#233;tais venue essentiellement pouss&#233;e par le constat de ce fait unique au monde que la philosophie est enseign&#233;e en France d&#232;s le Secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat, le professeur am&#233;ricain qui pr&#233;side &#224; notre groupe en a fait le point de d&#233;part de la r&#233;flexion qu'il a amorc&#233;e chez ces &#233;tudiants fra&#238;chement arriv&#233;s, la base de l'appr&#233;hension de notre syst&#232;me scolaire et de quelques traits majeurs de notre mentalit&#233;. Cette belle distinction d&#233;termina, charpenta et accompagna toute la p&#233;riode initiatique de nos &#233;tudiants, car elle donne &#224; r&#233;fl&#233;chir et pourrait bien &#234;tre un atout. Que cet enseignement si important soit &#224; l'ordre du jour et que ses dispensateurs prennent la peine de s'auto-analyser, voil&#224; qui avait de quoi me r&#233;jouir et paraissait conforme &#224; leur mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; LA HONTE ET LA PEINE DEVANT L'AFFLIGEANT TUMULTE &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Or, que reste-t-il de ces trois heures ? Hormis la honte et la peine devant l'affligeant tumulte,&lt;/strong&gt; &#224; tout le moins que la question est br&#251;lante. N'&#233;tant pas en mesure de prendre parti, je ne veux que d&#233;plorer la bassesse des &#233;changes faisant &#233;cho de conflits de personnes, le portrait que donnait d'elle-m&#234;me une communaut&#233; qui porte la charge de former des esprits et de leur donner des outils de r&#233;flexion. Il ne semblait pas m&#234;me possible d'exprimer des constatations de bon sens qui venaient &#224; l'esprit, tant la rage de contrer, de caricaturer, de d&#233;nigrer, dominait. &lt;strong&gt;Que la philosophie se scrute, tant mieux, mais peut-elle d&#233;cha&#238;ner l'intol&#233;rance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En demandant des r&#233;ponses pr&#233;cises et directes &#224; ses questions simples&#8230; Jacques Derrida se privait de &#171; supporters &#187; ; pas une seule objection s&#233;rieuse parmi une foule qui avait perdu toute vigilance &#224; se surveiller &#8212; (&#224; la question, par exemple de l'introduction de l'&#233;tude de la philosophie en Premi&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les professeurs ressentent des menaces, que les innovations soient toujours des risques, que l'imagination manque &#224; beaucoup, rien l&#224; de surprenant, mais qu'une assembl&#233;e de professeurs de philosophie donne d'elle-m&#234;me un &lt;strong&gt;si piteux spectacle de fermeture sur un ensemble de pr&#233;rogatives suppos&#233;es inamovibles ?&lt;/strong&gt; Quelle futilit&#233; &#8230; ! &lt;strong&gt;Qu'une assembl&#233;e de professeurs de philosophie d&#233;verse tant de fiel, c'est indigne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; LE D&#201;SIR DE GARDER INTACT UN ENSEIGNEMENT MENAC&#201; DE SCL&#201;ROSE &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir des intervenants arriver avec leurs discours &#233;crits d&#233;j&#224;, avant d'avoir entendu les deux conf&#233;rences de leurs coll&#232;gues &#8230; &lt;strong&gt;&#201;tions-nous convi&#233;s &#224; une tribune offerte aux d&#233;tracteurs d'un projet &lt;/strong&gt;propos&#233; par une Commission en vue de parfaire l'enseignement de la philosophie en France ? &lt;strong&gt;Est-ce l&#224; la concertation ?&lt;/strong&gt; Une assembl&#233;e de professeurs de philosophie pour qui la dissertation, seule, doive exister, cela para&#238;t assez risible quand ce docte mod&#232;le, si louable et utile au demeurant, crie n&#233;anmoins son artifice quand nous l'inculquons &#224; nos jeunes Am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a tr&#232;s justement r&#233;sum&#233; l'un des intervenants dont je d&#233;forme peut-&#234;tre un peu les propos, la premi&#232;re conf&#233;rence &#233;tudiait les conditions de l'enseignement de la philosophie et la seconde exprimait&lt;strong&gt; le d&#233;sir de garder intact un enseignement menac&#233; de scl&#233;rose.&lt;/strong&gt; S'il y avait l&#224; mati&#232;re &#224; discussion et mise en pr&#233;sence de tensions, de diff&#233;rences, d'oppositions, ce n'est pas ce qui &#233;tait &#224; redouter, mais plut&#244;t, l'indiff&#233;rence &#224; autrui et l'intransigeance dont nous &#233;tions t&#233;moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette petite France qui pourrait &#224; juste titre s'enorgueillir de cet enseignement qu'elle seule pratique dans le Secondaire ne voudrait que le cantonner dans un frileux r&#233;seau bloqu&#233;. Cette petite France va se dess&#233;cher et manquer le tourbillon de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; QUE DES PHILOSOPHES &#8230;SOIENT SI PEU TOURN&#201;S VERS LES &#201;L&#200;VES, SI PEU SOUCIEUX D'INTERROGATION ENVERS EUX-M&#202;MES&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que des philosophes ne reconnaissent pas que les germes d'exclusion sont l&#224; aussi &#224; l'&#339;uvre, dans la d&#233;mocratie, soient si peu tourn&#233;s vers les &#233;l&#232;ves, si peu soucieux d'interrogation envers eux-m&#234;mes, riv&#233;s pour la plupart &#224; une planche trou&#233;e quand le navire doit se tourner vers des caps inconnus, une communaut&#233; qui se doit d'initier la jeunesse et qui refuse qu'on s'int&#233;resse &#224; cette jeunesse avant la fameuse classe terminale&#8230;c'est contradictoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais jusqu'alors vis-&#224;-vis de mes &#233;tudiants am&#233;ricains la pi&#232;tre consolation que si l'&#233;tat des murs de nos &#233;coles est v&#233;tuste, la qualit&#233; du corps professoral le faisait oublier, mais j'ai vu l&#224; &#8212; toutes g&#233;n&#233;rations confondues &#8212; &lt;strong&gt;un groupe de professeurs aussi d&#233;labr&#233;, gris, sourd et verrouill&#233; que les murs&lt;/strong&gt; &#8212; (Les a&#238;n&#233;s pourtant moins que les jeunes !). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que cette s&#233;ance se voulait une &#171; &lt;strong&gt;R&#233;flexion sur l'&#233;tat actuel et les perspectives de l'enseignement de la philosophie en France&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt; ; on sait ce qu'il advint. Dans son intervention, Roland Brunet (du GREPH) en r&#233;sume ironiquement le propos : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons &#233;cout&#233; deux expos&#233;s. Si j'avais &#224; donner un titre &#224; chacun, je dirais que le premier r&#233;pondait &#224; la question suivante : &lt;i&gt;Quelles conditions ou structures nouvelles &#8212; institutionnelles, programmatiques, p&#233;dagogiques &#8212; sont &#224; instaurer pour qu'un enseignement philosophique, aujourd'hui et dans la ligne de sa tradition&lt;/i&gt; (Jacques Derrida y a particuli&#232;rement insist&#233;)&lt;i&gt; ait r&#233;ellement lieu, c'est-&#224;-dire puisse effectivement former au travail de la pens&#233;e tous les &#233;l&#232;ves auxquels il s'adresse ?&lt;/i&gt; Je dis bien tous les &#233;l&#232;ves. Ils sont un demi-million. Ils seront beaucoup plus demain. Et 85 % d'entre eux ne sont pas en Terminale A. On peut &#234;tre ou non d'accord avec les &lt;i&gt;propositions&lt;/i&gt; qui ont &#233;t&#233; faites dans le Rapport de la Commission de Philosophie et &#201;pist&#233;mologie co-pr&#233;sid&#233;e par J. Derrida et J. Bouveresse, mais on ne peut nier que le Rapport ait bien pour objet l'enseignement philosophique de cette fin de si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, nous avons &#233;cout&#233; un expos&#233; qui r&#233;pondait &#224; peu pr&#232;s &#224; la question suivante : &lt;i&gt;Quelles conditions sont &#224; pr&#233;server ou &#224; r&#233;instaurer, aujourd'hui, pour que le professeur de philosophie&lt;/i&gt; &#8212; car il n'a gu&#232;re &#233;t&#233; question que de lui et jamais de ses &#233;l&#232;ves &#8212; &lt;i&gt;puisse continuer de jouir de son unicit&#233; de ma&#238;trise et de son identit&#233; magistrale dans la solitude jubilatoire de son enseignement ? &lt;/i&gt;Car finalement, Monsieur Bourgeois, vous ne d&#233;fendez gu&#232;re que cela. Mais sous cette unicit&#233; du professeur de philosophie dont vous craignez qu'elle ne soit bris&#233;e si la philosophie fait son entr&#233;e en Premi&#232;re, ne voyez-vous pas qu'il y a aussi, cach&#233;, le fantasme du directeur de conscience &#8230; [brouhaha] ou du moins du ma&#238;tre &#224; penser ? [brouhaha]. Et pourquoi donc la philosophie devrait-elle &#234;tre la seule discipline &#224; n'&#234;tre enseign&#233;e que par un seul professeur et en une seule ann&#233;e ? Est-ce qu'&#224; l'universit&#233; elle n'est enseign&#233;e que par un seul professeur &#8230; ? [brouhaha, protestations]. &#187; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Derechef, du droit &#224; la philosophie - Jacques Derrida</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/derechef-du-droit-a-la-philosophie-jacques-derrida</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/derechef-du-droit-a-la-philosophie-jacques-derrida</guid>
		<dc:date>1990-11-15T17:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Institutions</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jacques Derrida, vous &#234;tes un philosophe qu'on imagine tout occup&#233; &#224; faire des livres et &#224; produire une philosophie. Il peut sembler &#233;tonnant que, depuis toujours, vous vous soyez int&#233;ress&#233;, de mani&#232;re parfois militante, aux probl&#232;mes de l'enseignement de la philosophie dans les lyc&#233;es, aux institutions, aux programmes des classes terminales, aux heures de cours de philosophie dans les sections techniques, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques Derrida : Pourquoi serait-ce &#171; &#233;tonnant &#187; ? Avant m&#234;me de parler de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;La guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/institutions" rel="tag"&gt;Institutions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jacques Derrida, vous &#234;tes un philosophe qu'on imagine tout occup&#233; &#224; faire des livres et &#224; produire une philosophie. Il peut sembler &#233;tonnant que, depuis toujours, vous vous soyez int&#233;ress&#233;, de mani&#232;re parfois militante, aux probl&#232;mes de l'enseignement de la philosophie dans les lyc&#233;es, aux institutions, aux programmes des classes terminales, aux heures de cours de philosophie dans les sections techniques, etc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida :&lt;/strong&gt; Pourquoi serait-ce &#171; &#233;tonnant &#187; ? Avant m&#234;me de parler de structures visibles ou massives (l'&#233;cole, l'universit&#233;, l'autorit&#233;, les titres de l&#233;gitimit&#233;), il y a l'exp&#233;rience m&#234;me du discours et de la langue : l'int&#233;r&#234;t pour la philosophie s'y trouve d&#233;j&#224; engag&#233; dans des institutions. Partout et depuis toujours, elles articulent l'enseignement et la recherche, elles tentent de dicter la rh&#233;torique, les proc&#233;dures de d&#233;monstration, notre mani&#232;re de parler, d'&#233;crire, de s'adresser &#224; l'autre. Ceux qui croient se tenir &#224; l'&#233;cart des institutions sont parfois ceux qui en int&#233;riorisent le plus docilement les normes et les programmes. Questionnant, critique ou d&#233;constructif, le rapport &#224; soi de la philosophie, c'est l'&#233;preuve de l'institution, de ses paradoxes aussi, car j'essaie de montrer n&#233;anmoins ce qu'il y a d'unique et d'intenable, au fond, dans l'institution philosophique : c'est ou cela doit &#234;tre une contre-institution qui peut aller jusqu'&#224; rompre, de fa&#231;on dissym&#233;trique, tous les contrats, et suspecter le concept m&#234;me d'institution. Et puis, si intenable qu'elle soit, c'est en elle que, pour une bonne part, si je puis dire, de ma vie, j'habite : dans ses &#171; corporations &#187;, dans son corps et dans sa langue. Ne pas le d&#233;nier, c'est &#224; mes yeux un devoir, d'abord un devoir philosophique. Puis, qu'on y participe ou qu'on l'observe, l'institution philosophique fran&#231;aise est un ph&#233;nom&#232;ne dont la singularit&#233; me para&#238;t de plus en plus &#233;trange et passionnante. Enfin, parmi tous les th&#232;mes que vous avez nomm&#233;s, permettez-moi de s&#233;lectionner celui des &#171; &lt;strong&gt;sections techniques&lt;/strong&gt; &#187;. Depuis quelques ann&#233;es (le Groupe de recherche et d'&#233;tudes philosophiques, le Greph, n'y est pas pour rien Cf. &lt;i&gt;Du droit &#224; la philosophie&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1990, p. 146 et suiv.), un enseignement philosophique y est dispens&#233; : c'est aujourd'hui le lieu de la plus grande concentration (historique, sociale, politique) pour toutes les &#233;preuves que traverse la philosophie. C'est pourquoi nous devons tous y &#234;tre tr&#232;s sensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez pr&#233;sid&#233; avec Jacques Bouveresse la commission &#171; Philosophie et &#201;pist&#233;mologie &#187;, et vous avez remis un rapport au ministre en juin 1989&lt;/i&gt; Publi&#233; &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 619 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'autre part, vous publiez&lt;/i&gt; Du droit &#224; la philosophie&lt;i&gt;, qui rassemble tous les textes que, depuis 1974, vous avez consacr&#233;s &#224; l'enseignement de la philosophie, &#224; l'&#233;cole, aux institutions. Avez-vous, en le composant, song&#233; qu'il pourrait vous servir de... casemate, de bouclier, contre les attaques de tous ceux qui ont &#171; mal vu &#187; qu'on vous charge de r&#233;diger un rapport dont va d&#233;pendre pour une bonne part l'avenir de l'enseignement philosophique en France ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida :&lt;/strong&gt; Non, vraiment, ni &#171; bouclier &#187; ni &#171; casemate &#187;. &#192; moins qu'il ne faille d&#233;sormais s'exclamer contre les livres longs (mais personne n'est oblig&#233; de lire) et qu'il ne faille s'en d&#233;fendre en les accusant d'&#234;tre eux-m&#234;mes d&#233;fensifs. Le Rapport auquel vous faites allusion n'occupe que les 25 derni&#232;res pages de l'annexe : c'est le dernier et le plus r&#233;cent &#233;pisode d'un trajet de plus de quinze ans. J'esp&#232;re que la continuit&#233; n'est pas incons&#233;quente, m&#234;me si une certaine coh&#233;rence se distribue de fa&#231;on diff&#233;renci&#233;e selon les lieux et les moments du discours ou des initiatives institutionnelles. La carte film&#233;e de cet itin&#233;raire (suivie de quelques archives en &#171; annexes &#187;) pourrait aussi &#234;tre lue comme un document de travail et de discussion : non pas seulement sur ce que j'ai pu &#233;crire alors, bien entendu, mais sur certains mouvements collectifs auxquels j'ai particip&#233;, que j'en aie pris ou non l'initiative (Greph, &#201;tats g&#233;n&#233;raux, Coll&#232;ge International de Philosophie, Commission de philosophie et d'&#233;pist&#233;mologie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quant aux &#171; attaques &#187; auxquelles vous faites allusion, elles sont bien le fait de ceux qui ont en effet, comme vous dites si bien, &#171; mal vu &#187; - et surtout mal ou peu lu.&lt;/strong&gt; Personne ne m'a &#171; charg&#233; &#187; de rien, et surtout pas, je vous cite, de &#171; r&#233;diger un rapport dont va d&#233;pendre pour une bonne part l'avenir de l'enseignement philosophique en France &#187;. Bourdieu et Gros nous ont courtoisement invit&#233;s, Bouveresse et moi, &#224; former un groupe de r&#233;flexion et de proposition : en toute libert&#233;, sans que cela nous engage aupr&#232;s de quelque pouvoir que ce soit, la r&#233;ciproque &#233;tant aussi rigoureusement vraie. Le gouvernement n'est pas tenu de suivre nos conseils (h&#233;las, dirais-je, et diront peut-&#234;tre un jour aussi nos adversaires). Apr&#232;s des mois de travail et de consultation (tr&#232;s large : tous les syndicats, toutes les corporations, l'Inspection g&#233;n&#233;rale, et tant d'autres...), ces r&#233;flexions et ces propositions ont &#233;t&#233; offertes, comme elles y &#233;taient destin&#233;es, a la lecture et &#224; la discussion de tous - et non seulement du gouvernement. &lt;strong&gt;Attaquer un tel texte, car il y a eu en effet des &#171; attaques &#187;, c'est un peu comme si on lan&#231;ait des invectives, organisait une campagne, invitait &#224; descendre dans la rue contre une r&#233;flexion. Invectiver, d&#233;noncer et faire signer une p&#233;tition l&#224; o&#249; il s'agit de discuter des propositions ou de faire des contre-propositions, ce n'est pas seulement se tromper de cible, &#234;tre incapable de lire et de reconna&#238;tre le statut d'un texte, c'est donner un exemple d&#233;sastreux, qu'il s'agisse de philosophie ou de politique.&lt;/strong&gt;Surtout si, comme c'est le cas, on crie pour sauver le statu quo, si on n'a rien &#224; dire de nouveau, de positif et de constructif alors que, dans une situation o&#249; tout le monde admet que l'enseignement philosophique est aujourd'hui difficile et douloureux pour beaucoup, on doit bien reconna&#238;tre (comme le fit publiquement le repr&#233;sentant le plus nerveux de cette &#171; attaque &#187;) que tous les &#171; principes &#187; de notre Rapport sont, je cite, &#171; excellents &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Rapport est donc destin&#233;, et nous le voulions ainsi, &#224; &#234;tre discut&#233; et m&#234;me critiqu&#233;. Il est l&#224; pour ouvrir et &#233;largir un d&#233;bat. Je m'&#233;l&#232;ve seulement &lt;strong&gt;contre les falsifications dans la pr&#233;sentation du texte, les obstacles &#224; la lecture, les d&#233;nonciations injurieuses ou les proc&#232;s d'intention.&lt;/strong&gt; Si les &#171; attaques &#187; sous la forme d'une campagne de signatures (organis&#233;e avant m&#234;me la publication du Rapport et dans des conditions dont des t&#233;moins de plus en plus nombreux nous incitent &#224; nous inqui&#233;ter) ont &#233;t&#233; plus bruyantes que les critiques r&#233;fl&#233;chies, en revanche, les marques d'int&#233;r&#234;t ou d'approbation, tout compte fait, ont &#233;t&#233; plus nombreuses, plus s&#233;rieuses, plus responsables, et &#224; mes yeux plus int&#233;ressantes. Elles compteront plus &#224; terme, j'en suis s&#251;r. Comme vous le signalez, la v&#233;ritable discussion est en train de commencer partout en France. C'&#233;tait notre premier souci. Si, comme je le vois, une tr&#232;s large majorit&#233; de philosophes est d'accord sur les principes que nous formulons, et s'il fallait compliquer, am&#233;liorer ou reconsid&#233;rer les cons&#233;quences pratiques que nous proposons d'en tirer, la r&#233;flexion ainsi ouverte n'aura pas seulement &#233;t&#233; inaugurale (en particulier pour les sections techniques, l'extension de la philosophie en premi&#232;re et &#224; l'Universit&#233;, comme sur tant d'autres points), mais b&#233;n&#233;fique. Alors non, ce livre ne pouvait pas &#234;tre un &#171; bouclier &#187; ou une &#171; casemate &#187; dont je me serais pr&#233;muni depuis quinze ans contre quelques coll&#232;gues qui, ces derniers mois, ont &#171; mal vu &#187; : ce serait un peu disproportionn&#233;, avouez-le...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fid&#232;le &#224; ce que vous disiez d&#233;j&#224; il y a presque quinze ans, au moment de la fondation du Greph, vous proposez que la philosophie s'enseigne en trois temps, un temps d'approfondissement, &#224; l'Universit&#233;, un temps fort de formation, en classe terminale, et, nouveaut&#233;, un temps d'initiation en classe de premi&#232;re. Quels seraient les avantages d'un tel enseignement &#171; en amont &#187; ? Et vous para&#238;t-il &#171; r&#233;aliste &#187; de le proposer quand on songe que les programmes sont d&#233;j&#224; tr&#232;s charg&#233;s, qu'aucune discipline n'est pr&#234;te &#224; &#171; faire de la place &#187;, qu'il faudrait des milliers de professeurs suppl&#233;mentaires ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida :&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Oui, il faudra plus de mille professeurs suppl&#233;mentaires, &lt;/strong&gt;et qualifi&#233;s, et qui enseignent la philosophie dans sa sp&#233;cificit&#233; la plus rigoureuse (&#171; unit&#233; &#187; et &#171; sp&#233;cificit&#233; &#187; sont les leitmotive du Rapport). Nous le r&#233;clamons et continuerons de le faire. Sans cela, sans la diminution du nombre d'&#233;l&#232;ves par classe, du nombre de classes par professeur, sans le maintien (en terminale) ou l'augmentation ailleurs du nombre des heures de philosophie (autant de revendications fermes et claires dans notre Rapport), aucune am&#233;lioration n'est possible et ne peut m&#234;me &#234;tre con&#231;ue. Permettez-moi de citer un passage parmi d'autres de ce Rapport, que certains ont tent&#233; de soustraire &#224; la lecture : &#171; ...les conditions concr&#232;tes et intol&#233;rables qui sont faites actuellement &#224; tant de professeurs de philosophie (nombre excessif de classes &#224; horaire r&#233;duit, nombre excessif d'&#233;l&#232;ves par classe, etc.) devraient &#234;tre profond&#233;ment transform&#233;es. Les propositions que nous faisons n'auraient aucun sens, aucun int&#233;r&#234;t, aucune chance, elles rencontreraient une opposition l&#233;gitime de la part de tous les professeurs si elles n'&#233;taient pas mises en &#339;uvre dans un contexte nouveau. Parmi tous les &#233;l&#233;ments de cette nouveaut&#233;, une priorit&#233; absolue revient donc &#224; ces deux conditions : all&#232;gement des classes [...] ou du nombre maximal des classes &#224; la charge d'un enseignant&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 628.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187;. Cela vaut pour &lt;strong&gt;l'introduction de la philosophie en premi&#232;re.&lt;/strong&gt; C'est un compromis r&#233;aliste &#224; mes yeux, car je crois qu'il faudrait commencer encore plus t&#244;t. Cette id&#233;e propos&#233;e il y a quinze ans par le Greph et accept&#233;e aujourd'hui par beaucoup para&#238;t s'imposer &lt;strong&gt;pour trois types de raisons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Parmi les disciplines qu'on s'accorde &#224; dire &#171; fondamentales &#187;, pourquoi la philosophie serait-elle soumise &#224; une sorte de &#171; loi d'exception &#187; ? &lt;strong&gt;Pourquoi serait-elle la seule &#224; se trouver confin&#233;e, sans progression possible, dans le temps de quelques mois ?&lt;/strong&gt;Pourquoi une seule classe ? Nous avons analys&#233; depuis quinze ans les racines de ce pr&#233;jug&#233; et les cons&#233;quences n&#233;fastes de ce vieil artefact qui, de surcro&#238;t, a priv&#233; de philosophie des g&#233;n&#233;rations de jeunes gens, tous ceux et toutes celles qui pour des raisons souvent sociales n'acc&#232;dent pas &#224; la terminale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'exp&#233;rience montre que &lt;strong&gt;c'est seulement au bout de quelques mois, donc &#224; l'approche du bac, que les &#233;l&#232;ves commencent &#224; comprendre, dans le meilleur des cas, ce qu'est l'exigence philosophique&lt;/strong&gt; et ce qu'on attend d'eux. Pourquoi ne pas les y pr&#233;parer plus t&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Un grand nombre d'&#233;l&#232;ves le demandent et y sont pr&#234;ts.&lt;/strong&gt; Cette extension n&#233;cessaire ne consiste pas &#224; &#171; faire de la place &#187; ou &#224; prendre de la place : nous proposons - c'est sans doute ce qui fait peur &#224; certains &#8212; de transformer l'espace et d'inventer des modalit&#233;s d'enseignement qui permettent de ne pas poser le probl&#232;me en ces termes. Tout en veillant &#224; la sp&#233;cificit&#233; de l'enseignement philosophique (notre Rapport y insiste &#224; chaque pas), nous croyons que le rapport aux autres disciplines doit &#234;tre chang&#233;. Mais n'oublions pas que cette question de la sp&#233;cificit&#233; du philosophique (&#171; Qu'est-ce que la philosophie ? &#187;) est un essaim de paradoxes redoutables. La philosophie n'est que &#171; conflit d'interpr&#233;tations &#187; &#224; ce sujet. Les philosophes professionnels doivent le savoir mieux que d'autres. Ce n'est pas en quelques mots que nous la traiterons ici. C'est le th&#232;me principal de ce &#171; gros ouvrage &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce que vous reprendriez &#224; votre compte aujourd'hui, et en quel sens, le mot de Diderot : &#171; H&#226;tons-nous de rendre la philosophie populaire ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida : &lt;/strong&gt;Oui, &#224; la condition qu'on me permette, dans un journal, de d&#233;velopper toutes les analyses et toutes les r&#233;serves que ce motif du &#171; populaire &#187; me para&#238;t appeler, et auxquelles j'ai consacr&#233; des centaines de pages dans ce dernier livre. Comme il n'est pas question ici (c'est tout le probl&#232;me) de rouvrir ce d&#233;bat (majeur &#224; mes yeux) des media, de la d&#233;mocratie &#224; venir et de la philosophie, je me contente de rappeler ceci : le Rapport auquel vous limitez vos questions tente de r&#233;pondre aux probl&#232;mes de la d&#233;mocratisation de l'enseignement, et de se mesurer &#224; cet &#233;norme enjeu. Une certaine d&#233;mocratisation est en cours, elle est largement insuffisante, mais si on ne tient pas compte des conditions et des donn&#233;es de ce processus (non pour s'y ajuster, comme on nous en accuse parfois b&#234;tement, mais pour en tirer le meilleur parti), on l'emp&#234;chera ou on la conduira &#224; l'&#233;chec. Et &lt;strong&gt;je le r&#233;p&#232;te, tenir compte des faits (sociaux, linguistiques, etc.), cela ne consiste pas &#224; se contenter de les enregistrer. Dire &#224; quelqu'un &#171; Ah, vous tenez compte des diff&#233;rences sociales et des origines des &#233;l&#232;ves, ou de leurs &#8220;capacit&#233;s rh&#233;toriques&#8221;, donc vous voulez les y maintenir et y adapter la philosophie &#187;, c'est aussi primitif que de reprocher &#224; quelqu'un de chercher &#224; se faire comprendre ou &#224; comprendre quelqu'un dont, au d&#233;part, il ne partage pas pleinement la langue.&lt;/strong&gt; Aucune p&#233;dagogie n'a d'ailleurs jamais &#233;t&#233; possible sans la prise en charge de ces diff&#233;rences : autrement, l'enseignement serait dans l'attitude rigide et ridicule de qui persisterait &#224; parler sa langue dans un pays &#233;tranger sous pr&#233;texte qu'il ne veut pas c&#233;der aux &#171; conditions de fait &#187;, et refuse de s'&#171; adapter &#187; &#224; la langue de l'autre, pour ne pas trahir sa propre langue et sa noble rh&#233;torique ! Ce n'est qu'une analogie, mais je pourrais la pousser tr&#232;s loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La pr&#233;sence de la philosophie dans les sections techniques repr&#233;sente, selon vous, une &#171; chance historique &#187;. Pourtant, prenant acte de la difficult&#233; que repr&#233;sente dans ces sections la ma&#238;trise d'un exercice &#233;crit comme la dissertation, vous proposez, pour le bac, une &#233;preuve orale. N'est-ce pas faire de n&#233;cessit&#233; vertu, et n'y a-t-il pas l&#224; danger de consacrer une in&#233;galit&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida : &lt;/strong&gt;Notre proposition est plus compliqu&#233;e, elle laisse un choix ouvert : ou bien le &#171; contr&#244;le continu &#187; (qui n'exclut ni l'&#233;crit ni la dissertation, comme certains ont tent&#233; de le faire croire, et ne laisse aucune place &#224; la &#171; l&#232;che &#187; - je cite une objection -, pour peu que le professeur ait un sens rigoureux de ses responsabilit&#233;s) ou bien une &#233;preuve orale obligatoire au cours de laquelle, dit notre Rapport, &#171; le candidat pr&#233;senterait et d&#233;fendrait &#187; un &#171; dossier &#187; constitu&#233; pendant l'ann&#233;e sur des questions philosophiques et dans des conditions que nous d&#233;crivons. Ce dossier, comme tout dossier, implique un travail de recherche et d'&#233;criture (je r&#233;ponds &#224; l'accusation grotesque selon laquelle nous serions, je serais contre l'&#171; &#233;criture &#187;). &lt;strong&gt;Certes, la diversification des types d'exercices, sans &#234;tre dirig&#233;e contre la dissertation qui garde ses vertus, relativise et d&#233;-f&#233;tichise un certain mod&#232;le de rh&#233;torique et de d&#233;monstration&lt;/strong&gt; dont l'histoire (en particulier l'histoire socio-politique) est singuli&#232;re, et appelle des analyses prudentes. Nous pensons qu'il faut, sans le d&#233;truire, accompagner le mod&#232;le de la dissertation traditionnelle d'autres types d'exercices &#233;crits et oraux. Cette proposition raisonnable ne devrait pas provoquer de panique, &#224; moins qu'on ne voie aucun salut pour l'argumentation philosophique (et pour soi) hors de la sacro-sainte dissertation. D'autre part vous savez que d&#233;j&#224;, en fait, bien des professeurs recourent &#224; l'&#171; interrogation &#233;crite &#187; sans que personne ait jamais song&#233; &#224; le leur reprocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous souhaitez qu'&#224; c&#244;t&#233; de la classique (et infaisable ?) dissertation soit propos&#233;e aux candidats au bac une s&#233;rie d'&#233;preuves, peut-&#234;tre plus &#171; objectivement &#187; &#233;valuable, attestant l'acquisition de connaissances bien pr&#233;cises. On a parfois caricatur&#233; ce projet en disant qu'il aboutissait &#224; des &#171; questionnaires &#224; choix multiples &#187; (Nietzsche est-il l'auteur de :1) la Divine Com&#233;die, 2) Le Contrat social, 3) la G&#233;n&#233;alogie de la morale). Un manuel est d&#233;j&#224; sur le march&#233;, qui, en guise d'&#171; exercices &#187;, propose de trouver le mot manquant dans une citation, ou de &#171; rendre les mots ci-dessous &#187; (&#171; pulsion &#187;, &#171; attraction universelle &#187;) &#224; &#171; ceux qui les ont cr&#233;&#233;s &#187; (L'abb&#233; Gr&#233;goire ? Marx ? Newton ?), Comment ce que vous envisagez &#233;vitera-t-il ces &#171; d&#233;rives &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida : &lt;/strong&gt;Ce n'est m&#234;me pas une caricature, cette ineptie n'a aucun rapport avec ce que nous proposons et qui est plut&#244;t fait pour &#233;viter cela. Car cela, c'est ce qui est d&#233;j&#224; depuis longtemps sur un certain march&#233;, parfois aliment&#233;, chacun le sait, par tel ou tel de ceux qui hurlent contre un Rapport peu propice, justement, &#224; une certaine industrie du baccalaur&#233;at. Je ne peux pas rappeler toutes les propositions concr&#232;tes que nous faisons quant aux contrats entre les professeurs et leurs &#233;l&#232;ves, quant &#224; la diff&#233;renciation des programmes (nationaux et acad&#233;miques), quant &#224; la libert&#233; d'initiative accrue de chaque professeur et de chaque lyc&#233;e, etc. : elles contribuent toutes &#224; &#233;viter cette m&#233;canisation ridicule. Mais &#224; un certain point, cela ne se prescrit plus, c'est la responsabilit&#233; de chacun qui se trouve engag&#233;e. Certains transformeront toujours la philosophie en mots crois&#233;s, d'autres ne le feront jamais. Avec ce que nous proposons, je crois que le d&#233;sir et la probabilit&#233; des mots crois&#233;s seront plus rares. &lt;strong&gt;Cela dit, ne l'oublions jamais (c'est un probl&#232;me actuellement tr&#232;s grave, certains le d&#233;nient), il vaut toujours mieux savoir qui est l'auteur du Contrat social ou qui a parl&#233; d'&#171; attraction universelle &#187; ! Cela vaut mieux en g&#233;n&#233;ral, cela vaut mieux pour la philosophie. Il faut tout faire pour que cela se sache sans chercher &#224; ridiculiser cette exigence de savoir et sans tourner en d&#233;rision ceux qui la soutiennent.