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		<title>ACIREPh</title>
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		<title>La d&#233;mocratisation de l'enseignement et ses enjeux dans l'enseignement philosophique : une perspective historique</title>
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		<dc:date>2013-10-20T15:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Boillot</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article paru dans C&#244;t&#233;-Philo n&#176;18 - Juin 2014 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Herv&#233; BOILLOT, professeur de philosophie, docteur, auteur de la th&#232;se : Enseigner la philosophie dans les lyc&#233;es en France : un m&#233;tier immuable ? 1945-2003 &lt;br class='autobr' /&gt; Le th&#232;me de cette table ronde &#233;tant la d&#233;mocratisation de l'enseignement, je vais m'efforcer de pr&#233;senter comment elle s'est pr&#233;sent&#233;e pour l'enseignement de la philosophie et pour les professeurs de philosophie, &#224; la lumi&#232;re de ma recherche, qui m'a conduit &#224; revenir sur les soixante (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/" rel="directory"&gt;Regards historiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans C&#244;t&#233;-Philo n&#176;18 - Juin 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &lt;strong&gt;Herv&#233; BOILLOT&lt;/strong&gt;, professeur de philosophie, docteur, auteur de la th&#232;se : &lt;i&gt;Enseigner la philosophie dans les lyc&#233;es en France : un m&#233;tier immuable ? 1945-2003&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me de cette table ronde &#233;tant la d&#233;mocratisation de l'enseignement, je vais m'efforcer de pr&#233;senter comment elle s'est pr&#233;sent&#233;e pour l'enseignement de la philosophie et pour les professeurs de philosophie, &#224; la lumi&#232;re de ma recherche, qui m'a conduit &#224; revenir sur les soixante derni&#232;res ann&#233;es, environ, de l'enseignement de cette discipline, &#224; travers l'examen de la litt&#233;rature professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par pr&#233;ciser dans quel sens j'entends la d&#233;mocratisation de l'enseignement. A partir de 1945, il s'agit de l'extension de l'acc&#232;s de l'enseignement secondaire aux classes sociales qui en &#233;taient exclues avant guerre. Cela a signifi&#233; d'abord une augmentation des effectifs scolaris&#233;s dans le secondaire. En termes de structures, on est pass&#233; d'une organisation en ordres &#224; une organisation unifi&#233;e dans laquelle le secondaire prolonge le primaire. De 1945 &#224; 1975, les r&#233;formes concernent essentiellement le premier cycle du secondaire jusqu'au coll&#232;ge unique ; parall&#232;lement, dans le second cycle du secondaire, on multiplie les fili&#232;res et les baccalaur&#233;ats (g&#233;n&#233;raux, technologiques puis professionnels) aussi bien pour adapter l'enseignement &#224; la structure des emplois que pour l'adapter &#224; la diversit&#233; des go&#251;ts et des aptitudes d'&#233;l&#232;ves de plus en plus nombreux. La d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire n'a pas toujours &#233;t&#233; le but poursuivi, mais un effet induit d'une politique de modernisation, visant &#224; rationaliser la relation formation- emploi -ce qui complique la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que les enjeux de cet aspect de la d&#233;mocratisation sont les suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La massification s'est m&#233;caniquement traduite par l'augmentation des &#233;l&#232;ves &#171; non dou&#233;s &#187; selon les crit&#232;res de l'ancien secondaire, dont les &#233;l&#232;ves &#233;taient tri&#233;s &#224; l'entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Quant &#224; la multiplication des fili&#232;res et des baccalaur&#233;ats, elle a donn&#233; lieu &#224; leur mise en concurrence et &#224; leur hi&#233;rarchisation, et indirectement, &#224; la mise en concurrence et &#224; la hi&#233;rarchisation des disciplines qui formaient l'enseignement principal de ces sections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier enjeu de la d&#233;mocratisation est l'enjeu p&#233;dagogique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; non p&#233;dagogie &#187; pratiqu&#233;e traditionnellement par l'enseignement secondaire qui s'adressait &#224; des &#233;l&#232;ves culturellement pr&#233;dispos&#233;s &#224; recevoir la culture scolaire a &#233;t&#233; profond&#233;ment interrog&#233;e par la pr&#233;sence de plus en plus nombreuse d'&#233;l&#232;ves qui n'avaient pas ces pr&#233;dispositions. De l&#224; vient que la d&#233;mocratisation du secondaire est devenu l'enjeu d'un conflit entre les professeurs qui voulaient, et qui g&#233;n&#233;ralement, pouvaient, perp&#233;tuer dans leurs pratiques la non p&#233;dagogie propre &#224; la transmission d'une culture, et ceux qui, par n&#233;cessit&#233; ou par engagement, ne pouvaient ou ne voulaient pas perp&#233;tuer une non p&#233;dagogie socialement discriminante. La formulation et la prise de conscience de cet enjeu de la d&#233;mocratisation chez les enseignants a surtout &#233;merg&#233; dans la contestation de mai 1968 et des mois qui ont suivi, sous la forme d'une opposition de la culture et de la p&#233;dagogie, pour reprendre le titre &#233;ponyme d'un livre d'Andr&#233; de Perretti publi&#233; en 1972. Examiner la question de la d&#233;mocratisation, c'est donc examiner la mani&#232;re dont l'enjeu p&#233;dagogique s'est pr&#233;sent&#233; aux professeurs de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le second enjeu de la d&#233;mocratisation est l'enjeu institutionnel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne concerne pas directement les pratiques de l'enseignement de la philosophie, mais la mani&#232;re dont les professeurs de philosophie, que leur association professionnelle s'est efforc&#233;e de constituer en acteur collectif solidaire de l'inspection g&#233;n&#233;rale, ont abord&#233; les changements structurels de l'enseignement secondaire. Cela, c'est ce que nous appelons la &#171; politique de l'enseignement de la philosophie &#187;. Les professeurs de philosophie ont d&#233;ploy&#233;, &#224; travers l'inspection et leur association, qui fut longtemps unique, une strat&#233;gie par rapport &#224; la cr&#233;ation de sections nouvelles et de plus en plus nombreuses de l'enseignement secondaire. La d&#233;mocratisation de l'enseignement s'est alors pos&#233;e, aux professeurs de philosophie, &#224; travers les questions suivantes : doit-on enseigner la philosophie dans toutes les sections de l'enseignement g&#233;n&#233;ral, technologique, professionnel ? A raison de combien d'heures par semaine ? Doit-on enseigner la m&#234;me philosophie, &#224; travers les m&#234;mes programmes, et de la m&#234;me mani&#232;re, &#224; tous, ou faut-il penser un enseignement philosophique diff&#233;rent selon qu'il s'adresse &#224; des &#233;l&#232;ves de sections g&#233;n&#233;rales, de sections technologiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de ces deux enjeux de la d&#233;mocratisation s'est r&#233;v&#233;l&#233; tr&#232;s clivant dans la profession. Dans une premi&#232;re p&#233;riode, de 1945 &#224; 1968, et alors que d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire se jouait principalement dans la r&#233;forme de ses structures, c'est surtout le second enjeu, institutionnel, qui s'est impos&#233; comme l'enjeu principal de la profession, et c'est la strat&#233;gie collective de la profession qui a structur&#233; le champ de la pol&#233;mique professionnelle. Dans une seconde p&#233;riode, que nous faisons commencer en 1968, mais qui a connu un rebond important apr&#232;s 1981, &#224; une &#233;poque o&#249; le politique a voulu d&#233;mocratiser l'enseignement secondaire par des r&#233;formes p&#233;dagogiques, il n'est pas &#233;tonnant que c'est le premier enjeu, p&#233;dagogique, &#224; travers lequel les professeurs de philosophie se sont trouv&#233;s confront&#233;s au probl&#232;me de la d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire, de m&#234;me que c'est l'enjeu p&#233;dagogique qui a structur&#233; le champ de la pol&#233;mique professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons revenir rapidement sur chacun de ces deux enjeux et chacune de ces deux p&#233;riodes -enjeux qui se recoupent dans la question de la r&#233;forme des programmes -le programme &#233;tant un objet double, &#224; la fois institutionnel et p&#233;dagogique. Pas &#233;tonnant, d&#232;s lors, que la r&#233;forme des programmes de philosophie ait &#233;t&#233; le catalyseur de toutes les tensions suscit&#233;es par la d&#233;mocratisation d'un enseignement d'abord r&#233;serv&#233; aux &#233;lites et ayant pour vocation de former les &#233;lites du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai, pour clore ce propos introductif, qu'au d&#233;but de chacune de ces deux p&#233;riodes, en 1945, en 1968 (et, &#224; l'int&#233;rieur de la seconde p&#233;riode, en 1981 et en 1988), les conditions historiques &#233;taient favorables &#224; une d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire en g&#233;n&#233;ral, de l'enseignement philosophique en particulier ; dans les deux cas, les atermoiements politiques, les clivages syndicaux, les strat&#233;gies professionnelles ob&#233;issant &#224; des consid&#233;rations corporatives, le poids de l'enseignement secondaire traditionnel et des &#233;lites professionnelles ont fait &#233;chouer la d&#233;mocratisation de l'enseignement philosophique. Le r&#233;sultat est le suivant : la d&#233;mocratisation a &#233;t&#233; subie par des professeurs de philosophie largement sur la d&#233;fensive depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1950, que ce soit sur l'enjeu institutionnel ou ensuite p&#233;dagogique, ce qui a abouti &#224; une situation compl&#232;tement nou&#233;e : des professeurs frustr&#233;s par une d&#233;mocratisation per&#231;ue comme responsable d'un affaiblissement des exigences et du niveau des &#233;l&#232;ves, et donc, d'une d&#233;valorisation du travail et de l'image du professeur de philosophie, et qui luttent pour pr&#233;server ou r&#233;tablir un enseignement de culture de haut niveau, ce qui ne peut que nourrir leur frustration ; une profession qui n'ose pas changer, de peur de l&#226;cher prise et de s'abandonner &#224; une d&#233;mocratisation qui serait le tombeau de son excellence et de sa libert&#233;. Finalement, l'enjeu est bien celui-ci : la d&#233;mocratisation de l'enseignement philosophique, tant institutionnelle que p&#233;dagogique, aurait exig&#233; que les professeurs de philosophie renoncent &#224; leur identit&#233; lib&#233;rale ancienne pour assumer celle de professeurs de l'enseignement secondaire, exer&#231;ant non le m&#233;tier de philosophes, mais celui d'enseignants de philosophie, ayant collectivement &#224; repenser leur m&#233;tier et &#224; r&#233;pondre &#224; la soci&#233;t&#233; de l'utilit&#233;, de l'efficacit&#233; et de la justice de leur enseignement. Mais ils ont au contraire r&#233;sist&#233; aux mutations induites par la d&#233;mocratisation du lyc&#233;e et du public scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Les professeurs de philosophie face &#224; la r&#233;forme des structures de l'enseignement secondaire : d&#233;fendre la valeur scolaire et sociale de la classe de Philosophie et, &#224; travers elle, du corps des professeurs de philosophie, afin qu'ils professent collectivement au plus haut niveau possible aux meilleurs &#233;l&#232;ves possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1945 &#224; 1968, les professeurs de philosophie, constitu&#233;s en acteur collectif et m&#234;me en lobby par leur association professionnelle, ont men&#233; une strat&#233;gie toute enti&#232;re orient&#233;e vers le r&#233;tablissement de l'institution secondaire dans l'&#233;tat o&#249; elle &#233;tait en 1940, avec deux sections et deux baccalaur&#233;ats seulement (Philosophie et Math&#233;matiques &#233;l&#233;mentaires). Cette politique ou strat&#233;gie figure dans le code g&#233;n&#233;tique de l'Association des professeurs de philosophie de lyc&#233;e qui s'est &#224; nouveau r&#233;unie en 1945, avant de devenir l'APPEP deux ans plus tard : son combat pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et moraux des professeurs de philosophie passe par l'effort pour faire en sorte que la classe de Philosophie soit &#171; la classe terminale normale &#187;. De ce fait, elle va lutter pendant toutes ces ann&#233;es pour la restauration de cette classe contre la cr&#233;ation de nouvelles sections et de nouveaux baccalaur&#233;ats dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral (les sections et bacs sciences exp&#233;rimentales et sciences humaines), y voyant un d&#233;mant&#232;lement de la classe de Philosophie -et de la philosophie elle-m&#234;me, dans le cas o&#249; un enseignement de sciences humaines aurait &#233;t&#233; d&#233;livr&#233; en dehors d'un cours de philosophie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est dans ce but que l'association a &#233;labor&#233; une doctrine de l'enseignement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de son action collective fut de faire pression sur les pouvoirs publics pour qu'ils ne cr&#233;ent pas de nouvelles sections (notamment une section sciences humaine). Dans un champ rendu plus concurrentiel par la cr&#233;ation de nouvelles sections, et o&#249; la hi&#233;rarchie traditionnelle des disciplines &#233;tait en train de se retourner (les sciences et les techniques se valorisant par rapport aux disciplines de culture), l'APPEP a r&#233;sist&#233; autant qu'elle le pouvait &#224; la tendance sociale, encourag&#233;e par les pouvoirs publics, &#224; valoriser les section math&#233;matique et scientifique, et n'a pas m&#233;nag&#233; ses efforts pour conserver &#224; la classe de Philosophie le meilleur recrutement possible, et donc, la plus haute valeur sociale possible -valeur directement li&#233;e &#224; la qualit&#233; de son recrutement et au prestige des d&#233;bouch&#233;s offerts par la classe de Philosophie. Elle &#233;tait dans son r&#244;le, mais on ne peut s'emp&#234;cher &lt;i&gt;a posteriori &lt;/i&gt;de pointer les limites et l'&#233;chec du combat corporatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat, c'est que la d&#233;mocratisation a &#233;t&#233; subie par les professeurs de philosophie d'abord pour cette raison fondamentale qu'elle s'est accompagn&#233; d'un renversement de la hi&#233;rarchie des sections et des disciplines, renversement qui faisait que la philosophie &#233;tait de moins en moins enseign&#233;e dans la classe du m&#234;me nom, et qu'elle y &#233;tait enseign&#233;e au &#171; rebut &#187; d'une s&#233;lection scolaire qui voyait les meilleurs &#233;l&#233;ments s'orienter dans la section Math&#233;matiques et, secondairement, Sciences exp&#233;rimentales. Plus tard, la cr&#233;ation de sections technologiques et l'introduction progressive de l'enseignement de philosophie dans ces sections allaient renforcer la perception n&#233;gative de la d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire, associ&#233;e &#224; une d&#233;valorisation du travail de l'enseignant de philosophie - nourrissant une frustration voire une souffrance professionnelles (sympt&#244;mes d'une d&#233;mocratisation subie). Mais il faut bien voir que cette frustration n'est pas l'effet simple du changement qualitatif du public de l'enseignement de philosophie, mais l'effet conjugu&#233; de ce changement et de la strat&#233;gie d&#233;fensive et r&#233;active adopt&#233;e collectivement face &#224; ce changement depuis les premiers projets de r&#233;forme de l'enseignement secondaire, et sensible d&#232;s l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'APPEP de 1952.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toutes ces ann&#233;es, la profession, &#224; travers son association professionnelle alors unique, a lutt&#233;, &#224; contre-courant des r&#233;formes structurelles et institutionnelles de l'enseignement secondaire, pour que la classe de Philosophie, classe terminale &#171; normale &#187;, re-devienne une classe s&#233;lective, scolarisant des &#233;l&#232;ves rompus aux humanit&#233;s et destin&#233;s &#224; &#234;tre les futures &#233;lites de la France (les m&#233;decins, les professions lib&#233;rales, les &#233;lites intellectuelles, &#233;conomiques, administratives et politiques). Il convenait de leur donner une formation philosophique g&#233;n&#233;rale, un enseignement &#171; de r&#233;flexion et de culture &#187;, venant achever les humanit&#233;s classiques, une m&#233;taphysique humaniste sans m&#233;lange de sciences de l'homme. Si les mots ont un sens, la strat&#233;gie fut donc tr&#232;s exactement &#233;litiste, mais, on va le voir, un &#233;litisme guid&#233; par des int&#233;r&#234;ts corporatifs qui a toujours su id&#233;ologiquement se repr&#233;senter &#224; lui-m&#234;me sous les traits du progressisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres exemples peuvent &#233;tayer mon propos, o&#249; l'on voit l'APPEP se positionner par rapport aux r&#233;formes ou projets de r&#233;forme qui mettaient ou tentaient de mettre en place une nouvelle structure qui substituait &#224; l'ancienne organisation des enseignements par ordres (l'enseignement primaire pour le peuple, l'enseignement secondaire pour la bourgeoisie, le marqueur commun de l'enseignement secondaire et de l'appartenance &#224; la bourgeoisie &#233;tant les &#233;tudes de latin &#224; partir de la classe de 6e) une structure plus d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire, un large tronc commun au premier cycle du secondaire (ou en tout cas les deux premi&#232;res ann&#233;es du premier cycle), appel&#233; cycle d'orientation, suivi, au niveau du lyc&#233;e, par des sections diversifi&#233;es aux enseignements plus sp&#233;cialis&#233;s, davantage d&#233;termin&#233;s par les besoins en sp&#233;cialisation de l'enseignement universitaire et de la structure des emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la cr&#233;ation d'un tronc commun ou cycle d'orientation de deux ou de quatre ans, la franco-ancienne, association des professeurs de lettres classiques, fut en premi&#232;re ligne sur le front des opposants. Elle fut particuli&#232;rement active pour faire &#233;chouer le plan Billi&#232;res, en 1956, qui fut sans doute, de tous les plans de r&#233;forme institutionnelle lanc&#233;s par la 4eR&#233;publique, le plus proche, par son inspiration, du plan Langevin-Wallon de la Lib&#233;ration. Elle s'opposa avec la derni&#232;re &#233;nergie &#224; ce que l'enseignement du latin fut diff&#233;r&#233; au d&#233;but de la classe de 5e, voire de 4e, au nom des exigences du tronc commun, et de l'unification de l'ancien ordre primaire et secondaire. Bien que moins directement concern&#233;e, l'APPEP se solidarisa avec la franco-ancienne -mais aussi les commissions p&#233;dagogiques du SNES et la Soci&#233;t&#233; des agr&#233;g&#233;s (l'action des associations professionnelles doit en effet &#234;tre replac&#233;e dans le contexte plus large et symbiotique d'un champ o&#249; agissent les acteurs syndicaux et les associations cat&#233;gorielles). La position de l'APPEP a &#233;t&#233; command&#233;e par la pr&#233;occupation de l'impact que pourrait avoir sur le recrutement des &#233;l&#232;ves de la classe de Philosophie par la cr&#233;ation d'un cycle d'orientation au niveau du premier cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit bien, dix ans plus tard, &#224; lire le rapport moral de l'ag de l'APPEP du 29 mai 1966, juste apr&#232;s la cr&#233;ation des CES : on craint &#171; une nouvelle d&#233;gradation du niveau de nos classes &#187;. L'analyse de Morfaux, pr&#233;sident de l'APPEP de l'&#233;poque, emprunte enti&#232;rement au cadre d'analyse de l'organisation des enseignements cliv&#233;e en ordres de la 3e r&#233;publique. Il craint l'introduction dans les classes d'&#233;l&#232;ves incapables de &#171; s'adapter aux m&#233;thodes de la r&#233;flexion personnelle et d&#233;sint&#233;ress&#233;e &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis-Marie Morfaux, Revue de l'enseignement philosophique, avril-mai 1966, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La position est contradictoire : on est pour la d&#233;mocratisation, sur le principe, mais on veut conserver dans les classes de philosophie le public scolairement choisi d'autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se r&#233;sout la contradiction ? Par une rh&#233;torique professionnelle, qui fait glisser la sourde opposition &#224; la d&#233;mocratisation sociale du public scolaris&#233; dans les classes de philosophie sur le terrain politique o&#249; le professeur de philosophie, garant de la d&#233;mocratie par la formation g&#233;n&#233;rale et r&#233;flexive du citoyen, s'oppose &#224; un pouvoir modernisateur soucieux de former des sp&#233;cialistes qui ne laisse plus de place &#224; la libert&#233; d'esprit. Plus tard, dans les ann&#233;es 1970 et contre la r&#233;forme Haby, on fustigera une r&#233;forme &#171; technocratique &#187; ; plus tard, dans les ann&#233;es 1990, on fustigera des politiques &#171; n&#233;o-lib&#233;rales &#187;. Demi-v&#233;rit&#233;s : la r&#233;forme des structures scolaires a certes ob&#233;i, surtout sous les gouvernements de droite, &#224; la volont&#233; modernisatrice dont le souci principal &#233;tait de r&#233;pondre aux besoins de l'&#233;conomie fran&#231;aise. Mais c'est le m&#234;me argument qui &#233;tait adress&#233; &#224; celles des r&#233;formes qui r&#233;pondaient &#224; une intention v&#233;ritablement d&#233;mocratique (on consid&#232;re que c'est le cas de la r&#233;forme Haby en 1975, comme c'&#233;tait celui de la r&#233;forme Billi&#232;res, en 1956).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentaire montre vite ses limites. En effet, qui condamne &#224; l'enseignement &#233;troitement sp&#233;cialis&#233; et compartiment&#233; de l'enseignement technique ceux des &#233;l&#232;ves jug&#233;s inaptes &#224; suivre un enseignement de culture g&#233;n&#233;rale et de r&#233;flexion ? Qui valide, par ce type de discours, une d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire qui reconduit, en r&#233;alit&#233;, toutes les anciennes hi&#233;rarchies qui s&#233;paraient entre eux les ordres scolaires (le secondaire, d'un c&#244;t&#233;, le primaire et le technique, de l'autre) ? De ce point de vue, la lutte du philosophe contre le pouvoir n'est qu'une posture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours de l'APPEP est symptomatique du fait que la d&#233;mocratisation sociale de l'enseignement secondaire n'a pas &#233;t&#233; bien accept&#233;e par nombre de professeurs de philosophie -qui n'y ont vu que le danger que &#171; le niveau baisse &#187;-, et du fait que le projet politique de d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire n'a lui-m&#234;me jamais fait que composer avec ces r&#233;sistances professionnelles de nature corporative et avec la stratification sociale, et qu'il a pour l'essentiel reconduit l'in&#233;galit&#233; de la soci&#233;t&#233; des ordres scolaires sous le r&#233;gime d'un syst&#232;me unifi&#233; qui avait officiellement aboli ces ordres mais les a en fait reconduits &#224; travers la diversit&#233; hi&#233;rarchis&#233;e des sections et des fili&#232;res .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les professeurs de philosophie face &#224; la r&#233;forme p&#233;dagogique de l'enseignement de philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet enjeu a fait l'objet d'une pol&#233;mique particuli&#232;rement forte chez les professeurs de philosophie, on le sait, apr&#232;s 1968 et apr&#232;s 1981. A partir de cette derni&#232;re date, en effet, les pouvoirs publics ont moins touch&#233; aux structures de l'enseignement secondaire qu'ils n'ont voulu le d&#233;mocratiser par des r&#233;formes p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans les ann&#233;es qui ont suivi 1968, les professeurs de philosophie ont &#233;t&#233; nombreux &#224; exprimer leur d&#233;sir de faire droit &#224; la p&#233;dagogie, et pas seulement &#224; la culture, dans l'enseignement de la philosophie, plus exactement, le d&#233;sir de faire droit &#224; une p&#233;dagogie non autoritaire oppos&#233;e &#224; une culture dont la transmission se soutenait de toute l'autorit&#233; d'une institution qui avait &#233;t&#233; remise en cause. Dans un premier temps, la profession a fait droit &#224; ce d&#233;sir et &#224; cette demande. Cela tient aussi &#224; la personnalit&#233; des inspecteurs g&#233;n&#233;raux d'alors, &#224; l'image de Robert Tric, qui organisa en mars 1970 les Journ&#233;es de S&#232;vres pour d&#233;battre des changements p&#233;dagogiques &#224; apporter &#224; l'enseignement de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les leaders de la profession (responsables de l'APPEP et inspecteurs g&#233;n&#233;raux, men&#233;s par Etienne Borne et Jacques Muglioni) n'ont pas tard&#233; &#224; mettre bon ordre &#224; tout cela - d&#232;s 1971, on trouve dans la revue de l'APPEP les premi&#232;res charges de Jean Lefranc et de Patrice Henriot contre les p&#233;dagogues. L'enjeu est, l&#224; encore, de maintenir un enseignement de philosophie du plus haut niveau possible, mais aussi d'emp&#234;cher la dissolution de l'enseignement disciplinaire. La r&#233;novation p&#233;dagogique portait une attaque directe contre les clivages disciplinaires. La d&#233;fense de la philosophie, d'un enseignement disciplinaire &#171; pur et dur &#187; de la philosophie, aveugle &#224; la composition sociologique du public scolaris&#233;, fut oppos&#233;e &#224; la r&#233;novation p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce que l'enseignement est toujours l'enseignement de quelque chose, et de la n&#233;cessaire critique &#224; l'&#233;gard d'une revendication p&#233;dagogique o&#249; le &#171; groupe &#187; n'avait plus &#224; faire qu'&#224; lui-m&#234;me, on est pass&#233; &#224; l'id&#233;e que &#171; la philosophie est &#224; elle-m&#234;me sa propre p&#233;dagogie &#187; -v&#233;ritable mot d'ordre qui signifiait l'ill&#233;gitimit&#233; de tout questionnement p&#233;dagogique instruit des outils r&#233;flexifs et critiques apport&#233;s par la psychologie, la sociologie et, en g&#233;n&#233;ral, les sciences de l'&#233;ducation. Les sociologues avaient soulign&#233; que la non-p&#233;dagogie de l'enseignement secondaire traditionnel favorisait en r&#233;alit&#233; les &#233;l&#232;ves que leur socialisation avait pourvus des dispositions n&#233;cessaires pour r&#233;ussir &#224; l'&#233;cole. Qu'&#224; cela ne tienne. Les philosophes balay&#232;rent d'un revers de la main la question p&#233;dagogique et, ni&#232;rent que la question sociale se pose au sein de l'enseignement philosophique. En m&#234;me temps, les autorit&#233;s professionnelles assumaient de mani&#232;re dogmatique un discours totalement a- sociologique, qui allait bient&#244;t tourner &#224; l'id&#233;alisation de l'&#201;cole de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout apr&#232;s 1981 que la pol&#233;mique s'est envenim&#233;e, lorsque le pouvoir politique reprit la politique de d&#233;mocratisation non plus en r&#233;formant les structures, mais en voulant r&#233;former la p&#233;dagogie -et en prenant les &#171; p&#233;dagogues &#187; comme alli&#233;s. La r&#233;novation p&#233;dagogique n'&#233;tait plus le fait de quelques exp&#233;rimentateurs &#171; gauchistes &#187;, mais du Minist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passerai plus vite sur les enjeux p&#233;dagogiques de la d&#233;mocratisation de l'enseignement de philosophie, car ils sont bien connus, surtout des membres de l'ACIREPH. Ils se sont cristallis&#233;s essentiellement sur la question de la progressivit&#233; ou de l'extension de l'enseignement de la philosophie, en amont et en aval de la classe terminale ; sur la question de la d&#233;termination des programmes (un programme de probl&#232;mes et non de notions, trop vague et ne permettant pas une pr&#233;paration s&#233;rieuse des candidats, ce qui offre un avantage au candidat verbalement dou&#233;) ; sur la question de la nature des &#233;preuves d'examen et de leur finalit&#233; (discriminer les meilleurs &#233;l&#232;ves ou permettre la r&#233;ussite du plus grand nombre). Toutes ces questions ont &#233;t&#233; au c&#339;ur de la querelle des programmes qui a vu la profession s'affronter aux pouvoirs publics et se diviser en son propre sein de mani&#232;re chronique entre 1989 et 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur toutes ces questions, la d&#233;mocratisation de l'enseignement philosophique demandait qu'on l'on accept&#226;t les postulats sociopolitiques suivants : que les d&#233;terminismes sociaux ne s'arr&#234;tent pas &#224; la porte de l'&#233;cole ; que la r&#233;ussite scolaire des &#233;l&#232;ves est corr&#233;l&#233;e &#224; leur milieu social ; que l'&#233;cole ne doit demander que ce qu'elle a donn&#233; aux &#233;l&#232;ves, afin de donner une &#233;galit&#233; des chances non fauss&#233;e &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils furent rejet&#233;s. On leur opposa des doctrines et des dogmes, dont la fonction &#233;tait d'enjoindre aux professeurs de philosophie d'enseigner leur discipline sans rabattre de leurs exigences ; de garantir &#224; l'enseignement de philosophie la cl&#244;ture disciplinaire s&#233;curisante qui leur permet d'enseigner l&#233;gitimement la philosophie savante, et qui rejette dans l'ill&#233;gitimit&#233; ceux qui seraient tent&#233;s, confront&#233;s &#224; un public populaire, de renoncer &#224; la philosophie savante au profit de d&#233;bats ou de questions de soci&#233;t&#233; (alors que, sur ces deux premiers points, il s'imposait davantage, tout en d&#233;non&#231;ant les d&#233;rives d&#233;magogiques de certaines p&#233;dagogies, de d&#233;terminer davantage la d&#233;clinaison de la discipline universitaire et savante qu'est la philosophie en discipline scolaire &#224; l'&#233;preuve d'un public populaire) ; de replier l'une sur l'autre la libert&#233; philosophique (qui ne fait qu'un avec la libert&#233; de penser propre &#224; chaque homme) et la libert&#233; p&#233;dagogique du professeur ; enfin, au nom de cette derni&#232;re, de maintenir une organisation individualiste et s&#233;lective de l'enseignement de philosophie, pour les &#233;l&#232;ves comme pour les ma&#238;tres, de promouvoir comme seul enseignement l&#233;gitime un enseignement &#171; de r&#233;flexion et de culture &#187; et, comme seuls exercices l&#233;gitimes, ceux qui permettent de mesurer l'intelligence et la culture des candidats, non de v&#233;rifier que des connaissances ont &#233;t&#233; transmises et acquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le postulat de ces doctrines et de ces dogmes consistait en un id&#233;alisme philosophique et politique abstrait qui voyait dans chaque &#233;l&#232;ve une pure raison en attente d'&#234;tre instruite. Cet id&#233;alisme r&#233;cusait d'autorit&#233; la critique sociologique de l'&#233;cole, qui pointait particuli&#232;rement la non p&#233;dagogie et le rapport &#224; la culture de l'enseignement secondaire traditionnel comme les principales m&#233;diations scolaires de la reproduction et de la l&#233;gitimation de l'in&#233;galit&#233; sociale. A la critique sociale fut oppos&#233;e une morale professionnelle faite de volontarisme, qui faisait d&#233;pendre du seul professeur la r&#233;ussite ou l'&#233;chec de son enseignement : d'une mani&#232;re toute kantienne, on d&#233;duisait du simple devoir d'enseigner la philosophie la possibilit&#233; de le faire, et les &#233;checs de l'enseignement de la philosophie n'&#233;taient en rien imputables &#224; une inad&#233;quation de son enseignement et de ses exercices traditionnels avec les &#233;l&#232;ves d'une institution d&#233;mocratis&#233;e, mais &#224; la seule d&#233;mission de professeurs qui auraient renonc&#233; &#224; enseigner. On aura reconnu le discours de Jacques Muglioni, qui, &#224; partir des ann&#233;es 1970, aura form&#233; en profondeur les repr&#233;sentations et la strat&#233;gie de l'inspection g&#233;n&#233;rale jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 2000, ainsi que celle des leaders de l'APPEP et de nombreux professeurs de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'enjeu p&#233;dagogique, on peut ajouter que la profession a ex&#233;cut&#233; la m&#234;me man&#339;uvre de diversion que pour l'enjeu institutionnel : la d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire a &#233;t&#233; escamot&#233;e et les r&#233;formes de l'enseignement de la philosophie qu'elle rendait n&#233;cessaires ont &#233;t&#233; ajourn&#233;es au profit d'une posture qui assurait au professeur le profit symbolique d'&#234;tre l'ultime rempart de la d&#233;mocratie politique et de la pens&#233;e libre, et d'&#234;tre dans sa classe le seul ma&#238;tre apr&#232;s Dieu -et apr&#232;s son Inspecteur. On peut estimer que le prix collectivement pay&#233; pour avoir tenu cette posture et les profits symboliques qui lui sont attach&#233;s a &#233;t&#233; tr&#232;s cher : il est pay&#233; par les &#233;l&#232;ves qui ne trouvent pas dans l'enseignement philosophique un enseignement qui r&#233;ponde &#224; leurs besoins -besoins qu'il revient &#224; la soci&#233;t&#233;, au niveau de l'enseignement secondaire, et non aux seuls universitaires ou &#224; la seule inspection g&#233;n&#233;rale de d&#233;finir- ; il est pay&#233; par les professeurs qui &#233;prouvent la difficult&#233; qu'il y a &#224; enseigner la philosophie aujourd'hui, l'amertume de corriger des dissertations ineptes en fin d'ann&#233;e, et qui ont souvent l'impression de participer &#224; une farce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***********&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, on passera vite sur la crise de l'enseignement philosophique, surtout dans les sections technologiques -le diagnostic en a &#233;t&#233; fait depuis longtemps, encore faut-il avoir la volont&#233; de le reconna&#238;tre ; sur les contradictions d'une profession qui pose un droit universel &#224; la philosophie, mais qui ne s'empresse pas d'&#233;tendre l'enseignement de la philosophie &#224; l'enseignement professionnel ; qui collectivement pose le droit des &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques &#224; la philosophie, mais qui, individuellement, cherche &#224; &#233;viter d'y enseigner. Le discours du droit et des grands principes politiques abstraits, les injonctions morales en guise de formation p&#233;dagogique n'ont &#224; l'&#233;vidence pas pris la mesure de la d&#233;mocratisation effective de l'enseignement secondaire, mais ont provoqu&#233; l'anomie, et encourag&#233; l'hypocrisie et le sauve-qui-peut g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La profession a escamot&#233; la d&#233;mocratisation sociale du secondaire pour des raisons id&#233;ologiques et corporatives depuis bient&#244;t soixante-dix ans. Mais on ne peut pas faire qu'elle n'existe pas ; aussi, tout le monde la subit : les professeurs et les &#233;l&#232;ves, au quotidien, &#224; travers l'exp&#233;rience de passions tristes. Simplement, on la subit plus ou moins : certains sont en premi&#232;re ligne, d'autres &#224; l'arri&#232;re. La d&#233;mocratisation, comme la guerre, ne sera-t-elle bient&#244;t plus voulue que par les planqu&#233;s ? Si on veut &#233;viter cela, il est urgent de penser un enseignement philosophique pour tous, &#224; partir d'un id&#233;al d&#233;mocratique politique, dont on ne d&#233;duira pas les principes pratiques de l'&#233;litisme r&#233;publicain (la s&#233;lection des meilleurs), mais qu'on accordera &#224; la d&#233;mocratisation sociale effective de l'enseignement secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici, on ne peut pas s'arr&#234;ter &#224; invoquer le conservatisme d'une profession ou d'une corporation. En r&#233;alit&#233;, comme on le sugg&#233;rait &#224; la fin de notre premi&#232;re partie, les ambigu&#239;t&#233;s du rapport des philosophes &#224; une d&#233;mocratisation qu'ils se sont mis dans la situation de subir, parce qu'ils y ont activement r&#233;sist&#233;, ont partie li&#233;e avec les limites d'une d&#233;mocratisation inaboutie, qui reconduit, avec la hi&#233;rarchie des fili&#232;res et des sections d'un syst&#232;me scolaire unifi&#233;, les fonctions sociales in&#233;galitaires que remplissait autrefois une organisation des enseignements en ordre. Les n&#233;cessaires changements p&#233;dagogiques dont a besoin l'enseignement de la philosophie ne changeront rien sans une non moins n&#233;cessaire r&#233;forme des structures des sections et des fili&#232;res, dont on voit bien chaque jour que leur justification p&#233;dagogique est inversement proportionnelle &#224; la fonction sociale qu'elles remplissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; BOILLOT&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est dans ce but que l'association a &#233;labor&#233; une doctrine de l'enseignement philosophique. Parmi les points de cette doctrine, la revendication d'une &#171; orientation selon les aptitudes &#187; et non d'une &#171; orientation selon les carri&#232;res &#187; qu'elle jugeait se mettre en place avec la diversification des fili&#232;res. En y regardant de plus pr&#232;s, dans cette doctrine &#233;labor&#233;e au milieu des ann&#233;es 1950, on d&#233;couvre que l'enjeu &#233;tait de diriger &#224; nouveau vers la classe de Philosophie les meilleurs &#233;l&#232;ves qui l'abandonnaient d&#233;j&#224; au profit de la classe de Math&#233;matiques, et d'assurer en r&#233;alit&#233; aux &#233;l&#232;ves de la classe de Philosophie les &#171; carri&#232;res &#187; &#224; l'acc&#232;s duquel ouvrait d&#233;sormais les classes de Math&#233;matiques et de Sciences exp&#233;rimentales (m&#233;decine, droit, &#233;coles de commerce, hauts fonctionnaires, cadres sup&#233;rieurs de l'industrie et du commerce).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis-Marie Morfaux, &lt;i&gt;Revue de l'enseignement philosophique&lt;/i&gt;, avril-mai 1966, pp. 45-46&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre des programmes : pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-presentation-generale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-presentation-generale</guid>
