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		<title>ACIREPh</title>
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		<title>Arendt, autrice raciste ?</title>
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		<dc:date>2023-09-14T15:35:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Cosp&#233;rec</dc:creator>



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&lt;p&gt;Arendt passe pour une grande figure de la pens&#233;e progressiste. N'est-elle pas l'analyste du ph&#233;nom&#232;ne totalitaire ? de la &#171; banalit&#233; du mal &#187; ? la critique intransigeante la tyrannie de &#171; l'opinion publique &#187; dans les soci&#233;t&#233;s de masse. Pour sauver la politique, &#171; l'espace public &#187;, il faudrait penser avec Arendt. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'&#233;crit fort justement Beno&#238;t Basse &#171; sa pens&#233;e suscite une admiration quasi unanime, tant au sein de la droite conservatrice (dont La crise de la culture constitue l'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/articles-de-nos-membres/" rel="directory"&gt;Articles de nos membres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Arendt passe pour une grande figure de la pens&#233;e progressiste. N'est-elle pas l'analyste du ph&#233;nom&#232;ne totalitaire ? de la &#171; banalit&#233; du mal &#187; ? la critique intransigeante la tyrannie de &#171; l'opinion publique &#187; dans les soci&#233;t&#233;s de masse. Pour sauver la politique, &#171; l'espace public &#187;, il faudrait penser avec Arendt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit fort justement Beno&#238;t Basse &#171; sa pens&#233;e suscite une admiration quasi unanime, tant au sein de la droite conservatrice (dont &lt;i&gt;La crise de la culture&lt;/i&gt; constitue l'un des br&#233;viaires), que parmi l'intelligentsia &#171; progressiste &#187; de sorte &#171; que toute critique &#224; l'&#233;gard de ses th&#232;ses est g&#233;n&#233;ralement accueillie avec m&#233;fiance, voire avec suspicion. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Basse, Beno&#238;t. &#171; Chapitre 8. Hannah Arendt : vers une refondation des Droits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_237 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L150xH150/ksbelle150x150-d427c.jpg?1707862827' width='150' height='150' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, on peut se demander comment sera accueilli le livre &lt;i&gt;Hannah Arendt et la question noire&lt;/i&gt; de la philosophe am&#233;ricaine Kathryn Sophia Belle qui analyse de fa&#231;on critique les positions d'Arendt sur la s&#233;gr&#233;gation raciale aux &#201;tats-Unis. Le point de d&#233;part est un article d'Arendt &#171; R&#233;flexions sur Little Rock &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, &#171; R&#233;flexions sur Little Rock &#187; [RLR d&#233;sormais], dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a choqu&#233; par l'incompr&#233;hension apparente d'Arendt de la question noire aux &#201;tats-Unis. L'int&#233;r&#234;t du livre de K. S. Belle est de montrer que loin d'&#234;tre un &#233;crit mineur ou de circonstance, malheureux ou maladroit, les &#171; R&#233;flexions sur Little Rock &#187; se comprennent &#224; la lumi&#232;re des concepts fondamentaux de la pens&#233;e politique d'Arendt dont ils sont l'expression coh&#233;rente. Car il y a bien une &#233;nigme : si Arendt est la d&#233;mocrate que l'on croit, pourquoi condamne-t-elle le combat des parents noirs pour l'&#233;galit&#233; devant l'&#233;cole ? Pourquoi juge-t-elle que le combat contre la s&#233;gr&#233;gation scolaire n'est pas politique ? Pourquoi juge-t-elle que le droit des &#233;l&#232;ves noirs d'acc&#233;der &#224; toute &#233;cole publique et celui des parents &#224; inscrire leur enfant - sans discrimination raciale - n'est pas un droit humain fondamental ? De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, pourquoi Arendt dit-elle que les discriminations raciales &#224; l'emploi, au logement, au loisir, ne sont pas des questions &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;Br&gt;&lt;Br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. L'affaire Little Rock et les &lt;i&gt;R&#233;flexions&lt;/i&gt; d'Arendt&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte des Noirs pour l'&#233;galit&#233; des droits, l'affaire Little Rock est un moment d&#233;cisif. En 1957, trois ans apr&#232;s que la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les &#233;coles publiques a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e par la Cour Supr&#234;me ill&#233;gale, les autorit&#233;s scolaires et politiques de Little Rock, petite ville de l'Arkansas, d&#233;cident d'initier un mouvement de d&#233;s&#233;gr&#233;gation. Une commission locale s&#233;lectionne les &#233;l&#232;ves noirs qui pourront aller &#224; la Central High School (le lyc&#233;e public) : 17 dossiers sur 90 sont retenus, l'int&#233;gration n'est que partielle pour ces 17 &#233;l&#232;ves : ils restent exclus des activit&#233;s parascolaires pour leur &#171; s&#233;curit&#233; &#187;. C&#233;dant &#224; la pression de l'&#233;lectorat raciste qui s'est bruyamment manifest&#233; tout l'&#233;t&#233;, deux semaines avant le d&#233;but des cours, le gouverneur de l'Arkansas, Orval Faubus, retire son soutien au plan de d&#233;s&#233;gr&#233;gation et ordonne &#224; la Garde nationale de se rendre &#224; Little Rock, pour pr&#233;venir les affrontements entre les Noirs et les racistes blancs pr&#234;ts &#224; en d&#233;coudre (rappelons que le Ku Klux Kan avait son si&#232;ge dans l'Arkansas o&#249; il demeure tr&#232;s actif aujourd'hui encore). Les autorit&#233;s locales et le comit&#233; scolaire maintiennent leur d&#233;cision. Le 4 septembre 1957, Elisabeth Eckford, jeune &#233;l&#232;ve noire, se rend au lyc&#233;e pour y faire sa rentr&#233;e, prot&#233;g&#233;e par des adultes, au milieu d'une foule haineuse de racistes blancs qui vocif&#232;rent et l'insultent. Une photo immortalise la sc&#232;ne (celle reproduite sur la couverture du livre). Enfin, arriv&#233;e devant le lyc&#233;e, Elisabeth Eckford doit faire demi-tour devant la Garde Nationale arm&#233;e qui lui en barre l'entr&#233;e, en application de la d&#233;cision du Gouverneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Arendt condamne la s&#233;gr&#233;gation raciale dans l'ordre politique, elle en d&#233;fend la l&#233;gitimit&#233; dans la sph&#232;re sociale au nom du &#171; droit &#224; discriminer &#187;. Quelles sont les th&#232;ses &#224; l'origine du scandale qui scandalise et qui provoque le malaise chez ses interpr&#232;tes anglo-saxons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pr&#233;cise &#171; anglo-saxons &#187; car les arendtiens fran&#231;ais ignorent ou feignent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; les mieux dispos&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; le droit &#224; des &#233;coles publiques sans s&#233;gr&#233;gation raciale ne fait pas partie des droits humains&lt;i&gt; &lt;/i&gt;fondamentaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la conclusion de son article, dans cette affaire &#171; aucun droit humain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les &#233;coles publiques n'est pas une question &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; la discrimination dans la sph&#232;re &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; est l&#233;gitime&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; une d&#233;mocratie doit respecter la libert&#233; et les droits &#233;ducatifs des parents (blancs) &#224; choisir &lt;i&gt;avec qui&lt;/i&gt; leurs enfants seront instruits,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; L&#233;gif&#233;rer pour imposer la d&#233;s&#233;gr&#233;gation des &#233;coles publiques est le fait d'une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que dans ces ann&#233;es 50 les manifestations contre la s&#233;gr&#233;gation s'amplifient et les affaires de ce type se multiplient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. la lutte des Noirs contre la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les transports (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Arendt juge n&#233;cessaire d'intervenir dans le d&#233;bat public. Mais pour dire quoi ? Que les parents noirs ont tort, que leur combat n'a rien de politique, qu'il t&#233;moigne de leur arrivisme et du peu de cas qu'ils font de leurs enfants qu'ils exposent l&#226;chement &#224; la haine des blancs pour servir leur propre ambition sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agenda et le propos sont pour le moins curieux. La force du livre de K. S. Belle est qu'il permet de comprendre ce qui para&#238;t fou : il montre que les th&#232;ses d'Arendt &#8211; qui &lt;i&gt;dans les faits&lt;/i&gt; aboutissent &#224; soutenir la revendication des racistes blancs &#8211; se comprennent quand on les replace dans l'ensemble de son &#339;uvre : en effet, ces th&#232;ses ne sont que l'illustration pratique des principes fondamentaux de sa pens&#233;e politique. C'est aussi la raison qui permet de comprendre pourquoi Arendt a constamment r&#233;it&#233;r&#233; la validit&#233; de ses th&#232;ses face &#224; des contradicteurs qui la pressaient de s'en expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_238 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L250xH358/arendtetlaquestionnoire-28c55.jpg?1707862827' width='250' height='358' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le livre de K. S. Belle est clair et document&#233;. Il restitue le contexte historique et juridique de l'affaire, il retrace la g&#233;n&#233;alogie des d&#233;bats, la r&#233;ception de l'article, les critiques et les r&#233;ponses d'Arendt, ainsi que l'&#233;ventail des r&#233;actions critiques des arendtiens anglo-saxons. Mais surtout, je l'ai dit, il donne l'&#233;clairage th&#233;orique du positionnement d'Arendt face &#224; &#171; la question noire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas faire une recension, mais seulement donner quelques aper&#231;us de l'enqu&#234;te tr&#232;s riche et tr&#232;s minutieuse de K. S. Belle. Je renvoie au livre pour ce que l'on pourrait appeler l'affaire dans l'affaire : d'une part, la n&#233;gligence d'Arendt, les multiples erreurs &#224; partir desquelles elle d&#233;veloppe ses sp&#233;culations toujours n&#233;gatives et erron&#233;es des intentions et actions des parents noirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ces erreurs, cf. K. S. Belle dans Hannah Arendt et la question noire ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; d'autre part, ses man&#339;uvres peu honorables autour de la publication de l'article, acceptant dans un premier temps la publication simultan&#233;e de r&#233;actions critiques et &#224; condition de pouvoir les lire pr&#233;alablement, puis refusant ensuite qu'elles soient publi&#233;es, et modifiant, ult&#233;rieurement, certaines consid&#233;rations, pour r&#233;pondre aux attaques de ses contradicteurs sans jamais leur donner la parole.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#171; question noire &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Arendt juge l'affaire Little Rock vraiment &#171; injuste &#187; et &#171; malheureuse &#187;. Pour ses concitoyens noirs ? Non, pour la grandeur et les int&#233;r&#234;ts des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique en raison de son &#233;cho dans l'opinion publique internationale, qu'elle a heurt&#233;e et indign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire est &#171; malheureuse &#187; parce qu'elle nuit &#224; la &#171; politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Ce qui est tragique, c'est que le probl&#232;me non r&#233;solu de la couleur de peau aux &#201;tats-Unis &lt;i&gt;peut leur co&#251;ter les avantages&lt;/i&gt; dont ils pourraient jouir &#224; juste titre en tant que puissance mondiale. &#187; (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Elle est &#171; injuste &#187; parce que, selon Arendt, les &#201;tats-Unis ne sont pas l'origine du mal raciste qui les ronge :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Le probl&#232;me de la couleur de peau en politique internationale est venu du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme des nations europ&#233;ennes - c'est-&#224;-dire du grand crime &lt;i&gt;dans lequel l'Am&#233;rique n'a jamais &#233;t&#233; impliqu&#233;e&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 254-255.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;(je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Enfin, tout le monde se trompe sur l'affaire Little Rock car, pour elle, ce n'est pas une affaire politique mais uniquement un &#171; probl&#232;me de Noirs &#187; qui d&#233;sirent que leurs enfants s'&#233;l&#232;vent dans la hi&#233;rarchie sociale, acc&#232;dent aux m&#234;mes r&#233;ussites que les Blancs, un probl&#232;me d'arrivistes et de jalousie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. S. Belle r&#233;tablit l'ordre des raisons d&#232;s le premier chapitre de son livre : ce n'est pas un &#171; probl&#232;me de Noirs &#187; mais un &#171; probl&#232;me de Blancs &#187; car c'est uniquement le racisme des Blancs envers les Noirs &#8211; intimement li&#233; &#224; l'histoire des &#201;tats-Unis, &#224; l'esclavage qui s'y est perp&#233;tu&#233; et prolong&#233; sous formes de lois discriminatoires &#8211; qui constitue le &lt;i&gt;probl&#232;me,&lt;/i&gt; et non pas la pr&#233;sence des Noirs &#171; qui vivent au milieu de nous &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 255&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme le pr&#233;tend Arendt.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une pens&#233;e sous double standard &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;K. S. Belle montre, textes &#224; l'appui, ce qu'il faut bien appeler &lt;strong&gt;le double standard&lt;/strong&gt; qui r&#233;git les jugements politiques d'Arendt quand elle analyse, d'un c&#244;t&#233;, l'oppression subie par les Juifs dans l'Allemagne nazie et qu'elle a elle-m&#234;me connue enfant, et de l'autre, celle que les Noirs subissent aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parias &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;vs&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; parvenus &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K.S. Belle souligne l'importance de la figure du &lt;i&gt;parvenu &lt;/i&gt;et de celle du &lt;i&gt;paria&lt;/i&gt; dans l'analyse arendtienne de la condition juive dans l'Allemagne au d&#233;but du si&#232;cle dernier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le parvenu et le paria, voir l'introduction de K. S. Belle &#224; HAQN p. 35 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure du parvenu est celle, minoritaire, du juif qui d&#233;sire par-dessus tout et est pr&#234;t &#224; tout pour s'assimiler, gommant toute trace de jud&#233;it&#233;, jusqu'&#224; renier son identit&#233; juive. L'arrivisme et l'ali&#233;nation caract&#233;risent le parvenu ; son sacrifice est vain, ajoute Arendt, car il restera toujours un juif dans cette soci&#233;t&#233;, qui saura, le cas &#233;ch&#233;ant, le lui rappeler. La figure du paria est celle du juif conscient de sa condition, qui pr&#233;f&#232;re rester et vivre en marge de la soci&#233;t&#233;, dans sa communaut&#233;. La r&#233;volte et la libert&#233; le caract&#233;rise. Pour Arendt la condition des Juifs en Europe &#233;tait bien celle d'un peuple opprim&#233;, d'un peuple de parias, jug&#233;s inassimilables, ce qui donnait imm&#233;diatement une dimension politique &#224; leur combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand Arendt juge l'affaire Little Rock, elle n'y voit pas une question &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;, celle d'un &#201;tat qui assigne une partie de sa population &#224; la condition et au statut de &lt;i&gt;paria&lt;/i&gt;. Le probl&#232;me est purement &#171; social &#187; : c'est celui de parents noirs soucieux de l'ascension sociale de leurs rejetons, un probl&#232;me de &lt;i&gt;parvenus&lt;/i&gt;. Ce n'est pas une question politique car, dit Arendt, &lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; la vie peut &#234;tre tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able, mais quoi qu'elle puisse me forcer &#224; faire &#8211; et elle ne me force certainement pas &#224; vouloir acheter dans un quartier r&#233;serv&#233; &#8211; , je peux conserver mon int&#233;grit&#233; personnelle pr&#233;cis&#233;ment dans la mesure o&#249; j'agis par obligation et en vertu d'une n&#233;cessit&#233; vitale, et pas purement et simplement pour des raisons sociales. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 252. Il y a tant de passages analogues, que K. S. Belle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Relisons bien cette le&#231;on faite aux Noirs : chers amis noirs, la vie n'est pas toujours rose ; elle peut vous forcer, afin de &#171; pr&#233;server &#187; votre &#171; int&#233;grit&#233; personnelle &#187;, &#171; par obligation et en vertu d'une n&#233;cessit&#233; vitale &#187; &#224; vous &#171; servir de [vos] bras (..) afin d'avoir une vie convenable et d'&#233;lever le niveau de vie de [votre] famille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais elle ne vous force certainement pas &#224; &lt;i&gt;vouloir&lt;/i&gt; habiter dans les m&#234;mes quartiers que les blancs, ces quartiers agr&#233;ables, dot&#233;s de bonnes &#233;coles publiques, qui leur sont &#171; r&#233;serv&#233;es &#187;, &#171; simplement pour des raisons sociales &#187;, des raisons d'arrivistes.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prot&#233;ger les enfants &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;vs&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; inciter &#224; d&#233;fendre leur dignit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les familiers d'Arendt connaissent sa th&#232;se sur la responsabilit&#233; des adultes &#224; l'&#233;gard des enfants : il faut les prot&#233;ger les enfants, ne pas les charger de responsabilit&#233;s qui ne sont pas les leurs. Il est difficile d'&#234;tre contre un principe aussi vague et bienveillant, au moins en apparence. Mais il peut justifier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) une conception progressiste de l'&#233;cole attentive &#224; la vuln&#233;rabilit&#233; des enfants, de leur bien-&#234;tre et de leur bonheur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une conception d'inspiration rousseauiste en somme : &#171; Aimez l'enfance (&#8230;). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