&lt;/strong&gt; Il y a pour dispenser et v&#233;rifier ce savoir d'autres moyens que les &#171; pense-b&#234;tes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui a jamais appris le latin en apprenant les d&#233;clinaisons latines ? Mais il faut les conna&#238;tre, en particulier si l'on veut apprendre &#224; lire le latin et maintenir l'esprit critique dans la lecture des textes &#233;crits en latin - comme le sont, par exemple, de grands textes philosophiques. Je ne sais pas ce que peut &#234;tre un esprit critique all&#233;g&#233; de savoir, et qui s'exercerait sans savoir.&lt;/strong&gt; Mais je m'explique de fa&#231;on un peu plus compliqu&#233;e sur cette question dans la pr&#233;face du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans tout ce d&#233;bat qui se d&#233;roule actuellement &#224; propos de la philosophie, avez-vous jamais soup&#231;onn&#233;, derri&#232;re des positions th&#233;oriques, et m&#234;me de pouvoir, des conservatismes, des corporatismes, des desseins qui pourraient &#234;tre, comme il a &#233;t&#233; dit dans un journal, ceux de &#171; n'importe quel lobby betteravier &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida :&lt;/strong&gt; Non. Sans doute certains conservatismes et corporatismes se sont-ils conjugu&#233;s dans la r&#233;action passionnelle &#224; notre Rapport (r&#233;action organis&#233;e, organique, compulsive, que je distingue encore une fois de la critique argument&#233;e, pour laquelle j'ai le plus grand respect). Mais parler ici d'un &#171; lobby betteravier &#187;, c'est une exag&#233;ration injurieuse, qui non seulement n&#233;glige des diff&#233;rences essentielles entre plusieurs protectionnismes, mais rappelle le climat inqui&#233;tant dans lequel certains membres de la corporation ont voulu installer la lecture et la r&#233;ception de ce Rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si l'on vous proposait, comme... Dion &#224; Platon, de mettre la main &#224; la p&#226;te et de vous occuper de la mise en place institutionnelle d'une r&#233;forme de l'enseignement philosophique, accepteriez-vous, quitte &#224; sacrifier votre travail th&#233;orique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida :&lt;/strong&gt; Vous vous moquez de moi, ou bien vous multipliez g&#233;n&#233;reusement les anachronies. S'il s'agissait de cesser d'enseigner ou d'&#233;crire pour assumer des responsabilit&#233;s strictement institutionnelles, si int&#233;ressantes soient-elles, ma r&#233;ponse serait ce qu'elle a toujours &#233;t&#233; : non, tout simplement non. Non pas pour &#233;viter un &#171; sacrifice &#187;, mais parce que je n'ai ni le go&#251;t ni le talent de ces engagements. Je ne les ai jamais accept&#233;s, dans la modeste mesure o&#249; je l'ai fait, pour le temps le plus bref, que dans la crispation du &#171; devoir &#187; (&#233;thicopolitique, si vous voulez, ou philosophique). Il me reste &#224; esp&#233;rer que, par l'enseignement et les publications, je prends aussi une petite part &#224; des transformations en cours dans l'enseignement philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Certains syndicats ont accus&#233; le Conseil national des programmes, mis en place en vue de la r&#233;forme des lyc&#233;es, d'envisager la r&#233;duction d'horaires pour certaines disciplines, dont, pr&#233;cis&#233;ment, la philosophie. Dans votre rapport, vous insistez au contraire sur le fait qu'en aucun cas les heures actuelles de philosophie ne pouvaient &#234;tre r&#233;duites, dans aucune section. Est-ce &#224; dire qu'au minist&#232;re on fait peu de cas de vos propositions, dans lesquelles les professeurs de philosophie voyaient d&#233;j&#224;, eux, des directives, voire des &#171; faits acquis &#187; ? &#202;tes-vous consult&#233; par le CNP, et vous sent(ir)ez-vous responsable de ce qui sortira de la future r&#233;forme ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Derrida : Non, le CNP ne me consulte pas. Rien ne l'oblige &#224; le faire. Le r&#244;le de notre Commission s'est achev&#233; le jour o&#249; nous avons publi&#233; notre Rapport. Le CNP travaille en toute libert&#233;, comme nous l'avons fait nous-m&#234;mes. Pas plus que quiconque il n'est tenu de se r&#233;gler sur notre Rapport. Il est vrai que le CNP peut, s'il le souhaite, au cours du travail consid&#233;rable qui reste &#224; faire, nous consulter informellement et, sans suivre la lettre de nos propositions, assurer la tradition d'un certain esprit qui fut le n&#244;tre. J'esp&#232;re que ce sera le cas. Mais la seule coll&#232;gue qui repr&#233;sente la philosophie au CNP nous est inconnue, elle a &#233;t&#233; nomm&#233;e sans aucune consultation de notre Commission, et si certains membres du &#171; groupe technique &#187; (philosophique) y ont &#233;t&#233; appel&#233;s sur notre suggestion et parce que nous avons confiance en eux, ils constituent une petite minorit&#233; dans un ensemble tr&#232;s diversifi&#233;. Et rien ne permet d'en soup&#231;onner aucun de vouloir du mal &#224; la philosophie ! Mais leur pouvoir reste consultatif. Des d&#233;cisions peuvent &#234;tre prises qui contredisent leurs recommandations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas seulement soulign&#233;, &#224; plusieurs reprises, que l'horaire &#171; ne devrait &#234;tre en aucun cas inf&#233;rieur &#224; l'horaire actuel &#187;. Nous avons demand&#233; de l'&#233;tendre, et en v&#233;rit&#233; d'introduire de la philosophie l&#224; o&#249; il n'y en avait pas auparavant : en amont et en aval de la terminale. Je n'ai cess&#233; de rappeler, &#224; chaque occasion, que si diminution d'horaire il y avait (et c'est en effet, on ne peut l'ignorer, la perspective g&#233;n&#233;rale de la r&#233;forme qui s'annonce et qui tendrait &#224; r&#233;duire le volume des cours magistraux), elle ne devrait en aucun cas affecter la philosophie, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause des limites qui l'enferment dans une classe, puis, nous l'esp&#233;rons, bien que ce soit encore insuffisant, dans deux classes. Toute r&#233;duction d'horaire irait &#233;videmment contre nos propositions les plus claires et les plus fermes. Nous aurions donc protest&#233; d'avance et cela ne nous emp&#234;cherait pas de protester encore vigoureusement. Je n'exclus pas que nous ayons &#224; le faire, et cela suffirait &#224; rendre ridicule et ind&#233;cente, si c'&#233;tait encore n&#233;cessaire, l'hypoth&#232;se selon laquelle notre projet serait, comme une coll&#232;gue &#233;gar&#233;e n'a pas craint de le crier publiquement, une &#171; commande &#187; du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de l'horaire n'est pas le seul. Il y a aussi celui de la formation des ma&#238;tres. Nous avons fait beaucoup de recommandations pr&#233;cises &#224; ce sujet (je ne peux les rappeler ici), en particulier en vue d'associer &#233;troitement la philosophie &#224; la formation des ma&#238;tres de toutes les disciplines et de tous les niveaux, comme elle l'est &#224; la formation des instituteurs.&lt;strong&gt;Si les nouveaux Instituts universitaires de formation des ma&#238;tres ne faisaient pas &#224; la philosophie la place qui lui revient, comme il y a malheureusement quelques raisons de le craindre, cela irait &#233;videmment contre l'esprit et contre la lettre de notre Rapport.&lt;/strong&gt;Nous nous sentirions libres une fois de plus de mettre en garde et de protester &#233;nergiquement. Tous les ma&#238;tres du premier comme du second degr&#233;, avons-nous dit, quelles que soient les disciplines qu'ils se pr&#233;parent &#224; enseigner, &#171; devraient b&#233;n&#233;ficier, dans leurs ann&#233;es de formation, d'un enseignement de philosophie &#187;. Cette extension &#171; horizontale &#187;, en quelque sorte, correspond d'ailleurs &#224; une demande venant d'autres disciplines, et des plus scientifiques d'entre elles. C'est d'ailleurs dans cet esprit que nous avons fond&#233; le Coll&#232;ge international de philosophie : depuis sept ans, de nombreux professeurs du secondaire (philosophes ou non) y conduisent des travaux d'enseignement et de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En quoi cette r&#233;flexion sur l'enseignement de la philosophie peut-elle ne pas concerner uniquement les &#233;l&#232;ves et les professeurs de philosophie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Derrida :&lt;/strong&gt; La question est trop ample. Permettez-moi d'y faire une r&#233;ponse minimale et maximale &#224; la fois. Qu'il s'agisse du Rapport de la commission ou du livre que je viens de publier, l'hypoth&#232;se, c'est que les questions de l'enseignement de la philosophie sont ins&#233;parables de celles de l'enseignement et de la recherche dans toutes les disciplines et &#224; tous les niveaux. Et elles sont indissociables de la grande question de la d&#233;mocratie &#224; venir (en Europe et ailleurs).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Propositions du GREPH pour les s&#233;ries techniques</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/propositions-du-greph-pour-les-series-techniques</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/propositions-du-greph-pour-les-series-techniques</guid>
		<dc:date>1990-06-18T16:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Dissertation</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;GREPH &lt;br class='autobr' /&gt;
groupe de recherches sur l'enseignement philosophique &lt;br class='autobr' /&gt; Groupe de travail sur l'enseignement dans les Lyc&#233;es techniques. &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Le Rapport Bouveresse-Derrida constitue une base de travail d&#233;sormais fondamentale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si certaines des propositions avanc&#233;es sont &#233;minemment discutables (selon d'ailleurs le v&#339;u m&#234;me des auteurs du Rapport...), la description de la situation et l'expos&#233; des motifs et desprincipes ne peuvent &#234;tre s&#233;rieusement contest&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
2. Le GREPH se plait &#224; constater (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;La guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/dissertation" rel="tag"&gt;Dissertation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;GREPH
&lt;p&gt;groupe de recherches sur l'enseignement philosophique&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Groupe de travail sur l'enseignement dans les Lyc&#233;es techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le Rapport Bouveresse-Derrida constitue une base de travail d&#233;sormais fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certaines des &lt;strong&gt;propositions&lt;/strong&gt; avanc&#233;es sont &#233;minemment &lt;strong&gt;discutables&lt;/strong&gt; (selon d'ailleurs le v&#339;u m&#234;me des auteurs du Rapport...), la description de la &lt;strong&gt;situation&lt;/strong&gt; et l'expos&#233; des &lt;strong&gt;motifs&lt;/strong&gt; et des&lt;strong&gt;principes&lt;/strong&gt; ne peuvent &#234;tre s&#233;rieusement contest&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le GREPH se plait &#224; constater que, sur la plupart des points essentiels, &lt;strong&gt;ce Rapport prend positivement en compte les th&#232;ses et propositions &#233;labor&#233;es et d&#233;fendues&lt;/strong&gt;, comme on sait, dans ses Groupes de travail, depuis une quinzaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A savoir :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EXTENSION DE L'ENSEIGNEMENT.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233; d'une &lt;strong&gt;extension&lt;/strong&gt; de l'enseignement philosophique, en amont' et en 'aval' de la Terminale (relativisation, par cons&#233;quent, du 'r&#244;le irrempla&#231;able' de la Terminale A...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MORALISATION DE L'EPREUVE.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessite d'une &lt;strong&gt;moralisation&lt;/strong&gt; de l'&#233;preuve de philosophie au baccalaur&#233;at. C'est une scandaleuse 'loterie', favorisant honteusement l'exploitation mercantile du d&#233;sarroi des candidats par une v&#233;ritable industrie du bachotage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les rem&#232;des propos&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;a) &lt;strong&gt;Sp&#233;cification&lt;/strong&gt;, annuelle et acad&#233;mique, de la partie du &lt;strong&gt;programme g&#233;n&#233;ral&lt;/strong&gt; sur laquelle porterait plus pr&#233;cis&#233;ment &lt;strong&gt;l'&#233;preuve&lt;/strong&gt; dissertation ou &#233;tude de texte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Avec pour cons&#233;quence la possibilit&#233; pour les candidats de pr&#233;parer &lt;strong&gt;s&#233;rieusement&lt;/strong&gt;l'examen et... l'obstacle &#224; la vente au titre de la 'pr&#233;paration au Bac' de l'ann&#233;e suivante des Annales 'corrig&#233;es'...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) &lt;strong&gt;Relativisation du 'r&#244;le irrempla&#231;able de la Dissertation'.&lt;/strong&gt; (Au profit de l'invention et du d&#233;veloppement &lt;strong&gt;d'autres exercices&lt;/strong&gt;, notamment de &lt;strong&gt;l'&#233;tude de texte&lt;/strong&gt; - qui ne saurait &#234;tre ramen&#233;e &#224; la 'dissertation' comme le pr&#233;conisent les conservateurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que pr&#233;tendent les conservateurs, cette &lt;strong&gt;moralisation de l'&#233;preuve&lt;/strong&gt; ne remet nullement en cause le caract&#232;re national du baccalaur&#233;at (ou alors, il faudrait instituer un sujet national unique) et l'&#233;quivalence des dipl&#244;mes. Bien au contraire, la &lt;strong&gt;concertation&lt;/strong&gt;propos&#233;e entre &lt;strong&gt;enseignants&lt;/strong&gt; pour la d&#233;termination annuelle, acad&#233;mique, de la sp&#233;cification du programme pour l'examen ne peut que &lt;strong&gt;normaliser&lt;/strong&gt; l'&#233;preuve &#224; cet &#233;gard et faire &#233;chec aux aberrations que l'on constate actuellement dans le choix de certains sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle ne porte aucunement atteinte &#224; la 'libert&#233;' du Professeur, en ce qui concerne l'&#233;laboration de son 'cours' (sauf &#224; admettre que ce 'cours' se r&#233;duirait au bachotage de l'&#233;preuve &#224; partir des Annales du Baccalaur&#233;at..).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;INSTITUTION DE TRAVAUX DIRIGES.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233; d'une relativisation du 'r&#244;le irrempla&#231;able' du Cours Magistral (la 'le&#231;on de Philosophie..'), au profit de l'institution de &lt;strong&gt;travaux dirig&#233;s&lt;/strong&gt;, par &lt;strong&gt;demi-classe&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure &lt;strong&gt;indispensable&lt;/strong&gt; en sections techniques et scientifiques, mais qui pourrait avantageusement &#234;tre &#233;tendue aux sections A et B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'INSTITUTION DE TRAVAUX PRATIQUES HEBDOMADAIRES EN PHILOSOPHIE EST UNE MESURE INDISPENSABLE EN SECTIONS TECHNIQUES.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'il est un secteur du champ scolaire o&#249; s'impose imp&#233;rativement la n&#233;cessit&#233; p&#233;dagogique de l'institution de &lt;strong&gt;'travaux pratiques'&lt;/strong&gt;, c'est bien celui de &lt;strong&gt;l'enseignement philosophique en sections techniques&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, en effet, il est unanimement reconnu que l'horaire actuellement en vigueur de seulement deux heures hebdomadaires en terminales est absolument insuffisant, et ne permet, ni de former authentiquement les &#233;l&#232;ves &#224; et par la culture philosophique, ni m&#234;me de les pr&#233;parer m&#233;thodiquement &#224; r&#233;ussir seulement 'passablement' aux &#233;preuves de l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'autre part, force est bien d'admettre qu'il est totalement impossible d'ajouter des heures de &lt;strong&gt;'cours'&lt;/strong&gt; pour les &#233;l&#232;ves de ces sections, d&#233;j&#224; insupportablement surcharg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, le slogan '&lt;i&gt;Pas plus de quatre classes pour le Professeur de Philosophie ET pas moins de quatre heures hebdomadaires pour les &#233;l&#232;ves&lt;/i&gt;' ou bien est un '&lt;i&gt;v&#339;u pieux&lt;/i&gt;', ou bien manifeste le souhait inavou&#233; de la suppression pure et simple de l'enseignement philosophique dans les sections techniques (voire, au moins dans le syst&#232;me actuellement institu&#233;, dans les sections scientifiques, puisque les seules classes r&#233;pondant &#224; la seconde condition sont les terminales A et B...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule solution institutionnelle, pour surmonter la contradiction inh&#233;rente &#224; la conjonction de ces deux impossibilit&#233;s, c'est le remplacement d'une heure de 'cours' par une heure (et, si possible, une heure et demie) &lt;strong&gt;de 'travaux pratiques'&lt;/strong&gt; par demi-classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ferait, au total et quantitativement parlant, deux heures (ou deux heures et demie) de travail hebdomadaire pour les &#233;l&#232;ves, et trois heures (voire quatre) par classe pour le professeur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux remarques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est &#233;vident que la formule pourrait &#234;tre avantageusement g&#233;n&#233;ralis&#233;e au profit de l'enseignement philosophique en toutes sections. Ainsi, par exemple, en terminales C, D, ou E, avec deux heures de 'cours' et une heure (ou une heure et demie) de 'travaux pratiques' (en classe d&#233;doubl&#233;e), cela ferait un total de trois heures (ou trois heures et demie) de charge horaire hebdomadaire pour les &#233;l&#232;ves, et quatre heures (voire cinq heures) pour le professeur. Et quant &#224; la terminale A, on pourrait y envisager cinq heures de 'cours' et une heure et demie de 'travaux pratiques' (en demi-classe, donc, six heures et demie pour les &#233;l&#232;ves et toujours 'ses' huit heures pour le prof de philo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cela ne saurait dispenser d'envisager l'institution de l'enseignement philosophique, en toutes sections, &#224; partir de la classe de seconde. Avec, bien entendu, l&#224; aussi, des 'travaux pratiques'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette mesure &lt;strong&gt;n&#233;cessaire&lt;/strong&gt; restera insuffisante, si elle ne s'accompagne pas de &lt;strong&gt;l'extension.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux heures&lt;/strong&gt; ou deux heures et demie de travail hebdomadaire &lt;strong&gt;pour les &#233;l&#232;ves&lt;/strong&gt;, m&#234;me si cela fait &lt;strong&gt;trois heures&lt;/strong&gt; (voire quatre) &lt;strong&gt;pour le professeur&lt;/strong&gt;, ne saurait suffire &#224; donner &#224; l'enseignement philosophique la place qui lui revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'EXTENSION EST UN IMP&#201;RATIF. &lt;/strong&gt;C'est une condition &lt;strong&gt;absolue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POUR LES SECTIONS TECHNIQUES, donc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Travaux dirig&#233;s&lt;/strong&gt; au moins une heure par demi-classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Extension&lt;/strong&gt;, au moins en Premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Institution d'une &#233;preuve orale&lt;/strong&gt; (de 'second groupe'), obligatoire, avec soutenance de dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Maintien&lt;/strong&gt;, au premier groupe, d'une &#233;preuve &#233;crite : l'&#233;tude de texte, guid&#233;e par un questionnaire m&#233;thodique, comme actuellement, devrait avoir la premi&#232;re place. Donc,&lt;strong&gt;deux textes&lt;/strong&gt; et une seule 'dissertation'...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F.G. (1990) &lt;i&gt;[NDLR : F.G. = Francis Godet, secr&#233;taire du GREPH]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le complexe de la citadelle assi&#233;g&#233;e</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/le-complexe-de-la-citadelle-assiegee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/le-complexe-de-la-citadelle-assiegee</guid>
		<dc:date>1990-05-25T16:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A quelles conditions 60 ou 80 % des &#233;l&#232;ves d'une g&#233;n&#233;ration peuvent-ils acqu&#233;rir les rudiments d'une formation philosophique qui les aidera &#224; construire leur pens&#233;e et leur discours, et &#224; fortifier leur libert&#233; d'homme et de citoyen ? Pos&#233;e par les faits, par la d&#233;mocratisation acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'acc&#232;s &#224; la terminale, la question vient r&#233;veiller la plus vieille et la plus sensible contradiction de l'enseignement philosophique ; si la philosophie s'adresse par principe &#224; tous les hommes, elle a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;Documents relatifs &#224; la guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A quelles conditions 60 ou 80 &lt;i&gt;% &lt;/i&gt;des &#233;l&#232;ves d'une g&#233;n&#233;ration peuvent-ils acqu&#233;rir les rudiments d'une formation philosophique qui les aidera &#224; construire leur pens&#233;e et leur discours, et &#224; fortifier leur libert&#233; d'homme et de citoyen ? Pos&#233;e par les faits, par la d&#233;mocratisation acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'acc&#232;s &#224; la terminale, la question vient r&#233;veiller la plus vieille et la plus sensible contradiction de l'enseignement philosophique ; si la philosophie s'adresse par principe &#224; tous les hommes, elle a toujours &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; r&#233;serv&#233;e &#224; une &#233;lite. L'arriv&#233;e dans nos classes d'&#233;l&#232;ves dont les origines sociales, l'univers culturel, le parcours scolaire et les motivations sont extr&#234;mement diff&#233;rents, vient mettre en question les mod&#232;les de la transmission philosophique et l'image que les enseignants de philosophie se font d'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce par ce qu'il s'efforce de prendre acte lucidement de ce bouleversement et d'indiquer de quelle mani&#232;re on pourrait y faire face que le rapport de la commission Bouveresse Derrida a suscit&#233; des r&#233;actions aussi passionnelles et la mobilisation contre lui d'une partie de la corporation philosophique ? Nous ne sommes pourtant pas partis d'un discours a priori sur la philosophie mais du terrain, des difficult&#233;s concr&#232;tes que d&#233;crivent les professeurs d&#232;s qu'ils parlent de leur m&#233;tier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment g&#233;n&#233;ral d'&#233;chec dans les sections techniques, le foss&#233; entre les travaux &#233;crits des &#233;l&#232;ves et les exigences intellectuelles minimales, l'angoisse des &#233;l&#232;ves devant l'ind&#233;termination des sujets et du programme, leur souhait de disposer d'une ann&#233;e suppl&#233;mentaire d'imitation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reviendrai pas sur nos propositions attentivement r&#233;sum&#233;es et analys&#233;es dans les colonnes de l'US (n&#176;234). Aucune ne va de soi Toutes doivent passer au crible de la discussion la plus large qui me para&#238;t d'autant plus urgente que les questions in&#233;dites pos&#233;es par la d&#233;mocratisation n'ont jusqu'&#224; pr&#233;sent fait l'objet au sein de la communaut&#233; philosophique d'aucune r&#233;flexion collective d'envergure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel d&#233;bat n'a de chance de toucher aux vrais probl&#232;mes et de d&#233;boucher sur des propositions constructives et novatrices qu'&#224; la condition que l'on rompe avec le discours illusoire qui fait de l'am&#233;lioration des conditions de travail des enseignants, et de l'augmentation de l'horaire des &#233;l&#232;ves, une v&#233;ritable panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on ne me lise pas de travers ! J'enseigne depuis 11 ans dans des lyc&#233;es techniques : j'ai toujours eu entre 5 et 8 classes ; je connais les TG &#224; 40 et les TF le vendredi soit de 16 &#224; 18 ! Je sais tout ce que l'all&#232;gement des effectifs et m&#234;me le simple d&#233;doublement d'une heure dans les sections techniques repr&#233;senteraient pour mes &#233;l&#232;ves et pour moi. Mais qu'on ne me raconte pas que cela donnera &#224; mes F les moyens de r&#233;diger quelque chose qui ressemble &#224; une dissertation philosophique, ni &#224; mes D la comp&#233;tence requise pour commenter de fa&#231;on pertinente 15 lignes de Descartes tir&#233;es hors de tout contexte et dont m&#234;me le fran&#231;ais leur &#233;chappe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grave : ceux qui pr&#233;tendent &#171; qu'en de&#231;&#224; d'un horaire minimal un enseignement ne peut produire d'effets significatifs &#187; n'en tirent pas toutes les cons&#233;quences : comme il est hors de question d'ajouter des heures aux &#233;l&#232;ves de F qui en font d&#233;j&#224; 36, ni d'amputer d'autres mati&#232;res, cela revient &#224; nier qu'on puisse s&#233;rieusement faire de la philosophie dans ces sections. Bel exemple de la contradiction o&#249; s'enferment beaucoup de coll&#232;gues par conviction d&#233;mocratique, ils ne peuvent que souhaiter l'acc&#232;s du plus grand nombre &#224; la philosophie, mais comme ils se refusent &#224; imaginer d'autres mod&#232;les d'enseignement et qu'ils constatent leurs &#233;checs face &#224; ce nouveau public, ils ne sont pas s&#251;rs au fond d'eux-m&#234;mes de le souhaiter v&#233;ritablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous objecte-t-on, insister sur la diversit&#233; des &#233;l&#232;ves, c 'est risquer de n'offrir aux moins favoris&#233;s, &#224; qui nous devons plus encore qu'aux autres, qu'un enseignement au rabais, c'est renforcer les in&#233;galit&#233;s. La place me manque ici pour discuter cet &#171; argument &#187; comme il le m&#233;riterait, je dirais simplement qu'&#224; mes yeux, il cache, sous l'exigence apparemment d&#233;mocratique et &#233;galitaire, l'&#233;litisme le plus conservateur et le plus m&#233;prisant. Car les faits sont l&#224;. C'est au nom de cet argument qu'on n'a pas voulu organiser depuis 20 ans que les sections G existent, la moindre r&#233;flexion collective, au nom de cet argument qu'on impose aux &#233;l&#232;ves des types de sujets sur lesquels ils n'ont rien &#224; dire, des types de travaux o&#249; l'on sait d'avance qu'ils &#233;choueront, et un cadre d'enseignement qui ignore superbement ce qui les int&#233;resse et ce qu'ils sont. Laissons l&#224; ces faux arguments, ces crispations identitaires et ces illusoires solutions en termes d'horaires qui peuvent flatter le corporatisme mais tournent le dos au vrai probl&#232;me. Ne nous trompons pas d'&#233;poque, personne ne veut aujourd'hui la mort de notre enseignement. Le complexe de la citadelle philosophique assi&#233;g&#233;e par les technocrates et les sciences humaines hante encore trop d'imaginations. Un public nouveau est entr&#233; dans nos classes et ne va cesser d'y affluer. Faisons la preuve de la vitalit&#233; de notre enseignement en r&#233;fl&#233;chissant ensemble s&#233;rieusement aux conditions dans lesquelles nous pourrons lui donner les moyens de faire vraiment de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Jacques ROSAT&lt;br class='autobr' /&gt; Lyc&#233;e technique Roosevelt - Reims&lt;br class='autobr' /&gt; Co-signataire du rapport Bouveresse-Derrida&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Qui a peur de la philosophie ?&#034; Jacques Derrida</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/qui-a-peur-de-la-philosophie-jacques-derrida</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/qui-a-peur-de-la-philosophie-jacques-derrida</guid>