		<dc:date>2013-08-15T09:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Sujets</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pr&#233;sentation de cette histoire, la s&#233;lection des textes et leur organisation est faite par Serge Cosp&#233;rec. Quelques mots &#224; ce sujet. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; je parle. Je suis professeur agr&#233;g&#233; de philosophie, j'ai &#233;t&#233; adh&#233;rent de l'APPEP (une dizaine d'ann&#233;es). Je me suis int&#233;ress&#233; &#224; l'enseignement de la philosophie, &#224; son histoire et ses r&#233;formes &#224; partir de 1990 (avec le projet Derrida-Bouveresse). De 1998 &#224; 2002, j'ai &#233;t&#233; responsable du Groupe Philosophie du SNES o&#249; j'ai poursuivi l'important travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;La guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/sujets" rel="tag"&gt;Sujets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La pr&#233;sentation de cette histoire, la s&#233;lection des textes et leur organisation est faite par Serge Cosp&#233;rec. Quelques mots &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; je parle. Je suis professeur agr&#233;g&#233; de philosophie, j'ai &#233;t&#233; adh&#233;rent de l'APPEP (une dizaine d'ann&#233;es). Je me suis int&#233;ress&#233; &#224; l'enseignement de la philosophie, &#224; son histoire et ses r&#233;formes &#224; partir de 1990 (avec le projet Derrida-Bouveresse). De 1998 &#224; 2002, j'ai &#233;t&#233; responsable du Groupe Philosophie du SNES o&#249; j'ai poursuivi l'important travail de r&#233;flexion initi&#233; par mes pr&#233;d&#233;cesseurs. La bataille autour des programmes Renaut a &#233;t&#233; fatale. Le SNES, apr&#232;s les avoir soutenus, a d&#251; se r&#233;soudre &#224; abandonner la r&#233;forme ; les pol&#233;miques divisaient trop profond&#233;ment ses adh&#233;rents dont la majorit&#233; jusque-l&#224; progressiste a rejoint la coalition des opposants &#224; la r&#233;forme. J'ai alors quitt&#233; le Groupe Philo du SNES et rejoint l'ACIREPh dont je suis toujours adh&#233;rent. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire racont&#233;e ici est faite par un acteur engag&#233;. Je ne pr&#233;tends pas &#224; l'improbable impartialit&#233; de l'observateur. Il existe une &#171; histoire officielle &#187; de cette p&#233;riode, faite par les conservateurs, bien peu respectueuse des faits ; elle nourrrit la m&#233;moire fantasmatique de la corporation. Chacun pourra consulter ici les &#233;l&#233;ments occult&#233;s ou d&#233;form&#233;s par &#171; l'histoire officielle &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre des programes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-1' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 1 : 1975 - 1984 : Les &#201;tats g&#233;n&#233;raux de la philosophie et la naissance du GREPh&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 2 : 1985 - 1990 : Le Rapport Derrida - Bouveresse - les d&#233;bats et pol&#233;miques&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 3 : 1991 - 1992 : Le projet de programmes du GTD pr&#233;sid&#233; par Jean-Marie Beyssade&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-4' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 4 : 1994 - 1998 : Le projet de programmes du GTD pr&#233;sid&#233; par Lucien et Dagognet&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-guerre-des-programmes-acte-5' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Acte 5 : 1998 - 2002 : Les programmes Renaut : des premiers d&#233;bats &#224; leur liquidation&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Acte 6 : 2002 - 2004 : Restauration et glaciation : les programmes Fichant-Kambouchner &#8212; &#192; venir&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour une histoire critique de l'enseignement philosophique&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La discipline qui se targue d'&#234;tre la plus consciente et la plus critique de toutes est aussi celle qui se r&#233;v&#232;le &#224; peu pr&#232;s toujours, en pratique, la plus conservatrice et la plus imperm&#233;able &#224; toute id&#233;e de r&#233;forme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right&#034;&gt;
Jacques Bouveresse
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enseignement de philosophie ne s'est jamais remis de la r&#233;forme de 1973 dont les principes continuent de r&#233;gir les programmes fran&#231;ais de philosophie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e un certain nombre de sujets de baccalaur&#233;at d&#233;concertent &#233;l&#232;ves et enseignants. Chaque ann&#233;e les correcteurs r&#233;unis en commissions d'&#233;valuation des copies d&#233;sesp&#232;rent : la majorit&#233; des copies ne r&#233;pondent pas aux attentes de l'&#233;preuve de philosophie comme en t&#233;moigne les moyennes obtenues m&#234;me apr&#232;s une harmonisation indulgente des notes. Les m&#234;mes explications reviennent sans cesse incriminant la l'effondrement du niveau des &#233;l&#232;ves, le d&#233;litement de la soci&#233;t&#233; et de l'&#233;cole. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces explications emp&#234;chent de reconna&#238;tre que l'origine du mal est ailleurs : dans la nature des programmes qui, depuis 1973, se refusent &#224; d&#233;terminer les probl&#232;mes que doivent &#233;tudier les &#233;l&#232;ves. La r&#233;forme de 1973 institue en effet une rupture majeure avec les programmes ant&#233;rieurs :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le classique programme de &#171; questions &#187; est remplac&#233; par un programme de &#171; notions &#187; laissant au professeur la libert&#233; d'&#233;laborer les &#171; probl&#232;mes &#187; de son choix auxquelles celles-ci seront artificiellement rattach&#233;es ; libert&#233; inou&#239;e et in&#233;dite d'inventer un programme de son cr&#251; et autant de programmes &#224; l'arriv&#233;e qu'il y a d'enseignants.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la liste des oeuvres est remplac&#233;e par une liste d'auteurs (toujours plus extensive) offrant &#224; chaque professeur la possibilit&#233; de piocher des textes dans la quasi-totalit&#233; du corpus philosophique, au moins occidental et le plus souvent tr&#232;s continental. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la r&#233;forme de 1973 s'accompagne aussi d'une doctrine de l'enseignement (&#233;labor&#233;e conjointement par l'Inspection G&#233;n&#233;rale de l'&#233;poque et l'APPEP) qui d&#233;cr&#232;te que chaque professeur de philosophie est d&#233;sormais un &#171; philosophe &#187;, et se doit de l'&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis ces changements, on constate que les &#233;l&#232;ves sortent du lyc&#233;e sans acqu&#233;rir la moindre culture philosophique, cette culture constitu&#233;e par la connaissance des probl&#232;mes classiques de philosophie dont l'&#233;tude constituait l'objet m&#234;me d'une classe de philosophie jusque dans les ann&#233;es 60. Plus personne ne peut dire ce qu'un &#233;l&#232;ve de classe de philosophie est cens&#233; savoir au terme d'une ann&#233;e de philosophie, en dehors de formules creuses du type &#171; il apprend &#224; r&#233;fl&#233;chir &#187;, &#171; &#224; penser &#187;, il apprend la &#171; libert&#233; &#187;, etc. ; ce que le vacuit&#233; philosophique sid&#233;rale des copies du bac atteste&#8230; sans que les &#233;l&#232;ves y soient pour rien, pr&#233;cisons-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi consiste la rupture ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1973, il va de soi que le professeur de philosophie traite de &#171; questions &#187; de philosophie et n'a d'autre libert&#233; que celle de l'ordre dans lequel il les traite. Ces &#171; questions &#187; renvoient &#224; des probl&#232;mes notoirement reconnus comme tels, c'est-&#224;-dire ceux que les philosophes ont &#233;labor&#233; dans leurs &#339;uvres et qui constituent l'histoire de la philosophie. L'&#233;tude des &#171; questions &#187; (ou &#171; notions &#187; si l'on veut) est subordonn&#233;e au texte des Auteurs et le &#171; philosopher &#187; &#224; l'histoire de la philosophie. Il ne viendrait &#224; l'id&#233;e d'aucun professeur de se prendre pour un &#171; philosophe &#187; et d'ajouter ainsi son nom &#224; la liste des Auteurs. La r&#233;forme de 1973 renverse cette logique : le professeur de philosophie devenu &#171; Philosophe &#187; a &#171; le devoir de penser devant sa classe &#187; r&#233;p&#232;tent en ch&#339;ur Inspection G&#233;n&#233;rale et APPEP. L'&#233;tude des Auteurs est subordonn&#233;e &#224; celle &#171; notions &#187; (le terme &#171; question &#187; a symptomatiquement disparu) qui l'est elle- m&#234;me au &#171; philosopher &#187; du professeur. En effet, c'est au Ma&#238;tre de Philosophie de penser et d'&#233;laborer sa &#171; probl&#233;matique &#187; o&#249; viendront s'ordonner les notions, les auteurs et l'histoire de la philosophie. Ce qui signifie concr&#232;tement, que puisant ad libitum dans le catalogue des &#034;Notions-du- Programme&#034;, le Ma&#238;tre de Philosophie y pr&#233;l&#232;ve de quoi fabriquer astucieusement une &#034;probl&#233;matique&#034; qu'il feint de d&#233;couvrir et d'&#233;tudier rationnellement en pensant, magistralement, &#171; devant ses &#233;l&#232;ves &#187; ; c'est la &#171; Le&#231;on &#187;, mod&#232;le p&#233;dagogique unique aussit&#244;t impos&#233; &#224; tous ; et l'Inspection y veille. La r&#233;forme de 1973 s'accompagne, rel&#232;ve le GREPH, d'une nouvelle compr&#233;hension de la &#171; libert&#233; &#187; du professeur qui &#171; l'autorise &#224; qualifier d'&#034;&#233;tude de notion&#034; un monologue magistral proc&#233;dant d'amalgames syncr&#233;tiques et de juxtaposition rhapsodique de th&#232;mes disparates et de r&#233;f&#233;rences h&#233;t&#233;rog&#232;nes [&#8230;] o&#249; se combinent fictivement les champs s&#233;mantiques et les contextes, faisant arbitrairement abstraction s&#233;lective, pour les besoins de la &#034;probl&#233;matique&#034;, des situations de communication et des domaines d'usage pertinent du langage &#187;. Le souci qui gouvernait la r&#233;forme de 1973, &#233;tait certes, l&#233;gitime : &#233;viter que un enseignement r&#233;duit &#224; des &#171; questions de cours &#187; poussant les &#233;l&#232;ves &#224; apprendre des r&#233;sum&#233;s doctrinaux, &#224; l'exemple de ce que l'on pouvait trouver dans les manuels en usage (comme le Cuvillier, le Mury &amp; Oriol, le Vergez Huisman). Mais, c'&#233;tait se tromper le diagnostic et le moyen d'y rem&#233;dier. Tout enseignement peut tourner &#224; la revue doctrinale y compris avec un programme de notions. Ce n'est pas l'&#233;tude des probl&#232;mes classiques de philosophie qui en en &#233;tait en soi la cause, mais bien la mani&#232;re dogmatique de pratiquer les programmes et l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesurons bien la diff&#233;rence institutionnelle introduite par la r&#233;forme de 1973. De 1902 &#224; 1960, la formule en t&#234;te des programmes est la suivante : &#171; l'ordre et les divisions du programme n'encha&#238;nent pas la libert&#233; du professeur ; il suffit que les questions qui y figurent soient toutes trait&#233;es &#187;. &#192; partir de 1973, elle devient : &#171; L'&#233;tude des notions est toujours d&#233;termin&#233;e par des probl&#232;mes philosophiques dont le choix et la formulation sont laiss&#233;s &#224; l'initiative des professeurs. Les notions qui figurent sous chacun des titres indiquent non pas des chapitres successifs, mais des directions dans lesquelles la recherche et la r&#233;flexion sont invit&#233;es &#224; s'engager. &#187; Un non-programme corr&#233;lat de l'ahurissante libert&#233; programmatique. Avant 1973, les professeurs ont la libert&#233; de l'ordre de traitement des questions. C'est bien de cette libert&#233; que met en avant la circulaire de 1925 (dite &#171; Instructions &#187; d'Anatole de Monzie) qui accompagne des programmes de questions de 1923 : &#034;Le professeur est libre de sa m&#233;thode comme de ses opinions&#034;. Il est clair qu'il s'agit de libert&#233; m&#233;thodologique. Le texte distingue d'ailleurs, tr&#232;s explicitement, d'une part, &#034;La m&#233;thode&#034;, et, d'autre part, &#034;La mati&#232;re de l'enseignement&#034;, &#224; propos de laquelle il n'est aucunement fait mention de la &#034;libert&#233;&#034; du professeur. Cette libert&#233; de m&#233;thode et d'opinion n'est pas libert&#233; d&#233;cider arbitrairement du programme, c'est la libert&#233; acad&#233;mique (ou doctrinale : le professeur est libre de ses r&#233;f&#233;rences et conclusions) et la libert&#233; p&#233;dagogique (ou didactique, le choix de la m&#233;thode d'enseignement). La libert&#233; du professeur n'a jamais &#233;t&#233; une libert&#233; programmatique parce que c'est incompatible avec un enseignement scolaire. Et c'est pourtant cette libert&#233; d'inventer soi-m&#234;me son programme qui est donn&#233; par la r&#233;forme de 1973 et son commentaire par l'Inspection et l'APPEP. Disposition &#244; combien d&#233;sastreuse. La liste de notions devient cette suite de &#171; mots &#187; interpr&#233;tables selon la complexion intellectuelle de chaque professeurs, voire de ses marottes. Le &#034;programme de notions&#034; &#233;quivaut, de fait, &#224; une absence totale de programme. La cons&#233;quence en est qu'il y a autant d'enseignements scolaires dits de &#034;philosophie&#034; (parfaitement h&#233;t&#233;rog&#232;nes et disparates quant au &#034;contenu&#034;) qu'il y a d'enseignants. L'al&#233;atoire des &#233;preuves du baccalaur&#233;at. Les r&#233;percussions sur la validit&#233; nationale et la cr&#233;dibilit&#233; de l'examen final sont imm&#233;diates : le baccalaur&#233;at est devenu impr&#233;parable (rien n'est exclu, tout sujet est possible) et les &#233;l&#232;ves en sont r&#233;duits chaque ann&#233;e &#224; esp&#233;rer un miracle : qu'un des trois sujets qui &#171; tombent &#187; ne soit pas trop &#233;loign&#233; des probl&#233;matiques librement choisies et invent&#233;es par son professeur. L'al&#233;atoire n'est pas la notation (comme le croient les &#233;l&#232;ves) mais dans la rencontre entre ce qui a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; pendant l'ann&#233;e et les sujets de l'examen, un programme de &#171; notions &#187; ne circonscrivant rigoureusement rien. Les critiques de l'&#233;preuve de philosophie - la &#171; loterie du bac &#187; dira m&#234;me un Ministre &#8211; deviennent r&#233;currentes et fragilisent la philosophie (est-ce un complet hasard si deux ans apr&#232;s l'adoption de cette r&#233;forme une nouvelle r&#233;forme pr&#233;voit de faire glisser la philosophie en 1&#232;re et de la rendre optionnelle en Terminale ?). La dissertation impossible. La dissertation, &#171; invent&#233;e &#187; sous la Troisi&#232;me R&#233;publique pour en finir avec les questions de cours, devient impraticable. Disserter sur un probl&#232;me que l'on conna&#238;t est possible ; disserter sur un probl&#232;me que l'on d&#233;couvre le jour du baccalaur&#233;at, sans connaissance particuli&#232;re des attendus et pr&#233;suppos&#233;s, des enjeux, des th&#232;ses possibles, etc., est strictement impossible. La fiction du &#171; penser par soi-m&#234;me &#187; entretient l'illusion - p&#233;dagogiste pour le coup - qu'un &#233;l&#232;ve pourrait traiter n'importe quel sujet en toute ignorance de cause. L'&#233;l&#232;ve est suppos&#233; dou&#233; d'une facult&#233; de r&#233;flexion, absolument autonome, &#233;ternelle, impersonnelle et capable de s'exercer spontan&#233;ment sur n'importe quel sujet. Le mot d'ordre de la p&#233;dagogie officielle est devenu : &#171; apprendre &#224; philosopher &#187; sans philosophie ni philosophes, c'est-&#224;-dire &#171; apprendre &#224; apprendre &#187; sans rien apprendre. La dissertation a donc aussi chang&#233; de nature : d'exercice de r&#233;flexion sur un probl&#232;me connu parce que classique (&#233;tudi&#233; dans les classes), elle est devenue exercice de pure invention, exercice de &#171; philosopher &#187; hors sol avec le succ&#232;s que l'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tentative de r&#233;forme et r&#233;action corporatiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t les professeurs de philosophie mesurent les impasses de ce type de programme. Ren&#233; Poirier (alors membre de l'Institut, professeur &#224; la Sorbonne) s'inqui&#232;te du changement intervenu depuis &#224; peine deux ans :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; ce qu'on nous demande trop souvent, en ce moment, c'est de maintenir, et m&#234;me d'accro&#238;tre autoritairement les horaires de philosophie, en laissant aux enseignants toute libert&#233; d'y enseigner ce qui leur plait &#187; (...) Autrefois, en classe de philosophie, on &#233;tudiait dans un fran&#231;ais normal, un ensemble de probl&#232;mes d&#233;finis, on acqu&#233;rait un ensemble de connaissances, ouvrant aux &#233;l&#232;ves un univers presque neuf, celui de l'exp&#233;rience du moi, de l'esprit en g&#233;n&#233;ral, et aussi du Monde. C'est sur cette base concr&#232;te, et non &#224; vide, que se formait le jugement et que se r&#233;v&#233;lait le sens des choses et de la vie humaine (&#8230;) Au bout de quoi, m&#234;me avec un professeur moyen, on sortait avec un acquis positif, on savait quelque chose, on avait parfois des curiosit&#233;s et m&#234;me des inqui&#233;tudes philosophiques. (&#8230;) il ne s'agit plus d&#233;sormais d'acqu&#233;rir de vulgaires connaissances (&#8230;) mais de former l'homme, de le pr&#233;parer &#224; son engagement vital et social, de d&#233;finir son attitude en face du monde et de l'existence, de faire l'apprentissage de la libert&#233; et de prendre conscience du sens de la vie humaine, en d&#233;veloppant avant tout l'esprit critique (&#8230;) Et assur&#233;ment la philosophie est aussi cela et qui n'accepterait ces formules, un peu emphatiques d'ailleurs, pour mon go&#251;t ? (&#8230;) Je constate que, sans contester int&#233;rieurement, j'imagine, la valeur des connaissances concr&#232;tes, objectives et durables, et qui doivent &#234;tre enseign&#233;es, ils les passent sous silence et mettent l'accent presque uniquement sur ce qui peut &#234;tre dialogu&#233;, sur le sens de la vie, c'est-&#224;-dire la vie humaine et sociale, sur l'engagement social, la remise en cause des valeurs, etc. Par ailleurs, ils passent &#233;galement sous silence le fait qu'on ne peut pas apprendre &#224; bien juger sans d'abord apprendre quelque chose de r&#233;el, qu'on ne forme pas l'esprit par une critique ou une discussion &#224; vide, et qu'il faut s'appuyer sur des connaissances de faits pr&#233;cis et objectifs, qu'il faut apprendre avant de juger. Cela va sans dire, objectera-t-on. Cela irait mieux encore en le disant. (&#8230;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Intervention de Henri Poirier devant la Soci&#233;t&#233; Fran&#231;aise de Philosophie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Toujours en 1975, Jacques Derrida interroge : &#171; Au lieu de se cramponner &#224; la &#171; d&#233;fense-de-la-philosophie &#187; ou de se r&#233;signer &#224; telle &#171; mort-de-la-philosophie &#187; pour servir dans les deux cas, avec le m&#234;me pathos, les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, ne faut-il pas travailler &#224; imposer, de fa&#231;on audacieuse et offensive, de nouveaux programmes, de nouveaux contenus, de nouvelles pratiques ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La r&#233;forme Haby &#187;, paru dans Le Monde de l'&#233;ducation, n&#176; 4, mars 1975.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &#201;tats G&#233;n&#233;raux de la philosophie organis&#233;s en 1977 dressent un tableau critique de l'enseignement de philosophie. Et les critiques ne cesseront de s'amplifier. Dans les ann&#233;es 80 et 90, de nombreux projets de r&#233;forme voient le jour mais se heurtent &#224; une r&#233;action conservatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action conservatrice est d'abord le fait de l'Inspection de philosophie qui dans les ann&#233;es 80-90 devient partisane et sectaire. Pour conserver des programmes de &#171; notions &#187;, elle &#233;labore une doctrine de l'enseignement tout &#224; fait in&#233;dite fond&#233;s sur quelques slogans (&#171; le professeur est l'auteur de son cours &#187;, &#171; tout cours est une le&#231;on &#187;, etc.). Elle se pr&#233;sente comme l'ultime &#171; rempart &#187; d'un enseignement &#171; authentiquement philosophique de la philosophie &#187; (sic) et s'appuie tactiquement sur l'APPEP (qui d&#233;fend aussi la position conservatrice). L'Inspection encourage en coulisse la &#171; r&#233;sistance &#187; des professeurs &#224; toute r&#233;forme, jouant du corporatisme et des traumatismes, encore forts dans la profession, li&#233;s aux rares tentatives de suppression de l'enseignement de philosophie. Le &#171; complexe de la citadelle assi&#233;g&#233;e &#187; - pour reprendre l'expression de Jean-Jacques Rosat - envahit la corporation et la pousse dans une opposition violente &#224; toute proposition de r&#233;novation de l'enseignement de philosophie. L'Inspection, ses affid&#233;s et l'APPEP traitent de &#171; fossoyeur de la discipline &#187; tout professeur &#233;mettant des doutes sur l'inimitable perfection du mod&#232;le fran&#231;ais &#8211;pourtant r&#233;cent - d'enseignement de la philosophie ; tout professeur critiquant publiquement les faiblesses de la classe de philo est d&#233;sign&#233; &#224; la vindicte corporatiste comme un tra&#238;tre. Telle est la r&#233;alit&#233;, de ce que l'on pourrait appeler, r&#233;trospectivement, les &#171; ann&#233;es de plomb &#187;. Dans cette p&#233;riode, nombreux seront les enseignants p&#233;nalis&#233;s pour avoir refus&#233; le dogme corporatiste et son unique pens&#233;e : la &#171; d&#233;fense-de-la-classe-de-philosophie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Doctrine officieuse et invention de la &#171; Novlangue &#187; Le r&#233;visionnisme historique du front conservateur &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces deux d&#233;cennies (1983-2003), le front conservateur soutenu par une Inspection g&#233;n&#233;rale qui a verrouill&#233; ses propres troupes combat violemment toutes les projets de r&#233;formes : les propositions de Derrida-Bouveresse, l'avant-projet de Beyssade, le programme Renaut. L'Inspection se pose en gardienne du Temple : elle en b&#226;tit les murs en th&#233;orisant une doctrine p&#233;dagogique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette doctrine est analys&#233;e dans le Manifeste pour l'enseignement de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'abord officieuse, puis officielle avec les programmes 2003 r&#233;ussissant &#224; faire croire que l'enseignement &#171; authentiquement philosophique &#187; de la philosophie a toujours &#233;t&#233; celui qu'elle dit &#234;tre mais qu'il n'a jamais &#233;t&#233;. Les professeurs de philosophie, souvent peu au fait de l'histoire de leur discipline, souscrivent au nouveau credo d&#233;cr&#233;tant que, d&#233;sormais et depuis toujours, &#171; la philosophie est &#224; elle-m&#234;me sa propre p&#233;dagogie &#187; (sic). L'Inspection et l'APPEP r&#233;&#233;crivent le dictionnaire : un &#171; authentique &#187; professeur de philosophie devra gommer de son langage des mots comme : &#171; p&#233;dagogie &#187;, &#171; apprentissage &#187;, &#171; progressivit&#233; &#187;, &#171; philosophie en premi&#232;re &#187;, &#171; atelier de philosophie &#187;, &#171; didactique &#187;, etc. ; d'autres mots changent de sens : &#171; cours &#187; = &#171; le&#231;on &#187;, &#171; exercice philosophique &#187; = &#171; dissertation &#187;, &#171; &#233;tude de texte &#187; = &#171; dissertation sur texte &#187; ; le souci de l'&#171; &#233;l&#233;mentaire &#187; devient souci de l'immersion directe de l'&#233;l&#232;ve dans &#171; l'&#233;l&#233;ment &#187;, comme dirait B. Bourgeois, sans m&#233;diation aucune ; de la circulaire minist&#233;rielle de 1925, sont occult&#233;s tous les passages relatifs au &#171; tact p&#233;dagogique &#187;, &#224; la critique des &#171; le&#231;ons &#187; devant un &#171; auditoire passif &#187;, &#224; la n&#233;cessit&#233; de rendre la philosophie &#171; accessible &#224; la moyenne des esprits &#187; et d'ancrer, le cas &#233;ch&#233;ant, la r&#233;flexion &#171; dans les questions d'actualit&#233; &#187; (sic !). Contre toute &#233;vidence, on affirme - pour les besoins de la cause antip&#233;dagogique - la doctrine de l'&#171; unit&#233; &#187; de la philosophie, comprenons de ses contenus et de ses pratiques, sorte de &lt;i&gt;philosophia perennis&lt;/i&gt; doubl&#233;e d'une &lt;i&gt;paedagogia unica&lt;/i&gt; (celle de la &#171; Le&#231;on- Dissertation &#187;), qui permet de combattre efficacement toutes les tentatives de penser les conditions d'un enseignement la philosophie destin&#233; &#224; tous, et notamment dans les s&#233;ries technologiques et professionnelles. Dans ces derni&#232;res, l'Inspection G&#233;n&#233;rale s'est appliqu&#233;e &#224; &#233;touffer les &#171; exp&#233;rimentations &#187; initi&#233;e par un Recteur (M. Bloch) et que portaient des professeurs et de rares IPR &#8211; dissidents - ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'enseignement de philosophie est &#233;galement &#171; r&#233;vis&#233; &#187;. Les professeurs sont entretenus une vision mythique de ce qu'aurait &#233;t&#233;, &#224; en croire l'Inspection, l'enseignement de philosophie. La figure d'Alain pensant devant ses &#233;l&#232;ves, est ressortie opportun&#233;ment et devient un mod&#232;le (et on se garde bien de rappeler les s&#233;v&#232;res jugements de l'Inspection &#224; son encontre). Le souci de l'exactitude historique s'efface devant celui, corporatiste, de la l&#233;gende qu'il faut entretenir &#224; des fins id&#233;ologiques. Les articles de foi de la doctrine officieuse sont r&#233;p&#233;t&#233;s compulsivement &#224; chaque r&#233;union de professeurs - en exercice et en formation initiale - par la plupart des inspecteurs, et quelques pr&#234;tres z&#233;l&#233;s et n&#233;o-convertis de la nouvelle croyance jusqu'&#224; faire oublier ce que fut r&#233;ellement l'enseignement de philosophie, son histoire, ses d&#233;bats et &#224; rendre impossible, de ce fait, l'imagination de ce qu'il pourrait encore &#234;tre ou devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une histoire critique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de philosophie au lyc&#233;e est en crise, tout le monde le reconna&#238;t. Mais les r&#233;criminations, le ressentiment et les discours de d&#233;ploration n'y feront rien. L'enseignement de philosophie sera sauv&#233; qu'&#224; la condition de rompre avec les &#171; ann&#233;es de plomb &#187; et d'&#234;tre repens&#233; dans son programme, ses pratiques, ses &#233;preuves. La virulence des d&#233;bats sur n'importe quel projet de r&#233;forme, la dramatisation des questions p&#233;dagogiques ont emp&#234;ch&#233; toute r&#233;flexion sereine sur les transformations n&#233;cessaires et possibles. L'histoire &#171; officielle &#187; sert d'&#233;touffoir aux d&#233;bats au nom d'une &#171; tradition &#187; invent&#233;e de toute pi&#232;ce et qu'il faudrait d&#233;fendre. C'est pourquoi l'IREPh se propose ici de restituer &#224; la m&#233;moire collective les &#233;l&#233;ments qui pourraient nourrir une philosophie critique de l'enseignement de philosophie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Intervention de Henri Poirier devant la Soci&#233;t&#233; Fran&#231;aise de Philosophie, s&#233;ance du 26 Avril 1975 disponible sur le site de la SFP et ici (cf. acte 1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La r&#233;forme Haby &#187;, paru dans Le Monde de l'&#233;ducation, n&#176; 4, mars 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette doctrine est analys&#233;e dans le &lt;a href='https://www.acireph.org/l-acireph/presentation-de-l-acireph/article/manifeste-pour-l-enseignement-de-la-philosophie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Manifeste pour l'enseignement de la philosophie&lt;/a&gt;, consultable sur notre site&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Publicit&#233; de la philosophie. &#202;tre le plus nombreux possible &#224; penser le plus possible.</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/publicite-de-la-philosophie-etre-le-plus-nombreux-possible-a-penser-le-plus</link>
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		<dc:date>2013-01-24T11:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>



		<description>

-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/" rel="directory"&gt;Regards historiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_24 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;88&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acireph.org/IMG/pdf/cp16--web-37-44.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 179.3 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772036340' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Publicit&#233; de la philosophie. &#202;tre le plus nombreux possible &#224; penser le plus possible.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Critique sociale de l'&#233;cole et r&#233;forme p&#233;dagogique selon Pierre Bourdieu</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/critique-sociale-de-l-ecole-et-reforme-pedagogique-selon-pierre-bourdieu</link>
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		<dc:date>2012-06-06T10:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Boillot</dc:creator>



		<description>

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&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/" rel="directory"&gt;Regards historiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_25 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acireph.org/IMG/pdf/cp16--web-45-68.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 239.9 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772036340' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Critique sociale de l'&#233;cole et r&#233;forme p&#233;dagogique selon Pierre Bourdieu
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le choix de l'&#339;uvre en lecture suivie : quelques enjeux de la canonisation en philosophie</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/le-choix-de-l-oeuvre-en-lecture-suivie-quelques-enjeux-de-la-canonisation-en</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/le-choix-de-l-oeuvre-en-lecture-suivie-quelques-enjeux-de-la-canonisation-en</guid>
		<dc:date>2011-09-01T09:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Notions</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans l'histoire de l'enseignement fran&#231;ais de la philosophie, le choix de confronter les &#233;l&#232;ves directement aux textes philosophiques est un tournant p&#233;dagogique impuls&#233; par Georges Canguilhem dans les ann&#233;es 1960. Ce geste g&#233;n&#233;reux est devenu un &#171; cela va de soi &#187; pour la profession. &#192; c&#244;t&#233; de l'usage massif des extraits de texte pour construire son cours (comme en t&#233;moigne la conception des manuels), il existe aussi le fameux &#171; commentaire suivi &#187; d'une &#339;uvre philosophique d'un &#171; auteur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/" rel="directory"&gt;Regards historiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/notions" rel="tag"&gt;Notions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'histoire de l'enseignement fran&#231;ais de la philosophie, le choix de confronter les &#233;l&#232;ves directement aux textes philosophiques est un tournant p&#233;dagogique impuls&#233; par Georges Canguilhem dans les ann&#233;es 1960. Ce geste g&#233;n&#233;reux est devenu un &#171; cela va de soi &#187; pour la profession. &#192; c&#244;t&#233; de l'usage massif des extraits de texte pour construire son cours (comme en t&#233;moigne la conception des manuels), il existe aussi le fameux &#171; commentaire suivi &#187; d'une &#339;uvre philosophique d'un &#171; auteur majeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe de l'ouverture continu&#233;e du programme au fil de ses remaniements, les professeurs ont aujourd'hui le choix entre cinquante-sept auteurs diff&#233;rents : cela marque-t-il un signe de maturit&#233;, de tol&#233;rance, d'aboutissement du programme, loin de toute tentative dogmatique ? On sait par exemple que Spinoza fut exclu &#224; la fin du XIXe si&#232;cle (certes, il reviendra vite), que le programme de 1973 s'&#233;tait fendu d'une distinction assez &#233;trange entre grands philosophes (orn&#233;s d'un ast&#233;risque) et philosophes mineurs&#8230; Mais les travaux sur la canonisation nous apprennent que les effets d'imposition d'un panth&#233;on ne viennent pas toujours de dict&#233;es explicites et de programmes trop explicites. Les largesses et le flou consomm&#233; des programmes de philosophie n'ont pas emp&#234;ch&#233;, loin de l&#224; (bien au contraire, aurait-on m&#234;me envie de clamer !), la constitution d'un cercle finalement restreint d'incontournables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons de comprendre le raisonnement implicite qui peut amener &#224; penser en termes de priorit&#233;, donc &#224; &#234;tre port&#233; par un sentiment d'urgence : &#171; quitte &#224; ne faire qu'un an de philosophie, au moins les &#233;l&#232;ves auront-ils c&#244;toy&#233; untel ou untel, ceci ou cela &#187;. Certes, l'id&#233;al d'une culture commune semble aller de soi dans la perspective d'une instruction socialisante et &#233;mancipatrice : quel meilleur moyen pour &lt;i&gt;penser ensemble&lt;/i&gt; que l'acquisition de rep&#232;res communs depuis lesquels la construction d'id&#233;es neuves et la vigilance citoyenne pourront s'exercer au maximum ? Mais loin de fonctionner comme &#171; r&#233;servoir &#187; d'id&#233;es rationnelles susceptibles d'&#234;tre r&#233;appropri&#233;es par les &#233;l&#232;ves en vue d'un exercice de la pens&#233;e critique, la canonisation des auteurs philosophiques fonctionne, en bien des points, &#224; rebours des objectifs pr&#234;t&#233;s &#224; l'enseignement de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe pourrait s'exprimer ainsi : la mise en forme des armes de la pens&#233;e critique (&#233;tablissement plus ou moins tacite d'un corpus &#224; enseigner) constitue &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt; un obstacle &#224; la mise en pratique de ces outils critiques. Autrement dit, il semblerait que la volont&#233; d'&#233;tablir une liste de &#171; monuments lib&#233;rateurs &#187; pour les jeunes individus form&#233;s par l'&#233;cole sert moins ces derniers que les monuments eux-m&#234;mes &#8211; et encore ! La canonisation, en tant qu'elle d&#233;cide de ce qu'est la culture &#233;mancipatrice &#8211; au sens de la &lt;i&gt;Bildung&lt;/i&gt; &#8211; vient entraver l'efficace m&#234;me de la culture en pr&#233;tendant la d&#233;fendre et la valoriser. Essayons de comprendre cet effet r&#233;versif afin de mieux d&#233;gager les conditions de possibilit&#233; d'un certain usage des &#339;uvres philosophiques qui distribue r&#233;ellement des puissances encapacitantes pour les individus plus qu'elle ne les rend impuissants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I &#8211; Les best-sellers du programme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prenons donc comme objet la lecture suivie d'une &#339;uvre, et revenons au programme de 1973 : premier programme &#224; n'&#234;tre qu'une liste d'auteurs &#8211; alors que les pr&#233;c&#233;dents programmes prescrivaient des &#339;uvres ! Une liste d'auteurs est &#233;tablie : un canon est donc explicitement ancr&#233;/encr&#233;. Ce canon fonctionne par cercle concentrique selon la logique de la participation : certains philosophes se voient attribuer un ast&#233;risque. Il y a donc les &#171; grands philosophes &#187;, plus proches du c&#339;ur de la philosophie, et les autres, plus en p&#233;riph&#233;rie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ne prendre qu'un exemple des &#233;ternels d&#233;bats sur les &#171; vrais &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De plus, la fonctionnalit&#233; de ce &#171; commentaire suivi &#187; d'une &#339;uvre est drastiquement encadr&#233;e par une finalit&#233; &#233;valuative : l'&#233;tude en classe d'une &#339;uvre philosophique sert de support &#224; l'&#233;preuve de rattrapage de l'oral du baccalaur&#233;at. Le choix de l'&#339;uvre &#224; &#233;tudier est donc inclin&#233; par des param&#232;tres scolaires : le professeur peut &#234;tre tent&#233; de privil&#233;gier les textes &#171; faciles &#187; puisque l'&#339;uvre servira de support d'&#233;valuation aux &#233;l&#232;ves scolairement &#171; faibles &#187; en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre scolaire de la canonisation des textes philosophiques ob&#233;it donc avant tout &#224; quelques &lt;i&gt;crit&#232;res n&#233;gatifs&lt;/i&gt; qu'on peut facilement lister en discutant avec les professeurs de philosophie. Il faut exclure : la &#171; densit&#233; &#187; philosophique (exemple : &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, les trois &lt;i&gt;Critiques&lt;/i&gt;) ; la &#171; technicit&#233; &#187; du vocabulaire (exemple : Husserl, Heidegger) ; la longueur du texte (pas plus d'une centaine de pages, si possible autour de la cinquantaine) ; la &#171; distance &#187; culturelle (les textes &#171; antiques &#187; et &#171; m&#233;di&#233;vaux &#187; requi&#232;rent des m&#233;diations et un temps lourd d'appropriation &#8211; ou alors on choisit de les ignorer) ; la non-rentabilit&#233; par rapport au programme (exemple : &lt;i&gt;Esquisse d'une th&#233;orie des &#233;motions&lt;/i&gt; de Sartre). Au final, on obtient une liste r&#233;duite d'&#339;uvres et d'auteurs et surtout la topique du &#171; passage archi-classique &#187; : la Caverne de Platon, les quatre causes chez Aristote, le morceau de cire dans la &lt;i&gt;Seconde M&#233;ditation&lt;/i&gt;, la s&#233;paration des pouvoirs chez Montesquieu, le projet critique de Kant dans la pr&#233;face &#224; la seconde &#233;dition de la premi&#232;re &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rester dans le vocabulaire religieux du canon, demandons-nous d'o&#249; viennent les deux trinit&#233;s qui se d&#233;gagent implicitement dans la culture philosophique scolaire ? D'abord de ce que la liste des auteurs est d&#233;coup&#233;e en trois p&#233;riodes &#8211; antique, classique et moderne.