b) ou une conception conservatrice qui exige que l'&#233;cole (sanctuaire) n'aborde pas certaines questions comme celle du racisme et plus g&#233;n&#233;ralement les questions politiques ; Arendt s'oppose sur ce point &#224; Dewey et aux &#233;ducateurs progressistes comme &#224; la conception r&#233;publicaine de la mission civique de l'&#233;cole :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Le conflit entre un foyer objet de s&#233;gr&#233;gation et une &#233;cole sujette &#224; la d&#233;s&#233;gr&#233;gation, entre les pr&#233;jug&#233;s familiaux et les exigences scolaires abolit d'un seul coup l'autorit&#233; &#224; la fois des parents et des enseignants, et la remplace par la loi de l'opinion publique chez les enfants, &lt;i&gt;lesquels n'ont ni l'aptitude ni le droit d'&#233;tablir une opinion publique en propre&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 270-271.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans les &lt;i&gt;R&#233;flexions sur Little Rock&lt;/i&gt;, Arendt analyse la responsabilit&#233; en se pla&#231;ant du point de vue d'une m&#232;re noire :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Que ferais-je si j'&#233;tais une m&#232;re noire ? [&#8230;] en aucune circonstance, je n'exposerais mon enfant &#224; des conditions dans lesquelles il semblerait qu'elle voudrait s'int&#233;grer &#224; un groupe ne voulant pas d'elle [&#8230;] Si j'&#233;tais noire, je sentirais que la tentative m&#234;me pour commencer la d&#233;s&#233;gr&#233;gation scolaire [a] tr&#232;s injustement d&#233;plac&#233; le fardeau de la responsabilit&#233; des &#233;paules des adultes &#224; celles des enfants. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 249 et K. S. Belle, HAQN, p. 61-62 pour le d&#233;but de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Arendt accuse les parents noirs d'exploiter leurs enfants, de les instrumentaliser et de leur faire supporter les cons&#233;quences de leur d&#233;sir d'ascension sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K.S. Belle rel&#232;ve le contraste entre la &lt;i&gt;compr&#233;hension&lt;/i&gt; qu'Arendt a de sa propre exp&#233;rience, celle d'une enfant juive confront&#233;e &#224; l'antis&#233;mitisme, et le &lt;i&gt;jugement&lt;/i&gt; qu'elle porte sur les Noirs confront&#233;s au racisme. Concernant sa propre exp&#233;rience, Arendt d&#233;clare en 1964 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Tous les enfants juifs rencontraient l'antis&#233;mitisme. Et cela empoisonnait l'esprit de beaucoup d'entre eux. La diff&#233;rence pour nous, c'&#233;tait que ma m&#232;re avait toujours &#233;t&#233; convaincue qu'il ne faut pas se laisser atteindre. Il faut se d&#233;fendre ! Quand mes professeurs faisaient des remarques antis&#233;mites [&#8230;], je devais me lever aussit&#244;t, quitter la classe, rentrer &#224; la maison et tout lui rapporter dans les moindres d&#233;tails. Ma m&#232;re &#233;crivait alors l'une de ses nombreuses lettres recommand&#233;es, et pour moi, la question &#233;tait totalement r&#233;gl&#233;e. [&#8230;] Mais quand &#231;a venait des enfants, je n'avais pas le droit d'en parler &#224; la maison. &#199;a ne comptait pas. Il fallait se d&#233;fendre toute seule contre ce qui venait des enfants. Donc ces questions n'ont jamais &#233;t&#233; un probl&#232;me pour moi. Il y avait des r&#232;gles de conduite qui me permettait de garder ma dignit&#233;, et j'&#233;tais prot&#233;g&#233;e, totalement prot&#233;g&#233;e, &#224; la maison. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. S. Belle, HAQN, p.58.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;K. S. Belle fait observer qu'Arendt n'envisage pas un seul instant que des parents noirs puissent enseigner &#224; leurs enfants les m&#234;mes le&#231;ons, et les pr&#233;parer pareillement &#224; d&#233;fendre leur &lt;i&gt;dignit&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;leurs droits&lt;/i&gt; face aux manifestations de racisme. Arendt en &lt;i&gt;juge&lt;/i&gt; autrement : ce sont des arrivistes ; leur revendication n'est pas politique mais &#171; sociale &#187;. Et Arendt s'en indigne : au lieu de prot&#233;ger leurs enfants, les parents noirs les poussent &#224; sacrifier leur dignit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. note 10.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les exposant &#224; une &#233;preuve encore &#171; plus humiliante &#187; que celle qu'ils connaissent d&#233;j&#224;, ordinairement. Pour Arendt, les parents noirs auraient d&#251; apprendre &#224; leurs enfants &#224; faire simplement profil bas, &#224; supporter patiemment une situation &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; humiliante, afin de ne pas souffrir davantage.&lt;/p&gt;
&lt;BR&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les parents noirs veulent-ils vraiment l'&#233;galit&#233; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'accusation contre les parents noirs se poursuit. Arendt &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; S'il n'&#233;tait question que de donner une instruction &#233;galement bonne &#224; mes enfants, que de l'effort pour leur assurer l'&#233;galit&#233; des chances, pourquoi ne m'a-t-on pas demand&#233; de me battre pour l'am&#233;lioration des &#233;coles pour les enfants noirs et pour l'&#233;tablissement imm&#233;diat de classes sp&#233;ciales pour les enfants dont les r&#233;sultats scolaires les rendent d&#233;sormais admissibles dans des &#233;coles blanches ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 251 ; K. S. Belle, HAQN, p. 67.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;K.S. Belle souligne le caract&#232;re rh&#233;torique de la question. Arendt sugg&#232;re clairement que les parents noirs ne se battent pas r&#233;ellement pour am&#233;liorer la situation scolaire de leurs enfants. Une nouvelle fois Arendt se montre incapable d'imaginer que des parents noirs puissent &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; vouloir l'&#233;galit&#233;, rien que l'&#233;galit&#233;, parce que c'est une question de justice. Et que penser de la solution d'Arendt ? &#192; savoir, organiser la s&#233;gr&#233;gation dans la s&#233;gr&#233;gation en maintenant des &#233;coles s&#233;par&#233;es pour les enfants noirs, qui pourraient rassembler les meilleurs d'entre eux dans des &#171; classes sp&#233;ciales &#187;, ce qui leur permettrait ult&#233;rieurement d'&#234;tre &#171; admissibles dans des &#233;coles blanches &#187; (si elles acceptent leur dossier !). Cela revient &#224; dire, sans le dire, qu'il y a une bonne raison &#224; la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les &#233;coles : la majorit&#233; des &#233;l&#232;ves noirs sont vraiment d'un niveau scolaire trop faible, les int&#233;grer ferait baisser le niveau des &#233;coles blanches (point r&#233;current de l'argumentaire s&#233;gr&#233;gationniste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re politique du combat des parents noirs est constamment ni&#233;. R&#233;fl&#233;chissant &#171; en m&#232;re noire &#187; Arendt nous livre ses impressions :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Plut&#244;t que d'&#234;tre appel&#233;e &#224; mener une bataille claire et nette pour mes droits inali&#233;nables &#8211; mon droit de vote, mon droit de me marier &#224; qui je veux [&#8230;] mon droit &#224; une juste &#233;galit&#233; des chances &#8211;, j'aurais le sentiment d'avoir &#233;t&#233; impliqu&#233;e dans une histoire d'&lt;i&gt;ascension sociale &lt;/i&gt; ; et si je choisissais cette fa&#231;on de m'am&#233;liorer, je pr&#233;f&#233;rerais certainement le faire moi-m&#234;me, sans l'aide d'agences gouvernementales &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, &#171; A reply to Critics &#187; (1959), cit&#233; par K. S. Belle, HAQN, p. 66.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Arendt &#233;tablit une hi&#233;rarchie toute personnelle entre les divers droits : le vote, le mariage sont de &lt;i&gt;vrais&lt;/i&gt; droits politiques, mais pas l'&lt;i&gt;&#233;galit&#233; &lt;/i&gt;en mati&#232;re&lt;i&gt; d'enseignement&lt;/i&gt;. Pour Arendt, en effet :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; le droit d'&#233;pouser qui l'on souhaite est un droit de l'homme &#233;l&#233;mentaire, en comparaison duquel 'le droit de fr&#233;quenter une &#233;cole int&#233;gr&#233;e, le droit de s'asseoir o&#249; on veut dans le bus, le droit d'entrer dans un h&#244;tel, une aire de loisirs ou un lieu de divertissement quel que soit sa couleur de peau ou sa race' sont mineurs. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 260 et K. S. Belle, HAQN, pages 90-91.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Et quand on lui objecte que &#171; le droit d'&#233;pouser qui l'on souhaite &#187; n'est apparemment pas la priorit&#233; des Noirs, plus soucieux de l'&#233;galit&#233; devant l'&#233;cole, l'emploi ou l'habitat, elle r&#233;pond simplement :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; les minorit&#233;s opprim&#233;es n'ont &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; &#233;t&#233; les meilleurs juges pour fixer le bon ordre de priorit&#233; sur ces sujets. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233;e par et K. S. Belle, HAQN, p. 94, et figurant dans les &#171; Remarques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Et elle ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; on trouverait de nombreux exemples montrant qu'elles pr&#233;f&#232;rent lutter pour de meilleures conditions sociales, plut&#244;t que pour les droits humains et politiques fondamentaux &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. ; ce type de jugement illustre clairement, s'il le fallait, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;K. S. Belle met en perspective l'insistance d'Arendt sur la libert&#233; du mariage, suppos&#233;e sup&#233;rieure aux autres droits, qu'elle juge mineurs, en comparant la position respective, sur ce sujet, des racistes blancs et des Noirs qui militent pour l'abolition de la s&#233;gr&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tudiant les archives du d&#233;bat, elle montre que la question obs&#232;de les racistes blancs. Leur opposition au mariage interracial m&#234;le principalement deux motifs : d'une part, la phobie du m&#233;lange physique des corps noirs et des corps blancs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Phobie qui m&#233;lange la r&#233;pulsion horrifi&#233;e et l'attraction refoul&#233;e (dont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'autre part, l'intime persuasion que les Noirs ne veulent &#233;pouser des Blanches que pour s'&#233;lever socialement et conqu&#233;rir une aisance mat&#233;rielle (capter la richesse de la belle-famille blanche). Il est frappant que, s'agissant de la question scolaire, Arendt raisonne comme les racistes blancs : elle est persuad&#233;e que la volont&#233; des Noirs d'en finir avec la s&#233;gr&#233;gation scolaire n'est motiv&#233;e que par le d&#233;sir d'acqu&#233;rir un statut social sup&#233;rieur et d'acc&#233;der &#224; la richesse mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les Noirs estiment que la question du mariage interracial n'est pas certainement pas la priorit&#233; des luttes anti-s&#233;gr&#233;gationnistes. Pour eux, le combat contre la discrimination raciale, contre les lois racistes de nombreux &#201;tats, et le combat plus g&#233;n&#233;ral contre le racisme qui impr&#232;gne les mentalit&#233;s de l'Am&#233;rique blanche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ignore souvent que le combat du Ku Klux Klan a tr&#232;s longtemps &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont bien plus important et urgent que la focalisation sur le droit pour un Noir d'&#233;pouser une Blanche. Arendt ne semble pas comprendre que &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; hi&#233;rarchie des droits humains fondamentaux et &lt;i&gt;ses &lt;/i&gt;priorit&#233;s ne sont visiblement pas partag&#233;es par les Noirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question du mariage comme droit inali&#233;nable et sa discussion, voir le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#171; n'est donc pas exag&#233;r&#233; &#187;, &#233;crit K. S. Belle, &#171; d'affirmer qu'Arendt s'aligne sur la position des Blancs racistes &#187;, qu'elle &#233;pouse &#171; l'ordre des priorit&#233;s selon l'homme blanc &#187;, m&#234;me si elle approuve &#171; les mariages interraciaux &#187;, &#171; principale diff&#233;rence &#187; &#171; entre Arendt et les s&#233;gr&#233;gationnistes blancs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. S. Belle, HAQN, p. 97.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Comme de nombreux racistes blancs, [Arendt] d&#233;fend la discrimination raciale comme une habitude sociale et refuse que l'on impose la d&#233;s&#233;gr&#233;gation par le biais de la loi. Arendt minimise la gravit&#233; des discriminations dans les domaines de l'emploi, du logement et de l'enseignement, en n'y voyant que des obstacles &#224; l'ascension sociale, et non pas des atteintes aux droits fondamentaux ou politiques. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. S. Belle, HAQN, p. 98.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour K. S. Belle, Arendt ne comprend pas les enjeux politiques des questions sociales, parce qu'elle &#171; se trompe &#187; en insistant &#171; sur l'existence d'une hi&#233;rarchie entre les multiples facettes du racisme anti-Noirs &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Arendt ne parvient pas &#224; reconna&#238;tre que les lois relatives au mariage et les lois s&#233;gr&#233;gationnistes en mati&#232;re d'enseignement, de logement, d'emploi et d'occupation des espaces publics ne renvoient pas &#224; des probl&#232;mes ind&#233;pendants les uns des autres [mais] se renforcent mutuellement. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. S. Belle, HAQN, p. 109.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;BR&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le droit des parents blancs &#224; une &#233;cole publique pratiquant la s&#233;gr&#233;gation raciale &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#171; R&#233;flexions sur Little Rock &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; on voit Arendt d&#233;fendre le droit des parents blancs &#224; scolariser leurs enfants dans des &#233;coles publiques interdites aux &#233;l&#232;ves noirs. Pour expliquer ce droit, Arendt se place maintenant du point de vue des parents blancs. &#192; la question &#171; &lt;i&gt;que ferais-je si j'&#233;tais une m&#232;re blanche du Sud ?&lt;/i&gt; &#187;, elle r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Je d&#233;nierais au gouvernement tout droit de me dire &lt;i&gt;en compagnie de qui&lt;/i&gt; mon enfant re&#231;oit cette instruction. Les droits des parents &#224; d&#233;cider de telles questions pour leurs enfants jusqu'&#224; ce qu'ils soient grands ne sont bafou&#233;s que par les dictatures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 252 et K. S. Belle, HAQN, p.71. Raisonnons avec Arendt (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Si Arendt d&#233;sapprouve les pratiques s&#233;gr&#233;gationnistes, sa position revient, &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, &#224; soutenir, le droit des Blancs &#224; se comporter de fa&#231;on raciste dans les &#233;coles publiques. K. S. Belle rel&#232;ve le contraste entre la bienveillance d'Arendt pour les parents blancs, son ardeur &#224; d&#233;fendre &#171; leurs droits &#187;, et son absence de compr&#233;hension &#224; l'&#233;gard des parents noirs, la duret&#233; de ses jugements sur leurs motivations suppos&#233;es. Forcer des parents blancs &#224; scolariser leurs enfants dans une &#233;cole &#171; int&#233;gr&#233;e &#187; (non s&#233;gr&#233;gu&#233;e), o&#249; il y aurait donc &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; des &#233;l&#232;ves noirs, est pour Arendt un mal politique, et m&#234;me un mal absolu : ce serait le fait d'une dictature ; en revanche, forcer les parents noirs &#224; envoyer leurs enfants dans des &#233;coles s&#233;gr&#233;gu&#233;es de mauvaise qualit&#233;, n'est pas un mal politique car ce n'est m&#234;me pas une question politique. Arendt, &#233;crit K. S Belle :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; ne se soucie aucunement du fait que les enfants noirs aillent dans des &#233;coles de moins bonne qualit&#233; et pr&#233;tend que les parents noirs se d&#233;sint&#233;ressent finalement de l'&#233;galit&#233; des chances en mati&#232;re d'enseignement. En se faisant l'avocate d'un droit &#224; la discrimination dans la sph&#232;re priv&#233;e, Arendt ne fait aucun effort pour d&#233;fendre le droit des familles noires &#224; des &#233;coles publiques de qualit&#233; &#233;gale. Le droit des parents blancs et des &#233;tats du Sud &#224; maintenir des &#233;coles publiques s&#233;gr&#233;gu&#233;es fait partie des principales pr&#233;occupations d'Arendt dans ses &#171; R&#233;flexions &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. S. Belle, HAQN, p.76.