<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>ACIREPh</title>
	<link>https://acireph.org/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>ACIREPh</title>
		<url>https://www.acireph.org/IMG/logo/logo_acireph5.jpg?1707424856</url>
		<link>https://acireph.org/</link>
		<height>15</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La philosophie, &#231;a s'apprend aussi.</title>
		<link>https://www.acireph.org/les-pratiques/la-question-des-connaissances/article/la-philosophie-ca-s-apprend-aussi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/les-pratiques/la-question-des-connaissances/article/la-philosophie-ca-s-apprend-aussi</guid>
		<dc:date>2002-01-01T17:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Sujets</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Connaissances</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>
		<dc:subject>Argumentation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Par Jean-Jacques ROSAT &lt;br class='autobr' /&gt; &#8220; Le professeur de philosophie cherche dans les &#339;uvres philosophiques la formulation de probl&#232;mes et les th&#232;ses qui ont encore de l'int&#233;r&#234;t aujourd'hui relativement aux questions qu'un homme de notre temps &#8212; et donc un lyc&#233;en &#8212; peut se poser. &#8221; La d&#233;marche de l'enseignement de la philosophie en terminale semble ici clairement pos&#233;e : partir des probl&#232;mes tels qu'ils se posent dans la philosophie et la culture contemporaines, et tels qu'ils sont susceptibles (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/les-pratiques/la-question-des-connaissances/" rel="directory"&gt;La question des connaissances&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/pratiques" rel="tag"&gt;Pratiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/sujets" rel="tag"&gt;Sujets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/connaissances" rel="tag"&gt;Connaissances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/argumentation" rel="tag"&gt;Argumentation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par &lt;strong&gt;Jean-Jacques ROSAT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Le professeur de philosophie cherche dans les &#339;uvres philosophiques la formulation de probl&#232;mes et les th&#232;ses qui ont encore de l'int&#233;r&#234;t aujourd'hui relativement aux questions qu'un homme de notre temps &#8212; et donc un lyc&#233;en &#8212; peut se poser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edouard Aujalleu, &#8220; Philosophie et histoire de la philosophie en classe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#8221; La d&#233;marche de l'enseignement de la philosophie en terminale semble ici clairement pos&#233;e : partir des probl&#232;mes tels qu'ils se posent dans la philosophie et la culture contemporaines, et tels qu'ils sont susceptibles d'avoir un sens pour les &#233;l&#232;ves, en s'appuyant pour leur examen sur un choix de concepts et de doctrines que l'on emprunte aux grands penseurs de la tradition et &#224; ceux d'aujourd'hui. Beaucoup de professeurs de philosophie fran&#231;ais seraient sans doute d'accord pour reconna&#238;tre l&#224; une description de ce qu'ils font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense pour ma part qu'il n'en est rien. Je ne dis pas qu'individuellement il ne nous arrive pas, aux uns ou autres, d'adopter cette d&#233;marche. Mais je dis que collectivement cette d&#233;marche n'est pas la n&#244;tre et qu'elle est m&#234;me emp&#234;ch&#233;e par la &#8220;conception officieuse&#8221; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'entends par &#8220; conception officieuse &#8221; celle qui ne se lit actuellement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui r&#233;git l'enseignement de la philosophie depuis maintenant trente ans, et par le type de programme (une double liste de notions et d'auteurs) qu'elle commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais montrer ici que cette conception et ces programmes nous livrent en r&#233;alit&#233; &#224; une sorte d'&lt;i&gt;&#233;clectisme post-moderne &lt;/i&gt;parfaitement incoh&#233;rent et nous interdisent d'articuler s&#233;rieusement les exigences d'un enseignement de &lt;i&gt;philosophie g&#233;n&#233;rale &lt;/i&gt;(d'un enseignement qui part des probl&#232;mes) et celles de l'&lt;i&gt;histoire de la philosophie&lt;/i&gt; dont l'usage est pourtant omnipr&#233;sent et permanent dans notre enseignement, mais implicite, c'est-&#224;-dire mal pens&#233; et non r&#233;gul&#233; .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est par commodit&#233; et pour faciliter le d&#233;bat avec les d&#233;fenseurs de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. L'incoh&#233;rence de la conception officieuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de sa &lt;i&gt;d&#233;marche&lt;/i&gt;, l'enseignement de terminale veut &#234;tre un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale, c'est-&#224;-dire un enseignement de probl&#232;mes. &#8220; Le programme de philosophie en France n'est pas compos&#233; par des doctrines ou des courants de pens&#233;e mais par des notions. Celles-ci ne constituent pas des chapitres &#224; travers lesquels un savoir d&#233;j&#224; constitu&#233; attendrait d'&#234;tre transmis, mais des invitations &#224; d&#233;terminer des probl&#232;mes philosophiques qui auront &#224; &#234;tre examin&#233;s en eux-m&#234;mes, les auteurs n'&#233;tant convoqu&#233;s que pour autant que leurs &#339;uvres ou leurs textes permettent de les poser ou de les &#233;lucider. Pour le dire en deux mots, l'orientation de notre enseignement n'est pas historique, mais probl&#233;matique ; c'est un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale et non d'histoire de la philosophie. Il n'en va pas de m&#234;me dans les universit&#233;s. Pour des raisons qui tiennent en particulier &#224; leur statut d'&#8220;enseignants-chercheurs&#8221; dont les travaux sp&#233;cialis&#233;s examinent le plus souvent des points de doctrine (l'&#234;tre chez Aristote, l'expression chez Spinoza, l'objectivit&#233; chez Kant), les universitaires dispensent un enseignement qui porte essentiellement sur les auteurs, et ce, dans une perspective qui est celle de l'histoire de la philosophie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;face &#224; HPEP. Il y aurait &#233;videmment beaucoup &#224; dire sur ce que cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8221; Notre enseignement serait donc un enseignement de probl&#232;mes. Mais l'est-il vraiment ? On peut en effet se le demander puisqu'il se refuse express&#233;ment et d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; d&#233;cider &lt;i&gt;quels probl&#232;mes&lt;/i&gt; seront &#233;tudi&#233;s et que leur choix est laiss&#233; &#224; la libre appr&#233;ciation individuelle de chaque professeur &lt;i&gt; : les probl&#232;mes laiss&#233;s innomm&#233;s et ind&#233;finis ne d&#233;finissent par eux-m&#234;mes aucun contenu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; en effet, l'enseignement de terminale est d&#233;fini non par des probl&#232;mes mais &#8230; par l'histoire de la philosophie toute enti&#232;re. &#8220; La philosophie est chez les philosophes &#8221;,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve cette formule dans l'avant-propos d'un manuel plus ou moins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dit-on. Les &lt;i&gt;notions &lt;/i&gt;du programme ne re&#231;oivent leur contenu que de la liste des &lt;i&gt;auteurs&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des id&#233;es et des doctrines qu'on peut lire dans les ouvrages des grands philosophes depuis 2500 ans. Mais l&#224; encore, le choix parmi ces innombrables textes est laiss&#233; au seul discernement du professeur puisque &#8220; c'est l'&#233;tude des notions qui commande l'&#233;tude des philosophies. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Chauve, dans HPEP, p. 17.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le contenu n'a donc aucun cadre, ni historique, ni probl&#233;matique : il est totalement ind&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : l'enseignement de la philosophie en terminale combine &lt;i&gt;une d&#233;marche de philosophie g&#233;n&#233;rale &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;un contenu d'histoire de la philosophie&lt;/i&gt;, et cela sans que les probl&#232;mes &#224; examiner soient seulement nomm&#233;s, ni les connaissances d'histoire de la philosophie pr&#233;cis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette incoh&#233;rence a &#233;videmment de lourdes cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Personne n'est capable de dire quels probl&#232;mes doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;s. Aucun principe de discrimination n'est propos&#233; pour choisir les probl&#232;mes sur lesquels on estime important de faire r&#233;fl&#233;chir des jeunes gens de 18 ans aujourd'hui. On aurait envie de dire que ce sont les &lt;i&gt;Annales&lt;/i&gt; du baccalaur&#233;at qui fixent la r&#232;gle, mais la diversit&#233; des sujets est si illimit&#233;e que leur lecture donne le vertige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Personne n'est en mesure de dire quelles id&#233;es ou quelles doctrines doivent &#234;tre connues des &#233;l&#232;ves. La liste des auteurs au programme est significativement devenue pl&#233;thorique (50 auteurs !) et donc d&#233;pourvue de toute utilit&#233; puisqu'elle ne discrimine rien. Les manuels, depuis une trentaine d'ann&#233;es sont devenus, pour la plupart, des recueils de textes ; mais eux aussi ont fini par renoncer &#224; choisir et sont en r&#233;alit&#233; des capharna&#252;ms de textes totalement disparates o&#249; aucun &#233;l&#232;ve ne peut trouver son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La m&#233;fiance r&#232;gne &#224; l'&#233;gard des connaissances, comme en t&#233;moignent un certain nombre de recommandations largement r&#233;pandues dans la profession.