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bel effet de l'&#233;galitarisme au sein du g&#233;nial : pour ne pas heurter la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Deux grands &#233;diteurs scolaires consacrent chacun une collection sp&#233;cifique aux auteurs de philosophie au programme ; leurs livres sont donc destin&#233;s &#224; l'&#233;preuve de l'oral. L'uniformisation de la canonisation y est flagrante, comme on peut le voir en analysant la concentration de leur effort &#233;ditorial sur les deux trinit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Ann&#233;es 1988-2008&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sainte Trinit&#233; &#187; &lt;strong&gt;Platon &#8211; Descartes &#8211; Kant&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;&#171; Trinit&#233; dauphine &#187; &lt;strong&gt;Aristote &#8211; Rousseau &#8211; Hegel&lt;/strong&gt; (&lt;i&gt;cumul&lt;/i&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;Part quantitative des auteurs jug&#233;s canoniques par le programme de philosophie&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;5 %&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;10 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Part de l'effort &#233;ditorial de HATIER&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;52 %&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;78 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;Part de l'effort &#233;ditorial de NATHAN&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;40 %&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;58 %&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;(source : d'apr&#232;s le catalogue des &#233;diteurs et le catalogue de la BNF)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient une telle concentration ? La primaut&#233; causale est toujours le myst&#232;re qu'on voudrait percer : sont-ce les professeurs qui, choisissant toujours ces auteurs, entra&#238;nent les &#233;diteurs &#224; suivre la demande ? Ou bien sont-ce les &#233;diteurs qui cr&#233;ent la demande en proposant des &#339;uvres que les professeurs trouvent int&#233;ressantes &#224; utiliser dans ces &#233;ditions scolaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, on pourrait justement objecter que cette statistique souffre de se cantonner aux &#233;ditions scolaires. Les professeurs de philosophie ne s'en servent peut-&#234;tre pas tellement !... Soit. Prenons alors tous les &#233;diteurs et regardons le &#171; Top 5 &#187; sur la m&#234;me p&#233;riode : Ren&#233; Descartes, &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode :&lt;/i&gt; 23 (r&#233;)&#233;ditions ; Jean-Jacques Rousseau, &lt;i&gt;Discours sur l'origine... parmi les hommes :&lt;/i&gt; 18 (r&#233;)&#233;ditions ; Platon, &lt;i&gt;Apologie de Socrate&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ex &#230;quo &lt;/i&gt;avec &lt;i&gt;R&#233;publique &lt;/i&gt;[&lt;i&gt;livreVII&lt;/i&gt;] : 16 (r&#233;)&#233;ditions ; Emmanuel Kant, &lt;i&gt;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &lt;/i&gt; : 12 (r&#233;)&#233;ditions. Une mention sp&#233;ciale doit &#234;tre attribu&#233;e au petit opuscule de Jean-Paul Sartre, &lt;i&gt;L'Existentialisme est un humanisme&lt;/i&gt;. Sous copyright Gallimard, l'ouvrage n'existe que dans la collection de poche &#171; Folio &#187; ; n&#233;anmoins, le nombre d'exemplaires vendus est le plus important dans la cat&#233;gorie &#171; philosophie &#187; pour les ann&#233;es 2007-2008 &#8211; selon les chiffres du nombre des ventes des libraires. Bref, il y a bien un hiatus significatif entre la diversit&#233; des &#339;uvres, permise en droit par le programme, et la diversit&#233; pratiqu&#233;e en fait par les enseignants fran&#231;ais. Quels probl&#232;mes cette canonisation de quelques auteurs pose-t-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II &#8211; Trois propri&#233;t&#233;s du canon philosophique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre les effets et propri&#233;t&#233;s de la canonisation, on peut se reporter au travail pionnier du romaniste allemand Ernst Robert Curtius. &#192; la fin des ann&#233;es trente, il entreprend une vaste enqu&#234;te qui devait s'intituler &#224; l'origine &lt;i&gt;Culture europ&#233;enne&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Robert Curtius, La Litt&#233;rature europ&#233;enne et le Moyen Age latin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Curtius d&#233;gage les origines pa&#239;ennes du canon &#8211; li&#233;es au classicisme, ses vertus d'excellence, sa figure d'&#233;lite sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la constitution civile de Servius Tullius, classici d&#233;signait les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et surtout ses origines chr&#233;tiennes &#8211; probl&#233;matique du canon biblique. L'&#233;quation est simple : en canonisant, on r&#233;ifie, d&#232;s lors le canon devient un probl&#232;me d'&lt;i&gt;h&#233;ritage&lt;/i&gt;. Le mot-cl&#233; est l&#226;ch&#233; : le canon induit des processus de transmission d'h&#233;ritage dont l'&#233;cole deviendra le moteur essentiel. D&#232;s lors, dans quelle mesure le canon va-t-il demeurer compatible avec la perspective de lib&#233;ration de l'enseignement de la philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons quelles sont les propri&#233;t&#233;s du canon d&#233;gag&#233;es par Curtius. Tout d'abord, la tradition est consid&#233;r&#233;e comme le mat&#233;riau vital de la vie spirituelle dont le canon constitue la substance pr&#233;cieuse, la quintessence. L'int&#233;r&#234;t de Curtius est de r&#233;v&#233;ler la v&#233;rit&#233; de tout canon, &lt;i&gt;l'essentialisme &lt;/i&gt; : il existe de &#171; grandes &#187; figures culturelles qu'on peut objectiver en un panth&#233;on bon et beau en soi. En effet, dans le contexte historique qui &#233;tait le sien, Curtius voulait sauver la culture de l'op&#233;ration d'amn&#233;sie mise en place par le nazisme. D'apr&#232;s Christine de Gemeaux, son projet de recherche est n&#233; en r&#233;action aux attaques virulentes du IIIe Reich contre la culture : face aux tourments des ann&#233;es 1930, il &#171; ressent l'imp&#233;rieux besoin de r&#233;affirmer les aspects positifs de la tradition &#61531;&#8230;&#61533; Quand tout s'effondre, le canon offre une derni&#232;re possibilit&#233; d'orientation. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. la mise en contexte historique du travail pionnier sur la canonisation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le canon est pens&#233; comme une arme contre les &#171; barbares &#187; : il doit permettre de &#171; conserver, de restaurer et de consolider le plus pr&#233;cieux : la conscience de l'Europe &#187;. Il faut imp&#233;rativement &#224; Curtius pr&#233;server les origines culturelles de l'Europe : sa tradition topique issue de la rh&#233;torique antique et m&#233;di&#233;vale. Il n'est pas anodin que l'enseignement de la philosophie se soit repli&#233; sur son panth&#233;on au fur et &#224; mesure de sa d&#233;mocratisation, quand florissaient en parall&#232;le les diagnostics sur la &#171; barbarie &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple Michel Henry, La Barbarie, Paris, Paris, Grasset, 1987 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Curtius est instructif pour nous : il a &#233;t&#233; un &#171; Kulturkritiker conservateur &#187; cons&#233;quent puisqu'il a &#171; sciemment &#8216;&#8216;instrumentalis&#233;'' le canon &#187; face &#224; la &#171; p&#233;dagogie moderne &#224; laquelle il reprochait de n&#233;gliger les &#233;l&#233;ments vitaux de la tradition discursive. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Christine de Gemeaux, art. cit., p.541. Le livre de Curtius contre une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le canon est-il si efficace contre la barbarie ? Curtius a-t-il eu raison de voir dans l'immortalisation des &#171; grands &#187; un rem&#232;de ? Car loin de lib&#233;rer les individus, le canon proc&#232;de sur le m&#234;me mode op&#233;ratoire que son adversaire la propagande : l'inculcation&#8230; Il y a un effet paradoxal du canon : Curtius voulait sauver les &#171; plus grands &#187; de la barbarie nazie, mais les effets &#224; long terme de ce &#171; sauvetage dans l'imm&#233;diat &#187; se retournent contre les intentions du sauveur. Le sauvetage induit h&#233;ritage et cr&#233;e des dispositions r&#233;tives au d&#233;veloppement de l'esprit critique : &lt;i&gt;si la canonisation sauve les textes de la barbarie, elles ne sauvent pas les individus d'un devenir-barbare &#224; l'encontre des textes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;claircir ce paradoxe, on peut d&#233;gager trois propri&#233;t&#233;s essentielles du canon &#8211; qui concernent &#233;minemment la philosophie comme discipline scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Premi&#232;rement, la canonisation est une entreprise de &lt;i&gt;sanctification&lt;/i&gt;. Elle a pour effets objectifs de d&#233;shistoriciser et d'&#233;terniser le canon ; elle a un effet subjectif de d&#233;votion sur les &#171; apprentis-philosophes &#187;. Dire que la canonisation est une sanctification est quasiment une tautologie, mais cela a le m&#233;rite de souligner l'origine religieuse de la m&#233;taphore et fait directement rentrer dans la dimension initiatique du canon. La sanctification suppose des personnes habilit&#233;es : ce sont les historiens de la philosophie. Ils sont les gardiens qui assurent l'unit&#233; du corps philosophique : par-del&#224; les amours de chacun, le rapport &#224; la doxographie devient constitutif de la d&#233;finition de l'acte de philosopher. Les rapports de jury du CAPES ou de l'agr&#233;gation constituent un v&#233;ritable &lt;i&gt;devoir de m&#233;moire&lt;/i&gt; de la profession : la fr&#233;quentation personnelle des textes est jug&#233;e n&#233;cessaire, on se lamente sur les signes d'une connaissance de seconde main, etc. Ce fait identitaire devient pr&#233;pond&#233;rant &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle : il est corr&#233;latif de l'accroissement de la liste des auteurs au programme et surtout du choix p&#233;dagogique de revenir &#224; la fr&#233;quentation directe des textes. L'histoire de la philosophie devient le d&#233;nominateur commun d'un savoir savant dit &#171; philosophique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un indice parmi d'autres de ce repli : les auteurs &#171; non philosophes &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Deuxi&#232;mement, la canonisation est une entreprise d'&lt;i&gt;objectivation&lt;/i&gt;, de r&#233;ification. Elle a pour effet objectif de rigidifier le canon ; elle a un effet subjectif d'identification des &#171; professeurs-philosophes &#187; au canon. Cette deuxi&#232;me dimension &#233;vite de se demander : qu'est-ce que la philosophie ? &#192; cette question, la canonisation apporte une r&#233;ponse imm&#233;diate : la philosophie c'est Platon, Descartes, Kant ; et est dit corr&#233;lativement &#171; philosophe &#187; &lt;i&gt;celui qui poss&#232;de&lt;/i&gt; ce bagage culturel. Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, une Inspectrice G&#233;n&#233;rale peut fixer les objectifs de l'ann&#233;e de Terminale pour l'&#233;l&#232;ve en ces termes : &#171; qu'il connaisse l'essentiel des &#8216;&#8216;grandes'' philosophies (Platon, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel). &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francine Best, &#171; T&#233;moignage &#187;, L'&#201;cole des philosophes, n&#176;1 : &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce rapport tot&#233;mique &#224; la culture induit par la canonisation devient le principe de l'identit&#233; philosophique. C'est ce que Bourdieu appelait la &#171; &lt;i&gt;philosophie objectiv&#233;e &lt;/i&gt; &#187;, dont il expliquait qu'elle &#171; s'impose comme une sorte de monde autonome &#224; ceux qui pr&#233;tendent entrer en philosophie et qui doivent non seulement la conna&#238;tre, en tant qu'&#233;l&#233;ment de culture, mais la reconna&#238;tre, en tant qu'objet de croyance (pr&#233;-r&#233;flexive), sous peine de s'exclure du champ philosophique. Tous ceux qui font profession de philosopher ont un int&#233;r&#234;t&lt;i&gt; de vie ou de mort en tant que philosophes&lt;/i&gt; &#224; l'existence de ce d&#233;p&#244;t de textes consacr&#233;s dont la ma&#238;trise plus ou moins compl&#232;te constitue l'essentiel de leur capital sp&#233;cifique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bourdieu, &#171; &#201;lements pour une critique &#8216;&#8216;vulgaire'' des critiques &#8216;&#8216;pures'' (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'enjeu n'est rien moins que l'identit&#233; du &lt;i&gt;corps&lt;/i&gt; philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Troisi&#232;mement, la canonisation est une entreprise de &lt;i&gt;totalisation&lt;/i&gt;. Elle a pour effets objectifs de d&#233;r&#233;aliser le canon et de mutiler la culture ; elle a un effet subjectif de routinisation et de pr&#233;cipitation pour les professeurs. Le refus d'abandonner l'ambition totalisante du canon explique en grande partie le c&#244;t&#233; d&#233;mentiel des programmes de philosophie. La totalisation est la derni&#232;re &#233;tape chronologique de la canonisation : elle correspond &#224; un effort consensuel pour &#233;tablir ce qu'il faut transmettre, d&#233;cision lourde que seuls des sages peuvent prendre. Apr&#232;s l'intronisation des novices et l'adh&#233;sion des membres, c'est la mission de perp&#233;tuation des experts. Or, Pierre Aubenque signale le dangereux biais de cette attitude : &#171; La tradition transmet et prolonge et, par-l&#224;, ach&#232;ve ; la tradition est ce qui prend la suite d'un commencement et par l&#224; supprime ce qu'il y avait de commen&#231;ant en lui ; la tradition ne &#8216;&#8216;s'&#233;tonne'' plus ; la tradition r&#233;sout l'aporie, alors que l'aporie est toujours v&#233;cue comme naissante... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Aubenque, Le Probl&#232;me de l'&#234;tre chez Aristote, Paris, PUF, 1962, p.506.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est pourquoi le canon entra&#238;ne une lecture r&#233;v&#233;rencieuse, ex&#233;g&#233;tique, bref liturgique, dont les pr&#233;suppos&#233;s r&#233;pondent &#224; une logique propre : &#171; assurer aux textes canoniques la fausse &#233;ternisation d'un embaumement rituel. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, M&#233;ditations pascaliennes, Paris, &#201;d. du Seuil, 1997, p.59.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Initiation, participation, embaumement rituel : de bout en bout le canon respecte son sens religieux litt&#233;ral. Les effets sont imm&#233;diats : comme le canon est n&#233;cessairement clos et limit&#233; &#8211; sinon ce n'est plus un canon &#8211;, on r&#233;p&#232;te souvent les m&#234;mes choses, c'est la &lt;i&gt;routinisation &lt;/i&gt; ; comme le canon est tout de m&#234;me ambitieux &#8211; sinon il serait partial &#8211;, on doit se pr&#233;cipiter pour parcourir tous les tr&#233;sors de l'humanit&#233; pensante, c'est la &lt;i&gt;pr&#233;cipitation&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est tentant de faire un jeu de mots entre le sens chimique de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les deux sont &#233;videmment li&#233;s : c'est parce qu'il faut se pr&#233;cipiter &#224; tout faire qu'on ne peut pas tant exp&#233;rimenter diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois propri&#233;t&#233;s dessinent le parcours d'une initiation : la sanctification permet l'intronisation des novices ; la r&#233;ification est le socle de l'adh&#233;sion des participants ; la totalisation forcl&#244;t la mission de perp&#233;tuation des experts. Cette initiation s'oppose &#224; la perspective &#233;mancipatrice d'une &lt;i&gt;formation&lt;/i&gt;. Ces trois propri&#233;t&#233;s induisent les trois ennemis de la formation : information comme dogme en lequel croire, formatage comme posture inculqu&#233;e, formalisme comme r&#232;gles et rep&#232;res &#224; adopter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III &#8211; Un exemple d'effet pervers : la dommageable densit&#233; des textes philosophiques scolairement &#171; utiles &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'on peut affirmer sans risque que le principe &#224; l'&#339;uvre dans le choix des extraits et &#339;uvres propos&#233;s aux &#233;l&#232;ves est celui-ci : &#171; comme ils ne liront que peu de textes, autant bien les choisir. &#187; Or, il me semble que ce bon sens p&#233;dagogique est aspir&#233; dans une spirale qui renverse toutes ses intentions. Les qualit&#233;s exig&#233;es des textes retenus sont autant d'indices objectivement r&#233;dhibitoires pour la cr&#233;ation d'un d&#233;sir de philosopher. (a) Unit&#233; probl&#233;matique du texte : comme si un texte philosophique ne pouvait pas serpenter, digresser, filer une id&#233;e jusqu'&#224; s'&#233;garer. Dans les extraits r&#233;currents, au sein des manuels scolaires, de S&#233;n&#232;que, Montaigne, Rousseau ou Marx on perd le meilleur de leur production, le sel de leur prose &#8211; qui les rend si charmants. Ainsi, faire croire aux &#233;l&#232;ves que Rousseau est &#224; l'image du &lt;i&gt;Contrat social&lt;/i&gt; (I, 6) est un biais culturel qui les &#233;loigne des bonheurs de lecture hautement philosophiques de l'&lt;i&gt;&#201;mile&lt;/i&gt; ou la &lt;i&gt;Nouvelle H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt;. Qui pourrait avoir le d&#233;sir de lire six cents pages de Rousseau apr&#232;s s'&#234;tre cass&#233; les dents sur les trente lignes o&#249; s'expose l'id&#233;e pure du &#171; probl&#232;me fondamental &#187; du contrat social ? (b) Densit&#233; du texte : il doit se passer quelque chose &#224; chaque ligne, comme si on ne pouvait pas lire de la philosophie avec le m&#234;me plaisir qu'on avale un roman. Comment leur faire comprendre que Marc-Aur&#232;le, Pascal ou Nietzsche peuvent aussi se lire n&#233;gligemment le soir avant de s'endormir, ou qu'un cours de Foucault s'avale avec gourmandise quitte &#224; rater les d&#233;tails &#8211; et y revenir plus tard ? (c) Articulation logique du texte : comme si toutes les lignes &#233;crites par des philosophes pouvaient supporter un niveau d'analyse parfaitement rationnel. Les &#233;l&#232;ves en viennent &#224; croire que chaque ligne de philosophie cache une inf&#233;rence soign&#233;e. La lecture scolaire de la philosophie est ici impr&#233;gn&#233;e de la finalit&#233; de l'examen : chaque texte est lu comme si on allait pouvoir en d&#233;gager une explication de texte. On leur fait alors subir un type de lecture qui convient peut-&#234;tre &#224; l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; de Spinoza ou &#224; un raisonnement d'Aristote ; mais rend-on justice &#224; la richesse des &#233;critures philosophiques en les passant au scanner de l'explication de texte ? (d) Repr&#233;sentativit&#233; du texte : comme si tout texte &#233;tait n&#233;cessairement situ&#233; dans des discussions rationnelles et pertinentes &#8211; &#171; voyez comme Aristote s'en prend &#224; Platon, comme Rousseau critique Hobbes ou comme Kant r&#233;pond &#224; Hume &#187;. Mais que faire du comique de la mauvaise foi, des d&#233;lires proprement personnels, des invectives irrespectueuses et des probl&#233;matiques proprement in&#233;dites ? Qu'on ne s'&#233;tonne pas de l'impression d'invincibilit&#233; des philosophes tels qu'ils sont pr&#233;sent&#233;s aux &#233;l&#232;ves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce portrait du mat&#233;riau philosophique en min&#233;ral pr&#233;cieux induit une impression d'illisibilit&#233; de la philosophie &#224; long terme chez les &#233;l&#232;ves. Le raisonnement est on ne peut plus logique de leur part : &#233;tant donn&#233; la p&#233;nibilit&#233; de la lecture des textes que le professeur me donne, jamais il ne me viendrait &#224; l'id&#233;e de lire un livre de philosophie tout seul et par moi-m&#234;me. Ainsi, en voulant leur montrer le meilleur, le plus beau, le plus pur de la philosophie, on ne fait que les d&#233;courager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif p&#233;dagogique de confrontation directe aux textes provoque un effet pervers en raison des principes de s&#233;lection des textes propos&#233;s &#224; la lecture : l'impression de complexit&#233; d&#233;courageante qui en r&#233;sulte ne para&#238;t servir rien d'autre que la logique n&#233;vrosante du canon intellectuel. La s&#233;lection des textes philosophiques contribue aussi fortement &#224; cr&#233;er l'impression de difficult&#233; ; or, loin d'&#234;tre intrins&#232;que &#224; la philosophie, une telle difficult&#233; est l'effet de la collusion entre d&#233;rives du canon et manque de temps. Faut-il faire croire aux &#233;l&#232;ves que la philosophie se lit comme &#231;a ? Quel amoureux de la philosophie lit les textes de philosophie de cette mani&#232;re, sinon pour se pr&#233;parer &#224; des examens ? La joie que j'&#233;prouve &#224; lire de la philosophie ne r&#233;side-t-elle que dans cette dimension parfaitement rationnelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le faux probl&#232;me du souci de transmission de la culture par l'&#201;cole r&#233;side dans cet &#233;chec inh&#233;rent &#224; tout savoir impos&#233; : par &#171; amour &#187; de la culture, on veut l'inculquer &#224; des esprits. Mais quelle priorit&#233; se d&#233;gage d'une telle intention : veut-on &#233;manciper les individus &#8211; la culture comme outil privil&#233;gi&#233; de lib&#233;ration &#8211; ou sauver la culture &#8211; prise comme fin en soi ? Dans ce dernier cas, les individus, supports vivants de la m&#233;moire collective, sont consid&#233;r&#233;s comme des moyens et non plus comme des fins. Mais quel int&#233;r&#234;t peut-il y avoir &#224; sauver Lucr&#232;ce, Rabelais ou Leibniz si c'est pour perdre la vitalit&#233; agissante qui &#233;tait l'essence m&#234;me de leur cr&#233;ation ? Qu'a-t-on sauv&#233; d'eux si on en a perdu l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;bastien Charbonnier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ne prendre qu'un exemple des &#233;ternels d&#233;bats sur les &#171; vrais &#187; philosophes, on retiendra ce propos d'un inspecteur g&#233;n&#233;ral de philosophie de la fin du XXe si&#232;cle : &#171; Pascal ne repr&#233;sente pas pour nous un philosophe au sens o&#249; Descartes ou Kant sont des philosophes. On a laiss&#233; Machiavel parce que si on l'avait &#244;t&#233;, on aurait cherch&#233; des raisons, mais Machiavel n'est pas un philosophe. &#187; &#8211; Jacques Muglioni ; cit&#233; par Bruno Poucet, &lt;i&gt;Enseigner la philosophie, 1860-1990&lt;/i&gt;, Paris, CNRS Editions, 1999, p.353, note 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bel effet de l'&#233;galitarisme au sein du g&#233;nial : pour ne pas heurter la sensibilit&#233; des d&#233;vots, on doit une r&#233;v&#233;rence identique &#224; chaque p&#233;riode de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Robert Curtius, &lt;i&gt;La Litt&#233;rature europ&#233;enne et le Moyen Age latin&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1986 &#61531;1948&#61533;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la constitution civile de Servius Tullius, &lt;i&gt;classici&lt;/i&gt; d&#233;signait les citoyens de premi&#232;res classes, suffisamment fortun&#233;s pour payer l'imp&#244;t. Les classiques formaient l'&#233;lite sociale. Curtius d&#233;veloppera dans une autre enqu&#234;te, &lt;i&gt;Besitz und Bildung&lt;/i&gt;, ce lien t&#233;nu entre la culture et la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. la mise en contexte historique du travail pionnier sur la canonisation par Christine de Gemeaux, &#171; Canon, arch&#233;types et m&#233;moire culturelle. E.-R. Curtius &#224; la recherche de sens au milieu du XXe si&#232;cle &#187;, &lt;i&gt;&#201;tudes Germaniques&lt;/i&gt;, 62e ann&#233;e/n&#176;3, juillet-septembre 2007, p.539-542.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple Michel Henry, &lt;i&gt;La Barbarie&lt;/i&gt;, Paris, Paris, Grasset, 1987 ; Jean-Fran&#231;ois Matt&#233;i,&lt;i&gt; La Barbarie int&#233;rieure : essai sur l'immonde moderne&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Christine de Gemeaux, &lt;i&gt;art. cit&lt;/i&gt;., p.541. Le livre de Curtius contre une certaine &#171; p&#233;dagogie moderne &#187; est &lt;i&gt;Deutscher Geist in Gefahr&lt;/i&gt;, Stuttgart/Berlin, Deutsche Verlagsanstalt, 1932.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un indice parmi d'autres de ce repli : les auteurs &#171; non philosophes &#187; repr&#233;sentaient 26,5% des textes donn&#233;s au baccalaur&#233;at dans la troisi&#232;me &#233;preuve en 1972 jusqu'&#224; ne repr&#233;senter plus que 11,9% en 1995-1996. Cf. Louis Pinto, &lt;i&gt;La Vocation et le m&#233;tier de philosophe&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 2007, p.65-67 et p.74-76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francine Best, &#171; T&#233;moignage &#187;, &lt;i&gt;L'&#201;cole des philosophes&lt;/i&gt;, n&#176;1 : &#171; La philosophie et sa p&#233;dagogie &#187;, p.13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bourdieu, &#171; &#201;lements pour une critique &#8216;&#8216;vulgaire'' des critiques &#8216;&#8216;pures'' &#187;, post-scriptum de &lt;i&gt;La Distinction&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. de Minuit, 1979, p.580-581.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Aubenque, &lt;i&gt;Le Probl&#232;me de l'&#234;tre chez Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1962, p.506.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;M&#233;ditations pascaliennes&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. du Seuil, 1997, p.59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est tentant de faire un jeu de mots entre le sens chimique de la pr&#233;cipitation, image suggestive de ce qu'est un canon &#8211; &#339;uvres &#171; solides &#187; cr&#233;&#233;es par la r&#233;action entre des g&#233;nies et leurs thurif&#233;raires avertis &#8211;, et la cons&#233;quence scolaire de pr&#233;cipitation dans le parcours de ce &lt;i&gt;pr&#233;cipit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nouveaut&#233; ou permanence dans les d&#233;bats &#224; propos de l'enseignement philosophique</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/nouveaute-ou-permanence-dans-les-debats-a-propos-de-l-enseignement</link>
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		<dc:date>2009-02-06T10:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Par Francis Marchal &lt;br class='autobr' /&gt;
PLAN DE L'ARTICLE &lt;br class='autobr' /&gt;
1. &#171; Sur le r&#244;le irrempla&#231;able de la dissertation &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
A. 1990 &#171; &#201;tat des lieux &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
B. 1970 : &#171; &#201;tat des lieux &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
C. 1970-1990 : une parfaite identit&#233; de vue &lt;br class='autobr' /&gt;
2. S&#232;vres, mars 1984 : naissance d'un philosophisme &lt;br class='autobr' /&gt;
A. Six th&#232;ses pour un philosophisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#232;se I : L'&#201;cole pour la philosophie &lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#232;se II : L'&#201;cole comme r&#233;alisation de son essence &lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#232;se III : Responsabilit&#233; propre du professeur de philosophie &lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#232;se IV : D&#233;finition de l'essence de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/" rel="directory"&gt;Regards historiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/histoire" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Francis Marchal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PLAN DE L'ARTICLE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#171; Sur le r&#244;le irrempla&#231;able de la dissertation &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. 1990 &#171; &#201;tat des lieux &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. 1970 : &#171; &#201;tat des lieux &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. 1970-1990 : une parfaite identit&#233; de vue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. S&#232;vres, mars 1984 : naissance d'un philosophisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Six th&#232;ses pour un philosophisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se I : L'&#201;cole pour la philosophie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se II : L'&#201;cole comme r&#233;alisation de son essence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se III : Responsabilit&#233; propre du professeur de philosophie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se IV : D&#233;finition de l'essence de l'&#233;cole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se V : La figure du ma&#238;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;se VI : Le destin de l'&#233;l&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Hegel, philosophe, p&#233;dagogue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. L'identit&#233; du m&#233;tier de professeur de philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Le risque d'ach&#232;vement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. L'occultation du particulier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. L'identit&#233; du m&#233;tier&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il vraiment croire que les d&#233;bats occasionn&#233;s par &lt;a href=&#034;http://acireph.org/spip.php?article37&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le rapport Bouveresse Derrida&lt;/a&gt; (1) dans la communaut&#233; des professeurs de philosophie auraient &#233;t&#233; in&#233;dits et nouveaux ? Si tel &#233;tait bien le cas, cela pourrait r&#233;sulter de deux s&#233;ries de raisons, non exclusives : l'esprit et la tonalit&#233; des propositions de ce document et la situation actuelle de cet enseignement, face &#224; l'&#233;volution sur le plan de la sociologie de la population scolaire. Rien ne peut cependant &#233;tablir que ces &#233;vidences imm&#233;diates r&#233;sistent &#224; une analyse g&#233;n&#233;alogique de ce d&#233;bat et &#224; la recherche des v&#233;ritables causes de la tonalit&#233; et de l'esprit de ces oppositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser la permanence de certains constats et d&#233;bats conduira d'abord &#224; mettre face &#224; face quelques aspects de ce rapport et les conclusions d'une r&#233;union qui avait eu lieu vingt ans avant &#224; S&#232;vres, en mars 1970. Ces journ&#233;es de S&#232;vres r&#233;unissaient une tr&#232;s large repr&#233;sentation des professeurs de cette discipline et de plus faisaient suite &#224; une v&#233;ritable consultation institutionnelle, organis&#233;e &#224; l'initiative de l'Inspection g&#233;n&#233;rale et de son doyen, Robert Tric (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture comparative permettra de montrer que bon nombre de constatations et de propositions du rapport Bouveresse-Derrida avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faites en 1970 par la base des professeurs, plus souvent invoqu&#233;e que v&#233;ritablement mesur&#233;e. Curieusement, la seule nouveaut&#233; ne r&#233;siderait que dans la tonalit&#233;, dans le &#171; pathos &#187; d'une partie des r&#233;actions et dans l'esprit paradoxalement plus mesur&#233; voire prudent des propositions de 1990 par rapport &#224; celles de 1970 ! Comment alors expliquer qu'un constat, en regard d'une pratique d'enseignement, puisse se pr&#233;senter comme nouveau ? Comment alors d&#233;crire la gen&#232;se de la position de ceux qui, dans leur appel craignent &#171; la relativisation du r&#244;le irrempla&#231;able de la dissertation ? &#187;(3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendre compte de la gen&#232;se de l'&#233;moi d'une partie de la corporation nous conduira &#224; prendre la mesure du d&#233;placement que le rapport op&#233;rait, de fait, au regard d'une philosophie de l'enseignement de la philosophie qui s'&#233;tait affich&#233;e et affirm&#233;e dans le colloque tenu &#224; S&#232;vres, en mars 1984(4). Analyser les principes, la coh&#233;rence syst&#233;matique de cette doctrine, montrera que par bien des aspects, il s'agissait de la naissance d'un philosophisme, ne demandant qu'&#224; se muer en orthodoxie, pour des professeurs de philosophie repli&#233;s dans la citadelle de l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment alors proposer pour cet enseignement de nouvelles conditions de possibilit&#233; qui, sans c&#233;der au relativisme paresseux, ne pr&#233;sentent pas les traits d'un esprit d'orthodoxie ? Comment restaurer la possibilit&#233; d'un espace public de discussion, de dialogue entre les professeurs qui rende d&#233;sirable l'&#233;coute des raisons de l'autre ? Comment enfin concilier l'exigence de justice que nous nous devons d'assumer comme membre du service public d'&#233;ducation et celle de la justesse dans l'interpr&#233;tation de notre &lt;i&gt;m&#233;tier de professeur ? &lt;/i&gt;Comment tracer un nouveau chemin donnant sa juste place &#224; chaque &#233;l&#232;ve et &#224; tous les &#233;l&#232;ves ? Il faudrait, pour cela, tenter de produire &#171; quelque foyer commun o&#249; s'entend au fond cette autre question qu'on appelle la question de l'autre, que je pr&#233;f&#232;re appeler ici la demande de l'&#233;trangers(5). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;r&#244;ledissert&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. &#171; Sur le r&#244;le irrempla&#231;able de la dissertation &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer tout d'abord que ce rapport n'ait pas &#233;t&#233; lu par des gens dont la pratique la plus quotidienne les conduit &#224; &#234;tre des lecteurs avis&#233;s ? Quelle peut &#234;tre la v&#233;ritable origine de l'&#233;moi, provoqu&#233; par certains constats au sujet de la dissertation ? Parmi les critiques d'ordre didactique, le d&#233;bat s'est notamment focalis&#233; sur le risque, selon eux majeur, que comportait ce document de &#171; relativiser le r&#244;le irrempla&#231;able de la dissertation &#187;. B. Huisman et G. Sfez au nom du collectif, dans l'une des tribunes libres publi&#233;es par le SNES pr&#233;sentent cet &#233;l&#233;ment comme l'un &#171; des deux points essentiels de d&#233;saccord avec le rapport Bouveresse Derrida &#187; (6). Pour eux, r&#233;duire la place de la dissertation philosophique, conduirait &#224; refuser de donner &#171; l'occasion... &#224; chaque &#233;l&#232;ve de produire une pens&#233;e originale et libre(7). &#187; Il s'agissait donc bien de refuser avec le collectif &#171; les nouvelles modalit&#233;s propos&#233;es pour l'&#233;preuve de philosophie au baccalaur&#233;at qui relativisent le r&#244;le irrempla&#231;able de la dissertation &#187; (8). Cette apologie de la valeur de la dissertation se pr&#233;sentant sur le m&#234;me plan de dignit&#233;, que la d&#233;fense des grands principes : le caract&#232;re national des programmes, la libert&#233; du professeur, et la volont&#233; de d&#233;mocratiser la soci&#233;t&#233; par l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;A1990&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;A. 1990 &#171; &#201;tat des lieux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point pr&#233;cis, le rapport de la commission Bouveresse-Derrida peut se lire sur deux plans. Il s'efforce d'abord de tracer un &#233;tat des lieux de ce qui se produit &#224; la lumi&#232;re des pratiques de corrections des &#233;preuves des baccalaur&#233;ats g&#233;n&#233;raux et de techniciens. Il sugg&#232;re ensuite des possibilit&#233;s de r&#233;flexions, des &#171; pistes &#187; visant &#224; rendre plus visible, dans un contrat clair, la relation entre la pr&#233;paration des &#233;l&#232;ves et la formulation des &#233;preuves d'examen. Il semble aux auteurs de ce rapport, que le souci l&#233;gitime d'&#233;viter la reproduction de &#171; connaissances &#187; conduit trop souvent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8212; &#224; ce que des questions d'une extr&#234;me diversit&#233; puissent &#234;tre pos&#233;es sans que les &#233;l&#232;ves aient mat&#233;riellement la possibilit&#233; de s'y pr&#233;parer efficacement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#224; ce que le lien de ces questions avec le programme soit suffisamment oblique pour que les &#233;l&#232;ves soient contraints d'inventer de toutes pi&#232;ces le cadre m&#234;me de leur r&#233;flexion, ce qu'on ne saurait raisonnablement exiger d'un &#233;l&#232;ve moyen de terminale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;&#224; &lt;/i&gt;ce que la formulation des questions elles-m&#234;mes soit souvent si &#233;nigmatique (lue la plupart des &#233;l&#232;ves sont hors d'&#233;tat d'identifier le probl&#232;me pos&#233; &#187; (9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cet &#233;tat des lieux dans la situation actuelle se manifestant pour les candidats par un &#171; d&#233;couragement et une forte d&#233;valorisation de la philosophie dans les sections scientifiques notamment (pour ne pas parler du technique...) et pour les professeurs par une mise en difficult&#233; des enseignants comme correcteurs, puisque la plupart des copies ne satisfont ni aux exigences minimales (le la dissertation, ni &#224; celles d'un devoir de philosophie &#187; (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tableau &#171; douteux &#187; &#233;crit alors Henri Pena-Ruiz, exprimant le d&#233;saccord des membres du collectif. Il s'agirait, avant tout selon lui, de s'interroger sur la &#171; pertinence d'un constat nourri d'all&#233;gations contestables &#187; (11). Pourquoi ne pas &#233;clairer le sens et la mesure de ce d&#233;saccord en faisant t&#233;moigner cette fameuse &#171; base &#187; des professeurs de philosophie, qui, d&#233;j&#224; en 1970, vingt ans avant, dans le cadre d'une consultation institutionnelle, avait formul&#233; diagnostics et propositions dans ce domaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;B1970&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;B. 1970 : &#171; &#201;tat des lieux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme des travaux de la commission r&#233;unie en 1970, le rapport de M. Girer constatait : &#171; En ce qui concerne les &#233;preuves du baccalaur&#233;at, et en dehors m&#234;me du probl&#232;me pos&#233; par la n&#233;cessit&#233; ou l'opportunit&#233; de l'&#233;tude des textes, la commission reprend &#224; son compte la remarque faite par un tr&#232;s grand nombre de professeurs, &#224; savoir que les &#233;l&#232;ves des classes scientifiques et techniques sont souvent &lt;i&gt;hors d'&#233;tat &lt;/i&gt;de r&#233;diger ce qu'on appelle une &lt;i&gt;dissertation &lt;/i&gt;qui leur demande un triple effort de probl&#233;matisation, de construction et de formulation, dont ils n'ont g&#233;n&#233;ralement pas eu le temps de faire l'apprentissage. Bien que plusieurs membres de la commission estiment ce diagnostic inexact ou excessif, et s'opposent &#224; l'abandon de la dissertation dans ces classes, &lt;i&gt;tous &lt;/i&gt;conviennent n&#233;anmoins qu'il faut trouver un &lt;i&gt;nouveau type, &lt;/i&gt;ou de &lt;i&gt;nouvelles formules &lt;/i&gt;de contr&#244;le des connaissances et du travail &#187; (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui regarde l'autre aspect, la situation du professeur examinateur, le rapport d'une autre commission, r&#233;dig&#233; par Mme Haudiquet affirmait que : &#171; la dissertation soit souvent l'occasion, pour l'&#233;l&#232;ve de &lt;i&gt;perdre &lt;/i&gt;tout bon sens, voire tout sens du ridicule ? Or, au-dessous d'un certain seuil d'absurdit&#233; facilement atteint, nous nous trouvons compl&#232;tement d&#233;munis de tout crit&#232;re d'appr&#233;ciation. La dissertation doit-elle apprendre &#224; surmonter des &lt;i&gt;difficult&#233;s r&#233;elles, &lt;/i&gt;ou &#224; d&#233;jouer des &lt;i&gt;pi&#232;ges &lt;/i&gt;&#8212; dans lequel cas l'apprentissage serait d'un m&#233;diocre profit et pourrait mal &#234;tre transf&#233;r&#233; &#224; des domaines extra-scolaires ? Un accord s'est dessin&#233; sur les points suivants : de nombreux &#233;l&#232;ves ne tireront jamais aucun profit de l'exercice de dissertation, lequel suppose acquis par ailleurs : 1) une ma&#238;trise de l'expression ; 2) la capacit&#233; de &#171; commencer &#187; de &#171; probl&#233;matiser &#187; par soi-m&#234;me (de voir ce que cache un sujet). Deux aptitudes in&#233;galement partag&#233;es, cette in&#233;galit&#233; &#171; culturelle &#187; d&#233;pendant &#233;troitement d'une in&#233;galit&#233; sociale... En tout &#233;tat de cause, il nous est apparu que la dissertation, &lt;i&gt;dans l'imm&#233;diat, &lt;/i&gt;ne devait plus &#234;tre qu'un exercice parmi d'autres, qu'il s'agisse des travaux sur les textes, de la constitution de dossiers, etc., et qu'il &#233;tait de toute fa&#231;on b&#233;n&#233;fique de faire varier k plus possible les types de travaux, afin de ne pas privil&#233;gier une forme de pens&#233;e par rapport a une autre, une cat&#233;gorie d'&#233;l&#232;ves par rapport &#224; une autre &#187; (13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de dissiper d'&#233;ventuelles &#233;quivoques de lecture, il faut souligner que ces analyses, constats et propositions ne r&#233;sulteraient pas de quelque libelle d'un gauchisme p&#233;dagogique &#171; post-soixante-huitard &#187;. Ces jugements avaient &#233;t&#233; publi&#233;s dans le cadre de l'Institut national de la recherche et de la documentation p&#233;dagogique et pr&#233;fac&#233;s par Robert Tric, doyen de l'Inspection g&#233;n&#233;rale de philosophie ! Les propos de M. Girer et de Mme Haudiquet pr&#233;sentaient une double garantie de repr&#233;sentativit&#233; : chaque commission ayant eu pour premi&#232;re t&#226;che de d&#233;pouiller les r&#233;ponses auxquelles cinq cents professeurs de philosophie environ avait particip&#233;. De plus, M. Girer &#233;tait le rapporteur de la commission II &#171; Le programme des &#339;uvres et textes &#187; pr&#233;sid&#233;e par Mme Khodos, Mme Haudiquet, &#233;tant elle rapporteur de la commission III &#171; travaux d'&#233;l&#232;ves &#187; pr&#233;sid&#233;e par Mlle Sauvage. La seconde garantie de repr&#233;sentativit&#233; de ces conclusions se manifestant dans l'articulation des r&#233;sultats de l'enqu&#234;te et du travail des commissions de ces professeurs de philosophie, plus d'une centaine repr&#233;sentant toutes les acad&#233;mies et tous les niveaux d'enseignement (travaux des journ&#233;es de S&#232;vres du 19, 20 et 21 mars 1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;c19701990&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;C. 1970-1990 : une parfaite identit&#233; de vue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un constat s'impose, celui d'une parfaite identit&#233; de vue entre les jugements de ces professeurs en mars 1970 et le diagnostic du rapport Bouveresse-Derrida, en ce qui regarde les difficult&#233;s pr&#233;alables rencontr&#233;es par les &#233;l&#232;ves au seuil de la dissertation et aussi l'embarras du professeur de philosophie, comme correcteur, le jour de l'examen ! Le seul &#233;l&#233;ment de nouveaut&#233; qui puisse &#234;tre relev&#233;, r&#233;side dans le parti pris de mod&#233;ration, de prudence, dans la forme, par opposition, avec la tonalit&#233; d&#233;finitive et sans appel des jugements de 1970. En effet, les deux commissions &#171; tranchaient &#187; d&#233;j&#224; sur la n&#233;cessit&#233; imm&#233;diate de relativiser le r&#244;le de la dissertation philosophique, comme un exercice parmi d'autres et proposaient d&#233;j&#224; d'autres types d'&#233;preuves d'examen, ce que reprend aussi le rapport de 1990 (&#233;preuves orales, constitution de dossiers et &#233;preuves de v&#233;rification des connaissances). L'autre diff&#233;rence, qui n'est pas la moindre, se manifeste aussi dans l'exposition des implicites culturels de la dissertation philosophique et du risque de la voir jouer un seul r&#244;le de &#171; pi&#232;ge &#187; id&#233;ologique. Cela conduisait ces professeurs &#224; une mise en cause de la dissertation dans son principe et m&#234;me, &#224; parler d'abandon, ce que n'a jamais envisag&#233;, ni propos&#233; le rapport Bouveresse-Derrida. Cela tend &#224; justifier la pertinence de l'analyse de Jacques Derrida comme simple &#171; observateur &#187; des travaux et des propositions de cette commission qu'il co-pr&#233;sidait : &#171; J'ai trouv&#233; ce rapport si respectueux de l'h&#233;ritage, si protecteur de la tradition, au point de ne proposer aucune remise en question [...] des types d'exercice (comme par exemple la dissertation [...] que personne dans la commission et dans son rapport n'a propos&#233; de supprimer nulle part) l...1 que je m'attendais, en tant qu'observateur, &#224; le voir accus&#233; de conservatisme, soup&#231;onn&#233; de rester trop timide et mod&#233;r&#233; dans ses propositions r&#233;formatrices &#187; (14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indice du questionnement philosophique par cette &#171; mise en arr&#234;t devant la chose &#187; qu'il provoque, l'&#233;tonnement appara&#238;t in&#233;vitable face &#224; des ph&#233;nom&#232;nes de sacralisation du r&#244;le de la dissertation, dans la p&#233;riode historique de croissance tr&#232;s sensible du nombre des candidats bacheliers des s&#233;ries technologiques F et G. Comment ce qui &#233;tait &#233;vident en 1970 a-t-il pu devenir en 1990, quasiment impensable et &#171; tabou &#187;, pour une partie d'entre nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Sevres&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. S&#232;vres, mars 1984 : naissance d'un philosophisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; pouvaient r&#233;sulter de telles &#171; torsions &#187; de lectures accompagn&#233;es de si manifestes d&#233;n&#233;gations du principe de r&#233;alit&#233; en regard des obstacles p&#233;dagogiques que rencontre tout professeur dans l'exercice de son m&#233;tier ? Comment les discours de l&#233;gitimation de notre fonction de professeur ont-ils pu subir en vingt ans de tels d&#233;placements pour une partie de la corporation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;alogie interpr&#233;tatrice de cet av&#232;nement conduira &#224; d&#233;crire la naissance d'une nouvelle philosophie de l'enseignement de la philosophie en mars 1984 dans le colloque philosophique de S&#232;vres. Depuis lors, cette doctrine n'a cess&#233; de tenter de s'imposer &#224; l'ext&#233;rieur et surtout au c&#339;ur de l'institution, comme &#233;tant la philosophie &#171; naturelle &#187; r&#233;gissant en droit notre enseignement et le devenir de l'&#233;cole dans sa totalit&#233;. Cette doctrine syst&#233;matique et normative ne se limitait pas au seul projet de dire ce que doit &#234;tre l'enseignement philosophique, elle ne cessait de d&#233;noncer &#171; par provision &#187; d'&#233;ventuels tentations et risques de &#171; d&#233;viations &#187;. Les principales caract&#233;ristiques de cette entreprise furent imm&#233;diatement signal&#233;es par quelques participants, minoritaires, il est vrai, dans le d&#233;bat qui suivit ce colloque(15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Comte-Sponville faisant ainsi remarquer que ce syst&#232;me de pens&#233;e s'apparentait &#224; un philosophisme et que &#171; ce philosophisme, on peut le caract&#233;riser par la conviction fausse [...] que la philosophie aurait en elle-m&#234;me et son objet et sa fin [...] il faut d&#233;fendre la philosophie contre le philosophisme &#187; (PEMC, 122- 123). Les th&#232;ses de ce philosophisme apparaissent de la mani&#232;re la plus visible, dans les communications des deux principaux organisateurs du colloque : Jacques Muglioni et surtout Bernard Bourgeois. Ce dernier, dans un c&#233;l&#232;bre article de 1982 republi&#233; en annexe &#171; L'&#233;cole, sans sa R&#233;publique ? &#187; (PEMC, p. 181-186) fondait les principes directeurs de cette nouvelle orthodoxie, qui visait &#224; r&#233;gir le devenir de l'&#233;cole toute enti&#232;re, sur la base de sa seule essence. Nous &#233;noncerons d'abord, les principes exprimant comme il se doit le &#171; syst&#232;me de la v&#233;rit&#233; &#187;, sous la forme de six th&#232;ses. Ces derni&#232;res d&#233;finissaient ce qui se devait d'&#234;tre pens&#233;, en mati&#232;re d'enseignement de la philosophie et d'instruction publique(16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Sixth&#232;ses&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;A. Six th&#232;ses pour un philosophisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#232;se I : L'&#201;cole pour la philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole toute enti&#232;re se doit d'ob&#233;ir &#224; une id&#233;e philosophique, ce qui rend l&#233;gitime et urgent la r&#233;ponse &#224; la question : &#171; quelle &#233;cole pour la philosophie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;l&#233;ments de justification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.a) Selon J. Muglioni &#171; Depuis les temps fondateurs de la Gr&#232;ce, l'&#233;cole doit son plein sens &#224; une id&#233;e philosophique. 11 est m&#234;me vrai de dire qu'il n'y a d'&#233;cole digne de ce nom que pour la philosophie &#187; (17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.b) Et pour B. Bourgeois aussi : &#171; quand des professeurs de philosophie soul&#232;vent la question : &#171; quelle &#233;cole pour l'enseignement philosophique ? &#187;, ils s'interrogent tout simplement sur l'essence de l'&#233;cole, ou tout simplement sur l'essence de l'enseignement philosophique car ces deux questions n'en font, en v&#233;rit&#233;, qu'une &#187; (18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;th2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#232;se II : L'&#201;cole comme r&#233;alisation de son essence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; de l'&#233;cole toute enti&#232;re solidaire et subordonn&#233;e &#224; un principe philosophique (cf. th&#232;se I) se r&#233;alise dans la justesse de sa seule essence. Tout d&#233;bat sur l'enseignement se doit d'&#234;tre limit&#233; &#224; la seule question des principes et non aux ind&#233;cidables perplexit&#233;s sur les finalit&#233;s. En cons&#233;quence, la vraie nature de l'&#233;cole ne peut r&#233;sider dans une fin qui soit ext&#233;rieure, &#233;trang&#232;re, &#224; son essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;l&#233;ments de justification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II.a) Selon B. Bourgeois : &#171; La possibilit&#233; r&#233;elle de l'&#233;cole est command&#233;e par une certaine d&#233;finition d'elle-m&#234;me [...] Rappeler l'&#233;cole &#224; elle-m&#234;me, &#224; ce qui l'a rendue possible, c'est la d&#233;livrer de l'interrogation incertaine et ind&#233;finie &#8212; en cela paralysante &#8212; sur ses fins. Il faut cesser de vouloir d&#233;terminer le fonctionnement de l'&#233;cole par des fins autres que celle qui consiste pour elle-m&#234;me &#224; r&#233;aliser son essence vraie (19) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;th3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#232;se III : Responsabilit&#233; propre du professeur de philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs de philosophie, comme philosophes, poss&#232;dent alors non seulement la capacit&#233; propre mais aussi la vocation singuli&#232;re, de dire &#224; cette &#233;cole et aux ma&#238;tres des autres disciplines ce qu'ils doivent penser (cf. th&#232;ses I et II). Ce &#171; privil&#232;ge &#187; ne saurait traduire le moindre souci corporatif, car il ne veut, en droit et en fait, que fortifier toutes les autres disciplines dans l'affirmation de leur identit&#233; bien comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;l&#233;ments de justification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III.a) Selon B. Bourgeois : &#171; A cette situation de plus grand p&#233;ril s'ajoute aussi la responsabilit&#233; propre du professeur de philosophie, qui en pensant la pens&#233;e, se lib&#233;rant du poids de la n&#233;cessit&#233;, pense par l&#224;-m&#234;me le contexte privil&#233;gi&#233; de son advenir, ce loisir qu'est l'&#233;cole &#187; (PEMC, p. 14) ; et aussi du m&#234;me auteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III.b) &#171; voil&#224; pourquoi les professeurs de philosophie [...] n'ont aucunement le d&#233;sir d'imposer une quelconque h&#233;g&#233;monie corporatiste &#224; leurs coll&#232;gues des autres disciplines ! Une telle &#233;cole, en effet, est bien celle en laquelle on peut et doit y instruire de toutes les disciplines et du tout des disciplines, chacune d'elles s'ouvrant principiellement aux autres en assumant pleinement sa nature singuli&#232;re &#187; (PEMC, p. 13-14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;th4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#232;se IV : D&#233;finition de l'essence de l'&#233;cole&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs de philosophie, comme philosophes, se doivent donc d'&#233;noncer et au besoin de rappeler le contenu v&#233;ritable de l'essence de l'&#233;cole (cf. th&#232;ses I, II, III). Sa nature premi&#232;re se r&#233;alise dans l'exercice de l'instruction lib&#233;ratrice, du &#171; loisir de la vie se lib&#233;rant d'elle-m&#234;me &#187;, du seul souci de la &#171; chose m&#234;me &#187;, le savoir. La premi&#232;re modalit&#233; de l'instruction, dans l'acte scolaire, exigeant le passage &#224; l'universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;l&#233;ments de justification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV.a) Selon B. Bourgeois : &#171; Saisir l'&#233;cole comme lieu de l'instruction lib&#233;ra&#173;trice du jugement, et par l&#224; de l'esprit, c'est bien la saisir comme ce dont l'essence pratiqu&#233;e dans l'enseignement de toutes les disciplines est th&#233;matis&#233;e pour elle-m&#234;me dans la d&#233;finition de l'acte philosophique &#187; (PEMC, p. 13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole comme lieu de l'acte scolaire propre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV.b) &#171; ne peut universaliser l'existence qu'en universalisant l'esprit ; elle n'&#233;duque &#224; l'universel qu'en instruisant de l'universel [...1 mais instruire de l'universel, c'est tout simplement instruire &#187; (PEMC, p. 183).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;th5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#232;se V : La figure du ma&#238;tre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oser &#234;tre un ma&#238;tre &#187; traduit la n&#233;cessit&#233; de la seule prise en consid&#233;ration de la v&#233;ritable essence de l'&#233;cole (cf. th&#232;ses II et IV). Le ma&#238;tre ne peut se d&#233;finir que par rapport au service du savoir, comme agent de l'universel. L'autorit&#233; p&#233;dagogique se r&#233;duit au seul souci du savoir, dans l'acte magistral au service exclusif du contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;l&#233;ments de justification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V.a) Selon B. Bourgeois : &#171; L'&#233;l&#232;ve ne peut se r&#233;aliser dans cette affirmation de lui-m&#234;me qui est en m&#234;me temps sa n&#233;gation de lui-m&#234;me que sur l'incitation exemplaire d'un agent singulier de l'universel. Ce m&#233;diateur [...] c'est le ma&#238;tre. Son autorit&#233; vigoureuse et rigoureuse aide l'&#233;l&#232;ve, contre lui-m&#234;me, &#224; s'universaliser [...] Une autorit&#233; d'ailleurs d'autant plus pr&#233;sente et agissante que, enti&#232;rement au service de la chose &#224; enseigner &#187; (PEMC, p. 184).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la cons&#233;quence in&#233;vitable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V.b) &#171; La solution du probl&#232;me p&#233;dagogique n'est pas proprement p&#233;dagogique. C'est bien le contenu enseign&#233; qui est le p&#233;dagogue primordial. Aussi, former le futur ma&#238;tre, c'est instruire l'&#233;l&#232;ve qu'il est d'abord &#187; (PEMC, p. 184).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;th6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Th&#232;se VI : Le destin de l'&#233;l&#232;ve&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le devenir n&#233;cessaire de l'&#233;l&#232;ve ne peut se r&#233;aliser qu'en parfaite symbiose avec la figure du ma&#238;tre (cf. th&#232;se V), elle-m&#234;me au seul service du savoir et de l'universalisation de l'existence. L'&#233;l&#232;ve aspire &#224; devenir autre que lui-m&#234;me, en se lib&#233;rant, contre lui-m&#234;me, de son milieu particulier (la famille, le monde socio-&#233;conomique et l'univers politique) dans une salutaire coupure. Cela le conduit n&#233;cessairement, &#224; rechercher l'abstraction lib&#233;ratrice et l'appropriation du savoir encyclop&#233;dique dans la n&#233;gation-appropriation de sa propre subjectivit&#233; contingente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;l&#233;ments de justification :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI.a) Selon B. Bourgeois : &#171; Si l'&#233;ducation a pour but non d'imposer des buts &#224; l'&#233;duqu&#233;, mais de lui permettre de se donner enfin librement ses propres buts, et si l'instruction lui en fournit les moyens essentiels, pour autant qu'en formant son jugement selon les normes du contenu universel du savoir, elle le lib&#232;re intimement de lui-m&#234;me en tant qu'il n'est pas lui-m&#234;me &#187; (PEMC, p. 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, sur le plan de la m&#233;thode, il faut alors savoir se risquer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI.b) &#171; Folle audace que de consid&#233;rer que tout enseignement est &#233;l&#233;mentaire ? Absolument pas, puisque l'abstrait est le sol natal de l'intelligence, ce qu'elle saisit le mieux ! L'&#233;cole doit bien plonger imm&#233;diatement les esprits dans le milieu nourricier de l'abstraction &#187; (PEMC, p. 183).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, en mati&#232;re d'enseignement philosophique cela exige toujours selon B. Bourgeois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI.c) &#171; la massivit&#233; de la rupture ou, comme aime &#224; le dire F. Dagognet, de l'effraction qu'op&#232;re dans l'esprit, l'intervention de la philosophie &#187; (GDP, p. 65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;BHEGEL&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;B. Hegel, philosophe, p&#233;dagogue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si s&#233;duisante que pourrait &#234;tre une tentative d'&#233;valuation critique des pr&#233;suppositions et des pr&#233;tentions philosophiques d'une telle doctrine, il ne s'agira que d'&#233;tablir les conditions de possibilit&#233;s philosophiques d'un tel discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'essentiel &#8212; mais tout ne se limite t-il pas &#224; cet enjeu ? (cf. th&#232;ses II et IV) &#8212; ce &#171; syst&#232;me de la science &#187; r&#233;sulte d'une transposition d'une lecture particuli&#232;re, d'une philosophie particuli&#232;re, celle de Hegel, et m&#234;me dans une moindre mesure de l'exp&#233;rience contingente de Hegel p&#233;dagogue entre le gymnase et l'universit&#233;... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; des principes de la p&#233;dagogie de Hegel et de ceux qui doivent r&#233;gir notre syst&#232;me d'enseignement avait &#233;t&#233; publiquement affirm&#233;e par B. Bourgeois, &#224; l'occasion d'une conf&#233;rence sur la p&#233;dagogie de Hegel en mai 1977, toujours &#224; S&#232;vres et reprise dans la pr&#233;sentation de la premi&#232;re &#233;dition des textes p&#233;dagogiques de Hegel(20). Dans la conclusion de cette conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; l'occasion d'un stage national de professeurs de philosophie, B. Bourgeois, tout en reconnaissant que la philosophie sp&#233;culative de Hegel, s'enracinait dans un moment particulier, li&#233; &#224; son temps, affirmait aussi et surtout la pertinence architectonique de cette p&#233;dagogie pour notre &#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le domaine de la p&#233;dagogie aussi, nous pouvons prendre en consid&#233;ration l'orientation principielle, &lt;i&gt;l'esprit &lt;/i&gt;des solutions, qu'il [Hegel] propose, et cela d'autant plus que la signification g&#233;n&#233;rale des probl&#232;mes qu'il a rencontr&#233;s, n'est pas [...] sans analogie avec celle de probl&#232;mes qui se posent &#224; nous. Or l'esprit de la p&#233;dagogie h&#233;g&#233;lienne nous semble &#234;tre ce qui fait d'elle-m&#234;me &lt;i&gt;une p&#233;dagogie de la rupture [...1. &lt;/i&gt;Il faut assur&#233;ment aller chercher ceux qui sont &#224; &#233;duquer, l&#224; o&#249; ils sont, mais pour les arracher &#224; ce qu'ils sont (dans le ph&#233;nom&#232;ne) (21). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc bien similitude de principes et analogie entre Hegel et nous, ce qui explique l'origine du &#171; destin de l'&#233;l&#232;ve &#187; (th&#232;se VI) &#224; la recherche de sa propre ali&#233;nation dans la massivit&#233; de la rupture avec l'esprit imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#233;cole, toute enti&#232;re dans son principe ob&#233;isse &#224; une id&#233;e philosophique (cf. th&#232;se I) se fonde par la certitude h&#233;g&#233;lienne que l'&#233;cole ne doit trouver son plein sens que dans la formation th&#233;orique et pratique. La philosophie &#171; reine des sciences &#187; est &#171; le v&#233;ritable fondement de toute formation th&#233;orique et pratique &#187;. (Lettre &#224; Sinclair 1813). Cette souverainet&#233; r&#233;sultant sur le plan du contenu de la proposition qu'exprime la pr&#233;face de la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit &lt;/i&gt;selon laquelle &#171; ce qui est v&#233;rit&#233; selon le contenu, dans quelque connaissance ou science que ce soit, peut seulement m&#233;riter le nom de v&#233;rit&#233;, si la philosophie l'a engendr&#233;e(22). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de plus, l'&#233;cole ne doit &#234;tre &#233;valu&#233;e que comme r&#233;alisation de son essence v&#233;ritable (cf. th&#232;se II), cela se fonde aussi sur la proposition selon laquelle l'essence exprime un rapport vivant entre ce qu'est une chose et ce qu'elle doit &#234;tre. Dans son autor&#233;alisation dialectique, ce m&#233;canisme fondateur, n'exprime rien qui puisse lui &#234;tre &#233;tranger : &#171; Le fondement contient ce qu'il fonde, selon ses d&#233;terminations essentielles(23). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; sp&#233;cifique du professeur de philosophie, comme philosophe, de dire ce que doit &#234;tre l'&#233;cole et ce en quoi consiste le tout de chaque discipline (cf. th&#232;se III), fait signe vers la d&#233;finition h&#233;g&#233;lienne du philosophe &#171; comme secr&#233;taire de l'esprit du monde &#187;, par son acc&#232;s au savoir absolu. Cette souverainet&#233; d'autre part, fonde la pleine autonomie des autres sciences car : &#171; une philosophie scientifiquement d&#233;velopp&#233;e fait droit, d&#233;j&#224; &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, &#224; la pens&#233;e d&#233;termin&#233;e et &#224; la connaissance approfondie et son &lt;i&gt;contenu [...] conduit pour lui-m&#234;me &lt;/i&gt;imm&#233;diatement aux sciences positives &#187; (Lettre-Rapport &#224; von Raumer, TPH, p. 152).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe aura donc pour mission d'&#233;noncer la v&#233;ritable d&#233;finition de l'essence de l'&#233;cole (cf. th&#232;se IV) et de rappeler cette institution &#224; elle-m&#234;me dans le cas o&#249; elle trahirait sa vocation. Si l'essence de l'&#233;cole, comme &#171; loisir de la vie se lib&#233;rant d'elle-m&#234;me &#187;, para&#238;t d'abord se r&#233;f&#233;rer &#224; Aristote, Hegel dans la pr&#233;face de la seconde &#233;dition de la &lt;i&gt;Grande logique, &lt;/i&gt;affirme sur ce point sa totale identit&#233; de vue avec Aristote : &#171; Le besoin de s'occuper de la pens&#233;e pure suppose une longue &#233;volution que l'esprit humain doit avoir franchie. Il lui a fallu d'abord satisfaire ses besoins [vitaux] n&#233;cessaires pour que s'&#233;veille en lui ce qu'on peut appeler le besoin de d&#233;sint&#233;ressement &#187;. Il va donc de soi que l'&#233;cole, lieu du seul service du savoir, de la &#171; chose-m&#234;me &#187; se doit d'&#234;tre radicalement s&#233;par&#233;e de la vie. &#171; A l'&#233;cole, les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s et les passions &#233;go&#239;stes se taisent ; elle est une sph&#232;re o&#249; l'on s'occupe principalement de repr&#233;sentations et de pens&#233;es. &#187; (Discours du 2 septembre 1811, TPH, p. 111).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; figure du ma&#238;tre &#187; au service du seul savoir (cf. th&#232;se V) se fonde tout d'abord sur le sens que Hegel proposait de sa propre pratique p&#233;dagogique : &#171; son activit&#233; de professeur et tout particuli&#232;rement de professeur de gymnase, ainsi que sur la fonction enseignante en g&#233;n&#233;ral, manifestent clairement que pour lui, l'int&#233;r&#234;t de l'enseignement se rapporte moins &#224; ceux qui sont &#224; enseigner, qu'&#224; ce qui est &#224; enseigner &#187; (TPH, p. 19). Le savoir selon Hegel comme &#171; &lt;i&gt;science &lt;/i&gt;est un tr&#233;sor renfermant un contenu acquis, tout &#233;labor&#233;, fa&#231;onn&#233;... Le ma&#238;tre le poss&#232;de, il le pense d'abord, les &#233;l&#232;ves le pensent ensuite &#187; (Rapport &#224; Niethammer, TPH, p. 142).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci p&#233;dagogique ne peut plus alors qu'&#234;tre d&#233;nonc&#233; comme la &#171; maladie moderne &#187; &lt;i&gt;(ibid., &lt;/i&gt;p. 141) qui refuse cette primaut&#233; du contenu et qui produit &#171; le malheureux prurit qui incite &#224; &#233;duquer en vue de l'acte de &lt;i&gt;penser par soi-m&#234;me &#187; (ibid., &lt;/i&gt;142).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter d'en finir avec &#171; le destin de l'&#233;l&#232;ve &#187; (cf. th&#232;se VI), il faut tout d'abord rappeler l'orientation g&#233;n&#233;rale des principes de la p&#233;dagogie de Hegel : &#171; p&#233;dagogie de la rupture &#187; qui se propose &#171; d'arracher les &#233;l&#232;ves &#224; ce qu'ils sont dans le ph&#233;nom&#232;ne &#187;. L'&#233;l&#232;ve, selon Hegel, aspire naturellement &#224; une &#171; ali&#233;nation qui conditionne la culture th&#233;or&#233;tique [...] Cette exigence de la s&#233;paration est si n&#233;cessaire qu'elle s'ext&#233;riorise en nous, comme une tendance universelle et bien connue [...] C'est bien sur cette tendance centrifuge de l'&#226;me, que se fonde, en somme, la n&#233;cessit&#233; d'offrir &#224; celle-ci m&#234;me la scission qu'elle recherche avec son essence [...] et d'introduire dans le jeune esprit, un monde &#233;loign&#233;, &#233;tranger. &#187; (Discours du 29 septembre 1809, TPH, p. 84-85).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne reste plus dans ce &#171; roman de formation &#187;, qu'&#224; apprendre &#224; s&#233;journer dans l'abstraction. L'&#233;l&#232;ve se d&#233;tournant du ph&#233;nom&#232;ne, du sensible imm&#233;diat retourne dans &#171; la nuit int&#233;rieure &#187; de l'&#226;me. Pour Hegel, &#171; on apprend &#224; penser abstraitement en pensant abstraitement [...] parce que l'abstrait est ce qui est le plus simple, il est plus facile &#224; appr&#233;hender. L'accessoire sensible concret doit, d'ailleurs, &#234;tre &#244;t&#233; &#187; (Rapport &#224; Niethammer, TPH, 144).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &lt;i&gt;&#224; une &lt;/i&gt;pareille axiomatique de la v&#233;rit&#233;, ne faut-il pas alors tenter de prendre la mesure de la sp&#233;cificit&#233; de cette approche et des risques dont elle est porteuse ? L'urgence &#233;thique et politique ne nous demande-t-elle pas de penser et d'&#233;valuer &lt;i&gt;la justice et la justesse &lt;/i&gt;de cette pratique sp&#233;cifique du &lt;i&gt;m&#233;tier &lt;/i&gt;de professeur de philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;IDENTITE&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'identit&#233; du m&#233;tier de professeur de philosophie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les affinit&#233;s fondamentales entre un certain discours de l&#233;gitimation de notre enseignement et d'une lecture philosophique d'une &#171; p&#233;dagogie &#187; particuli&#232;re, celle de Hegel(24), ne peuvent alors qu'engendrer les m&#234;mes caract&#233;ristiques, les m&#234;mes risques, les m&#234;mes impasses, lorsqu'il s'agit d'&#233;valuer de mani&#232;re th&#233;orique et pratique, les conditions de possibilit&#233; et les exigences que nous nous devons de respecter et de r&#233;aliser dans l'exercice quotidien de notre m&#233;tier de professeur de philosophie de lyc&#233;e. Ces d&#233;marches, dont on veut qu'elles rel&#232;vent de la &#171; philosophie naturelle &#187; de notre enseignement, se caract&#233;risent comme des proc&#233;dures d'ach&#232;vement : leurs risques sp&#233;cifiques ne peuvent se manifester que dans le registre de la cl&#244;ture et de son corollaire militant, l'esprit d'orthodoxie ; leur principale limite se r&#233;v&#232;le dans l'occultation syst&#233;matique du particulier dans l'exercice de notre enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Arisque&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;A. Le risque d'ach&#232;vement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en derni&#232;re analyse, l'enseignement philosophique, contrairement &#224; la d&#233;ontologie de son esprit, s'efforce depuis 1984, de fonder sa n&#233;cessit&#233; et sa l&#233;gitimit&#233; sur une seule philosophie particuli&#232;re, il ne peut alors que s'exposer aux m&#234;mes risques que celui que recelait la d&#233;marche du syst&#232;me h&#233;g&#233;lien et de sa &#171; p&#233;dagogie &#187;. A la lumi&#232;re des analyses de Heidegger &#8212; une autre philosophie particuli&#232;re &#8212;, s'ouvre en effet la possibilit&#233; de comprendre ces discours et d'en rep&#233;rer les risques comme des proc&#233;dures(25)' d'ach&#232;vement. Ces proc&#233;dures d'ach&#232;vement ne signifient pas dans un sens purement n&#233;gatif, la cessation, l' arr&#234;t d&#233;finitif d'un processus, ni m&#234;me que nous aurions atteint le parach&#232;vement, la perfection du dernier mot de ce qui se doit d'&#234;tre formul&#233; dans le domaine consid&#233;r&#233;. Positivement, selon Heidegger, l'ach&#232;vement traduit, avant tout, l'accomplissement d'un processus dans un lieu unique : &#171; celui auquel le tout de son histoire se rassemble dans sa possibilit&#233; la plus extr&#234;me &#187; (26). Que cet ach&#232;vement-accomplissement caract&#233;rise bien la d&#233;marche de Hegel, Heidegger le souligne dans &#171; Hegel et les Grecs &#187;, en affirmant que, &#171; en disant &#171; les Grecs &#187;, nous pensons au commencement de la philosophie, en disant &#171; Hegel &#187; &#224; son accomplissement... Dans le syst&#232;me de l'id&#233;alisme sp&#233;culatif, la philosophie est accomplie, ce qui veut dire qu'elle atteint son comble et &#224; partir de l&#224;, sa conclusion &#187; (27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choisir de caract&#233;riser et de d&#233;terminer l'enseignement philosophique en r&#233;f&#233;rence au seul point de vue de l'essence, et, de plus, r&#233;duire l'essence de l'&#233;cole &#224; celle de l'enseignement philosophique, manifeste bien que ce discours de l&#233;gitimation rassemble dans un chemin unique le tout de ces activit&#233;s et projets multiformes et historiquement variables. Rien d'ext&#233;rieur, d'&#233;tranger ne devant plus &#234;tre pris en consid&#233;ration, ce philosophisme op&#232;re bien le rassemblement sur sa &#171; possibilit&#233; la plus extr&#234;me &#187; (cf. th&#232;ses I et II) depuis le moment &#171; fondateur &#187; (cf. th&#232;se Ia). Cette essence unique se devant aussi de r&#233;aliser le passage &#224; l'universel, &#171; universaliser l'existence &#187; (cf. th&#232;se IVb) le &#171; comble &#187; de la finalit&#233; possible de tout enseignement se trouve &#233;nonc&#233; par l'assimilation non critique de l'&#202;tre, de la substance et du sujet ; la question du statut de cet universel, de la tentation de trop vite le substantialiser ne pouvant m&#234;me pas se poser. Ce discours r&#233;alise donc la cl&#244;ture de tout ce qui pouvait s'&#233;noncer ; de fait tous les discours post&#233;rieurs sur l'enseignement philosophique apparaissent vou&#233;s soit au &#171; jeu vari&#233; de la renaissance &#233;pigonale &#187; soit &#224; la tentative de &#171; retournement &#187; (28) imm&#233;diatement d&#233;nonc&#233;e comme transgression contre nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit d'ach&#232;vement conduit enfin les z&#233;lateurs de cette d&#233;marche &#224; revendiquer le monopole orthodoxe de la d&#233;fense de la discipline et &#224; s'autoriser des d&#233;clarations dont le volontarisme militant affich&#233; peut laisser r&#234;veur... Pr&#233;sentant six mois plus tard, dans le cadre des rencontres &#171; &#201;cole et philosophie &#187; &#224; Nanterre, le devenir du colloque de S&#232;vres et de son appel, Bernard Bourgeois d&#233;clarait publiquement &#171; Le temps n'est plus d'abord aux pr&#233;cautions et aux d&#233;tours acad&#233;miques, mais &#224; l'appel brutal &#8212; volontairement simpliste &#8212; &#224; l'exercice d'une responsabilit&#233; elle-m&#234;me fort simple en sa gravit&#233;(29). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;boccultation&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;B. L'occultation du particulier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se fondant sur une lecture de Hegel, le philosophisme va rencontrer les m&#234;mes difficult&#233;s que celles de la &lt;i&gt;Science de la logique, &lt;/i&gt;lorsqu'&#224; propos de la science universelle, elle s'efforce de fixer le statut du particulier dans sa relation &#224; l'universel et au singulier. Il en r&#233;sulte une occultation d&#233;lib&#233;r&#233;e de tout ce qui est de l'ordre de la particularit&#233;. A toute mise en question portant sur la nature de ce que peut penser l'universel, E. Fleischmann affirme que selon Hegel &#171; le penser, pour qu'il puisse &#234;tre vraiment universel, ne peut penser rien d'autre que lui-m&#234;me. Car s'il pensait autre chose que lui-m&#234;me, il ne serait plus universel [.. L'universel est donc un penser qui se pense soi-m&#234;me. Autrement dit, le penser est la seule entit&#233; au monde qui se particularise d'une mani&#232;re telle qu'il est aussi bien le sujet et son propre objet [...] Ainsi, le concept n'est pas seulement universel et particulier, mais il est aussi singulier, c'est une existence d&#233;termin&#233;e et ferm&#233;e sur elle-m&#234;me jouissant de sa propre perfection(30). &#187; Cette mani&#232;re de caract&#233;riser le particulier dans l'universel comme simple d&#233;termination conduit &#224; proposer avec Hannah Arendt que dans l'histoire de la philosophie &#171; Personne (comme Hegel) n'a jamais combattu avec autant d'&#233;nergie ce particulier, &#233;ternelle pierre d'achoppement de la pens&#233;e, irr&#233;futable, &#234;tre-l&#224; des objets qu'aucune pens&#233;e ne saurait atteindre ou expliquer. La philosophie, &#224; ses yeux (Hegel), a pour premi&#232;re fonction d'&#233;liminer le contingent, et tout ce qui particularise, tout ce qui existe, est contingent par d&#233;finition(31). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Risquer de devoir occulter n&#233;cessairement toute prise en consid&#233;ration de la particularit&#233; appara&#238;t tout d'abord dans le discours de S&#232;vres de 1984, comme une cons&#233;quence in&#233;vitable de la volont&#233; de rassembler dans un unique lieu de pens&#233;e, l'essence de toute forme d'enseignement. Par d&#233;finition, le point de vue essentialiste ne peut qu'&#233;liminer le particulier r&#233;duit aux domaines de l'accidentel, du contingent et donc des &#171; t&#233;n&#232;bres &#187; de l'empirie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence de toute forme d'enseignement se devant d'universaliser l'existence (cf. th&#232;se IV et IVb) prolonge donc ce risque h&#233;g&#233;lien d'un enseignement philosophique qui se pense lui-m&#234;me dans la jouissance de sa propre perfection sans pouvoir accorder de droit la moindre place &#224; l'&#233;l&#232;ve comme existant particulier et m&#234;me &#224; la pratique professorale qui ne s'exerce jamais que dans la compr&#233;hension des situations particuli&#232;res(32).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#232;ve n'existe plus que comme volont&#233; d'aspirer &#224; sa propre ali&#233;nation en se d&#233;livrant ainsi de tout ce qui en lui exprimait la particularit&#233; contingente. Le contenu universel du savoir se devant de lib&#233;rer l'&#233;l&#232;ve &#171; intimement de lui-m&#234;me en tant qu'il n'est pas lui-m&#234;me &#187; (cf. th&#232;se VI et VIa). De quoi chaque &#233;l&#232;ve doit-il faire son deuil intime, sinon d'une particularit&#233; d'existant en relation avec son enfance, sa famille, son milieu socio-culturel et l'esprit de son &#233;poque ? Vouloir universaliser son existence par l'assimilation d'un savoir encyclop&#233;dique, c'est donc pouvoir nier sa particularit&#233;, sa subjectivit&#233; contingente dans une n&#233;gation-appropriation qui passe par le rapport que le savoir-universel seul v&#233;ritablement r&#233;el entretient avec lui-m&#234;me. Le ma&#238;tre lui aussi dispara&#238;t devant le savoir &#8212; r&#233;alisation de l'universel &#8212;, le professeur n'a de l&#233;gitimit&#233; que comme &#171; agent singulier de l'universel &#187; (cf. th&#232;se V, Va) ; la question de sa formation dans son principe ne peut plus se dissocier de celle touchant l'instruction de l'&#233;l&#232;ve. &lt;i&gt;Le bon ma&#238;tre &lt;/i&gt;accomplit le devenir &#171; naturel &#187; de l'ancien &lt;i&gt;bon &#233;l&#232;ve : &#171; L'imp&#233;rieux &lt;/i&gt;devoir de former et choisir les meilleurs ma&#238;tres pour tous les &#233;l&#232;ves est ainsi l'imp&#233;rieux devoir g&#233;n&#233;ral d'instruire le mieux tous les &#233;l&#232;ves &#187; (B. Bourgeois, PEMC, p. 185). Tout souci didactique et p&#233;dagogique s'effor&#231;ant de penser de mani&#232;re probl&#233;matique la pratique particuli&#232;re de professeur de philosophie dans des situations particuli&#232;res, ne peut plus alors relever que de la &#171; pr&#233;supposition p&#233;dagogique &#187;. S'ouvre alors l'alternative cr&#233;pusculaire dans son dogmatisme fig&#233; : ou bien &#171; sombrer &#187; dans la pr&#233;supposition p&#233;dagogique et donc dans le p&#233;dagogisme n&#233;gateur du savoir, ou bien assumer en r&#233;sistant [!] la &#171; pr&#233;supposition philosophique &#187; qui par son souci du seul savoir permet aux ma&#238;tres de pouvoir continuer &#224; enseigner... &#171; car livr&#233;s &#224; leur seul instinct, sans th&#233;orie p&#233;dagogique, les ma&#238;tres ne pourraient pas commettre autant d'erreurs et surtout de fautes contre l'enfant qu'il s'en commet dans l'&#233;cole r&#233;nov&#233;e &#187; (J. Muglioni, PEMC, p. 28).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;cidentite&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;C. L'identit&#233; du m&#233;tier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer l'identit&#233; du m&#233;tier de professeur de philosophie, par del&#224; et donc en de&#231;&#224; d'une proc&#233;dure d'ach&#232;vement et d'occultation du particulier, est une t&#226;che collective et urgente. Elle rel&#232;ve de la responsabilit&#233; propre d'une corporation qui, dans sa tradition et son histoire, se trouve de mani&#232;re permanente confront&#233;e &#224; l'exigence de refonder sa n&#233;cessit&#233; aussi bien que la justesse de sa place dans le syst&#232;me d'enseignement. Que cette identit&#233; doive &#234;tre pluraliste, plurielle, toujours inqui&#232;te d'elle-m&#234;me et capable d'alimenter en elle-m&#234;me la permanence du d&#233;bat, cela ne r&#233;sulte que de la nature de la philosophie et donc de la volont&#233; d'&#233;viter toute forme d'orthodoxie. Cela revient enfin &#224; affirmer que cet accord sur le sens de notre pratique, ne peut en aucun cas r&#233;sulter seulement d'un mode de formation, ni m&#234;me d'une codification administrative et juridique de notre profession. L'horizon de cette identit&#233; s'exprimerait dans une exigence de l'ordre d'une &#171; &#233;thique communicationnelle &#187; qui selon Habermas, &#171; garantit l'universalit&#233; des normes admissibles et l'autonomie des sujets agissants uniquement par l'acceptation discursive des pr&#233;tentions &#224; la validit&#233; que pr&#233;sentent les normes &#187; (33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recherche d'une communaut&#233; de normes, sur le sens m&#234;me de notre m&#233;tier porterait d'abord sur la d&#233;termination du domaine de r&#233;f&#233;rence dans lequel doit s'exercer notre action, son lieu sp&#233;cifique. Ce dernier pourrait &#234;tre situ&#233; autour de trois jugements o&#249; jamais il ne serait possible d'&#233;tablir une hi&#233;rarchie entre les trois p&#244;les pas plus qu'il ne serait juste de les s&#233;parer dans l'analyse de leurs interactions r&#233;ciproques. Notre pratique sp&#233;cifique circulerait toujours entre une certaine compr&#233;hension de la philosophie et de son histoire, une &#233;valuation de l'institution scolaire et de l'&#233;cart entre son projet d&#233;clar&#233; et ses effets r&#233;ellement produits et enfin une pr&#233;sence de l'&#233;l&#232;ve et de notre responsabilit&#233; propre par rapport &#224; lui. Que cette identit&#233; ne puisse pas trouver sa substance propre en dehors d'un &#171; engagement &#187; philosophique dans le souci savant et permanent &#171; d'apprendre &#224; philosopher &#187;, est-il m&#234;me n&#233;cessaire de r&#233;p&#233;ter ce qui est d'une &#233;vidence absolue ? Cependant, affirmer trop vite qu'il suffirait que le professeur de philosophie soit &#171; philosophe &#187; pour &#233;puiser son identit&#233;, peut para&#238;tre bien l&#233;ger puisque si l'on est fid&#232;le &#224; Kant, la &#171; philosophie n'est que la simple id&#233;e d'une science possible, qui n'est jamais donn&#233;e nulle part &lt;i&gt;in concreto &lt;/i&gt;mais dont on cherche &#224; s'approcher par diff&#233;rentes voies &#187; (34). Ce n'est pas seulement notre professeur de philosophie, mais tout homme qui devrait se souvenir &#171; que c'est trop orgueilleux que de s'appeler soi-m&#234;me un philosophe et de pr&#233;tendre &#234;tre arriv&#233; &#224; &#233;galer le type qui n'existe qu'en id&#233;e &#187; (35). Que cette recherche d'identit&#233; commune ne doive pas non plus jamais renoncer &#224; se situer en relation avec une &#233;valuation critique du sens du fonctionnement r&#233;el de l'institution dans l'&#233;poque particuli&#232;re o&#249; nous intervenons, cela revient &#224; nous pr&#233;munir contre toutes les insidieuses tentations de l'illusion de &lt;i&gt;l'extraterritorialit&#233;. &lt;/i&gt;L'enseignement philosophique en lyc&#233;e, n'a pas plus la possibilit&#233; que les autres formes d'enseignements d'&#233;chapper aux situations particuli&#232;res contraignantes dans lesquelles agissent et r&#233;agissent des facteurs et des enjeux politiques, &#233;conomiques et sociaux. Par contre, de mani&#232;re th&#233;orique et pratique, &#233;valuer la nature de ces d&#233;terminismes dans leurs modalit&#233;s historiques particuli&#232;res, permet alors de donner pleinement sens &#224; l'exercice de la libert&#233; du professeur de philosophie en relation avec son projet : la r&#233;alisation &lt;i&gt;effective &lt;/i&gt;du droit &#224; la philosophie pour chaque &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constater que l'usage actuel du syst&#232;me scolaire et des strat&#233;gies parentales conduisent &#224; produire une orientation structur&#233;e par l'&#233;chec, ceci par une &#233;vidente hi&#233;rarchisation des fili&#232;res, ne nous laisse pas sans responsabilit&#233; propre m&#234;me et surtout, si nous n'intervenons qu'en fin de cursus. Mesurer que pour le moment, la &#171; fonction &#187; principale de l'instruction ne para&#238;t plus r&#233;sider pour une majorit&#233; d'&#233;l&#232;ves, que dans une participation quasi automatique, &#224; une gigantesque entreprise d'autoclassement social, celle-ci continuant &#224; favoriser la tendance &#224; la reproduction des in&#233;galit&#233;s culturelles et sociales de d&#233;part. R&#233;inventer, redonner avec d'autres le sens nouveau de la mission de l'&#233;cole r&#233;publicaine, demande aussi pour un enseignement comme le n&#244;tre, de r&#233;introduire la valeur et la part de n&#233;cessit&#233; autot&#233;lique de la culture scolaire. Que ce soit dans la d&#233;termination de nos finalit&#233;s, de nos programmes et de nos &#233;preuves d'examen, ce serait faire preuve d'une courte vue que de d&#233;cr&#233;ter au nom de l'unit&#233; de la philosophie et de l'universalit&#233; de la raison humaine, que toute forme de diff&#233;renciation de notre intervention repr&#233;sente une atteinte &#224; la norme pr&#233;suppos&#233;e universelle et anhistorique ! Notre identit&#233; ne peut se constituer au service d'une &#171; &#233;cole conservatrice &#187; : comme le rappelle P. Bourdieu, &#171; pour que soient favoris&#233;s les plus favoris&#233;s et d&#233;favoris&#233;s les plus d&#233;favoris&#233;s, il faut et il suffit que l'&#233;cole ignore dans le contenu de l'enseignement transmis, les in&#233;galit&#233;s culturelles entre les enfants des diff&#233;rentes classes sociales : autrement dit, en traitant tous les enseign&#233;s, aussi in&#233;gaux soient-ils en fait, comme &#233;gaux &lt;i&gt;en &lt;/i&gt;droits et en devoirs, ce syst&#232;me scolaire est conduit &#224; donner en fait sa sanction aux in&#233;galit&#233;s initiales devant la culture(36). &#187; Le troisi&#232;me et dernier p&#244;le de ce &lt;i&gt;lieu &lt;/i&gt;se situerait dans la pr&#233;sence de l'&#233;l&#232;ve et de notre responsabilit&#233; particuli&#232;re vis-&#224;-vis de lui. Ce qui pourrait appara&#238;tre comme &#171; l'aveu &#187; suppl&#233;mentaire d'un &#171; p&#233;dagogisme &#187;, exprime seulement une exigence fondamentale de la raison pratique et de l'&#233;thique propre au m&#233;tier d'instruire. Toujours &#224; S&#232;vres, en 1984, Jean-Claude Pariente faisait remarquer, face au climat ambiant, que s'il pouvait se reconna&#238;tre &#171; dans une des questions qui a &#233;t&#233; souvent pos&#233;e..., la question : quelle &#233;cole pour la philosophie ? &#187;, il ne pouvait en accepter &#171; la formulation que moyennant une certaine r&#233;serve. L'&#233;cole, en effet, n'est pas faite pour la philosophie, elle est faite pour l'&#233;l&#232;ve &#187; (PEMC, p. 143). La v&#233;ritable urgence serait surtout de mieux pr&#233;ciser la nature de cette pr&#233;sence de l'&#233;l&#232;ve et la r&#233;alit&#233; vis&#233;e sous le terme trop facilement g&#233;n&#233;rique. Si l'&#233;valuation critique du fonctionnement r&#233;el de l'institution scolaire r&#233;clamait un devoir de justice, Paul Ric&#339;ur souligne que ce sens de la justice &#171; ne retranche rien &#224; la sollicitude, il la suppose dans la mesure o&#249; elle tient les personnes pour irrempla&#231;ables(37). &#187; La pr&#233;sence de chaque &#233;l&#232;ve se d&#233;voile imm&#233;diatement comme un imp&#233;ratif universel de respect et de prise en consid&#233;ration de son visage. &#171; La pens&#233;e &#233;veill&#233;e au visage de l'autre homme n'est pas une pens&#233;e de..., une repr&#233;sentation, mais d'embl&#233;e une pens&#233;e pour..., une non-indiff&#233;rence pour l'autre, rompant l'&#233;quilibre de l' &#226;me &#233;gale et impassible du pur conna&#238;tre, un &#233;veil &#224; l'autre homme dans son unicit&#233; indiscernable pour le savoir, une approche du premier venu dans sa proximit&#233; de prochain et d'unique(38). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette prise en consid&#233;ration de la particularit&#233; de chaque &#233;l&#232;ve m&#234;me et surtout dans les classes pl&#233;thoriques ne se r&#233;duit pas seulement &#224; une exigence &#233;thique mais souligne aussi le parti pris th&#233;orique suivant lequel seuls, les &#233;l&#232;ves singuliers sont effectivement r&#233;els. Substantialiser trop vite l'id&#233;e d'&#233;l&#232;ve dans son aspiration &#224; l'universel, m&#233;conna&#238;t le fait que l'universel n'existe pas en dehors des individus, des &#234;tres singuliers, il n'est pas r&#233;alisable en dehors d'eux, il n'existe qu'en puissance. La recherche de la justesse de l'identit&#233; du m&#233;tier ne peut donc r&#233;sider toute enti&#232;re du c&#244;t&#233; de la science, ni m&#234;me de l'art con&#231;u comme connaissance des v&#233;rit&#233;s g&#233;n&#233;rales mais aussi de l'exp&#233;rience comme invention de l'acc&#232;s &#224; la connaissance du particulier(39). Faire que chacun puisse effectivement apprendre &#224; philosopher suppose aussi l'attention aux diff&#233;rences, aux particularit&#233;s, aux obstacles p&#233;dagogiques, pour pouvoir progresser du g&#233;n&#233;ral au particulier. Tenter de r&#233;aliser ce projet d'ordre &#233;pist&#233;mologique, r&#233;clame de rendre effectif, pour chaque &#233;l&#232;ve la possibilit&#233; de cette appropriation d'une rationalit&#233; critique, que procure la pratique de la philosophie, en ne se limitant pas &#224; &#233;noncer des finalit&#233;s g&#233;n&#233;rales qui passent sous silence le travail de recherche des m&#233;diations(40).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche commune de cette identit&#233; du m&#233;tier ne pourrait se limiter &#224; circonscrire son lieu d'exercice, elle se devrait aussi de convenir de sa vertu propre. Tout ce qui dans l'id&#233;e de m&#233;tier semble faire signe &#224; une rationalit&#233; instrumentale et fabricatrice se doit d'&#234;tre r&#233;solument &#233;cart&#233;. Puisque ce m&#233;tier veut &#171; instruire &#187; et de plus &#171; apprendre &#224; philosopher &#187;, il ne concerne que des personnes, des sujets autonomes et de plus agents de leur acc&#232;s &#224; leur propre autonomie. Toute revendication de ma&#238;trise m&#233;connait l'horizon infini de cette t&#226;che, toute illusion d'ach&#232;vement ignore, le caract&#232;re interminable de ce projet. Un engagement r&#233;solu dans une communaut&#233; de recherche, de justice, de justesse de la vertu de notre m&#233;tier passerait par la production collective de ce que Laurence Cornu d&#233;signe comme la &#171; po&#233;tique du m&#233;tier &#187; : &#171; m&#233;tier d'interpr&#232;te au sens linguistique et musical du terme [...] art du sens, qui sache user des formes et figures du temps pour rendre accessible le sens, la direction comme la signification de ce que l'on apprend [...] c'est une po&#233;tique du m&#233;tier qu'il faudrait ici conduire, li&#233;e &#224; une &#233;thique de la responsabilit&#233;(41). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de vingt ans apr&#232;s la r&#233;flexion des &#171; journ&#233;es de S&#232;vres &#187;, le temps ne s'ouvre-t-il pas de la recherche et de l'&#233;coute, de nouvelles harmoniques dans les d&#233;bats sur l'avenir de notre enseignement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Francis MARCHAL,&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Professeur de philosophie au lyc&#233;e Andr&#233;-Boulloche de Livry-Gargan.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;NOTES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1 Rapport de la Commission de philosophie et d'&#233;pist&#233;mologie, copr&#233;sid&#233;e par Jacques Bouveresse et Jacques Derrida, et compos&#233;e de Jacques Brunschwig, Jean Dhombres, Catherine Malabou et Jean-Jacques Rosat. Cette commission a travaill&#233; dans le cadre d'une autre commission de r&#233;flexion sur les contenus de l'enseignement, cr&#233;&#233; en 1988 et pr&#233;sid&#233;e par Pierre Bourdieu et Fran&#231;ois Gros. Ce rapport a &#233;t&#233; remis au ministre fin juin 1989. Il a &#233;t&#233; publi&#233; in &lt;i&gt;Du droit &#224; la philosophie, &lt;/i&gt;p. 619-659, J. Derrida, Galil&#233;e, 1990 (d&#233;sormais cit&#233; RBD). Il est &lt;a href=&#034;http://acireph.org/spip.php?article37&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;consultable sur ce site&lt;/a&gt; dans la rubrique consacr&#233;e &#224; &lt;a href=&#034;http://acireph.org/SPIP/spip.php?article12&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la &#034;guerre des programmes&#034; (acte 2)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &lt;i&gt;Recherches sur l'enseignement philosophique, &lt;/i&gt;INRDP, 1971 (d&#233;sormais cit&#233; RSEP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Premier appel d'un collectif de professeurs de philosophie. Point 3. A la suite de la diffu&#173;sion du Rapport Bouveresse-Derrida, un collectif de professeurs de philosophie a r&#233;dig&#233; un appel critique, qui a commenc&#233; &#224; circuler sous forme de p&#233;tition en janvier 1990, et a r&#233;uni de nombreuses signatures. Les premiers r&#233;dacteurs de ce texte furent Anne Baudart, &#201;dith Bottineau&#173;Fuchs, Odile Dupont, Bruno Huisman, Jeannine Laeri, Henri Pena-Ruiz, Michel Quilici, Fran&#231;oise Raftin et G&#233;rard Sfez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &lt;i&gt;Philosophie - &#233;cole/M&#234;me combat, &lt;/i&gt;PUF, 1984 (d&#233;sormais cit&#233; PEMC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 J. Derrida, &lt;i&gt;Bulletin de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie, &lt;/i&gt;n&#176; 1, janvier-mars 1991, p. 22 (d&#233;sormais cit&#233; BSFD).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &lt;i&gt;Suppl&#233;ment philosophie. &lt;/i&gt;Document du SNES, n&#176; 1, avril 1990 (d&#233;sormais cit&#233; DS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 &lt;i&gt;Ibid, &lt;/i&gt;n&#176; 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 RBD, p. 632.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 RBD, p. 633.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 DS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 RSEP, p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 RSEP, p. 110-111.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 BSFD, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 PEMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Le choix, quasi exclusif, de r&#233;f&#233;rence aux th&#232;ses de Bernard Bourgeois, ne r&#233;sulte que de leur syst&#233;matique &#233;laboration philosophique et donc de leur caract&#232;re architectonique. Tout ne se passe-t-il comme si B. Bourgeois produisait un id&#233;al-type, un tout intelligible ayant valeur de mod&#232;le, en regard de toute entreprise possible de justification d'un enseignement philosophique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 PFMC, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 PFMC, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 &lt;i&gt;La gr&#232;ve des philosophes, &lt;/i&gt;Osiris, 1986, p. 67 (d&#233;sormais cit&#233; GDP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 G. W. E Hegel, &lt;i&gt;Textes p&#233;dagogiques, &lt;/i&gt;traduction et pr&#233;sentation par B. Bourgeois, Vrin, I918 (d&#233;sormais cit&#233; TPH).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 TPH, p. 74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 PDE, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 &lt;i&gt;Prop&#233;deutique philosophique, &lt;/i&gt;Minuit, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 Ce n'est pas le moindre paradoxe que l'enseignement philosophique soit invit&#233; &#224; fonder sa p&#233;dagogie sur cette lecture de Hegel. Selon B. Bourgeois lui-m&#234;me, contrairement &#224; J. Hyppolite, il ne faut accorder aucune signification p&#233;dagogique &#224; la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit, &lt;/i&gt;ni &#224; toute la philosophie de Hegel. (TPH, p. 10, 11). Serions-nous donc invit&#233;s &#224; faire n&#244;tre la remarque valant pour ce philosophe : &#171; Bien loin d'avoir &#233;t&#233; un th&#232;me privil&#233;gi&#233; par la r&#233;flexion du philosophe sp&#233;culatif, la p&#233;dagogie a &#233;t&#233; rencontr&#233;e comme une condition de fait qu'il lui fallut subir en son existence &#187; ? (TPH, 12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 L'id&#233;e de proc&#233;dure traduit ce que Fran&#231;ois Ewald affirmait &#224; propos de &lt;i&gt;Surveiller et punir &lt;/i&gt;&#171; Pr&#233;cis&#233;ment, qu'est-ce que nous apprend Foucault ? Qu'on ne saurait plus s&#233;parer la v&#233;rit&#233; des proc&#233;dures de sa production, et que ces proc&#233;dures sont autant proc&#233;dures de savoir que proc&#233;dures de pouvoir. &#187; (&#171; Anatomie et corps politiques &#187;, in &lt;i&gt;Critique, &lt;/i&gt;d&#233;cembre 1975, p. 1230, n&#176; 343).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 Heidegger, &lt;i&gt;Questions IV, &lt;/i&gt;La fin de la philosophie et le tournant, Gallimard, 1976, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 Heidegger, &#171; Hegel et les Grecs &#187;, &lt;i&gt;Questions II, &lt;/i&gt;Gallimard, 1968, p. 45 et 52.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 &lt;i&gt;ibid., &lt;/i&gt;p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 &#171; Que faire pour l'&#233;cole aujourd'hui quand on est professeur de philosophie ? &#187; &lt;i&gt;La gr&#232;ve des philosophes, &lt;/i&gt;OSIRIS, 1986, p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Fleischmann, &lt;i&gt;La science universelle ou la logique de Hegel, &lt;/i&gt;Plon, 1968, (p. 244-245).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 H. Arendt, &lt;i&gt;La vie de l'Esprit, &lt;/i&gt;PUF, t. 1, 1981, p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 Serait-il &lt;i&gt;imprudent &lt;/i&gt;de consid&#233;rer que l'enseignement philosophique, aussi, requiert - un peu - de cette sagesse pratique dont Aristote nous rappelle qu'elle &#171; ne s'occupe pas seulement des v&#233;rit&#233;s universelles ; il lui faut conna&#238;tre les particularit&#233;s, car elle concerne l'action, et l'action porte sur les cas singuliers &#187; ? &lt;i&gt;(&#201;thique &#224; Nicomaque, &lt;/i&gt;livre VI, ch. 8, 1141 b 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33 Habermas, &lt;i&gt;Raison et l&#233;gitimit&#233;, &lt;/i&gt;Payot, 1978, p. 125.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34 Kant, &lt;i&gt;Critique de la Raison pure, &lt;/i&gt;PUF, 1965, p. 561.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35 &lt;i&gt;ibid., &lt;/i&gt;p. 562.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36 P. Bourdieu, &#171; L'&#233;cole conservatrice, L'in&#233;galit&#233; sociale devant l'&#233;cole et la culture &#187; &lt;i&gt;in Revue fran&#231;aise de sociologie, &lt;/i&gt;1966, n&#176; 3, p. 336.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37 P. Ric&#339;ur, &#171; Le juste entre le l&#233;gal et le bon &#187;. &lt;i&gt;Esprit, &lt;/i&gt;septembre 1991, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38 &#201;. L&#233;vinas, &#171; L'universel est-il europ&#233;en ? &#187;, Unesco, juillet-ao&#251;t 1992, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 Aristote, &lt;i&gt;M&#233;taphysique &lt;/i&gt;(A, I, 981 a 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 On ne sera pas surpris de notre total accord avec les analyses de Chantal Demonque et Nicole Grataloup, en ce qui concerne cette recherche des &#171; cha&#238;nons manquants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41 &lt;i&gt;Le m&#233;tier d'instruire - Colloque de la Rochelle 15-16 mai 1990. &lt;/i&gt;CRDP de Poitou-Charentes, p. 154.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les controverses fran&#231;aises sur l'&#233;cole : la schizophr&#233;nie r&#233;publicaine </title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/les-controverses-francaises-sur-l-ecole-la-schizophrenie-republicaine</link>
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		<dc:date>2002-05-01T09:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Raisonnement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Par Michel Fabre &lt;br class='autobr' /&gt;
Article paru dans la revue &#201;ducation et Francophonie, Volume XXX, n&#176;1 2002 (http://www.acelf.ca/c/revue/revuehtml/30-1/03-Fabre.html) et dans l'ouvrage Enseigner et lib&#233;rer (direction Christiane Gohier), Les presses de l'universit&#233; de Laval, 20021975 &lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Fabre est enseignant-chercheur au Centre de Recherche et d'&#201;ducation de Nantes &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;bat franco-fran&#231;ais sur l'&#233;cole pi&#233;tine. Depuis l'essai de Milner (1984) les m&#234;mes arguments sont ressass&#233;s malgr&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/raisonnement" rel="tag"&gt;Raisonnement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Michel Fabre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans la revue &lt;i&gt;&#201;ducation et Francophonie&lt;/i&gt;, Volume XXX, n&#176;1 2002 (&lt;a href=&#034;http://www.acelf.ca/c/revue/revuehtml/30-1/03-Fabre.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.acelf.ca/c/revue/revuehtml/30-1/03-Fabre.html&lt;/a&gt;) et dans l'ouvrage &lt;i&gt;Enseigner et lib&#233;rer&lt;/i&gt; (direction Christiane Gohier), Les presses de l'universit&#233; de Laval, 20021975&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Fabre est enseignant-chercheur au Centre de Recherche et d'&#201;ducation de Nantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Intro&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat franco-fran&#231;ais sur l'&#233;cole pi&#233;tine. Depuis l'essai de Milner (1984) les m&#234;mes arguments sont ressass&#233;s malgr&#233; les nombreuses mises au point : celles de Prost (1985), de Meirieu &amp; Develay (1992), de Forquin (1993). Il est &#224; craindre que les tentatives les plus r&#233;centes d'&#233;lucidation, celle de Meirieu (1998) de Meirieu &amp; Guiraud (1997), de De Queiroz (2000 a) et (2000 b) restent pareillement sans effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat h&#233;rite de th&#232;mes qui ont re&#231;u une premi&#232;re &#233;laboration &#224; la r&#233;volution fran&#231;aise et qui ont &#233;t&#233; repris lors de l'institution de l'&#233;cole la&#239;que, sous Jules Ferry, puis dans la philosophie du radicalisme d'Alain : cl&#244;ture ou ouverture de l'&#233;cole, instruction ou &#233;ducation, savoir ou p&#233;dagogie, mise entre parenth&#232;ses ou prise en compte des diff&#233;rences. Si ces &#171; lieux &#187; constituent l'investissement id&#233;ologique de fond, le d&#233;bat s'alimente &#224; l'histoire scolaire r&#233;cente de la d&#233;mocratisation de l'enseignement. Malgr&#233; l'allure quelque peu chaotique des r&#233;formes, on peut en effet lire dans une assez grande continuit&#233; l'allongement de la scolarit&#233; obligatoire &#224; 16 ans (r&#233;forme Berthouin, 1959) la cr&#233;ation du coll&#232;ge unique (r&#233;forme Haby (1975)), la volont&#233; affich&#233;e de mettre l'&#233;l&#232;ve au centre du syst&#232;me &#233;ducatif (loi Jospin, 1989) l'objectif d'emmener 80 % d'une classe d'&#226;ge au baccalaur&#233;at 1989, enfin la r&#233;forme de la formation des ma&#238;tres avec la cr&#233;ation des IUFM en 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la compulsion de r&#233;p&#233;tition qui sous-tend ces controverses, il faut sans doute distinguer - tout comme dans le travail de l'inconscient - la mise de fond du capitaliste du travail de l'entrepreneur. On peut donc consid&#233;rer qu'&#224; l'occasion des politiques scolaires r&#233;centes sont raviv&#233;s des investissements id&#233;ologiques et symboliques profonds. Un sociologue d&#233;c&#232;lerait, sous l'&#226;pret&#233; du d&#233;bat, des enjeux de pouvoir de type identitaire ou politique. Ce qui est en question est finalement de savoir qui est l&#233;gitimement autoris&#233; &#224; parler de l'&#233;cole ? Quel est d&#233;sormais le statut des enseignants qui - jusqu'&#224; pr&#233;sent - se concevaient comme des intellectuels plus que des professionnels ? Ou encore quelles doivent &#234;tre les limites &#224; la &#171; massification &#187; de l'&#233;cole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant &#233;clairer le d&#233;bat d'un autre point de vue en caract&#233;risant les modalit&#233;s d'investissement symbolique de l'&#233;cole. Au-del&#224; des objets controvers&#233;s, il s'agirait de remonter vers les styles d'argumentation en pr&#233;sence. L'approche rh&#233;torique a montr&#233; sa f&#233;condit&#233; dans l'&#233;tude du discours p&#233;dagogique chez Daniel Hameline, Olivier Reboul ou Nanine Charbonnel. L'originalit&#233; de l'approche propos&#233;e ici dans le cadre de la &#171; fantastique transcendantale &#187; de Gilbert Durand (1969), est de consid&#233;rer la rh&#233;torique comme une instance de m&#233;diation entre imaginaire et rationalit&#233;. Les sch&#232;mes argumentatifs en pr&#233;sence dans le d&#233;bat seront donc rapport&#233;s &#224; leur matrice imaginaire et aux diff&#233;rents r&#233;gimes qui la sp&#233;cifient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont les partenaires du d&#233;bat ? On oppose selon les cas les &#171; r&#233;publicains &#187; aux &#171; d&#233;mocrates &#187; ou aux &#171; p&#233;dagogues &#187;, voire aux &#171; gestionnaires &#187; ; ou encore les &#171; r&#233;formistes aux &#171; contre r&#233;formistes, les &#171; anciens &#187; aux &#171; modernes &#187; et ceux-ci aux &#171; postmodernes &#187;. Il faut questionner ces labels qui naissent de la pol&#233;mique m&#234;me : ce sont des drapeaux ou des cibles. Soyons clairs ! Peu de protagonistes renonceraient au titre de r&#233;publicains et peu consentiraient &#224; se laisser traiter de lib&#233;raux sans revendiquer quelques qualificatifs restrictifs ou euph&#233;misants. Les positions ne recoupent d'ailleurs pas les fronti&#232;res politiques. La controverse est donc essentiellement une affaire de famille opposant des r&#233;publicains radicaux &#224; des r&#233;publicains d&#233;mocrates qui s'accusent r&#233;ciproquement de faire le lit du lib&#233;ralisme sous sa forme strictement &#233;conomique ou plus g&#233;n&#233;ralement culturelle (le post-modernisme). Bien qu'il existe une litt&#233;rature lib&#233;rale (Nemo (1991) ; Desjardins (1999)) le lib&#233;ralisme constitue moins ici un protagoniste qu'une tentation ou une menace. Il est toujours pr&#234;t &#224; envahir subrepticement l'&#233;cole &#224; la faveur de la rigidit&#233; des uns ou du laxisme des autres. C'est ainsi que sont lues les r&#233;formes et les r&#233;actions qu'elles suscitent, selon l'&#232;re du soup&#231;on, dans un jeu o&#249; deux protagonistes s'efforcent d'exclure le troisi&#232;me tout en d&#233;non&#231;ant chez l'adversaire l'in&#233;vitable retour du refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se centrera sur la pens&#233;e r&#233;publicaine, plus exactement sur l'intransigeance r&#233;publicaine &#224; la fois si n&#233;cessaire et si insupportable. N&#233;cessaire car le lib&#233;ralisme est bien r&#233;el (Van Zanten (2000) ; Careil (1998)) et appelle une critique en r&#232;gle (Joshua (1999)). Mais insupportable aussi, car la rh&#233;torique r&#233;publicaine en se durcissant bloque le d&#233;bat. La critique du lib&#233;ralisme &#233;choue ainsi comme d'ailleurs, plus g&#233;n&#233;ralement, celle du capitalisme (Boltanski &amp; Chiapillo (1999)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Controverse&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Controverses sur l'&#233;cole et fantastique transcendantale &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;publicain Charles Coutel (1999) nous met sur la voie rh&#233;torique lorsqu'il s'en prend au style parataxique des p&#233;dagogues. Selon lui, la crise de l'&#233;cole se refl&#232;te dans le langage et appelle une r&#233;sistance po&#233;tique. C'est que la rh&#233;torique des p&#233;dagogues effectue un nettoyage par le vide du vocabulaire r&#233;publicain : plus &#171; d'instituteur &#187; ni &#171; d'instruction publique &#187; mais des &#171; professeurs d'&#233;cole &#187; et une &#171; &#233;ducation nationale &#187; ! Cette &#171; novlangue &#187; impose le r&#232;gne des tautologies consensuelles, telle l'expression &#171; apprendre &#224; apprendre &#187; utilis&#233;e de mani&#232;re incantatoire. Elle recourt &#224; la parataxe, dans laquelle la juxtaposition des termes vaut explication. Toujours associer par exemple &#171; p&#233;dagogie &#187; et &#171; diff&#233;renci&#233;e &#187;, emm&#232;ne &#224; ne plus pouvoir concevoir l'une sans l'autre. La parataxe, poursuit Coutel, proc&#232;de par euph&#233;misation : quand les crises deviennent des difficult&#233;s passag&#232;res, l'&#233;cole, d'institution qu'elle &#233;tait, n'est plus qu'un service public comme la poste. La parataxe r&#233;concilie magiquement les contraires. Ainsi tout parent devient parent &#171; d'&#233;l&#232;ve &#187; ce qui cache une contradiction &lt;i&gt;in adjecto&lt;/i&gt;. Enfin un proc&#233;d&#233; de substitution mim&#233;tique trahit les concepts sous pr&#233;texte de les adapter &#224; la modernit&#233; : le projet d'&#233;tablissement remplace le programme, l'apprentissage fondamental le savoir &#233;l&#233;mentaire, l'&#233;galit&#233; des chances l'&#233;galit&#233; des droits...