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;Br&gt;&lt;Br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Racisme ou coh&#233;rence politique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il serait bien difficile, &#224; s'en tenir l&#224;, de saisir ce qui distingue la position d'Arendt de celle des racistes blancs. Mais si Arendt n'est pas raciste alors comment expliquer ses positions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. S. Belle montre que pour comprendre les &lt;i&gt;R&#233;flexions sur Little Rock&lt;/i&gt; il faut les r&#233;inscrire dans le cadre plus g&#233;n&#233;ral de la pens&#233;e d'Arendt. Mais on se heurte alors &#224; une difficult&#233; : Arendt ne d&#233;finit jamais clairement les concepts fondamentaux de sa pens&#233;e ; leur sens peut varier d'un texte &#224; un autre, sans qu'elle ne s'en explique ni ne le signale. La difficult&#233; est redoubl&#233;e par le fait qu'Arendt utilise des notions communes (le travail, l'action, la natalit&#233;, etc.), ce qui la rend facile &#224; lire au premier abord, facilit&#233; trompeuse car elle leur donne un tout autre sens. C'est le cas de deux notions arendtienne fondamentales, le &lt;i&gt;social&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;, qui sont au centre de son analyse de l'affaire Little Rock. Chez Arendt ces deux notions deviennent antinomiques, leur distinction devient une s&#233;paration &lt;i&gt;absolue&lt;/i&gt; : le politique exclut le social et le social exclut le politique. Il faut donc &#233;clairer les &lt;i&gt;R&#233;flexions sur Little Rock&lt;/i&gt; par son analyse g&#233;n&#233;rale de la condition humaine, de la modernit&#233; et de la politique. Ce que fait K. S. Belle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. K. S. Belle, HAQN, &#171; les trois sph&#232;res de la vie humaine &#187;, pages 111-138.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je me contenterais ici de donner quelques indications, assur&#233;ment trop br&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trop br&#232;ves, car Arendt ne fait jamais d'expos&#233; syst&#233;matique. Comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;Br&gt;&lt;Br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le social et le politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, Arendt explique que la politique na&#238;t en Gr&#232;ce avec l'apparition d'une classe de hommes disposant de loisir pour se consacrer &#224; la Cit&#233;, parce qu'ils sont lib&#233;r&#233;s des affaires &lt;i&gt;domestiques&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#233;conomiques&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; l'esclavage et la rel&#233;gation des femmes dans la sph&#232;re priv&#233;e du foyer. La &lt;strong&gt;sph&#232;re priv&#233;e&lt;/strong&gt; est caract&#233;ris&#233;e comme le lieu des activit&#233;s les plus &#233;l&#233;mentaires de subsistance, ordonn&#233;es &#224; la satisfaction des besoins vitaux, qu'elle appelle &#171; le travail &#187;, auquel est associ&#233; la &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; (la contrainte) et la condition humaine de &#171; l'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt; &#187;. La &lt;strong&gt;sph&#232;re publique&lt;/strong&gt; est le lieu l'activit&#233; proprement politique qu'elle appelle &#171; action &#187;, &#224; laquelle est associ&#233;e la &#171; libert&#233; &#187; et la condition sp&#233;cifiquement humaine de celui qui a une vie politique (&#171; &lt;i&gt;bios politikos&lt;/i&gt; &#187; dans son lexique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela fonctionne de mani&#232;re rigide : quand on est arendtien, on ne dira pas que &#171; le travailleur agit &#187; ; un travailleur n'agit pas, il &#171; travaille &#187;, il &#171; besogne &#187;, il &#171; trime &#187;, il &#171; peine &#187; &#224; la rigueur, et il &#171; consomme &#187; les produits de son labeur. Un arendtien ne dira pas non plus qu'un travailleur &#171; fabrique &#187; ou &#171; fait &#187; quoi que soit ; le travailleur ne &lt;i&gt;fabrique&lt;/i&gt; rien, il ne &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; rien, car Arendt r&#233;serve exclusivement l'emploi des termes &#171; faire &#187; et &#171; fabriquer &#187; &#224; l'activit&#233; de &#171; l'artisan &#187;, &#224; laquelle est associ&#233;e la condition de &#171; l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt; &#187; &#8212; qui n'est donc pas l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt; des scientifiques, celui des pr&#233;historiens et des pal&#233;ontologues car l'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt; arendtien vit encore parmi nous sous la forme de l'artisan, du technicien et de l'ing&#233;nieur. Par la m&#234;me logique, un artisan &#171; ne travaille pas &#187; non plus, il &#171; &#339;uvre &#187;, il &#171; fabrique &#187; ; et celui qui m&#232;ne une vie politique &#171; ne travaille pas &#187;, &#171; ne fabrique pas &#187;, &#171; ne produit rien &#187; : il &#171; agit &#187; par &#171; paroles et actions &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour comprendre ces affirmations d&#233;concertantes au premier abord, je ne peux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est essentiel pour &lt;i&gt;Les R&#233;flexions sur Little Rock&lt;/i&gt;, c'est la th&#233;orie arendtienne des trois &#171; lieux &#187; (qu'elle appelle aussi &#171; espace &#187;, &#171; domaine &#187;, &#171; sph&#232;re &#187;) : la sph&#232;re &lt;i&gt;priv&#233;e&lt;/i&gt;, la sph&#232;re &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt;, la sph&#232;re &lt;i&gt;publique&lt;/i&gt;. L'h&#233;ritage d&#233;cisif des Grecs, selon Arendt, est la s&#233;paration stricte entre la sph&#232;re priv&#233;e, celle &#171; travail &#187; et de la servitude, et de la sph&#232;re publique, celle de &#171; l'action &#187;, de la politique ; il ne faut pas m&#233;langer les pr&#233;occupations priv&#233;es et les pr&#233;occupations publiques, le travail et la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, explique Arendt, avec la modernit&#233; appara&#238;t un &#171; domaine hybride &#187; : le domaine du &lt;strong&gt;social&lt;/strong&gt;. Ni priv&#233;, ni public, le social est ce qui appara&#238;t quand les pr&#233;occupations priv&#233;es (&#233;conomiques et sociales, en termes contemporains) deviennent des pr&#233;occupations &#171; publiques &#187;, des sujets politiques. La hi&#233;rarchie antique des activit&#233;s est invers&#233;e explique Arendt : ce qui &#233;tait bas, vil, indigne (travailler) devient noble et consid&#233;r&#233;, tandis que ce qui est noble, la politique &#171; au sens vrai &#187;, &#224; savoir les grands discours et exploits des h&#233;ros c&#233;l&#233;br&#233;s par Hom&#232;re, est m&#233;pris&#233;. L'&#233;mergence du social co&#239;ncide avec celle de l'&lt;i&gt;homo economicus&lt;/i&gt;, et va de pair avec la &#171; glorification moderne du travail &#187; (dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes comme communistes). L'obsession moderne pour l'&#233;galit&#233; des conditions, l'id&#233;al du bonheur du plus grand nombre, signent le triomphe de l'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt; et de ses pr&#233;occupations mat&#233;rielles et de ses id&#233;aux (consommer et conqu&#233;rir un statut social). L'oubli des Grecs (ou disons, relus par Arendt) entra&#238;ne la d&#233;cadence du politique. L'espace public est corrompu : il n'est plus le lieu des grandes actions et beaux discours, l'ar&#232;ne qui permettait &#224; l'&#233;lite, aux meilleurs (les &lt;i&gt;aristo&#239;&lt;/i&gt;), de se distinguer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir K. S. Belle, HAQN, p. 143. Cette conception &#233;minemment aristocratique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, le &#171; social &#187; c'est &#171; l'envahissement &#187; du champ politique par les pr&#233;occupations des &#171; mis&#233;reux &#187; et des pauvres et par les aspirations de la multitude, les &#171; travailleurs et employ&#233;s &#187; des soci&#233;t&#233;s modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#171; comprend &#187; mieux alors l'&#233;tranget&#233; des positions d'Arendt dans l'affaire Little Rock. Sa position n'est que l'expression cons&#233;quente de sa vision de l'humanit&#233; et de sa conception de la politique. Quand les Noirs luttent pour l'&#233;galit&#233; civique, elle leur donne raison : car les Noirs comme les Blancs, c'est-&#224;-dire les &lt;i&gt;meilleurs&lt;/i&gt; d'entre eux dans son esprit, doivent avoir &#233;galement acc&#232;s &#224; la politique, &#224; la possibilit&#233; de se distinguer, de monter qui ils sont (les meilleurs). Mais quand les Noirs entendent lutter politiquement contre les discriminations raciales, dans la soci&#233;t&#233;, elle condamne fermement leur action, car en raison de la rigidit&#233; de ses distinctions, cette question rel&#232;ve du &#171; social &#187; et non du politique, et elle n'exprime, de surcro&#238;t, que l'id&#233;al de l'&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt;, en qu&#234;te de bien-&#234;tre mat&#233;riel et d'opportunit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt est d'autant plus hostile &#224; la lutte politique des Noirs contre les discriminations raciales que cette confusion du social et du politique, ouvre &lt;i&gt;in&#233;luctablement&lt;/i&gt; la voie &#224; la violence et &#224; la tyrannie politique. K. S. Belle se r&#233;f&#232;re ici &#224; l'analyse arendtienne des R&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise de son essai &lt;i&gt;De la R&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hannah Arendt, De la R&#233;volution, Gallimard, coll. folio essais, 2013 (r&#233;&#233;d. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La R&#233;volution am&#233;ricaine est, pour Arendt, politiquement exemplaire ; elle a r&#233;ussi parce que c'&#233;tait une &#171; r&#233;volution de libert&#233; &#187; (elle ne s'attarde gu&#232;re sur l'esclavage des Noirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si elle qualifie bien l'esclavage de &#171; crime primordial &#187;, c'est aussit&#244;t (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ne dit pas un mot du sort r&#233;serv&#233; par les h&#233;ros am&#233;ricains aux nations indiennes) ; la R&#233;volution fran&#231;aise a &#233;chou&#233; car, bien qu'inspir&#233;e par la premi&#232;re (le bon vient toujours d'Am&#233;rique), elle a &#233;t&#233; accapar&#233;e par les mis&#233;reux, par la &#171; question sociale &#187;, et s'est transform&#233;e en &#171; r&#233;volution des &lt;i&gt;sans-culottes&lt;/i&gt; &#187;, d'o&#249; la Terreur :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; ce furent la n&#233;cessit&#233;, les besoins pressants du peuple qui d&#233;cha&#238;n&#232;rent la Terreur et men&#232;rent la R&#233;volution &#224; sa perte. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, De la r&#233;volution, p. 89.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est perdu pour Arendt, c'est le sens premier de la r&#233;volution, la lutte pour la libert&#233;, recouverte par le souci de la justice et des questions sociales :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Depuis que la R&#233;volution avait ouvert aux pauvres les portes du domaine politique, ce dernier &#233;taient effectivement devenu &#171; social &#187;. Il fut submerg&#233; en r&#233;alit&#233; par les soucis et les pr&#233;occupations qui relevaient en r&#233;alit&#233; de la sph&#232;re domestique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 136.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est un axiome de la pens&#233;e politique d'Arendt : &#171; toute tentative pour r&#233;soudre la question sociale par des voies politiques, m&#232;ne &#224; la terreur &#187; et &#171; la terreur (..) envoie les r&#233;volutions &#224; leur perte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 169 ; et K.S. Belle, HAQN, p. 155.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'avertissement est clair : parce qu'ils confondent le social et le politique, la lutte des Noirs mis&#233;reux et exploit&#233;s est &lt;i&gt;politiquement&lt;/i&gt; dangereuse. Les victimes d'aujourd'hui sont les bourreaux liberticides de demain (ne veulent-ils pas supprimer le droit des parents blancs &#224; avoir des &#233;coles publics sans Noirs ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;Br&gt;&lt;Br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La discrimination, &#171; droit social indispensable &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me distinction arendtienne du &lt;i&gt;social&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; qui explique la th&#232;se la plus &#233;tonnante de ses &lt;i&gt;R&#233;flexions sur Little Rock&lt;/i&gt; : la &#171; discrimination &#187; affirme Arendt est un &#171; droit social aussi indispensable &#187; dans la sph&#232;re sociale que l'&#233;galit&#233; dans la sph&#232;re politique :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; la discrimination est un droit social aussi indispensable que l'&#233;galit&#233; est un droit politique. &lt;i&gt;La question n'est pas de savoir comment abolir la discrimination, mais comment la maintenir dans la sph&#232;re sociale&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;o&#249; elle est l&#233;gitime&lt;/i&gt;, et l'emp&#234;cher d'empi&#233;ter sur la sph&#232;re politique et personnelle, o&#249; elle est destructrice. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 264 et K. S. Belle, HAQN, p. 125.&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour l'entendement commun, l'id&#233;e que des discriminations ethno-raciales puissent &#234;tre &lt;i&gt;l&#233;gitimes&lt;/i&gt; rel&#232;ve de l'oxymore. Ce n'est pas le cas pour Arendt qui fournit &#224; cette occasion un exemple typique des distorsions qu'elle inflige au langage. Et puisqu'elle ne d&#233;finit jamais ce qu'elle entend par &#171; discrimination &#187;, il faut suivre son raisonnement &#224; travers ses exemples &#224; valeur argumentative :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Tout le monde sait que, dans ce pays, les lieux de vacances sont souvent 'r&#233;serv&#233;s' en fonction de l'origine ethnique. Beaucoup de gens objectent &#224; cette pratique ; pour autant, ce n'est qu'une extension du droit de libre association. Si, en tant que juive, je veux passer mes vacances seulement en compagnie de juifs, je ne vois pas comment qui que ce soit peut raisonnablement m'emp&#234;cher de le faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand Arendt compare quelque chose d'aussi grave que la discrimination et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; de m&#234;me, je ne vois pas pour quelle raison d'autres lieux ne devraient pas s'occuper d'une client&#232;le qui ne souhaite pas voir de juifs pendant ses vacances. Il ne peut y avoir de 'droit &#224; aller dans n'importe quel h&#244;tel, n'importe quelle aire de loisir ou lieu de divertissement', parce que beaucoup de ces choses sont dans le domaine du purement social, o&#249; le droit de libre association et donc &#224; la discrimination a une plus grande validit&#233; que le principe d'&#233;galit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 264 et K. S. Belle, HAQN, p. 113.&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Par ce tour de force, la &#171; discrimination &#187; devient, dans le lexique arendtien, l'envers de la libert&#233; d'association, exemplifi&#233;e par les regroupements affinitaires. Le sens ordinaire du concept est d&#233;truit. Si, commun&#233;ment et en droit, la discrimination est jug&#233;e ill&#233;gitime, c'est parce qu'elle signifie : traiter &lt;i&gt;in&#233;galement&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et d&#233;favorablement&lt;/i&gt; certaines personnes en raison de leur origine, de leur croyance, de leur sexe, de leur apparence physique, par exemple en les &lt;i&gt;privant&lt;/i&gt; de l'acc&#232;s &#224; des biens, &#224; des services ; de m&#234;me au &#171; travail &#187; (le social, pour Arendt) : priver les salari&#233;s de l'&#233;galit&#233; de traitement &#224; laquelle ils ont &lt;i&gt;droit&lt;/i&gt; (&#224; l'embauche, dans l'avancement, les salaires) est discriminatoire et pour cette raison ill&#233;gitime. Mais avec Arendt, on peut d&#233;sormais dire des choses comme la discrimination est un &#171; droit social &#187; (sic) et un &#171; droit social &#187; si important qu'Arendt peut librement exprimer &#224; un lecteur ses convictions les plus audacieuses :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; sans un certain type de discrimination, la soci&#233;t&#233; cesserait tout simplement d'exister &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 263 et K. S. Belle, HAQN, p. 97.