&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;L'apprentissage de d&#233;finitions est devenu suspect. On peut ainsi lire des mises en garde de ce genre : &#8220; Si en posant des questions sur l'&lt;i&gt;empirisme&lt;/i&gt; [dans un interrogation &#233;crite par exemple] on veut obtenir des d&#233;finitions de dictionnaire, on les obtiendra facilement : le bachotage est assur&#233; et les compendiums vont fleurir qui proposeront des &#8220;topos&#8221; sur l'empirisme, le nominalisme, etc. Si en revanche on en fait une question philosophique, il ne sera gu&#232;re plus facile de se mettre d'accord sur ce qu'est l'empirisme que sur ce qu'est le temps : l'empirisme de Hume n'est pas l'empirisme de Locke. Et la th&#233;orie thomiste de la connaissance est-elle empiriste ? Oui sans doute, dans la mesure o&#249; elle exclut tout apriorisme ; mais elle n'implique aucune passivit&#233; de la connaissance, l'intellect &#233;tant essentiellement actif, constructeur de formes. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Perrin, HPEP, p. 30. Sur ce probl&#232;me, voir dans le pr&#233;sent volume (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On a envie de demander &#224; l'auteur de ces lignes : et toi, comment as-tu appris le sens du mot &lt;i&gt;empirisme&lt;/i&gt; ? En allant regarder dans un dictionnaire ou un SOS bac le sens de ce mot que ton professeur s'obstinait &#224; ne pas d&#233;finir ? L'argument me para&#238;t &#224; peu pr&#232;s aussi convaincant que si l'on disait qu'il ne faut surtout pas apprendre les couleurs &#233;l&#233;mentaires &#224; l'aide de cubes rouges et bleus &#224; un enfant qui commence &#224; parler sous pr&#233;texte qu'il y a toutes sortes de rouges, toutes sortes de bleus, et, en outre, toutes sortes de cubes violets qui sont tant&#244;t plus rouges que bleus et tant&#244;t plus bleus que rouges. Ou tout aussi inconsistant que si un professeur de physique refusait d'enseigner aux &#233;l&#232;ves de coll&#232;ge le concept de masse (au sens o&#249; il se distingue de celui de poids) au motif que le concept de masse est en r&#233;alit&#233; plus compliqu&#233;, qu'il y a la masse inertielle et la masse gravitationelle, etc. Il faut bien commencer par de l'&#233;l&#233;mentaire, quitte &#224; montrer ensuite que c'est plus compliqu&#233; !&lt;/li&gt;&lt;li&gt;S'agissant de l'histoire de la philosophie, il conviendrait d'en dire le moins possible aux &#233;l&#232;ves et de se limiter strictement &#224; quelques noms et &#224; quelques dates. Ainsi l'avant propos d'une anthologie de textes pr&#233;cise : &#8220; L'ordre chronologique est seulement destin&#233; &#224; rappeler que Hegel n'est pas un philosophe de l'Antiquit&#233; grecque, ou que Kant n'est pas ant&#233;rieur &#224; Leibniz ; il est important de le savoir pour &#233;viter les contresens que peuvent engendrer les anachronismes, mais non pour dissoudre les philosophes dans leur temps, comme si le philosophes n'&#233;taient que le reflet de l'&#233;poque o&#249; ils ont v&#233;cu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant-propos &#224; La philosophie par les textes, op. cit.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8221; Ou encore : &#8220; Il va de soi que tout professeur, dans notre discipline, s'efforce d'apporter &#224; ses &#233;l&#232;ves des &#233;l&#233;ments de culture philosophique et qu'il est amen&#233; &#224; condamner des ignorances : le &lt;i&gt;je pense donc je suis&lt;/i&gt;, c'est Descartes et non Pascal. Voil&#224; quelque chose que l'on peut apprendre et retenir, comme on peut apprendre et retenir les r&#232;gles de la m&#233;thode ou les formules de l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique. Nul ne conteste qu'il faut que les &#233;l&#232;ves acqui&#232;rent une culture philosophique. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Chauve, HPEP, p. 15&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Donc la culture philosophique, c'est &#8220; qui a &#233;crit le &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode &lt;/i&gt; ? &#8221; ou &#8220; Leibniz a-t-il pu lire la &lt;i&gt;Critique de la raison pure &lt;/i&gt; ? &#8221; On est au niveau du &lt;i&gt;Trivial Poursuite&lt;/i&gt; ! Ou de ces QCM dont on nous fait un &#233;pouvantail depuis 30 ans et dont on ne cesse de nous annoncer qu'ils finiront par remplacer la dissertation si, par malheur, la moindre connaissance est inscrite au programme !&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Entre l'exigence de mise en contexte qu'implique toute lecture un peu rigoureuse de textes philosophiques et l'exigence de d&#233;contextualisation li&#233;e &#224; la d&#233;marche probl&#233;matisante, la contradiction devient insoluble. On peut lire par exemple ceci : &#8220; Reste l'&#233;pineuse question de l'actualit&#233; des &#339;uvres. L'usage &#8220;probl&#233;matisant&#8221; des &#339;uvres impose leur n&#233;cessaire d&#233;contextualisation. L'&#233;tude de la &lt;i&gt;Lettre &#224; M&#233;n&#233;c&#233;e &lt;/i&gt;d'Epicure, en liaison avec une r&#233;flexion sur le bonheur, n'impose pas de longs d&#233;veloppements sur l'&#233;tat des cit&#233;s grecques sous la domination mac&#233;donienne, sur la situation des &#233;coles philosophiques au IIIe si&#232;cle avant JC, ou sur le rapport d'Epicure &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Mais on ne peut totalement &#233;viter quelques pr&#233;cisions sur le contexte de naissance d'une &#339;uvre, ne serait-ce que pour faire saisir aux &#233;l&#232;ves l'&#233;volution d'un probl&#232;me et pr&#233;venir l'illusion d'une philosophie hors du temps et de l'histoire. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edouard Aujalleu, HPEP, p. 49&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pourquoi la question est-elle &#233;pineuse ? Parce qu'on est pris dans une contradiction : il faut n'enseigner qu'&#224; partir des probl&#232;mes (ce qui implique de d&#233;contextualiser) ; mais les probl&#232;mes sont cens&#233;s &#234;tre essentiellement dans les textes, lesquels &#233;videmment ont leur contexte ! Donc, bien qu'il soit interdit de parler du contexte, il convient d'en parler tout de m&#234;me &#8220;un peu&#8221; : faisons &#8220; un peu d'histoire &#8221; (comme il est dit dans le &lt;i&gt;Guide vert&lt;/i&gt; pour d&#233;signer ce minimum d'histoire, le plus souvent anecdotique, que le touriste doit conna&#238;tre pour visiter le ch&#226;teau ou la cath&#233;drale), mais surtout le moins possible. Comme s'il s'agissait l&#224; d'un mal &#224; la fois honteux et n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Nous sommes ainsi conduits &#224; ce qu'on peut appeler, en reprenant une expression fort judicieuse d'Emile Aujalleu, &#8220; &lt;i&gt;un usage implicite de l'histoire de la philosophie&lt;/i&gt; &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'emprunte cette expression fort exacte &#224; Edouard Aujalleu (HPEP, p. 48)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : nous philosophons en permanence en r&#233;f&#233;rence &#224; des textes, en les commentant ou en en prolongeant la lecture, parce que c'est ainsi que nous avons &#233;t&#233; form&#233;s ; l'histoire de la philosophie nourrit et irrigue continuellement notre enseignement. Mais cet usage reste &#8220;implicite&#8221; car, si le professeur conna&#238;t l'histoire, l'&#233;l&#232;ve, lui, doit, sinon l'ignorer, du moins &lt;i&gt;ne pas l'apprendre&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude conduit &#224; l'hypocrisie et &#224; l'obscurantisme. Le professeur, qui a fait ses &#233;tudes &#224; l'universit&#233;, a les cadres que l'&#233;l&#232;ve n'a pas, mais il les garde pour lui. L'&#233;l&#232;ve est jet&#233; dans la jungle ; c'est le professeur qui a la boussole et la carte, mais il ne les lui donne pas. Sinon, dit-on, l'&#233;l&#232;ve n'aurait plus &#224; &#8220;penser&#8221; ! Mais cette injonction de &#8220;penser&#8221; sans conna&#238;tre tourne &#224; l'absurde. On s'en rend tr&#232;s bien compte avec l'&#233;preuve d'explication de textes. J'ai toujours eu le sentiment, pour ce qui me concerne, que je jouais alors le prestidigitateur devant mes &#233;l&#232;ves : ceux-ci sont devant quinze lignes hors de tout contexte ; ils ne savent ni qui parle, ni de quoi, ni &#224; qui ; ils peuvent tourner le texte en tout sens : sauf si le cours leur a donn&#233; des cl&#233;s suffisamment pr&#233;cises, rien ne vient, ils ne comprennent pas. Mais d&#232;s que je commence mon corrig&#233;, hop ! je fais appara&#238;tre le sens du texte comme un prestidigitateur sort le lapin de son chapeau. Pourquoi ? Parce que je l'avais mis dedans, bien entendu, ou plut&#244;t : parce que j'ai &lt;i&gt;appris&lt;/i&gt;, moi, et &lt;i&gt;pas invent&#233;&lt;/i&gt; l'existence du probl&#232;me en question, les id&#233;es de l'auteur, les diff&#233;rentes r&#233;ponses possibles au probl&#232;me en question, etc. Bref, face &#224; mes &#233;l&#232;ves, je suis un tricheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. On se s'&#233;tonnera pas que cette incapacit&#233; &#224; articuler apprentissage de connaissances et d&#233;marche de r&#233;flexion conduise dans les copies aux d&#233;fauts majeurs sur lesquels nous ne cessons de nous lamenter : la &lt;i&gt;doxographie&lt;/i&gt; (les connaissances sans pens&#233;e) et le &lt;i&gt;bavardage&lt;/i&gt;(l'illusion de penser sans rien conna&#238;tre). Mais ce sont deux d&#233;fauts que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; avons produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Un &#233;clectisme post-moderne.