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique de la parataxe &#171; p&#233;dagogiste &#187; autorise par contre coup celle de la rh&#233;torique r&#233;publicaine et en fournit imprudemment la cl&#233; : l'amour de la syntaxe. Mais l'analyse doit &#234;tre pouss&#233;e jusqu'&#224; son terme. Gilbert Durand (1969) nous l'a appris : toute rationalit&#233; s'enracine dans un fond imaginaire. Le concept r&#233;sulte d'un processus de cristallisation de l'image. Et la rh&#233;torique occupe pr&#233;cis&#233;ment la place interm&#233;diaire entre image et concept. Les figures de rh&#233;toriques constituent donc une sorte de pr&#233;logique entre imagination et raison, au point que chaque structure de l'imaginaire dicte au discours rationnel sa syntaxe et m&#234;me sa logique propre. L'analyse doit donc remonter jusqu'aux structures premi&#232;res de l'imaginaire. Gilbert Durand en tente une classification selon un trajet anthropologique qui va de la r&#233;flexologie aux univers mythiques, en deux grandes polarit&#233;s : le r&#233;gime diurne et le r&#233;gime nocturne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime diurne d&#233;rive biologiquement des r&#233;flexes posturaux et de ses adjuvants sensoriels : la vue et l'audition, c'est-&#224;-dire les sensations &#224; distance. Il mobilise les sch&#232;mes verbaux de la s&#233;paration (oppos&#233;e &#224; la confusion) et de la mont&#233;e (oppos&#233;e &#224; la chute) et plus g&#233;n&#233;ralement de la distinction. Il valorise les principes logiques d'identit&#233;, d'exclusion et de contradiction. Ses structures sont de type schizomorphe et mobilisent les processus d'id&#233;alisation, de coupure, de construction g&#233;om&#233;trique, d'antith&#232;se pol&#233;mique. Il s'agit ici de fuir l'irr&#233;versibilit&#233; du temps dans un d&#233;sir d'&#233;ternit&#233; qui se manifeste &#224; la fois par la construction de syst&#232;mes explicatifs anhistoriques et par des &#171; gestes &#187; h&#233;ro&#239;ques. Le platonisme est - dans l'histoire des id&#233;es - la figure typique de ce r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le r&#233;gime nocturne au contraire, il s'agira d'apprivoiser le temps. Au r&#232;gne h&#233;ro&#239;que de l'antith&#232;se va correspondre celui de l'euph&#233;misme : valorisation de l'intimit&#233; des substances, des constantes rythmiques, r&#233;conciliation avec l'histoire. Ce processus d'euph&#233;misation rev&#234;t deux formes fondamentales sugg&#233;r&#233;es par la dualit&#233; des r&#233;flexes digestifs (&#224; tonalit&#233; coenesth&#233;sique) et des r&#233;flexes copulatifs (&#224; tonalit&#233; kinesth&#233;sique et rythmique). Le r&#233;gime nocturne se d&#233;double donc en nocturne synth&#233;tique (dramatique) ou mystique (antiphrastique). Les structures synth&#233;tiques visent l'harmonisation des contraires, l'accord avec l'ambiance. Elles proc&#232;dent d'une dialectique qui n'abolit pas les oppositions mais tente une valorisation des contraires dans le temps. C'est un exorcisme du temps par des proc&#233;d&#233;s temporels tels que le r&#233;cit. Quant aux structures mystiques (ainsi nomm&#233;es parce qu'elles relient au lieu de s&#233;parer), elles se caract&#233;risent par la double n&#233;gation, l'adh&#233;rence aux choses et aux ambiances, le refus de trancher, le souci de concilier, et enfin par l'attachement au concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Durand prend bien soin de distinguer perspective arch&#233;typale et typologie, car les r&#233;gimes de l'imaginaire ne sont ni &#233;tanches ni exclusifs les uns des autres. &#192; plus forte raison ne peut-il s'agir d'une caract&#233;rologie car les personnes concr&#232;tes (et m&#234;me les malades mentaux chez qui ces structures de l'imaginaire se rigidifient) ne sont pas d'un seul bloc. Ces pr&#233;cautions prises, les cat&#233;gories d&#233;gag&#233;es peuvent &#233;clairer les controverses franco-fran&#231;aises sur l'&#233;cole. En particulier, la syntaxe r&#233;publicaine semble une r&#233;alisation exemplaire du r&#233;gime diurne. Elle a tous les traits d'un platonisme exacerb&#233;, quasi-manich&#233;en et quasi-gnostique. Par ailleurs, les discours qui lui sont oppos&#233;s rel&#232;vent du r&#233;gime nocturne, soit synth&#233;tique soit mystique. Le d&#233;bat pi&#233;tine car la logique de l'euph&#233;misme ne r&#233;ussit qu'&#224; exacerber celle de l'antith&#232;se, ce qui relance le d&#233;bat, de mani&#232;re cyclique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;NoyauDur&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le noyau dur de la th&#232;se r&#233;publicaine &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se r&#233;publicaine renvoie &#224; trois moments fondateurs : l'antiquit&#233; grecque, la r&#233;volution fran&#231;aise li&#233;e aux Lumi&#232;res et l'&#233;cole de Jules Ferry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En grec, Ecole se dit &lt;i&gt;&#171; schol&#232;&lt;/i&gt; &#187;, le loisir. Platon, Aristote, Augustin, ces b&#226;tisseurs d'&#233;cole, en sont les th&#233;oriciens. Le loisir n'est ni d&#233;soeuvrement ni divertissement mais effort de pens&#233;e. Par rapport aux n&#233;cessit&#233;s vitales, le temps du loisir se d&#233;finit comme un &#171; dimanche de l'esprit &#187; (Baudart (1991)). C'est un espace-temps quasi sacr&#233; en tout cas &#171; s&#233;par&#233; &#187;. Cette vie de loisir, Aristote, dans &lt;i&gt;l'Ethique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt; la pense comme fin en soi, comme but supr&#234;me de la vie humaine. Entre l'ataraxie du divin et l'agitation des affaires (le &#171; &lt;i&gt;negotium &lt;/i&gt; &#187; diront les latins), &#171; &lt;i&gt;l'otium &lt;/i&gt; &#187; caract&#233;rise la vie bonne, ce &#224; quoi tout le reste est relatif. L'&#201;cole doit donc pr&#233;parer la vie de loisir, ainsi entendue. Voil&#224; pourquoi elle ne peut &#234;tre subordonn&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233; civile. Les r&#233;publicains reprennent volontiers le mot de Bachelard : &#171; l'&#233;cole n'est pas faite pour la soci&#233;t&#233;, c'est la soci&#233;t&#233; qui est faite pour l'&#233;cole &#187; (Bachelard (1970) ; Muglioni (1993)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de loisir, d&#233;barrass&#233;e des contingences et des particularit&#233;s de tous ordres, subsiste un r&#233;sidu non nul, qui est pr&#233;cis&#233;ment l'universel. Si l'on accepte de parler latin, ce r&#233;sidu n'est plus une chose particuli&#232;re mais bien une chose publique, une &#171; res publica &#187;. Du point de vue strictement politique, la r&#233;publique renvoie &#224; cette volont&#233; g&#233;n&#233;rale qu'&#233;voque le &lt;i&gt;Contrat social&lt;/i&gt; de Rousseau, et qui ne saurait se r&#233;duire &#224; la somme des volont&#233;s particuli&#232;res. L'id&#233;e de r&#233;publique suppose donc de faire abstraction des int&#233;r&#234;ts particuliers pour s'&#233;lever &#224; la consid&#233;ration de ce que les citoyens ont en commun et de ce qui, appartenant &#224; tous, n'appartient &#224; personne. Le lien entre l'id&#233;e de r&#233;publique et celle d'&#233;cole appara&#238;t si l'on veut bien consid&#233;rer qu'elles d&#233;signent &#224; chaque fois un mouvement d'abstraction, de s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus. Les penseurs de la R&#233;volution fran&#231;aise et en particulier Condorcet (1989), soudent la r&#233;publique &#224; l'&#233;cole. Car seule l'instruction du citoyen peut emp&#234;cher la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la d&#233;mocratie en d&#233;magogie. C'est ce qui autorise les intellectuels r&#233;publicains &#224; se d&#233;finir comme &#171; conscience critique de la d&#233;mocratie &#187; (Coutel (1999) ; Gaubert (1999)). Milner (1984) avait d'ailleurs magistralement exprim&#233; cette th&#232;se, cent fois reprise depuis. En France, les libert&#233;s individuelles sont pr&#233;caires. On ne peut s'y r&#233;f&#233;rer &#224; un &#171; Habeas corpus &#187; &#224; l'Anglaise ou &#224; une Constitution &#224; l'Am&#233;ricaine. En tout instant, un &#233;tat absolu peut s'instaurer : la IIIe R&#233;publique et le gouvernement de Vichy ne sont s&#233;par&#233;s que par une mince diff&#233;rence institutionnelle. La seule limite au pouvoir ou encore le seul contrepouvoir consiste dans le savoir, dans la conscience critique des intellectuels. Seule d&#233;mocratie non protestante pendant longtemps, la France ne peut maintenir les libert&#233;s formelles qu'en tablant sur l'instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette profession de foi radicale, l'&#233;cole doit &#234;tre une affaire d'&#233;tat (et non de la soci&#233;t&#233; civile) sans pour autant d&#233;pendre de l'ex&#233;cutif. C'est l&#224; toute l'id&#233;e d'espace public qu'enveloppe la relation entre instruction, chose publique et libert&#233;. Dans son opuscule &lt;i&gt;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?&lt;/i&gt; Kant distinguait l'usage &#171; priv&#233; &#187; de la raison, - celui qui s'exerce chez le soldat, le pr&#234;tre ou le fonctionnaire, comme agent d'un tout qu'ils doivent servir - et l'usage public de la raison qui s'exerce dans la libert&#233; d'expression et de publication de l'intellectuel. Ainsi, comme fonctionnaire, l'enseignant d&#233;pend de l'&#233;tat et non des usagers de l'&#233;cole. Mais en tant qu'intellectuel producteur de savoir et de libert&#233;, il participe au contr&#244;le de cet &#233;tat au nom de principes sup&#233;rieurs (Leli&#232;vre (1996) ; Nicolet (1992)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La syntaxe r&#233;publicaine relie ainsi &lt;i&gt;more geometrico&lt;/i&gt; le moment &#233;thique de la &#171; &lt;i&gt;schol&#232;&lt;/i&gt; &#187;, le moment politique de la &#171; &lt;i&gt;res publica&lt;/i&gt; &#187; et le moment &#233;pist&#233;mique du savoir &#233;mancipateur. Comme telle, elle rec&#232;le un potentiel critique extr&#234;mement puissant du lib&#233;ralisme ambiant, tant dans sa forme strictement &#233;conomique que culturelle (le post-moderne). On conna&#238;t d'ailleurs la f&#233;condit&#233; de l'id&#233;e d'&#233;mancipation, issue des Lumi&#232;res, dans d'autres contextes culturels, comme celui de l'&#201;cole de Francfort. Rien de tel ne se produit en France car, pr&#233;cis&#233;ment, cette th&#232;se r&#233;publicaine se fige en une gesticulation formelle qui n'a d'autre effet que d'enliser le d&#233;bat scolaire. En atteste l'&#233;tude de quelques &#171; lieux &#187; privil&#233;gi&#233;s de la rh&#233;torique r&#233;publicaine, qui ne sont en r&#233;alit&#233; que de faux probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Antith&#232;se&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une antith&#232;se ind&#233;passable : instruction ou &#233;ducation &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour l'int&#233;grisme r&#233;publicain, l'&#233;cole rel&#232;ve de l'instruction seule &#224; l'exclusion de toute finalit&#233; &#233;ducative. L'id&#233;e m&#234;me d'&#233;ducation est contraire &#224; celle d'&#233;cole, fulmine Muglioni (1993). Le d&#233;bat est double puisqu'il engage le rapport de l'&#233;cole &#224; l'&#233;tat et aux familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point les r&#233;publicains, se r&#233;clamant de Condorcet, refusent l'id&#233;e d'un &#233;tat &#233;ducateur. Alors que bien des r&#233;volutionnaires pr&#233;tendaient faire de l'&#233;cole l'instrument d'une r&#233;novation du peuple, selon un mod&#232;le spartiate, Condorcet ambitionnait de &#171; rendre la raison populaire &#187; et donc de former - par une instruction fond&#233;e sur des savoirs purement rationnels, d&#233;pouill&#233;e de toute croyance et &#233;loign&#233;e de toute esp&#232;ce &#171; d'enthousiasme &#187; - un citoyen &#233;clair&#233;, capable de d&#233;cisions raisonnables pour le bien commun. Condorcet r&#233;cusait ainsi tout culte de la raison et refusait que les droits de l'homme eux-m&#234;mes soient enseign&#233;s comme un cat&#233;chisme. Fils spirituel de Descartes, il ne voulait faire fond que sur l'&#233;vidence rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'une telle &#233;cole de l'instruction seule n'a jamais exist&#233;. L'&#233;cole de Jules Ferry, dont les r&#233;publicains gardent la nostalgie, visait bel et bien la formation d'une nation r&#233;publicaine et n'a cess&#233; d'inculquer une morale la&#239;que comme contrepoids aux morales confessionnelles (Leli&#232;vre (1996)). Le voeu de Condorcet de d&#233;tacher l'&#233;cole de l'ex&#233;cutif en la mettant directement sous la tutelle de l'assembl&#233;e ne s'est, lui non plus, jamais r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il d'ailleurs possible d'instruire sans &#233;duquer ? Quand les r&#233;publicains int&#233;gristes reprennent la distinction d'Alain entre l'&#233;cole de la raison et celle du sentiment, ils renvoient l'acte &#233;ducatif aux familles. Mais l'enfant ne peut devenir &#233;l&#232;ve que sur le fond d'une socialisation minimale que les familles, d&#233;sormais, assurent mal. Les r&#233;publicains ont certes raison de distinguer une socialisation de type domestique (fond&#233;e sur les relations interpersonnelles) d'une socialisation civique (fond&#233;e sur l'&#233;galit&#233; de tous devant la loi) et mieux adapt&#233;e au milieu scolaire. Mais pourquoi nier la dimension &#233;ducative inh&#233;rente &#224; tout acte d'instruction ? Antoine Prost (1985) montre bien qu'on ne peut instruire sans &#233;duquer. Qui ne pr&#233;tend qu'instruire, &#233;duque malgr&#233; lui, sans le savoir. Ceux qui nient cette &#233;vidence s'exposent au paradoxe. R&#233;gis Debray (1991) croit pr&#234;ter main forte &#224; la th&#232;se r&#233;publicaine en avouant une v&#233;ritable fascination pour son ma&#238;tre Jacques Muglioni, pourtant z&#233;lateur patent&#233; de l'instruction seule. La raison philosophique aussi impersonnelle soit-elle, aurait-elle eu tant d'attrait sur lui sans l'exemple vivant qu'en donnait le &#171; sphinx &#187; Muglioni ? Condorcet et Muglioni lui-m&#234;me auraient-ils accept&#233; sans g&#234;ne cet enthousiasme paradoxal du disciple pour l'indiff&#233;rence toute r&#233;publicaine du ma&#238;tre ? Antoine Prost a raison : refuser des relations de type domestique, n'est-ce pas du m&#234;me coup proposer des mod&#232;les civiques ? Ce qui est encore &#233;duquer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la fausse opposition de l'instruction et de l'&#233;ducation se dissiperait si l'on acceptait de distinguer quatre sens du mot &#233;ducation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'id&#233;e d'inculquer par endoctrinement ou par conditionnement un &#171; enthousiasme &#187; quelconque, une &#171; religion &#187; d'&#233;tat, f&#251;t-elle la&#239;que ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'id&#233;e de transposer &#224; l'&#233;cole le mod&#232;le d'&#233;ducation domestique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'id&#233;e d'instaurer une socialisation minimale, des r&#232;gles de vie commune, conditions &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de l'instruction et d&#233;finissant quelque chose comme une &#171; docilit&#233; &#187; (au sens &#233;tymologique d'une disposition &#224; se laisser instruire) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enfin l'id&#233;e que l'instruction est formation de l'esprit, ce que d&#233;signe d'ailleurs l'expression de &#171; discipline scolaire &#187;, et qu'elle permet donc - et elle seule - d'acqu&#233;rir des &#171; vertus &#187; telles que la rigueur ou l'honn&#234;tet&#233; intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces distinctions auraient le m&#233;rite de sortir le d&#233;bat des antith&#232;ses manich&#233;ennes et de faire entrevoir ce que pourrait &#234;tre une &#233;ducation sp&#233;cifiquement scolaire. Elles ne parviennent cependant pas &#224; clore la controverse que relance toute r&#233;forme. Un seul exemple entre mille : la tentative d'instauration d'un tutorat au coll&#232;ge dans la r&#233;forme Legrand. Quand Louis Legrand parle d'aide m&#233;thodologique au travail scolaire, les R&#233;publicains entendent direction de conscience et en appellent &#224; la la&#239;cit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;HaineP&#233;dagogie&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La haine de la p&#233;dagogie ou le sens des hi&#233;rarchies &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'opposition de la p&#233;dagogie et des savoirs rel&#232;ve du m&#234;me traitement cathartique. Elle se nourrit &#224; la fois d'un certain int&#233;grisme &#233;litiste de la &#171; grande culture &#187;, d'une incroyable ignorance de l'histoire de la p&#233;dagogie moderne et de certaines maladresses r&#233;formatrices. Le d&#233;bat, d&#233;j&#224; lanc&#233; par Milner (1984) a connu un regain de vigueur avec la cr&#233;ation des IUFM. Il s'est compl&#232;tement scl&#233;ros&#233; faute d'une suffisante analyse des deux termes en pr&#233;sence : savoir et p&#233;dagogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publicains radicaux, comme Milner, d&#233;noncent la p&#233;dagogie sous sa forme th&#233;orique et pratique. La p&#233;dagogie th&#233;orique, comme science de l'&#233;ducation, reste introuvable. Quant &#224; la p&#233;dagogie pratique, les meilleurs enseignants s'en passent. Reste une vulgate qui pr&#233;tend r&#233;duire tout enseignement &#224; une forme sans contenu. Ainsi, le p&#233;dagogue, atteint du complexe de Jacotot, pr&#233;tend tout enseigner en ne sachant rien. Finalement, la p&#233;dagogie se r&#233;duit &#224; la communication et &#224; son id&#233;ologie : soif d'innovation, vacuit&#233;, persuasion et non conviction et finalement idol&#226;trie de l'enfance. Des r&#233;publicains plus souples tol&#232;rent bien de la p&#233;dagogie pour enseigner, mais ils la r&#233;duisent &#224; un simple moyen de &#171; faire passer &#187; le savoir. Il s'agit en tout cas d'un art, voire d'un don et non d'une technique qui devrait s'apprendre par une formation sp&#233;cifique. Toute autre conception rel&#232;ve d'un complot, si non entre les gestionnaires, les syndicats et le christianisme de gauche, comme chez Milner, du moins entre les p&#233;dagogues et le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La moindre r&#233;flexion philosophique sur la p&#233;dagogie permettrait de r&#233;cuser toutes les th&#232;ses de Milner. Qui veut raison garder devrait se rappeler que la p&#233;dagogie peut se dire en trois sens fondamentaux puisqu'il peut s'agir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'une doctrine (par exemple la p&#233;dagogie Freinet) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'une r&#233;flexion sur l'action &#233;ducative en vue de l'am&#233;liorer ce que Durkheim nommait &#171; th&#233;orie-pratique &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enfin et par extension de sens, de l'art d'&#233;duquer ou d'enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De doctrine, il n'en est pas question ici puisque Milner assimile th&#233;orie p&#233;dagogique et science de l'&#233;ducation. Partons plut&#244;t de l'id&#233;e de &#171; th&#233;orie-pratique &#187;. Elle ruine pr&#233;cis&#233;ment la distinction entre une p&#233;dagogie th&#233;orique (d'ailleurs ind&#251;ment assimil&#233;e &#224; la science de l'&#233;ducation) et une p&#233;dagogie pratique, r&#233;duite &#224; un art de faire. Pour Durkheim, la p&#233;dagogie est bien une th&#233;orie et non une pratique, mais une th&#233;orie non scientifique, r&#233;flexive, sur l'action et pour l'action. Elle consiste en l'enveloppement mutuel de la th&#233;orie et de la pratique par la m&#234;me personne, sur la m&#234;me personne (Houssaye (1993)). Les r&#233;publicains qui s'effrayeraient du jargon p&#233;dagogique pourront y reconna&#238;tre une sp&#233;cification de la prudence aristot&#233;licienne : cette intelligence de l'action qui me fait juger de ce qui est bon pour moi et pour les autres en la circonstance. Peut-on, aussi facilement que Milner, refuser cette forme de r&#233;flexion sur l'action en vue de l'am&#233;liorer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Durkheim ait beaucoup h&#233;sit&#233; sur ce point, l'id&#233;e de th&#233;orie-pratique permet &#233;galement de r&#233;cuser l'amalgame entre p&#233;dagogie th&#233;orique et sciences de l'&#233;ducation. La science est vis&#233;e de v&#233;rit&#233;, alors que la p&#233;dagogie, tout comme la politique ou la m&#233;decine, tente de d&#233;finir, au sein d'une conjoncture, une ligne de force, une ligne d'action qui ne soit ni une impasse ni une ligne de fuite : une ligne &#171; juste &#187; comme aurait dit Althusser. Science et p&#233;dagogie s'opposent comme v&#233;rit&#233; et justesse. La p&#233;dagogie s'est certes con&#231;ue quelquefois comme science appliqu&#233;e, dans la psycho-p&#233;dagogie par exemple, en pr&#233;tendant d&#233;finir les conditions &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; des probl&#232;mes p&#233;dagogiques. C'&#233;tait ignorer l'hiatus entre science et action, v&#233;rit&#233; et justesse. Les sciences ne peuvent qu'&#233;clairer l'action, d&#233;finir les donn&#233;es du probl&#232;me d'action et non ses conditions ultimes qui restent &#224; la charge de l'acteur. Sachant tout de l'effet Pygmalion, c'est bien &#224; moi qu'il revient de d&#233;cider de transmettre ou non le dossier scolaire de mes &#233;l&#232;ves &#224; mon coll&#232;gue de la classe sup&#233;rieure car la condition d&#233;cisive rel&#232;ve ici de mon appr&#233;ciation du contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait d'avantage accepter la r&#233;duction de la p&#233;dagogie &#224; un simple moyen de faire passer le savoir. La prudence aristot&#233;licienne ne se r&#233;duit pas &#224; l'habilet&#233; et r&#233;cuse pr&#233;cis&#233;ment la distinction des moyens et des fins. La p&#233;dagogie, comme sp&#233;cification de la prudence, est une &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; non une &lt;i&gt;poi&#233;sis&lt;/i&gt;, une fabrication (Imbert (1992). Ce n'est que dans le domaine de la production que l'on peut distinguer les moyens et les fins. Les r&#233;publicains r&#233;duiraient-ils l'acte d'enseigner &#224; une &lt;i&gt;poiesis &lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme l'a bien montr&#233; Jean Houssaye, le jeu p&#233;dagogique est multiple. L'ignorance de son histoire r&#233;duit souvent la p&#233;dagogie au processus &#171; former &#187; des aventures non directives. Mais si nombre d'enseignants peuvent bien encore fantasmer sur &lt;i&gt;Le Cercle des po&#232;tes disparus&lt;/i&gt;, leurs pratiques sont d&#233;sormais d'un tout autre ordre (Meirieu (1998)). De m&#234;me, l'usage du vocable &#171; d'objectif &#187; ne r&#233;duit pas le processus apprendre &#224; la p&#233;dagogie des objectifs. Et la moindre information sur l'histoire de la p&#233;dagogie permettrait de s'assurer que, loin de vider l'acte d'enseigner de son contenu, elle s'est toujours d&#233;finie comme &#171; p&#233;dagogie de la connaissance &#187;, qu'elle s'est diversifi&#233;e en p&#233;dagogies &#171; sp&#233;ciales &#187; (du fran&#231;ais, des math&#233;matiques...) et &#224; pr&#233;sent en didactique des disciplines. Enfin, Milner et ses &#233;pigones ne peuvent lier le destin de la grande culture &#224; la survivance du cours magistral qu'en canonisant une forme p&#233;dagogique qui n'est qu'apparue que r&#233;cemment dans le lyc&#233;e du XIXe si&#232;cle (Prost (1985)). Une once de relativisme historique devrait suffire pour comprendre qu'il ait pu y avoir transmission avant et qu'il ne serait pas impossible qu'il y en e&#251;t apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;pris qu'affichent, depuis le d&#233;but du si&#232;cle, les intellectuels fran&#231;ais pour la p&#233;dagogie, marque en r&#233;alit&#233; une r&#233;action identitaire des enseignants des lyc&#233;es ou de des universitaires contre ceux de l'&#233;cole primaire, ces &#171; incapables pr&#233;tentieux &#187; (selon l'expression relev&#233;e jadis par la sociologue Viviane Isambert Jamati). R&#233;action raviv&#233;e par la tentative de certains syndicats d'enseignants de &#171; primariser &#187; le coll&#232;ge. C'est dans cette probl&#233;matique identitaire que la p&#233;dagogie se voit r&#233;duite &#224; un simple moyen. La distinction de la p&#233;dagogie (comme art des moyens relevant d'un don ou de l'exp&#233;rience) et du &#171; p&#233;daqogisme &#187; (comme subordonnant les savoirs &#224; la relation ou &#224; la communication) fonctionne ainsi comme embl&#232;me de reconnaissance. Elle consacre la &#171; distinction &#187; des enseignants du secondaire ou de l'universit&#233;, qui n'ont jamais renonc&#233; &#224; se d&#233;finir comme des intellectuels, face &#224; des instituteurs, devenus d'ailleurs ind&#251;ment &#171; professeurs &#187; d'&#233;cole. Aux v&#233;ritables professeurs, la ma&#238;trise d'une discipline donne une l&#233;gitimit&#233; d'acc&#232;s &#224; l'espace public. Aux professeurs d'&#233;cole, qui n'ont d&#233;cid&#233;ment plus les vertus des instituteurs de Jules Ferry, reste la p&#233;dagogie comme substitut &#224; l'ignorance. Le r&#233;gime diurne, dit Gilbert Durand, est d'essence hi&#233;rarchique. Il ne peut fonctionner qu'en opposant un haut et un bas, un noble et un vil et qu'en secr&#233;tant des distinctions qui signalent bient&#244;t des castes. Le m&#233;pris &#171; r&#233;publicain &#187; pour les institutrices de maternelle qui doivent compenser leur ignorance par le souci p&#233;dagogique de l'enfant n'est pas difficile &#224; psychanalyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;P&#233;trification&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La p&#233;trification du savoir &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;pris de la besogne p&#233;dagogique est toujours la contrepartie d'une &#171; statufication &#187; du Savoir ou de la Culture, qui deviennent chez les int&#233;gristes r&#233;publicains, des mots majuscules. Cette invocation serait la bienvenue pour rappeler la mission fondamentale de l'&#233;cole, qui est de transmettre la culture d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, si elle ne s'accompagnait en fait d'une v&#233;ritable p&#233;trification du savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publicains accusent les p&#233;dagogues de faire le lit du lib&#233;ralisme en sacrifiant la culture aux savoirs utiles en vue de l'adaptation &#224; la soci&#233;t&#233; civile et &#224; son &#233;volution. Il y aurait donc d'un c&#244;t&#233; le souci de maintenir l'id&#233;e d'&#233;tude, comme int&#233;r&#234;t d&#233;sint&#233;ress&#233; pour les chefs d'oeuvre de l'humanit&#233;, et de l'autre la distribution d'un simple viatique. On &#233;tonnerait bien des r&#233;publicains en leur montrant que les p&#233;dagogues ne sont pas les derniers &#224; stigmatiser les errements utilitaristes de l'&#233;ducation nationale. Philippe Meirieu et Marc Guiraud (1997) s'&#233;l&#232;vent ainsi contre la logique &#171; cuculturelle &#187; de l'Education nationale qui s&#233;vit dans certaines Zones d'&#201;ducation Prioritaires. Mais le d&#233;bat gagnerait en clart&#233; si l'on distinguait la valeur op&#233;ratoire des savoirs de leur utilit&#233; pour la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;cuse souvent, en France, le pragmatisme anglo-saxon (celui de Dewey par exemple) en le r&#233;duisant &#224; un utilitarisme grossier. C'est oublier que la &lt;i&gt;Th&#233;orie de l'enqu&#234;te&lt;/i&gt; (Dewey (1993)) instaure une dialectique g&#233;n&#233;rale des savoirs et des probl&#232;mes. Affirmer que tout savoir (m&#234;me celui de la grande culture) est relatif aux probl&#232;mes qui lui ont donn&#233; naissance et &#224; ceux qu'il permet en retour de poser ou de r&#233;soudre, n'est pas r&#233;duire le savoir &#224; son utilit&#233;. C'est plut&#244;t affirmer que savoir c'est &#171; s'y conna&#238;tre &#187;, comme l'avait bien vu Olivier Reboul (1980), que ce soit en grec ancien, en jardinage ou en technique informatique. Car il y a des probl&#232;mes th&#233;oriques comme des probl&#232;mes pratiques et tout savoir vivant, m&#234;me le plus &#171; culturel &#187;, ne saurait &#233;chapper &#224; cet ordre du probl&#233;matologique (Meyer (1986)). Ainsi, r&#233;clamer que l'&#233;cole prenne en charge cette dialectique du savoir et des probl&#232;mes, c'est exiger, non que le savoir scolaire devienne plus &#171; pratique &#187; ou plus &#171; concret &#187; comme on l'entend souvent, mais au contraire qu'il devienne enfin v&#233;ritablement th&#233;orique (Astolfi (1992)). Car la th&#233;orie n'est pas, comme l'indique faussement son &#233;tymologie, un objet de contemplation, mais plut&#244;t un ensemble d'outils intellectuels pour penser le monde et avoir prise sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la confusion du probl&#233;matologique et de l'utilitaire, du savoir op&#233;rant et du savoir instrumental, permet-elle aux r&#233;publicains radicaux de r&#233;cuser d'un trait de plume toute p&#233;dagogie du projet ou des situations-probl&#232;mes et plus g&#233;n&#233;ralement toute forme de p&#233;dagogie active en les accusant de pragmatisme. Sans doute &#233;galement autorise-t-elle certains p&#233;dagogues &#224; opposer trop facilement la scolastique aux savoirs de la vie et pour la vie. Ces deux positions &#233;vitent l'inconfort de s'interroger sur le statut &#233;pist&#233;mologique des savoirs scolaires. Or ce n'est pas en se bornant &#224; c&#233;l&#233;brer la valeur inestimable du patrimoine culturel, ni du reste en se livrant aux incantations d'une p&#233;dagogie des motivations, que l'on redonnera sens au savoir scolaire. En lieu et place d'un tel travail &#233;pist&#233;mologique qui se poursuit d'ailleurs au sein des sciences de l'&#233;ducation, la rh&#233;torique r&#233;publicaine d&#233;nonce tout all&#232;gement des programmes scolaires avec les mots de l'avare prot&#233;geant sa cassette. Mais &#224; quoi bon d&#233;noncer le savoir marchandise du lib&#233;ralisme si c'est pour en faire un tr&#233;sor ? N'est-ce pas le f&#233;tichiser d'une autre mani&#232;re ? Bachelard (1970) d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; cette &#171; &#226;me professorale &#187; toute fi&#232;re de son dogmatisme et crisp&#233;e sur ses titres de propri&#233;t&#233; ch&#232;rement acquis par &#171; les succ&#232;s scolaires de sa jeunesse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;LogiqueSeparation&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une logique de la s&#233;paration &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pourtant pas le sch&#232;me de l'addition ni celui de l'accumulation qui sous tendent la rh&#233;torique r&#233;publicaine, mais plut&#244;t ceux de la soustraction ou de la s&#233;paration (Sol&#232;re-Queval (1999)). Qu'il s'agisse de d&#233;finir la sp&#233;cificit&#233; d'un espace scolaire, de d&#233;gager l'horizon d'un universel &#224; partir du local ou de concevoir le mouvement m&#234;me de l'&#233;mancipation par le savoir, on peut &#224; bon droit &#233;voquer un souci de &#171; th&#233;orisation des fronti&#232;res &#187; (De Queiroz (2000 b)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole n'est pas la vie et doit se d&#233;finir en rupture avec elle. &#192; l'&#233;cole l'enfant c&#232;de la place &#224; l'&#233;l&#232;ve. Toute particularit&#233; doit &#234;tre laiss&#233;e aux vestiaires de la classe : le dialecte r&#233;gional, la religion, les croyances et jusqu'aux repr&#233;sentations s'il se peut. La pens&#233;e r&#233;publicaine reprend ainsi le geste inaugural des Lumi&#232;res que Kant d&#233;finissait comme un arrachement &#224; toute particularit&#233;, un devenir majeur, soit la capacit&#233; de s'&#233;lever &#224; l'universel, ce qui nous fait homme et non fran&#231;ais ou breton. Si &#233;duquer (ou instruire) c'est bien faire advenir l'humanit&#233; dans l'homme, l'homme r&#233;publicain, d&#233;gag&#233; de toutes particularit&#233;s, appara&#238;tra toujours trop abstrait pour une pens&#233;e historique ou sociologique qui ne peut penser l'humanit&#233; qu'incarn&#233;e dans un contexte historique d&#233;termin&#233;. On reconna&#238;t l&#224; le conflit entre les Lumi&#232;res et le Romantisme (Legros (1990)). S'il est entendu que l'homme n'a pas de nature au sens o&#249; les animaux en ont une, le devenir humain peut se comprendre comme arrachement ou au contraire comme enracinement. &#192; l'introuvable homme abstrait des Lumi&#232;res, on opposera le fait de n'avoir jamais rencontr&#233; que des humanit&#233;s particuli&#232;res, celle des fran&#231;ais, des canadiens ou m&#234;me des qu&#233;b&#233;cois toujours n&#233;cessairement enracin&#233;s dans une culture d&#233;termin&#233;e. L'int&#233;grisme r&#233;publicain de Finkielkraut (1987) se mobilisera ainsi contre le romantisme d'Herder et son id&#233;e de Volkgeist, source suppos&#233;e du relativisme des sciences humaines. D'autres croiront d&#233;celer chez les d&#233;mocrates, comme Touraine et ses disciples, le retour des th&#232;mes traditionalistes et m&#234;me franchement r&#233;actionnaires d'un Bonald ou d'un de Maistre (Statius (1998)). Aussi &#233;clairant que puisse para&#238;tre un tel western m&#233;taphysique, il a surtout pour fonction d'&#233;viter &#224; la rh&#233;torique r&#233;publicaine de reposer &#224; nouveaux frais, c'est-&#224;-dire &#171; socio-historiquement &#187; le probl&#232;me de la sp&#233;cificit&#233; de l'espace scolaire (De Queiroz (2000b)) et de transformer le sch&#232;me de la s&#233;paration en v&#233;ritable &#171; spaltung &#187; schizophr&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de l'ouverture de l'&#233;cole sur la vie en fournit une premi&#232;re illustration. S'agit-il de confondre l'&#233;cole et la vie ? Si les utopies d'Yvan Illich sont toujours susceptibles de rena&#238;tre, par&#233;es de nouveaux atours technologiques, les p&#233;dagogues - eux - ont toujours r&#233;clam&#233; une cl&#244;ture scolaire. M&#234;me Rousseau qui r&#234;ve d'une p&#233;dagogie &#224; l'air libre, n'en exige pas moins de son &#233;l&#232;ve qu'il soit au moins symboliquement orphelin, c'est-&#224;-dire lib&#233;r&#233; des influences de la famille comme de celle du monde et soumis sans r&#233;serve &#224; l'autorit&#233; du pr&#233;cepteur. D'ailleurs, Rousseau envisage l'espace &#233;ducatif comme une &#238;le (celle de Robinson Cruso&#233;) o&#249; la valeur des choses se mesurerait &#224; leur usage. Faut-il pour autant faire de l'&#233;cole une citadelle ? Certes l'&#233;cole n'est pas un lieu de production et devrait &#234;tre &#224; l'abri des imp&#233;ratifs qui lui sont li&#233;s. Alain a raison sur ce point : logique d'apprentissage et logique de production sont antinomiques, c'est bien tout le probl&#232;me des p&#233;dagogies du projet ou de l'alternance d'avoir &#224; g&#233;rer ces tensions. L'&#233;cole est bien menac&#233;e de toutes les d&#233;rives lib&#233;rales li&#233;es &#224; une mauvaise conception de la d&#233;centralisation ou &#224; un d&#233;tournement de l'autonomie relative des &#233;tablissements (Careil (1998)). Doit-on pour autant exiger le retour &#224; une gestion exclusivement jacobine ? Enfin, comment concevoir ce lieu prot&#233;g&#233; de l'&#233;tude ? Comme un monast&#232;re o&#249; ne devrait entrer aucun bruit du monde ? Ou comme un lieu &#224; la fois abrit&#233; et ouvert permettant de construire les outils intellectuels qui permettent pr&#233;cis&#233;ment de penser ce monde et d'avoir prise sur lui ? M&#234;me dans l'&#233;cole nouvelle, le mot d'ordre de &#171; l'ouverture sur la vie &#187; n'a jamais signifi&#233; l'abolition des fronti&#232;res. Il s'agissait essentiellement d'une attaque contre le formalisme des activit&#233;s scolaires, la &#171; scolastique &#187; comme disait Freinet. En r&#233;alit&#233;, les p&#233;dagogues on toujours tent&#233; de filtrer les influences du monde, ne serait-ce qu'en fuyant les villes vers les campagnes suppos&#233;es moins corrompues. Mais comment former l'esprit critique sans l'exercer ? Comment &#233;manciper sans permettre l'exercice du jugement ? Aux r&#233;publicains int&#233;gristes qui seraient tent&#233;s de laisser les techniques modernes d'information &#224; la porte de l'&#233;cole, leur chef de file, Milner (1984) donne des conseils beaucoup plus subtils : celui de retourner ces techniques contre leurs finalit&#233;s manifestes. En &#233;cho, Fran&#231;ois Dubet (1999) ne voit pas pourquoi on s'interdirait de faire travailler les &#233;l&#232;ves sur la fabrication du journal t&#233;l&#233;vis&#233; comme on le fait sur la gen&#232;se d'un texte de Flaubert. En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas &#224; opposer la lecture de Platon ou celle de Flaubert &#224; la visite d'une salle de r&#233;daction mais plut&#244;t &#224; les mettre en rapport. Car que serait une culture qui ne permettrait pas de penser le monde ? Et pourquoi Nietzsche, l'intempestif, celui qui d&#233;non&#231;ait si bien l'emprise du journaliste &#171; ce ma&#238;tre de l'instant &#187; ne fournirait-il ici les armes de la critique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la d&#233;finition de l'espace scolaire exige bien de repenser le rapport de l'&#233;cole et de la vie, non plus sous le registre de la &#171; spaltung &#187; schizophr&#233;nique mais plut&#244;t sous celui de la dialectique continuit&#233; / rupture h&#233;rit&#233;e de Bachelard. C'est &#224; quoi s'emploient les r&#233;publicains p&#233;dagogues (il y en a !). Georges Snyders (1986) que l'on ne peut suspecter de complaisance ni pour l'&#233;cole nouvelle, ni pour Yvan Illich, ni pour la non-directivit&#233;, l'a magistralement exprim&#233; sur le cas de la musique qu'il pensait exemplaire de tous les enseignements de l'&#233;cole aujourd'hui : comment faire d&#233;couvrir et faire aimer Mozart &#224; des &#233;l&#232;ves qui n'aiment que le Rapp ? Certainement pas en les projetant d'entr&#233;e de jeu dans un univers qui leur est &#233;tranger, fusse celui des chefs d'oeuvre ! Certainement pas en les enfermant dans leur musique propre au motif que leur culture vaudrait bien la &#171; grande culture &#187;. Pour Snyders, toute &#233;cole suppose une hi&#233;rarchie de valeurs et implique un panth&#233;on de chef-d'oeuvres, quelle que soit la part d'arbitraire qu'implique sa constitution. Y a t-il alors d'autre issue que de travailler la culture musicale premi&#232;re des jeunes en les emmenant &#224; distinguer Rapp et Rapp (car m&#234;me dans ce cas, tout ne se vaut pas !) et en essayant de les accompagner vers une musique d'une perfection plus grande, gr&#226;ce &#224; laquelle ensuite ils pourront mieux comprendre et &#233;valuer leur culture premi&#232;re ? La proposition de Snyders est tout le contraire d'une d&#233;mission. Mais elle exige que soient dialectis&#233;es les oppositions st&#233;riles entre l'&#233;cole et la vie, l'opinion et la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut certes que l'enfant devienne &#233;l&#232;ve, mais cela implique-t-il de refuser de consid&#233;rer les particularit&#233;s dont il faut s'affranchir ? La s&#233;paration devient &#171; spaltung &#187; schizophr&#233;nique quand l'&#233;mancipation par le savoir entra&#238;ne la n&#233;gation pure et simple de toute d&#233;termination. Mais les p&#233;dagogues bachelardiens savent bien, par exemple, que la science ne se substitue pas miraculeusement &#224; l'opinion sans un travail sur celle-ci. C'est cet examen des pr&#233;jug&#233;s qui d&#233;finit pourtant le rationalisme dont la pens&#233;e r&#233;publicaine s'inspire. Les r&#233;publicains ont raison : il n'y a pas d'&#233;cole sans projet &#233;ducatif et ce projet est r&#233;sistance au monde. Dubet (1999) en convient : ce n'est jamais pour l'adaptation au monde tel qu'il est que l'&#233;cole se cr&#233;e. Les Carolingiens veulent cr&#233;er une &#233;lite chr&#233;tienne, les J&#233;suites inventent l'homme de la contre-r&#233;forme, la R&#233;publique veut cr&#233;er l'homme du nouveau r&#233;gime. L'&#233;cole n'est ni adh&#233;sion au monde ni conservatoire de l'enfance ou de la jeunesse : elle se d&#233;finit toujours par le souci de faire advenir l'homme et le citoyen dans l'&#233;l&#232;ve et souvent m&#234;me par l'utopie d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. Mais cette vis&#233;e