		<dc:date>1990-03-10T17:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Acireph</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1. LES ETATS G&#201;N&#201;RAUX DE LA PHILOSOPHIE &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Pour commencer &#224; expliquer un &#233;v&#233;nement comme celui des &#201;tats G&#233;n&#233;raux, il faudrait d&#233;ployer plusieurs types d'analyses et les articuler prudemment entre elles. Il faudrait traiter de toutes les racines de la situation philosophique fran&#231;aise aujourd'hui, de la &#171; sociologie &#187; (disons pour faire vite) des intellectuels, des enseignants et des &#233;tudiants fran&#231;ais, des structures de l'enseignement fran&#231;ais &#224; l'universit&#233;, dans les lyc&#233;es et avant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;Documents relatifs &#224; la guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/acireph" rel="tag"&gt;Acireph&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. LES ETATS G&#201;N&#201;RAUX DE LA PHILOSOPHIE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour commencer &#224; expliquer un &#233;v&#233;nement comme celui des &#201;tats G&#233;n&#233;raux, il faudrait d&#233;ployer plusieurs types d'analyses et les articuler prudemment entre elles. Il faudrait traiter de toutes les racines de la situation philosophique fran&#231;aise aujourd'hui, de la &#171; sociologie &#187; (disons pour faire vite) des intellectuels, des enseignants et des &#233;tudiants fran&#231;ais, des structures de l'enseignement fran&#231;ais &#224; l'universit&#233;, dans les lyc&#233;es et avant les lyc&#233;es, etc. Ce n'est pas au cours d'un entretien que nous nous mesurerons &#224; ces probl&#232;mes. La s&#233;quence la plus proche et la plus apparente, la plus courte aussi nous renvoie &#224; la mise en place de la R&#233;forme Haby, depuis le vote du projet de R&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif qui avait suscit&#233; une si grande opposition dans le pays, et notamment parmi ceux qui s'int&#233;ressent &#224; la philosophie, qui croient &#224; la n&#233;cessit&#233; de la recherche et du d&#233;bat philosophique dans notre soci&#233;t&#233;... Depuis que la lutte a &#233;t&#233; engag&#233;e contre cette R&#233;forme, certaines menaces n'ont pas cess&#233; de s'aggraver et de se pr&#233;ciser. Il est vrai qu'on &#233;vite prudemment de toucher au baccalaur&#233;at pour l'instant : le probl&#232;me est trop d&#233;licat pour qu'on l'aborde avant l'&#233;ch&#233;ance &#233;lectorale de 1981. Les effets d'une politique visant &#224; restreindre le champ de l'enseignement et de la recherche philosophiques se sont en tout cas accentu&#233;s. Les conditions sont de plus en plus difficiles, elles se d&#233;gradent d'ann&#233;e en ann&#233;e. La r&#233;duction massive du nombre de postes mis au concours n'en est qu'un signe mais il fut plus spectaculaire encore l'an dernier, au moment o&#249; d'autre part on privait de leur poste un grand nombre d'enseignants de philosophie dans les &#201;coles normales. L'ann&#233;e derni&#232;re la R&#233;forme Haby n'&#233;tait pas encore parvenue &#224; cette phase de son application qui concerne les Terminales. Nous attendons les d&#233;crets qui doivent tirer les cons&#233;quences de la R&#233;forme &#224; ce niveau du cursus. Nous ne les avons pas attendus pour nous opposer syst&#233;matiquement aux &lt;strong&gt;principes&lt;/strong&gt; qui doivent les inspirer dans l'ensemble de l'appareil scolaire mais nous ne savons pas encore pr&#233;cis&#233;ment ce que seront ces d&#233;crets quant &#224; la philosophie. Les bruits qui couraient &#224; ce sujet &#8212; comme cela fut dit et maintenant publi&#233; dans les actes des &#201;tats G&#233;n&#233;raux &#8212; &#233;taient inqui&#233;tants, au-del&#224; m&#234;me de ce que nous avions d'abord redout&#233;. Nous avons pens&#233; que cela devait alerter non seulement les enseignants et les &#233;tudiants mais tous ceux que pr&#233;occupe l'avenir de quelque chose comme la philosophie dans ce pays. Un certain nombre de professeurs (philosophes ou non) se sont rassembl&#233;s pour lancer l'Appel que vous savez. Ils l'ont fait dans un langage o&#249; ils pouvaient reconna&#238;tre leur souci commun au-del&#224; de diff&#233;rences philosophiques, politiques ou autres qu'il n'a jamais &#233;t&#233; question de m&#233;conna&#238;tre. Plus de 1 200 personnes ont donc particip&#233; &#224; ces &#201;tats G&#233;n&#233;raux les 16 et 17 juin, dans le Grand amphith&#233;&#226;tre de la Sorbonne. Cette affluence massive et exceptionnelle &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; elle seule un &#233;v&#233;nement, un signe et un avertissement. D'autant plus que, il faut y insister, les participants n'&#233;taient pas seulement des philosophes de profession, enseignants ou &#233;tudiants, et pas seulement des universitaires. Ce qui s'est pass&#233; l&#224;, on peut maintenant en avoir une premi&#232;re id&#233;e en lisant la transcription des d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Il faut insister sur la grande diversit&#233; de ceux qui ont pris la responsabilit&#233; d'appeler aux &#201;tats G&#233;n&#233;raux. C'est en France un ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s rare et d'autant plus significatif. Le Comit&#233; des 21 &#233;tait form&#233;, pour une part, de philosophes qui, dans d'autres contextes, ne se trouvent pas si proches les uns des autres... Nous n'avions pas d'ordre du jour pr&#233;alable. Nous souhaitions favoriser un grand d&#233;bat (sans exclusive, sans r&#233;f&#233;rences hi&#233;rarchiques, sans code impos&#233;, sans ph&#233;nom&#232;nes d'autorit&#233; ou de comp&#233;tence), un grand d&#233;bat ouvert, et il s'est engag&#233; dans un lieu et m&#234;me dans une atmosph&#232;re qui rappelaient, beaucoup l'ont not&#233;, certains moments de 68, quand la parole se prenait le plus librement possible, pour discuter, interroger, faire des propositions, travailler, informer. Pour une large part ce que nous esp&#233;rions &#224; cet &#233;gard s'est produit. Comment l'&#233;v&#233;nement peut &#234;tre d&#233;chiffr&#233; &#224; long terme, je ne le sais pas. Il s'agissait en tout cas, me semble-t-il, de ne pas l'investir d'avance de telle ou telle signification historique. Le bilan imm&#233;diat (puisque vous posez la question du &#171; bilan &#187;) serait au moins de deux ordres : d'une part le rassemblement a eu lieu (et il pourrait se reproduire, tout le monde doit en tenir compte et se le tenir pour dit), l'information a circul&#233;, la prise de conscience a &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e, des groupes se sont constitu&#233;s et continuent de travailler, &#224; Paris et en Province. Sans que cela nous limite &#224; un point de vue corporatiste (et tant et tant de questions non professionnelles ont &#233;t&#233; pos&#233;es et largement discut&#233;es pendant ces deux journ&#233;es), des r&#233;solutions ont &#233;t&#233; vot&#233;es qui concernent - par exemple - l'extension de l'enseignement philosophique hors de la Terminale. (De telles r&#233;solutions ont ensuite &#233;t&#233; reprises et confirm&#233;es par d'autres instances : c'est le cas de la motion sur l'extension, vot&#233;e quelques jours apr&#232;s par l'assembl&#233;e des correcteurs de philosophie au baccalaur&#233;at dans l'acad&#233;mie de Paris-Versailles.) La r&#233;union d'autres &#201;tats G&#233;n&#233;raux a &#233;t&#233; envisag&#233;e, et elle serait imm&#233;diate si les menaces gouvernementales r&#233;apparaissaient. Le soir du premier jour des EG une d&#233;claration du Ministre &#224; la t&#233;l&#233;vision s'est faite rassurante &#224; ce sujet mais nous attendons les d&#233;crets pour juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ce qui montre de fa&#231;on objective et v&#233;rifiable que ce n'&#233;taient pas les E.G. du &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;c'est que les membres du &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt; &#233;taient en minorit&#233; dans le Comit&#233; de Pr&#233;paration et plus encore au cours des E.G. eux-m&#234;mes. Ce point de vue quantitatif, qui n'est pas toujours probant, l'est en tout cas chaque fois qu'il y a vote et toutes les r&#233;solutions ont &#233;t&#233; vot&#233;es d&#233;mocratiquement. Il est vrai que l'id&#233;e des E.G. a d'abord &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e par certains membres du &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt; (d'abord par Brunet, je l'ai rappel&#233; &#224; l'ouverture des E.G.), mais nous avons pens&#233; que le rassemblement le plus large &#233;tait n&#233;cessaire pour tout ce qui engageait cet &#233;v&#233;nement aussi bien que pour les ordres du jour, les r&#233;solutions, etc. Tout ce qui a maintenant &#233;t&#233; publi&#233; en t&#233;moigne : le &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt; a sans doute provoqu&#233; l'&#233;v&#233;nement mais n'a pas voulu se l'approprier ou le dominer &#8212; et ne l'a pas fait. Sans doute avons-nous d&#233;fendu les positions du &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt;dans les discussions mais quoi de plus l&#233;gitime ? Les membres d'autres associations l'ont fait aussi et c'est bien. Que le &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt; soit plus mobilis&#233; et depuis plus longtemps sur des positions de lutte qui parfois et de plus en plus emportent la conviction, c'est aussi vrai. Le meilleur exemple en a &#233;t&#233; la r&#233;solution vot&#233;e au sujet de l'extension de la philosophie &#224; partir de la seconde, mais il ne faut pas oublier que cette r&#233;solution reste encore en retrait par rapport &#224; nos propres perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Pr&#233;cisons encore, le &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt; n'est ni un syndicat ni une association corporative. Depuis 1975 il rassemble un grand nombre d'enseignants et d'&#233;tudiants, philosophes ou non, d&#233;cid&#233;s &#224; s'interroger sur l'institution philosophique, sur son histoire et son fonctionnement actuel, mais aussi &#224; y intervenir en posant de nouvelles questions et en y agissant autrement. Sur le programme de travail et les perspectives d'action du &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;sur son avant-projet constitutif et ses premi&#232;res prises de position, je ne peux que vous renvoyer ici &#224; des textes publi&#233;s dans&lt;strong&gt;Qui a peur de la philosophie&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; ? &lt;/i&gt;(Flammarion, Champs, 1977). Actuellement, partout en France, sans aucune centralisation, &#224; l'&#233;cart de toute orthodoxie et de toute hi&#233;rarchie, de nombreux groupes travaillent &#224; la transformation de l'enseignement et de la recherche philosophiques. Ils le font dans des conditions tr&#232;s variables d'un groupe &#224; l'autre. Toutes les questions abord&#233;es aux E.G. sont &#233;videmment des questions privil&#233;gi&#233;es par le &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;qu'il s'agisse des m&#233;dias ou de la situation de la philosophie en France aujourd'hui, des programmes ou des sanctions &#233;valuatrices, de l'&#233;dition ou de la sc&#232;ne p&#233;dagogique dans tous ses &#233;l&#233;ments, du probl&#232;me des femmes dans la philosophie, mais aussi bien d'autres questions qui n'ont pas &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;es aux E.G. Bien que nous prenions des positions militantes sur les probl&#232;mes imm&#233;diats (par exemple pour riposter &#224; la R&#233;forme Haby selon un mot d'ordre offensif et nouveau qui n'&#233;tait plus celui de la d&#233;fense traditionnelle de la Terminale, ou encore au moment de l'exclusion d'un grand nombre de philosophes des &#201;coles normales, etc.), nous concevons notre travail comme une t&#226;che de longue haleine, tourn&#233;e vers ce que certains consid&#232;rent comme des utopies dangereuses (ce fut d&#233;j&#224; le cas pour l'extension de l'enseignement philosophique hors des terminales : les choses ont chang&#233; en quelques ann&#233;es dans l'esprit de beaucoup).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. L'engagement a &#233;t&#233; pris, aux E.G., d'&#233;largir et de renouveler cette exp&#233;rience. Dans chaque acad&#233;mie devraient se constituer des permanences qui ne concurrenceraient en rien les organisations syndicales et corporatives mais qui donneraient du mouvement, proposeraient de nouvelles probl&#233;matiques et de nouveaux modes d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Relever la diminution croissante des postes mis au concours, ce n'est pas simplement du corporatisme. Les effets de cette mesure sont tr&#232;s &#233;tendus, et bien au-del&#224; des probl&#232;mes de recrutement. Il y a de moins en moins d'&#233;tudiants de philosophie d&#232;s lors que tout avenir professionnel est interdit, et ils sont de plus en plus d&#233;courag&#233;s, d&#233;mobilis&#233;s, cela d&#233;t&#233;riore les conditions de la recherche, pour ne rien dire des conditions du d&#233;bat philosophique en dehors des lieux d'enseignement. A cet &#233;gard, les d&#233;clarations minist&#233;rielles qui se voulaient apaisantes au lendemain des E.G. sont loin de nous satisfaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. L'extension de l'enseignement philosophique aurait de telles cons&#233;quences sur la totalit&#233; du syst&#232;me &#233;ducatif qu'on ne peut absolument pas la consid&#233;rer comme une position de repli. Sur ces cons&#233;quences il est difficile de s'&#233;tendre ici mais les travaux du &lt;strong&gt;Greph &lt;/strong&gt;(cf. &lt;strong&gt;Qui a peur de la philosophie&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; ?, &lt;/i&gt;par exemple) peuvent en donner une id&#233;e. Tout ce qui a &#233;t&#233; dit sous une forme programmatique aux E.G. est loin de correspondre &#224; un repli. Mais bien s&#251;r il ne s'agissait l&#224; que d'une phase pr&#233;liminaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. LA PHILOSOPHIE ET SON ENSEIGNEMENT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. L'extension de la philosophie nous para&#238;t souhaitable (selon des modes &#224; inventer et des formes qui ne reviendraient pas &#224; &#171; dispenser &#187; ailleurs un enseignement d&#233;j&#224; connu et constitu&#233;, bien s&#251;r) non seulement en amont de la terminale mais aussi en aval, dans les Universit&#233;s, en dehors des sections de philosophie. Cela correspond d'ailleurs &#224; une demande tr&#232;s vivante de la part de scientifiques, de juristes, de litt&#233;raires, de m&#233;decins, de techniciens, etc. A propos de la comparaison avec des syst&#232;mes europ&#233;ens qui ne comportent pas d'enseignement philosophique avant l'Universit&#233;, notre revendication peut en effet para&#238;tre au premier abord insolite ou exorbitante. Mais nous nous battons dans un contexte fran&#231;ais qui a son histoire, et il est d'autre part remarquable que les questions soulev&#233;es par le &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt;int&#233;ressent beaucoup (et pour des raisons essentielles, qui tiennent &#224; des traits communs &#224; toutes les soci&#233;t&#233;s industrielles dans leur phase actuelle) hors de France, en Europe et aux &#201;tats-Unis. C'est au moment o&#249; certains r&#233;clament plus de philosophie, et d&#232;s avant l'Universit&#233;, hors de France, qu'on songe chez nous &#224; faire le chemin inverse. De cet int&#233;r&#234;t et de cette inqui&#233;tude nous avons des signes nombreux partout o&#249; des forces socio-politiques tentent de limiter certains types de recherche (la philosophie n'est pas la seule et nous sommes tr&#232;s attentifs &#224; ce qui d&#233;borde ici l'unit&#233; d'une &#171; discipline &#187;). Ces questions sont d'actualit&#233; dans de nombreux pays europ&#233;ens ou am&#233;ricains, en Afrique du Nord et dans plus d'un pays d'Afrique noire francophone. Des groupes analogues au &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt; et en relation avec lui s'y constituent et travaillent avec nous. Un des principes du &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;c'est de ne pas s'enfermer dans les limites d'une discipline mais de tenter de repenser les rapports entre la pratique philosophique et les autres. Nous ne proposons jamais rien qui n'implique &#224; cet &#233;gard une r&#233;&#233;laboration fondamentale et elle ne peut &#234;tre engag&#233;e que dans un travail commun avec les chercheurs, enseignants, et &#233;tudiants d'autres disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Toute r&#233;ponse &#224; cette question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Question de Guy Coq : &#171; Que pourrait &#234;tre un enseignement secondaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;ploie d&#233;j&#224; &lt;strong&gt;une&lt;/strong&gt; philosophie. Parmi tous ceux qui militent aujourd'hui pour l'extension de l'enseignement philosophique, il y a bien des diff&#233;rences et des diff&#233;rends philosophiques. La conviction commune, pour l'instant, c'est que la question, le type de question que vous posez ne pourra &#234;tre s&#233;rieusement &#233;labor&#233; que le jour o&#249; les conditions mat&#233;rielles et techniques de l'enseignement et de la recherche seront am&#233;lior&#233;es et plus ouvertes. Mais lutter pour cela c'est d&#233;j&#224; prendre parti - et philosophiquement. Nous sommes tous d'accord pour que ce grand d&#233;bat philosophique se d&#233;veloppe : aujourd'hui, malgr&#233; certaines apparences, il est entrav&#233; de toutes parts. Plus le travail philosophique sera actif et vivant &#224; l'int&#233;rieur de l'institution, plus il le sera au-dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Il n'y a jamais eu d'unit&#233; pure du discours philosophique et sans doute pour des raisons essentielles. Difficile de s'engager ici dans ce probl&#232;me. Il reste qu'&#224; certaines p&#233;riodes (de l'histoire et de telle ou telle soci&#233;t&#233;) une &lt;strong&gt;repr&#233;sentation&lt;/strong&gt; a pu s'imposer de cette relative unit&#233; du code et du d&#233;bat philosophiques. Au prix de puissantes exclusions, naturellement. Aujourd'hui ce qui s'appelle philosophie est le lieu de la plus grande disparit&#233; des discours. Un indice &#8211;sur lequel il ne faut pas se lamenter, et dont il faut tenir compte&#8212; : un professeur de philosophie ressemble moins &#224; un autre professeur de philosophie qu'&#224; n'importe quel autre professeur, je crois que j'exag&#232;re &#224; peine. Si on pouvait entendre simultan&#233;ment tous les discours et tous les enseignements qui se produisent aujourd'hui sous le titre de la philosophie, on serait, je crois, ahuri non pas seulement par la diff&#233;rence des contenus, &#224; laquelle il est l&#233;gitime de s'attendre, mais par la diff&#233;rence des codes &#233;l&#233;mentaires, par l'intraductibilit&#233; des langages, des &#233;valuations les plus d&#233;cisives (par exemple dans la d&#233;termination des &#171; questions &#187; et des &#171; textes &#187; qu'un travail pr&#233;liminaire ne devrait pas contourner, la d&#233;termination de ce qu'on aurait nagu&#232;re appel&#233; une &#171; formation fondamentale &#187; : cette expression m&#234;me fait probl&#232;me et c'est encore un signe). Penser cet &#233;branlement profond, qui ne nous arrive pas par accident et de l'ext&#233;rieur, simplement, voil&#224; une de nos t&#226;ches, sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. DE QUELQUES CRITIQUES ET MALENTENDUS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; 11. On peut en venir aux critiques, si vous voulez. D'abord, il ne saurait &#234;tre question de vouloir mettre les E.G. &#224; l'abri de la critique ; il s'agissait au contraire d'ouvrir les discussions les plus larges et les plus contradictoires, et deux jours de d&#233;bats improvis&#233;s ne pouvaient, ni ne devaient donner lieu &#224; un corpus inattaquable de propositions absolument coh&#233;rentes et suffisantes, de forme doctrinale ou dogmatique. Cela dit, toute critique n'est pas juste pour autant. Par exemple celle qui accuse le geste d'auto-d&#233;fense. Il n'y aurait rien d'ill&#233;gitime pour des enseignants conscients de leur responsabilit&#233; &#224; d&#233;fendre leurs conditions de travail. Nous l'avons fait, mais nous ne nous y sommes pas limit&#233;s, comme peuvent en t&#233;moigner les actes des E.G. auxquels je ne peux ici que renvoyer. Comme vous savez, les participants aux E.G. &#233;taient dans une proportion que je crois assez importante des non-philosophes et m&#234;me des non-enseignants. Les questions pos&#233;es &#233;taient tr&#232;s larges, elles concernaient la place et les modes de la pratique philosophique dans la soci&#233;t&#233; et hors de l'institution, le sens de la pens&#233;e philosophique aujourd'hui, la destination g&#233;n&#233;rale de l'enseignement. Tout cela portait bien au-del&#224; de l'horizon professionnel. Et &#224; aucun moment, &#224; personne il n'a paru souhaitable de se replier vers les conditions anciennes de la pratique philosophique. Les transformations et l'extension propos&#233;es concernaient la recherche et l'enseignement en g&#233;n&#233;ral, au-del&#224; de la philosophie, et aussi bien la philosophie hors de l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en au caract&#232;re pr&#233;tendument &#171; h&#226;tif &#187; du discours sur les m&#233;dias. La question des m&#233;dias (de leur fonction et de leur fonctionnement actuel, de leur r&#244;le dans la culture, de leurs effets sur l'enseignement, etc.) a occup&#233; une place importante, et ce ne fut pas un &#171; faux d&#233;bat &#187;. Si par &#171; h&#226;tif &#187; on voulait souligner que ce d&#233;bat a &#233;t&#233; pour une part improvis&#233;, on n'aurait pas tout &#224; fait tort, encore que la probl&#233;matique des m&#233;dias ait &#233;t&#233; reconnue dans sa n&#233;cessit&#233; d&#232;s l'ouverture de la premi&#232;re journ&#233;e (dans des formules que je crois prudentes, diff&#233;renci&#233;es, programmatiques) et que ceux qui ont pris la part la plus active au groupe de travail sur les m&#233;dias (je pense en particulier &#224; Debray) y aient apport&#233; les r&#233;sultats d'un travail consid&#233;rable. On peut se f&#233;liciter que pour la premi&#232;re fois, f&#251;t-ce dans une relative improvisation, soit abord&#233; un type de questions que je crois fondamentales et jusqu'ici insuffisamment reconnues dans le milieu scolaire et universitaire. C'est pourquoi j'avais cru n&#233;cessaire de les mettre sous le projecteur d&#232;s la premi&#232;re s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les discours tenus ont-ils &#233;t&#233; &#171; h&#226;tifs &#187; ? Pour une &#233;valuation honn&#234;te il faut ne pas se contenter des simplifications scandaleuses auxquelles certains se sont livr&#233;s dans les jours suivants (je pense en particulier &#224; tel compte rendu, si on peut dire, haineux, on peut le dire, de l'&lt;strong&gt;Express&lt;/strong&gt; et &#224; telle note du &lt;strong&gt;Nouvel Observateur&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;). &lt;/i&gt;Il faut plut&#244;t revenir &#224; ce qui fut effectivement dit (qui se trouve maintenant publi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tats G&#233;n&#233;raux de la Philosophie, op. cit.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et qui fut prudent, compliqu&#233;, et je crois, pour un d&#233;bat si bref, assez &#233;labor&#233;. Le groupe sur l'enseignement et les m&#233;dias a travaill&#233; de longues heures, il a r&#233;uni un nombre tr&#232;s important de participants, la discussion qui pr&#233;c&#233;da l'approbation du rapport fut longue. En lisant la transcription des d&#233;bats aux EG, on s'apercevra (si du moins on &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; en douter) qu'ils ne comportent aucune critique des m&#233;dias en tant que tels et en g&#233;n&#233;ral, seulement de certaines conditions techniques ou politiques de leur fonctionnement actuel, et des effets g&#233;n&#233;raux que cela ne peut manquer d'avoir sur le discours, l'enseignement, la recherche, etc. Toutes sortes de pr&#233;cautions ont &#233;t&#233; prises pour que cela ne ressemble en aucun cas au proc&#232;s sommaire des m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral. Qu'on relise ou qu'on lise. Les enjeux &#233;tant graves, les investissements nombreux et divers, on ne peut s'interroger sur la presse et sur les m&#233;dias sans faire na&#238;tre beaucoup de nervosit&#233;. Les r&#233;actions sont puissantes et elles viennent par d&#233;finition de lieux surarm&#233;s en ce domaine. Certains voudraient interdire que ces questions soient pos&#233;es en toute libert&#233; et au grand jour comme nous l'avons fait. Par exemple, c'est sans doute pour cela que le dimanche apr&#232;s-midi une petite troupe tr&#232;s d&#233;cid&#233;e avait tent&#233; de rendre le travail impossible et d'interrompre nos d&#233;bats : tapage continu, sifflements, hurlements hargneux pour couvrir ou brouiller toute parole, bref, la technique &#233;prouv&#233;e du petit commando terroriste. La troupe &#233;tait anim&#233;e par B.H. L&#233;vy et D. Grisoni. Il leur fut propos&#233; de prendre la parole au micro comme tout autre participant. Quand ils ont commenc&#233; &#224; le faire, certains ont protest&#233; dans la salle, sans doute exasp&#233;r&#233;s par le sabotage en cours et l'obstruction forcen&#233;e. Pr&#232;s de la tribune o&#249; se trouvait le micro, deux ou trois inconnus ont m&#234;me &lt;strong&gt;provoqu&#233; une br&#232;ve et l&#233;g&#232;re bousculade &lt;/strong&gt;(je p&#232;se mes mots). Mais les organisateurs, qui l'y avaient d'ailleurs invit&#233;, ont fait en sorte que B.H. L&#233;vy puisse avoir la parole en toute libert&#233;. Ce qui eut lieu, et cette intervention est maintenant publi&#233;e. Je ne m'attarderais pas sur cet incident, au demeurant fort &#233;clairant, si je ne venais d'apprendre qu'&#224; en croire un entretien entre Ph. Sollers et B.H. L&#233;vy, ce dernier aurait &#233;t&#233; &#171; pass&#233; &#224; tabac &#187; aux &#201;tats G&#233;n&#233;raux. &#171; Pass&#233; &#224; tabac &#187; ! On peut esp&#233;rer qu'un d&#233;fenseur aussi &#233;loquent des droits de l'homme conna&#238;t le sens et prend la mesure de cette expression qu'il avait d&#233;j&#224; employ&#233;e, &#224; propos du m&#234;me incident, au cours de l'une de ses apparitions &#224; la t&#233;l&#233;vision (entretien cette fois avec J.-L. Servan-Schreiber). Il s'agit l&#224;, de la part de B.H. L&#233;vy, de la plus ignoble diffamation. Au cours de cette &lt;strong&gt;br&#232;ve et l&#233;g&#232;re bousculade&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;j'y insiste, aucun coup ne fut port&#233; par personne : des gens qui crient dans la confusion, se pressent autour d'un micro ou se tirent par la veste, voil&#224; les faits, plus de mille personnes peuvent l'attester. Sachant comme tout le monde que B.H. L&#233;vy se soucie peu de distinguer entre le faux et le vrai (alors m&#234;me qu'il porte la V&#233;rit&#233;, la Loi et l'&#201;thique &#224; la boutonni&#232;re), j'aurais abandonn&#233; ces sympt&#244;mes &#224; leur contexte sinistre et d&#233;risoire &#224; la fois, je n'aurais pas relev&#233; une m&#233;prisable calomnie si le faux, cette fois, ne faisait injure &#224; tous ceux qui &#233;taient pr&#233;sents aux &#201;tats G&#233;n&#233;raux, &#224; &lt;strong&gt;tous&lt;/strong&gt; et non seulement aux ma&#238;tres-auxiliaires que B.H. L&#233;vy, dans le m&#234;me &#233;lan, renvoie si confortablement &#224; leurs petits probl&#232;mes. Propag&#233; et accr&#233;dit&#233; par des organes publics (t&#233;l&#233;vision, p&#233;riodique), ce faux constitue une agression trop grave et trop massive pour qu'on la laisse sans r&#233;ponse, si peu de go&#251;t qu'on ait pour de tels &#233;changes. Ah ! si la cause des droits de l'homme n'avait que des d&#233;fenseurs si prompts &#224; injurier et &#224; falsifier, nous devrions &#234;tre plus inquiets que jamais. Je ferme cette parenth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. C'est ici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponse &#224; une intervention d'Olivier Mongin : &#171; ... Il faut aller plus loin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'une analyse patiente et multiple, allant dans de nombreuses directions, devrait expliquer que &lt;strong&gt;telle&lt;/strong&gt; critique du totalitarisme -de &lt;strong&gt;tel&lt;/strong&gt; totalitarisme- n'a eu acc&#232;s &#224; la t&#233;l&#233;vision, sous &lt;strong&gt;telle&lt;/strong&gt; forme, qu'&#224; un moment pr&#233;cis de l'histoire de ce pays, alors qu'elle &#233;tait ailleurs clairement formul&#233;e, inform&#233;e, aiguis&#233;e depuis longtemps, et que depuis longtemps elle avait justifi&#233; chez certains des prises de position sans &#233;quivoque. Je ne crois pas que seule la difficult&#233; du discours soit en cause, mais tout un ensemble d'&#233;valuations lat&#233;rales qui accompagnent un contenu (par exemple ce que vous appelez la critique du totalitarisme, &#224; quoi tout est loin de se r&#233;sumer). Mais il ne faut pas se livrer &#224; l'improvisation dans ce domaine qui souffre d&#233;j&#224; de trop de st&#233;r&#233;otypies et de manipulations l&#224; o&#249; nous aurions besoin de travaux fins, diff&#233;renci&#233;s, ne c&#233;dant &#224; aucune intimidation. Et je me demande si la forme de l'entretien, si utile et &#233;clairante d'un autre point de vue, ne risque pas de nous pr&#233;cipiter vers des simplifications. Je me contenterai ici, &#224; la place d'une analyse difficile &#224; reconstituer dans ces conditions, de marquer une prise de position tr&#232;s claire, tout en renvoyant aux textes publi&#233;s : personne, je crois, aux &#201;tats G&#233;n&#233;raux, personne au &lt;strong&gt;Greph&lt;/strong&gt; n'a attaqu&#233; quelque chose comme les m&#233;dias en tant que tels et en g&#233;n&#233;ral mais, je le disais tout &#224; l'heure, un certain &#233;tat et un certain usage aujourd'hui, en France, de tel ou tel instrument du type &#171; m&#233;dias &#187;. Pour ma part, j'ai dit le plus clairement du monde ma d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de toute r&#233;activit&#233; contre les m&#233;dias, et j'ajouterai d'un mot : des m&#233;dias je trouve seulement qu'il &lt;strong&gt;n'y en a pas assez&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&#199;a souffre plut&#244;t de monolithisme, de concentration, de monopolisation, d'uniformisation violente et arraisonn&#233;e. Bref, le sympt&#244;me le plus criant est de type oligarchique. Alors pourquoi ce petit nombre d'op&#233;rateurs, et pourquoi ceux-l&#224;, voil&#224; peut-&#234;tre de quelle question on peut partir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Question de Guy Coq : &#171; &lt;i&gt;Que pourrait &#234;tre un enseignement secondaire aujourd'hui, c'est-&#224;-dire une &#233;cole proposant aux adolescents un minimum de rapport aux traditions culturelles de leur collectivit&#233; historique ? C'est la question essentielle que personne n'a abord&#233;e&lt;/i&gt; (si l'on excepte le GREPH). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;tats G&#233;n&#233;raux de la Philosophie, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;ponse &#224; une intervention d'Olivier Mongin : &#171; ... &lt;i&gt;Il faut aller plus loin, se demander si la TV d&#233;nature n&#233;cessairement un travail philosophique. Il faudrait se demander quel a &#233;t&#233; le r&#244;le de la nouvelle philosophie par rapport &#224; la critique du totalitarisme. Il faudrait se demander si elle est bien pass&#233;e &#224; la TV parce que sa forme de discours s'y pr&#234;tait alors que le discours de Lefort ou Castoriadis &#233;tait moins susceptible de passer la rampe. Ce n'est pas si s&#251;r. De toute fa&#231;on on s'exile et on exile le travail culturel si on pense qu'il n'est pas communicable en dehors de ceux qui savent d&#233;j&#224; lire&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour un vrai d&#233;bat, par Jacques Derrida</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/pour-un-vrai-debat-par-jacques-derrida</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/pour-un-vrai-debat-par-jacques-derrida</guid>