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient que nous soyons ainsi incapables d'articuler correctement probl&#232;mes philosophiques et histoire de la philosophie ? J'en vois au moins deux raisons : d'une part, le syst&#232;me et la conception de l'enseignement philosophique fran&#231;ais tel qu'il existe depuis l'&#233;poque de Victor Cousin ; d'autre part, l'&#233;tat du &#8220; champ philosophique &#8221; aujourd'hui. C'est pourquoi je propose de caract&#233;riser la doctrine qui nous gouverne comme un &lt;i&gt;&#233;clectisme post-moderne&lt;/i&gt;. Cette proposition appellerait des justifications bien plus d&#233;taill&#233;es et &#233;tay&#233;es que celles que je puis fournir ici. Les quelques indications qui suivent visent seulement &#224; donner une id&#233;e de ce que j'entends sous ce terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;&#233;clectisme&lt;/i&gt; est la doctrine et le mod&#232;le qui se met en place en France, dans la premi&#232;re moiti&#233; du xixe si&#232;cle, quand la philosophie s'installe comme mati&#232;re principale dans la classe terminale des lyc&#233;es. Il inclut les id&#233;es suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La philosophie, c'est l'histoire de la philosophie.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;La philosophie est faite et termin&#233;e. Le travail du professeur de philosophie est d'expliquer et commenter les grands syst&#232;mes du pass&#233;. &#8220; la philosophie n'est plus une chose &#224; inventer &#8221;, dit Lachelier.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Certes, tous les syst&#232;mes philosophiques diff&#232;rent, ou s'opposent m&#234;me, dans leurs affirmations. Mais, si l'on fait l'effort de d&#233;gager l'essentiel de l'inessentiel, on s'apercevra que chacun d'eux &#233;chappe &#224; son temps et contient une part de la philosophie &#233;ternelle, de la &lt;i&gt;philosophia perennis &lt;/i&gt; ; &#224; cet &#233;gard, ils convergent tous. Aucun syst&#232;me n'est vrai et tous le sont ; ou plut&#244;t : c'est la philosophie qui est vraie.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Si chaque grand texte &#233;chappe &#224; l'actualit&#233; de son &#233;poque, il peut par son inactualit&#233; m&#234;me &#234;tre lu par chacun de nous et lui parler directement, sans m&#233;diation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette caract&#233;risation de l'&#233;clectisme, voir G&#233;rard Lebrun, &#8220; &#8220;Devenir de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces 4 traits me paraissent toujours d'actualit&#233;. Pour ce qui est des deux premiers &#8212; l'identification de la philosophie &#224; son histoire et l'id&#233;e que la philosophie ne s'invente plus (id&#233;e qui s'accompagne &#233;videmment d'une absence d'int&#233;r&#234;t pour la philosophie vivante) &#8212;, je prendrai comme indices deux constats que je tire de tout r&#233;cents rapports du jury de l'agr&#233;gation : ils constituent un diagnostic tr&#232;s s&#233;v&#232;re, non pas simplement sur les ignorances d'un certain nombre de candidats (comme il est de coutume dans ce genre de rapports), mais sur les connaissances, la culture et les habitudes de pens&#233;e des professeurs de philosophie dans leur ensemble, autrement dit &lt;i&gt;sur des attitudes intellectuelles profond&#233;ment enracin&#233;es dans notre profession&lt;/i&gt;. &#8220; La premi&#232;re et peut-&#234;tre la plus grave de toutes les carences est l'absence de d&#233;signation et de description du r&#233;el. On a trop souvent l'impression que celui-ci n'int&#233;resse les candidats que s'il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; l'occasion d'un discours philosophique. [&#8230;] Trop souvent, la r&#233;f&#233;rence &#224; tel ou tel philosophe remplace la pens&#233;e du r&#233;el. [&#8230;] Les candidats devraient pouvoir r&#233;pondre &#224; la question : &#224; quoi pensez-vous ? On a plut&#244;t le sentiment qu'ils r&#233;pondaient &#224; la question : &#224; qui pensez-vous ? ou : comme qui pensez-vous ? Il est vain de vouloir clore la philosophie sur sa propre histoire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Pessel, rapport du jury de l'agr&#233;gation externe, 2000.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8221; Cette identification de la philosophie &#224; l'histoire de la philosophie va de pair avec l'ignorance des philosophies d'aujourd'hui : &#8220; La m&#233;connaissance dont t&#233;moignent trop de candidats &#224; l'&#233;gard des philosophies de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle (ph&#233;nom&#233;nologie, philosophie analytique, th&#233;ories de la justice, &#233;thique de la discussion, pragmatique transcendantale, etc.) constitue une information alarmante sur la relation que la philosophie enseign&#233;e entretient avec la philosophie telle qu'elle se fait.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Renaut, rapport du jury de l'agr&#233;gation interne, 2001.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8221;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du 3&#232;me trait &#8212; tous les syst&#232;mes convergent et, au fond, c'est la philosophie qui est vraie &#8212;, qu'on s'interroge seulement sur ce compos&#233; bizarre, ou cette &#233;trange chim&#232;re, qu'est la plupart du temps un cours de philosophie, et sur sa totale incoh&#233;rence philosophique : chacun de nous &#8212; ind&#233;pendamment d'ailleurs de ses conceptions philosophiques personnelles, comme on dit &#8212; peut tr&#232;s bien se faire tour &#224; tour, par exemple, freudien sur la conscience, sto&#239;cien sur les passions, kantien en morale, bachelardien sur la science, marxiste sur le travail, rousseauiste sur l'&#201;tat &#8230; et heidegg&#233;rien contre la technique. Nos cours ne sont-ils pas intrins&#232;quement &#233;clectiques ? Et quelles copies gagnent &#8220;&#224; l'applaudim&#232;tre&#8221; lors des commissions de concertation du baccalaur&#233;at sinon celles qui, ind&#233;pendamment de ce qu'elles peuvent dire par ailleurs, manifestent une sorte de r&#233;v&#233;rence envers la philosophie et de croyance en elle ? Comme si la v&#233;ritable mission de notre enseignement &#233;tait en d&#233;finitive persuader avant tout nos &#233;l&#232;ves de l'excellence de la philosophie parce qu'elle est la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au 4&#232;me trait &#8212; un grand texte parle &#224; chacun sans m&#233;diation &#8212;, c'est le pr&#233;suppos&#233; qui commande l'explication de texte (ou 3&#232;me sujet) telle que nous sommes cens&#233;s la pratiquer. Mais si nous n'arrivons pas &#224; nous mettre d'accord &#224; son propos depuis plus de 30 ans (la r&#233;cente reformulation de l'exercice n'a, comme on pouvait s'y attendre, rien clarifi&#233; du tout), c'est peut-&#234;tre d'abord parce qu'il repose sur cette illusion qu'on pourrait r&#233;ussir &#224; comprendre ce que Platon ou Kant ont &#224; nous dire sans avoir besoin de rien savoir d'eux ni de leurs doctrines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi qualifier cet &#233;clectisme contemporain de &lt;i&gt;postmoderne &lt;/i&gt; ? Parce que l'&#233;clectisme de Cousin, puis le spiritualisme fran&#231;ais de 1880 qui a pris sa place (et qui est une autre variante du m&#234;me mod&#232;le), constituaient des cadres communs pour tous les professeurs : on pouvait &#234;tre spiritualiste, ou positiviste, ou, un peu plus tard, bergsonien ou durkheimien, mais pour tous les professeurs de philosophie, les probl&#232;mes, le langage, les concepts, l'&#233;ventail des solutions &#233;taient les m&#234;mes. Ils s'opposaient dans leur doctrine, mais &#224; l'int&#233;rieur d'un cadre probl&#233;matique commun. Quiconque appartient &#224; une g&#233;n&#233;ration qui a encore un peu pratiqu&#233; le manuel de Cuvillier (le dernier des manuels de cette tradition) sait cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il s'est produit au d&#233;but des ann&#233;es 70 dans notre enseignement une transformation profonde qui n'a &#233;t&#233; que tr&#232;s peu analys&#233;e et dont nous n'avons pas encore pris toute la mesure : &lt;i&gt;la disparition de tout cadre probl&#233;matique commun &#224; l'ensemble des professeurs de philosophie&lt;/i&gt;. Cette disparition s'est manifest&#233;e &#224; travers deux &#233;v&#233;nements :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Le triomphe d'une conception &#8220;ultra-lib&#233;rale&#8221; du programme : contrairement &#224; la mani&#232;re dont elles avaient toujours &#233;t&#233; comprises depuis plus d'un si&#232;cle, les notions n'indiquent d&#233;sormais plus des t&#234;tes de chapitres, mais, selon la formule du programme de 1973, &#8220; des directions dans lesquelles la recherche et la r&#233;flexion sont invit&#233;es &#224; s'engager &#8221;. S'appuyant sur une interpr&#233;tation stricte de cette petite phrase, les tenants de la nouvelle doctrine (Jacques Muglioni et Bernard Bourgeois notamment) modifient radicalement la fonction du programme de philosophie : celui-ci cesse purement et simplement de structurer le cours. A la fin des ann&#233;es 60, mon professeur de terminale (qui allait devenir IPR peu apr&#232;s) prenait tranquillement les notions du programme dans l'ordre (la philosophie, la conscience, l'inconscient, la perception, l'attention, etc.). Je n'&#233;voque par ce souvenir par nostalgie, encore moins pour demander le retour &#224; cette mani&#232;re de faire,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je ne plaide pas, comme on le verra plus loin, pour un programme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais pour qu'on prenne bien la mesure de ce changement : loin, comme on le pr&#233;tend souvent, de correspondre &#224; l'esprit qui aurait toujours &#233;t&#233; celui de l'enseignement philosophique fran&#231;ais, l'interpr&#233;tation actuelle du programme de notions est une innovation r&#233;cente !