&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La torsion du concept de discrimination permet d'euph&#233;miser la r&#233;alit&#233;, voire de la masquer. Il est tout &#224; fait remarquable que dans ses &lt;i&gt;R&#233;flexions sur Little&lt;/i&gt;, pas une seule fois Arendt n'utilise les termes &#171; racisme &#187; et &#171; raciste &#187;. N'est-ce pas pourtant le c&#339;ur du sujet ? De m&#234;me, Arendt ne parle jamais de discrimination &lt;i&gt;raciale&lt;/i&gt;, de s&#233;gr&#233;gation &lt;i&gt;raciale&lt;/i&gt;, mais seulement de discrimination ou de s&#233;gr&#233;gation &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt;. Enfin, les deux seules fois o&#249; Arendt parle de discrimination &#171; selon l'origine ethnique &#187;, c'est en un sens tr&#232;s positif, comme corr&#233;lat de &#171; la libert&#233; d'association &#187;. Vive les discriminations ethniques ! C'est d&#233;cid&#233;ment tr&#232;s fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On objectera qu'Arendt a clairement condamn&#233; les lois s&#233;gr&#233;gationnistes, et c'est exact. Mais il faut &#234;tre attentif &#224; l'argument qui ne remet nullement en cause la s&#233;gr&#233;gation dans le domaine &lt;i&gt;social&lt;/i&gt;, dans les &lt;i&gt;us et coutumes&lt;/i&gt;, dans la vie de tous les jours. Comme le montre K. S. Belle, pour Arendt, le seul tort des &#201;tats du Sud est d'avoir fait des lois (acte politique), d'avoir voulu transformer un droit &lt;i&gt;social&lt;/i&gt; l&#233;gitime (la pr&#233;f&#233;rence discriminatoire) en un droit &lt;i&gt;l&#233;gal&lt;/i&gt;, donc politique :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; le point crucial dont il faut se souvenir est que ce n'est pas la coutume sociale s&#233;gr&#233;gationniste qui est non constitutionnelle, mais son &lt;i&gt;imposition juridique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 260 et K. S. Belle, HAQN, p. 114.&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Les normes sociales ne sont pas des normes juridiques, et si le l&#233;gislateur suit les pr&#233;jug&#233;s de la soci&#233;t&#233;, la soci&#233;t&#233; est devenue tyrannique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 266 et K. S. Belle, HAQN, p. 113-114.&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Arendt ne condamne ni la discrimination ni la s&#233;gr&#233;gation, seulement le brouillage des fronti&#232;res. L'erreur des raciste blancs est sym&#233;trique de celle des Noirs qui veulent abolir &lt;i&gt;par la loi&lt;/i&gt; la s&#233;gr&#233;gation dans les &#233;coles, les h&#244;tels, etc. Les uns et les autres sont &lt;i&gt;&#233;galement&lt;/i&gt; liberticides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le fonctionnement rigide de ses distinctions (priv&#233;, social, public) la rend aveugle &#224; leurs relations, la coh&#233;rence doctrinale est certaine. Arendt ne d&#233;raisonne pas, bien au contraire. Elle exprime ce qu'elle pense profond&#233;ment et qu'elle croit aussi solide que vrai. C'est parce que le mariage rel&#232;ve du domaine &lt;i&gt;priv&#233;&lt;/i&gt; des relations amoureuses, et non du domaine &lt;i&gt;public&lt;/i&gt;, que le politique n'a pas le droit de l&#233;gif&#233;rer (interdire les mariages interraciaux). C'est parce que le &lt;i&gt;social&lt;/i&gt; n'est pas le &lt;i&gt;public&lt;/i&gt; que le politique n'a pas le droit de l&#233;gif&#233;rer sur le social ; si des Blancs veulent se distraire entre eux, ils ont bien le droit de se r&#233;unir dans une bo&#238;te de nuit &#171; &#224; eux &#187;, d'en interdire l'entr&#233;e aux Noirs, ou aux juifs, aux femmes, si cela leur pla&#238;t. Dans la sph&#232;re &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt;, les &#171; discriminations &#187; sont l&#233;gitimes, mart&#232;le Arendt. L'&#201;tat n'a pas le droit d'interdire la discrimination raciale dans les h&#244;tels, les lieux de vacances car chacun a le droit de d&#233;cider &lt;i&gt;avec qui&lt;/i&gt; il veut s'amuser, passer ses vacances, et le droit d'afficher &#224; l'entr&#233;e d'un &#233;tablissement &#171; ici les Noirs ne sont pas les bienvenus &#187;. Arendt fait de la &#034;politique&#034;, pas de la morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition d'Arendt &#224; toute interdiction l&#233;gale de la s&#233;gr&#233;gation scolaire ob&#233;it &#224; la m&#234;me logique. Les parents ont le droit de choisir &lt;i&gt;avec qui&lt;/i&gt; leurs enfants sont instruits &#8212; &#171; droit &#187; effectif surtout pour les Blancs, car il ne semble pas en l'esp&#232;ce que les Noirs aient vraiment le choix ni ne le r&#233;clame pour eux. &#171; Forcer &#187; les parents blancs &#224; accepter que des &#233;l&#232;ves noirs s'assoient sur les m&#234;mes bancs que leurs enfants, dans les &#233;coles publiques, est insupportablement liberticide et antid&#233;mocratique :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Forcer les parents &#224; envoyer leurs enfants dans une &#233;cole int&#233;gr&#233;e contre leur volont&#233; signifie les priver de droits qui leur appartiennent clairement dans toutes les soci&#233;t&#233;s libres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, 270.&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (sic)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Et l'&#233;galit&#233; devant l'&#233;cole ? Pour Arendt, elle n'est nullement en cause et pour deux raisons. L'&#233;galit&#233; concerne les droits civiques et non la sph&#232;re sociale, &#224; laquelle appartient l'&#233;cole, m&#234;me quand elle est publique. Ensuite, et plus fondamentalement, Arendt s'aligne sur la doctrine s&#233;gr&#233;gationniste &#171; &lt;i&gt;s&#233;par&#233;s mais &#233;gaux&lt;/i&gt; &#187; (&#171; separate but equal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La formule &#171; s&#233;par&#233;s mais &#233;gaux &#187; est d&#233;riv&#233;e d'une loi de Louisiane de 1890 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) en ce qui concerne les &#233;coles, d'apr&#232;s laquelle la s&#233;gr&#233;gation raciale ne viole pas le quatorzi&#232;me amendement de la Constitution des &#201;tats-Unis qui garantit &#224; tous l'&#233;gale protection de ses droits devant la loi, d&#232;s lors que l'on fournit &#224; chaque &#171; race &#187; des &#233;coles &#233;gales (des enseignants, des b&#226;timents, les m&#234;mes programmes, etc.). Pour Arendt l'&#233;galit&#233; est donc pr&#233;serv&#233;e, l'&#233;galit&#233; mais dans la s&#233;paration des races. En revanche, fid&#232;le &#224; sa doctrine, Arendt juge ill&#233;gitime la d&#233;cision de la Cour supr&#234;me qui, en 1954, d&#233;clare inconstitutionnelle la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les &#233;coles, violant ainsi les droits des parents blancs racistes, &#171; qui leur appartiennent clairement dans toutes les soci&#233;t&#233;s libres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut attendre en effet 1954 (l'arr&#234;t Brown v. Board of Education) pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Arendt n'en d&#233;mord pas :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Ce ne sont pas la discrimination et la s&#233;gr&#233;gation sociale, &lt;i&gt;quelles que soient leurs formes&lt;/i&gt;, mais c'est la l&#233;gislation raciale qui constitue la perp&#233;tuation du crime originel [l'esclavage] dans l'histoire de ce pays. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 254.&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Arendt reconna&#238;t donc que &#171; l&#233;gislation raciale &#187;, qui institue &lt;i&gt;politiquement&lt;/i&gt; la discrimination et la s&#233;gr&#233;gation raciale, est bien la perp&#233;tuation du &#171; crime originel &#187; de l'esclavage mais, simultan&#233;ment, elle nie le caract&#232;re criminel de cette m&#234;me discrimination et s&#233;gr&#233;gation comme coutumes, comme pratiques sociales, parlant en ce cas de &#171; discrimination &#187; &#171; &lt;i&gt;enti&#232;rement&lt;/i&gt; justifi&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 264 et K. S. Belle, HAQN, p. 98.&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus elle s'avance, plus elle s'enlise. Apr&#232;s avoir affirm&#233; que la l&#233;gitimit&#233; de la discrimination &#171; ethnique &#187; dans les h&#244;tels, les complexes touristique et autres lieux de loisirs, elle en excepte les autobus, les trains, les gares et autres institutions de ce type. Son argument est le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; on a affaire &#224; des services, d&#233;pendant de propri&#233;taires publics ou priv&#233;s, qui sont en r&#233;alit&#233; des &lt;i&gt;services publics&lt;/i&gt; dont chacun a besoin afin de travailler et de vivre. Bien qu'ils ne tombent &lt;i&gt;pas strictement dans le champ public&lt;/i&gt;, ces services sont clairement &lt;i&gt;dans le domaine public&lt;/i&gt;, o&#249; tous les hommes sont &#233;gaux. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 265 et K. S. Belle, HAQN, p. 115.&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Passons sur l'acrobatie conceptuelle consistant &#224; affirmer la &lt;i&gt;stricte&lt;/i&gt; s&#233;paration du politique et du social pour soutenir, ensuite, que les services dont chacun &#171; a besoin afin de travailler et de vivre &#187; (sph&#232;re de la n&#233;cessit&#233; et du travail) &#171; sont en r&#233;alit&#233; des services publics &#187;, ce que ne renierait assur&#233;ment aucun tenant de &#171; l'&#201;tat-Providence &#187;. Mais la perplexit&#233; grandit quand elle pr&#233;cise que le &#171; droit social &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;l&#233;gitime d'&lt;i&gt;interdire&lt;/i&gt; sur une base &#171; ethnique &#187; l'acc&#232;s &#224; un h&#244;tel, un lieu de loisir ou de divertissement, ne s'applique cependant au cas des &#171; th&#233;&#226;tres et mus&#233;es &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous ces exemples finissent par donner la naus&#233;e. Ils donnent l'impression (&#8230;)&#034; id=&#034;nh51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et pourquoi donc ? Son seul argument est d&#233;concertant : les th&#233;&#226;tres et les mus&#233;es sont des lieux o&#249; &#171; les gens ne se rassemblent pas &#224; l'&#233;vidence dans le but de s'associer les uns avec les autres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 264.&#034; id=&#034;nh52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (comme si c'&#233;tait le cas dans les h&#244;tels). On ne comprend plus rien, car si on accepte l'argument alors il serait valable &#8211; &#224; plus forte raison &#8211; pour les &#233;coles publiques ; car, jusqu'&#224; preuve du contraire, ni les parents ni les &#233;l&#232;ves, ne viennent dans un &#233;tablissement scolaire dans le but premier de &#171; s'associer les uns avec les autres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question reste donc sans r&#233;ponse : pourquoi Arendt assimile-t-elle les &#233;coles aux h&#244;tels et aux lieux de divertissement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me sa tentative d'isoler le cas des h&#244;tels, centre de loisirs et autres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au lieu de les consid&#233;rer comme assurant un &#171; service public &#187; au m&#234;me titre que les transports en communs (bus, trains, gare, etc.) ? Pourquoi leur refuse-telle ce qu'elle accorde aux th&#233;&#226;tres et aux mus&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la discrimination raciale, qu'Arendt dit ne pas approuver, ne rel&#232;ve pas du politique, que propose-t-elle comme issue aux parents Noirs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle les invite &#224; s'organiser pour ouvrir une &#233;cole priv&#233;e qui accepteraient tous les enfants, les noirs comme les blancs ; &#171; peut-&#234;tre avec l'aide des quakers &#187;, ajoute-t-elle comme saisie d'un doute. Cette &#233;cole priv&#233;e serait alors &#171; comme un projet pilote, afin de convaincre d'autres parents [donc des blancs racistes] de changer d'attitude &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p.252 : &#171; Si toutefois j'&#233;tais fermement convaincue que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce vraiment &#224; la hauteur du probl&#232;me ? Est-ce simplement s&#233;rieux ? K. S. Belle nous apprend qu'il &#171; existe bel et bien &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; parent blanc qui chercha &#224; scolariser son enfant dans une &#233;cole noire &#187;. C'&#233;tait une institutrice, Grace Lorch et sa demande fut refus&#233;e par les autorit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cet &#233;pisode, voir K. S. Belle, HAQN, note 4 pages 70-71.&#034; id=&#034;nh55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tous les cas coh&#233;rent avec sa pens&#233;e : Arendt r&#233;p&#232;te qu'aucun &#171; gouvernement ne peut l&#233;gitimement prendre aucune disposition contre la discrimination sociale &#187;, que &#171; la seule force publique qui peut combattre les pr&#233;jug&#233;s sociaux, ce sont les &#233;glises &#187;, &#171; au nom de l'unicit&#233; de la personne &#187;, qui fonde &#171; la religion &#187; et &#171; en particulier la foi chr&#233;tienne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, RLR, p. 267.&#034; id=&#034;nh56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, Arendt propose l'&#233;dification morale et les vertus priv&#233;es (la charit&#233;) en lieu et place de la justice et de la politique, comme tout penseur conservateur de droite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rapport entre la charit&#233; et la justice est une question traditionnelle en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;Br&gt;&lt;Br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Coh&#233;rence d'une pens&#233;e conservatrice&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait important de rapporter les jugements d'Arendt, souvent choquants, scandaleux, au cadre conceptuel qui structure sa pens&#233;e, pour comprendre l'avertissement de K. S. Belle : il ne s'agit pas d'affubler Arendt &#171; de l'&#233;tiquette 'raciste' &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. S. Belle, HAQN, p. 200.&#034; id=&#034;nh58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce n'&#233;tait que cela, pourrait-on dire, ce serait affligeant. Mais on pourrait jeter aux oubliettes les &lt;i&gt;R&#233;flexions sur Little Rock&lt;/i&gt; comme un &#233;crit m&#233;diocre et indigne de son g&#233;nie. Seulement K. S. Belle administre la preuve que ce n'est pas le cas. Les &lt;i&gt;R&#233;flexions&lt;/i&gt; sont remarquablement coh&#233;rentes avec la pens&#233;e politique d'Arendt. Ce sont les m&#234;mes principes qui justifient son opposition &#224; l'interdiction des mariages interraciaux et son opposition &#224; l'interdiction de la s&#233;gr&#233;gation scolaire. Cela devrait faire r&#233;fl&#233;chir le lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'affaire Little Rock, ce sont bien ses &#171; cat&#233;gorisations erron&#233;es &#187;, dit K. S. Belle, qui &#171; lui permettent de cat&#233;goriser les &#233;coles publiques comme des institutions sociales et non pas des institutions publiques et politiques &#187; (HAQN, 79) ; c'est son &#171; cadre th&#233;orique &#187; &#171; et sa division entre le politique, le social et le priv&#233; &#187; qui &#171; est &#224; l'origine de la hi&#233;rarchisation des droits et des priorit&#233;s &#187; (HAQN, 109) ; c'est parce que les sph&#232;res politiques, priv&#233;e et sociales ne sont pas aussi nettement s&#233;par&#233;es les unes des autres que le sugg&#232;re son paradigme &#187;, que ses &#171; efforts pour analyser la s&#233;gr&#233;gation &#224; partir de son cadre th&#233;orique conduisent &#224; l'&#233;chec &#187; (HAQN, 118-119) ; ce sont &#171; les lignes de d&#233;marcation qu'elle trace entre le public, le priv&#233; et le social &#187; et le &#171; fait qu'elle reste attach&#233;e &#224; cette grille de lecture &#187; qui &#171; l'emp&#234;che[nt] de comprendre le racisme anti-Noirs aux &#201;tats-Unis &#187;, &#171; l'impact des syst&#232;mes d'oppression sur la vie sociale et politique des Afro-am&#233;ricains &#187; (HAQN, 138).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour ce qui de la R&#233;volution am&#233;ricaine, c'est encore l'application de ce &#171; cadre ... inappropri&#233; &#187; et &#171; sa distinction du politique, du priv&#233; et du social &#187; (HAQN, 140) qui la rendent insensible &#224; la contradiction entre &#171; une r&#233;volution mettant en avant les id&#233;es de libert&#233; et de nouveau commencement &#187; et le maintien &#171; d'un syst&#232;me esclavagiste raciste &#187; (HAQN, 171).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sorte que, conclut K. S. Belle, de ses &lt;i&gt;R&#233;flexions sur Little Rock &lt;/i&gt;&#224; &lt;i&gt;De la &lt;/i&gt;R&#233;volution, &#171; toutes ces consid&#233;rations illustrent les probl&#232;mes auxquels conduisent sa conception limit&#233;e de la sph&#232;re publique et politique, ainsi que de la libert&#233;, par opposition &#224; la sph&#232;re sociale se caract&#233;risant par la n&#233;cessit&#233; et la pauvret&#233; &#187; (HAQN, 171). &#171; Limit&#233;e &#187; car, comme l'&#233;crit Emmanuel Faye, &#171; toute politique d'&#233;mancipation sociale se trouve ainsi disqualifi&#233;e comme un mirage qui ne ferait qu'&#233;tendre le domaine de la n&#233;cessit&#233; au d&#233;triment de l'espace politique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E Faye, Arendt et Heidegger : la destruction dans la pens&#233;e, Albin Michel, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;Br&gt;&lt;Br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Arendt, les Africains, les Noirs et la violence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mon propos n'&#233;tant pas de faire une recension du livre, je m'en tiendrais l&#224;. L'enqu&#234;te de K. S. Belle se poursuit et r&#233;v&#232;le d'autres &#171; surprises &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les nombreux points qu'examine K. S. Belle, j'en mentionne deux rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier concerne le recours &#224; la violence en politique. K. S. Belle montre que, ici encore, Arendt juge selon un double standard. D'un c&#244;t&#233;, elle condamne sans r&#233;serve le recours &#224; la violence quand il s'agit des mouvements noirs (qui agissent quand m&#234;me dans le contexte d'une autre violence, raciste et bien plus extr&#234;me, celle de l'Am&#233;rique du Ku Klux Klan) ; m&#234;me critique contre Frantz Fanon accus&#233; de faire &#171; l'apologie de la pure violence &#187; parce qu'il justifie la r&#233;sistance violente des colonis&#233;s au syst&#232;me colonial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fanon dit que c'est la seule fa&#231;on pour les colonis&#233;s, sans cesse humili&#233;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; elle objecte que la politique dispara&#238;t quand la violence commence. Mais quand elle juge les mouvements de la r&#233;sistance arm&#233;e juive contre l'oppresseur nazi, elle estime, au contraire, que la violence &#233;tait n&#233;cessaire, l&#233;gitime, et proprement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me concerne les jugements d'Arendt sur les &#171; Africains &#187;. Comme le montre K. S. Belle, il est bien difficile de les distinguer des pires clich&#233;s de l'anthropologie coloniale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la mani&#232;re dont Arendt voit les Africains, cf. K. S. Belle, HAQN, pages. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je n'en donnerai qu'un exemple. &#201;voquant &#171; l'enthousiasme du XVIIIe si&#232;cle pour la diversit&#233; des formes que pou&#173;vait rev&#234;tir la nature identique et omnipr&#233;sente de l'homme et de la raison &#187; (enthousiasme typique des Lumi&#232;res mais qu'elle ne partage visiblement pas), Arendt &#233;crit que cet enthousiasme ne pouvait que vaciller dans leur c&#339;ur, lorsqu'ils furent&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; confront&#233;s &#224; des peuples qui, &lt;i&gt;&#224; notre connaissance&lt;/i&gt; [celle d'Arendt donc], n'avaient &lt;i&gt;jamais su trouver par eux-m&#234;mes une expression ad&#233;quate de la raison ou de la passion humaines&lt;/i&gt; soit dans des faits culturels, soit dans des coutumes populaires, et qui n'avaient &lt;i&gt;que mod&#233;r&#233;ment&lt;/i&gt; d&#233;velopp&#233; des institutions humaines. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, Les origines du Totalitarisme, p. 439 et K. S. Belle, HAQN, p.194.&#034; id=&#034;nh62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (sic !, je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; On peut dire [qu'ils &#233;taient comme] des &#234;tres humains &#171; naturels &#187; &#224; qui manquait le caract&#232;re&lt;i&gt; sp&#233;cifiquement humain&lt;/i&gt;, la r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;sp&#233;cifiquement humaine&lt;/i&gt;, &#224; tel point que, lorsque les Europ&#233;ens les massacraient, ils n'avaient pas, au fond, conscience de commettre un meurtre. &#187; (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Et comme pour relativiser encore l'horreur des exterminations europ&#233;ennes, elle ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Qui plus est, le massacre insens&#233; des tribus indig&#232;nes dans le continent noir restait &lt;i&gt;tout &#224; fait&lt;/i&gt; dans la tradition de ces tribus elles-m&#234;mes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Arendt, Les origines du Totalitarisme, p. 461 et K. S. Belle, HAQN, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (je souligne)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;Br&gt;&lt;Br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que tout cela nous dit d'Arendt ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le livre s'ach&#232;ve sur la r&#233;ponse de K. S. Belle &#224; cette question que je souhaite citer largement :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Le fait qu'Arendt con&#231;oit la question noire comme un probl&#232;me noir et non pas comme un probl&#232;me blanc, r&#233;v&#232;le la pauvret&#233; de son jugement. Elle ne parvient ni &#224; imaginer ad&#233;quatement ni &#224; repr&#233;senter le point de vue des Afro-Am&#233;ricains et des Africains. Cela provient sans doute du fait que son image des personnes noires est d'embl&#233;e d&#233;form&#233;e et partiale. Elle d&#233;crit les Afro-Am&#233;ricains comme ne se souciant pas des probl&#232;mes politiques et simplement pr&#233;occup&#233;s par les questions d'ordre social, &#233;tant donn&#233; leur d&#233;sir de s'&#233;lever dans la hi&#233;rarchie sociale. Elle per&#231;oit les Noirs comme des individus violents, apolitiques, peu intelligents et cherchant &#224; &#234;tre admis dans les &#233;tablissements publics d'enseignement sup&#233;rieur, sans poss&#233;der toutefois les qualifications requises. Elle caract&#233;rise les Africains comme des sauvages et des meurtriers de masse, d&#233;pourvus d'histoire et vivant sous l'emprise de la nature. (&#8230;) &lt;Br&gt;Selon Hannah Arendt, nous nous r&#233;v&#233;lons aux autres &#224; travers nos jugements : 'Par cette fa&#231;on de juger, la personne se d&#233;voile aussi pour une part elle-m&#234;me, quelle personne elle est, et ce d&#233;voilement qui est involontaire gagne en validit&#233; dans la mesure o&#249; il s'est lib&#233;r&#233; des idiosyncrasies purement individuelles'. Or &#224; travers ses jugements sur les Noirs et la question noire, Arendt s'est effectivement r&#233;v&#233;l&#233;e et d&#233;voil&#233;e ; mais force est de constater qu'elle ne s'est pas lib&#233;r&#233;e de ses idiosyncrasies individuelles. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. S. Belle, HAQN, p. 269.&#034; id=&#034;nh64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;Br&gt;&lt;Br&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion : penser avec Arendt ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait peut-&#234;tre r&#233;viser les croyances qui nourrissent la fascination fran&#231;aise pour Arendt, ic&#244;ne de la d&#233;mocratie et de la pens&#233;e, sanctifi&#233;e par son entr&#233;e dans les programmes de philosophie, chacun se f&#233;licitant de l'entr&#233;e d'une &#171; femme philosophe &#187; dans le panth&#233;on des &#171; grands auteurs &#187;. Et d'abord r&#233;&#233;valuer cette croyance qu' &#171; Hannah Arendt n'appartient pas &#224; la droite &#187;, pour reprendre le titre de l'article de la journaliste Cl&#233;mence Mary, paru dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, au moment m&#234;me o&#249; le livre de K. S. Belle &#233;tait publi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article est paru le 23 mars 2023 dans Lib&#233;ration qui en revanche, fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car si c'est si &#233;vident, pourquoi le crier ? Et juste quand para&#238;t ce livre de K. S. Belle ? Y aurait-il un doute ? On ne le saura pas en lisant cet article apolog&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; titre de contribution personnelle, je me contenterais d'observer que les th&#232;mes caract&#233;ristiques d'une pens&#233;e politique &lt;i&gt;de gauche&lt;/i&gt; sont tous explicitement r&#233;cus&#233;s par Arendt, non seulement comme &#171; non-politiques &#187;, mais comme &#171; anti-politiques &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la question l'acc&#232;s de tous &#224; une m&#234;me &#233;cole publique, sans fili&#232;res ni divisions s&#233;gr&#233;gatives, sans discrimination raciale, sociale ou autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la question de l'&#233;mancipation &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#233;conomique&lt;/i&gt; des individus, et de la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s &lt;i&gt;sociales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le questionnement f&#233;ministe, fond&#233; sur la critique &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; de la pr&#233;tendue s&#233;paration entre le priv&#233; (l'in&#233;gale r&#233;partition des t&#226;ches dans la sph&#232;re domestique), le social (les in&#233;galit&#233;s femmes-hommes au travail et la division sexu&#233;e du travail), et le public (les in&#233;galit&#233;s femmes-hommes dans la sph&#232;re politique) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin, le combat &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#233;ducatif&lt;/i&gt; contre les discriminations raciales et toutes formes de discrimination en g&#233;n&#233;ral ; le refus de consid&#233;rer, comme Arendt, qu'il ne faudrait pas parler aux &#233;l&#232;ves de ces choses-l&#224;, car ils &#171; n'ont ni l'aptitude ni le droit d'&#233;tablir une opinion publique en propre &#187; sur ces sujets-l&#224; (cf. &lt;i&gt;supra&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;Br&gt;
&lt;p&gt;Quant aux professeurs de philosophie &#8211; j'en fais partie &#8211; gr&#226;ce auxquels les &#233;l&#232;ves d&#233;couvrent les grands auteurs, ils pourront s'interroger :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; peut-on ignorer le livre de K. S. Belle et pr&#233;senter Arendt sans rien dire de ses positions sur la question noire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; peut-on ignorer l'&#233;tat de la recherche ? ignorer les critiques de ses th&#232;ses par les chercheurs, historiens ou philosophes, fran&#231;ais ou &#233;trangers ? ignorer la faiblesse et nombreuses approximations de son analyse du totalitarisme (que soulignait d&#233;j&#224; Raymond Aron, qui n'est pourtant pas communiste) ? ignorer ses omissions, ses erreurs et interpr&#233;tation tendancieuses de l'extermination des juifs et du proc&#232;s Eichmann ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; peut-on ignorer, enfin, que la critique arendtienne de la modernit&#233; est fonci&#232;rement conservatrice, aristocratique et antihumaniste ? qu'elle rejette la notion des Droits de l'homme et les principes de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative ? qu'elle envisage m&#234;me la suppression possible du suffrage universel sans inconv&#233;nient pour la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Basse, Beno&#238;t. &#171; Chapitre 8. Hannah Arendt : vers une refondation des Droits de l'Homme ? &#187;, Yannick Bosc &#233;d., &lt;i&gt;Hannah Arendt, la r&#233;volution et les Droits de l'Homme&lt;/i&gt;. &#201;ditions Kim&#233;, 2019, p. 163. Beno&#238;t Basse fait une lecture critique de la r&#233;cusation arendtienne des &#171; droits de l'homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, &#171; R&#233;flexions sur Little Rock &#187; [RLR d&#233;sormais], dans &lt;i&gt;Responsabilit&#233; et jugement&lt;/i&gt;, Petite biblioth&#232;que Payot, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pr&#233;cise &#171; anglo-saxons &#187; car les arendtiens fran&#231;ais ignorent ou feignent d'ignorer ce probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est la conclusion de son article, dans cette affaire &#171; aucun droit humain de base ni politique de base n'est en jeu &#187; &#233;crit-elle. &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. la lutte des Noirs contre la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les transports publics dont Rosa Parks est l'embl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ces erreurs, cf. K. S. Belle dans &lt;i&gt;Hannah Arendt et la question noire ?&lt;/i&gt; [HAQN d&#233;sormais], &#201;ditions Kim&#233;, 2023, page 50 et suivantes ; jusqu'&#224; l'erreur d'Arendt sur la photo - elle confond celle de Dorothy Counts prise &#224; Charlotte pour des &#233;v&#233;nements similaires, avec celle d'Elisabeth Eckford &#224; Little Rock &#8211; la photo est pourtant cens&#233;e &#233;tay&#233;e de fa&#231;on d&#233;cisive l'analyse d'Arendt : &#171; si vous regardez correctement la photo, vous verrez ce que je vois &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 254-255.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 255&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le parvenu et le paria, voir l'introduction de K. S. Belle &#224; HAQN p. 35 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 252. Il y a tant de passages analogues, que K. S. Belle ne mentionne m&#234;me pas celui-l&#224;, si repr&#233;sentatif de ses jugements sur les Noirs. Il corrobore l'analyse de Belle : &#171; la th&#232;se d'Arendt implique que les parents noirs sacrifieraient la dignit&#233; de leurs enfants (&#8230;) en les for&#231;ant &#224; passer d'un groupe &#224; un autre &#187; (&lt;a id=&#034;_Hlk145392886&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
K.S. Belle, HAQN, p. 61).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une conception d'inspiration rousseauiste en somme : &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Aimez l'enfance&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;(&#8230;). Qui de vous n'a pas regrett&#233; quelquefois cet &#226;ge o&#249; le rire est toujours sur les l&#232;vres, et o&#249; l'&#226;me est toujours en paix ? &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Pourquoi voulez-vous &#244;ter &#224; ces petits innocents la jouissance d'un temps si court qui leur &#233;chappe,&lt;/i&gt;&lt;i&gt; et d'un bien si pr&#233;cieux dont ils ne sauraient abuser ? Pourquoi voulez-vous remplir d'amertume et de douleurs ces premiers ans si rapides, qui ne reviendront pas plus pour eux qu'ils ne peuvent revenir pour vous ? &#187;&lt;/i&gt; (J.J. Rousseau, &lt;i&gt;L'&#201;mile&lt;/i&gt;, Livre II).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 270-271.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 249 et K. S. Belle, HAQN, p. 61-62 pour le d&#233;but de la citation dont je suis la traduction modifi&#233;e. Arendt n'a manifestement aucune id&#233;e de ce qui se passe dans la t&#234;te d'un parent noir, voir K. S. Belle, HAQN, pages 63-65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. S. Belle, HAQN, p.58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. note 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 251 ; K. S. Belle, HAQN, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, &#171; A reply to Critics &#187; (1959), cit&#233; par K. S. Belle, HAQN, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 260 et K. S. Belle, HAQN, pages 90-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233;e par et K. S. Belle, HAQN, p. 94, et figurant dans les &#171; Remarques Pr&#233;liminaires &#187; ajout&#233;es par Arendt &#224; ses &#171; R&#233;flexions sur Little Rock &#187;, ne figurant pas dans la traduction fran&#231;aise chez Payot. {}&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt; ; ce type de jugement illustre clairement, s'il le fallait, la diff&#233;rence entre la conception aristocratique et conservatrice d'Arendt et la conception &#233;galitaire et progressiste de John Dewey qui &#233;crit &#171; Celui qui porte la chaussure sait mieux si elle blesse et o&#249; elle blesse &#187; (J. Dewey, &lt;i&gt;Le Public et ses probl&#232;mes&lt;/i&gt;, Folio essais, Galimard, 2015, p. 309). En France, de nombreux articles consacr&#233;s &#224; la relation entre d&#233;mocratie et expertise font r&#233;f&#233;rence &#224; ce texte. Mais on en trouve aucun qui fasse r&#233;f&#233;rence &#224; la version plus int&#233;ressante qu'en donne Dewey dans l'article (non traduit) &#171; Democracy and educational administration &#187; (dans &lt;i&gt;The problems of men&lt;/i&gt;, New York : Philosophical Library Inc., 1946, p. 57 et suivantes). Dewey admet fort que &#171; les individus immerg&#233;s dans la masse de la masse submerg&#233;e [puissent] ne pas &#234;tre tr&#232;s avis&#233;s &#187;. Mais il y objecte deux consid&#233;rations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'une pragmatique : &#171; Mais il y a une chose sur laquelle ils sont plus avis&#233;s que n'importe qui d'autre, c'est quand il s'agit de savoir o&#249; la chaussure pince et quels sont les probl&#232;mes dont ils souffrent. &#187; (J. Dewey, &#171; Democracy and educational administration &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 58-59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'autre philosophique et politique : m&#234;me &#171; si ce que nous appelons l'intelligence est distribu&#233;e en quantit&#233;s in&#233;gales &#187;, elle l'est de fa&#231;on &#171; suffisamment g&#233;n&#233;rale pour que chaque individu ait quelque chose &#224; apporter, dont la valeur ne peut &#234;tre appr&#233;ci&#233;e que lorsqu'elle se compose avec celles des autres pour former l'intelligence collective finale constitu&#233;e des contributions de tous &#187;. (J. Dewey, &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 60).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Phobie qui m&#233;lange la r&#233;pulsion horrifi&#233;e et l'attraction refoul&#233;e (dont t&#233;moigne leurs repr&#233;sentations fantasmatiques de la vigueur sexuelle des Noirs).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On ignore souvent que le combat du Ku Klux Klan a tr&#232;s longtemps &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme fond&#233;, juste et honorable ; &#224; ce point que trois pr&#233;sidents am&#233;ricains, et non des moindres, en furent membres (il s'agit d'Harding, Hoover et Truman).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la question du mariage comme droit inali&#233;nable et sa discussion, voir le chapitre 2 (HAQN, pages 81-110) et notamment la section intitul&#233;e &#171; Arendt et 'l'ordre des priorit&#233;s selon l'homme blanc' &#187;, pages 95-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. S. Belle, HAQN, p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. S. Belle, HAQN, p. 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. S. Belle, HAQN, p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 252 et K. S. Belle, HAQN, p.71. Raisonnons avec Arendt sur la question fran&#231;aise de la &#171; carte scolaire &#187;. Instaur&#233;e en 1963, elle a &#233;t&#233; supprim&#233;e en 2007 par le gouvernement conservateur de l'&#233;poque. La mixit&#233; scolaire a r&#233;gress&#233;, la baisse des effectifs dans certains coll&#232;gues s'est traduite par une plus grande concentration des facteurs d'in&#233;galit&#233;s. Pour Arendt, la carte scolaire serait clairement liberticide : seule une dictature (comme la France ?) peut en avoir l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. S. Belle, HAQN, p.76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. K. S. Belle, HAQN, &#171; les trois sph&#232;res de la vie humaine &#187;, pages 111-138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trop br&#232;ves, car Arendt ne fait jamais d'expos&#233; syst&#233;matique. Comme Heidegger, elle r&#233;cuse l'approche cat&#233;goriale de la philosophie ; elle se r&#233;clame seulement de la &#171; pens&#233;e &#187;. Elle distribue des notations, des remarques accompagn&#233;es de citations &#233;rudites, qui, lues isol&#233;ment, exposent au contresens. Il faut alors rassembler ce qu'elle disperse, reconstituer son r&#233;seau conceptuel. Je publierai sur mon site (&lt;a href=&#034;https://essais-critiques.