		<dc:date>1989-11-15T17:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>IREPh</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratisation</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;res r&#233;ponses &#224; quelques objections &lt;br class='autobr' /&gt; D&#232;s le mois d'octobre 89 - et alors que le texte du Rapport de la Commission ne devait &#234;tre officiellement rendu publiable que vers la mi-novembre - le Bureau de la tr&#232;s conservatrice APPEP avait distribu&#233;, en 'suppl&#233;ment' (tir&#233; &#224; part et tr&#232;s largement diffus&#233;...) au num&#233;ro de Septembre-Octobre de 'L'enseignement philosophique', un fascicule de 'documentation critique' explicitement destin&#233; &#224; 'alerter l'ensemble de nos coll&#232;gues', et, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;Documents relatifs &#224; la guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/ireph" rel="tag"&gt;IREPh&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/democratisation" rel="tag"&gt;D&#233;mocratisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premi&#232;res r&#233;ponses &#224; quelques objections&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#232;s le mois d'octobre 89 - et alors que le texte du Rapport de la Commission ne devait &#234;tre officiellement rendu publiable que vers la mi-novembre - le Bureau de la tr&#232;s conservatrice APPEP avait distribu&#233;, en 'suppl&#233;ment' (tir&#233; &#224; part et tr&#232;s largement diffus&#233;...) au num&#233;ro de Septembre-Octobre de '&lt;/i&gt;L'enseignement philosophique&lt;i&gt;', un fascicule de 'documentation critique' explicitement destin&#233; &#224; 'alerter l'ensemble de nos coll&#232;gues', et, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;naturellement non accompagn&#233; de la reproduction int&#233;grale du texte &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;critiqu&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En fait, c'&#233;tait un v&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;ritable libelle de d&#233;sinformation et d'intoxication, pr&#233;sentant, &#224; coup d'amalgames de citations fallacieusement tronqu&#233;es et abusivement isol&#233;es du contexte, une &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;caricature absolument ahurissante&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;des propositions de la Commission, visant manifestement ainsi &#224; susciter &lt;/i&gt;a priori &lt;i&gt;la pr&#233;vention et le rejet, et &#224; &#233;touffer dans l'&#339;uf tout d&#233;bat...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La r&#233;ponse de Jacques Derrida est parue dans le num&#233;ro de Novembre-D&#233;cembre de '&lt;/i&gt;L'enseignement philosophique&lt;i&gt;' - organe de l'APPEP - qui par ailleurs continuait &#224; mener la charge contre les propositions de la Commission accus&#233;e d'&#234;tre &#171; &lt;/i&gt;un moyen de pression &lt;i&gt; &#187; pour imposer les dogmes d'une &#171; &lt;/i&gt;p&#233;dagogie officielle &lt;i&gt; &#187; (Jean-Lefranc &#8211; pr&#233;sident de l'APPEP, &#171; Une consultation discr&#233;dit&#233;e &#187;, &lt;/i&gt;dans ce m&#234;me num&#233;ro&lt;i&gt;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A l'outrance de ces attaques qui ne pouvaient convaincre que ceux qui, nombreux, n'avaient pas lu le Rapport, Jacques Derrida, au nom de la Commission, eu l'&#233;l&#233;gance de r&#233;pondre de mani&#232;re non pol&#233;mique, invitant les professeurs de philosophie &#224; engager un d&#233;bat digne de ce nom. On conna&#238;t la suite&#8230; un &#171; Collectif &#187; contre le projet Derrida-Bouveresse se constitua &#171; spontan&#233;ment &#187; et sa propagande fut amplement relay&#233;e et soutenue par l'APPEP&#8230; ; il faut dire que parmi ses initiateurs figuraient d'&#233;minents responsables de l'APPEP, les m&#234;mes qui 13 ans plus tard monteront un nouveau 'Collectif' tout aussi spontan&#233; contre les programmes dits 'Renaut'&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****************************************************************&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Derrida nous a demand&#233; &#224; exposer le point de vue de la commission qu'il pr&#233;side avec Jacques Bouveresse. Nous lui donnons volontiers la parole. Nos lecteurs pourront comparer avec notre plaquette, suppl&#233;ment du pr&#233;c&#233;dent num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux de notre commission n'ont pas donn&#233; lieu &#224; des conclusions mais &#224; propositions ouvertes, avanc&#233;es comme telles, et destin&#233;es &#224; nourrir une discussion large, patiente, scrupuleuse et inform&#233;e. Si la brochure sp&#233;ciale que vous y avez consacr&#233;e confirme la n&#233;cessit&#233; d'un tel d&#233;bat, elle nous parait malheureusement le limiter trop vite : une pr&#233;sentation qui ignore la coh&#233;rence de notre d&#233;marche et passe quasiment sous silence notre expos&#233; des motifs a toute chance de rendre nos propositions peu intelligibles et de susciter &#224; notre &#233;gard tous les soup&#231;ons. D'autant plus que la diffusion actuellement tr&#232;s restreinte de notre rapport emp&#234;che la plupart de vos lecteurs d'en avoir une connaissance directe et compl&#232;te. Aussi cette r&#233;ponse, dont nous vous remercions d'avoir bien voulu accepter la publication, ne vise-t-elle ni &#224; engager une pol&#233;mique, ni &#224; d&#233;fendre &#224; tout prix des id&#233;es qui, loin de constituer un syst&#232;me arr&#234;t&#233;, forment donc plut&#244;t un ensemble de perspectives et de suggestions &#224; pr&#233;ciser, infl&#233;chir ou compliquer. En esp&#233;rant que la lecture int&#233;grale de notre rapport r&#233;pondra &#224; bien des inqui&#233;tudes ou des objections et permettra &#224; la discussion de se d&#233;velopper parmi vos lecteurs, nous voudrions simplement, dans les limites du temps et de l'espace dont nous disposons, pr&#233;ciser ici la lettre et l'esprit de certaines de nos propositions. Nous poserons clairement quelques questions qui &#224; nos yeux m&#233;ritent la r&#233;flexion commune de tous ceux que pr&#233;occupent la situation et l'avenir de l'enseignement de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 - &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Comment, dans le contexte d'une r&#233;forme des lyc&#233;es, garantir &#224; l'enseignement de la philosophie toute sa place et toute sa coh&#233;rence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Born&#233; &#224; la seule Terminale, l'enseignement de la philosophie occupe une position d'exception qui est en r&#233;alit&#233; une position de faiblesse : il est &#224; la merci de toute modification des horaires ou de l'organisation du baccalaur&#233;at. Le meilleur moyen de le d&#233;fendre n'est pas de s'accrocher au statu quo, mais d'exiger &#171; &lt;i&gt;une extension, un espace, un temps, et une coh&#233;rence qui sont depuis longtemps des droits reconnus &#224; toutes es disciplines fondamentales. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Aucune discipline fondamentale n'est confin&#233;e dans le temps d'une seule ann&#233;e acad&#233;mique&lt;/strong&gt; &#187; Les passages en italique sont des extraits de notre rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pourquoi nous proposons de r&#233;organiser la formation philosophique en l'articulant en trois temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Un temps &lt;/i&gt;d'&lt;strong&gt;initiation&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, d&#232;s la premi&#232;re, dans le cadre d'un enseignement interdisciplinaire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Un temps de &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;formation&lt;/strong&gt; &lt;i&gt; : la terminale doit rester le temps fort et la philosophie y conserver un volume horaire suffisant pour une formation efficace. Il ne devrait en aucun cas &#234;tre inf&#233;rieur &#224; l'horaire actuel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3. Un temps &lt;/i&gt;d'&lt;strong&gt;approfondissement &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;au niveau du premier cycle des Universit&#233;s, non seulement litt&#233;raires, mais aussi scientifiques, juridiques, m&#233;dicales, etc. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Faut-il faire commencer la philosophie en Premi&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois raisons au moins militent en faveur de cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- &lt;/i&gt;la demande des &#233;l&#232;ves : &lt;i&gt;&#171; ils consid&#232;rent que la bri&#232;vet&#233; de l'enseignement philosophique est un handicap pour l'assimilation de cette discipline nouvelle. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'exigence de progressivit&#233; : &lt;i&gt;&#171; l'enseignement de la philosophie a trop souvent &#233;t&#233; con&#231;u sur le mod&#232;le de la conversion ; il doit plut&#244;t &#234;tre envisag&#233; comme un apprentissage m&#233;thodique et progressif des connaissances et des comp&#233;tences requises. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- &lt;/i&gt;L'int&#233;r&#234;t d'une initiation interdisciplinaire &#224; la philosophie : c'est sans doute en liaison avec les probl&#232;mes rencontr&#233;s dans les autres disciplines que l'int&#233;r&#234;t et la n&#233;cessit&#233; du questionnement philosophique peuvent &#234;tre le mieux compris et justifi&#233;s. &#171; La philosophie devrait consid&#233;rer comme une de ses obligations et l'une de ses ch&lt;i&gt;ances de favoriser la communication non seulement entre la culture litt&#233;raire et la culture scientifique, mais &#233;galement entre les diff&#233;rents secteurs du savoir et de la culture dont l'&#233;parpillement pose aujourd'hui tant de probl&#232;mes aux &#233;l&#232;ves &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet enseignement serait anim&#233; en permanence par le professeur de philosophie, mais il en partagerait la responsabilit&#233; avec les professeurs des autres disciplines qui y interviendraient dans des proportions et selon des modalit&#233;s &#224; d&#233;finir en commun (interventions altern&#233;es, cours &#224; 2 ou 3 voix, demi-journ&#233;es ou journ&#233;es banalis&#233;es et organis&#233;es en commun). Le volume horaire serait fix&#233; sur une base annuelle. Dans un premier temps au moins, il ne serait pas inf&#233;rieur &#224; 75 heures (soit l'&#233;quivalent de 2 heures hebdomadaires). Une r&#233;partition pourrait &#234;tre propos&#233;e en trois modules trimestriels de 25 heures chacun, respectivement intitul&#233;s : 1. Philosophie/Sciences (logique, math&#233;matiques, physique et biologie). 2. Philosophie/Sciences sociales (Histoire, g&#233;ographie, sociologie, droit, &#233;conomie, politique). 3. Philosophie/Langage (rh&#233;torique, traduction, langues, arts et litt&#233;ratures). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la mise en place d'une telle initiation soul&#232;ve de multiples probl&#232;mes et bouscule les habitudes, c'est l'&#233;vidence. Ce serait pourtant une politique frileuse et &#224; courte vue que de se r&#233;fugier derri&#232;re l'&#233;num&#233;ration de ces difficult&#233;s pour refuser une innovation capable d'&#233;largir et d'enrichir les perspectives de l'enseignement philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 - &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Les obstacles que rencontre l'enseignement philosophique tiennent-lis avant tout &#224; l'insuffisance des horaires, ou &#224; l'&#233;ca&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;rt entre ce dont les &#233;l&#232;ves sont capabl&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;es et les exigences impliqu&#233;es par le programme et la d&#233;finition de l'&#233;preuve du baccalaur&#233;at ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que le d&#233;veloppement des fili&#232;res techniques a entra&#238;n&#233; une d&#233;gradation des conditions de travail des professeurs, et non moins &#233;vident que le d&#233;doublement d'une heure dans les sections techniques et scientifiques serait une am&#233;lioration consid&#233;rable. Mais il ne nous para&#238;t ni lucide ni raisonnable de faire de la question des horaires le n&#339;ud des probl&#232;mes. Peu raisonnable, car quand bien m&#234;me on penserait qu'avec 4 ou 6 heures hebdomadaires on peut apprendre la dissertation philosophique aux &#233;l&#232;ves de G (ce qui est douteux), ni ceux-ci ni les enseignants des autres disciplines n'accepteraient, et &#224; juste titre, un tel horaire dans des sections d&#233;j&#224; surcharg&#233;es. Il faut renoncer &#224; enseigner la philosophie &#224; ces &#233;l&#232;ves ou b&#226;tir pour eux un enseignement compatible avec un faible volume horaire. Peu lucide car l'attention exclusive aux probl&#232;mes d'horaire masque les difficult&#233;s les plus graves. Ce n'est pas noircir le tableau ou monter en &#233;pingle une mauvaise humeur de correcteur que de constater que &#171; &lt;i&gt;la plupart des copies de baccalaur&#233;at ne r&#233;pondent pas aux exigences minimales d'une dissertation de philosophie. &#187; &lt;/i&gt;Pour &#234;tre affront&#233;es dans des conditions satisfaisantes, les &#233;preuves actuelles supposent &#224; la fois une capacit&#233; rh&#233;torique ou une culture g&#233;n&#233;rale hors de port&#233;e de 90% des &#233;l&#232;ves, et une familiarit&#233; avec une telle diversit&#233; de probl&#232;mes, un usage ma&#238;tris&#233; d'un tel nombre de concept et d'id&#233;es qu'il est rigoureusement impossible &#224; la plupart de les assimiler en un an, m&#234;me dans les sections b&#233;n&#233;ficiant d'un fort volume d'heures. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la cr&#233;dibilit&#233; de l'enseignement de la philosophie implique un contrat clair avec les &#233;l&#232;ves quant aux comp&#233;tences exig&#233;es d'eux, une diversification des exercices qui relativise la place de la dissertation et une r&#233;organisation des programmes qui permette de fixer clairement les savoirs et les savoir-faire exigibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 - Comment, concilier l'indispensable libert&#233; du professeur et la n&#233;cessit&#233; de sp&#233;cifier bien plus rigoureusement ce qui est exigible des &#233;l&#232;ves ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; et la responsabilit&#233; individuelle du professeur sont garantes du caract&#232;re authentiquement philosophique de son enseignement. Et nul ne songe &#224; remettre en cause un tel acquis. Reste que les &#233;l&#232;ves de doivent pas &#234;tre livr&#233;s &#224; l'ind&#233;termin&#233;, qu'ils sont en droit d'avoir pu apprendre par l'&#233;cole ce qu'on attend qu'ils sachent et sachent faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour concilier ces deux exigences, nous proposons un &lt;i&gt;double&lt;/i&gt; &lt;i&gt;programme : &lt;/i&gt;un programme &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; de notions fondamentales et d'outils conceptuels, cadre national et durable de l'enseignement, et un programme &lt;i&gt;sp&#233;cial&lt;/i&gt; de 2 &#224; 4 &#224; 4 probl&#232;mes, auxquels des textes seraient associ&#233;s, fix&#233; annuellement par acad&#233;mie. Les &#233;l&#232;ves pourraient ainsi acqu&#233;rir une r&#233;elle comp&#233;tence sur des questions d&#233;termin&#233;es tout en conservant un large horizon philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me esprit ; nous proposons d'associer &#224; l'&#233;preuve de &lt;i&gt;dissertation &lt;/i&gt;(dont il faut diversifier les modalit&#233;s) un &lt;i&gt;exercice de questions &#171; portant aussi bien sur le vocabulaire philosophique de base, ou des distinctions philosophiques &#233;l&#233;mentaires que sur des points de rep&#232;re essentiels dans l'histoire de la philosophie. &#187; &lt;/i&gt;On ne voit gu&#232;re ce qu'il y aurait d'anti-philosophique &#224; demander &#224; des &#233;l&#232;ves de dire en 10 ou 20 lignes &lt;i&gt;ce &lt;/i&gt;qu'ils comprennent sous les termes d'&#171; empirisme &#187;, d'&#171; essence &#187; et d'&#171; existence &#187; ou de &#171; philosophie des lumi&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 - &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;A quelles conditions un enseignement de philosophie dans le technique est-il possible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'enseignement de la philosophie dans les sections techniques constitue un enjeu d&#233;cisif. Pourtant les probl&#232;mes qu'il soul&#232;ve ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement minor&#233;s ou ignor&#233;s depuis vingt ans. Avec la multiplication des classes de section G, et l'extension de son enseignement aux sections F, la philosophie atteint d&#233;sormais un public qu'elle n'a jamais eu. Il y a l&#224; pour elle une chance historique qui jusqu'&#224; pr&#233;sent a &#233;t&#233; compl&#232;tement perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inad&#233;quation du mod&#232;le en vigueur est manifeste : l'indigence des copies les rend in&#233;valuables ; la plupart des &#233;l&#232;ves oscillent entre le d&#233;couragement et le m&#233;pris, entre croire qu'ils ne sont pas capables de faire de la philosophie et juger qu'elle ne vaut pas une heure de peine ; les professeurs ont le sentiment qu'on leur assigne une mission impossible et de n'&#234;tre pas en mesure tout simplement d'exercer leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne comprend gu&#232;re en quoi il serait anti-d&#233;mocratique &#171; de prendre en compte ce que les &#233;l&#232;ves sont &#187; : refuser de le faire trahirait plut&#244;t une attitude &#233;litiste et irr&#233;aliste qui pr&#233;tendrait imposer &#224; des &#233;l&#232;ves un moule qui n'a jamais &#233;t&#233; con&#231;u pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#171; la volont&#233; et les moyens d'&#233;laborer pour ces &#233;l&#232;ves un autre mod&#232;le d'enseignement, qui d'une part s'appuie davantage sur leurs questions, pr&#233;occupations et motivations, et qui d'autre part fasse appel &#224; une gamme diversifi&#233;e d'exercices et de travaux &#233;crits et oraux mieux adapt&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre rapport pr&#233;sente un certain nombre de suggestions : d&#233;doublement d'une heure, regroupement de cours sur un semestre, &#233;preuve de bac orale sur dossier ou contr&#244;le continu, etc. Mais ces probl&#232;mes exigent une confrontation des exp&#233;riences de tous ceux qui actuellement enseignent dans ces sections. Des &#201;tats G&#233;n&#233;raux de l'enseignement de la philosophie dans le technique sont urgents et indispensables. Pourquoi une Association comme la v&#244;tre n'en prendrait-elle pas l'initiative ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les Membres de la Commission&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rapport de la Commission de Philosophie et d'&#201;pist&#233;mologie</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/rapport-de-la-commission-de-philosophie-et-d-epistemologie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/rapport-de-la-commission-de-philosophie-et-d-epistemologie</guid>
		<dc:date>1989-06-15T16:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Notions</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;valuation</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Connaissances</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;PR&#201;AMBULE &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commission de Philosophie et d'&#201;pist&#233;mologie, co-pr&#233;sid&#233;e par Jacques Bouveresse et Jacques Derrida, et compos&#233;e de Jacques Brunschwig, Jean Dhombres, Catherine Malabou et Jean-Jacques Rosat, s'est r&#233;unie durant six mois, de janvier &#224; juin 1989. Son travail s'est effectu&#233; en deux temps : a) un premier temps de r&#233;flexion pr&#233;paratoire, de discussion, et de consultation des repr&#233;sentants de divers corps et associations comme l'Inspection g&#233;n&#233;rale de Philosophie, l'Inspection (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;Documents relatifs &#224; la guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/pratiques" rel="tag"&gt;Pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/notions" rel="tag"&gt;Notions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/evaluation" rel="tag"&gt;&#201;valuation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/connaissances" rel="tag"&gt;Connaissances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_96 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acireph.org/IMG/pdf/rapport_commission-derrida-bouveresse.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 189.9 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772036340' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rapport Derrida-Bouveresse - PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PR&#201;AMBULE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Commission de Philosophie et d'&#201;pist&#233;mologie, co-pr&#233;sid&#233;e par Jacques Bouveresse et Jacques Derrida, et compos&#233;e de Jacques Brunschwig, Jean Dhombres, Catherine Malabou et Jean-Jacques Rosat, s'est r&#233;unie durant six mois, de janvier &#224; juin 1989. Son travail s'est effectu&#233; en deux temps : a) un premier temps de r&#233;flexion pr&#233;paratoire, de discussion, et de consultation des repr&#233;sentants de divers corps et associations comme l'Inspection g&#233;n&#233;rale de Philosophie, l'Inspection G&#233;n&#233;rale de la Formation des Ma&#238;tres, les syndicats (SGEN, SNES, SNESUP), l'Association des Professeurs de Philosophie, le Greph, l'Association des Biblioth&#233;caires (FADBEN) ; b) un second temps d'&#233;laboration et de r&#233;daction du pr&#233;sent rapport. Celui-ci comporte quatre principes g&#233;n&#233;raux et sept propositions d&#233;taill&#233;es, dont l'expos&#233; est pr&#233;c&#233;d&#233; par le rappel de cinq points destin&#233;s &#224; synth&#233;tiser les orientations fondamentales de la r&#233;flexion de la Commission sur la situtation et l'avenir de l'enseignement de la philosophie en France, dans le secondaire, dans le premier cycle des Universit&#233;s, et dans les futurs Instituts de Formation des Ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;[Nous reproduisons ici le d&#233;but du &#171; Pr&#233;ambule aux &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Principes pour une r&#233;flexion sur les contenus de l'enseignement &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187; publi&#233;s en mars 1989 qui pr&#233;cise le statut de cette commission :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une Commission de R&#233;flexion sur les contenus de l'enseignement avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e, &#224; la fin de l'ann&#233;e 1988, par le ministre de l'&#201;ducation nationale. Pr&#233;sid&#233;e par Pierre Bourdieu et Fran&#231;ois Gros et compos&#233;e de Pierre Baqu&#233;, Pierre Berg&#233;, Ren&#233; Blanchet, Jacques Bouveresse, Jean-Claude Chevallier, Hubert Condamines, Didier DaCunha Castelle, Jacques Derrida, Philippe Joutard, Edmond Malinvaud, Fran&#231;ois Mathey, elle avait re&#231;u mission de proc&#233;der &#224; une r&#233;vision des savoirs enseign&#233;s en veillant &#224; renforcer la coh&#233;rence et l'unit&#233; de ces savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re phase de leur travail, les membres de la Commission se sont donn&#233; pour t&#226;che de formuler les principes qui devront r&#233;gir leur travail. Conscients et soucieux des implications et des applications pratiques, p&#233;dagogiques notamment, de ces principes, ils se sont efforc&#233;s, pour les fonder, de n'ob&#233;ir qu'&#224; la discipline proprement intellectuelle qui d&#233;coule de la logique intrins&#232;que des connaissances disponibles et des anticipations ou des questions formulables. N'ayant pas pour mission d'intervenir directement et &#224; court terme dans la d&#233;finition des programmes, ils ont voulu dessiner les grandes orientations de la transformation &lt;i&gt;progressive &lt;/i&gt;des contenus de l'enseignement qui est indispensable, m&#234;me si elle doit prendre du temps, pour suivre, et m&#234;me devancer, autant que possible, l'&#233;volution de la science et de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des commissions de travail sp&#233;cialis&#233;es acceptant ces principes continueront ou commenceront un travail de r&#233;flexion plus approfondi sur chacune des grandes r&#233;gions du savoir. Elles essaieront de proposer, dans des notes d'&#233;tape qui pourraient &#234;tre remises au mois de juin 1989, non le programme id&#233;al d'un enseignement id&#233;al, mais un ensemble d'observations pr&#233;cises, d&#233;gageant les implications des principes propos&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'une de ces commissions (Philosophie et &#201;pist&#233;mologie), copr&#233;sid&#233;e par Jacques Bouveresse et Jacques Derrida, et compos&#233;e de Jacques Brunschwig, Jean Dhombres, Catherine Malabou et Jean-Jacques Rosat, remit au minist&#232;re en juin 1989 le &#171; Rapport de la Commission de Philosophie et d'&#201;pist&#233;mologie &#187;&lt;/strong&gt;.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CINQ POINTS FONDAMENTAUX
&lt;p&gt;(synth&#232;se du Rapport)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La philosophie doit intervenir comme constituant indispensable de toute formation intellectuelle coh&#233;rente, structur&#233;e, et soucieuse de comporter une dimension critique, &#224; partir d'un certain niveau de savoir et de culture.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; que rien dans l'organisation actuelle du savoir et de la culture ne saurait justifier une position en surplomb de la philosophie par rapport aux autres disciplines, celle-ci ne doit pas &#234;tre comprise comme occupant une position sup&#233;rieure &#224; celles des autres disciplines enseign&#233;es, mais comme accompagnant leurs d&#233;marches en formulant ses propres questions. Une telle conception implique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Que, comme celui des autres disciplines, l'enseignement de la philosophie devrait avoir un caract&#232;re progressif qui respecte cependant la sp&#233;cificit&#233; de sa d&#233;marche et ne saurait &#233;videmment en aucun cas se r&#233;duire &#224; un simple processus cumulatif d'acquisition de connaissances philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Que les liens entre l'enseignement de la philosophie et celui des autres disciplines devraient &#234;tre syst&#233;matiquement renforc&#233;s, d&#233;velopp&#233;s et consid&#233;r&#233;s comme constitutifs de toute pratique de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Que la philosophie devrait consid&#233;rer comme l'une de ses obligations et l'une de ses chances de faciliter la transition, l'interaction et la communication, non seulement entre la culture litt&#233;raire et la culture scientifique, mais &#233;galement, de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, entre les diff&#233;rents secteurs du savoir et de la culture dont l'&#233;parpillement pose aujourd'hui tant de probl&#232;mes aux &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Comme toute discipline fondamentale, la philosophie doit donner lieu &#224; un enseignement qui respecte son identit&#233;, s'articule sur d'autres disciplines et &#233;tende sur plusieurs ann&#233;es le cycle d'une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;initiation, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;d'une &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;formation &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et d'un&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;approfondissement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le &lt;i&gt;temps d'initiation &lt;/i&gt;commencera au moins en premi&#232;re, &#224; raison de deux heures obligatoires par semaine r&#233;parties selon divers mod&#232;les au cours de l'ann&#233;e. Le professeur de philosophie organisera l'initiation &#224; la philosophie &lt;i&gt;comme telle &lt;/i&gt;en collaboration avec les enseignants repr&#233;sentant trois groupes de disciplines :&lt;i&gt;philosophie/ sciences &lt;/i&gt;(math&#233;matiques, physique et biologie), &lt;i&gt;philosophie/sciences sociales &lt;/i&gt;(sociologie, histoire, g&#233;ographie, &#233;conomie), &lt;i&gt;philosophie/langages/ arts et litt&#233;ratures. &lt;/i&gt;Parmi tous les b&#233;n&#233;fices &#224; escompter de cette innovation et des intersections qui en tout &#233;tat de cause ne devraient jamais dissoudre l'unit&#233; des disciplines, cette nouvelle pratique permettrait d'&#233;quilibrer une formation philosophique jusqu'ici trop souvent voire exclusivement domin&#233;e par des mod&#232;les litt&#233;raires ou oppos&#233;e aux mod&#232;les des sciences sociales ou des sciences en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le &lt;i&gt;temps de formation &lt;/i&gt;ou le &#171; temps fort &#187; restera celui de la terminale. Enseign&#233;e maintenant dans toutes les sections des lyc&#233;es classiques et techniques, la philosophie doit conserver un volume horaire suffisant pour une formation efficace, ce qui exclut dilution, &#233;miettement ou r&#233;duction. Cet horaire ne devrait en aucun cas &#234;tre inf&#233;rieur au volume actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le &lt;i&gt;temps d'approfondissement &lt;/i&gt;appartiendra au cycle des Universit&#233;s, non seulement dans les cursus litt&#233;raires mais aussi scientifiques, juridiques, m&#233;dicaux, etc. Cet approfondissement de la culture philosophique &lt;i&gt;g&#233;n&#233;rale &lt;/i&gt;pourra chaque fois se lier &#224; une r&#233;flexion critique plus sp&#233;cifiquement appropri&#233;e &#224; la professionnalisation (par exemple, pour les futurs m&#233;decins, l'&#233;tude des questions d'&#233;thique m&#233;dicale, d'histoire et d'&#233;pist&#233;mologie de la biologie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. &#201;tant donn&#233; le r&#244;le organisateur que joue l'&#233;tape du baccalaur&#233;at, le syst&#232;me de nos propositions suppose &#224; ce sujet une innovation prudente, mais d&#233;termin&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cr&#233;dibilit&#233; de l'&#233;preuve de philosophie au baccalaur&#233;at implique un &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;contrat&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;clair avec les candidats quant aux comp&#233;tences exig&#233;es d'eux, et une&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;diversification &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;exercices qui &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;relativise la place de la dissertation ; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;un ensemble de dispositions devra garantir que les &#233;l&#232;ves ne seront confront&#233;s qu'&#224; des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;questions avec lesquelles ils auront pr&#233;alablement pu acqu&#233;rir une r&#233;elle familiarit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions actuelles, la plupart des copies de baccalaur&#233;at ne r&#233;pondent pas aux exigences minimales d'une dissertation de philosophie et l'&#233;preuve n'offre pas un instrument fiable d'&#233;valuation des comp&#233;tences effectivement acquises par les &#233;l&#232;ves. Pour de multiples raisons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la diversit&#233; illimit&#233;e des sujets, leur extr&#234;me g&#233;n&#233;ralit&#233; et leurs liens trop indirects avec ce qui a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; pendant l'ann&#233;e, l'appel &#224; des capacit&#233;s rh&#233;toriques inaccessibles &#224; la majorit&#233; des &#233;l&#232;ves actuels, et particuli&#232;rement ceux de l'enseignement technique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; elle appara&#238;t aux candidats comme myst&#233;rieuse et al&#233;atoire ; son caract&#232;re non ma&#238;trisable suscite l'angoisse, le bachotage, ou l'abandon, et met peu &#224; peu en cause l'enseignement philosophique lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au baccalaur&#233;at d'enseignement g&#233;n&#233;ral, nous proposons que l'&#233;preuve &#233;crite de quatre heures combine deux exercices :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une s&#233;rie de questions visant &#224; &#233;valuer l'assimilation du vocabulaire philosophique de base et des distinctions conceptuelles &#233;l&#233;mentaires, ainsi que la connaissance de points de rep&#232;res dans l'histoire de la philosophie (par exemple 6 questions propos&#233;es dans le cadre du programme g&#233;n&#233;ral, les &#233;l&#232;ves en choisissant 3 ; dur&#233;e : une heure) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une &#233;preuve de dissertation (ou, au choix, de commentaire de texte) portant exclusivement sur les notions, probl&#232;mes et textes d&#233;limit&#233;s par le programme sp&#233;cial (dur&#233;e : trois heures). Au baccalaur&#233;at d'enseignement technique, nous proposons que l'&#233;preuve devienne orale et consiste en une interrogation &#224; partir d'un dossier constitu&#233; par le candidat durant l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Les Programmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur d&#233;finition pr&#233;cise rel&#232;ve, bien entendu, du Conseil national des programmes d'enseignement. Toutefois, les principes &#233;nonc&#233;s et les r&#233;formes propos&#233;es ci-dessus impliquent une transformation profonde de leur conception, de leurs structures et de leur contenu. La cons&#233;quence la plus saillante est sans doute la distinction qu'il faudra faire (avec les diff&#233;renciations n&#233;cessaires pour chaque type de classe terminale) entre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.1. un programme &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral, &lt;/i&gt;d&#233;fini pour une longue p&#233;riode au niveau national, et&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.2. un programme &lt;i&gt;sp&#233;cial, &lt;/i&gt;d&#233;fini annuellement au niveau de chacune des Acad&#233;mies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme g&#233;n&#233;ral devrait comporter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.1.1. Un ensemble de notions, prises parmi les plus fondamentales de la tradition et de l'activit&#233; philosophiques. Cet ensemble de &#171; contenus &#187; devrait &#234;tre significativement plus restreint que celui des programmes actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.1.2. Un ensemble de notions m&#233;thodologiques correspondant &#224; des outils fondamentaux de la r&#233;flexion th&#233;orique, qu'il s'agirait d'apprendre &#224; manier correctement, plus encore qu'&#224; d&#233;finir hors de tout contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.2. Le programme sp&#233;cial serait constitu&#233; par deux ou trois probl&#232;mes philosophiques de base, formul&#233;s &#224; partir de l'ensemble d&#233;fini en 4.1.1. Les enseignants de chaque Acad&#233;mie devront &#234;tre pr&#233;sents ou repr&#233;sent&#233;s aux instances responsables du choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.3. En ce qui concerne les textes &#224; &#233;tudier, une liste d'&#339;uvres philosophiques (deux ou trois) sera &#233;galement mise au programme annuellement, selon les m&#234;mes modalit&#233;s, dans chaque Acad&#233;mie. L'ensemble dans lequel ces &#339;uvres seront choisies pourrait &#234;tre sensiblement &#233;largi par rapport aux programmes actuels, notamment en ce qui concerne les &#339;uvres contemporaines. La port&#233;e philosophique des &#339;uvres devrait n&#233;anmoins rester dans tous les cas incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