&lt;/li&gt;&lt;li&gt;La quasi-disparition des manuels et leur remplacement par des recueils de textes totalement h&#233;t&#233;roclites. La philosophie, d&#233;sormais, ce sont des textes &#8212; et non plus des probl&#232;mes &#8212; &#224; travers lesquels chaque professeur construit librement son parcours en fonction de questions qu'il a choisies sans jamais avoir &#224; se demander s'il croise ou non celui de son voisin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait un autre article pour analyser s&#233;rieusement la conjoncture qui a conduit &#224; cet &#233;clatement et &#224; cette disparition de tout cadre probl&#233;matique commun dans la philosophie contemporaine. &lt;i&gt;Une&lt;/i&gt; des raisons pourrait &#234;tre l'absence dans la philosophie contemporaine d'un espace de probl&#232;mes et de d&#233;bats qui soit commun &#224; l'ensemble des philosophes aujourd'hui , l'absence d'un cadre de r&#233;f&#233;rences et m&#234;me d'un vocabulaire qui soient unanimement partag&#233;s. Comment puis-je enseigner la m&#234;me discipline que mon coll&#232;gue quand non seulement je ne lis pas du tout les m&#234;mes auteurs que lui, mais quand je tiens pour philosophiquement faibles ou mystificateurs les penseurs qui sont d&#233;cisifs pour lui (et r&#233;ciproquement), quand les probl&#232;mes qui sont cruciaux pour lui sont d&#233;pourvus de toute pertinence pour moi (et vice versa) et quand le vocabulaire &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le vocabulaire heideggerien pour un cognitiviste, et vice versa.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il utilise est totalement d&#233;pourvu de sens pour moi (comme le mien l'est pour lui) ? Il y a l&#224; une v&#233;ritable difficult&#233; que notre profession devrait affronter comme telle, plut&#244;t que de laisser chacun s'enferme dans sa singularit&#233; et d'ent&#233;riner la g&#233;n&#233;ralisation du &#8220; diff&#233;rend &#8221; (pour parler comme Lyotard).&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Un enseignement strictement probl&#233;matique serait un enseignement anhistorique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous un instant et essayons d'imaginer, pour les besoins de l'argumentation, &#224; quoi pourrait ressembler un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale absolument coh&#233;rent, c'est-&#224;-dire un enseignement o&#249; l'on apprendrait exclusivement &#224; examiner des probl&#232;mes philosophiques en eux-m&#234;mes et pour eux-m&#234;mes ? Ce serait, &#224; n'en pas douter, un enseignement enti&#232;rement anhistorique. Si en effet les connaissance, c'est&#8211;&#224;&#8211;dire les concepts et les id&#233;es, &#224; enseigner doivent &#234;tre enti&#232;rement subordonn&#233;es aux probl&#232;mes &#8212; comme le pr&#233;tend &#8220;la doctrine officieuse&#8221; &#8212;, alors elles sont enti&#232;rement d&#233;tachables de l'histoire de la philosophie, c'est-&#224;-dire des auteurs, des doctrines et des textes qui ont donn&#233; naissance &#224; ces concepts et &#224; ces id&#233;es. Cette remarque va contre toutes nos habitudes de pens&#233;e et d'enseignement. Elle me para&#238;t pourtant difficilement contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons, pour y voir plus clair, de dresser la liste des connaissances dont on peut avoir besoin pour traiter un probl&#232;me comme : &lt;i&gt;Peut-on se fier aux sciences ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Il y a d'abord des concepts accompagn&#233;s de d&#233;finitions et de distinctions conceptuelles, par exemple, la d&#233;finition de la connaissance comme une croyance justifi&#233;e. Certes, elle remonte au &lt;i&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te&lt;/i&gt; de Platon. Mais on peut tout &#224; fait expliquer le sens de cette d&#233;finition, l'utiliser et la discuter sans faire jamais r&#233;f&#233;rence &#224; Platon. On peut prendre &#233;galement comme exemple la distinction entre des v&#233;rit&#233;s du type &#8220; la terre tourne &#8221; et des v&#233;rit&#233;s du type &#8220; la somme des angles d'un triangle est &#233;gale &#224; celle de deux angles droits &#8221; ; Leibniz parle de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;s de fait&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;s de raison&lt;/i&gt; ; Hume de &lt;i&gt;relations de faits&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;relations d'id&#233;es &lt;/i&gt; ; un philosophe analytique parlera de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;s empiriques&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;s conceptuelles.&lt;/i&gt;Mais au niveau d'initiation qui est celui la classe terminale, ces diff&#233;rences n'importent pas. Ce qui compte, c'est que l'&#233;l&#232;ve comprenne la distinction et sache l'utiliser. Et on peut la lui enseigner sans aucune r&#233;f&#233;rence &#224; ces doctrines historiquement situ&#233;es, ni &#224; des textes ni &#224; leurs auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Il y a ensuite des doctrines ou conceptions qui se pr&#233;sentent comme des r&#233;ponses &#224; des probl&#232;mes donn&#233;s ; par exemple, il est important de conna&#238;tre les termes du d&#233;bat entre d&#233;fenseurs d'une th&#233;orie de la v&#233;rit&#233;-correspondance et ceux d'une th&#233;orie de la v&#233;rit&#233; coh&#233;rence. Mais ces doctrines et leurs principaux arguments peuvent tout &#224; fait &#234;tre enseign&#233;s ind&#233;pendamment de toute r&#233;f&#233;rence &#224; Aristote, ou aux textes de la controverse entre Bertrand Russell et William James.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Il y a enfin des doctrines plus vastes qui correspondent &#224; des attitudes constantes tout au long de l'histoire de la philo ; par exemple, &lt;i&gt;l'empirisme&lt;/i&gt;. Mais on peut parfaitement expliquer ce qu'est l'attitude empiriste (toute connaissance est ou bien un donn&#233; ou bien une &#233;laboration du donn&#233; qui ne s'appuie sur rien d'autre que sur ce donn&#233; lui-m&#234;me) ou enseigner une d&#233;finition &#233;l&#233;mentaire et classique de l'empirisme (&#8220; rien dans l'entendement qui n'ait &#233;t&#233; auparavant dans les sens &#8221;), ind&#233;pendamment de l'histoire de l'empirisme et de ses diff&#233;rentes variantes. C'est m&#234;me vrai de beaucoup de concepts ou de doctrines que nous avons, dans la tradition de l'enseignement philosophique fran&#231;ais, l'habitude d'exposer sous un mode historique (c'est-&#224;-dire en les r&#233;f&#233;rant &#224; des auteurs et &#224; des textes) : examiner l'id&#233;e d'une &lt;i&gt;morale du devoir&lt;/i&gt; nous semble impliquer l'&#233;tude de Kant ; ou examiner l'id&#233;e de &lt;i&gt;contrat social&lt;/i&gt; nous semble impliquer la lecture de Hobbes, Locke ou Rousseau. Mais il y a aujourd'hui en philosophie morale des d&#233;fenseurs de la morale du devoir (contre les partisans d'une conception cons&#233;quentialiste), comme il y a en philosophie politique des d&#233;fenseurs du contractualisme. On peut donc pr&#233;senter ces id&#233;es ind&#233;pendamment de tout recours, ou m&#234;me de toute r&#233;f&#233;rence, &#224; Kant, Hobbes, Locke ou Rousseau. Ou, si on y fait r&#233;f&#233;rence, ne le faire qu'&#224; la mani&#232;re des professeurs de physique qui enseignent les 3 lois de Newton et leur donnent bien ce nom, mais juste comme un nom de bapt&#234;me, pour les distinguer de celles de Maxwell ou d'Einstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces connaissances &#8212; ces concepts, ces doctrines &#8212; se trouvent &#233;videmment dans les textes philosophiques et ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es au cours de l'histoire de la philosophie. Mais dans la discussion des probl&#232;mes philosophiques, elles peuvent &#234;tre enti&#232;rement d&#233;tach&#233;es de leurs racines textuelles et historiques. On peut donc parfaitement concevoir un enseignement &#233;l&#233;mentaire de la philosophie d'o&#249; serait absent tout recours &#224; ce qui rel&#232;ve de l'histoire de la philosophie, c'est-&#224;-dire aux textes, aux doctrines et &#224; l'historicit&#233; des concepts et des id&#233;es. Bien entendu, les professeurs auraient la connaissance de cette histoire et de ces textes (ils sont pass&#233;s par l'universit&#233;, ils ont lu Platon et Kant). Mais dans l'enseignement &#233;l&#233;mentaire, on ne consid&#233;rerait que les probl&#232;mes tels qu'ils se posent dans le vocabulaire d'aujourd'hui. &lt;i&gt;Un enseignement de la philosophie strictement probl&#233;matique serait un enseignement enti&#232;rement anhistorique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on me comprenne bien : je ne suis pas en train de pr&#233;coniser un enseignement de ce type et de dire qu'il faudrait enseigner de cette mani&#232;re. Et je vais