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://essais-critiques.fr/&lt;/a&gt;) une s&#233;rie d'articles sur le lexique arendtien, pour introduire &#224; la pens&#233;e d'Arendt, en faciliter la compr&#233;hension et la lecture critique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour comprendre ces affirmations d&#233;concertantes au premier abord, je ne peux que renvoyer &#224; ma s&#233;rie d'articles &#224; para&#238;tre sur le lexique et la pens&#233;e d'Arendt (cf. ma note pr&#233;c&#233;dente).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir K. S. Belle, HAQN, p. 143. Cette conception &#233;minemment aristocratique de l'action politique est assum&#233;e comme telle par Arendt et constamment r&#233;affirm&#233;e. L'espace &#171; public &#187; est le lieu o&#249; il est donn&#233; &#224; quelques hommes (&#171; &lt;i&gt;the few &lt;/i&gt; &#187;) de briller par des actions &#171; extraordinaires &#187;, ce qui les &#233;l&#232;ves au-dessus de la multitude, de la foule des hommes-moyens, des &#171; nombreux &#187; (&lt;i&gt;the many&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hannah Arendt, &lt;i&gt;De la R&#233;volution&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. folio essais, 2013 (r&#233;&#233;d. 2021). Pour l'analyse de K. S. Belle, cf. le chapitre 4 &#171; Le but de la r&#233;volution est la fondation de la libert&#233; &#187;, HAQN, p.139-171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si elle qualifie bien l'esclavage de &#171; crime primordial &#187;, c'est aussit&#244;t pour en amoindrir l'importance. Elle nous assure que les P&#232;res de la R&#233;volution am&#233;ricaine en avait conscience, qu'ils en tremblaient m&#234;me, parce qu'ils &#171; &#233;taient convaincus que l'institution de l'esclavage &#233;tait incompatible avec la fondation de la libert&#233; &#187; (p. 105-106). On se demande alors pourquoi ils ont si peu fait pour emp&#234;cher la perp&#233;tuation de ce &#171; crime primordial &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, &lt;i&gt;De la r&#233;volution&lt;/i&gt;, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 136.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 169 ; et K.S. Belle, HAQN, p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 264 et K. S. Belle, HAQN, p. 125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand Arendt compare quelque chose d'aussi grave que la discrimination et s&#233;gr&#233;gation raciales qui frappent les Noirs au d&#233;sir de juifs qui aimeraient se retrouver entre eux dans un club de vacances, on se demande si elle le fait expr&#232;s ou si elle a perdu la t&#234;te. Elle est donc incapable de saisir &lt;i&gt;la diff&#233;rence&lt;/i&gt; entre &lt;i&gt;l'interdiction&lt;/i&gt; faite &#224; des Noirs d'aller dans certaines &#233;coles, dans des restaurants, des h&#244;tels, et le choix d'un groupe de juifs ou de quakers de passer des vacances ensemble ? Relevons au passage la sympathie d'Arendt pour les modes sociaux communautaristes d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 264 et K. S. Belle, HAQN, p. 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 263 et K. S. Belle, HAQN, p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 260 et K. S. Belle, HAQN, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 266 et K. S. Belle, HAQN, p. 113-114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, 270.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La formule &#171; s&#233;par&#233;s mais &#233;gaux &#187; est d&#233;riv&#233;e d'une loi de Louisiane de 1890 qui utilise en fait l'expression &#171; &#233;gaux mais s&#233;par&#233;s &#187;. C'&#233;tait la doctrine juridique du droit constitutionnel des &#201;tats-Unis depuis sa confirmation par une d&#233;cision de la Cour supr&#234;me en 1896. Sur cette doctrine, sa discussion, et la position d'Arendt, voir K.S. Belle, HAQN, pages 69-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut attendre en effet 1954 (l'arr&#234;t &lt;i&gt;Brown v. Board of Education&lt;/i&gt;) pour que la Cour supr&#234;me d&#233;clare inconstitutionnelle la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les &#233;coles avec ce motif : m&#234;me si les &#233;coles s&#233;par&#233;es pour les noirs et les blancs &#233;taient de qualit&#233; &#233;gale en termes d'installations et d'enseignants (ce qu'elles n'&#233;taient &#233;videmment pas), la s&#233;gr&#233;gation &#233;tait intrins&#232;quement pr&#233;judiciable aux &#233;l&#232;ves noirs et donc inconstitutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 254.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 264 et K. S. Belle, HAQN, p. 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 265 et K. S. Belle, HAQN, p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tous ces exemples finissent par donner la naus&#233;e. Ils donnent l'impression qu'elle juge de ces questions, non par un exercice de pens&#233;e &#233;largie consistant &#224; se mettre &#224; la place des autres pour comprendre &lt;i&gt;leurs &lt;/i&gt;probl&#232;mes, mais par r&#233;f&#233;rence exclusive &#224; &lt;i&gt;son propre cas&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;ses&lt;/i&gt; pr&#233;occupations personnelles : le th&#233;&#226;tre, le mus&#233;e, pouvoir se marier avec qui on veut (Arendt savait par exp&#233;rience ce que signifiait les lois de Nuremberg interdisant le mariage entre allemand et juif).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 264.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me sa tentative d'isoler le cas des h&#244;tels, centre de loisirs et autres lieux de vacances, ne tient pas. Comment un &#201;tat &lt;i&gt;d&#233;mocratique&lt;/i&gt; pourrait accepter la constitution d'&#233;tablissements destin&#233;s &#224; recevoir du public dont les r&#232;gles violeraient ouvertement le droit fondamental &#224; la non-discrimination ? S'il l'acceptait, cela reviendrait &#224; approuver de fait la l&#233;gitimit&#233; des pratiques de discriminatoires. De ce point de vue, l'exemple d'Arendt de lieux de vacances r&#233;serv&#233;s aux seuls juifs dans la logique discriminatoire des clubs sportifs priv&#233;s (r&#233;serv&#233;s &#224; une certaine &#171; client&#232;le &#187;), et, plus anciennement, des associations et corporations interdites aux femmes, aux Noirs, aux juifs, ou aux am&#233;ricains d'origine asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p.252 : &#171; Si toutefois j'&#233;tais fermement convaincue que la situation dans le Sud pouvait &#234;tre mat&#233;riellement am&#233;lior&#233;e par l'int&#233;gration scolaire, j'essaierais &#8212; peut-&#234;tre avec l'aide des quakers ou de tout autre corps de citoyens pareillement inspir&#233;s &#8212; d'organiser une nouvelle &#233;cole pour les enfants blancs et noirs, et de la g&#233;rer comme un projet pilote, afin de convaincre d'autres parents de changer d'attitude. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cet &#233;pisode, voir K. S. Belle, HAQN, note 4 pages 70-71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, RLR, p. 267.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le rapport entre la charit&#233; et la justice est une question traditionnelle en philosophie. Et en conclusion de sa r&#233;flexion sur &#171; l'iconographie de l'abb&#233; Pierre &#187; dans ses &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt;, Roland Barthes &#233;crit : &#171; je m'inqui&#232;te d'une soci&#233;t&#233; qui consomme si avidement l'affiche de la charit&#233; qu'elle en oublie de s'interroger sur ses cons&#233;quences, ses emplois et ses limites. J'en viens alors &#224; me demander si la belle et touchante iconographie de l'abb&#233; Pierre n'est pas l'alibi dont une bonne partie de la nation s'autorise, une fois de plus, pour substituer impun&#233;ment les signes de la charit&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; de la justice. &#187; Les Noirs am&#233;ricains peuvent donc toujours s'adresser aux Quakers, comme les affam&#233;s fran&#231;ais aux Restos du c&#339;ur ou &#224; la soupe populaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. S. Belle, HAQN, p. 200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E Faye, &lt;i&gt;Arendt et Heidegger : la destruction dans la pens&#233;e&lt;/i&gt;, Albin Michel, coll. Espaces Libres, 2020, p. 433. Faye souligne &#233;galement cette continuit&#233; des th&#232;ses d'Arendt de la &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt; &#224; ses &lt;i&gt;R&#233;flexions sur la r&#233;volution hongroise &lt;/i&gt;et &#224; son essai &lt;i&gt;De la R&#233;volution&lt;/i&gt; (cf. pages 431-436).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fanon dit que c'est la seule fa&#231;on pour les colonis&#233;s, sans cesse humili&#233;s, moqu&#233;s, inf&#233;rioris&#233;s, de s'en lib&#233;rer et de reconqu&#233;rir de ce fait leur dignit&#233; d'homme. Voir K. S. Belle, HAQN, pages 219-236.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la mani&#232;re dont Arendt voit les Africains, cf. K. S. Belle, HAQN, pages. 189-201. Voir aussi l'analyse par Emmanuel Faye de l'utilisation par Arendt de la nouvelle de Conrad, &lt;i&gt;Au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt; qu'elle pr&#233;sente comme &#171; l'ouvrage le plus &#233;clairant sur la race en Afrique &#187; (sic), dans &lt;i&gt;Arendt et Heidegger&lt;/i&gt;, Albin Michel, coll. Espaces libres&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;2020, pages 111-116.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, &lt;i&gt;Les origines du Totalitarisme&lt;/i&gt;, p. 439 et K. S. Belle, HAQN, p.194.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Arendt, &lt;i&gt;Les origines du Totalitarisme&lt;/i&gt;, p. 461 et K. S. Belle, HAQN, p.197-198.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. S. Belle, HAQN, p. 269.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'article est paru le 23 mars 2023 dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; qui en revanche, fait silence sur le livre de Belle. Cf. &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/idees-et-debats/hannah-arendt-nappartient-pas-a-la-droite-20230322_IT6VS4HRYVGELB4RT6ITHB7Q2Q/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/idees-et-debats/hannah-arendt-nappartient-pas-a-la-droite-20230322_IT6VS4HRYVGELB4RT6ITHB7Q2Q/&lt;/a&gt; ; cf. aussi la r&#233;ponse d'Emmanuel Faye &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/en-debat/hannah-arendt/hannah-arendt-une-philosophe-de-gauche-790084&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.humanite.fr/en-debat/hannah-arendt/hannah-arendt-une-philosophe-de-gauche-790084&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que le confinement, le bac &#171; Blanquer &#187;, Parcoursup et ChatGPT font &#224; l'enseignement de la philosophie. </title>
		<link>https://www.acireph.org/articles-de-nos-membres/article/ce-que-le-confinement-le-bac-blanquer-parcoursup-et-chatgpt-font-a-l</link>
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		<dc:date>2023-04-21T08:22:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Acireph</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Emmanuel Jardin Professeur de philosophie en lyc&#233;e et formateur &#224; l'Insp&#233; de Toulouse &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas plus que le cerveau humain ne fonctionne dans une cuve, l'enseignement de la philosophie ne se d&#233;ploie dans un univers clos. Comme toute activit&#233; humaine il est conditionn&#233; comme on voudra dire en ce sens qu'il s'exerce dans certaines conditions qui sont des limites contraignantes qui lui donnent une certaine forme. Or il me semble que nous nous trouvons dans un moment o&#249; une conjonction de faits (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/articles-de-nos-membres/" rel="directory"&gt;Articles de nos membres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Jardin&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Professeur de philosophie en lyc&#233;e et formateur &#224; l'Insp&#233; de Toulouse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus que le cerveau humain ne fonctionne dans une cuve, l'enseignement de la philosophie ne se d&#233;ploie dans un univers clos. Comme toute activit&#233; humaine il est conditionn&#233; comme on voudra dire en ce sens qu'il s'exerce dans certaines conditions qui sont des limites contraignantes qui lui donnent une certaine forme. Or il me semble que nous nous trouvons dans un moment o&#249; une conjonction de faits vient modifier de mani&#232;re substantielle les conditions de l'enseignement de la philosophie dans les lyc&#233;es fran&#231;ais. Ces faits qui se conjoignent aujourd'hui sont, pour le premier conjoncturel (Le confinement), pour le second institutionnel (La r&#233;forme du bac et le dispositif Parcoursup) et pour le troisi&#232;me technologique (ChatGPT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le confinement a eu je crois un puissant effet sur la capacit&#233; de concentration et d'&#233;criture de nos &#233;l&#232;ves. Comme beaucoup de coll&#232;gues, je constate depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, notamment dans mes classes technologiques, que mes &#233;l&#232;ves ne peuvent plus m'&#233;couter plus de dix minutes en continu. Par contre, j'arrive &#224; les faire travailler seuls ou en groupes de TD ce qui m'a amen&#233; &#224; refaire tous mes cours sous cette forme. De ce fait les s&#233;ances se passent bien. Je passe de groupe en groupe ou d'&#233;l&#232;ve en &#233;l&#232;ve, je peux identifier leurs difficult&#233;s et ils me posent des questions et me font souvent des remarques pertinentes. Mais je constate aussi la grande impr&#233;cision et parfois la pauvret&#233; de leur vocabulaire ainsi que leur difficult&#233; &#224; identifier ou &#224; mettre en &#339;uvre des op&#233;rations logiques simples. Et je ne dis rien de leur difficult&#233; &#224; tout simplement &#233;crire un bref passage argumentatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on me comprenne bien, je ne leur fais aucun reproche. Ils sont pour une bonne part les fruits de la soci&#233;t&#233; et du syst&#232;me scolaire que nous leur avons l&#233;gu&#233;s. Quoi qu'il en soit, je tends &#224; devenir un prof &#034;pluri-particulier&#034; de vocabulaire courant et de logique &#233;l&#233;mentaire. Et comme tout cela participe de l'&#233;laboration d'une r&#233;flexion philosophique, ce n'est pas un travail vain. Mais pour ce qui est de faire v&#233;ritablement de la philosophie je m'interroge. Car, quand il s'agit de faire une reprise visant &#224; r&#233;int&#233;grer chacun des gestes intellectuels &#233;l&#233;mentaires travaill&#233;s (Conceptualiser, probl&#233;matiser, exemplifier, argumenter) au cours des diff&#233;rentes s&#233;ances de TD dans le mouvement d'une r&#233;flexion philosophique probl&#233;matique un peu longue, je les perds &#224; nouveau. Bref j'arrive &#224; travailler sur l'&#233;l&#233;mentaire mais j'ai l'impression de rater l'essentiel. Je constate donc que si j'arrive &#224; aider mes &#233;l&#232;ves &#224; identifier et &#224; manier des distinctions conceptuelles et, dans le meilleur de cas, &#224; les mobiliser pour construire un paragraphe d'argumentation, j'&#233;choue totalement &#224; leur apprendre &#224; r&#233;aliser une dissertation. Et si j'en juge par les copies de bac je constate que je ne suis pas le seul. Pour le dire de mani&#232;re synth&#233;tique, la didactisation de mon enseignement ne me permet pas plus qu'avant de faire notoirement progresser mes &#233;l&#232;ves dans leur capacit&#233; &#224; mener une r&#233;flexion philosophique probl&#233;matique sur un sujet de bac. Je trouve donc de l'int&#233;r&#234;t &#224; ce que je fais avec eux en classe, mais je constate que ce que je fais est en r&#233;alit&#233; de plus en plus d&#233;connect&#233; que ce qui est pourtant l'objectif final de l'ann&#233;e de terminale : l'&#233;preuve du bac. Disons que si &#034;&lt;i&gt;la nature d'une chose c'est sa fin&lt;/i&gt;&#034; force est de constater que mon enseignement est de plus en plus &#034;contre-nature&#034;. J'en viens &#224; la conclusion, qu'au moins dans les classes technologiques, nous devrions demander &#224; ne plus avoir d'examen final et &#224; int&#233;grer le contr&#244;le continu ce qui signifierait abandonner la dissertation comme mode d'&#233;valuation. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;BR&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon autre interrogation porte sur ce que les dispositifs d'intelligence artificielle du type ChatGPT vont faire &#224; notre enseignement notamment dans le contexte ultra-concurrentiel de Parcoursup qui modifie substantiellement le rythme de l'ann&#233;e scolaire et l'&#233;tat d'esprit de nos &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question ne me semble pas ici de savoir si la &#171; machine &#187; peut nous concurrencer car nous sommes tous capables de montrer &#224; nos &#233;l&#232;ves que nous pouvons faire beaucoup mieux que la machine en r&#233;alisant, avec eux, une dissertation en classe pas &#224; pas. Mais la vraie question est ailleurs : elle est de savoir si nos &#233;l&#232;ves peuvent faire mieux que la &#171; machine &#187; en fournissant un travail raisonnable en dehors de notre aide. Et l&#224; je crains que pour la grande majorit&#233; d'entre eux qui n'ont ni le temps ni l'envie de se consacrer s&#233;rieusement &#224; la r&#233;flexion philosophique, la r&#233;ponse soit n&#233;gative. Et cela pour la raison simple que les six premiers mois de l'ann&#233;e scolaire, de septembre &#224; f&#233;vrier, s'apparentent &#224; une course contre la montre dans laquelle les trois priorit&#233;s sont : construire un bon dossier Parcoursup, travailler les mati&#232;res de contr&#244;le continu et pr&#233;parer les &#233;preuves d'EDS. La philosophie est donc loin dans l'ordre de leurs priorit&#233;s. Encore une fois ce n'est pas un reproche que j'adresse aux &#233;l&#232;ves. En tant qu'acteurs rationnels je trouve qu'ils ont de bonnes raisons de mesurer leurs efforts et de les adapter aux r&#232;gles du jeu scolaire : la philosophie a un faible coefficient ; l'&#233;preuve finale est sans grand enjeu ; l'important ce sont les bulletins des deux premiers trimestres qui comptent pour Parcoursup ; les deux &#233;preuves d'EDS &#224; coefficient 16 du mois de mars sont d&#233;terminantes dans l'obtention du bac ; l'engagement personnel dans le travail philosophique ne &#034;paie&#034; pas toujours d'un point de vue comptable et peut &#234;tre subjectivement source de d&#233;ception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte pr&#233;cipit&#233; et ultra concurrentiel, l'irruption de ChatGpt offre donc aux &#233;l&#232;ves une opportunit&#233; strat&#233;gique non-n&#233;gligeable pour &#171; s'en sortir &#187; en philosophie c'est-&#224;-dire obtenir des notes &#171; correctes &#187;. Cela a pour nous une cons&#233;quence majeure : il nous est d&#233;sormais impossible de demander des travaux &#224; la maison &#224; nos &#233;l&#232;ves, qui plus est des travaux que nous noterions et qui auraient donc un poids dans la proc&#233;dure ultra-concurrentielle de Parcoursup. Et si nous devons faire faire &#224; nos &#233;l&#232;ves tous leurs devoirs type bac sur temps de cours, soit 3 explications de textes et 3 dissertations dans l'ann&#233;e pour qu'ils s'exercent vraiment, c'est l'&#233;quivalent de six semaines de cours soit 20% du temps annuel disponible que nous devrons consacrer &#224; les pr&#233;parer s&#233;rieusement &#224; l'&#233;preuve de l'examen. Il nous restera 24 semaines au maximum pour aborder les 17 notions et &#233;tudier l'&#339;uvre suivie. Qu'on le veuille ou non, ce nouveau dispositif d'IA va profond&#233;ment influer sur notre travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le probl&#232;me qui se pose &#224; nous n'est pas de nous mesurer &#224; cette machine (&#034;On est plus fort qu'elle&#034;) mais de d&#233;terminer comment faire pour que nos &#233;l&#232;ves n'y aient pas recours, ou bien comment faire pour qu'ils en fassent un usage f&#233;cond. La premi&#232;re perspective est d'ordre disciplinaire (contr&#244;le et sanction), la seconde d'ordre didactique. Et j'ajoute pour en avoir d&#233;j&#224; discut&#233; avec mes &#233;l&#232;ves de terminale HLP que cela va aussi nous poser s&#233;rieusement question s'agissant du grand oral. Je vous rapporte les propos d'une de mes &#233;l&#232;ves lorsque nous avons abord&#233; la question de ChatGPT dans le cadre d'un cours sur l'Humain et ses limites dans lequel nous examinions l'id&#233;e de &#034;honte prom&#233;th&#233;enne&#034; chez Anders : &#034;C'est cool ce truc. L'ann&#233;e derni&#232;re les &#233;l&#232;ves devaient faire des recherches sur internet et parfois payer pour trouver des questions de grand oral toute faites. Cette ann&#233;e, &#231;a ne va nous prendre que trois secondes et ce sera gratos !&#034;. Comme dirait Jonas, la technique nous provoque ! Et comme elle nous provoque, sans doute serait-il important que nous cherchions &#224; lui apporter une r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;Br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, il me semble que les nouvelles conditions institutionnelles, technologiques et subjectives de notre enseignement doivent nous amener &#224; en repenser la forme pour qu'il ait vraiment du sens pour nous et pour nos &#233;l&#232;ves. Il serait pour le moins paradoxal que les professeurs de philosophie acceptent collectivement et passivement d'accomplir un travail auquel ils n'accorderaient eux-m&#234;mes plus beaucoup de sens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Socrate &#224; Santorin, La technologie peut-elle tuer la p&#233;dagogie ?</title>
		<link>https://www.acireph.org/articles-de-nos-membres/article/socrate-a-santorin-la-technologie-peut-elle-tuer-la-pedagogie</link>
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		<dc:date>2022-11-11T09:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acireph</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Note de lecture Laurent Boyer, Socrate &#224; Santorin, La technologie peut-elle tuer la p&#233;dagogie ?, FYP &#201;ditions, 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Sylvain Theulle &lt;br class='autobr' /&gt;
Le logiciel de correction Santorin, mis en place en juin 2021 pour le baccalaur&#233;at de philosophie, pourrait-il remettre en cause la nature m&#234;me de l'enseignement de cette discipline ? Nombre de professeurs le pensent ou l'ont pens&#233;, et l'ont fait savoir en protestant contre son imposition forc&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais apr&#232;s tout, pourquoi le passage de la copie papier &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Note de lecture&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Laurent Boyer, &lt;i&gt;Socrate &#224; Santorin, La technologie peut-elle tuer la p&#233;dagogie ?&lt;/i&gt;, FYP &#201;ditions, 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sylvain Theulle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le logiciel de correction Santorin, mis en place en juin 2021 pour le baccalaur&#233;at de philosophie, pourrait-il remettre en cause la nature m&#234;me de l'enseignement de cette discipline ? Nombre de professeurs le pensent ou l'ont pens&#233;, et l'ont fait savoir en protestant contre son imposition forc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L254xH390/boyersantorin-7ec38.jpg?1707862824' width='254' height='390' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais apr&#232;s tout, pourquoi le passage de la copie papier &#224; la copie num&#233;ris&#233;e changerait-il quoi que ce soit &#224; notre m&#233;tier ? C'est &#224; cette question que r&#233;pond le livre de Laurent Boyer, &lt;i&gt;Socrate &#224; Santorin&lt;/i&gt;. Sans nier les critiques sp&#233;cifiques qu'on peut faire &#224; l'outil (une ergonomie perfectible, la fatigue visuelle de la correction sur &#233;cran, le risque de surveillance des correcteurs, etc.), le livre cherche surtout &#224; en pr&#233;senter une critique g&#233;n&#233;rale, qu'on pourrait dire anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, le livre, loin de se limiter &#224; la critique de Santorin, s'attaque plus g&#233;n&#233;ralement &#224; l'informatisation de l'enseignement, et &#224; l'invasion progressive des &#233;crans (chapitres I et II). S'appuyant sur la critique de la neutralit&#233; de la technique de Jacques Ellul, Boyer remarque que les fabricants de logiciels et leurs promoteurs voient souvent leurs outils comme ne faisant que faciliter et acc&#233;l&#233;rer la r&#233;alisation de t&#226;ches fixes et bien d&#233;finies. Mais c'est une illusion, car ces outils num&#233;riques changent le sens des activit&#233;s. Faire l'appel, c'est en apparence contr&#244;ler des absences, et cela peut facilement &#234;tre automatis&#233;, et gagner ainsi plusieurs heures par an. Mais ce n'est pas que cela : c'est aussi &#233;tablir une relation entre professeurs et &#233;l&#232;ves, et m&#234;me entre &#233;l&#232;ves au sein d'un groupe-classe. Croyant faciliter le m&#233;tier, la technique, ici, reviendrait en r&#233;alit&#233; &#224; d&#233;grader la relation p&#233;dagogique. Il serait facile d'&#233;tendre la liste des exemples, tant un outil comme Pronote a progressivement aspir&#233; la quasi-totalit&#233; des activit&#233;s scolaires (absences, bulletins, livrets, agenda, cahier de texte) et chang&#233; leur nature et leur d&#233;roulement. Qu'on pense notamment aux conseils de classe, devenus des chambres d'enregistrement plut&#244;t que des lieux d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant du crayon et du couple clavier-souris, l'auteur adopte une perspective plus descriptive ou ph&#233;nom&#233;nologique : la pens&#233;e a un rythme, et celle-ci &#233;pouse naturellement celui du crayon qui circule sur une feuille ; &#224; l'inverse, le clic reste ext&#233;rieur &#224; la pens&#233;e. Sur un &#233;cran, &#171; tout s'uniformise et devient semblable &#187; (p. 59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me lorsque l'auteur examine la temporalit&#233; de la lecture sur papier et celle de la lecture sur &#233;cran. La premi&#232;re est lente, calme, apais&#233;e et concentr&#233;e, et vise la compr&#233;hension de la pens&#233;e d'autrui. La derni&#232;re est plus rapide, plus s&#233;lective, davantage &#224; la recherche de signaux que d'une interpr&#233;tation. Passer &#224; une lecture sur &#233;cran n'est donc pas seulement gagner du temps, c'est aussi changer la nature de la lecture, ce qui n'a rien de neutre. Plus que jamais, le correcteur est pouss&#233; &#224; ne pas chercher &#224; comprendre, mais &#224; trouver les signes (les sympt&#244;mes) qui l'orienteront vers la note de la copie. Comme dans la fameuse exp&#233;rience de la chambre chinoise de Searle, le correcteur s&#233;lectionne et trie des donn&#233;es sans m&#234;me avoir besoin de les comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'auteur s'en garde, il est difficile de ne pas trouver ces analyses essentialisantes. Apr&#232;s tout, on ne voit pas pourquoi la pens&#233;e serait par essence mieux exprim&#233;e par un stylo que par un clavier, et plus approfondie face &#224; un papier que face &#224; un &#233;cran. Mais Laurent Boyer soutient qu'il faut tenir compte du temps long. Le crayon et le papier sont des outils mill&#233;naires, auxquels nos facult&#233;s cognitives se sont habitu&#233;es ; et il n'est jamais facile de faire une transition si rapide vers une nouvelle technologie. Un tel argument ne porterait donc pas contre les technologies en soi (l'auteur, se voulant dans la lign&#233;e de Simondon ou de Bernard Stiegler, souhaite &#233;viter la technophobie de principe), mais seulement contre un d&#233;veloppement trop rapide et qui ne laisserait pas aux gens le temps de s'adapter. On regrette que le livre, prudent, ne se prononce pas plus explicitement. C'est une chose de dire qu'un outil est mauvais, c'est autre chose de dire que nous n'y sommes pas encore habitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il en vient &#224; parler du professeur correcteur des copies de bac, le livre met au premier plan la dimension id&#233;ologique du m&#233;tier (chapitres III, IV, V). Le lecteur est parfois tent&#233; de lire ces passages comme une forme d'autobiographie d&#233;guis&#233;e, dont le th&#232;me serait l'histoire d'une d&#233;sillusion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car aussi &#233;tonnant que cela pourrait le para&#238;tre pour quelqu'un qui n'appartient pas &#224; la profession, Santorin attaque directement l'image fantasm&#233;e que le professeur de philosophie a de lui-m&#234;me. Pour un correcteur &#171; boomer &#187; (p. 88), la copie est la rencontre de deux esprits dont l'un est d&#233;j&#224; &#233;clair&#233;, alors que l'autre s'efforce de penser par lui-m&#234;me. Cette rencontre est exceptionnelle : la philosophie, couronnement des &#233;tudes, est aussi la discipline la plus exigeante, et la plupart des &#233;l&#232;ves y &#233;choueront sans m&#234;me avoir commenc&#233; &#224; faire le chemin vers la pens&#233;e. Ceci explique que, traditionnellement, les notes en philosophie soient d'une s&#233;v&#233;rit&#233; extr&#234;me. A l'inverse, pour les correcteurs &#171; millenials &#187; (p. 91), la copie de philosophie n'a rien d'une rencontre mystique entre deux esprits, c'est la restitution d'un certain nombre de comp&#233;tences transmises en classe et qu'un &#233;l&#232;ve moyen est tout &#224; fait capable d'acqu&#233;rir. Que la correction des copies de bac soit avant tout une &#233;valuation n'a donc rien de d&#233;gradant, et que les notes de philosophie ne soient pas terriblement basses n'a donc rien d'une trahison &#224; l'&#233;gard d'un id&#233;al de ce qu'est la philosophie. Santorin met &#224; la retraite les boomers, et va comme un gant aux millenials.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique de la mythologie quasi-religieuse qui accompagne la profession n'est pas nouvelle. C'est d&#233;j&#224; ce que disait le rapport de Derrida et Bouveresse, rappelant que la philosophie aussi est une discipline scolaire. C'est encore ce que dit l'ACIREPh depuis de nombreuses ann&#233;es. La philosophie n'est pas une initiation mystique dans laquelle aurait lieu quelques miraculeux &#171; moments de gr&#226;ce &#187; pour quelques &#233;l&#232;ves entrant enfin dans le royaume de la pens&#233;e. C'est le lieu d'un enseignement suivant des normes rationnelles, discutables, et pour lequel la p&#233;dagogie et la didactique ont une contribution importante, et dont le public est la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re, non quelques &#233;lus. Aussi paradoxal que cela paraisse, Santorin casse cette image religieuse de la profession, et participe &#224; donner raison &#224; la critique qu'en fait depuis longtemps l'ACIREPh. Mais pour Laurent Boyer, la perte des illusions ne conduit pas jusqu'&#224; l'adh&#233;sion, car il continue de trouver dangereuse cette pente qui m&#232;ne &#224; la destruction d'un &#171; artisanat de la correction &#187; et &#224; son remplacement par une &#171; industrie de l'&#233;valuation &#187; (p. 111). Il nous semble voir ici un certain flottement argumentatif : c'est une chose de d&#233;fendre l'id&#233;e qu'un enseignement repose sur des normes rationnelles, c'est autre chose de vouloir en faire une industrie. Enfin, le trope si courant opposant l'artisanat, forc&#233;ment bon, et l'industrie, forc&#233;ment mauvaise, m&#233;riterait aussi d'&#234;tre questionn&#233;, tant lui aussi participe de ce conservatisme typique de l'id&#233;ologie souvent pr&#233;sente chez les professeurs de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite du texte (chapitre VI) poursuit la critique de cette id&#233;ologie. Ironisant sur ses coll&#232;gues de l'acad&#233;mie de Bordeaux qui ont enterr&#233; une copie papier pour protester contre le nouveau bac mis en place par le ministre Blanquer, l'auteur se demande si ce n'est pas avant tout la copie de &#171; l'entre-soi &#187; qui a &#233;t&#233; enterr&#233;e. Car il est &#233;vident que cette mystique est avant tout au service de la reproduction sociale et d'un habitus bourgeois dans le rapport au savoir, les moments de gr&#226;ce &#233;tant &#233;videmment plus nombreux avec les publics les plus favoris&#233;s. Nous ne pouvons que souscrire &#224; une telle analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, le livre tr&#232;s int&#233;ressant de Laurent Boyer porte sur le conservatisme : dans quelle mesure faut-il freiner la diffusion des innovations technologiques pour permettre aux esprits de s'y habituer et de les rendre vraiment productives plut&#244;t que nuisibles ? Et dans quelle mesure les professeurs se repr&#233;sentent-ils leur mission comme la conservation d'un bien rare et pr&#233;cieux, qu'il faudrait prot&#233;ger contre les attaques d'une soci&#233;t&#233; mat&#233;rialiste et superficielle ? Santorin bouscule ces deux conservatismes, et ce n'est donc pas sans raisons que les professeurs de philosophie ont violemment protest&#233; contre lui, et ont oppos&#233; des arguments aussi g&#233;n&#233;raux, alors qu'il ne s'agissait en apparence que d'un outil dont le r&#244;le est tr&#232;s sp&#233;cifique. Qu'il faille prudemment faire le tri parmi ces raisons de protester, et que toutes ne soient pas l&#233;gitimes, c'est ce qui para&#238;tra &#233;vident au lecteur une fois le livre referm&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Notes de lecture</title>