5. La Formation des Ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les ma&#238;tres du premier comme du second degr&#233;, quelles que soient les disciplines qu'ils se pr&#233;parent &#224; enseigner, devraient b&#233;n&#233;ficier, lors de leurs ann&#233;es de formation, d'un enseignement de philosophie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation des ma&#238;tres doit avoir pour objectif, outre l'acquisition des qualit&#233;s professionnelles requises pour mener &#224; bien la t&#226;che &#233;ducative, celle d'une r&#233;flexion constructive et critique sur l'enseignement lui-m&#234;me. Tous les ma&#238;tres doivent pouvoir s'interroger sur l'aspect n&#233;cessairement probl&#233;matique de leur pratique, celle-ci ne pouvant bien s&#251;r se limiter &#224; l'application de recettes p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, une conception pluridisciplinaire de l'enseignement, telle qu'elle est ici d&#233;velopp&#233;e, implique que tous les ma&#238;tres puissent avoir les moyens de construire une r&#233;flexion sur les liens qu'entretiennent entre eux, historiquement et logiquement, les divers savoirs enseign&#233;s &#224; l'&#233;cole et au lyc&#233;e. C'est dire, &#224; partir de l'exigence d'une telle transversalit&#233;, que, dans toutes les branches de la formation des ma&#238;tres, un enseignement philosophique est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les futurs enseignants de philosophie, outre leur formation fondamentale, devraient &#234;tre pr&#233;par&#233;s : 1) &#224; suivre les &#233;volutions marquantes des savoirs contemporains, 2) &#224; ma&#238;triser les pratiques p&#233;dagogiques nouvelles appel&#233;es par les propositions pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PRINCIPES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PREMIER PRINCIPE
&lt;p&gt;&#201;tendre l'enseignement de la philosophie en l'articulant en trois temps avec un moment fort en terminale.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;a) L'apprentissage de la philosophie demande du temps, plus que les huit mois actuels d'enseignement en terminale. Il faut davantage pour se familiariser avec une d&#233;marche, des probl&#232;mes, un vocabulaire, des auteurs. La philosophie est la seule discipline dont on demande l'apprentissage en un an. &lt;i&gt;Du point de vue des &#233;l&#232;ves : &lt;/i&gt;ce statut d'exception est une anomalie ; ils consid&#232;rent que la bri&#232;vet&#233; de l'enseignement philosophique est un handicap pour l'assimilation de cette discipline nouvelle ; ils souhaitent massivement commencer plus t&#244;t. &lt;i&gt;Du point de vue des enseignants : &lt;/i&gt;l'exp&#233;rience conduit &#224; constater que c'est bien souvent au bout de plusieurs mois seulement (en f&#233;vrier ou &#224; P&#226;ques) que des &#233;l&#232;ves (et m&#234;me souvent de bons &#233;l&#232;ves) commencent &#224; comprendre ce qu'on attend d'eux, et qu'ils arr&#234;tent de pratiquer la philosophie au moment m&#234;me o&#249; ils en deviennent vraiment capables. L'enseignement de la philosophie a trop souvent &#233;t&#233; con&#231;u sur le mod&#232;le de la conversion qui devrait faire passer l'&#233;l&#232;ve de l'opinion commune &#224; l'esprit philosophique d'un seul coup, en une seule fois. L'enseignement de la philosophie doit plut&#244;t &#234;tre envisag&#233; comme un apprentissage qui passe par une acquisition m&#233;thodique, progressive et adapt&#233;e au rythme des &#233;l&#232;ves, des connaissances et des comp&#233;tences requises pour mener une v&#233;ritable r&#233;flexion philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Malgr&#233; tout ce qui a pu pr&#233;tendre, dans l'histoire de la philosophie, justifier une position en surplomb de la philosophie par rapport aux autres disciplines, cette relation d'ext&#233;riorit&#233; h&#233;g&#233;monique est essentiellement une survivance ; elle est moins f&#233;conde et moins tenable que jamais. La philosophie n'est pas au-dessus des sciences et des humanit&#233;s ; elle accompagne leurs d&#233;marches en posant ses propres questions. Cela suppose &#233;galement qu'elle les accompagne &#224; diff&#233;rents niveaux de leur apprentissage. L'enseignement de la philosophie ne peut plus &#234;tre con&#231;u comme un couronnement final,&lt;i&gt;mais comme une s&#233;rie de moments constitutifs indispensables &#224; toute formation intellectuelle, &#224; partir d'un certain niveau de savoir et de culture.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous proposons de r&#233;organiser la formation philosophique en l'articulant en trois temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Un temps &lt;i&gt;d'initiation, &lt;/i&gt;d&#232;s la premi&#232;re, dans le cadre d'un enseignement interdisciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2&lt;/i&gt;. Un temps de &lt;i&gt;formation : &lt;/i&gt;la terminale doit rester le temps fort de l'enseignement philosophique. Enseign&#233;e maintenant dans toutes les sections des lyc&#233;es classiques et techniques, la philosophie doit conserver un volume horaire suffisant pour une formation efficace, ce qui exclut dilution, &#233;miettement ou r&#233;duction. &lt;i&gt;Cet horaire ne devrait en aucun cas &#234;tre inf&#233;rieur &#224; l'horaire actuel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Un temps &lt;i&gt;d'approfondissement &lt;/i&gt;au niveau du premier cycle des Universit&#233;s, non seulement litt&#233;raires, mais aussi scientifiques, juridiques, m&#233;dicales, etc., qui permette &#224; la fois un &#233;largissement de la culture philosophique des &#233;tudiants, et des r&#233;flexions plus sp&#233;cifiquement li&#233;es &#224; ce qu'ils &#233;tudient et &#224; leurs futurs m&#233;tiers (par exemple, pour les futurs m&#233;decins, les questions d'&#233;thique m&#233;dicale et biologique, et d'&#233;pist&#233;mologie de la biologie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de risquer quelques propositions sur les formes et les contenus d'un enseignement philosophique hors de la terminale, il convient de rappeler dans quel esprit une telle innovation est con&#231;ue, autrement dit pourquoi elle para&#238;t n&#233;cessaire et quelles sont les conditions principales et minimales hors desquelles non seulement elle perdrait son sens mais pourrait m&#234;me avoir des effets n&#233;gatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit &#233;videmment &#224; nos yeux d'enrichir et de d&#233;velopper la r&#233;flexion et la connaissance philosophiques en assurant &#224; l'enseignement de la philosophie une extension, un espace, un temps et une consistance, c'est-&#224;-dire une &lt;i&gt;coh&#233;rence &lt;/i&gt;qui sont depuis longtemps des droits reconnus &#224; toutes les disciplines dites fondamentales.&lt;i&gt;Aucune discipline fondamentale n'est confin&#233;e dans le temps d'une seule ann&#233;e acad&#233;mique. &lt;/i&gt;Nous d&#233;sapprouverions donc radicalement toute interpr&#233;tation ou toute mise en &#339;uvre de notre projet qui n'irait pas dans le sens de ce d&#233;veloppement et de cette coh&#233;rence accrue. Il s'agirait l&#224; d'un d&#233;tournement grave. Rien ne doit compromettre, tout doit au contraire renforcer, indissociablement, l'unit&#233; de la discipline philosophique, l'originalit&#233; des modes de questionnement, de recherche et de discussion qui l'ont constitu&#233;e dans l'histoire, et donc l'identit&#233; professionnelle de ceux qui l'enseignent. Les propositions qui suivent ne devraient en aucun cas, sous pr&#233;texte d'interdisciplinarit&#233; ou d'ouverture n&#233;cessaire de la philosophie aux autres disciplines, et r&#233;ciproquement, donner lieu &#224; un processus de fractionnement, de dispersion ou de dissolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la m&#234;me raison, les conditions concr&#232;tes et intol&#233;rables qui sont faites actuellement &#224; tant de professeurs de philosophie (nombre excessif de classes &#224; horaire r&#233;duit, nombre excessif d'&#233;l&#232;ves par classe, etc.) devraient &#234;tre profond&#233;ment transform&#233;es. Les propositions que nous faisons n'auraient aucun sens, aucun int&#233;r&#234;t, aucune chance, elles rencontreraient une opposition l&#233;gitime de la part de tous les professeurs si elles n'&#233;taient pas mises en &#339;uvre dans un contexte nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi tous les &#233;l&#233;ments de cette nouveaut&#233;, une priorit&#233; absolue revient donc &#224; ces deux conditions : all&#233;gement des classes ou du nombre d'&#233;l&#232;ves par s&#233;ance et du nombre maximal des classes &#224; la charge d'un enseignant. Il serait du reste souhaitable que le service des enseignants soit d&#233;fini non pas, comme il l'est actuellement, uniquement en fonction du nombre d'heures de cours, mais &#233;galement en fonction du nombre d'&#233;l&#232;ves qu'un enseignant a sous sa responsabilit&#233; et du nombre de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pouvoir rappeler ici tous les travaux et toutes les exp&#233;riences qui nous paraissent justifier la pr&#233;sence d'un enseignement philosophique avant la terminale, nous tenons pour certain que l'acc&#232;s &#224; la philosophie n'est pas et ne doit pas &#234;tre conditionn&#233; par un &#171; &#226;ge &#187; (qui serait d'ailleurs variable d'un &#233;l&#232;ve &#224; l'autre au moment du seul passage de la premi&#232;re &#224; la terminale), ni par la ligne d'une fronti&#232;re entre deux classes. Les racines de ce vieux pr&#233;jug&#233; ont &#233;t&#233; maintenant largement et publiquement reconnues, analys&#233;es, mises en cause. Ce pr&#233;jug&#233; est aujourd'hui plus n&#233;faste que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe que les enseignements fondamentaux, qu'ils soient scientifiques ou non, et surtout quand ils contribuent &#224; la formation du citoyen responsable, entra&#238;n&#233; &#224; la vigilance dans la lecture, le langage, l'interpr&#233;tation et l'&#233;valuation, soient articul&#233;s sur une culture critique et philosophique. Nous parlons ici aussi bien du citoyen fran&#231;ais que du citoyen europ&#233;en. &#171; De la philosophie &#187; est d'ailleurs enseign&#233;e ou inculqu&#233;e, sans &#171; professeur de philosophie &#187;, avant la terminale et hors de France, sous une forme non d&#233;clar&#233;e, au travers d'autres disciplines, et mieux vaut prendre conscience de ce fait et de ces probl&#232;mes. Nous proposons de les traiter explicitement, en th&#233;orie et en pratique, au lieu de les &#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, qu'il s'agisse d'aptitude, de d&#233;sir ou de demande, nous devons encore y insister, beaucoup d'&#233;l&#232;ves sont pr&#234;ts &#224; aborder la philosophie avant la terminale et s'&#233;tonnent que cet acc&#232;s ne leur soit pas officiellement accord&#233;. D'autant plus, argument tr&#232;s grave pour un enseignement d&#233;mocratique, que les nombreux &#233;l&#232;ves qui ne parviennent pas &#224; la terminale, se voient ainsi refuser &lt;i&gt;tout &lt;/i&gt;acc&#232;s &#224; la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble enfin que bien des probl&#232;mes rencontr&#233;s par le professeur de philosophie et par ses &#233;l&#232;ves en terminale tiennent &#224; cette impr&#233;paration et &#224; la n&#233;cessit&#233;, qui est aussi l'impossibilit&#233;, de concentrer la richesse des programmes dans un laps de temps trop court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir quelque chance de devenir effective, l'introduction de la philosophie en premi&#232;re devrait &#234;tre entreprise avec la plus grande d&#233;termination. Elle devrait faire l'objet d'une d&#233;cision structurelle profonde, et ne devrait donc en aucun cas avoir le statut d'une exp&#233;rimentation pr&#233;caire et facultative. Ce statut exp&#233;rimental devrait &#234;tre r&#233;serv&#233; &#224; l'extension du m&#234;me projet, selon le m&#234;me mod&#232;le, dans les ann&#233;es &#224; venir, en de&#231;&#224; de la classe de premi&#232;re et hors de France. Quels que soient ses pr&#233;misses et son &#233;tat actuel, la pr&#233;sence de la philosophie dans l'enseignement secondaire fran&#231;ais est, ne l'oublions jamais, une chance historique &#224; laquelle il est de notre devoir non seulement d'assurer la survie mais aussi les conditions de son d&#233;veloppement et de son rayonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons une autre condition indispensable : elle concerne l'inscription de ce nouvel enseignement dans un cycle organique couvrant au moins trois ans, de la premi&#232;re des lyc&#233;es &#224; la premi&#232;re ann&#233;e d'Universit&#233; ou des classes pr&#233;paratoires aux Grandes &#201;coles. Il est en particulier n&#233;cessaire d'articuler &#233;troitement les programmes de premi&#232;re et de terminale et d'orienter dans ce sens la formation des enseignants dans toutes les disciplines concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette innovation devront &#234;tre tir&#233;es de fa&#231;on ambitieuse et syst&#233;matique pour tout ce qui touche &#224; la formation th&#233;orique et p&#233;dagogique des enseignants, qu'il s'agisse des concours d'entr&#233;e dans les &#233;coles normales ou dans les Instituts de Formation des ma&#238;tres ou en g&#233;n&#233;ral des concours de recrutement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#233;tablissement et le renouvellement des programmes, il importe qu'&#224; l'&#233;chelle nationale, pour ce qui est de la g&#233;n&#233;ralit&#233; des normes et des programmes, &#224; l'&#233;chelle des r&#233;gions, des Acad&#233;mies et des lyc&#233;es, pour ce qui touche &#224; des choix et &#224; des d&#233;terminations plus sp&#233;cifiques, une r&#233;flexion commune associe d'abord les enseignants du secondaire et du sup&#233;rieur en philosophie, puis ceux-ci et les repr&#233;sentants des autres disciplines concern&#233;es. Ce serait l&#224; aussi une des t&#226;ches confi&#233;es &#224; la Commission permanente de r&#233;vision des programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des normes et des prescriptions nationales seront sans doute indispensables, qu'elles concernent les contenus ou les formes de ces nouveaux enseignements. Mais elles devront laisser une large place &#224; l'initiative des professeurs, entre l'Universit&#233; et les lyc&#233;es, puis &#224; l'int&#233;rieur de chaque &#233;tablissement o&#249; une pratique des contrats devrait associer, de fa&#231;on souple et renouvelable les enseignants de plusieurs disciplines. Ce serait l&#224; un espace privil&#233;gi&#233;, voire exemplaire, pour inaugurer ou d&#233;velopper des enseignements transdisciplinaires, pour y former aussi bien les &#233;l&#232;ves que les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SECOND PRINCIPE
&lt;p&gt;Associer plus &#233;troitement la philosophie aux autres disciplines afin qu'elle contribue &#224; l'unit&#233; et &#224; la coh&#233;rence de la formation, sans rien perdre de sa sp&#233;cificit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le besoin se fait sentir aujourd'hui de donner coh&#233;rence et unit&#233; aux programmes, de montrer que, si les domaines d'&#233;tude et les d&#233;marches diff&#232;rent, la formation de chaque &#233;l&#232;ve est un processus global qu'on doit s'efforcer de rendre le plus coh&#233;rent possible (cf. le rapport Bourdieu-Gros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie a un r&#244;le essentiel &#224; jouer pour contribuer &#224; l'unit&#233; de la formation, non parce qu'elle dominerait et totaliserait l'ensemble des savoirs, mais parce que, dans la mesure o&#249; elle est aussi, sinon seulement, une r&#233;flexion critique, parce qu'elle s'est toujours nourrie des probl&#232;mes, des concepts, des d&#233;bats n&#233;s en divers lieux du savoir et de la culture, elle est, traditionnellement, l'espace privil&#233;gi&#233; dans lequel les cat&#233;gories du savoir ou de la culture peuvent &#234;tre construites, assimil&#233;es, mais aussi interrog&#233;es et discut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) d'une part, qu'aux diff&#233;rents niveaux de la formation, la philosophie soit plus &#233;troitement associ&#233;e aux autres disciplines, ce qui n'a de sens que si elle affirme et fait reconna&#238;tre &lt;i&gt;la sp&#233;cificit&#233; de sa d&#233;marche ; &lt;/i&gt;et ce qui suppose qu'&#224; tous les niveaux, ceux qui auront &#224; enseigner la philosophie soient bien eux-m&#234;mes des philosophes (voir proposition 1 ci-dessous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) d'autre part, que la philosophie soit &#233;troitement int&#233;gr&#233;e &#224; la formation des ma&#238;tres de toutes les disciplines et de tous les niveaux, comme elle l'est d&#233;j&#224; actuellement &#224; la formation des instituteurs depuis 1986 (voir proposition 6 ci-dessous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TROISI&#200;ME PRINCIPE
&lt;p&gt;Sp&#233;cifier d'une mani&#232;re bien plus rigoureuse les exigences &#224; l'&#233;gard des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours de philosophie est en particulier, doit &#234;tre en tout cas, le lieu de l'apprentissage de l'exercice d'une pens&#233;e libre. C'est pourquoi les instructions qui r&#233;gissent aujourd'hui l'enseignement de la philosophie donnent au professeur une enti&#232;re libert&#233; dans la mani&#232;re de conduire son enseignement, pourvu que celui-ci soit authentiquement philosophique ; elles d&#233;finissent en cons&#233;quence un programme de notions, con&#231;ues non comme les titres de chapitres successifs, mais comme des &#171; directions dans lesquelles la recherche et la r&#233;flexion sont invit&#233;es &#224; s'engager &#187;, l'&#233;tude des notions &#233;tant &#171; toujours d&#233;termin&#233;e par des probl&#232;mes philosophiques dont le choix et la formulation sont laiss&#233;s &#224; l'initiative du professeur &#187;. Les enseignants de philosophie sont tous tr&#232;s l&#233;gitimement attach&#233;s &#224; cette libert&#233;, garante du caract&#232;re r&#233;ellement philosophique de leur enseignement qui, s'il doit &#233;videmment fournir de solides connaissances en mati&#232;re d'histoire de la philosophie et de sciences humaines ou d'histoire des sciences, ne saurait s'y r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception, qui a trouv&#233; son expression la plus claire et la plus ferme dans la r&#233;forme du programme de 1973, ne saurait &#224; nos yeux &#234;tre remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, tous les t&#233;moignages que nous avons r&#233;unis le montrent, l'application de cette conception, notamment au moment de l'&#233;preuve du baccalaur&#233;at, conduit &#224; une s&#233;rie de d&#233;rives, dont les effets n&#233;gatifs se sont d&#233;j&#224; fortement fait sentir dans les classes terminales, et qui risquent, &#224; terme, de d&#233;consid&#233;rer et de remettre en cause l'enseignement de la philosophie au lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci l&#233;gitime, autrement dit la bonne intention d'&#233;chapper &#224; la simple question de cours conduit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; ce que des questions d'une extr&#234;me diversit&#233; puissent &#234;tre pos&#233;es sans que les &#233;l&#232;ves aient eu mat&#233;riellement la possibilit&#233; de s'y pr&#233;parer efficacement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#224; ce que le lien de ces questions avec le programme soit suffisamment oblique pour que les &#233;l&#232;ves soient contraints d'inventer de toutes pi&#232;ces le cadre m&#234;me de leur r&#233;flexion, ce qu'on ne saurait raisonnablement exiger d'un &#233;l&#232;ve moyen de terminale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; ce que la formulation des questions elles-m&#234;mes soit souvent si &#233;nigmatique que la plupart des &#233;l&#232;ves sont hors d'&#233;tat d'identifier simplement le probl&#232;me pos&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#224; ce que le sens philosophique des textes soumis au commentaire, ind&#233;pendamment de tout contexte, de toute r&#233;f&#233;rence, de toute question (et souvent dans une langue, qui, de fait, qu'on le veuille ou non, est difficilement accessible aux &#233;l&#232;ves actuels) soit rigoureusement herm&#233;tique &#224; la plupart des candidats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, les conditions actuelles de l'&#233;preuve du baccalaur&#233;at supposent de la part des &#233;l&#232;ves une capacit&#233; rh&#233;torique et une culture g&#233;n&#233;rale largement sup&#233;rieures &#224; ce qui peut &#234;tre raisonnablement demand&#233; aux &#233;l&#232;ves de terminale. Plut&#244;t le genre de dispositions qu'on exige traditionnellement des kh&#226;gneux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel fonctionnement est d&#233;sastreux quand 40 % des &#233;l&#232;ves d'une classe d'&#226;ge passent le bac. S'il devait se perp&#233;tuer quand &lt;i&gt;60 % &lt;/i&gt;ou 80 % y auront acc&#232;s, il serait tout simplement suicidaire pour l'enseignement de la philosophie dans le secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette situation sont bien connues des professeurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;sarroi des &#233;l&#232;ves ; sentiment d'impuissance et impression que l'&#233;preuve de philosophie au bac est une &#171; loterie &#187; (voir &#171; La loterie philosophique &#187;, dans &lt;i&gt;Le Monde de l'&#201;ducation, &lt;/i&gt;(avril 1989) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;couragement et forte d&#233;valorisation de la philosophie dans les sections scientifiques notamment (pour ne pas parler du technique) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; bachotage des &#233;l&#232;ves les plus s&#233;rieux qui ont besoin de se rassurer et qui pour se pr&#233;parer &#224; l'impr&#233;parable voient dans les notions du programme, contrairement &#224; son esprit, les t&#234;tes de chapitre d'un cours &#224; remplir, puis se ruent sur toutes sortes de manuels ou fascicules de plus ou moins bonne qualit&#233;, qui tous traitent le programme chapitre par chapitre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mise en difficult&#233; des enseignants &lt;i&gt;comme professeurs, &lt;/i&gt;partag&#233;s qu'ils sont entre le souci de former les &#233;l&#232;ves &#224; la r&#233;flexion et les contraintes du bachotage ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mise en difficult&#233; des enseignants &lt;i&gt;comme correcteurs, &lt;/i&gt;puisque la plupart des copies ne satisfont ni aux exigences minimales de la dissertation ni &#224; celles d'un devoir de philosophie ; les moyennes sont trop faibles (anormales pour un &lt;i&gt;examen), &lt;/i&gt;et la notation devient passablement al&#233;atoire. Il n'est pas normal que des &#233;l&#232;ves simplement moyens, ayant s&#233;rieusement travaill&#233;, ne soient pas assur&#233;s d'obtenir une note avoisinant la moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire que les instructions officielles d&#233;terminent avec une pr&#233;cision suffisante les comp&#233;tences qu'on sera en droit d'exiger des &#233;l&#232;ves &#224; la sortie de terminale. S'il est vrai que tout enseignement philosophique doit contribuer &#224; former les &#233;l&#232;ves &#224; l'exercice d'une r&#233;flexion personnelle, on ne saurait pour autant les mettre en situation d'avoir &#224; construire une probl&#233;matique sur des questions avec lesquelles ils n'ont pas &#233;t&#233; directement familiaris&#233;s auparavant, ou avec lesquelles le cours suivi durant l'ann&#233;e n'a qu'un rapport oblique ; ni en situation d'avoir &#224; proposer une r&#233;ponse &#224; un probl&#232;me philosophique donn&#233; sans qu'on soit assur&#233; qu'ils ont pu durant l'ann&#233;e &#233;tudier s&#233;rieusement des doctrines et des th&#233;ories qui constituent des solutions appropri&#233;es &#224; ce probl&#232;me ; ni en situation d'avoir &#224; entreprendre la reconstitution hypoth&#233;tique de la pens&#233;e d'un philosophe qu'ils ne sont pas cens&#233;s conna&#238;tre &#224; partir de vingt lignes coup&#233;es de tout contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;l&#232;ve n'a pas &#224; &#234;tre original, ni &#224; tirer de son propre fonds ce qu'on ne lui a jamais appris ; il n'est pas un philosophe en herbe ou un penseur en germe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir reconna&#238;tre dans un texte un probl&#232;me philosophique d&#233;j&#224; rencontr&#233;, pouvoir reproduire de mani&#232;re pertinente des id&#233;es et des arguments pr&#233;alablement &#233;tudi&#233;s, &#234;tre capable d'&#233;tablir un lien entre une id&#233;e philosophique connue et un exemple tir&#233; de sa culture ou de son exp&#233;rience personnelle : ce sont l&#224; des capacit&#233;s &#233;minemment philosophiques, constitutives d'une aptitude &#224; la r&#233;flexion, et en outre susceptibles d'&#234;tre m&#233;thodiquement acquises et s&#233;rieusement &#233;valu&#233;es. A cet &#233;gard, la formule &#171; apprendre &#224; penser par soi-m&#234;me &#187; &#224; quoi l'on r&#233;sume souvent l'ambition de notre enseignement, est pour le moins ambigu&#235; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; son ind&#233;termination semble autoriser &#224; poser toutes sortes de sujets auxquels les &#233;l&#232;ves n'ont pu &#234;tre directement pr&#233;par&#233;s et qui supposent de leur part bien autre chose qu'une application intelligente de connaissances acquises ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sa radicalit&#233; met les &#233;l&#232;ves devant une t&#226;che impossible et produit un d&#233;sarroi qui s'exprime aussi bien par la recherche de recettes que par le renoncement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sa g&#233;n&#233;ralit&#233;, quoique justifi&#233;e &#224; bien des &#233;gards, rend bien hasardeuses les t&#226;ches de correction et d'&#233;valuation, et met fort mal &#224; l'aise le professeur qui veut pr&#233;parer s&#233;rieusement ses &#233;l&#232;ves aux &#233;preuves de l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'on pense de la phrase kantienne selon laquelle on n'apprend pas la philosophie mais &#224; philosopher, et quelle que soit l'interpr&#233;tation qu'on en donne, cette formule ne peut servir &#224; justifier la situation actuelle o&#249;, &#224; traiter les &#233;l&#232;ves comme de petits philosophes, on finit par ne plus trouver de philosophie dans leurs travaux. Qu'on parle d'apprendre &#224; philosopher ou d'apprendre la philosophie, il s'agit toujours d'apprendre et on doit donc pouvoir d&#233;terminer avec une pr&#233;cision suffisante, comme dans toute autre discipline, les savoirs et les comp&#233;tences exigibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;trange &#224; cet &#233;gard que l'&#233;pith&#232;te &#171; scolaire &#187;, dans l'enseignement secondaire en g&#233;n&#233;ral et dans celui de la philosophie en particulier, soit devenue syst&#233;matiquement p&#233;jorative. La hantise du scolaire ne conduit-elle pas trop souvent &#224; des sujets d&#233;mesur&#233;ment ambitieux, et &#224; des exigences insens&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la nature d'une &#233;preuve d'examen ou que le travail remis par un &#233;l&#232;ve soient &#171; scolaires &#187; n'est pas une qualit&#233; qui devrait conduire &#224; les discr&#233;diter. Que demander &#224; un examen sinon de permettre de contr&#244;ler qu'un certain nombre de connaissances et de comp&#233;tences ont &#233;t&#233; acquises gr&#226;ce &#224; l'&#233;cole, c'est-&#224;-dire scolairement ? Que demander &#224; un &#233;l&#232;ve sinon qu'il soit en mesure de restituer correctement et d'utiliser intelligemment un certain nombre de connaissances et de modes de raisonnement scolairement assimil&#233;s ? Le m&#233;pris g&#233;n&#233;ralement affich&#233; &#224; l'&#233;gard des questions de cours ne se justifie nullement si par &#171; questions de cours &#187; on entend non pas des incitations &#224; r&#233;citer ce qui a &#233;t&#233; dit en cours, mais simplement des questions avec lesquelles on s'est familiaris&#233; et &#224; propos desquelles une r&#233;flexion a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient, nous semble-t-il, de r&#233;habiliter le &#171; scolaire &#187; qu'on ne saurait confondre avec le bachotage. Le bachotage, c'est l'accumulation superficielle et h&#226;tive de connaissances destin&#233;es &#224; faire illusion le jour de l'examen. L'apprentissage scolaire, c'est ce qui rend capable de reproduire et d'utiliser &#224; bon escient des concepts et des distinctions qu'on n'a pas n&#233;cessairement invent&#233;s, de reconna&#238;tre des probl&#232;mes et des id&#233;es que l'on a d&#233;j&#224; rencontr&#233;s. Si certains &#233;l&#232;ves sont de surcro&#238;t originaux, cr&#233;atifs, cultiv&#233;s ou brillants, tant mieux. Mais un enseignement philosophique n'a pas &#224; rougir d'&#234;tre et de se reconna&#238;tre scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, tout en conservant le cadre et l'esprit du programme actuel, il nous para&#238;t urgent de modifier profond&#233;ment les modalit&#233;s de l'&#233;preuve du baccalaur&#233;at, &#224; la fois pour son meilleur d&#233;roulement, et pour les effets positifs qui en r&#233;sulteront sur l'enseignement lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