m&#234;me donner dans la sections suivante des arguments pour ne pas le faire. Je dis seulement qu'il faut &#234;tre coh&#233;rent : si l'on a pour principe que &lt;i&gt;l'enseignement en terminale est un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale &lt;/i&gt;dont le contenu doit &#234;tre d&#233;termin&#233; uniquement par les probl&#232;mes, alors cet enseignement doit &#234;tre compl&#232;tement &lt;i&gt;anhistorique ou d&#233;historicis&#233;&lt;/i&gt;. Le contenu d'un tel enseignement ne doit pas &#234;tre identifi&#233; avec celui des grands textes ou des grands auteurs du pass&#233;. Il faut &lt;i&gt;partir des probl&#232;mes&lt;/i&gt; tels qu'on peut les poser aujourd'hui et &lt;i&gt;d&#233;terminer le contenu de l'enseignement exclusivement &#224; partir d'eux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je reproche &#224; l'enseignement fran&#231;ais actuel, c'est son incoh&#233;rence. On dit : nous ne faisons pas comme &lt;i&gt;les Italiens&lt;/i&gt;, nous apprenons &#224; penser non &#224; partir des doctrines et de l'histoire, mais &#224; partir des probl&#232;mes. Mais partir r&#233;ellement des probl&#232;mes, ce serait faire comme les &lt;i&gt;Anglo-saxons&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou comme on se repr&#233;sente qu'ils font. La r&#233;alit&#233; de la philosophie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : mettre l'histoire entre parenth&#232;ses, ou, si l'on expose les id&#233;es d'Aristote, les discuter exactement comme si elles venaient d'&#234;tre d&#233;velopp&#233;es par un contemporain. Un v&#233;ritable enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale, un vrai enseignement de probl&#232;mes, serait un enseignement non pas &#224; la fran&#231;aise &#8212; o&#249; les textes, les doctrines et les auteurs sont en r&#233;alit&#233; omnipr&#233;sents &#8212; mais un enseignement &#224; l'anglo-saxonne, un enseignement tel qu'on a tendance &#224; le pratiquer l&#224; o&#249; domine la tradition analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarque avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite il y a quelques ann&#233;es par Pascal Engel dans un article intitul&#233; justement &#8220; R&#233;inventer la philosophie g&#233;n&#233;rale &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le d&#233;bat, n&#176;101, sept-oct. 98&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y opposait deux mani&#232;res possibles d'enseigner la philosophie en terminale : partir de l'histoire de la philosophie, ou partir des probl&#232;mes ; et il marquait clairement sa pr&#233;f&#233;rence pour la seconde approche. &#8220; Il me semble que la philosophie a plus de chance de satisfaire aux exigences de v&#233;rit&#233; et de critique quand elle affronte ses questions et propose ses arguments en se tenant &#224; une certaine distance de son histoire et n'adopte pas une attitude purement immanente &#224; celle-ci. Mon credo sur ce point est tr&#232;s proche des philosophes de tradition &#8220;analytique&#8221;, qui, selon une d&#233;claration fameuse de l'un de ses repr&#233;sentants, ont tendance &#224; consid&#233;rer que l'on devrait lire Aristote comme s'il venait de publier l'un de ses articles dans le dernier num&#233;ro de &lt;i&gt;Mind&lt;/i&gt;. [&#8230;] Je n'ai pas l'impression que ce credo soit inconciliable avec ce que recommandent, pour la classe terminale, les instructions minist&#233;rielles les plus r&#233;centes, qui pr&#233;cisent tr&#232;s nettement que [&#8230;] &#8220;le candidat n'est pas tenu de se r&#233;f&#233;rer &#224; la doctrine de l'auteur ni &#224; l'histoire de la philosophie&#8221; et que &#8220;le texte doit &#234;tre choisi de telle sorte qu'il permette de poser, &#233;ventuellement de r&#233;soudre, un probl&#232;me philosophique qu'il s'agit de saisir en lui-m&#234;me.&#8221; On ne saurait mieux dire : l'unit&#233; de base de la pratique philosophique, c'est le probl&#232;me, et non pas le texte ; mais, en pratique les choses ont tendance &#224; se passer comme si l'on optait plut&#244;t pour la seconde formule en cr&#233;ant chez les &#233;l&#232;ves et des &#233;tudiants des r&#233;flexes textuels ou nominaux (par exemple, le doute = Premi&#232;re M&#233;ditation ; le devoir = Kant ; l'inconscient = Freud, etc.). &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 161.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement philosophique fran&#231;ais est incons&#233;quent : il pr&#233;tend &#234;tre un enseignement de probl&#232;mes, un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale ; mais en r&#233;alit&#233; son contenu est historique. Ce qui est enseign&#233;, c'est le doute chez Descartes, le devoir selon Kant, etc. Nous pr&#233;tendons enseigner les probl&#232;mes, mais c'est une pr&#233;tention vide car nous n'avons ni l'&#233;ventail des doctrines ni le cadre argumentatif rigoureux des anglo-saxons ; nous enseignons en fait implicitement de l'histoire de la philosophie, mais sans la qualit&#233; d'information et de formation de l'enseignement &#224; l'italienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Il y a des raisons d'introduire de l'histoire de la philosophie et des id&#233;es dans un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un fois admis ce qui pr&#233;c&#232;de &#8212; un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale est, dans son principe, anhistorique &#8212;, il y a de bonnes raisons de vouloir introduire &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; des &#233;l&#233;ments d&#233;termin&#233;s d'histoire de la philo dans l'enseignement de terminale. Mais il faut &#233;noncer ces raisons comme telles, et ne pas se satisfaire de fausses lapalissades du genre &#8220; la philosophie est chez les philosophes &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4.1. L'exigence de constitution d'une culture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avoir envie de dire : &#8220; &lt;i&gt;Mais tout de m&#234;me,il faut bien que les &#233;l&#232;ves de terminale aient entendu parler de Socrate et des sophistes, de l'aventure intellectuelle de Descartes, du projet des Lumi&#232;res, de la mort de Dieu, de l'inconscient freudien, etc&lt;/i&gt;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur quoi repose ce &#8220; mais tout de m&#234;me il faut bien &#8221; ? Sur l'id&#233;e qu'il y a l&#224; des moments de l'histoire de la pens&#233;e qui m&#233;ritent d'&#234;tre connus et &#233;tudi&#233;s en tant que tels parce qu'ils sont constitutifs de notre culture pr&#233;sente ; qu'ils sont &#224; l'origine des mani&#232;res dont nous pensons et faisons de la philosophie aujourd'hui ; que pour comprendre les d&#233;bats d'id&#233;e contemporains, on a besoin de s'y r&#233;f&#233;rer ; et, qu'en les comprenant et en les &#233;tudiant, ce sont nos propres questions que nous &#233;clairons. Cela revient &#224; dire que l'enseignement &#233;l&#233;mentaire de philosophie n'a pas seulement pour finalit&#233; d'apprendre &#224; penser, mais aussi de permettre &#224; l'&#233;l&#232;ve de se constituer une culture philosophique de base, laquelle inclut n&#233;cessairement la connaissance et l'intelligence d'un certain nombre de moments particuli&#232;rement importants &#8212; importants pour nous aujourd'hui &#8212; de l'histoire de la philosophie. On peut appeler cette exigence : &lt;i&gt;l'exigence de la constitution d'une culture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s exactement la justification qui &#233;tait celle des fameuses questions &#8220; &#224; ancrage contemporain &#8221;, ou &#8220; d'approfondissement &#8221;, du programme Renaut. Si ceux qui se sont oppos&#233;s &#224; cette proposition et l'on fait &#233;chou&#233; &#233;taient coh&#233;rents, il devraient exiger un programme &#8220; &#224; l'anglo-saxonne &#8221; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne prendrai qu'un exemple des hypocrisies o&#249; nous conduit cette incoh&#233;rence. En 1973, on introduit dans la programme &lt;i&gt;l'inconscient&lt;/i&gt; en m&#234;me temps que Freud fait son entr&#233;e dans la liste des auteurs. Il est &#233;vident qu'on a consid&#233;r&#233; &#224; ce moment que &#8220; &lt;i&gt;mais tout de m&#234;me&lt;/i&gt;, il faut bien qu'un bachelier aujourd'hui ait quelques connaissances sur la doctrine freudienne de l'inconscient &#8221;. Mais, bien entendu, on n'a pas inscrit celle-ci comme telle au programme ! Interrog&#233;s sur ce sujet, les inspecteurs ont toujours r&#233;pondu qu'un professeur peut tout &#224; fait choisir de traiter de l'inconscient &#224; partir des &#8220; petites perceptions de Leibniz &#8221; et d'ignorer Freud. Personne n'&#233;tait dupe et nul ne pouvait croire un instant &#224; cette r&#233;ponse, m&#234;me pas les inspecteurs en question. Mais les principes &#233;taient saufs : le programme de philosophie est un programme de philosophie g&#233;n&#233;rale qui ne fait mention d'aucune doctrine qui rel&#232;ve de l'histoire de la philosophie. Il va sans dire qu'un certain nombre de sujets de bac exigent bien, eux, une connaissance minimale de la conception freudienne de l'inconscient &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple : &#8220; La duplicit&#233; de la conscience rend-elle inutile l'hypoth&#232;se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Il me semble au contraire que, &lt;i&gt;si l'on pense qu'un &#233;l&#232;ve de terminale doit conna&#238;tre et comprendre quelque chose de la doctrine freudienne de l'inconscient, il faut l'&#233;crire tel quel dans le programme&lt;/i&gt; et qu'on ne peut le justifier que par le souci de la constitution d'une culture philosophique. Ce souci n'est nullement incompatible avec celui d'un enseignement probl&#233;matique, mais il ne s'y r&#233;duit pas et ne s'en d&#233;duit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.2. L'exigence de contextualisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avoir envie de dire : &#8220; &lt;i&gt;Mais tout de m&#234;me, il faut bien donner leur l'&#233;paisseur historique aux concepts et aux id&#233;es philosophiques ! Le cogito ou l'id&#233;e de contrat social ne surgissent pas dans n'importe quel contexte. La philosophie ne se fait pas dans un ciel d'id&#233;es ni seulement dans le cabinet du philosophe. Elle est solidaire du monde r&#233;el et de son histoire : des r&#233;volutions scientifiques, des transformations sociales, des bouleversements politiques, des innovations artistiques, etc.