de changement suppose qu'au lieu d'ignorer l'enfant dans l'&#233;l&#232;ve, on prenne en charge le devenir &#233;l&#232;ve de l'enfant. Bachelard recommandait de ne pas confondre commencement et fondement : il conseillait de prendre en compte l'enfant dans l'&#233;l&#232;ve (ses repr&#233;sentations, ses opinions) non pour l'idol&#226;trer mais pour le purger au contraire de tout infantilisme. Et il concevait l'instruction comme une catharsis, comme une psychanalyse de la connaissance ou encore comme un travail sur les opinions, les repr&#233;sentations, afin que puisse na&#238;tre quelque chose comme une pens&#233;e scientifique ou plus g&#233;n&#233;ralement une pens&#233;e appuy&#233;e sur des raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;fuite&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fuite hors du r&#233;el &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;grisme de la s&#233;paration va de pair avec une fuite hors du r&#233;el. La rh&#233;torique r&#233;publicaine ne contribue pas &#224; probl&#233;matiser v&#233;ritablement la question scolaire. Pour qu'une telle op&#233;ration puisse avoir lieu, il faudrait que s'instaure une dialectique des faits et des raisons ou encore des donn&#233;es et des principes. En d'autres termes, les principes r&#233;publicains ne peuvent servir de normes de jugement qu'en se confrontant &#224; un r&#233;el suffisamment objectiv&#233;. Charles Coutel (1999) tout en d&#233;plorant &#171; l'hypersociologisation &#187; des faits scolaires, en appelle pourtant &#224; un dialogue entre philosophes et sociologues : &#171; Les sociologues invitent les philosophes &#224; &#234;tre attentifs au devenir effectif des principes dans les institutions ; qu'ils apprennent des philosophes &#224; ne pas d&#233;sesp&#233;rer des principes &#187;. Ce dialogue n&#233;cessaire, comment la rh&#233;torique r&#233;publicaine peut-elle &#224; la fois le r&#233;clamer et l'interdire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, quand l'int&#233;grisme r&#233;publicain conteste aux sciences humaines toute l&#233;gitimit&#233;, la sociologie se voit r&#233;cus&#233;e comme sociologisme (Finkielkraut (1987) ; Muglioni (1993)). Le sociologisme transmute les faits en valeurs, prend les nouvelles donn&#233;es soci&#233;tales comme des normes, s'abandonne &#224; la dictature de l'opinion, confond l'esprit du temps et les exigences de la pens&#233;e et finalement prend les standards de comportements pour des imp&#233;ratifs cat&#233;goriques. Mais r&#233;duire la sociologie de l'&#233;cole au sociologisme, c'est amalgamer la posture d'enqu&#234;te &#224; une adh&#233;sion sans r&#233;serve &#224; l'&#233;cole telle qu'elle est et aux &#233;l&#232;ves tels qu'ils sont. Le sociologue n'est-il pas spontan&#233;ment relativiste depuis Herder ? Mais alors, qui dressera cet &#233;tat des lieux de l'&#233;cole que r&#233;clame le r&#233;publicain Charles Coutel (1999), pour savoir enfin qui sait ou ne sait pas lire en entrant en sixi&#232;me ? Certes, on ne peut isoler les faits sociologiques des probl&#233;matiques th&#233;oriques &#224; partir desquelles on les construit. Mais inversement la critique de l'id&#233;ologie sous-jacente aux enqu&#234;tes sociologiques ne peut, aussi cavali&#232;rement qu'on le propose parfois, invalider automatiquement les constats empiriques. Elle ne saurait en tout cas dispenser d'en proposer la r&#233;interpr&#233;tation dans un autre cadre th&#233;orique. Critiquer le fatalisme sociologique des th&#233;ories de Bourdieu et Passeron ne dispense pas pour autant de prendre en compte le fait que, d&#233;sormais, la s&#233;lection sociale s'effectue dans et par l'&#233;cole et donc que l'&#233;cole - si on laisse faire - reproduira in&#233;luctablement les in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t d'ailleurs le prix de cette ignorance des sciences humaines. Faute de lire les sociologues, les r&#233;publicains int&#233;gristes en sont r&#233;duits &#224; pratiquer un mauvais journalisme. La querelle autour des IUFM l'a bien montr&#233;, la rh&#233;torique r&#233;publicaine fait fl&#232;che de tout bois : culte du fait divers mont&#233; en &#233;pingle, colportage des rumeurs sans le moindre souci de v&#233;rification des sources, t&#233;moignages re&#231;us sans critiques et enfin souvenirs personnels plus ou moins nostalgiques &#233;rig&#233;s &#224; la dignit&#233; de faits historiques et oppos&#233;s aux &#171; charlataneries &#187; des statisticiens (Muglioni (1993)). On ne traite d'ailleurs par mieux l'histoire que la sociologie. L'int&#233;grisme r&#233;publicain, contempteur du pr&#233;sent de l'&#233;cole, peut tranquillement se fabriquer un &#226;ge d'or, une &#233;cole par&#233;e de toutes les vertus r&#233;publicaines : celle de Jules Ferry. Des historiens de l'&#233;ducation reconnus (Leli&#232;vre &amp; Nique (1997)) ont beau montrer, preuves &#224; l'appui, que l'&#233;cole de Jules Ferry &#233;duque plus qu'elle n'instruit, qu'elle consacre l'in&#233;galit&#233; fondamentale du peuple et de la bourgeoisie en instaurant un double r&#233;seau d'enseignement, que les passages d'un r&#233;seau &#224; l'autre sont beaucoup plus rares qu'on ne le dit dans les familles o&#249; l'on a toujours un exemple d'ascension sociale &#224; citer (Leli&#232;vre (1996)), rien ne peut d&#233;truire le mythe. Des r&#233;publicains plus avertis de l'histoire ont beau parler du &#171; filtre Ferry &#187; (Coutel (1999)) la majorit&#233; des argumentaires continuent imperturbablement &#224; situer l'&#233;cole de Jules Ferry dans le droit fil des Lumi&#232;res et de Condorcet. N'y a-t-il pas l&#224; - comme le d&#233;nonce Fran&#231;ois Dubet - une fabrication de Chim&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la rh&#233;torique r&#233;publicaine traite si cavali&#232;rement les faits, c'est que son int&#233;r&#234;t est ailleurs. Son v&#233;ritable terrain d'&#233;lection est celui du droit. C'est pourquoi s'engage un v&#233;ritable conflit des facult&#233;s entre philosophie politique et sciences humaines. Que l'&#233;cole ait affaire &#224; des &#233;l&#232;ves et non &#224; des enfants signifie certes que sa mission est diff&#233;rente de celle des familles. Cela n'interdit pas de s'interroger sur les conditions de possibilit&#233; effectives du devenir &#233;l&#232;ve de l'enfant, ce qui est l'objet de la psychologie scolaire. Que l'&#233;galit&#233; devant l'instruction soit un droit fondamental de la r&#233;publique, n'emp&#234;che pas d'examiner si et comment ce droit s'incarne en une &#233;galit&#233; des chances. Mais la rh&#233;torique r&#233;publicaine se m&#233;fie de l'&#233;galit&#233; des chances. N'est-ce pas trop charger la barque de l'&#233;cole que de la sommer de rem&#233;dier &#224; tous les maux de la soci&#233;t&#233; ? D'ailleurs, la justice sociale rel&#232;ve moins de l'&#233;cole que du politique. Bref, s'il faut des politiques de compensation, elles ont plus &#224; voir avec l'attribution de bourses qu'avec la p&#233;dagogie diff&#233;renci&#233;e (Milner (1984)). La notion d'&#233;galit&#233; des droits consacre donc n&#233;cessairement l'id&#233;al m&#233;ritocratique. L'&#233;cole n'aurait pas &#224; se soucier des in&#233;galit&#233;s en amont ou en aval, elle n'aurait qu'&#224; &#234;tre l'&#233;cole, c'est-&#224;-dire &#224; traiter les &#233;l&#232;ves comme s'ils &#233;taient &#233;gaux. L'id&#233;e de m&#233;rite suppose en effet l'ignorance volontaire des facteurs extra-scolaires de la r&#233;ussite et de l'&#233;chec et la consid&#233;ration de la seule performance. Ce n'est l&#224; apr&#232;s tout qu'une &#171; forme sophistiqu&#233;e de la neutralit&#233; la&#239;que &#187; (Jaffro &amp; Rauzy (1999)). La justification du m&#233;rite serait donc de constituer un point d'&#233;quilibre entre justice et efficacit&#233; en combinant les exigences contraires de la s&#233;lection d'une &#233;lite et de l'&#233;galit&#233; devant l'instruction. &#192; d&#233;connecter ces exigences, &#224; vouloir s&#233;parer le principe d'efficacit&#233; de celui de justice, on courrait le risque d'encourager la constitution d'un double r&#233;seau scolaire : un pour l'&#233;lite et l'autre pour &#171; tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend bien comment la th&#233;orie de la justice de John Rawls et le &#171; voile d'ignorance &#187; qu'elle suppose, sert d'alibi th&#233;orique &#224; une fuite hors du r&#233;el, mais on voit moins alors - sur ce point tout au moins - ce qui distingue la pens&#233;e r&#233;publicaine du lib&#233;ralisme d'un Nemo (1991). La rh&#233;torique r&#233;publicaine qui se veut l'h&#233;riti&#232;re des vraies valeurs de la gauche aurait-elle d&#233;j&#224; oubli&#233; la distinction marxiste des libert&#233;s formelles et des libert&#233;s r&#233;elles ? Quand il arrive aux r&#233;publicains de lire les sociologues (c'est-&#224;-dire essentiellement Bourdieu et Passeron !), ils leur reprochent d'&#233;laborer une nouvelle philosophie du destin et lui opposent l'effort m&#233;ritoire d'individus en devenir &#233;chappant aux d&#233;terminismes familiaux (Coutel (1999)). Mais s'il est parfaitement l&#233;gitime d'&#233;laborer une sociologie des trajectoires scolaires consid&#233;rant les &#233;l&#232;ves comme des acteurs, est-on pour autant dispens&#233; de s'interroger sur les effets sociologiques d'une &#233;galit&#233; tr&#232;s r&#233;publicaine des droits ? Snyders (1976) critiquait bien ce que les sociologies de la reproduction avaient de d&#233;sesp&#233;rant mais il leur opposait alors une p&#233;dagogie progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fuite hors du r&#233;el conduit la rh&#233;torique r&#233;publicaine &#224; une crispation sur les principes, &#224; une morale de la conviction, alors que nous aurions tant besoin d'une &#233;thique de la responsabilit&#233;. L'affaire du port du foulard islamique au lyc&#233;e le d&#233;montre. Deux conceptions de la la&#239;cit&#233; s'y affrontent : neutralit&#233; ou tol&#233;rance, libert&#233; de conscience ou libert&#233; de pens&#233;e (Baub&#233;rot dans Sol&#232;re-Queval (1999)). Mais l'affaire oppose surtout deux mani&#232;res de se rapporter aux faits sociaux. On peut tout de suite se crisper sur les principes et d&#233;noncer la confusion de la sph&#232;re priv&#233;e et de la sph&#232;re publique. On peut &#233;galement tenter d'abord de comprendre la signification qu'est susceptible de rev&#234;tir, dans le cas pr&#233;sent, le port du foulard, pour cette &#233;l&#232;ve dans ce contexte-l&#224;. T&#233;moigne-t-il d'un pros&#233;lytisme religieux, d'une revendication communautaire ou d'un compromis avec la famille pour poursuivre des &#233;tudes dans une &#233;cole publique ? Il y a l&#224; diff&#233;rents cas qui n'appellent certainement pas le m&#234;me type de r&#233;ponse. Il serait pour le moins dommageable par exemple d'exclure au nom de la libre pens&#233;e la&#239;que, des &#233;l&#232;ves qui seraient en chemin vers elle. On ne pr&#234;te pas assez attention au fait que nombre de jeunes filles r&#233;clament leur r&#233;int&#233;gration au nom m&#234;me de cette la&#239;cit&#233; qui les exclut (Gautherin (2000)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Ricoeur (1990) nous invite &#224; articuler sentiment &#233;thique, norme morale et sagesse pratique. Le coeur (l'&#233;thique spontan&#233;e de l'estime de soi, de la sollicitude, de l'exigence de justice) a certes besoin de passer le test des principes. Mais ce moment du devoir ou des principes est &#224; lui seul insuffisant pour juger des cas concrets de l'action qui r&#233;clament une sagesse pratique, une prudence, laquelle revient toujours &#224; interroger la lettre de la loi par l'esprit de l'&#233;thique. La rh&#233;torique r&#233;publicaine, ignorante du r&#233;el et pleine de m&#233;pris pour la casuistique, se r&#233;duit elle-m&#234;me &#224; une gesticulation impuissante vou&#233;e aux indignations vertueuses et aux sermons. On peut dire d'elle ce que P&#233;guy disait de la morale kantienne : elle a certes les mains pures mais elle n'a pas de main ! Il lui reste, il est vrai, les media.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;Conclu&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusions : la schizophr&#233;nie r&#233;publicaine &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Charles Coutel avait donc raison : la rh&#233;torique r&#233;publicaine rel&#232;ve bien de la syntaxe. Et cette syntaxe illustre superlativement le r&#233;gime diurne de l'imaginaire d&#233;crit par Gilbert Durand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien d'une fuite hors du temps pr&#233;sent dans un univers d'id&#233;alit&#233;s, d'une nostalgie de la puret&#233; o&#249; les principes, le droit, n'arrivent jamais &#224; embrayer sur des faits, ne serait-ce que pour les juger et les critiquer sur un autre mode que d&#233;nonciatoire. Les r&#233;publicains accusent la gauche de trop aimer le monde qu'elle ambitionnait jadis de transformer. On pourrait dire d'eux qu'ils ha&#239;ssent trop le monde pour tenter de le changer et m&#234;me tout simplement de le comprendre. Que reste-il &#224; ces nouveaux gnostiques si non la fuite dans un ciel d'abstraction ou dans un &#226;ge d'or chim&#233;rique ? On comprend que cette haine du monde privil&#233;gie le sch&#232;me de la s&#233;paration et refuse toute dialectique de continuit&#233; / rupture au profit d'une v&#233;ritable &#171; spaltung &#187; schizophr&#233;nique. Le refus du temps et de l'histoire conduit au primat de la logique formelle dans un univers spatialis&#233;. Il encourage un &#171; g&#233;om&#233;trisme abstrait &#187; qui s'&#233;puise dans une sym&#233;trie manich&#233;enne, sans dialectique ni compromis. Il n'est donc pas &#233;tonnant que la figure ma&#238;tresse de cette syntaxe soit l'antith&#232;se, laquelle selon Durand, exprime le conflit constant avec le monde et ses t&#233;n&#232;bres. Le psychiatre Minkowski la d&#233;crivait comme &#171; un dualisme exacerb&#233; dans lequel l'individu r&#233;git sa vie uniquement d'apr&#232;s ses id&#233;es et devient &#171; doctrinaire &#224; outrance &#187; &#187; (Durand (1969, p. 213)).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dualisme finit par opposer les clart&#233;s d'en haut aux t&#233;n&#232;bres d'en bas. Le r&#233;gime diurne est par essence hi&#233;rarchique. On comprend alors que, si toute politique scolaire revient &#224; croiser une exigence aristocratique (la recherche de l'excellence) avec celle de la justice (la plus haute instruction possible pour le plus grand nombre), la m&#233;ritocratie r&#233;publicaine soit toujours port&#233;e &#224; sacrifier la seconde &#224; la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qu'on appelle tant&#244;t &#171; d&#233;mocrates &#187; et tant&#244;t &#171; p&#233;dagogues &#187; et quelquefois les deux, n'auront de cesse de ramener les r&#233;publicains aux faits sociologiques ou historiques ou encore aux humbles r&#233;alit&#233;s p&#233;dagogiques, d'att&#233;nuer leurs syst&#232;mes d'oppositions, d'assouplir leurs antith&#232;ses. &#192; l'opposition s&#232;che de l'&#233;cole moderne et de la soci&#233;t&#233; postmoderne, ils tenteront de substituer des dialectiques plus subtiles, des strat&#233;gies de continuit&#233; / rupture, voire des compromis. Bref, ils essayeront - mais tr&#232;s souvent en vain - d'instiller dans le d&#233;bat un peu de cette rh&#233;torique nocturne qui vise &#224; r&#233;concilier les oppositions dans le temps. Mais la cl&#233; des deux r&#233;gimes de l'imaginaire explique &#233;galement que, dans ce d&#233;bat, le mordant de l'attaque, l'esprit pol&#233;miste ou batailleur, soient toujours du m&#234;me c&#244;t&#233;, du c&#244;t&#233; diurne de l'int&#233;grisme r&#233;publicain. C'est que l'euph&#233;misme et l'antiphrase qui caract&#233;risent la rh&#233;torique nocturne, ne fonctionnent pas comme l'antith&#232;se : ils affirment bien une valeur mais sans pour autant d&#233;consid&#233;rer la valeur contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en est-on venu l&#224; ? Pourquoi ce d&#233;bat st&#233;rile et fratricide alors qu'il y a urgence &#224; mobiliser contre le lib&#233;ralisme envahissant une critique philosophique et sociologique digne de ce nom et qui ne se trompe pas d'ennemi ? Tout le probl&#232;me vient de ce que la voie du nocturne synth&#233;tique semble d&#233;sormais barr&#233;e. C'&#233;tait pourtant celle des grands r&#233;cits de la modernit&#233; qui, avec les Lumi&#232;res, avaient r&#233;ussi &#224; historiciser les oppositions m&#233;taphysiques entre le bien et le mal, l'erreur et la v&#233;rit&#233;. L'h&#233;ritage de la modernit&#233; historique et sa foi au progr&#232;s subissant les critiques (d'ailleurs largement justifi&#233;es) que l'on sait, il devient de plus en plus difficile d'habiter vraiment l'histoire et de l'investir de projets qui puissent d&#233;passer la gestion &#224; court terme. On peut d'ailleurs constater la faiblesse des propositions r&#233;publicaines (Gaubert (1999) ; Coutel (1999)) qui se r&#233;sument souvent, en d&#233;sespoir de cause, &#224; consacrer le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;, &#224; r&#233;clamer un moratoire des r&#233;formes, ou &#224; exiger davantage de postes d'enseignants pour des classes moins nombreuses. Si donc le temps n'est plus ni habitable ni pensable, reste &#224; se r&#233;fugier dans le manich&#233;isme tout en se confectionnant un interlocuteur mystique. C'est la faillite des grands r&#233;cits de la modernit&#233; qui am&#232;ne les r&#233;publicains &#224; devenir int&#233;gristes, faute de pouvoir rester positivistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les protagonistes r&#233;clament un v&#233;ritable projet politique pour l'&#233;cole et ils ont raison. Un tel projet suppose pourtant l'&#233;laboration d'une pens&#233;e vraiment critique, parce que susceptible d'articuler les faits et les valeurs. Soit dit sans paradoxe, c'est bien au sein des sciences de l'&#233;ducation - pourtant si d&#233;cri&#233;es - que s'esquisse aujourd'hui la meilleure critique r&#233;publicaine de l'&#233;cole. Une critique qui prend la mesure des r&#233;alit&#233;s sociologiques ou historiques, non pour sacrifier &#224; l'esprit du temps, mais pour v&#233;ritablement probl&#233;matiser le d&#233;bat en confrontant l'&#233;tablissement des faits &#224; des id&#233;es normatives. On saluera ici l'essai courageux de Samuel Joshua (1999) professeur de sciences de l'&#233;ducation et n&#233;anmoins r&#233;publicain convaincu, sans concession pour les d&#233;rives n&#233;o-lib&#233;rales qui menacent l'&#233;cole. D'autre part, pour terminer sur une note optimiste, on notera que - pour la premi&#232;re fois - les &#233;crits de Philippe Meirieu font enfin l'objet d'une v&#233;ritable attention lorsque Denis Kamboucher (2000), sp&#233;cialiste d'histoire de la philosophie, les lit comme il lisait Descartes, avec le m&#234;me respect des textes et la m&#234;me vigilance critique. On voudrait voir l&#224; les signes d'une reprise possible d'un v&#233;ritable d&#233;bat public sur les finalit&#233;s de l'&#233;cole, au del&#224; des pol&#233;miques st&#233;riles et des effets rh&#233;toriques m&#233;diatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Reboul O. (1980) &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'apprendre ?&lt;/i&gt;, Paris : PUF 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricoeur P. (1990) &lt;i&gt;Soi-m&#234;me comme un autre&lt;/i&gt;, Paris : Seuil, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sol&#232;re-Queval S. (1999) R&#233;publicains et d&#233;mocrates. In &lt;i&gt;Les valeurs au risque de l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Sol&#232;re-Queval S. (dir.), Presses universitaires du Septentrion, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Snyders G. (1986) L'enseignement de la musique devenant exemplaire pour tous les enseignements de l'&#233;cole. In &lt;i&gt;Enfance&lt;/i&gt;, Tome 39 No 4, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Snyders G. (1976) &lt;i&gt;&#201;cole, classe et lutte des classes&lt;/i&gt;, Paris : PUF 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Van Zanten A. (2000) L'&#233;cole, &#233;tat des savoirs. In &lt;i&gt;La d&#233;couverte&lt;/i&gt;, Van Zanten A.,(dir.), Paris, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corpus &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain (1986) &lt;i&gt;Propos sur l'&#233;ducation et autres textes&lt;/i&gt;, PUF, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudart A. (1991) La schol&#232; ou les dimanches de l'esprit. In &lt;i&gt;Les pr&#233;aux de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, (textes r&#233;unis par Anne Baudart et Henri Pena-Ruiz), Paris : Minerve, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condorcet (1989) &lt;i&gt;Cinq m&#233;moires sur l'instruction publique&lt;/i&gt;, Edilig, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barrot A. (2000) &lt;i&gt;L'enseignement mis &#224; mort&lt;/i&gt;, Essai, Paris Librio, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coutel C. (1999) &lt;i&gt;Que vive l'&#233;cole r&#233;publicaine !&lt;/i&gt;, Textuel, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debray R. (1991) &#201;loges de nos ma&#238;tre (textes r&#233;unis par Anne Baudart et Henri Pena-Ruiz). In &lt;i&gt;Les pr&#233;aux de la r&#233;publique&lt;/i&gt;, Paris : Minerve, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Desjardins Th. (1999) &lt;i&gt;Le scandale de l'&#233;ducation nationale ou pourquoi (et comment ?) L'&#233;cole est devenue une usine &#224; ch&#244;meurs et &#224; illettr&#233;s&lt;/i&gt;, Paris : Robert Laffont, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eliard M. (2000) &lt;i&gt;La fin de l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Paris : PUF, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finkielkraut A. (1987) &lt;i&gt;La d&#233;faite de la pens&#233;e&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaubert J. (1999) &lt;i&gt;L'&#233;cole r&#233;publicaine : chronique d'une mort annonc&#233;e (1789-1999)&lt;/i&gt;, Nantes : Editions Plein feux, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaffro L., Rauzy JB. (1999) &lt;i&gt;L'&#233;cole d&#233;soeuvr&#233;, la nouvelle querelle scolaire&lt;/i&gt;, Paris : Flammarion, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kintzler C. &lt;i&gt;Condorcet, l'instruction publique et la formation du citoyen&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milner J.C. (1984) &lt;i&gt;De L'&#233;cole&lt;/i&gt;, Seuil, 1984, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Muglioni J. (1993) &lt;i&gt;L'&#233;cole ou le loisir de penser&lt;/i&gt;, CNDP, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Muglioni J. (1992) L'&#233;cole sans fin ? In &lt;i&gt;Education et p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, No 15, septembre 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nemo Ph. (1991) &lt;i&gt;Pourquoi ont-ils tu&#233; Jules Ferry ?&lt;/i&gt;, Paris : Grasset 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Statius, P. (1998) La crise de l'&#233;cole r&#233;publicaine : entre le constat v&#233;rifi&#233; et le fantasme &#224; questionner. In &lt;i&gt;Actualit&#233; de l'&#233;cole r&#233;publicaine&lt;/i&gt;, CRDP de Basse Normandie, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; ACELF, Qu&#233;bec 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La philosophie est-elle un monolithe ?</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/la-philosophie-est-elle-un-monolithe</link>
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		<dc:date>2001-01-30T08:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Derrida</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(c) Le Monde 2001 Il n'y a qu'un pays au monde o&#249; tous les &#233;l&#232;ves du secondaire re&#231;oivent une formation syst&#233;matique en philosophie : la France. Depuis pr&#232;s de deux si&#232;cles, ce fleuron de notre enseignement a r&#233;sist&#233; &#224; toutes les tentatives de le supprimer ou de le r&#233;duire, au point qu'il semble s'identifier &#224; la R&#233;publique et &#234;tre fig&#233; dans le marbre. Mais m&#234;me s'ils ont gard&#233; leur esprit initial (la formation &#224; la citoyennet&#233;), ses programmes ont &#233;volu&#233; depuis 1874, et cela n'a rien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;La guerre des programmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/derrida" rel="tag"&gt;Derrida&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(c) Le Monde 2001&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'un pays au monde o&#249; tous les &#233;l&#232;ves du secondaire re&#231;oivent une formation syst&#233;matique en philosophie : la France. Depuis pr&#232;s de deux si&#232;cles, ce fleuron de notre enseignement a r&#233;sist&#233; &#224; toutes les tentatives de le supprimer ou de le r&#233;duire, au point qu'il semble s'identifier &#224; la R&#233;publique et &#234;tre fig&#233; dans le marbre. Mais m&#234;me s'ils ont gard&#233; leur esprit initial (la formation &#224; la citoyennet&#233;), ses programmes ont &#233;volu&#233; depuis 1874, et cela n'a rien d'&#233;tonnant. Il ne s'agit certes pas de c&#233;der au sophisme bien connu &#171; si la soci&#233;t&#233; change, l'&#233;cole doit changer aussi &#187; ; mais force est de constater que la philosophie, comme n'importe quelle discipline, a elle aussi &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les autres pays d'Europe, les syst&#232;mes &#233;ducatifs en ont tenu compte. Ailleurs qu'en France, dans les formations universitaires qui accueillent les &#233;l&#232;ves &#224; l'universit&#233; apr&#232;s la classe de terminale, elle ne s'enseigne plus de la m&#234;me mani&#232;re qu'il y a seulement vingt ans. Quant aux autres disciplines, elles ont toutes r&#233;form&#233; leurs programmes. Nos voisins (comme l'Italie) sont en train de refondre leurs syst&#232;mes d'enseignement secondaire et universitaire, y compris en philosophie. On notera au passage que les pays europ&#233;ens qui ont introduit de la philosophie (souvent &#224; titre optionnel) dans le secondaire (Grande-Bretagne, Suisse, Allemagne, Gr&#232;ce par exemple), n'ont pas cherch&#233; &#224; copier syst&#233;matiquement nos programmes, qui remontent, dans leur version actuelle, &#224; 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la philosophie serait-elle la seule discipline qui devrait r&#233;sister aux changements et pourquoi la France aurait-elle le monopole du conservatisme en la mati&#232;re ? Cesserait-elle automatiquement d'incarner l'esprit r&#233;publicain si l'on adaptait ses programmes &#224; des th&#233;matiques et &#224; des interrogations contemporaines, si l'on renouvelait sa liste d'auteurs canoniques, ou si l'on rendait ses contenus un peu moins massifs que ces &#171; notions &#187; qui, comme &#171; l'homme et le monde &#187; ou &#171; l'art &#187; &#233;crasent les &#233;l&#232;ves par leur insurmontable g&#233;n&#233;ralit&#233; ? La philosophie perdrait-elle son essence critique si elle redevenait un peu plus la pratique du raisonnement rigoureux, et de la pens&#233;e conceptuelle pr&#233;cise et inform&#233;e ? N'aurait-elle pas tout &#224; gagner, au contraire, si l'on donnait un peu plus aux professeurs, aux &#233;l&#232;ves et aux parents les moyens de la distinguer du bavardage d'id&#233;es qui r&#244;de trop souvent dans ses parages et qui finit par jeter le doute sur la validit&#233; de ses crit&#232;res d'&#233;valuation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire certaines prises de position de ses d&#233;fenseurs qui la traitent comme une sorte de monolithe, on a le sentiment que la moindre retouche alt&#232;rerait son &#226;me m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau programme pourtant, apr&#232;s plusieurs &#233;checs en dix ans, a pu &#234;tre &#233;labor&#233; par le Groupe technique disciplinaire pr&#233;sid&#233; par Alain Renaut, et il a &#233;t&#233; publi&#233;. Bien qu'il n'ait rien de r&#233;volutionnaire et soit encore &#224; mes yeux fort timide, il introduit des modifications mesur&#233;es et il respecte les &#233;quilibres n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toujours pinailler sur telle formulation, mais il est grotesque d'entendre dire que l'emploi de la modeste conjonction &#171; et &#187; dans l'intitul&#233; &#171; langage et communication &#187; menace la libert&#233; du professeur, et il est &#233;tonnant que des enseignants de philosophie oublient cette &#233;vidence : un programme n'est pr&#233;cis&#233;ment qu'un programme et chacun est libre de l'interpr&#233;ter. Il ne s'agit pas de dire que toute r&#233;forme, quelle qu'elle soit, est bonne. Mais celle-ci est digne de ce nom. Si les professionnels de la philosophie s'accordaient une nouvelle fois sur le programme minimal qui consiste &#224; ne surtout rien changer, ils scieraient la branche sur laquelle ils sont assis et la philosophie en France, j'en ai peur, ne s'en remettrait pas. Nos gouvernants et nos &#233;lus pourraient alors ais&#233;ment en conclure que cette vieille dame si digne qu'est la philosophie est incapable de passer le relais, et qu'il vaut mieux la laisser o&#249; elle est, c'est-&#224;-dire laisser d'autres, comme c'est d&#233;j&#224; le cas, occuper son terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes Fran&#231;ais qui seront appel&#233;s, de plus en plus, &#224; poursuivre leurs &#233;tudes dans d'autres pays europ&#233;ens, les enseignants qui auront des contacts de plus en plus fr&#233;quents avec leurs coll&#232;gues hors de France, pour ne rien dire des chercheurs qui ne peuvent plus travailler dans un cadre strictement hexagonal, seront, encore plus qu'aujourd'hui, prisonniers d'une formation initiale qui, pour &#234;tre admirable dans ses principes, n'en a pas moins vocation, comme toute autre, &#224; &#233;voluer raisonnablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Engel&lt;/strong&gt; est professeur de philosophie &#224; l'universit&#233; Paris-IV-Sorbonne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bulletin interne du GREPH, f&#233;vrier 1992</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/bulletin-interne-du-greph-fevrier-1992</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/bulletin-interne-du-greph-fevrier-1992</guid>
		<dc:date>1992-02-06T18:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Dissertation</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;GREPH groupe de recherches sur l'enseignement philosophique &lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;l&#233;gation du GREPH a &#233;t&#233; re&#231;ue, le 18 d&#233;cembre 1991 , par des membres du Groupe technique de Philosophie du Conseil National des Programmes . &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait pr&#233;vu que l'entretien porterait principalement sur les questions suivantes :Articulation de la philosophie avec les autres disciplines et les ann&#233;es ant&#233;rieures de la scolarit&#233; - Programmes - &#201;preuves d'examen - 'Philo' dans l'enseignement technique - Module en voie (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;La guerre des programmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/dissertation" rel="tag"&gt;Dissertation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;GREPH
groupe de recherches sur l'enseignement philosophique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;l&#233;gation du &lt;strong&gt;GREPH &lt;/strong&gt;a &#233;t&#233; re&#231;ue, le 18 d&#233;cembre 1991 , par des membres du Groupe technique de Philosophie du &lt;strong&gt;Conseil National des Programmes .&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait pr&#233;vu que l'entretien porterait principalement sur les questions suivantes :&lt;strong&gt;Articulation de la philosophie avec les autres disciplines et les ann&#233;es ant&#233;rieures de la scolarit&#233; - Programmes - &#201;preuves d'examen - 'Philo' dans l'enseignement technique - Module en voie litt&#233;raire.&lt;/strong&gt; De notre part ont &#233;t&#233; notamment d&#233;velopp&#233;es les consid&#233;rations ci-apr&#232;s rapport&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;alablement, nous avions communiqu&#233; divers documents en t&#233;moignage des pr&#233;occupations du GREPH - &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;soulignant qu'il ne s'appuyait ni sur une finalit&#233; de d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts corporatifs, ni sur une doctrine,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;et qu'il entendait constamment remettre en chantier la poursuite de ce qui&lt;/i&gt;&lt;i&gt;3&lt;/i&gt; &lt;i&gt;depuis sa fondation en 1975 et conform&#233;ment &#224; son &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;'Avant- Projet'&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;de 1974, le 'd&#233;finit' et porte sa marque distinctive : &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;la recherche sur l'enseignement philosophique&lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;dont il appara&#238;t de plus en plus clairement qu'elle doit &#234;tre aussi recherche sur la philosophie de l'enseignement&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;sur l'enseignement tout entier comme philosophique, et sur la philosophie 'elle-m&#234;me' dans ses rapports constants et complexes &#224; l'enseignement, toutes ces &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;questions fondamentales&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;ne pouvant &#234;tre con&#231;ues que &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;li&#233;es&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;entre elles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - La question des rapports de la 'philo' avec les autres disciplines et les ann&#233;es ant&#233;rieures de la scolarit&#233; est &lt;strong&gt;fondamentale&lt;/strong&gt;. Est en jeu l'affirmation effective de la &lt;strong&gt;sp&#233;cificit&#233; du philosophique&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1 - Une &lt;strong&gt;sp&#233;cificit&#233;&lt;/strong&gt; ne peut se d&#233;finir que par contraste et confrontation diff&#233;rentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi r&#233;cusons-nous, tant th&#233;oriquement que p&#233;dagogiquement, l'isolationnisme disciplinaire et l'int&#233;grisme 'philosophisme', ainsi que les apologies de la 'rupture', de l''effraction', de la 'violence initiatique' ou de la 'conversion' forc&#233;e, et tous les fantasmes 'virilement', belliqueusement ou religieusement dominateurs de la 'Ma&#238;trise'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#244;nons, au contraire, l'&lt;strong&gt;ouverture&lt;/strong&gt; et le &lt;strong&gt;d&#233;cloisonnement des champs disciplinaires&lt;/strong&gt;, le pacifisme p&#233;dagogique, la &lt;strong&gt;continuit&#233;&lt;/strong&gt; harmonieuse et coh&#233;rente des enseignements, et tenons pour n&#233;cessaire la &lt;strong&gt;progressivit&#233; des apprentissages&lt;/strong&gt;, ce qui n'exclut nullement pour autant la provocation aux mutations m&#233;tadoxiques et aux r&#233;organisations architectoniques de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.2 - Il importera donc que soient &lt;strong&gt;liminairement&lt;/strong&gt; examin&#233;s, au titre de la pratique m&#234;me de l'enseignement philosophique, les rapports (historiques et structurels) avec les autres formations culturelles et.les conditions socio-politiques de l'&#233;mergence du &lt;strong&gt;souci philosophique&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce &lt;strong&gt;r&#244;le prop&#233;deutique&lt;/strong&gt; que devait jouer l&lt;strong&gt;'initiation philosophique avant la Terminale&lt;/strong&gt;. Le refus minist&#233;riel d'instituer une telle pr&#233;paration oblige &#224; en prendre le temps au d&#233;but de l'ann&#233;e scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. - Parce qu'elle est &lt;strong&gt;fondamentale&lt;/strong&gt;, cette question du rapport du champ philosophique aux autres champs disciplinaires, par quoi s'affirme distinctivement la sp&#233;cificit&#233; de la d&#233;marche philosophique, commandera le libell&#233; m&#234;me des programmes scolaires de 'philosophie'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1 - Il importe, notamment, de se demander s'il convient de conserver la formule : '&lt;strong&gt;Programme de notions&lt;/strong&gt;'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.1.1- On sait que l'intervention de cette formule dans le libell&#233; des programmes et la substitution corr&#233;lative du terme '&lt;strong&gt;notion&lt;/strong&gt;' &#224; celui de '&lt;strong&gt;question&lt;/strong&gt;' dans les &lt;strong&gt;Instructions d'accompagnement&lt;/strong&gt; datent de 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recommandation de 1960 : &lt;i&gt;'L'ordre et les divisions du programme n'encha&#238;nent pas la libert&#233; du professeur : &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;il suffit que les questions qui figurent soient toutes trait&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;'&lt;/i&gt;est alors remplac&#233;e par : &lt;i&gt;'Les notions sont group&#233;es par th&#232;mes fondamentaux.