QUATRI&#200;ME PRINCIPE
&lt;p&gt;Penser enfin les probl&#232;mes sp&#233;cifiques de l'enseignement de la philosophie dans le technique, o&#249; la situation est franchement inacceptable pour les enseignants comme pour les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de la philosophie dans les sections techniques constitue un enjeu d&#233;cisif. Pourtant les probl&#232;mes qu'il soul&#232;ve ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement minor&#233;s ou ignor&#233;s depuis vingt ans ; il est aujourd'hui dans une situation de crise qui appelle des r&#233;formes urgentes et profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la multiplication des classes de section G, et l'extension de son enseignement aux sections F, la philosophie atteint d&#233;sormais un public qu'elle n'a jamais eu, ni en nombre, ni quant &#224; son origine sociale, son h&#233;ritage culturel, et sa formation scolaire. Il y a l&#224; pour elle une &lt;i&gt;chance historique &lt;/i&gt;qui jusqu'&#224; pr&#233;sent a &#233;t&#233; compl&#232;tement perdue. L'enseignement de la philosophie dans le technique n'a en effet jamais &#233;t&#233; con&#231;u autrement que comme la transposition m&#233;canique, avec un horaire r&#233;duit, du programme, des exercices (dissertations), et des m&#233;thodes (cours essentiellement magistral) de la classe de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inad&#233;quation de ce mod&#232;le est manifeste : l'indigence des copies de baccalaur&#233;at les rend in&#233;valuables ; la plupart des &#233;l&#232;ves oscillent entre le d&#233;couragement et le m&#233;pris, entre croire qu'ils ne sont pas capables de faire de la philosophie et juger qu'elle ne vaut pas une heure de peine ; les professeurs ont le sentiment qu'on leur assigne une mission impossible et de n'&#234;tre pas en mesure tout simplement d'exercer leur m&#233;tier. Certains en viennent &#224; douter que l'enseignement de la philosophie ait un sens dans ces sections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de l'extension de l'enseignement de la philosophie aux sections F est significative : fond&#233;e sur un principe l&#233;gitime (le droit &#224; la philosophie pour tous), cette mesure se solde aujourd'hui par un &#233;chec : rejet par une grande majorit&#233; des &#233;l&#232;ves, discr&#233;dit de la philosophie, amertume des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le divorce entre ces &#233;l&#232;ves et les formes actuelles d'enseignement de la philosophie est si profond qu'il serait parfaitement illusoire de penser y faire face seulement par des am&#233;nagements horaires (m&#234;me si ceux-ci sont effectivement indispensables).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une majorit&#233; des enseignants de ces classes, nous sommes convaincus que les &#233;l&#232;ves de ces sections sont parfaitement capables de philosopher, &#224; condition que l'on ait la volont&#233; et les moyens d'&#233;laborer pour eux et avec eux un autre mod&#232;le d'enseignement, qui d'une part s'appuie davantage sur leurs questions, pr&#233;occupations et motivations, et qui d'autre part fasse appel &#224; une gamme diversifi&#233;e d'exercices et de travaux, &#233;crits et oraux, mieux adapt&#233;s. Face aux difficult&#233;s qu'ils rencontrent, beaucoup d'enseignants ont cherch&#233;, isol&#233;ment, &#224; inventer des pratiques p&#233;dagogiques diff&#233;rentes. Il est urgent de rassembler ces exp&#233;riences, de les faire circuler, et d'organiser une r&#233;flexion collective sur les r&#233;formes &#224; engager. Nous proposons plus loin quelques mesures susceptibles, dans l'imm&#233;diat, d'aider &#224; d&#233;bloquer la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut &#234;tre bien conscient que si on ne se d&#233;cide pas &#224; penser s&#233;rieusement et rapidement ce que peut &#234;tre un enseignement de philosophie dans les sections techniques, il sera discr&#233;dit&#233; et t&#244;t ou tard dispara&#238;tra ; bien des gens en concluront que ces &#171; &#233;l&#232;ves-l&#224; &#187; n'&#233;taient pas faits pour cela. Il y a donc l&#224; une t&#226;che tout &#224; fait urgente, et du point de vue d&#233;mocratique, et du point de vue philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que, si certaines difficult&#233;s sont tout &#224; fait sp&#233;cifiques aux classes techniques, beaucoup d'autres ne sont que la version accentu&#233;e et grossie de difficult&#233;s que les enseignants de philosophie rencontrent d&#233;j&#224; &#224; des degr&#233;s divers dans toutes les autres sections. Sur bien des points &#8212; notamment tout ce qui concerne les &#171; travaux dirig&#233;s &#187;, le suivi individuel des &#233;l&#232;ves, l'organisation de travaux de groupe, bref une p&#233;dagogie moins exclusivement centr&#233;e sur le cours magistral - ce qui serait entrepris dans l'enseignement technique pourrait servir utilement &#224; am&#233;liorer l'enseignement de la philosophie dans les sections classiques : apr&#232;s tout, les nouvelles couches d'&#233;l&#232;ves qui, dans les prochaines ann&#233;es, vont entrer en masse dans les sections classiques, ont toute chance, par leur comportement et leur culture, de ressembler davantage aux actuels F ou G qu'&#224; de futurs kh&#226;gneux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROPOSITIONS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
PREMIERE PROPOSITION
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;er un enseignement d'&#171; Initiation philosophique interdisciplinaire&lt;/strong&gt; &#187; &lt;strong&gt;en premi&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet enseignement aurait un triple objectif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Contribuer &#224; l'acquisition des cat&#233;gories fondamentales de la pens&#233;e, &#224; l'assimilation d'outils logiques de base n&#233;cessaires &#224; l'&#233;laboration des discours, du raisonnement et de l'argumentation dans toutes les disciplines : cat&#233;gories de cause, de cons&#233;quence, de finalit&#233;, sch&#233;mas de d&#233;monstration, r&#233;futation, concession, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Donner aux &#233;l&#232;ves les connaissances &#233;l&#233;mentaires et indispensables sur quelques moments d&#233;cisifs et constitutifs de l'histoire de notre culture en montrant les connexions entre les dimensions religieuse, sociale, scientifique, politique, philosophique de ces &#233;v&#233;nements : &#224; titre d'exemple seulement, le Ve si&#232;cle grec, l'av&#232;nement du christianisme, la r&#233;volution galil&#233;enne, la th&#233;orie darwinienne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Familiariser les &#233;l&#232;ves avec la d&#233;marche philosophique en montrant &#224; la fois sa sp&#233;cificit&#233;, et son articulation avec les d&#233;marches auxquelles ils sont davantage habitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet enseignement serait anim&#233; en permanence par le professeur de philosophie, mais il en partagerait la responsabilit&#233; avec les professeurs des autres disciplines qui y interviendraient dans des proportions et selon des modalit&#233;s &#224; d&#233;finir en commun (interventions altern&#233;es, cours &#224; 2 ou 3 voix, demi-journ&#233;es ou journ&#233;es banalis&#233;es et organis&#233;es en commun, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le volume horaire serait fix&#233; sur une base annuelle. Dans un premier temps au moins, il ne serait pas inf&#233;rieur &#224; 75 heures (soit l'&#233;quivalent de 2 heures hebdomadaires), seuil en de&#231;&#224; duquel un tel enseignement risquerait de perdre sa coh&#233;rence et son efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Du point de vue administratif, et pour ne pas alourdir l'emploi du temps des &#233;l&#232;ves, on peut imaginer que chaque discipline mette &#224; la disposition de cet enseignement commun quelques heures dans l'ann&#233;e ; ce &#171; pot commun &#187; pourrait repr&#233;senter la moiti&#233; de l'horaire, l'autre moiti&#233; repr&#233;senterait l'&#233;quivalent de l'introduction d'une heure hebdomadaire de philosophie.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'am&#233;nagement de ce volume d'heures devrait &#234;tre souple et mobile ; il serait &#233;tabli au d&#233;but de chaque ann&#233;e par concertation entre les enseignants des diff&#233;rentes disciplines et celui de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;partition pourrait &#234;tre propos&#233;e en trois modules trimestriels de 25 heures chacun, respectivement intitul&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Philosophie/Sciences (logique, math&#233;matiques, physique et biologie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Philosophie/Sciences sociales (Histoire, g&#233;ographie, sociologie, droit, &#233;conomie, politique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Philosophie/Langage (rh&#233;torique, traduction, langues, arts et litt&#233;ratures).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chacun de ces trois ensembles le professeur de philosophie aurait la responsabilit&#233; et les moyens d'une initiation sp&#233;cifique &#224; la philosophie comme telle (l'exp&#233;rience de la philosophie en tant que telle, ses attitudes et ses exigences typiques, ses modes de questionnement et d'argumentation, ses dimensions ontologique, m&#233;taphysique ou &#233;thique, l'histoire de ses textes canoniques, l'apprentissage de leur lecture, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera sans doute difficile mais d'autant plus n&#233;cessaire de tenir compte &#224; la fois de cette sp&#233;cificit&#233; philosophique et de la provocation r&#233;ciproque entre la philosophie et les autres disciplines. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, dans le choix des sujets, comme dans leur traitement, une insistance particuli&#232;re devrait &#234;tre mise, au cours de cette premi&#232;re ann&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. sur les questions de &lt;i&gt;responsabilit&#233; &#233;thico-politique &lt;/i&gt;(sous leur forme la plus moderne et la plus urgente, en particulier pour ce qui est des exemples, mais aussi dans des perspectives fondamentales et historiques) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. sur l'apprentissage de la &lt;i&gt;logique, &lt;/i&gt;des r&#232;gles d'argumentation critique, et des modes d'appropriation du langage (parole, &#233;criture, traduction, instruments d'archivation, information, m&#233;dias).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contenus susceptibles d'&#234;tre enseign&#233;s dans le cadre de cette co-intervention seraient d&#233;finis dans un programme national &#233;tabli de fa&#231;on interdisciplinaire ; celui-ci proposerait un &#233;ventail assez large de possibilit&#233;s parmi lesquelles il reviendrait aux enseignants de choisir en fonction de ce qui leur para&#238;tra le plus conforme aux besoins et aux int&#233;r&#234;ts des &#233;l&#232;ves, ainsi que de leurs comp&#233;tences propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DEUXI&#200;ME PROPOSITION
&lt;p&gt;Faire porter la partie principale de l'&#233;preuve de philosophie du baccalaur&#233;at d'enseignement g&#233;n&#233;ral sur un programme sp&#233;cial d&#233;fini annuellement dans chaque Acad&#233;mie, tout en conservant un programme g&#233;n&#233;ral, &#233;tabli nationalement, comme cadre de r&#233;f&#233;rence durable pour l'enseignement de la philosophie en terminale.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;// &lt;i&gt;para&#238;t indispensable de maintenir un programme g&#233;n&#233;ral, d&#233;fini nationalement de fa&#231;on durable, qui puisse &#224; la fois constituer le cadre de r&#233;f&#233;rence de l'enseignement de philosophie en terminale et fournir la mati&#232;re d'une interrogation au baccalaur&#233;at.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait, comme actuellement, un programme de notions. Mais on y distinguerait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;un ensemble de notions prises parmi les plus fondamentales de la tradition et de l'activit&#233; philosophique (par exemple, la conscience, la v&#233;rit&#233;, la justice, etc.) ; le nombre de ces notions serait pour chaque section sensiblement r&#233;duit par rapport au programme actuel : d'un tiers ou de moiti&#233; ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;un ensemble de notions m&#233;thodologiques, correspondant &#224; des outils fondamentaux de la r&#233;flexion th&#233;orique, qu'il s'agirait d'apprendre &#224; manier correctement plus encore qu'&#224; d&#233;finir hors de tout contexte (par exemple : d&#233;duction, dialectique, analyse, etc.).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le respect de l'unit&#233; de la philosophie et de sa vis&#233;e globalisante interdit une pr&#233;sentation fragmentaire qui la limiterait &#224; certaines de ses &#171; parties &#187; ; l'affirmation de sa sp&#233;cificit&#233; comme discipline scolaire exige le maintien d'un cadre programmatique national et durable. Un programme g&#233;n&#233;ral de notions doit donc &#234;tre maintenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le nombre de notions inscrites au programme actuel (plus de 40 en A ; une vingtaine en C), toutes susceptibles d'&#234;tre au baccalaur&#233;at le point de d&#233;part des questionnements les plus divers, conduit g&#233;n&#233;ralement les &#233;l&#232;ves &#224; les lire comme des t&#234;tes de chapitres, qui devraient &#234;tre &#233;tudi&#233;s successivement comme on le fait en math&#233;matiques ou en histoire. Les professeurs, soucieux de ne pas laisser de blancs dans la pr&#233;paration de leurs &#233;l&#232;ves &#224; l'examen, sont bien souvent conduits &#224; adopter la m&#234;me attitude, avec tous les risques de bachotage ou de saupoudrage qui en r&#233;sultent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; noter que la quasi-totalit&#233; des manuels et recueils de textes &#233;dit&#233;s pour la terminale, et qui ne sont pas sans influence, qu'on le veuille ou non, sur l'id&#233;e qu'&#233;l&#232;ves et professeurs se font de ce que doit &#234;tre un cours de philosophie, est b&#226;tie sur le m&#234;me mod&#232;le. Ainsi la routine scolaire et le poids du baccalaur&#233;at tendent &#224; transformer la liste des notions en catalogue et &#224; d&#233;tourner le programme de l'esprit dans lequel il a &#233;t&#233; con&#231;u : fournir un cadre authentiquement philosophique &#224; l'int&#233;rieur et &#224; partir duquel les probl&#232;mes doivent &#234;tre d&#233;finis et abord&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe donc que le libell&#233; du programme aussi bien que son contenu incitent plus encore qu'aujourd'hui les enseignants et les &#233;l&#232;ves &#224; se soucier moins du nombre, de l'&#233;tendue et de la diversit&#233; de chapitres &#224; traiter successivement que de la qualit&#233; et de l'approfondissement de la r&#233;flexion et des connaissances sur quelques questions philosophiques essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous proposons d'une part de r&#233;duire de fa&#231;on sensible (d'un tiers ou de moiti&#233;) l'actuel programme en le r&#233;organisant autour des concepts les plus fondamentaux de la tradition philosophique ; d'autre part, d'&#233;tablir une liste des outils conceptuels dont on devrait pouvoir exiger que les &#233;l&#232;ves aient appris &#224; les utiliser ; enfin, de bien d&#233;finir ce programme comme un cadre g&#233;n&#233;ral et durable de l'enseignement philosophique en terminale, et de le distinguer ainsi soigneusement du programme sp&#233;cial acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie restreinte de l'&#233;preuve de philosophie au baccalaur&#233;at devrait consister en une interrogation sur ce programme g&#233;n&#233;ral (voir plus loin proposition 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la partie principale de l'&#233;preuve (dissertation ou commentaire de texte) porterait sur un programme sp&#233;cial, &#233;tabli annuellement dans chaque Acad&#233;mie. Il comprendrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;2 ou 3 probl&#232;mes philosophiques fondamentaux, formul&#233;s de mani&#232;re tr&#232;s explicite, et &#233;troitement reli&#233;s &#224; une ou plusieurs notions du programme g&#233;n&#233;ral. Ces probl&#232;mes pourraient &#234;tre des probl&#232;mes philosophiques classiques (ceux par exemple du rapport entre &#201;tat et libert&#233;, ou entre &#226;me et corps), ou des probl&#232;mes philosophiques li&#233;s &#224; certaines interrogations contemporaines (l'&#233;valuation de l'id&#233;e de progr&#232;s, par exemple, ou les questions philosophiques li&#233;es &#224; la bio-&#233;thique) ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;1 &#224; 3 grands textes philosophiques, ou de port&#233;e philosophique incontestable, classiques ou du XX' si&#232;cle, dont l'&#233;tude permettrait de nourrir la r&#233;flexion sur les probl&#232;mes en question.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place d'un programme de ce type devrait permettre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) une am&#233;lioration du fonctionnement de l'&#233;preuve de philosophie au baccalaur&#233;at et de sa correction ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) un changement positif dans le mode de pr&#233;paration des &#233;l&#232;ves ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) la possibilit&#233; pour les enseignants d'organiser avec plus d'intelligence et de libert&#233; l'ann&#233;e scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Si la grande majorit&#233; des copies de &#171; bac &#187; ne satisfait pas aujourd'hui &#224; des exigences philosophiques minimales, c'est principalement parce que les &#233;l&#232;ves, ayant d&#251; tout pr&#233;voir, n'ont rien pu pr&#233;parer, et manquant g&#233;n&#233;ralement des connaissances de base sur les questions qui leur sont pos&#233;es et de la familiarit&#233; la plus &#233;l&#233;mentaire avec les probl&#232;mes donn&#233;s, ne comprennent pas ce qu'on leur demande, et n'ont de toute fa&#231;on pas les outils th&#233;oriques pour y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;l&#232;ve a pu centrer son apprentissage de la philosophie sur 2 ou 3 probl&#232;mes, on peut esp&#233;rer alors qu'il aura acquis dans l'ann&#233;e les connaissances n&#233;cessaires, qu'il aura appris &#224; rep&#233;rer certains probl&#232;mes, qu'il aura construit lui-m&#234;me sa propre r&#233;flexion, et sera donc en mesure de b&#226;tir une copie, peut-&#234;tre scolaire, mais honorable, c'est-&#224;-dire repr&#233;sentant un certain travail de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut esp&#233;rer d&#232;s lors dans ces conditions que la lecture des copies permettra de distinguer sans trop de risques d'erreur ceux qui auront travaill&#233; et assimil&#233; de ceux qui n'auront rien fait ni appris ; on &#244;terait pour l'essentiel &#224; l'&#233;preuve de philosophie du &#171; bac &#187; sa r&#233;putation non totalement injustifi&#233;e de &#171; loterie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Les notions constitutives d'un programme de philosophie, si elles ne forment pas un syst&#232;me, sont n&#233;anmoins solidaires les unes des autres : on n'&#233;tudie pas la conscience sans r&#233;fl&#233;chir aussi sur la v&#233;rit&#233; ou la libert&#233; ; on n'&#233;tudie pas l'art sans r&#233;fl&#233;chir aussi sur l'imagination ou le langage. Pourvu que les probl&#232;mes choisis au programme annuel le soient de mani&#232;re appropri&#233;e, aucun candidat s&#233;rieux ne pourra se dispenser d'une connaissance de l'ensemble du programme g&#233;n&#233;ral (et ce d'autant que la partie &#171; questions &#187; de l'&#233;preuve portera bien, elle, sur le programme g&#233;n&#233;ral). Mais il pourra dans sa pr&#233;paration mettre l'accent sur des probl&#232;mes nettement circonscrits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ainsi esp&#233;rer &#233;viter les 2 &#233;cueils que seraient d'une part la pr&#233;paration &#171; tous azimuts &#187;, comme dans le syst&#232;me actuel, qui conduit au bachotage ou &#224; n'avoir qu'un vernis sur tout ; une pr&#233;paration &#233;troitement limit&#233;e d'autre part &#224; un domaine trop pr&#233;cis, qui engendrerait une autre forme de bachotage et une technicit&#233; qu'il convient de proscrire absolument au niveau du baccalaur&#233;at. On peut esp&#233;rer au contraire que, tout en se pr&#233;parant efficacement &#224; une &#233;preuve au contenu clairement d&#233;limit&#233;, les &#233;l&#232;ves pourront progressivement d&#233;couvrir l'ampleur du champ de la r&#233;flexion philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) D&#233;livr&#233;s du souci d'avoir &#224; &#171; tout traiter &#224; fond &#187;, les professeurs pourront concevoir leur enseignement comme une formation &#224; la philosophie en g&#233;n&#233;ral, centr&#233;e chaque ann&#233;e sur des probl&#232;mes diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'en auront que plus de libert&#233; pour d&#233;terminer la progression de la classe en fonction des possibilit&#233;s des &#233;l&#232;ves, pour choisir d'aborder les probl&#232;mes sous l'angle qui leur para&#238;tra le plus appropri&#233;, pour faire d&#233;couvrir la philosophie et faire pratiquer de la philosophie &#224; leurs &#233;l&#232;ves &#224; partir de notions, de probl&#232;mes et de textes pr&#233;alablement d&#233;termin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place des &#171; questions aux choix &#187;, actuellement beaucoup trop limit&#233;e (&#171; parce-qu'on-n'a-d&#233;j&#224;-pas-le-temps-de-faire-tout-le-programme &#187;) pourrait dans un tel contexte &#234;tre fortement r&#233;&#233;valu&#233;e, ce qui contribuerait utilement &#224; l'&#233;largissement de la culture des &#233;l&#232;ves &#224; une diversification des approches p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces programmes sp&#233;ciaux seraient &#233;tablis annuellement dans chaque Acad&#233;mie par une commission de quelques professeurs de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci serait r&#233;guli&#232;rement renouvel&#233;e de fa&#231;on que, sur quelques ann&#233;es, l'ensemble des professeurs de l'Acad&#233;mie aient la possibilit&#233; d'y participer. Ainsi &#233;labor&#233;s au plus pr&#232;s de l'exp&#233;rience des enseignants, ces programmes sp&#233;ciaux seraient mieux adapt&#233;s aux pr&#233;occupations et aux possibilit&#233;s des &#233;l&#232;ves. Articul&#233;s sur le programme g&#233;n&#233;ral - garantie de leur teneur philosophique et assurance contre l'arbitraire &#8212;, ils pourraient manifester la richesse, la diversit&#233; et l'actualit&#233; de la r&#233;flexion philosophique, et favoriseraient renouvellement et innovation dans les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TROISI&#200;ME PROPOSITION
&lt;p&gt;R&#233;organiser l'&#233;preuve &#233;crite du baccalaur&#233;at d'enseignement g&#233;n&#233;ral en associant &#224; la dissertation (ou commentaire de texte) un exercice de questions.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle &#233;preuve (de 4 heures comme aujourd'hui) comprendrait donc deux parties :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Une s&#233;rie de questions&lt;/strong&gt; visant &#224; &#233;valuer l'assimilation des connaissances requises pour pratiquer la philosophie avec un minimum de s&#233;rieux. Elles porteraient sur le vocabulaire philosophique de base (d&#233;finir &#171; l'empirisme &#187; ou &#171; l'abstraction &#187;), sur les distinctions conceptuelles &#233;l&#233;mentaires (distinguer &#171; loi juridique &#187; et &#171; loi scientifique &#187;, ou &#171; essence &#187; et &#171; existence &#187;), et sur des points de rep&#232;re essentiels dans l'histoire de la philosophie (Qui &#233;tait Socrate ? Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?). Elles concerneraient l'ensemble du programme g&#233;n&#233;ral. Chaque question appellerait une r&#233;ponse br&#232;ve mais pr&#233;cise (10 &#224; 20 lignes), appuy&#233;e par des exemples. Les candidats se verraient poser 6 questions et devraient en choisir 3. Cette partie de l'&#233;preuve devrait pouvoir &#234;tre effectu&#233;e en une heure au maximum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de cet exercice conduirait les enseignants de philosophie &#224; d&#233;finir progressivement quelles connaissances constituent le minimum exigible des &#233;l&#232;ves de terminale - et lesquelles n'en font pas partie. Elle aiderait tous les &#233;l&#232;ves &#224; prendre conscience de la n&#233;cessit&#233; d'acqu&#233;rir un ensemble de savoirs de base. Elle rassurerait les &#233;l&#232;ves qui ont des difficult&#233;s avec la rh&#233;torique de la dissertation et garantirait &#224; ceux qui ont appris qu'ils n'ont pas travaill&#233; pour rien. Elle contribuerait &#224; relativiser le r&#244;le de la dissertation dans notre enseignement et favoriserait le recours &#224; des exercices diff&#233;rents et compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La seconde et principale partie de l'&#233;preuve &lt;/strong&gt;consisterait en une dissertation ou un commentaire o&#249; le candidat aurait &#224; faire preuve de ses capacit&#233;s de r&#233;flexion, d'analyse, d'&#233;laboration d'une argumentation et de compr&#233;hension des probl&#232;mes philosophiques. Elle porterait exclusivement sur les probl&#232;mes et &#339;uvres philosophiques figurant au programme sp&#233;cial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, les formes de ces travaux devraient &#234;tre diversifi&#233;es : le sujet de dissertation peut &#234;tre pos&#233; seul (comme actuellement) ou accompagn&#233; d'un texte (ou de deux textes, &#233;ventuellement contradictoires) sur le probl&#232;me en jeu ; le texte &#224; commenter peut n'&#234;tre accompagn&#233; d'aucune indication (comme aujourd'hui) ou suivi d'une s&#233;rie de questions, les unes de compr&#233;hension, les autres plus ouvertes, de r&#233;flexion &#224; partir du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, les &#233;nonc&#233;s de sujet devraient imp&#233;rativement remplir deux conditions : d'une part, entretenir avec les questions au programme un rapport qui soit &#233;vident pour tout &#233;l&#232;ve ; d'autre part &#234;tre libell&#233;s de la mani&#232;re la plus explicite sans souci d'originalit&#233;, de brillant, ou de go&#251;t pour le paradoxe ou l'allusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUATRI&#200;ME PROPOSITION