&lt;/i&gt; &#8221; La th&#232;se qui sous-tend cette r&#233;action, c'est que, pour comprendre une id&#233;e philosophique, il faut la ressaisir dans le contexte historique qui lui a donn&#233; naissance. Cette th&#232;se a une version forte et une version faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;version forte&lt;/i&gt; (la version historiciste) dit quelque chose comme : on &lt;i&gt;ne&lt;/i&gt; peut comprendre une id&#233;e philosophique &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; dans le contexte historique o&#249; elle a pris naissance. Dans cette version, pour les raisons que j'ai dites plus haut (section III), elle me para&#238;t tr&#232;s discutable, pour ne pas dire fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;version faible&lt;/i&gt; dit : pour comprendre une id&#233;e philosophique, il peut &#234;tre utile et important de ressaisir le contexte philosophique o&#249; elle a pris naissance. Dans cette version, elle me para&#238;t difficilement contestable : c'est presque une banalit&#233;, mais une banalit&#233; &#233;clairante pour la p&#233;dagogie de la philosophie au lyc&#233;e. On ne peut pas supposer chez tout &#233;l&#232;ve de terminale le go&#251;t de la discussion et de la sp&#233;culation philosophiques prises pour elles-m&#234;mes. Une des mani&#232;res de faire saisir le sens et les enjeux des id&#233;es philosophiques, c'est de les pr&#233;senter comme les r&#233;ponses que des individus en chair et en os ont d&#251; inventer pour faire face aux situations historiques dans lesquelles ils se trouvaient : Descartes face &#224; la r&#233;volution galil&#233;enne, Rousseau face aux d&#233;fenseurs de l'absolutisme monarchique. C'est l'exigence d'&lt;i&gt;une mise en contexte historique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pr&#233;ciser tout de suite que cette forme d'historicisation n'a pas grand-chose &#224; voir avec ce qui est le plus souvent enseign&#233; en France sous le nom d'histoire de la philosophie. Celle-ci consiste principalement soit en une &#233;tude interne des grands syst&#232;mes ou de la pens&#233;e des grands auteurs, soit en une histoire strictement interne (pour caricaturer : Descartes qui engendra Leibniz qui engendra Kant qui engendra Hegel ; c'est de cette mani&#232;re qu'on m'a enseign&#233; jadis la philosophie en kh&#226;gne). L'historicisation dont il est question ici, c'est plut&#244;t la mise en relations d'id&#233;es comprises comme des &#233;v&#233;nements philosophiques avec des situations ou des &#233;v&#233;nements sociaux, politiques, religieux, artistiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir dans quelle mesure on doit pratiquer en terminale une telle &lt;i&gt;mise en contexte&lt;/i&gt; (pour quelles id&#233;es ? jusqu'o&#249; ? comment ? avec quels outils intellectuels ?) me para&#238;t &#234;tre une question largement ouverte. Encore ne faut-il pas, comme c'est le cas aujourd'hui occulter le probl&#232;me, r&#233;duire cette historicisation aux notes de bas de page et la pratiquer chacun dans son coin avec honte et mauvaise conscience. Si on l'estime p&#233;dagogiquement n&#233;cessaire, elle doit constituer une partie pleinement l&#233;gitime de notre enseignement et trouver sa place dans les programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.3.L'exigence de former des lecteurs.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut avoir envie de dire : &#8220; &lt;i&gt;Mais tout de m&#234;me ! Pour se former en philosophie, il faut bien se frotter aux textes des grands philosophes !&lt;/i&gt; &#8221; Sans doute, mais qu'entend-on par l&#224; ? C'est typiquement le genre de fausse &#233;vidence que, dans notre profession, on n'interroge jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut dire : &#8220; la prise de connaissance des id&#233;es philosophiques par l'&#233;l&#232;ve doit se faire exclusivement, ou principalement, &#224; travers les textes et la lecture des textes &#8221;, si l'on veut dire &#8220; la philosophie par les textes, et rien que par les textes &#8221;, c'est une affirmation qui ne saurait &#234;tre admise sans examen ni discussion. A titre personnel &#8212; mais l&#224; je ne peux, comme tout le monde ici, m'appuyer que sur ma propre exp&#233;rience d'enseignant de terminale &#8212;, j'ai tendance &#224; penser qu'elle est fausse et qu'elle a des effets n&#233;fastes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je tiens &#224; le dire d'autant plus clairement que cette conception a &#233;t&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble en effet que le recours aux textes a un prix, souvent tr&#232;s co&#251;teux : il y a les probl&#232;mes de langue (l'incapacit&#233; o&#249; sont la plupart de nos &#233;l&#232;ves de lire tout simplement un paragraphe de Descartes en y comprenant quelque chose), les probl&#232;mes de traduction (avec Platon par exemple), les probl&#232;mes de d&#233;coupage (quand on utilise les textes courts), les probl&#232;mes li&#233;s au contexte culturel (les connaissances non philosophiques dont il faut disposer pour comprendre ce &#224; quoi le texte fait r&#233;f&#233;rence ou ce qu'il suppose connu du lecteur), les probl&#232;mes li&#233;s au contexte philosophique (les d&#233;bats dans lesquels l'auteur est engag&#233; et qui ne sont pas n&#233;cessairement les m&#234;mes que ceux qui sont li&#233;s au probl&#232;me dont traite le cours), etc. Mon exp&#233;rience &#8212; mais je vais s&#251;rement choquer en avan&#231;ant cela &#8212;, c'est que bien souvent on embrouille les &#233;l&#232;ves en se croyant tenu d'assortir chaque id&#233;e nouvelle d'un texte, et qu'il s'av&#232;re alors p&#233;dagogiquement plus efficace de reformuler l'id&#233;e dans un langage contemporain sans s'encombrer de textes, voire, pourquoi pas, de raconter le cheminement des id&#233;es d'un philosophe dans tel ou tel de ses livres que les &#233;l&#232;ves ne sont pas en mesure de lire, en &#233;tayant ce r&#233;cit d'une ou deux citations bien claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vraisemblable que l'introduction, dans les ann&#233;es 70, de l'utilisation du &#8220; texte court &#8221; &#224; l'int&#233;rieur du cours de philosophie a repr&#233;sent&#233; un certain progr&#232;s p&#233;dagogique. Mais il faudrait en &#233;valuer aussi les limites et les inconv&#233;nients. Je ne suis pas persuad&#233; qu'on ait beaucoup gagn&#233; &#224; remplacer une s&#233;rie de r&#233;sum&#233;s de doctrines de 20 lignes ou une page, comme on en trouve dans le Cuvillier, par une s&#233;rie de textes totalement disparates de 20 lignes &#224; une page. Je ne pr&#233;conise pas le retour en arri&#232;re, mais je ne suis pas s&#251;r non qu'il y ait progr&#232;s &#224; tous les coups. A voir l'inflation et la dispersion des textes dans les manuels transform&#233;s en recueils de textes, je ne suis pas certain que cette substitution ne soit pas, pour une part, une fuite devant la difficult&#233; qui est de savoir dans quel cadre et par quelles voies les &#233;l&#232;ves peuvent s'approprier les connaissances doctrinales dont on estime qu'ils ont besoin. N'entretient-on pas l'illusion que le mieux que nous puissions faire est de leur livrer la substance philosophique elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire les textes ? Nous semblons dire : &#8220; Qu'ils lisent, et pensent ensuite comme ils pourront : nous leur avons donn&#233; le meilleur. &#8221; Mais n'est-ce pas fuir devant notre responsabilit&#233; qui est d'exposer, et au besoin de reformuler, les id&#233;es pour les rendre compr&#233;hensibles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de moi l'id&#233;e de nier pour autant la valeur formatrice de la lecture des textes. Mais formatrice &#224; quoi ? Il me semble que la capacit&#233; &#224; lire des textes philosophiques, et plus g&#233;n&#233;ralement, d'ailleurs, des textes d'id&#233;es &#8212; &#224; lire, c'est-&#224;-dire &#224; reconstituer et repenser pour soi l'&#233;laboration d'une question par l'auteur, l'encha&#238;nement des th&#232;ses, l'&#233;valuation de leurs cons&#233;quences, la discussion des objections, etc. &#8212; a une valeur en tant que telle. Mais si l'on pense cela, il faut en tirer les cons&#233;quences : le d&#233;veloppement de cette capacit&#233; &#8212; l'apprentissage de la lecture de textes philosophiques &#8212; devrait figurer, comme tel et de mani&#232;re distincte, parmi les objectifs de notre enseignement. On peut appeler cette exigence :&lt;i&gt;exigence de la formation de lecteurs de textes philosophiques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains vont dire que j'enfonce une porte ouverte ? Je ne le crois pas. Chaque fois qu'on a propos&#233; de tirer les cons&#233;quences de