(...) Des groupements sont propos&#233;s parmi d'autres possibles (...) :&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;il suffit que toutes les notions du programme soient examin&#233;es&lt;/strong&gt;&#8221;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 'traitement' (philosophique, s'entendait...) d'une question est donc substitu&#233; l''examen' d'une 'notion'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons de c&#244;t&#233; le probl&#232;me didactique non n&#233;gligeable que pose la d&#233;termination pertinente de ce que veut dire 'examiner' une notion. Et bornons-nous ici &#224; souligner l'incongruit&#233; simplement linguistique de l'usage du mot 'notion', au lieu de 'rubrique' ou de 'question'. Comment, &#224; proprement parler, une 'notion' peut-elle &#234;tre dite 'figurer sous un titre' et 'indiquer une direction' ? Comment, surtout, est-il admissible d'appeler &lt;strong&gt;'notion' &lt;/strong&gt;ce qui se formule par : '&lt;strong&gt;Th&#233;orie et exp&#233;rience&lt;/strong&gt;', '&lt;strong&gt;Logique et math&#233;matique&lt;/strong&gt;' ou '&lt;strong&gt;Constitution d'une science de l'homme (un exemple)&lt;/strong&gt;' ? De tels d&#233;rapages m&#233;tonymiques ne s'expliquent que par le dessein d'imposer, vaille que vaille, la pr&#233;gnance h&#233;g&#233;monique ment 'id&#233;aliste' du mot 'notion'. Et cela n'est &#233;videmment pas id&#233;ologiquement innocent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.2 - Ce qui est ici en jeu est fort bien analys&#233; dans l'Introduction du r&#233;cent&lt;strong&gt;Dictionnaire des Notions Philosophiques &lt;/strong&gt;(PUF), sous le titre 'La notion de &lt;strong&gt;notion'.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'entr&#233;e &lt;strong&gt;'notion' &lt;/strong&gt;ait lieu de figurer dans un &lt;strong&gt;'Dictionnaire des Notions Philosophiques'' &lt;/strong&gt;, mais non, par exemple, l'entr&#233;e 'chien', alors que les deux se trouvent licitement dans un dictionnaire 'ordinaire', et que ni l'une ni l'autre n'ont l&#233;gitimement place dans un Dictionnaire de Math&#233;matiques ou dans un Dictionnaire vinicole, cela signifie qu'il y a un &lt;strong&gt;usage sp&#233;cifiquement 'philosophique' du terme&lt;/strong&gt;, qui doit donc &#234;tre clairement distingu&#233; de l'usage trivial, aussi bien que d'autres usages sp&#233;cifiquement d&#233;termin&#233;s par le contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.21- Une premi&#232;re question qui se pose est donc de savoir quels sont les &lt;strong&gt;destinataires&lt;/strong&gt;d'un &lt;strong&gt;Programme scolaire &lt;/strong&gt; : va-t-il sans dire qu'il est &#224; usage strictement &#233;sot&#233;rique, de sorte qu'aucune pr&#233;caution ne soit &#224; prendre contre la contamination mondaine par l'usage ordinaire des mots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secondement, en admettant qu'on parvienne &#224; se clo&#238;trer monastiquement dans sa 'Classe-de-Philosophie', est-ce que la &lt;strong&gt;philosophicit&#233;&lt;/strong&gt; m&#234;me de la notion authentiquement 'philosophique', de par la &lt;strong&gt;complexit&#233; dialectique&lt;/strong&gt; inh&#233;rente &#224; sa&lt;strong&gt;construction historique&lt;/strong&gt; et &#224; la multiplicit&#233; de ses &lt;strong&gt;th&#233;matisations culturelles&lt;/strong&gt;, permet de postuler (sauf convention expresse, ou foi en l'Harmonie pr&#233;&#233;tablie...) que tous les 'examens' de chaque 'notion-du-Programme' par les divers professeurs de philosophie en exercice (si 'bien form&#233;s' et s&#233;v&#232;rement s&#233;lectionn&#233;s soient-ils) seront n&#233;cessairement &#233;quivalents ? Comme tient fort justement &#224; le souligner dans son&lt;strong&gt;Avant-Propos&lt;/strong&gt; au Dictionnaire des Notions Philosophiques Sylvain AUROUX, une notion &lt;strong&gt;philosophique&lt;/strong&gt; diff&#232;re totalement &#224; cet &#233;gard d'une &lt;strong&gt;notion math&#233;matique&lt;/strong&gt;, ni l'une ni l'autre n'&#233;tant r&#233;ductible au mod&#232;le canonique (logico-linguistique) dualement caract&#233;risable par une 'compr&#233;hension' et une 'extension' de type &lt;strong&gt;conceptuel&lt;/strong&gt; . C'est pourquoi, d'ailleurs, il n'y aurait nul avantage &#224; substituer purement et simplement, dans quelque remake des actuels programmes, 'concept' &#224; 'notion' (compte tenu, de surcro&#238;t, d'un usage fran&#231;ais de traduire par 'Concept' (avec un C majuscule) le Begriff h&#233;g&#233;lien&#8212;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.22 - Si l'on tient &#224; donner un titre g&#233;n&#233;rique &#224; cette partie du programme, nous opterions volontiers, pour notre part, &lt;strong&gt;pour le terme classique de 'th&#232;me'.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pourrait, tr&#232;s simplement, s'intituler : '&lt;strong&gt;th&#232;mes et questions&lt;/strong&gt;'. Le programme actuel nous y invite d'ailleurs, lorsqu'il distingue les '&lt;strong&gt;th&#232;mes fondamentaux&lt;/strong&gt;', op&#233;rant une partition dans la liste des 'notions', et les '&lt;strong&gt;questions au choix&lt;/strong&gt;'. L'&#233;tude critique des usages du mot 'notion' devrait naturellement constituer un de ces th&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.3 - Ce qui est primordial, c'est que soit affirm&#233;e, d'entr&#233;e de jeu, la &lt;strong&gt;sp&#233;cificit&#233; du philosophique&lt;/strong&gt;. Et, pour cela, il ne suffit pas de la proclamer : il faut la &lt;strong&gt;caract&#233;riser&lt;/strong&gt; de fa&#231;on convaincante. Il n'est pas admissible de demander de '&lt;strong&gt;d&#233;gager l'int&#233;r&#234;t philosophique&lt;/strong&gt;' d'un texte sans avoir explicit&#233; ce en quoi consiste la 'philosophicit&#233;' d'un tel 'int&#233;r&#234;t' : en quoi se &lt;strong&gt;distingue&lt;/strong&gt;-t-il d'un 'int&#233;r&#234;t litt&#233;raire', ou 'scientifique', ou 'historique', 'juridique', etc. ? Les candidats soumis &#224; cette &#233;preuve d'&lt;strong&gt;examen&lt;/strong&gt;, et les professeurs, correcteurs ou fabricateurs de 'sujets' doivent savoir, et savoir dire, de quoi il retourne &#224; cet &#233;gard. Cela doit faire partie du 'contrat d'enseignement'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.31 - Il faut donc que le programme procure des &#233;l&#233;ments objectifs pour une telle caract&#233;risation, en provoquant explicitement &#224; une &lt;strong&gt;information historique&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt;'&lt;strong&gt;transdisciplinaire&lt;/strong&gt;' sur l'av&#232;nement du &lt;strong&gt;souci philosophique&lt;/strong&gt; et ce qui fonde son&lt;strong&gt;actualit&#233;&lt;/strong&gt;. Pr&#233;cisons qu'il ne s'agit, ni de 'd&#233;passer' les doctrines, ni de les composer &#233;clectiquement pour constituer une 'Philosophie' p&#233;renne, ni de les faire 'dialoguer' logomachique ment, abstraction faite du temps et du lieu de leur &#233;laboration, mais de penser ce &lt;strong&gt;par quo&lt;/strong&gt;i (et &lt;strong&gt;pourquoi&lt;/strong&gt;, et &lt;strong&gt;comment&lt;/strong&gt;) il y a, depuis vingt-cinq si&#232;cles (au moins...) de la '&lt;strong&gt;philosophie&lt;/strong&gt;' et des &lt;strong&gt;doctrines 'philosophiques&lt;/strong&gt;'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; ce qui s'affirme ainsi - dans la tradition, et selon un rapport critique et 'm&#233;ta-discursif' aux pratiques de parole et d'&#233;criture &#224; enjeu scientifique, &#233;thique, juridique et politique - implique constamment le &lt;strong&gt;souci de savoir de quoi on parle (et si ce qu'on dit est vrai...)&lt;/strong&gt;, il est inadmissible de ne pas primordialement faire droit &#224; cette demande insistante des &#233;l&#232;ves : '&lt;strong&gt;C'est quoi, la 'philosophie' ?...&lt;/strong&gt;' (et, corr&#233;lativement : qu'est-ce qu'un 'probl&#232;me philosophique', une 'id&#233;e philosophique', une notion ou un concept 'philosophiques' ? qu'est-ce que penser 'philosophiquement' ?), et, cependant, exiger d'eux qu'ils se comportent &#224; l'examen comme s'ils le savaient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.311 - En cons&#233;quence, le programme de 'philosophie' devrait n&#233;cessairement comporter une partie introductrice &#233;l&#233;mentaire explicitement consacr&#233;e &#224; l'&lt;strong&gt;histoire de la philosophie&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.312 - Concernant l'aspect 'm&#233;ta-discursif' de la d&#233;marche philosophante, il importe que soit provoqu&#233;e la confrontation distinctive entre une 'discipline' et la 'philosophie de' cette discipline (Histoire et Philosophie de l'Histoire, Math&#233;matiques et Philosophie des Math&#233;matiques, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici qu'une &lt;strong&gt;sp&#233;cification&lt;/strong&gt; pourrait intervenir &lt;strong&gt;selon les fili&#232;res&lt;/strong&gt; : il faut prendre appui &#224; cet &#233;gard sur les &lt;strong&gt;connaissances&lt;/strong&gt; qu'ont les &#233;l&#232;ves dans les disciplines qui leur sont famili&#232;res, et ne pas vouloir leur tenir 'm&#233;ta-discursive- ment' discours sur ce qu'ils ignorent et ne sont pas l&#233;gitimement cens&#233;s savoir. Le professeur de philosophie n'a pas non plus &#224; faire ad hoc de la vulgarisation scientifique. Mais sans doute devrait-il faire l'effort d'en savoir au moins autant que ses &#233;l&#232;ves dans au moins une des 'mati&#232;res' fondamentales dans la section concern&#233;e (et, &#224; ce propos, avoir souci, le cas &#233;ch&#233;ant, de se 'recycler' et de s'informer du contenu des programmes actuellement en vigueur...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.4 - Peut-&#234;tre y aurait-il int&#233;r&#234;t &#224; reprendre la th&#233;matique &lt;strong&gt;'Nature et culture &lt;/strong&gt; : &lt;strong&gt;la diversit&#233; des cultures et l'id&#233;e de civilisation', &lt;/strong&gt;qui figurait dans le tout premier programme, &#233;labor&#233; en 1969 pour les sections techniques (et qui est fort heureusement utilis&#233;e, 'transdisciplinairement' et sans exc&#232;s de scrupule corporatiste, par des professeurs de 'fran&#231;ais', en Seconde ou en Premi&#232;re...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter que cette th&#233;matique aura &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; &#234;tre &#233;limin&#233;e des programmes des sections techniques (sans doute parce qu'estim&#233;e d'inspiration trop 'anthropologiste'...) dans la reprise en main de la d&#233;termination des programmes par les 'Ma&#238;tres' de la 'Philosophie-des-Professeurs' &#224; partir de 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ont &#233;t&#233; &#233;galement censur&#233;es ensuite, en &lt;strong&gt;1983, &lt;/strong&gt;les rubriques 'le &lt;strong&gt;langage', &lt;/strong&gt;'&lt;strong&gt;les &#233;changes&lt;/strong&gt;', '&lt;strong&gt;la religion' &lt;/strong&gt;(et, 'l&lt;strong&gt;a philosophie&lt;/strong&gt;', pourtant introduite en 1973...), pour aboutir au sch&#233;ma des trois groupes de trois 'notions' actuellement en vigueur. Peut-&#234;tre ne serait-il pas inutile de s'interroger sur une corr&#233;lation possible entre cette remise au pas 'philosophiste' et le d&#233;veloppement des r&#233;actions de rejet des &#233;l&#232;ves de sections techniques &#224; l'&#233;gard de la 'philo' et des difficult&#233;s p&#233;dagogiques des enseignants dans ces sections... (Un de nos coll&#232;gues a pu proc&#233;der &#224; une sensibilisation, p&#233;dagogiquement s&#233;curisante et didactiquement efficace, de ses &#233;l&#232;ves de sections techniques industrielles aux aspects anthropologiques de leurs 'probl&#232;mes scolaires' par une reprise liminaire de cette th&#233;matique 'Nature et culture').&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.41 - Dans cet ordre d'id&#233;es, rappelons qu'aux &lt;strong&gt;Journ&#233;es de S&#232;vres (mars 1970), &lt;/strong&gt;avait &#233;t&#233; formul&#233; (et adopt&#233; &#224; une tr&#232;s large majorit&#233;) le v&#339;u suivant : &lt;strong&gt;'Il para&#238;t souhaitable que soit &#233;tabli un cadre th&#233;matique commun. Ces th&#232;mes seront exploit&#233;s, pour les sections disposant d'un horaire plus ample, par des travaux plus nombreux et plus diversifi&#233;s&#8221;. &lt;/strong&gt;Et, quant au contenu possible d'un tel '&lt;strong&gt;cadre th&#233;matique commun&lt;/strong&gt;' &lt;strong&gt;pour toutes les sections&lt;/strong&gt;, avait &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; '&lt;strong&gt;le programme actuel&lt;/strong&gt;' &lt;strong&gt;(de 1969 &lt;/strong&gt;(*), donc...) &lt;strong&gt;du baccalaur&#233;at G. &lt;/strong&gt;Nous serions, pour notre part, assez favorables &#224; la reprise en compte et &#224; l'examen d'une telle proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. - La question des &lt;strong&gt;&#233;preuves d'examen &lt;/strong&gt;est &#233;galement une &lt;strong&gt;question fondamentale&lt;/strong&gt;. Il y va de la cr&#233;dibilit&#233;, et sans doute du maintien, de l'enseignement philosophique dans le cursus scolaire. Pour les &#233;l&#232;ves, il est patent que &lt;strong&gt;l'&#233;preuve actuelle de 'philosophie' au baccalaur&#233;at est une v&#233;ritable 'loterie&lt;/strong&gt;', et ils en d&#233;duisent (non sans raisons, h&#233;las...) que la 'philo', c'est '&lt;strong&gt;n&lt;/strong&gt;'&lt;strong&gt;importe quoi'&lt;/strong&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'il doit faire partie du 'contrat' entre enseignants et enseign&#233;s que l'enseignement officiellement dispens&#233; assurera au moins la pr&#233;paration n&#233;cessaire et suffisante pour qu'un &#233;l&#232;ve ayant normalement suivi les cours et travaill&#233; puisse en retour escompter obtenir une note au moins seulement &#233;gale &#224; la &lt;strong&gt;moyenne &lt;/strong&gt;&#224; l'examen officiellement institu&#233;. On est, comme on sait, loin du compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.1 - Actuellement, sont canoniquement propos&#233;s deux types d'&#233;preuve : la&lt;strong&gt;dissertation &lt;/strong&gt;et le &lt;strong&gt;commentaire de texte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.11 - Mais il fait partie, comme on sait, des leitmotive ressass&#233;s par les 'Ma&#238;tres' de la 'Philosophie-des-Professeurs' de pr&#233;tendre &lt;strong&gt;tout &lt;/strong&gt;ramener au Mod&#232;le de&lt;strong&gt;l''irrempla&#231;able' Dissertation. &lt;/strong&gt;(A preuve, ces 'Lettres-ouvertes', r&#233;p&#233;titives et st&#233;r&#233;otyp&#233;es, adress&#233;es tout au long de l'ann&#233;e 89 '&#224; Jacques Derrida' pour lui 'rappeler' comminatoirement que &lt;strong&gt;'le troisi&#232;me sujet, le 'sujet-texte' est aussi une dissertation'&lt;/strong&gt;...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute conviendrait-il plut&#244;t de dire, &#224; l'inverse, que c'est, en fait, la 'dissertation philosophique' (du moins, telle qu'actuellement propos&#233;e) qui n'est qu'un cas particulier (certes, singuli&#232;rement incongru) de l'&lt;strong&gt;&#233;tude de texte&lt;/strong&gt;, le 'texte' n'&#233;tant alors que le &lt;strong&gt;libell&#233;, &lt;/strong&gt;souvent abscons, du 'sujet', et dont il y a lieu de proc&#233;der &#224; une laborieuse et subtile &#233;tude pr&#233;alable pour parvenir &#224; d&#233;terminer : a) ce que &#231;a veut dire ; b) en quoi ce peut &#234;tre (philosophiquement) 'int&#233;ressant'. (Sur ce point, pr&#233;cis&#233;ment, un de nos coll&#232;gues nous a adress&#233; une petite note signalant que ses &#233;l&#232;ves de terminale technique industrielle ont coutume d'&lt;strong&gt;appeler le sujet de dissertation : 'le sujet-phrase', 'car ils sont sensibles au fait qu'il y a dans la phrase un 'petit texte'...'&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.12- Quoi qu'il en soit de ce qu'il convient de penser du 'r&#244;le irrempla&#231;able' de la dissertation 'philosophique' pour la formation des &#233;l&#232;ves, nous estimons, pour notre part, qu'en tout &#233;tat de cause la premi&#232;re place doit revenir, de droit, &#224; &lt;strong&gt;l'&#233;tude de texte&lt;/strong&gt; : 'C'est par et dans des textes que la philosophie s'est inscrite : ce n'est que par eux qu'elle peut &#234;tre &#233;tudi&#233;e. Le texte philosophique doit donc &#234;tre trait&#233;, non comme un auxiliaire de l'enseignement philosophique, mais comme son objet m&#234;me'. (&lt;strong&gt;Proposition du GREPH, 1983&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.121 - Mais, autant est 'irrempla&#231;ablement' (selon nous) formatrice la lecture suivie, en cours d'ann&#233;e scolaire, d'au moins une &#339;uvre majeure de la tradition philosophique, autant il est absurde de mettre les &#233;l&#232;ves, &lt;strong&gt;le jour de l'examen&lt;/strong&gt;, 'en situation d'avoir &#224; entreprendre la reconstitution hypoth&#233;tique de la pens&#233;e philosophe qu'ils ne sont pas cens&#233;s conna&#238;tre &#224; partir de 20 lignes coup&#233;es de tout contexte.' &lt;strong&gt;(Rapport Bouveresse-Derrida, &lt;/strong&gt;p. 11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.1211 - Il faut donc que l'&#233;preuve sur texte, &lt;strong&gt;&#224; l'examen&lt;/strong&gt;, porte obligatoirement sur &lt;strong&gt;un extrait d'une &#339;uvre cens&#233;e avoir &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e dans son ensemble en cours d&lt;/strong&gt;'&lt;strong&gt;ann&#233;e&lt;/strong&gt;conform&#233;ment aux Instructions actuellement en vigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.12111 - Si les examinateurs ont ainsi &#224; corriger &lt;strong&gt;un travail auquel les &#233;l&#232;ves auront pu &#234;tre authentiquement pr&#233;par&#233;s&lt;/strong&gt;, 'on peut esp&#233;rer que la lecture des copies permettra de distinguer sans trop de risques d'erreur ceux qui auront travaill&#233; et assimil&#233; de ceux qui n'auront rien fait ni rien appris' (&lt;strong&gt;Rapport Bouveresse-Derrida&lt;/strong&gt;, p.19)&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.12112 Cela implique &#233;videmment une &lt;strong&gt;d&#233;termination annuelle, &lt;/strong&gt;renouvelable, dans chaque Acad&#233;mie (ou Groupement acad&#233;mique), de ces &#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.13 - Philosophiquement et scolairement parlant, un texte ne m&#233;rite d'&#234;tre &#233;tudi&#233; qu'en raison de ce qui y est dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.131 - Son 'int&#233;r&#234;t philosophique' ne saurait essentiellement consister en la seule r&#233;f&#233;rence au nom de son auteur - &#224; l'instar de ce qui peut &#234;tre le cas, scolairement parlant, lorsque celui qui est r&#233;put&#233; avoir &#233;crit un livre est par ailleurs, notoirement d&#233;j&#224;, une 'vedette'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.1311 - Un &lt;strong&gt;programme de textes &lt;/strong&gt;doit donc consister, non en une liste d'auteurs, mais en une &lt;strong&gt;liste d'&#339;uvres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. - La question du statut de &lt;strong&gt;la 'philo' dans l'enseignement technique &lt;/strong&gt;fait &#233;videmment partie de ces &lt;strong&gt;questions fondamentales&lt;/strong&gt; substantiellement &lt;strong&gt;li&#233;es&lt;/strong&gt; et constituant le &lt;strong&gt;champ de recherches&lt;/strong&gt; o&#249;, &#224; la mesure de son rapport essentiel &#224; toute question d'enseignement, la philosophie, authentiquement, doit s'impliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.1 - On peut dire qu'elle est, embl&#233;matiquement et pragmatiquement, au c&#339;ur de &lt;strong&gt;tout&lt;/strong&gt;ce qui touche &#224; la d&#233;termination et au destin de l'enseignement philosophique aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.11 - C'est la mise en place de l'extension progressive de l'enseignement de la 'philo' &#224; &lt;strong&gt;toutes les terminales techniques&lt;/strong&gt; (notamment en sections industrielles) pour l'obtention du &lt;strong&gt;baccalaur&#233;at de technicien&lt;/strong&gt; qui a, comme on sait, cr&#251;ment et parfois cruellement, mis en lumi&#232;re tous les facteurs essentiels d'une crise g&#233;n&#233;rale de l'enseignement dit 'philosophique'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.111 - Mais sans doute aussi, et corr&#233;lativement, la situation ainsi cr&#233;&#233;e aura-t-elle &#233;t&#233; salutairement &#233;prouvante. Et porteuse, pour l'enseignement philosophique, d'une chance insigne de r&#233;g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.12 - C'est tout naturellement &#224; propos de l'enseignement dans le technique que les travaux, th&#232;ses et propositions du &lt;strong&gt;GREPH &lt;/strong&gt;ont pris, singuli&#232;rement ces derni&#232;res ann&#233;es, toute leur signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.121 - Rien d'&#233;tonnant, par cons&#233;quent, &#224; ce que ce soit manifestement aupr&#232;s des enseignants exer&#231;ant significativement dans le technique que les positions du &lt;strong&gt;GREPH&lt;/strong&gt;trouvent de plus en plus un accueil favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.1211- En clair cet int&#233;r&#234;t se manifeste principalement en ce qui concerne la &lt;strong&gt;n&#233;cessit&#233; d'une initiation progressive, mise en &#339;uvre avant la Terminale&lt;/strong&gt;, le&lt;strong&gt;d&#233;cloisonnement des champs disciplinaires&lt;/strong&gt;, la &lt;strong&gt;contestation du 'r&#244;le irrempla&#231;able' de la dissertation &lt;/strong&gt;et &lt;strong&gt;l'invention d'autres exercices plus authentiquement formateurs. &lt;/strong&gt;La &lt;strong&gt;'moralisation' de l'examen&lt;/strong&gt;, le souci de recherche et d'information quant &#224; la &lt;strong&gt;didactique &lt;/strong&gt;et &#224; la &lt;strong&gt;p&#233;dagogie&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.2- La 'philosophie' (scolairement parlant) ne pouvant plus &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme 'couronnement des &#233;tudes', &lt;strong&gt;son programme doit comporter, &lt;/strong&gt;outre la partie proprement philosophique, &lt;strong&gt;une partie prop&#233;deutique et didactique&lt;/strong&gt;, tenant compte de la situation actuelle de l'enseignement philosophique par rapport &#224; l'enseignement des autres disciplines et aux ann&#233;es ant&#233;rieures de la scolarit&#233;, et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, de l'&#233;volution des champs disciplinaires depuis Victor Cousin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.21 - En ce qui concerne la partie proprement 'philosophique' du programme ; les termes d&#233;signant les principaux &lt;strong&gt;th&#232;mes directeurs&lt;/strong&gt; devront &#234;tre choisis suffisamment '&lt;strong&gt;abstraits&lt;/strong&gt;' (par exemple, 'La diff&#233;rence', 'La repr&#233;sentation', 'L'&#233;criture', 'La tradition', 'Le M&#234;me et 1' Autre', 'L'Un et le Multiple'...) pour &#233;viter de prime abord et autant que possible les confusions pr&#233;judiciables, par connotations intempestives, avec des &lt;strong&gt;th&#233;matiques triviales&lt;/strong&gt; aux implications imm&#233;diatement pr&#233;gnantes d'ordre affectif, doxique, Id&#233;ologique ou 'litt&#233;raire' (comme c'est immanquablement le cas avec un catalogue de 'notions' o&#249; figurent des termes tels que '&lt;strong&gt;d&#233;sir&lt;/strong&gt;', '&lt;strong&gt;bonheur&lt;/strong&gt;', '&lt;strong&gt;violence&lt;/strong&gt;' ou '&lt;strong&gt;mort&lt;/strong&gt;'...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.22 - La partie didactique du programme sera trait&#233;e en s&#233;ances de &lt;strong&gt;travaux dirig&#233;s&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.221- &#201;tant donn&#233; le faible horaire hebdomadaire allou&#233; en Terminales techniques &#224; la philosophie (et qu'il semble actuellement difficile d'esp&#233;rer faire augmenter de fa&#231;on notable - sinon, peut-&#234;tre en essayant d'obtenir que la s&#233;ance de &lt;strong&gt;travaux dirig&#233;s&lt;/strong&gt; soit port&#233;e &#224; 1h30), et compte tenu surtout du refus (dont se f&#233;licitent les Conservateurs...) de l'extension en Premi&#232;re, une partie du programme didactique pourrait avantageusement &#234;tre compl&#233;mentairement trait&#233;e en 'transdisciplinarit&#233;' (par le biais des Projets d'&#201;tablissement), notamment, pour ce qui est de la &lt;strong&gt;Logique&lt;/strong&gt;, avec le concours des professeurs de math&#233;matiques ; pour la &lt;strong&gt;Rh&#233;torique&lt;/strong&gt;, avec ceux de fran&#231;ais ; et pour la &lt;strong&gt;S&#233;miotique&lt;/strong&gt;, avec tous, ad libitum, quelle que soit leur discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.222- L'institution de ces &lt;strong&gt;travaux dirig&#233;s&lt;/strong&gt; &#224; vocation didactique, obtenue pour les&lt;strong&gt;sections techniques&lt;/strong&gt;, est une conqu&#234;te dont le b&#233;n&#233;fice devrait &#234;tre &#233;tendu &#224; &lt;strong&gt;toutes&lt;/strong&gt; les autres sections. En 'voie litt&#233;raire', il est possible que le 'module' m&#233;nage administrativement un biais pour y promouvoir pratiquement une telle g&#233;n&#233;ralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. - Sur la gestion du &lt;strong&gt;'module' en voie litt&#233;raire, &lt;/strong&gt;les donn&#233;es dont nous pouvons actuellement disposer ne nous permettent pas de faire des propositions r&#233;ellement constructives. (Nous n'avons pas encore pu, de ce fait, r&#233;diger un Questionnaire d'enqu&#234;te suffisamment pr&#233;cis). Nous pouvons seulement, compte tenu des premi&#232;res r&#233;actions connues des lobbies conservateurs, formuler d'ores et d&#233;j&#224; quelques motifs d'inqui&#233;tudes et d'interrogations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.1 - Il faut absolument &#233;viter que soit pervertie la fonction pr&#233;vue &lt;strong&gt;d'aide pour l'apprentissage du travail personnel, &lt;/strong&gt;et que ce 'module' soit exclusivement consid&#233;r&#233; quant &#224; son aspect de compl&#233;ment &lt;strong&gt;horaire&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.11 - Par exemple, il ne faudrait pas que cette institution soit utilis&#233;e, en simple compl&#233;ment horaire 'compensatoire' &#224; la r&#233;duction d'une heure de l'horaire obligatoire, au profit d'un &#233;panchement 'compl&#233;mentaire' du Cours magistral, pour finir l''examen' des 'Notions-du-Programme'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.12 - Il ne faudrait pas non plus que - toujours seulement consid&#233;r&#233; comme&lt;strong&gt;horairement&lt;/strong&gt; 'compl&#233;mentaire' de l'horaire obligatoire, ce module soit s&#233;gr&#233;gative ment consacr&#233; &#224; cette lecture minimale de '&lt;strong&gt;quelques dizaines de pages parmi les grandes &#339;uvres classiques&lt;/strong&gt;' &#224; quoi doit se r&#233;duire, selon la '&lt;strong&gt;D&#233;claration&lt;/strong&gt;' des Conservateurs, le contact direct avec l'&#233;criture de ces auteurs dont la 'liste' aurait seulement ce but : 'elle d&#233;finit une &#233;preuve de l'oral du baccalaur&#233;at' (sic).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.13 - D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il convient de poser la d&#233;finition d'un &lt;strong&gt;enseignement&lt;/strong&gt;, non pas exclusivement en termes d'horaire, mais en termes de '&lt;strong&gt;contenu&lt;/strong&gt;' et de&lt;strong&gt;m&#233;thodes&lt;/strong&gt;. Ce n'est pas tant le nombre d'heures allou&#233;es qui importe que la d&#233;termination de ce qu'on en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.2 - Ce module devrait m&#233;nager &lt;strong&gt;un lieu privil&#233;gi&#233; pour un d&#233;cloisonnement des champs disciplinaires, &lt;/strong&gt;propice &#224; la 'd&#233;localisation' et &#224; la &lt;strong&gt;transposition f&#233;conde des concepts et des m&#233;thodes, &lt;/strong&gt;autrement dit, &lt;strong&gt;favoriser la prise en consid&#233;ration des aspects et des facteurs transdisciplinaires de l'apprentissage&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.3 - &lt;strong&gt;Si les Conservateurs trouvent mati&#232;re &#224; se f&#233;liciter ('Nous voil&#224; d&#233;barrass&#233;s du contr&#244;le continu pr&#233;vu par le CNP'...) de ce gue le travail fourni au titre de ce 'module' ne soit pas sanctionn&#233; &#224; l'examen, il est &#224; craindre&lt;/strong&gt; (surtout s'il est r&#233;put&#233; qu'on n'y fera pas 'autre chose' que ce que l'on fait d&#233;j&#224; pendant les 7 heures obligatoires...) &lt;strong&gt;que cela &#233;loigne pas mal d'&#233;l&#232;ves du choix de cette option&lt;/strong&gt;, avec pour cons&#233;quence &lt;strong&gt;sa suppression&lt;/strong&gt; dans beaucoup d'&#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ___________________________________________________________&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(*) La confrontation des &lt;strong&gt;trois programmes successifs &lt;/strong&gt;pour les &lt;strong&gt;sections techniques &lt;/strong&gt;est tr&#232;s instructive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1969 I. &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;La diversit&#233; des cultures et l'id&#233;e de civilisation&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nature et culture - Technique, art, religion, science. - Le progr&#232;s. L'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Communication et langage&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe et symbole - La langue et la parole - Le discours et la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Libert&#233; et soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Volont&#233; et libert&#233; - La reconnaissance d'autrui. La justice. - Politique et morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remarques&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soin d'expliciter les significations des trois th&#232;mes qui constituent le programme est confi&#233; &#224; l'initiative du professeur. Les d&#233;terminations qui figurent sous chacun des titres indiquent, non pas des chapitres successifs, mais les directions dans lesquelles la recherche et la r&#233;flexion sont invit&#233;es &#224; s'engager. Pour l'&#233;tude de ces th&#232;mes, il est conseill&#233;, d'une part, de s'appuyer sur l'analyse de textes classiques et modernes, de faire appel, d'autre part, aux travaux contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1973 &lt;/strong&gt;Nature et histoire - Langage et v&#233;rit&#233; - Les &#233;changes. Le droit. - La libert&#233; - L'art. La religion. - La philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1983 &lt;/strong&gt;La nature. L'art. La technique. - L'histoire. Le droit. La libert&#233;. - La conscience. La raison. La v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>GREPH - BULLETIN INTERIEUR - Septembre 1991</title>
		<link>https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/article/greph-bulletin-interieur-septembre-1991</link>
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		<dc:date>1991-09-19T17:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph, Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>


		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;GREPH - groupe de recherches sur l'enseignement philosophique &lt;br class='autobr' /&gt;
LA QUESTION DES PROGRAMMES &lt;br class='autobr' /&gt;
[ EXTRAIT o&#249; l'on voit l'APPEP crier victoire pour deux raisons : 1&#176; parce qu'elle a r&#233;ussi &#224; emp&#234;cher l'augmentation massive des recrutements en philosophie !!! 2&#176; parce qu'elle a fait &#233;chouer le projet d'extension en Premi&#232;re !!! ] &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ainsi donc, et du moins sur le plan administratif, nous avons, contre le front des Conservateurs, perdu la bataille... Avons-nous, pour autant, perdu la guerre ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/la-guerre-des-programmes/" rel="directory"&gt;La guerre des programmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;GREPH - groupe de recherches sur l'enseignement philosophique&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA QUESTION DES PROGRAMMES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[ EXTRAIT o&#249; l'on voit l'APPEP crier victoire pour deux raisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1&#176; parce qu'elle a r&#233;ussi &#224; emp&#234;cher l'augmentation massive des recrutements en philosophie !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2&#176; parce qu'elle a fait &#233;chouer le projet d'extension en Premi&#232;re !!! ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi donc, et du moins sur le plan administratif, nous avons, contre le &lt;strong&gt;front&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;des Conservateurs,&lt;/strong&gt; perdu la bataille... Avons-nous, pour autant, perdu la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute avons-nous sous-estim&#233; les ressources et la d&#233;termination de l'adversaire ; sans doute n'avions-nous, ni ses moyens financiers, ni ses moyens d'intimidation, de propagande fallacieuse et de d&#233;sinformation, ni surtout la pugnacit&#233; sans scrupules d&#233;ontologiques du &lt;strong&gt;lobby 'magistral', promoteur d'un front du refus&lt;/strong&gt; de tout projet r&#233;novateur et dispos&#233; &#224; faire fl&#232;che de tout bois : il est notamment clair, ici, que l'argument du co&#251;t &#233;lev&#233; que repr&#233;senterait la mise en &#339;uvre int&#233;grale des propositions du GREPH sur l'extension de l'enseignement philosophique ('&lt;i&gt;Il faudrait nommer 1600 professeurs suppl&#233;mentaires !&lt;/i&gt;', affirmait le fameux '&lt;strong&gt;Appel&lt;/strong&gt;' &#224; signatures contre le Rapport Bouveresse-Derrida du '&lt;strong&gt;Collectif pour l'Enseignement philosophique&lt;/strong&gt;'...) a &#233;t&#233; fort bien entendu du &lt;strong&gt;Minist&#232;re&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous voici donc ramen&#233;s trois ans en arri&#232;re... &lt;/strong&gt;Et, constatant avec satisfaction que '&lt;strong&gt;les propositions du Ministre sont tr&#232;s en retrait sur celles du CNP&lt;/strong&gt;' (lesquelles, soulignons-le, &#233;taient d&#233;j&#224; tr&#232;s en retrait sur celles du Rapport de la Commission Bouveresse-Derrida - elles-m&#234;mes, d&#233;j&#224;, passablement en retrait sur celles du GREPH...), le Pr&#233;sident de l'&lt;strong&gt;Association des Professeurs de Philosophie&lt;/strong&gt; peut pavoiser : '&lt;strong&gt;Notre action, celle de nos coll&#232;gues dans les associations, les syndicats, ont &#233;t&#233; efficaces'&lt;/strong&gt;, &#233;crit-il dans son &#233;ditorial du n&#176; 41/4 (Mars-Avril 1991) de '&lt;i&gt;L'Enseignement Philosophique&lt;/i&gt;'. Ainsi, 'le pire', selon lui, aura &#233;t&#233; &#233;vit&#233; : '&lt;strong&gt;Il n'est plus question de philosophie en Premi&#232;re'&lt;/strong&gt; ! [&#8230;] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ EXTRAIT o&#249; l'on constate qu'un futur Inspecteur P&#233;dagogique R&#233;gional de philosophie analysait tr&#232;s bien, lorsqu'il n'&#233;tait que professeur, le vice intrins&#232;que des programmes de notions ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque Monsieur Chauve (alors professeur au Lyc&#233;e Lakanal), dans sa r&#233;ponse &#224; l'Enqu&#234;te pr&#233;liminaire aux &lt;strong&gt;Journ&#233;es de S&#232;vres de mars 1970&lt;/strong&gt;, reprochait au &lt;strong&gt;programme&lt;/strong&gt; alors en vigueur d'&lt;strong&gt;encha&#238;ner, en fait, la 'libert&#233; du professeur&lt;/strong&gt;', c'&#233;tait en les termes suivants : '&lt;strong&gt;Cette r&#233;daction repose sur un d&#233;coupage absolument arbitraire en rubriques vagues et g&#233;n&#233;rales recouvrant &#224; peu pr&#232;s tout et n'importe quoi &lt;/strong&gt;(...). &lt;strong&gt;Peut-on dire que l'absence totale de principe coh&#233;rent soit une garantie pour la libert&#233; du professeur ? Elle nous para&#238;t &#234;tre d'abord une garantie de &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;confusion... et par l&#224; m&#234;me elle nous para&#238;t repr&#233;senter une contrainte pesante pour le professeur qui se voit oblig&#233; de devenir un sp&#233;cialiste des g&#233;n&#233;ralit&#233;s, celui qui parle de tout et de n'importe quoi'. &lt;/strong&gt;C'est bien la &lt;strong&gt;contrainte m&#233;thodologique&lt;/strong&gt; (celle qui r&#233;sulte de &lt;strong&gt;l'obligation&lt;/strong&gt; faite par l'arr&#234;t&#233; du 18 juillet 1960 &lt;strong&gt;de traiter toutes les questions&lt;/strong&gt; qui figurent &#224; un programme nullement 'explicite' mais incoh&#233;rent, vague et confus, juxtaposant des id&#233;es h&#233;t&#233;rog&#232;nes, quel que soit l'ordre 'librement' adopt&#233;...) qui est ici d&#233;nonc&#233;e, en tant que conduisant bon gr&#233; mal gr&#233; &#224; &lt;strong&gt;parler de tout et de n'importe quoi&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Monsieur Chauve ne consid&#233;rait apparemment pas que ce f&#251;t une atteinte intol&#233;rable &#224; la 'libert&#233; du professeur' que de proposer un programme qui indiquerait explicitement &lt;strong&gt;'de quoi &lt;/strong&gt;il faut parler en philosophie' (et qui reposerait sur la distinction fondamentale de &lt;strong&gt;trois types de concepts&lt;/strong&gt; : les concepts &lt;strong&gt;proprement philosophiques&lt;/strong&gt; (par exemple, l'&#202;tre, le N&#233;ant, l'Essence, le Sujet) ; les concepts non philosophiques, mais &lt;strong&gt;qui posent des probl&#232;mes donnant lieu &#224; un traitement philosophique&lt;/strong&gt; ; et enfin des concepts&lt;strong&gt;'&#233;pist&#233;mologiques'&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne craignait pas davantage d'encha&#238;ner la libert&#233; du professeur de philosophie en soulevant, au titre de la mise en application des principes qu'il venait d'&#233;noncer, des probl&#232;mes tels que : &lt;strong&gt;'Faut-il &#233;num&#233;rer les concepts dans une liste, avec, &#224; chaque fois, des indications sur la mani&#232;re d'en parler ? Faut-il imposer au professeur de traiter de certains concepts (car il est bien &#233;vident qu'un cours ne pourra porter que sur quelques concepts, peut-&#234;tre m&#234;me un seul) ? S'il n'y a pas de programme r&#233;dig&#233;, comment concevoir le cours pour que l'&#233;l&#232;ve puisse avoir des points de rep&#232;re ? Comment concevoir l'examen auquel l'&#233;l&#232;ve sera soumis ?&lt;/strong&gt;' [&#8230;] &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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