&lt;p&gt;Concevoir des modalit&#233;s d'enseignement de la philosophie r&#233;ellement appropri&#233;es aux &#233;l&#232;ves de l'enseignement technique.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire face &#224; la situation critique de l'enseignement de la philosophie dans le technique, trois types de propositions nous semblent pouvoir &#234;tre faites, concernant a) son organisation, b) le programme et l'&#233;valuation des &#233;l&#232;ves, c) ses modalit&#233;s concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) plus encore que les autres, les &#233;l&#232;ves de l'enseignement technique ont besoin d'autres formes d'enseignement que le cours magistral (travail en petits groupes, suivi individuel, etc.) qui exigent des effectifs tr&#232;s r&#233;duits. Le d&#233;doublement de la classe, pour au moins une heure (2 heures pour l'&#233;l&#232;ve, 3 heures pour le professeur), revendication d&#233;j&#224; avanc&#233;e par plusieurs syndicats et associations, appara&#238;t comme une n&#233;cessit&#233;. Dans un premier temps, ce d&#233;doublement pourrait d&#233;j&#224; &#234;tre rendu obligatoire dans toutes les classes de plus de 24 &#233;l&#232;ves, comme c'est d&#233;j&#224; le cas dans d'autres disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, pour &#233;viter le morcellement catastrophique du service des enseignants, et la dilution au compte-gouttes de la philosophie parmi les autres mati&#232;res, nous proposons que l'enseignement de la philosophie dans le technique soit organis&#233; de mani&#232;re semestrielle : 4 heures (ou 5 heures avec d&#233;doublement), sur un semestre, au lieu de 2 heures sur l'ann&#233;e actuellement. Ainsi aucun enseignant de philosophie n'aurait plus de 4 (ou 5) classes simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Il ne para&#238;t pas r&#233;aliste de vouloir &#233;valuer les &#233;l&#232;ves et organiser l'enseignement en fonction d'une &#233;preuve - la dissertation de philosophie &#8212; dont on sait parfaitement que l'immense majorit&#233; des &#233;l&#232;ves est hors d'&#233;tat d'y satisfaire (on peut admettre que, dans le meilleur des cas, le temps n&#233;cessaire pour les y pr&#233;parer convenablement reviendrait &#224; exiger en G ou F un horaire comparable pour la philosophie &#224; celui des sections litt&#233;raires...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons qu'au d&#233;but de chaque ann&#233;e, le professeur d&#233;finisse avec ses &#233;l&#232;ves, &#224; partir d'un &#233;ventail de notions plus large que l'actuel programme, les questions pr&#233;cises qu'ils aborderont ensemble ; qu'il leur fasse faire en cours d'ann&#233;e un certain nombre d'exercices divers, oraux et &#233;crits, de contr&#244;le de connaissances et de r&#233;flexion ; que les &#233;l&#232;ves, sur la fin de l'ann&#233;e, consacrent plusieurs semaines &#224; la constitution d'un dossier sur la question de leur choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de l&#224;, deux cas de figure peuvent &#234;tre envisag&#233;s : ou bien l'organisation du baccalaur&#233;at est modifi&#233;e, et une partie des &#233;preuves se d&#233;roule en contr&#244;le continu ; il serait alors souhaitable que l'&#233;valuation en philosophie, pour l'enseignement technique tout au moins, se fasse en contr&#244;le continu. Ou bien l'organisation du baccalaur&#233;at reste &#224; peu pr&#232;s ce qu'elle est, et nous proposons qu'au baccalaur&#233;at de technicien la philosophie fasse l'objet d'une &#233;preuve orale obligatoire, o&#249; le candidat pr&#233;senterait et d&#233;fendrait son dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Il est n&#233;cessaire qu'une r&#233;flexion collective soit men&#233;e sur les formes d'enseignement les plus appropri&#233;es aux &#233;l&#232;ves de l'enseignement technique, ce qui implique des rencontres entre professeurs ayant l'exp&#233;rience de ces classes, une pr&#233;paration des jeunes professeurs &#224; ce type d'enseignement, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CINQUI&#200;ME PROPOSITION
&lt;p&gt;Organiser syst&#233;matiquement, &#224; l'int&#233;rieur du corps des professeurs de philosophie, une r&#233;flexion et des &#233;changes sur la didactique de leur discipline.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette organisation reposerait sur un r&#233;seau d'enseignants de philosophie des lyc&#233;es (un par Acad&#233;mie par exemple) d&#233;tach&#233;s &#224; temps partiel et pour quelques ann&#233;es (trois &#224; cinq ans au maximum), c'est-&#224;-dire des professeurs qui gardent un contact effectif avec l'enseignement d'une part, et qui seraient destin&#233;s &#224; y retourner &#224; plein temps d'autre part. Ils travailleraient en collaboration &#233;troite avec certains Instituts Universitaires de Formation des Ma&#238;tres, qui pourraient &#234;tre sp&#233;cialis&#233;s dans la r&#233;flexion sur la didactique philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;seau d'enseignants aurait pour mission :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'animer, parmi les 2 500 professeurs de philosophie, une r&#233;flexion sur les probl&#232;mes et les m&#233;thodes de l'enseignement de la philosophie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'assurer, entre les enseignants, souvent isol&#233;s et ayant, &#224; l'heure actuelle, tr&#232;s peu de moyens de communication entre eux, une circulation de l'information, un &#233;change de r&#233;flexions, et une diffusion des exp&#233;riences ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'organiser la publication de documents susceptibles d'aider les enseignants, et notamment les nouveaux enseignants, dans leur travail (&#233;l&#233;ments bibliographiques, textes et articles de r&#233;f&#233;rence sur telle ou telle question, exemples de traitement de telle question, etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de susciter aupr&#232;s des &#233;diteurs la publication de livres et de recueils susceptibles de constituer des outils de travail appropri&#233;s, pour les &#233;l&#232;ves (manuels, dossiers qui sortent de l'inadaptation ou de la m&#233;diocrit&#233; des instruments dont ils disposent le plus souvent aujourd'hui), mais aussi pour les enseignants (recueil d'articles permettant de conna&#238;tre l'&#233;tat actuel d'une question, ouvrages de synth&#232;se dans les domaines o&#249; l'enseignant doit &#234;tre solidement inform&#233; bien qu'il ne puisse en g&#233;n&#233;ral avoir acc&#232;s &#224; la litt&#233;rature sp&#233;cialis&#233;e, notamment pour ce qui concerne l'&#233;tat actuel des connaissances dans les sciences de la nature aussi bien que dans les sciences de l'homme) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de contribuer &#224; la formation permanente des enseignants de philosophie, en les aidant &#224; s'informer &#224; la fois de l'&#233;tat de la r&#233;flexion philosophique contemporaine et de l'&#233;tat des sciences,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'organiser des colloques, des missions d'enqu&#234;te ou de documentation &#224; l'&#233;tranger, d'inviter des coll&#232;gues &#233;trangers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
SIXI&#200;ME PROPOSITION
&lt;p&gt;Inclure un enseignement de philosophie dans la formation des ma&#238;tres de toutes les disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La formation des ma&#238;tres doit donner &#224; tous les futurs enseignants, sans distinction, la possibilit&#233; d'acqu&#233;rir les qualit&#233;s professionnelles qui leur permettront de mener &#224; bien les t&#226;ches pr&#233;vues &#224; tous les niveaux de l'&#233;cole et du lyc&#233;e. Elle doit d'autre part leur offrir les moyens d'une r&#233;flexion constructive et critique sur la pratique de l'enseignement m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma&#238;triser un savoir conduit obligatoirement &#224; envisager la possibilit&#233; et les conditions de sa transmission. Tous les futurs enseignants devraient pouvoir interroger et mettre en perspective les divers points de vue existants sur la didactique des disciplines, les diverses pratiques p&#233;dagogiques, et enfin sur la dimension psychologique de l'acte &#233;ducatif. Conscients toutefois de ce que l'apprentissage de l'enseignement ne peut consister dans l'acquisition de recettes, ni dans la confiance aveugle faite &#224; tel dogme du moment, les futurs ma&#238;tres devraient travailler &#224; prendre en compte l'aspect n&#233;cessairement probl&#233;matique de l'acte d'enseigner qui en r&#233;v&#232;le seul, paradoxalement, la positivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que, quelles que soient les disciplines qu'ils se pr&#233;parent &#224; enseigner, tous les jeunes ma&#238;tres devraient pouvoir b&#233;n&#233;ficier, &#224; l'int&#233;rieur de leur domaine de formation sp&#233;cifique, d'un enseignement de philosophie. Celui-ci int&#233;grerait les apports fondamentaux des sciences humaines &#224; un questionnement sur l'&#233;ducation et &#224; la tr&#232;s ancienne tradition de pens&#233;e qui lui est attach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait, pour concevoir un tel enseignement, prendre mod&#232;le sur la formation des instituteurs, telle que l'arr&#234;t&#233; du 20 mai 1986 l'a red&#233;finie. Dans les &#233;coles normales, tous les instituteurs re&#231;oivent aujourd'hui, en plus des unit&#233;s de formation disciplinaires, un enseignement de &#171; philosophie, histoire et sociologie de l'&#233;ducation, p&#233;dagogie g&#233;n&#233;rale, psychologie &#187;, n&#233;cessairement assur&#233;, &#224; raison de trois heures par semaine, par un professeur de philosophie. La r&#233;ussite remarquable, attest&#233;e par la grande majorit&#233; des normaliens et des enseignants, de cette rencontre entre la philosophie et la formation professionnelle, encouragerait &#224; en &#233;tendre la port&#233;e &#224; toute la formation des ma&#238;tres, c'est-&#224;-dire aux CPR, aux ENNA, aux ENS, et &#233;videmment aux futurs Instituts Universitaires de Formation des Ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une formation ainsi con&#231;ue aurait l'avantage de faire appara&#238;tre la communaut&#233; des probl&#232;mes que partagent les enseignants du premier et du second degr&#233;, les professeurs des lyc&#233;es classiques et techniques, ainsi que ceux des lyc&#233;es professionnels, et de mettre au jour l'unit&#233; diversifi&#233;e de leurs pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les futurs enseignants de philosophie, outre leur formation fondamentale, devraient &#234;tre pr&#233;par&#233;s : 1) &#224; suivre les &#233;volutions marquantes des savoirs contemporains, 2) &#224; ma&#238;triser les pratiques p&#233;dagogiques nouvelles appel&#233;es par les propositions pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SEPTI&#200;ME PROPOSITION
&lt;p&gt;R&#233;organisation du premier cycle des Universit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'air du temps et les principes g&#233;n&#233;raux qui guident nos travaux ne vont certes pas dans le sens d'une programmation autoritaire, d&#233;cid&#233;e au niveau national et impos&#233;e aux Universit&#233;s. Le principe de l'autonomie de ces derni&#232;res sera certainement r&#233;affirm&#233; et renforc&#233;, et nous n'avons pas de raisons de le regretter. Une Universit&#233; qui ne ressentirait pas le besoin d'avoir un d&#233;partement de philosophie ne lui consacrera pas l'attention et les moyens n&#233;cessaires, si on lui impose d'en garder ou d'en cr&#233;er un. Ce qui peut &#234;tre d&#233;fini au niveau national, c'est un ensemble d'exigences de forme simplement hypoth&#233;tique et de caract&#232;re tr&#232;s g&#233;n&#233;ral : si un D&#233;partement de Philosophie existe &#224; l'Universit&#233; de N., alors il doit respecter un minimum de conditions. Ces conditions ne pouvant &#234;tre remplies, d'ailleurs, si l'&#201;tat ne contribue pas au moins partiellement &#224; en procurer les moyens (personnel enseignant, administratif et technique, instruments de travail, locaux, etc.), la m&#233;thode &#224; suivre doit normalement prendre la forme d'un contrat entre l'&#201;tat et les Universit&#233;s, comme il est pr&#233;vu par le projet de circulaire du 13 mars 1989 (r&#233;sum&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;du 21 mars 1989).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Cette proc&#233;dure doit permettre d'&#233;viter les risques que comporterait une r&#233;gionalisation &lt;i&gt;excessive &lt;/i&gt;des Universit&#233;s. L'Universit&#233; fran&#231;aise, dans son ensemble, a souvent d&#233;plor&#233; son propre &#171; provincialisme &#187; ; il serait f&#226;cheux de voir celui-ci passer du singulier au pluriel, et chaque Universit&#233; ne se soucier que de r&#233;pondre aux demandes locales des &#233;tudiants, ou de leurs futurs employeurs &#233;ventuels. Pour s'en garder, les interventions &#233;tatiques ne sont pas les seuls rem&#232;des envisageables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi songer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; inciter par tous les moyens possibles les Universit&#233;s &#224; &#233;changer de fa&#231;on permanente et institutionnelle leurs informations, leurs exp&#233;riences, leurs projets, d'abord entre elles, bien &#233;videmment, mais aussi avec les institutions et associations du niveau de l'enseignement secondaire (il serait sans doute int&#233;ressant pour nous d'obtenir des informations sur les activit&#233;s de l'association &#171; Promosciences &#187;, &#171; association de r&#233;flexion et de propositions sur l'ensemble des formations scientifiques post-baccalaur&#233;at &#187;, qui s'est fond&#233;e &#224; la suite de deux colloques sur la r&#233;novation des premiers cycles universitaires scientifiques, et qui est actuellement pr&#233;sid&#233;e par M. Michel Bornancin, pr&#233;sident de l'Universit&#233; de Nice).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; d&#233;velopper des proc&#233;dures d'&#233;valuation et d'&#171; audit &#187;, non pas seulement au niveau du Comit&#233; national d'&#201;valuation, que sa fonction multidisciplinaire oblige &#224; se cantonner dans les g&#233;n&#233;ralit&#233;s, mais aussi au moyen de commissions &lt;i&gt;ad hoc, &lt;/i&gt;sp&#233;cialis&#233;es en philosophie, et comportant, si possible, des &lt;i&gt;membres &#233;trangers &lt;/i&gt;aussi bien que des membres fran&#231;ais (d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il semble que nous devrions recommander l'institutionnalisation de l'appel &#224; des experts provenant d'autres Universit&#233;s, fran&#231;aises&lt;i&gt;et &#233;trang&#232;res, &lt;/i&gt;pour toute une s&#233;rie de probl&#232;mes collectifs et m&#234;me individuels : organisation des &#233;tudes, acquisition et gestion des instruments de travail, d&#233;roulement des carri&#232;res, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La philosophie peut profiter du &#171; renouveau des humanit&#233;s &#187; qui se dessine actuellement, apr&#232;s des d&#233;cennies de domination des math&#233;matiques, des techniques et de la gestion rationalis&#233;e (voir &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;du 22 avril 1989). Cette &#171; vague porteuse &#187; comporte cependant des dangers manifestes : en se laissant enr&#244;ler dans le camp des &#171; Lettres &#187;, ou des &#171; Humanit&#233;s &#187;, pour faire pi&#232;ce aux &#171; Sciences &#187; et au &#171; professionnalisme &#187;, la philosophie risque de ne se voir demander qu'un vague &#171; suppl&#233;ment d'&#226;me &#187;, et de perdre dans l'aventure une bonne part de sa sp&#233;cificit&#233;. Il est souhaitable de r&#233;pondre enfin &#224; la &#171; demande &#187; de philosophie qui &#233;mane aujourd'hui des milieux les plus divers (sciences exactes, sciences humaines, disciplines techniques, m&#233;decine, droit, gestion et administration, animation culturelle, etc.) ; mais cette demande ne sera satisfaite dans des conditions correctes que si le caract&#232;re professionnel de la philosophie elle-m&#234;me reste vigoureusement affirm&#233; dans les contacts qu'elle peut nouer &#224; l'ext&#233;rieur, et du m&#234;me coup dans l'enseignement qui en est dispens&#233; dans les Universit&#233;s. La sp&#233;cificit&#233; de la philosophie, mot d'ordre sur lequel tout le monde s'accorde et qui n'en est pas moins ambigu, ne se prouvera pas par l'auto-affirmation, mais par un travail de la discipline sur elle-m&#234;me, et par une dialectique de la communication et de la coop&#233;ration avec ce qui n'est pas elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. S'il est souhaitable que l'enseignement de la philosophie, d&#232;s le premier cycle universitaire, soit technicis&#233; et professionnalis&#233;, plus qu'il ne l'est, semble-t-il, actuellement, ce r&#233;sultat ne devrait pas s'acqu&#233;rir aux prix d'un clivage dangereux entre les techniques purement scolaires, bonnes pour les &#233;tudiants (apprentissage de la dissertation, du commentaire de texte, etc.) et l'exercice prestigieux de l'activit&#233; philosophique, r&#233;serv&#233; aux ma&#238;tres (cours magistraux, s&#233;minaires libres, etc). Pour casser cette distribution des t&#226;ches, il serait sans doute bon d'inciter les Universit&#233;s &#224; encourager l'innovation dans le domaine des exercices propos&#233;s aux &#233;tudiants, en inventant d'autres formules que le couple traditionnel dissertation/ commentaire, en d&#233;veloppant des techniques d'analyse des concepts, des arguments, des raisonnements, des strat&#233;gies textuelles, des structures syst&#233;matiques, etc. Ces nouveaux types d'exercices pourraient d'ailleurs se faire aussi une place dans le contr&#244;le continu et m&#234;me dans les examens. Une transformation capitale du cours magistral serait engag&#233;e, de son c&#244;t&#233;, si l'on pouvait obtenir des professeurs fran&#231;ais qu'ils distribuent &#224; leurs &#233;tudiants, sous forme de &#171; syllabus &#187;, la liste des questions qu'ils traiteront, semaine apr&#232;s semaine, et celle des textes que les &#233;tudiants doivent lire &#224; l'avance pour se pr&#233;parer &#224; une audition active du cours : cette pratique, fr&#233;quente dans les Universit&#233;s &#233;trang&#232;res, modifie consid&#233;rablement le rapport p&#233;dagogique, en permettant aux &#233;tudiants de mieux comprendre comment le cours a &#233;t&#233; construit, sur la base d'un dossier de textes dont tous ont pu prendre connaissance, et de poser &#224; l'enseignant des questions pertinentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Les projets actuellement connus, concernant le premier cycle des Universit&#233;s, semblent se diriger vers la disparition des DEUG sp&#233;cialis&#233;s par discipline, et la cr&#233;ation (ou la r&#233;surrection) d'une sorte de prop&#233;deutique, sous forme d'un DEUG unique (en deux ans) pour chaque grand secteur disciplinaire, par exemple Lettres- Langues-Sciences humaines. Dans la perspective d'un tel projet, que nous n'avons pas de raison de repousser en principe (quitte, naturellement, &#224; souligner notre attachement &#224; l'existence d'une licence et d'une ma&#238;trise de philosophie), il semble que nous devrions demander, et obtenir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'une part, que la philosophie soit pr&#233;sente obligatoirement dans cet ensemble de premier cycle, avec une place proportionnellement d&#233;cente (par exemple, un quart du total des UV), et un contenu qualitatif absolument sp&#233;cifique (ce qui n'exclut pas qu'&#224; l'int&#233;rieur de ce &#171; noyau dur &#187; philosophique, les &#233;tudiants puissent encore se voir offrir, &#224; c&#244;t&#233; d'un certain nombre d'enseignements obligatoires, des choix partiels correspondant &#224; leurs int&#233;r&#234;ts et &#224; leurs projets propres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; d'autre part, que l'ensemble comporte un certain nombre de &#171; cases vides &#187;, que chaque &#233;tudiant pourrait remplir comme il l'entend ; un &#233;tudiant tr&#232;s motiv&#233; d'embl&#233;e pour la philosophie pourrait, par exemple, remplir ces &#171; cases vides &#187; gr&#226;ce &#224; des disciplines compl&#233;mentaires, situ&#233;es &#224; des distances variables du &#171; noyau &#187; philosophique (par exemple, &#233;pist&#233;mologie et histoire des sciences, esth&#233;tique et sciences de l'art, psychologie, sociologie, linguistique, langues anciennes, histoire des religions, etc., mais aussi sciences exactes, droit, &#233;conomie, seconde langue vivante, etc.). Il serait important, si possible, d'obtenir des enseignants qui accueilleront ces &#233;tudiants qu'ils &#171; profilent &#187; leur enseignement &#224; l'intention d'auditeurs dont l'int&#233;r&#234;t central reste la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait sans doute utile de signaler que la disparition d'un DEUG sp&#233;cifique de philosophie ne doit pas impliquer, bien au contraire, que les enseignants de philosophie (et notamment les professeurs) se sentent moins concern&#233;s par le nouveau premier cycle que par l'ancien. Les d&#233;partements de philosophie, repr&#233;sent&#233;s par leur directeur, devraient n&#233;gocier les arrangements n&#233;cessaires avec les autres disciplines concern&#233;es ; et il serait sans doute envisageable d'exiger que des professeurs interviennent dans ce nouveau premier cycle, &#224; la fois comme responsables administratifs et comme enseignants actifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Les r&#233;formes universitaires les mieux inspir&#233;es, sur le plan de l'organisation des &#233;tudes, des programmes, du contr&#244;le des connaissances, p&#232;seront peut-&#234;tre moins lourd dans le destin de l'Universit&#233; fran&#231;aise qu'un certain nombre de transformations apparemment prosa&#239;ques et modestes, bien qu'assez co&#251;teuses parfois sur le plan financier, et qui pourraient modifier en profondeur, sur la longue dur&#233;e, les habitudes de travail des enseignants et des &#233;tudiants, les rapports p&#233;dagogiques, la productivit&#233; sociale et scientifique du milieu universitaire. Nous pensons par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; la situation pr&#233;caire des biblioth&#232;ques d'Universit&#233; et des biblioth&#232;ques de d&#233;partement, souvent mal utilis&#233;es, faute de cr&#233;dit d'achat, de place pour les lecteurs, d'initiation m&#233;thodique &#224; leur utilisation, etc. (voir le rapport alarmant d'Andr&#233; Miquel) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; l'absence g&#233;n&#233;rale de bureaux corrects, affect&#233;s personnellement aux enseignants, qui leur permettraient, moyennant quelque incitation peut-&#234;tre, de travailler sur place pendant une partie au moins de leur temps, et de recevoir les &#233;tudiants &#224; heures r&#233;guli&#232;rement fix&#233;es et affich&#233;es ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, &#224; l'absence g&#233;n&#233;rale de salles de r&#233;union, utilisables par les enseignants et les &#233;tudiants ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; l'insuffisance ou &#224; la sous-utilisation des moyens en personnel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et en mat&#233;riel de secr&#233;tariat ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; l'impossibilit&#233; pratique, compte tenu de l'insuffisance du budget et de la lourdeur des proc&#233;dures, d'inviter les coll&#232;gues fran&#231;ais, &#224; plus forte raison &#233;trangers, &#224; effectuer des s&#233;jours de courte dur&#233;e (s&#233;minaires, s&#233;rie de conf&#233;rences, participation &#224; des jurys de th&#232;se, etc.),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aux trop fameuses, et scandaleuses, normes GARACES, qui ne prennent en compte, pour le calcul des obligations horaires des enseignants, que le nombre d'heures pendant lesquelles ceux-ci font leurs cours, c'est-&#224;-dire, en somme, s'arr&#234;tent provisoirement de travailler. Nous devrions exiger la prise en consid&#233;ration officielle, f&#251;t-elle symbolique et sans aucune incidence financi&#232;re, de ce qui fait la vie quotidienne des universitaires (pr&#233;paration des cours, recherche, documentation, direction de th&#232;ses et de m&#233;moires, &#171; tutorat &#187; plus ou moins institutionnalis&#233;, participation &#224; des jurys, &#224; des colloques et congr&#232;s, &#233;changes intellectuels de toute nature, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mise en place de l'enseignement organique de la philosophie&lt;/strong&gt; en trois temps, telle que nous la proposons (voir principe 1) implique que soit lev&#233;e la barri&#232;re qui coupe aujourd'hui totalement les Lyc&#233;es des Universit&#233;s. Deux exigences en d&#233;coulent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La possibilit&#233; d'une circulation des professeurs entre le Lyc&#233;e et l'Universit&#233;. Il serait souhaitable que les professeurs puissent contribuer &lt;i&gt;statutairement, &lt;/i&gt;et non pas seulement &#224; titre de charg&#233;s de cours, &#224; l'encadrement des &#233;tudiants de 1er cycle. Ce qui impliquerait que ces heures d'enseignement &#224; l'Universit&#233; soient partie int&#233;grante de leur service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Qu'on reconnaisse ces travaux de recherche (DEA, Th&#232;ses, etc.) engag&#233;s par les professeurs des lyc&#233;es non comme un luxe ou une affaire strictement personnelle, mais comme une contribution &#224; part enti&#232;re &#224; la recherche collective en philosophie et comme un &#233;l&#233;ment de formation permanente directement b&#233;n&#233;fique &#224; la qualit&#233; de l'enseignement. Ce qui suppose entre autres la reconnaissance d'un statut d'enseignant-chercheur qui donnerait droit, pour des dur&#233;es d&#233;termin&#233;es, &#224; des d&#233;charges de service et &#224; des am&#233;nagements horaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS. Ce Rapport ne constitue, cela va de soi mais nous le soulignons encore, qu'un ensemble de propositions soumises &#224; la discussion. Il reste d'ailleurs &#224; compl&#233;ter. Il le sera sans doute, dans des conditions &#224; d&#233;terminer, au cours des semaines ou des mois &#224; venir, et compte tenu des discussions qui ne manqueront pas de s'engager au cours des colloques pr&#233;vus par le minist&#232;re. Ces compl&#233;ments devraient concerner notamment certains points de l'articulation entre enseignement secondaire et enseignement sup&#233;rieur, l'&#233;largissement de la liste des auteurs et textes &#224; &#233;tudier, les rapports entre histoire de la philosophie et philosophie contemporaine dans l'enseignement de la philosophie en g&#233;n&#233;ral et dans la formation des professeurs en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En annexe aux consid&#233;rations et propositions sur la formation des ma&#238;tres, voir le texte ci-joint qui r&#232;gle actuellement le programme de l'enseignement philosophique dans les EN.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Principes pour une r&#233;flexion sur les contenus d'enseignement, par Pierre BOURDIEU et Fran&#231;ois GROS</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/principes-pour-une-reflexion-sur-les-contenus-d-enseignement-par-pierre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/article/principes-pour-une-reflexion-sur-les-contenus-d-enseignement-par-pierre</guid>
		<dc:date>1989-05-23T16:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;[folio de 14 pages, sans marque d'&#233;diteur ou d'imprimeur, distribu&#233; aux enseignants. Repris dans Le Monde de l'&#201;ducation, avril 1989, pp. 15-18] &lt;br class='autobr' /&gt;
En revanche, il va d&#233;clencher le tir de barrage de certains intellectuels conservateurs et de la tr&#232;s traditionnelle association des professeurs de philosophie(APPEP). C'est principalement la question du relativisme qui agite les passions. Le septi&#232;me principe propose en effet de &#171; concilier l'universalisme inh&#233;rent &#224; la pens&#233;e scientifique et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/documents-relatifs-a-la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;Documents relatifs &#224; la guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[folio de 14 pages, sans marque d'&#233;diteur ou d'imprimeur, distribu&#233; aux enseignants. Repris dans Le Monde de l'&#201;ducation, avril 1989, pp. 15-18]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En revanche, il va d&#233;clencher le tir de barrage de certains intellectuels conservateurs et de la tr&#232;s traditionnelle association des professeurs de philosophie(APPEP). C'est principalement la question du relativisme qui agite les passions. Le septi&#232;me principe propose en effet de &#171; concilier l'universalisme inh&#233;rent &#224; la pens&#233;e scientifique et le relativisme qu'enseignent les sciences historiques &#187;) ; il s'agit de sortir d'une conception fig&#233;e et restreintes des Humanit&#233;s et reconna&#238;tre l'apport des diff&#233;rentes civilisations &#224; l'&#233;laboration de la science, et cela dans le droit fil de ce que pr&#233;conisait le Coll&#232;ge de France (&#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;il importe avant tout de rompre avec la vision ethnocentrique de l'histoire de l'humanit&#233; qui fait de l'Europe l'origine de toutes les d&#233;couvertes et de tous les progr&#232;s &#187;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;formant le texte et son intention (il suffit de le lire), ses adversaires n'y voient que la promotion d'un communautarisme anglo-saxon contraire aux valeurs et &#224; l'universalisme r&#233;publicain. Pour A. Finkielkraut cette &#171; critique de l'ethnocentrisme &#187; &#171; aboutit &#224; centrer tout individu sur son ethnie &#187; ; l'APPEP par la voix de son pr&#233;sident, tente de retourner l'argument relativiste contre Bourdieu ne voyant dans le rapport qu'une &#171; id&#233;ologie complaisante aux consensus culturels du lieu et du moment &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;1&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Charles Coutel et Catherine Kintzler (de l'APPEP) critiquent &#171; les th&#233;ories sociologistes de la reproduction &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;3 &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et du conditionnement r&#233;affirmant la vertu &#233;mancipatrice de l'instruction. Cette derni&#232;re fustige aussi la soumission &#224; la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; : &#171; le rapport, &#233;crit-elle, s'acharne &#224; exclure la dimension du savoir et demande sans arr&#234;t &#224; se tourner vers l'ext&#233;rieur d'elle-m&#234;me, vers les forces de la soci&#233;t&#233; civile [&#8230;] Rentrer dans le rang de l'opinion et de l'&#233;conomie : c'est le culte des intervenants ext&#233;rieurs, c'est aussi l'id&#233;e que l'image et le livre sont &#233;quivalents ; c'est le culte des &#233;quipes et du collectif ; le culte des cercles et des associations, le culte de la production [&#8230;] Rentrer dans le rang de l'autorit&#233; politique, tout simplement et c'est dit sans ambages dans le rapport : le dogme de l'unification europ&#233;enne, qui n'est rien d'autre qu'une opinion politique, y est rudement appel&#233; &#224; la rescousse pour mettre au pas l'&#233;cole, et tout particuli&#232;rement les professeurs coupables de ne pas se plier devant le dieu soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;4&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les poncifs sont ici rassembl&#233;s, mais l'ensemble est tr&#232;s expressif d'un courant de pens&#233;e dit &#171; r&#233;publicain &#187; qui commencent &#224; se structurer autour de Jean-Pierre Chev&#232;nement &#224; la veille de la construction europ&#233;enne. Ce courant, tr&#232;s puissant chez les professeurs de philosophie (mais &#224; F.O. puis dans une partie du SNES) m&#232;nera ult&#233;rieurement les croisades contre la &#171; p&#233;dagogie &#187; et les &#171; p&#233;dagogues &#187;. ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1&lt;/i&gt; &lt;i&gt;La D&#233;faite de la pens&#233;e, p. 123&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2 &lt;/i&gt;&lt;i&gt;J. Lefranc, &#171; Et maintenant ? &#187; in L'enseignement philosophique, n&#176;6 juillet &#8211;ao&#251;t 1989&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3&lt;/i&gt; &lt;i&gt;C. Coutrel, C. Kintzler, Condorcet, Ecrits sur l'instruction publique, Edilig, 1989&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;4&lt;/i&gt; &lt;i&gt;KINTZLER Catherine, &#171; Aux fondements de la la&#239;cit&#233; &#187; in COUTEL Charles, La R&#233;publique et l'&#233;cole. Une anthologie, Paris, Agora, 1991, page 229.