cette id&#233;e, chaque fois par exemple qu'on a propos&#233; &#224; l'examen une &#233;preuve de lecture guid&#233;e (sur un texte plus long que le texte qui donne lieu aujourd'hui au 3&#232;me sujet), il y a eu un tir de barrage sur le th&#232;me : une telle &#233;preuve ne permet pas de probl&#233;matiser, donc elle n'est pas philosophique. Une fois de plus, &lt;i&gt;la d&#233;finition exclusive de l'enseignement de philosophie en termes de &#8220;probl&#233;matisation&#8221; bloque tout d&#233;bat&lt;/i&gt;. Et il n'est pas s&#251;r que l'explication de texte, sous sa forme actuelle &#8212; un texte nu, sans contexte, ni question &#8212; soit l'exercice qui permette le mieux d'aider l'&#233;l&#232;ve &#224; se donner une comp&#233;tence de lecteur, ni qui permette non plus d'&#233;valuer au mieux cette comp&#233;tence &#224; l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que j'ai avanc&#233; dans cette section est &#233;videmment rapide, sch&#233;matique et d&#233;lib&#233;r&#233;ment pol&#233;mique. Mais je veux simplement sugg&#233;rer ceci : &#224; la question &#8220; quelles sont les connaissances philosophiques qu'on doit acqu&#233;rir en terminale ? &#8221; on ne peut se contenter de r&#233;pondre trop facilement &#8220; celles qu'on acquiert en lisant les textes des grands auteurs &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Trois propositions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais conclure en avan&#231;ant trois propositions. Pour les raisons que j'ai expos&#233;es plus haut, il me para&#238;t &#233;vident que le seul type de programme coh&#233;rent avec l'id&#233;e que l'enseignement de philosophie au lyc&#233;e doit &#234;tre avant tout un enseignement de philosophie g&#233;n&#233;rale, c'est &lt;i&gt;un programme de probl&#232;mes, d&#233;finis &#224; partir de l'&#233;tat des d&#233;bats dans la philosophie et dans la culture &lt;/i&gt;&lt;i&gt;contemporaines&lt;/i&gt;. Mais cette exigence ne me semble nullement incompatible avec d'&lt;i&gt;autres exigences&lt;/i&gt;, et notamment celles que j'ai appel&#233;es de constitution d'une culture philosophique, de contextualisation des id&#233;es , de formation de lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propositions pourraient &#234;tre rassembl&#233;es sous la maxime suivante : &lt;i&gt;Cessons de mettre partout de l'histoire de la philosophie sans le dire, cessons de faire en permanence un usage implicite de l'histoire de la philosophie ; mais quand nous pensons devoir faire de l'histoire de la philosophie, faisons-le explicitement et en sachant pourquoi .&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.1. Enseigner et mettre au programme des &#8211;ismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble incoh&#233;rent qu'un enseignement qui part des probl&#232;mes n'enseigne pas aussi les diff&#233;rentes r&#233;ponses, ne donne pas aux &#233;l&#232;ves la carte des r&#233;ponses possibles, ou plut&#244;t des r&#233;ponses qui lui sont donn&#233;es de mani&#232;re classique. Par exemple : le &lt;i&gt;rationalisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'empirisme&lt;/i&gt;, si le probl&#232;me est &#8220; &lt;i&gt;peut-on se fier &#224; la science ? &lt;/i&gt;&#8221; &#8212; le &lt;i&gt;lib&#233;ralisme&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;socialisme&lt;/i&gt;, si le probl&#232;me est &#8220; &lt;i&gt;qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; juste ? &lt;/i&gt;&#8221; &#8212; le &lt;i&gt;dualisme&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;naturalisme&lt;/i&gt;, si le probl&#232;me est &#8220; &lt;i&gt;comment concevoir les rapports entre le corps et l'esprit ? &lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce que l'&#233;ventail des r&#233;ponses fait partie de la position du probl&#232;me ; il en est indissociable. C'est d'ailleurs souvent en comprenant les r&#233;ponses propos&#233;es &#224; un probl&#232;me que l'on comprend la nature v&#233;ritable de ce probl&#232;me et ses enjeux. C'est parce que ces r&#233;ponses sont possibles ou ont &#233;t&#233; jug&#233;es possibles que les probl&#232;mes se posent comme ils se posent. L'&#233;l&#232;ve n'a pas &#224; les &lt;i&gt;inventer&lt;/i&gt;. Il n'en est pas capable, pas plus d'ailleurs que le professeur. Il doit les &lt;i&gt;conna&#238;tre&lt;/i&gt; si l'on veut qu'il puisse &#224; son tour &#8212; et c'est cela l'objectif d'un enseignement &lt;i&gt;philosophique&lt;/i&gt; de la philosophie &#8212; se situer lui-m&#234;me dans le d&#233;bat et y prendre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, ces termes sont employ&#233;s dans le moindre article de journal o&#249; apparaissent des d&#233;bats d'id&#233;es. Ce sont des &#233;l&#233;ments de culture indispensables pour des &#233;l&#232;ves qui ensuite ne feront plus de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous connaissons, nous professeurs, ces mots et nous r&#233;fl&#233;chissons avec leur aide, dans le cadre qu'ils offrent. Il y a malhonn&#234;tet&#233; et obscurantisme &#224; vouloir interdire aux &#233;l&#232;ves leur connaissance. Ce sont des mots du vocabulaire philosophique de base, et quiconque fait de la philosophie en a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Enseigner des concepts et des doctrines historiquement situ&#233;es.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des doctrines historiquement situ&#233;es (et des concepts li&#233;s &#224; certaines doctrines) qui correspondent &#224; certains moments de l'histoire de la philosophie, et qui ont jou&#233; un tel r&#244;le dans la constitution et dans l'histoire de certains probl&#232;mes philosophiques qu'il est plus que l&#233;gitime pour traiter philosophiquement ces probl&#232;mes d'y faire express&#233;ment r&#233;f&#233;rence. Par exemple, le &lt;i&gt;sto&#239;cisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'&#233;picurisme&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; comment conduire sa vie ? &#8221; &#8212; La &lt;i&gt;mort de Dieu&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; pourquoi y a-t-il des religions ? &#8221; &#8212; Le &lt;i&gt;contrat social&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; libre ? &#8221; &#8212; &lt;i&gt;Le programme cognitiviste&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; comment concevoir les rapports entre le corps et l'esprit ? &#8221; &#8212; &lt;i&gt;Lib&#233;ralisme et communautarisme&lt;/i&gt;, pour un probl&#232;me qui serait &#8220; qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; juste ? &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, objectera-t-on, un tel programme serait philosophiquement ou id&#233;ologiquement orient&#233;. &#8212; Pas du tout. Rien n'interdit &#224; un professeur d'expliquer &#224; ses &#233;l&#232;ves pourquoi Dieu n'est pas mort, pourquoi le programme cognitiviste ne peut qu'&#233;chouer ou pourquoi le d&#233;bat entre lib&#233;raux et communautaristes n'oppose que superficiellement des gens qui sont d'accord sur l'essentiel. Il leur montrera par l&#224; un exemple d'exercice de la pens&#233;e critique, et il leur donnera, en outre, les moyens de faire une excellente 3&#232;me partie sur des sujets touchant au probl&#232;me en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, objectera-t-on, apprendre une doctrine n'est pas apprendre &#224; penser. On peut ainsi lire, sous la plume d'un inspecteur, l'argument suivant : &#8220; On entend dire qu'on ne peut enseigner la philosophie qu'&#224; des &#233;l&#232;ves qui ont d'abord acquis des connaissances &#233;l&#233;mentaires sur les philosophies et connaissent les grandes lignes des philosophies : pour parler de la libert&#233;, il faudrait d'abord avoir une id&#233;e de ce qu'est, d'abord, le sto&#239;cisme. Mais cette culture, pos&#233;e en pr&#233;alable n'offre que des mat&#233;riaux pour un enseignement qui se proposera de les utiliser ensuite comme &#233;l&#233;ments d'une le&#231;on qui sera, elle, une le&#231;on de philosophie. Prise en ce sens, l'id&#233;e de culture philosophique est un non-sens. On imagine peut-&#234;tre bien faire en donnant aux &#233;l&#232;ves les moyens de penser et de travailler sur des choses s&#233;rieuses qui peuvent &#234;tre apprises et qui leur serviront pour dire des choses intelligentes sur une question. Mais c'est oublier que c'est justement la question qui donne l'intelligence des choses. &#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Chauve, HPEP, p. 15-16&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Autrement dit, il faut penser avant de conna&#238;tre et non conna&#238;tre avant de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui a jamais pr&#233;tendu qu'il fallait conna&#238;tre &lt;i&gt;avant &lt;/i&gt;de penser ? La question de savoir ce qui de la connaissance ou de la pens&#233;e doit venir en premier est &#233;videmment d&#233;pourvue de sens. Comment faire &lt;i&gt;conna&#238;tre&lt;/i&gt; une doctrine philosophique sans la faire &lt;i&gt;comprendre&lt;/i&gt; et comment la faire comprendre sans la pr&#233;senter comme une &lt;i&gt;r&#233;ponse&lt;/i&gt; possible &#224; un &lt;i&gt;probl&#232;me &lt;/i&gt;philosophique ? L'auteur nous r&#233;v&#232;le, une page plus loin, que la question qui donne sens &#224; la lecture des textes sto&#239;ciens sur la libert&#233;, c'est : &#8220; qu'est-ce donc qu'un homme libre ? &#8221; La belle affaire ! Qui a jamais propos&#233; d'exposer la doctrine sto&#239;cienne de la libert&#233; autrement que comme l'une des r&#233;ponses possibles &#224; la question de savoir ce qu'est un homme libre ? Et d'ailleurs, quel &#233;l&#232;ve sera assez cr&#233;tin pour, quand on lui explique les rudiments de la doctrine sto&#239;cienne, ne pas se demander imm&#233;diatement : est-ce bien &#231;a la libert&#233; ? Sauf &#224; identifier connaissance et psittacisme, conna&#238;tre une id&#233;e ou un doctrine philosophique, c'est n&#233;cessairement l'avoir comprise et donc &#234;tre capable &#224; son tour de penser ce qu'elle pense. Ou, si on veut le dire un peu pompeusement, &lt;i&gt;toute connaissance philosophique est n&#233;cessairement pensante&lt;/i&gt; (sinon, ce n'est pas une connaissance : on r&#233;p&#232;te des mots, mais on n'a rien compris, donc on ne conna&#238;t pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si nous sommes tous d'accord l&#224;-dessus &#8212; et je suis convaincu que nous pouvons l'&#234;tre&#8212;, cessons d'opposer connaissance et pens&#233;e de mani&#232;re aussi manich&#233;enne et aussi absurde ! Et demandons-nous ensemble comment articuler les probl&#232;mes sur lesquels nous voulons que nos &#233;l&#232;ves r&#233;fl&#233;chissent avec les connaissances sans lesquelles toute r&#233;flexion sur ces probl&#232;mes est vou&#233;e au bavardage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en outre dans tout ceci quelque chose que je n'arrive pas &#224; comprendre : pourquoi si l'&#233;tude d'une doctrine &#233;tait prescrite par le programme devrait-elle prendre n&#233;cessairement une forme stupide et m&#233;canique, non philosophique, alors que si elle n'est pas prescrite mais implicitement n&#233;cessaire (comme aujourd'hui) elle devient du m&#234;me coup &#8220;authentiquement philosophique&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Enseigner (au moins terminale L)un cadre g&#233;n&#233;ral d'histoire de la philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas raisonnable que des &#233;l&#232;ves dits litt&#233;raires qui &#233;tudieront ensuite l'histoire, le droit ou les cultures &#233;trang&#232;res (s'ils font des langues), n'aient aucune id&#233;e de l'histoire de la philosophie. Il ne s'agirait &#233;videmment ni d'une simple chronologie d'auteurs et de courants, ni d'une histoire syst&#233;matique &#224; la mani&#232;re du programme italien, mais, pour chacun de ces penseurs et de ces courants, de donner quelques caract&#233;ristiques principales dans l'id&#233;e qu'ensuite, chaque fois qu'on rencontrera un texte ou une doctrine qui s'y rapporte, on pourra &#233;tablir des liens et remplir le cadre initial &#8212; de la m&#234;me mani&#232;re qu'on peut (ou devrait) attendre d'un &#233;l&#232;ve de terminale litt&#233;raire qu'il sache quelque chose du classicisme, du baroque, du romantisme, ou du symbolisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer une liste qui comporte par exemple : &#8212; La naissance de la philosophie &#8212; Socrate et les sophistes &#8212; Platon et Aristote&#8212; Les sagesses de la p&#233;riode hell&#233;nistico-romaine &#8212; Descartes et la r&#233;volution galil&#233;enne &#8212; Rationalisme et empirisme &#224; l'&#226;ge classique &#8212; Kant et les Lumi&#232;res &#8212; L'id&#233;alisme allemand &#8212; Plus une liste de quelques courants contemporains comme : positivisme, marxisme, Nietzsche, pragmatisme, ph&#233;nom&#233;nologie et existentialisme, philosophie analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une proposition que, je l'avoue, je ne pr&#233;sente pas sans une certaine h&#233;sitation, tant elle va contre les dogmes et contre les m&#339;urs. Mais n'est-ce pas quelque chose que nous sommes tous plus ou moins oblig&#233;s de faire, clandestinement, et un peu selon les circonstances ? Alors, si nous sommes amen&#233;s &#224; le faire, cela correspond sans doute &#224; un besoin. Faisons-le donc ouvertement, et en r&#233;fl&#233;chissant ensemble &#224; ce que nous faisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edouard Aujalleu, &#8220; Philosophie et histoire de la philosophie en classe terminale &#8221;, dans &lt;i&gt;L'histoire de la philosophie dans l'enseignement philosophique&lt;/i&gt;, coordonn&#233; par A. Perrin sous la direction d'A. Chauve, CRDP de Montpellier, 1997, p. 47. Ce petit ouvrage (d&#233;sormais cit&#233; HPEP], publi&#233; sous la direction d'un inspecteur, a le m&#233;rite d'expliciter la &#8220;conception officieuse&#8221; sur ce sujet (voir la note 2).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'entends par &#8220; conception officieuse &#8221; celle qui ne se lit actuellement qu'en filigrane de certains textes r&#233;glementaires mais que pr&#233;conisent la plupart des inspecteurs et des formateurs d'IUFM (Voir le &lt;i&gt;Manifeste pour l'enseignement de la philosophie&lt;/i&gt; de l'Acireph). A la date o&#249; j'&#233;cris, on ignore si le second projet de programme propos&#233; par Michel Fichant et le groupe d'experts qu'il pr&#233;side sera promulgu&#233;. S'il l'est, la &#8220;conception officieuse&#8221; qui y est largement expos&#233;e deviendra clairement officielle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est par commodit&#233; et pour faciliter le d&#233;bat avec les d&#233;fenseurs de la &#8220;doctrine officieuse&#8221; que je reprends ici sans la discuter la distinction aujourd'hui convenue entre philosophie g&#233;n&#233;rale et histoire de la philosophie. Cette distinction est plus que discutable et elle appellerait un examen minutieux. D'une part, il y a toutes sortes de mani&#232;res de concevoir et de pratiquer l'histoire de la philosophie. D'autre part, le terme &#8220;philosophie g&#233;n&#233;rale&#8221; me semble avoir &#233;t&#233; introduit &#224; l'origine pour d&#233;signer un &#8220;domaine&#8221; de la philosophie (tout ce qu'on ne pouvait faire entrer dans les philosophies &#8220;sp&#233;ciales&#8221; : philosophie morale, politique, des sciences, du langage, de l'art, etc.) et servir institutionnellement de substitut &#8220;neutre&#8221; au terme de m&#233;taphysique, qui &#233;tait lui trop charg&#233; et connot&#233;. Ce n'est &#233;videmment pas dans ce sens qu'il est pris dans le contexte qui est ici le n&#244;tre. Il ne renvoie pas &#224; un domaine mais &#224; une d&#233;marche : faire de la philosophie &#224; partir des probl&#232;mes (plut&#244;t qu'&#224; partir d'un expos&#233; des doctrines ou d'un commentaire des textes).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;face &#224; HPEP. Il y aurait &#233;videmment beaucoup &#224; dire sur ce que cette repr&#233;sentation a de grossi&#232;rement caricatural et m&#234;me de choquant : on semble oublier que la philosophie vivante, telle qu'elle s'invente et s'&#233;crit aujourd'hui, est faite, pour l'essentiel, par des universitaires ! Et que des auteurs comme Foucault, Deleuze, Ricoeur, Bouveresse, ou Derrida, mais aussi bien Putnam, Rawls, Habermas, Gadamer, ou Rorty, qui n'ont cess&#233; de commenter les classiques ou les contemporains, l'ont toujours fait pour renouveler les probl&#232;mes philosophiques les plus actuels. L'histoire de la philosophie au sens &#233;troit ne recouvre qu'une partie du travail qui se fait &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve cette formule dans l'avant-propos d'un manuel plus ou moins officieux : &lt;i&gt;La philosophie par les textes&lt;/i&gt;, sans nom d'auteurs, Nathan, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Chauve, dans HPEP, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Perrin, HPEP, p. 30. Sur ce probl&#232;me, voir dans le pr&#233;sent volume l'article de C&#233;cile Victorri.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avant-propos &#224; La philosophie par les textes, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Chauve, HPEP, p. 15&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edouard Aujalleu, HPEP, p. 49&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'emprunte cette expression fort exacte &#224; Edouard Aujalleu (HPEP, p. 48)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette caract&#233;risation de l'&#233;clectisme, voir G&#233;rard Lebrun, &#8220; &#8220;Devenir de la philosophie&#8221; &#8221;, dans &lt;i&gt;Notions philosophiques&lt;/i&gt;, sous la directions de Denis Kambouchner, Gallimard, 1995, T. III, p. 590-592.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Pessel, rapport du jury de l'agr&#233;gation externe, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Renaut, rapport du jury de l'agr&#233;gation interne, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne plaide pas, comme on le verra plus loin, pour un programme de notions-t&#234;tes de chapitres, mais pour un programme de probl&#232;mes, ce qui est tout autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, le vocabulaire heideggerien pour un cognitiviste, et vice versa.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ou comme on se repr&#233;sente qu'ils font. La r&#233;alit&#233; de la philosophie &#8220;anglo-saxonne&#8221; contemporaine aujourd'hui est un peu plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;bat&lt;/i&gt;, n&#176;101, sept-oct. 98&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid, &lt;/i&gt;p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple : &#8220; La duplicit&#233; de la conscience rend-elle inutile l'hypoth&#232;se de l'inconscient ? &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je tiens &#224; le dire d'autant plus clairement que cette conception a &#233;t&#233; en gros, si j'ai bonne m&#233;moire, la doctrine du GREPH au d&#233;but des ann&#233;es 80&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Chauve, HPEP, p. 15-16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