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Principes pour une r&#233;flexion sur les contenus d'enseignement&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bourdieu et Fran&#231;ois Gros&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une commission de r&#233;flexion sur les contenus de l'enseignement a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e, &#224; la fin de l'ann&#233;e 1988, par le Ministre de l'&#201;ducation nationale. Pr&#233;sid&#233;e par Pierre Bourdieu et Fran&#231;ois Gros et compos&#233;e de Pierre Baqu&#233;, Pierre Berg&#233;, Ren&#233; Blanchet, Jacques Bouveresse, Jean-Claude Chevallier, Hubert Condamines, Didier DaCunha Castelle, Jacques Derrida, Philippe Joutard, Edmond Malinvaud, Fran&#231;ois Mathey, elle a re&#231;u mission de proc&#233;der &#224; une r&#233;vision des savoirs enseign&#233;s en veillant &#224; renforcer la coh&#233;rence et l'unit&#233; de ces savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re phase de leur travail, les membres de la commission se sont donn&#233; pour t&#226;che de formuler les principes qui devront r&#233;gir leur travail. Conscients et soucieux des implications et des applications pratiques, p&#233;dagogiques notamment, de ces principes, ils se sont efforc&#233;s, pour les fonder, de n'ob&#233;ir qu'&#224; la discipline proprement intellectuelle qui d&#233;coule de la logique intrins&#232;que des connaissances disponibles et des anticipations ou des questions formulables. N'ayant pas pour mission d'intervenir directement et &#224; court terme dans la d&#233;finition des programmes, ils ont voulu dessiner les grandes orientations de la transformation &lt;i&gt;progressive&lt;/i&gt; des contenus de l'enseignement qui est indispensable, m&#234;me si elle doit prendre du temps, pour suivre, et m&#234;me devancer, autant que possible, l'&#233;volution de la science et de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des commissions de travail sp&#233;cialis&#233;es acceptant ces principes continueront ou commenceront un travail de r&#233;flexion plus approfondi sur chacune des grandes r&#233;gions du savoir. Elles essaieront de proposer, dans des notes d'&#233;tape qui pourraient &#234;tre remises au mois de juin 1989, non, le programme id&#233;al d'un enseignement id&#233;al, mais un ensemble d'observations pr&#233;cises, d&#233;gageant les implications des principes propos&#233;s. Ces propositions qui porteront essentiellement sur la restructuration des divisions du savoir et la red&#233;finition des conditions de leur transmission, sur l'&#233;limination des notions p&#233;rim&#233;es ou peu pertinentes et l'introduction des nouveaux savoirs impos&#233;s par les avanc&#233;es de la connaissance et les changements &#233;conomiques, techniques et sociaux, pourront &#234;tre pr&#233;sent&#233;es et discut&#233;es dans un Colloque regroupant des experts internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, dans le syst&#232;me d'enseignement comme ailleurs, le changement r&#233;fl&#233;chi constitue une exigence permanente, il ne s'agit pas, &#233;videmment, de faire, &#224; chaque moment, table rase du pass&#233;. En effet, entre toutes les innovations qui ont &#233;t&#233; introduites au cours des ann&#233;es r&#233;centes, beaucoup &#233;taient pleinement justifi&#233;es. S'il importe d'&#233;viter de reconduire sans examen tout ce qui est h&#233;rit&#233; du pass&#233;, il n'est pas possible de discerner &lt;i&gt;&#224; tous les moments &lt;/i&gt;&lt;i&gt;et dans tous les domaines &lt;/i&gt;la part du 'p&#233;rim&#233;' et du ''valide'. Il faut seulement prendre pour objet constant de r&#233;flexion le rapport nouveau qui peut et doit &#234;tre instaur&#233; entre la perp&#233;tuation n&#233;cessaire du pass&#233; et l'adaptation non moins n&#233;cessaire &#224; l'avenir. La forme, n&#233;cessairement abstraite et g&#233;n&#233;rale, des principes ainsi &#233;nonc&#233;s ne se justifie, par anticipation, que par &lt;i&gt;le travail &#224; venir&lt;/i&gt; qui devra en respecter la rigueur, tout en les mettant &#224; l'&#233;preuve pour en d&#233;terminer et en diff&#233;rencier le contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. PREMIER PRINCIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Les programmes doivent &#234;tre soumis &#224; une remise en question p&#233;riodique visant &#224; y introduire les savoirs exig&#233;s par les progr&#232;s de la science et les changements de la soci&#233;t&#233; (au premier rang desquels l'unification europ&#233;enne), toute adjonction devant &#234;tre compens&#233;e par des suppressions.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diminuer l'&#233;tendue, voire la difficult&#233; d'un programme ne revient pas &#224; en abaisser le niveau. Au contraire, une telle r&#233;duction, op&#233;r&#233;e avec discernement, doit permettre une &#233;l&#233;vation du niveau dans la mesure (et dans la mesure seulement) o&#249; elle permet de travailler moins longtemps, mais mieux, en rempla&#231;ant l'apprentissage passif par la lecture active - qu'il s'agisse de livres ou de supports audio-visuels - par la discussion ou par l'exercice pratique, et en redonnant ainsi toute sa place &#224; la cr&#233;ativit&#233; et &#224; l'esprit d'invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui implique, entre autres choses, que soit profond&#233;ment transform&#233; le contr&#244;le de l'apprentissage et le mode d'&#233;valuation des progr&#232;s accomplis : l'&#233;valuation du niveau atteint ne devrait plus reposer seulement sur un examen lourd et al&#233;atoire, mais devrait associer le contr&#244;le continu et un examen terminal portant sur l'essentiel et visant &#224; mesurer la capacit&#233; de mettre en &#339;uvre les connaissances dans un contexte totalement diff&#233;rent de celui dans lequel elles ont &#233;t&#233; acquises, avec, par exemple, dans le cas des sciences exp&#233;rimentales, des &#233;preuves pratiques permettant d'&#233;valuer l'inventivit&#233;, le sens critique et le &#8220;sens pratique&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. DEUXI&#200;ME PRINCIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;ducation doit privil&#233;gier tous les enseignements propres &#224; offrir des modes de pens&#233;e dot&#233;s d'une validit&#233; et d'une applicabilit&#233; g&#233;n&#233;rales par rapport aux enseignements proposant des savoirs susceptibles d'&#234;tre appris de mani&#232;re aussi efficace (et parfois plus agr&#233;able) par d'autres voies. Il faut en particulier veiller &#224; ce que l'enseignement ne laisse pas subsister des lacunes inadmissibles, parce que pr&#233;judiciables &#224; la r&#233;ussite de l'ensemble de l'entreprise p&#233;dagogique, notamment en mati&#232;re de modes de pens&#233;e ou de savoir-faire fondamentaux qui, parce qu'ils sont cens&#233;s &#234;tre enseign&#233;s par tout le monde, finissent par n'&#234;tre enseign&#233;s par personne.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut r&#233;solument privil&#233;gier les enseignements qui sont charg&#233;s d'assurer l'assimilation r&#233;fl&#233;chie et critique des modes de pens&#233;e fondamentaux comme le mode de pens&#233;e d&#233;ductif, le mode de pens&#233;e exp&#233;rimental ou le mode de pens&#233;e historique, et aussi le mode de pens&#233;e r&#233;flexif et critique qui devrait leur &#234;tre toujours associ&#233;. Dans un souci de r&#233;&#233;quilibrage, il faudrait notamment rendre plus clairement perceptible la sp&#233;cificit&#233; du mode de pens&#233;e exp&#233;rimental, au prix d'une valorisation r&#233;solue du raisonnement qualitatif, d'une reconnaissance claire du caract&#232;re provisoire des mod&#232;les explicatifs et d'un encouragement et d'un entra&#238;nement constants au travail pratique de recherche. Il faudrait aussi examiner si et comment chacun des grands secteurs de la connaissance (et chacune des &#8220;disciplines&#8221; dans lesquelles ils se traduisent de mani&#232;re plus ou moins ad&#233;quate) peut contribuer &#224; la transmission des diff&#233;rents modes de pens&#233;e, et si certaines sp&#233;cialit&#233;s ne sont pas mieux plac&#233;es, par toute leur logique et leur tradition, pour assurer l'apprentissage r&#233;ussi de l'un ou l'autre d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faudrait enfin veiller &#224; faire une place importante &#224; tout un ensemble de techniques qui, quoiqu'elles soient tacitement exig&#233;es par tous les enseignements, font rarement l'objet d'une transmission m&#233;thodique : utilisation du dictionnaire, usage des abr&#233;viations, rh&#233;torique de communication, &#233;tablissement d'un fichier, cr&#233;ation d'un index, utilisation d'un fichier signal&#233;tique ou d'une banque de donn&#233;es, pr&#233;paration d'un manuscrit, recherche documentaire, usage des instruments informatiques, lecture de tableaux de nombres et de graphiques, etc. Livrer &#224; tous les &#233;l&#232;ves cette technologie du travail intellectuel et, plus g&#233;n&#233;ralement, leur inculquer des m&#233;thodes rationnelles de travail (comme l'art de choisir entre les t&#226;ches impos&#233;es ou de les distribuer dans le temps) serait une mani&#232;re de contribuer &#224; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s li&#233;es &#224; l'h&#233;ritage culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. TROISI&#200;ME PRINCIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Ouverts, souples, r&#233;visables, les programmes sont un cadre et non un carcan : ils doivent &#234;tre de moins en moins contraignants &#224; mesure que l'on s'&#233;l&#232;ve dans la hi&#233;rarchie des ordres d'enseignement ; leur &#233;laboration et leur am&#233;nagement pratique doivent en appeler &#224; la collaboration des enseignants. Ils doivent &#234;tre progressifs - connexion verticale - et coh&#233;rents - connexion horizontale - tant &#224; l'int&#233;rieur d'une m&#234;me sp&#233;cialit&#233; qu'au niveau de l'ensemble du savoir enseign&#233; - (au niveau de chaque classe).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme n'a rien d'un code imp&#233;ratif. Il doit fonctionner comme un guide pour le professeur et pour les &#233;l&#232;ves - et les parents - qui doivent y trouver un expos&#233; clair des objectifs et des exigences du niveau d'enseignement consid&#233;r&#233; (on pourrait demander aux professeurs de le communiquer aux &#233;l&#232;ves en d&#233;but d'ann&#233;e). C'est pourquoi il doit &#234;tre accompagn&#233; d'&lt;i&gt;expos&#233;s des motifs&lt;/i&gt; indiquant la 'philosophie' qui l'a inspir&#233;, les objectifs recherch&#233;s, les pr&#233;suppos&#233;s et les conditions de sa mise en &#339;uvre et comportant aussi des exemples d'application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objectifs et les contenus des diff&#233;rentes sp&#233;cialit&#233;s et des diff&#233;rents niveaux doivent &#234;tre per&#231;us et d&#233;finis dans leur interd&#233;pendance. Les programmes doivent pr&#233;voir &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; toutes les r&#233;p&#233;titions (&lt;i&gt;et celles-l&#224; seulement&lt;/i&gt;) qui sont indispensables pour assurer l'assimilation des connaissances fondamentales. S'il peut &#234;tre utile d'aborder la m&#234;me question &#224; partir de points de vue diff&#233;rents (par exemple, la perspective, du point de vue des math&#233;matiques et de l'histoire de l'art), il reste que l'on doit travailler &#224; abolir, du moins quand la preuve aura &#233;t&#233; faite de leur inutilit&#233;, tous les doubles emplois et chevauchements ind&#233;sirables, tant entre les niveaux successifs de la m&#234;me sp&#233;cialit&#233; qu'entre les diff&#233;rents enseignements du m&#234;me niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre en mesure de demander et d'obtenir des enseignements continus et coh&#233;rents, les programmes doivent pr&#233;voir de mani&#232;re &lt;i&gt;aussi pr&#233;cise que possible le niveau exig&#233; au d&#233;part&lt;/i&gt; (en &#233;vitant notamment les intitul&#233;s vagues laissant place &#224; des interpr&#233;tations &#233;lastiques) et le niveau exig&#233; &lt;i&gt;au terme&lt;/i&gt; de l'ann&#233;e consid&#233;r&#233;e. Ils doivent &#234;tre mis &#224; l'&#233;preuve, de mani&#232;re &#224; &#234;tre r&#233;alisables sans prouesse particuli&#232;re dans les limites du temps imparti (pour favoriser la mise en &#339;uvre r&#233;ussie, ils doivent &#234;tre assortis d'indications concernant le temps correspondant &#224; chacune des &#233;tapes principales). Toutes les sp&#233;cialit&#233;s fondamentales doivent faire l'objet d'un apprentissage dont le trajet doit, sur plusieurs ann&#233;es, d&#233;passer le stade de la simple initiation et conduire &#224; une ma&#238;trise suffisante des modes de pens&#233;e et des exigences qui lui sont propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coh&#233;rence et la compl&#233;mentarit&#233; entre les programmes des diff&#233;rentes sp&#233;cialit&#233;s doivent &#234;tre m&#233;thodiquement recherch&#233;es &#224; chaque niveau. Dans le cas o&#249; des commissions par sp&#233;cialit&#233; sont n&#233;cessaires, il faut pr&#233;voir une commission des programmes &lt;i&gt;commune&lt;/i&gt; (par niveau) pour assurer la coh&#233;rence et &#233;liminer les doubles emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans sacrifier &#224; l'imitation servile des mod&#232;les &#233;trangers, on devrait trouver une inspiration critique dans la comparaison m&#233;thodique avec les programmes en vigueur dans d'autres pays, europ&#233;ens notamment : moyen de porter au jour les oublis et les lacunes, la comparaison devrait permettre de d&#233;busquer les survivances li&#233;es &#224; l'arbitraire d'une tradition historique. Outre qu'elle pourrait conduire &#224; accro&#238;tre la compatibilit&#233; du syst&#232;me fran&#231;ais avec les autres syst&#232;mes europ&#233;ens, et &#224; r&#233;duire les handicaps par rapport &#224; des concurrents &#233;ventuels, elle aurait pour effet en tout cas de contraindre &#224; substituer la logique du choix conscient et explicite &#224; celle de la reconduction automatique et tacite des programmes &#233;tablis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. QUATRI&#200;ME PRINCIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'examen critique des contenus actuellement exig&#233;s doit toujours concilier deux variables : leur exigibilit&#233; et leur transmissibilit&#233;. D'une part, la ma&#238;trise d'un savoir ou un mode de pens&#233;e est plus ou moins &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;indispensable&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;pour des raisons scientifiques ou sociales, &#224; un niveau d&#233;termin&#233; (dans telle ou telle classe) ; d'autre part, sa transmission est plus ou moins &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;difficile&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&#224; ce niveau du cursus, &#233;tant donn&#233; ce que sont les capacit&#233;s d'assimilation des &#233;l&#232;ves et la formation des ma&#238;tres concern&#233;s.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe devrait conduire &#224; exclure toute esp&#232;ce de transmission pr&#233;matur&#233;e. Il devrait conduire aussi &#224; mobiliser toutes les ressources n&#233;cessaires (notamment en&lt;i&gt;temps&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; la transmission et en moyens p&#233;dagogiques) pour assurer la transmission et l'assimilation effective des savoirs difficiles qui sont jug&#233;s absolument n&#233;cessaires. (Pour se donner une id&#233;e plus pr&#233;cise de la transmissibilit&#233; r&#233;elle, &#224; un niveau donn&#233; du cursus, d'un savoir ou d'un mode de pens&#233;e d&#233;termin&#233;, on devrait prendre en compte les r&#233;sultats des recherches &#233;valuant la ma&#238;trise que les &#233;l&#232;ves de diff&#233;rents niveaux et de diff&#233;rentes origines sociales ont des savoirs enseign&#233;s dans les diff&#233;rentes sp&#233;cialit&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation &#233;ventuelle des contenus et l'instauration d&#233;finitive d'une modification du programme ne devraient &#234;tre op&#233;r&#233;es qu'apr&#232;s un travail d'exp&#233;rimentation accompli en situation r&#233;elle, avec la collaboration des professeurs et apr&#232;s la transformation de la formation (initiale et continue) des ma&#238;tres charg&#233;s de les enseigner. L'effort d'adaptation qui serait exig&#233; des enseignants devrait &#234;tre soutenu par l'octroi de semestres ou d'ann&#233;es sabbatiques et par l'organisation de stages longs qui leur permettraient de s'initier &#224; des modes de pens&#233;e ou &#224; des savoirs nouveaux, d'acqu&#233;rir de nouvelles qualifications et, &#233;ventuellement, de changer d'orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, des instances devraient &#234;tre mises en place qui auraient mission de recueillir, de rassembler et d'analyser les r&#233;actions et les r&#233;flexions des enseignants charg&#233;s de l'application, suggestions, critiques, am&#233;nagements souhait&#233;s, innovations propos&#233;es, etc. (le r&#233;seau Minitel pourrait &#234;tre utilis&#233; &#224; cette fin). Un effort permanent de recherche p&#233;dagogique &#224; la fois m&#233;thodique et pratique, associant les ma&#238;tres directement engag&#233;s dans le travail de formation, pourrait ainsi s'instaurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. CINQUI&#200;ME PRINCIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Dans le souci d'am&#233;liorer le rendement de la transmission du savoir en&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;diversifiant les formes de la communication p&#233;dagogique&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et en s'attachant &#224; la quantit&#233; de savoirs &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;r&#233;ellement assimil&#233;s&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;plut&#244;t qu'&#224; la quantit&#233; de savoirs th&#233;oriquement propos&#233;s, on distinguera, tant parmi les sp&#233;cialit&#233;s, qu'au sein de chaque sp&#233;cialit&#233;, ce qui est &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;obligatoire, optionnel ou facultatif&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et, &#224; c&#244;t&#233; des cours, on introduira d'autres formes d'enseignement, &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;travaux dirig&#233;s &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;enseignements collectifs&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;regroupant des professeurs de deux ou plusieurs sp&#233;cialit&#233;s et pouvant rev&#234;tir la forme d'enqu&#234;tes ou d'observations sur le terrain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accroissement de la connaissance rend vaine l'ambition de l'encyclop&#233;disme : on ne peut enseigner toutes les sp&#233;cialit&#233;s et la totalit&#233; de chaque sp&#233;cialit&#233;. En outre, des sp&#233;cialit&#233;s sont apparues qui allient la science fondamentale et l'application technique (c'est le cas de l'informatique dans tous les ordres d'enseignement ou de la technologie au coll&#232;ge). Leur introduction dans l'enseignement ne peut &#234;tre une simple addition : elle devrait avoir pour effet d'imposer &#224; plus ou moins long terme une red&#233;finition des divisions de l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe de substituer &#224; l'enseignement actuel, encyclop&#233;dique, additif et cloisonn&#233;, un dispositif articulant des enseignements obligatoires, charg&#233;s d'assurer l'assimilation r&#233;fl&#233;chie du minimum commun de connaissances, des enseignements optionnels, directement adapt&#233;s aux orientations intellectuelles et au niveau des &#233;l&#232;ves, et des enseignements facultatifs et interdisciplinaires relevant de l'initiative des enseignants. Cette diversification des formes p&#233;dagogiques et des statuts des diff&#233;rents enseignements devrait tenir compte de la sp&#233;cificit&#233; de chaque sp&#233;cialit&#233; tout en permettant d'&#233;chapper &#224; la simple comptabilit&#233; par &#8220;discipline&#8221; qui est un des obstacles majeurs &#224; toute transformation r&#233;elle des contenus des enseignements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette red&#233;finition des formes d'enseignement qui ferait alterner cours et travaux pratiques, cours obligatoires et cours optionnels ou facultatifs, enseignements individuels et enseignements collectifs, enseignement par petits groupes (ou aide individualis&#233;e aux &#233;l&#232;ves) et par groupes plus larges aurait pour effet de &lt;i&gt;diminuer le nombre des heures inscrites&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#224; l'emploi du temps des &#233;l&#232;ves sans augmenter le nombre des classes attribu&#233;es &#224; chaque &lt;/i&gt;&lt;i&gt;professeur&lt;/i&gt;. Elle accro&#238;trait &lt;i&gt;l'autonomie des enseignants&lt;/i&gt;qui, &#224; l'int&#233;rieur du cadre d'ensemble d&#233;fini par le programme, pourraient organiser eux-m&#234;mes leur plan d'&#233;tudes avant chaque rentr&#233;e annuelle. Elle devrait aussi conduire &#224; une utilisation plus souple et plus intensive des instruments et des b&#226;timents (les autorit&#233;s territoriales comp&#233;tentes - r&#233;gion, d&#233;partement, commune - devraient s'employer &#224; construire ou &#224; r&#233;nover les b&#226;timents scolaires, &lt;i&gt;en association avec les enseignants,&lt;/i&gt; de mani&#232;re &#224; offrir &#224; l'enseignement les locaux adapt&#233;s, en nombre et en qualit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s collectives et multidimensionnelles conviendraient sans doute mieux &#224; l'apr&#232;s-midi. C'est le cas, par exemple, de l'enseignement des langages : englobant l'&#233;tude des usages du discours, oral ou &#233;crit, et de l'image, il est plac&#233; &#224; l'intersection de plusieurs sp&#233;cialit&#233;s ; il suppose une bonne utilisation de mat&#233;riels techniques ; il conduit &#224; des relations avec des &lt;i&gt;partenaires ext&#233;rieurs&lt;/i&gt; (artistes, industries de l'image, etc.) et appelle la production autant que le commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. SIXI&#200;ME PRINCIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le souci de renforcer la coh&#233;rence des enseignements devrait conduire &#224; favoriser les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;enseignements donn&#233;s en commun&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;par des professeurs de diff&#233;rentes sp&#233;cialit&#233;s et m&#234;me &#224; repenser les divisions en 'disciplines', en soumettant &#224; l'examen certains regroupements h&#233;rit&#233;s de l'histoire et en op&#233;rant, toujours de mani&#232;re progressive, certains rapprochements impos&#233;s par l'&#233;volution de la science.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout devrait &#234;tre fait pour encourager les professeurs &lt;i&gt;&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;coordonner leurs actions&lt;/i&gt;, &#224; tout le moins par des r&#233;unions de travail visant &#224; &#233;changer l'information sur les contenus et les m&#233;thodes d'enseignement et pour leur donner le d&#233;sir et les moyens (en locaux adapt&#233;s, en &#233;quipement, etc.) d'enrichir, de diversifier et d'&#233;largir leur enseignement en sortant des fronti&#232;res strictes de leur sp&#233;cialit&#233; ou en donnant des enseignements en commun. (Il serait souhaitable que certains enseignants puissent &#234;tre officiellement autoris&#233;s &#224; consacrer une part de leur contingent d'heures d'enseignement aux t&#226;ches, indispensables, de coordination-organisation des r&#233;unions, reproduction des documents, transmission de l'information, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#233;ances d'enseignement regroupant des professeurs de deux (ou plusieurs) sp&#233;cialit&#233;s diff&#233;rentes r&#233;unis selon leurs affinit&#233;s devraient avoir la m&#234;me dignit&#233; que les cours (chaque heure d'enseignement de ce type comptant, pratiquement, pour une heure pour chacun des professeurs qui y participent). Elles s'adresseraient &#224; des &#233;l&#232;ves qui seraient regroup&#233;s selon d'autres logiques que celles des fili&#232;res actuelles, plut&#244;t par niveau d'aptitude ou en fonction d'int&#233;r&#234;ts communs pour des th&#232;mes particuliers. Un contingent d'heures annuelles, dont l'emploi serait librement d&#233;cid&#233; par l'ensemble des professeurs concern&#233;s, pourrait leur &#234;tre officiellement r&#233;serv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les moyens disponibles - biblioth&#232;ques renouvel&#233;es, enrichies, modernis&#233;es, techniques audio-visuelles - devraient &#234;tre mobilis&#233;s pour en renforcer l'attrait et l'efficacit&#233;. L'effort, absolument n&#233;cessaire, pour repenser et surmonter les fronti&#232;res entre les &#8220;disciplines&#8221; et les unit&#233;s p&#233;dagogiques correspondantes, ne devrait pas se faire au d&#233;triment de l'identit&#233; et de la sp&#233;cificit&#233; des enseignements fondamentaux ; mais il devrait au contraire faire appara&#238;tre la coh&#233;rence et la particularit&#233; des probl&#233;matiques et des modes de pens&#233;e caract&#233;ristiques de chaque sp&#233;cialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII. SEPTI&#200;ME PRINCIPE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La recherche de la coh&#233;rence devrait se doubler d'une recherche de l'&#233;quilibre et de l'int&#233;gration entre les diff&#233;rentes sp&#233;cialit&#233;s et, en cons&#233;quence, entre les diff&#233;rentes formes d'excellence. Il importerait en particulier de concilier l'universalisme inh&#233;rent &#224; la pens&#233;e scientifique et le relativisme qu'enseignent les sciences historiques, attentives &#224; la pluralit&#233; des modes de vie et des traditions culturelles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout devrait &#234;tre mis en &#339;uvre pour r&#233;duire (toutes les fois que cela parait possible et souhaitable) l'opposition entre le th&#233;orique et le technique, entre le formel et leconcret, entre le pur et l'appliqu&#233; et pour r&#233;int&#233;grer la technique &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des enseignements fondamentaux. La n&#233;cessit&#233; d'&#233;quilibrer les parts r&#233;serv&#233;es &#224; ce qu'on appellera, par commodit&#233;, le &#8220;conceptuel&#8221;, le &#8220;sensible&#8221; et le &#8220;corporel&#8221; s'impose &#224; tous les niveaux, mais tout sp&#233;cialement dans les premi&#232;res ann&#233;es. Le poids imparti aux exigences techniques et aux exigences th&#233;oriques devra &#234;tre d&#233;termin&#233; en fonction des caract&#233;ristiques propres &#224; chacun des niveaux de chacune des fili&#232;res, donc en tenant compte notamment des carri&#232;res professionnelles pr&#233;par&#233;es et des caract&#233;ristiques sociales et scolaires des &#233;l&#232;ves concern&#233;s, c'est-&#224;-dire de leurs capacit&#233;s d'abstraction ainsi que de leur vocation &#224; entrer plus ou moins vite dans la vie active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un enseignement moderne ne doit en aucun cas sacrifier l'histoire des langues et des litt&#233;ratures, des cultures et des religions, des philosophies et des sciences. Il doit au contraire se mesurer et travailler sans cesse &#224; ces histoires, de fa&#231;on de plus en plus subtile et critique. Mais pour cette raison m&#234;me, il ne doit pas se r&#233;gler sur la repr&#233;sentation qu'en donnent parfois ceux qui r&#233;duisent 'l'humanisme' &#224; une image fig&#233;e des 'humanit&#233;s'. L'enseignement des langages peut et doit, tout autant que celui de la physique ou de la biologie, &#234;tre l'occasion d'une initiation &#224; la logique ; l'enseignement des math&#233;matiques ou de la physique, tout autant que celui de la philosophie ou de l'histoire, peut et doit permettre de pr&#233;parer &#224; l'histoire des id&#233;es, des sciences ou des techniques (cela, &#233;videmment, &#224; condition que les enseignants soient form&#233;s en cons&#233;quence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, l'acc&#232;s &#224; la m&#233;thode scientifique passe par l'apprentissage de la logique &#233;l&#233;mentaire et par l'acquisition d'habitudes de pens&#233;e, de techniques et d'outils cognitifs qui sont indispensables pour conduire un raisonnement rigoureux et r&#233;flexif. L'opposition entre les 'lettres' et les 'sciences', qui domine encore aujourd'hui l'organisation de l'enseignement et les 'mentalit&#233;s' des ma&#238;tres, des &#233;l&#232;ves et des parents d'&#233;l&#232;ves, peut et doit &#234;tre surmont&#233;e par un enseignement capable de professer &#224; la fois la science et l'histoire des sciences ou l'&#233;pist&#233;mologie, d'initier aussi bien &#224; l'art ou &#224; la litt&#233;rature qu'&#224; la r&#233;flexion esth&#233;tique ou logique sur ces objets, d'enseigner non seulement la ma&#238;trise de la langue et des discours litt&#233;raire, philosophique, scientifique, mais aussi la ma&#238;trise active des proc&#233;d&#233;s ou des proc&#233;dures logiques ou rh&#233;toriques qui y sont engag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#244;ter &#224; ces consid&#233;rations leur apparence abstraite, il suffirait de montrer dans un enseignement commun au professeur de math&#233;matiques (ou de physique) et au professeur de langages ou de philosophie que les m&#234;mes comp&#233;tences g&#233;n&#233;rales sont exig&#233;es par la lecture de textes scientifiques, de notices techniques, de discours argumentatifs. Un effort semblable devrait &#234;tre fait pour articuler les modes de pens&#233;e propres aux sciences de la nature et aux sciences de l'homme, pour inculquer le mode de pens&#233;e rationnel et critique qu'enseignent toutes les sciences, tout en rappelant l'enracinement historique de toutes les &#339;uvres culturelles, y compris les &#339;uvres scientifiques ou philosophiques, et en faisant d&#233;couvrir, comprendre et respecter la diversit&#233;, dans le temps et dans l'espace, des civilisations, des modes de vie et des traditions culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Conseil national des programmes d'enseignement aura pour t&#226;che de mettre en &#339;uvre l'ensemble des principes &#233;nonc&#233;s ci-dessus. Ses membres devront &#234;tre choisis en fonction de leur seule comp&#233;tence et agir &#224; titre personnel et non en tant que repr&#233;sentants de corps, d'institutions ou d'associations. Il devra travailler en permanence (ce qui suppose que ses membres soient lib&#233;r&#233;s d'une partie de leurs autres charges) pendant une dur&#233;e de cinq ans, mais les modifications qu'il entendra &#233;ventuellement apporter aux programmes en vigueur ne pourront &#234;tre mises en application que tous les cinq ans. Sa comp&#233;tence devra s'&#233;tendre &#224; tous les ordres et &#224; tous les types d'enseignement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