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		<dc:date>2014-05-09T08:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Acireph</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Notes de lecture F. Cossutta, P. Delormas, D. Maingueneau(&#233;ds), La vie &#224; l'oeuvre, le biographique dans le discours philosophique, Lambert-Lucas, 2012 F. Cossutta, F. Cicurel (&#233;ds), Les formules philosophiques, Lambert-Lucas, 2014. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le GRADPhi (Groupe de recherche sur l'analyse du discours philosophique) m&#232;ne, depuis sa fondation en 1993 par Fr&#233;d&#233;ric Cossutta (alors directeur de programme au Coll&#232;ge International de Philosophie) un travail qui renouvelle l'approche des textes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acireph.org/articles-de-nos-membres/" rel="directory"&gt;Articles de nos membres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Notes de lecture&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;F. Cossutta, P. Delormas, D. Maingueneau(&#233;ds), &lt;i&gt;La vie &#224; l'oeuvre, le biographique dans le discours philosophique&lt;/i&gt;, Lambert-Lucas, 2012&lt;/li&gt;&lt;li&gt;F. Cossutta, F. Cicurel (&#233;ds), &lt;i&gt;Les formules philosophiques&lt;/i&gt;, Lambert-Lucas, 2014.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le GRADPhi (Groupe de recherche sur l'analyse du discours philosophique) m&#232;ne, depuis sa fondation en 1993 par Fr&#233;d&#233;ric Cossutta (alors directeur de programme au Coll&#232;ge International de Philosophie) un travail qui renouvelle l'approche des textes philosophiques, et peut en ce sens grandement contribuer au renouvellement des pratiques de l'enseignement de la philosophie. Ce en quoi, il int&#233;resse l'ACIREPh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche, comme l'indique le nom du groupe de recherche, consiste appr&#233;hender la philosophie comme discours, dans une double filiation. D'une part, celle du Foucault de l'&lt;i&gt;Arch&#233;ologie du savoir&lt;/i&gt; : &#171; la philosophie est une activit&#233; r&#233;gie par des normes, des r&#232;gles, des modes d'&#233;laboration, de transmission, d'apprentissage. Le statut du philosophe et celui de la philosophie varient selon le lieu et les &#233;poques comme le montre la diversit&#233; des institutions et des actes dans lesquels ils s'inscrivent. &#187; (&lt;i&gt;La vie &#224; l'&#339;uvre&lt;/i&gt;, p. 10). D'autre part, celle du d&#233;placement qui s'est op&#233;r&#233; dans la linguistique dans les ann&#233;es 60-70, vers une linguistique de l'&#233;nonciation, des actes de langage et des genres du discours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une pr&#233;sentation plus d&#233;taill&#233;e des enjeux philosophiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; L'&#233;tude des textes eux-m&#234;mes [&#8230;] doit pr&#234;ter une attention particuli&#232;re &#224; toutes les op&#233;rations qui en font le d&#233;p&#244;t d'une activit&#233; discursive o&#249; une pens&#233;e se cherche, se construit, s'expose en mobilisant toutes les ressources d'un travail d'&#233;criture qui vise la formulation doctrinale la plus pr&#233;cise, mais qui en pr&#233;pare aussi la r&#233;ception : formes d'&#233;nonciation, formes d'adresse, choix de genres, moyens rh&#233;toriques et stylistiques. &#187; (&lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; eu l'occasion de dire combien cette approche pouvait &#234;tre f&#233;conde en ce qui concerne l'apprentissage par les &#233;l&#232;ves de l'&#233;criture philosophique dans mes propres travaux et recherches avec le secteur philo du GFEN, et je voudrais ici pr&#233;senter les deux derniers ouvrages du GRADPhi, parus r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L187xH297/cossutalaviealoeuvrepetit2-03c30.jpg?1707890130' width='187' height='297' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le premier, &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La vie &#224; l'&#339;uvre, le biographique dans le discours philosophique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, cherche &#224; &#171; modifier le regard sur le r&#244;le jou&#233; par la dimension biographique en philosophie &#187;,trop souvent r&#233;duite &#224; l'opposition entre texte (consid&#233;r&#233; comme l'essentiel) et contexte (consid&#233;r&#233; comme contingent et circonstanciel). Comme le dit D. Maingueneau dans son chapitre &#171; la biographie des philosophes dans une perspective d'analyse du discours &#187;, &#171; il faut plut&#244;t sortir de l'imm&#233;moriale topique de l' &#171; int&#233;rieur &#187; et de l' &#171; ext&#233;rieur &#187; du texte, r&#233;fl&#233;chir v&#233;ritablement en termes de &lt;i&gt;discours&lt;/i&gt; philosophique &#187; (p.21). Cela conduit les auteurs &#224; s'int&#233;resser aux multiples &#171; genres de discours &#187; qui, dans le corpus des textes philosophiques, sont fortement marqu&#233;s par la dimension biographique : correspondances, autobiographies intellectuelles, journaux, pr&#233;faces, interventions, entretiens, dont on ne peut nier qu'ils appartiennent de plein droit &#224; l'&#339;uvre d'un philosophe et constituent autant d'expressions de leur doctrine index&#233;es &#224; des contextes d'&#233;nonciation particuliers ; mais aussi &#224; s'interroger sur la fa&#231;on dont le biographique participe de l'&#233;laboration de la doctrine elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Dominique Maingueneau propose (p.29 sq) la distinction entre la personne, le philosophe et l'inscripteur (lui-m&#234;me d&#233;doubl&#233; en &#233;nonciateur et auteur) : &#171; En invoquant un nom propre, on ne d&#233;signe que l'entrelacs mouvant d'instances qui s'enveloppent : un &#233;tat-civil, une trajectoire de philosophe et un processus d'&#233;nonciation [&#8230;] Aucune de ces instances n'est isolable ou r&#233;ductible aux autres, leur &#233;cart est la condition de la mise en mouvement de cr&#233;ation intellectuelle &#187;. Il montre comment &#171; dans le &lt;i&gt;Discours de la M&#233;thode&lt;/i&gt; de Descartes, le lecteur est confront&#233; &#224; un &#171; &#233;nonciateur &#187; qui raconte la vie de la &#171; personne &#187; qui a construit une trajectoire de &#171; philosophe &#187;, laquelle le m&#232;ne de la scolastique &#224; une doctrine nouvelle. Parcours qui ne fait qu'un avec l'exposition de cette doctrine. Une bonne part de la s&#233;duction qu'exerce ce texte tient pr&#233;cis&#233;ment &#224; cela : les 3 instances montrent leur diff&#233;rence et leur unit&#233;, dans le mouvement d'une &#233;nonciation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que travailler avec des &#233;l&#232;ves ces trois instances et leurs fonctions respectives pourrait les aider &#224; se rep&#233;rer dans les exigences de la dissertation par exemple, lorsqu'on leur demande &#224; la fois l'expression d'une pens&#233;e personnelle, la vis&#233;e d'universalit&#233;,l'utilisation des auteurs, l'agencement d'un discours ordonn&#233;,(et que subsiste partout dans les manuels m&#233;thodologiques l'absurde bannissement du &#171; je &#187; !) ; bref &#224; y voir un peu plus clair dans les questions&#171; qui parle(nt)dans une dissertation ? A qui s'adresse-t-elle ? Sous quel r&#233;gime d'&#233;nonciation ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son chapitre comporte aussi une tr&#232;s int&#233;ressante analyse de l'allocution prononc&#233;e par Hegel l&#224; l'ouverture de ses le&#231;ons &#224; l'Universit&#233; de Berlin le 22 octobre 1818.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Cl&#233;ment dans le chapitre &#171; Ce que la m&#233;thode doit &#224; la vie &#187;s'int&#233;resse au&#171; r&#233;cit m&#233;thodique &#187;soit l'ensemble des textes o&#249; les auteurs racontent de quelle fa&#231;on et dans quelles circonstances ils ont d&#233;couvert et &#233;labor&#233; leur &#171; m&#233;thode &#187; : &#171; un r&#233;cit &#233;crit &#224; la premi&#232;re personne du singulier se propose un objectif th&#233;orique, sp&#233;culatif &#187;. (p.54)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il analyse les raisons et la signification philosophique du fait que Descartes ait choisi la forme du r&#233;cit (dans le&lt;i&gt;Discours de la M&#233;thode&lt;/i&gt;) pour exposer sa m&#233;thode et le parcours biographique et intellectuel qui l'y mena, alors que Pascal, au contraire, se refusa &#224; tout r&#233;cit de ce type (le &#171; M&#233;morial &#187; relatant son illumination de 1654 ne devait en effet pas figurer dans son &#339;uvre, m&#234;me si les &#233;diteurs ne respect&#232;rent pas cette d&#233;cision).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Cossutta, dans le chapitre &#171; Le statut du biographique dans le discours philosophique &#187;, distingue la vie &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; philosophe, la vie &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; philosophe, et la vie &lt;i&gt;philosophique&lt;/i&gt;, et montre comment ces trois &#171; figures &#187; du biographique s'entrecroisent et se reconfigurent diff&#233;remment selon les &#233;poques et les courants philosophiques. Par exemple, comment les &#171; vies de philosophes &#187; sont un genre textuel qui assure la mise en forme narrative de la &#171; vie du philosophe &#187; en &#171; vie philosophique &#187;, en s'appuyant sur le r&#233;cit par Diog&#232;ne La&#235;rce de la vie de Pyrrhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il montre aussi comment, alors m&#234;me que le philosophe, dans la vis&#233;e universalisante de l'expos&#233; de sa doctrine, cherche &#224; neutraliser et &#224; effacer, les &#233;l&#233;ments contingents et subjectifs de son &#233;laboration, il n'en est pas moins contraint d'expliciter dans des textes &#171; marginaux &#187; (pr&#233;faces, postfaces, entretiens, autobiographie intellectuelle etc..)les liens entre ses &#339;uvres, de les situer les unes par rapport aux autres, afin de construire une &#339;uvre coh&#233;rente. D'o&#249; sa th&#232;se du &#171; biographique comme m&#233;diation entre doctrine et &#339;uvre &#187; (p.137).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il analyse ensuite les genres philosophiques comme la confession, la m&#233;ditation, le journal intime, la r&#234;verie, qui, d'Augustin &#224; Kierkegaard en passant par Descartes, Rousseau et Nietzsche,instituent &#171; la particularit&#233; d'une vie comme condition d'acc&#232;s &#224; la v&#233;rit&#233; de l'existence &#187; (p. 140) ; et montre que pour certains auteurs, on peut aller jusqu'&#224; dire que &#171; le biographique se fond dans le philosophique en devenant le ressort m&#234;me de l'&#233;criture et un rouage essentiel de la doctrine &#187; (p. 145).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre ces trois contributions, sur lesquelles j'ai voulu insister, l'ouvrage comporte aussi des textes de : Dinah Ribard sur les vies de philosophes &#224; l'&#233;poque moderne, Pascale Delormas sur Rousseau, Jean-Fran&#231;ois Bordron sur Maine de Biran et Christophe Giolito sur Auguste Comte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acireph.org/local/cache-vignettes/L203xH322/cossutalesformulesphilopetit-7ff98.jpg?1707890130' width='203' height='322' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me livre &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les formules philosophiques&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;est sous-titr&#233; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;D&#233;tachement, circulation, recontextualisation&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. Il s'int&#233;resse &#224; tous ces &#233;nonc&#233;s courts qui sont d&#233;tach&#233;s d'une &#339;uvre, et ne cessent de circuler et d'&#234;tre recontextualis&#233;s de multiples mani&#232;res dans tous types de discours, y compris hors de la sph&#232;re philosophique : par exemple &#171; on ne se baigne jamais dans le m&#234;me fleuve &#187;, &#171; connais-toi toi-m&#234;me &#187;, &#171; la mort n'est pas &#224; craindre &#187;, &#171; l'homme est un loup pour l'homme &#187;, &#171; l'existence pr&#233;c&#232;de l'essence &#187; etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage &#171; se propose d'analyser la nature, la forme et les fonctions discursives de ces &#233;nonc&#233;s d&#233;tach&#233;s qui op&#232;rent comme un condens&#233; de sagesse ou de doctrine en formulant l'essentiel d'une position qui devient alors identifiable et facilement accessible sous forme m&#233;morable &#187; (p. 10). Il s'agit de se demander quels r&#244;les ces &#171; formules &#187; jouent d'une part dans l'&#233;laboration de la discursivit&#233; philosophique, d'autre part dans les pol&#233;miques philosophiques &#224; travers les gloses, commentaires et interpr&#233;tations, enfin dans la transmission et la diffusion de la philosophie par les manuels, dictionnaires, cours et bien s&#251;t par l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Lhomme, dans le premier chapitre du livre &#171; Formules philosophiques et &#233;criture formulaire &#187;, s'int&#233;resse d'abord aux conditions de d&#233;tachabilit&#233; (sur lesquelles revient aussi J.F. Bordron dans le chapitre suivant &#171; Figures du d&#233;tachement &#187;) des &#233;nonc&#233;s philosophiques, conditions rh&#233;torico-syntaxiques, conditions s&#233;mantiques et conditions rh&#233;torico-stylistiques, et aux aventures plus ou moins heureuses de leur&#171; seconde vie &#187; (celle qu'ils m&#232;nent apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;tach&#233;s du texte source) : ils peuvent fonctionner comme &#171; embl&#232;mes &#187;, voire comme slogans, rejoindre la cohorte des maximes de la &#171; sagesse des nations &#187;, subir des distorsions ou d&#233;perditions de sens, voire donner lieu &#224; des contresens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si on se place du point de vue de leur r&#244;le dans le texte source, on peut voir comment les &#171; formules &#187; fonctionnent comme &#171; une v&#233;ritable matrice g&#233;n&#233;ratrice &#187;, le texte &#233;tant alors le d&#233;ploiement (ou le &#171; d&#233;veloppement &#187; au sens math&#233;matique) d'une formule. Cette id&#233;e, qui am&#232;ne l'auteur &#224; parler d' &#171; &#233;criture formulaire &#187; pour d&#233;signer &#171; la fa&#231;on dont le texte configure, dans le proc&#232;s m&#234;me de son &#233;criture, une partie des op&#233;rations qu'il invite son lecteur &#224; effectuer &#187; (p.35), est exemplifi&#233;e par l'analyse de textes de Bergson, de Marx, de Feuerbach, de Hegel, de Pascal&#8230; Mais pour percevoir cela, &#171; il faut, contre toute une tradition scolaire, admettre une bonne fois pour toutes que la rh&#233;torique elle-m&#234;me est pensante. Autrement dit, que les figures du discours &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; des figures de pens&#233;e &#187; (p. 51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Cossutta, dans le chapitre &#171; Le r&#244;le des formules dans le discours philosophique &#187;, s'attache dans un premier temps &#224; pr&#233;ciser la distinction entre &#171; formule &#187; et &#171; citation &#187; (tout fragment d'un texte est citable, mais la formule poss&#232;de des caract&#233;ristiques qui l'objectivent comme telle et permettent sa reconnaissance par le lecteur), et entre &#171; formule &#187; et &#171; th&#232;se &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il analyse d'abord le r&#244;le des formules dans l'interdiscours philosophique : &#171; messag&#232;res doctrinales &#187;, elles circulent et se reconfigurent dans des textes seconds qui assurent la m&#233;diation entre les &#339;uvres, les &#339;uvres et leurs lecteurs, entre les lecteurs, elles participent ainsi &#224; un &#171; incessant mouvement de r&#233;appropriations formulaires li&#233;es &#224; la communication, &#224; la transmission et aux apprentissages &#187; (p. 85) qui fait vivre et r&#233;active les &#339;uvres philosophiques bien au-del&#224; du strict champ de la philosophie, jusque dans l'espace public et les autres formes de discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, en ce qui concerne leur r&#244;le dans l'&#233;laboration d'une philosophie(pp. 89-94), les formules contribuent &#224; r&#233;soudre deux sortes de tensions inh&#233;rentes au discours philosophique.D'une part la &#171; tension entre le statut d'id&#233;alit&#233; d'un ensemble doctrinal et la n&#233;cessit&#233; dans laquelle il est de se d&#233;ployer dans la mat&#233;rialit&#233; discursive des &#339;uvres &#187; : la formule constitue &#224; la fois le point de condensation maximale d'une doctrine, et le germe de son red&#233;ploiement dans les diff&#233;rents textes et les diverses formes d'exposition que son auteur &#233;labore, en fonction des circonstances, du public et du but vis&#233;s etc.. D'autre part, la &#171; tension entre la singularit&#233; d'une voix, d'un corps, d'un ethos port&#233;s par l'&#233;nonciation philosophique et la n&#233;cessaire g&#233;n&#233;ralisation d'un discours qui d&#233;singularise l'&#233;nonc&#233; doctrinal pour lui donner une port&#233;e universelle &#187; :car la formule est &#224; la fois un &#233;nonc&#233; universalisant et la marque, le &#171; sceau &#187; qui le rattache &#224; une identit&#233; philosophique reconnaissable et originale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre &#171; Mots d'ordre, mots de passe en philosophie : les &#233;nonc&#233;s formulaires &#187;, Francine Cicurel s'int&#233;resse au r&#244;le des formules dans la transmission(par la lecture, par l'enseignement, par la vulgarisation) des textes et de la pens&#233;e philosophiques. Supports de lecture et d'appropriation d'un texte, &#233;l&#233;ments des reprises, r&#233;sum&#233;s et reformulations dans l'enseignement, les dictionnaires, les manuels etc&#8230;, objets de commentaires, les formules constituent la base d'une multiplicit&#233; de transformations que subissent les textes philosophiques en vue de leur transmission, et dont F. Cicurel analyse les diff&#233;rentes formes et processus. Elle illustre son propos par l'&#233;tude de deux textes (l'un sur Husserl, l'autre sur Heidegger) o&#249; L&#233;vinas expose les fondements de la ph&#233;nom&#233;nologie afin de la faire conna&#238;tre au public fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage comporte en outre des textes de Malika Temmar (&#171; Formules, sentences, maximes, la glose en philosophie : l'exemple de Merleau-Ponty &#187;), Khodayar Fotouhi (&#171; &lt;i&gt;Entre&lt;/i&gt; Foucault et Derrida : le sort d'un &#233;nonc&#233; cart&#233;sien &#187;), Alain Rabatel (&#171; Des formules aphoristiques (dans le &lt;i&gt;Dictionnaire philosophique&lt;/i&gt; de Comte-Sponville au service du sujet philosophant : co&#233;nonciation, sur&#233;nonciation, sous&#233;nonciation &#187;) et Dominique Maingueneau (&#171; La formule philosophique et ses commentaires &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre l'int&#233;r&#234;t qu'on peut y prendre en tant que lecteurs de textes philosophiques, l'int&#233;r&#234;t p&#233;dagogique de ce livre est grand. Certaines de ces &#171; formules &#187;, en effet, nos &#233;l&#232;ves les connaissent souvent quand ils arrivent en Terminale (je pense par exemple &#224; l'universelle renomm&#233;e de &#171; l'homme est un loup pour l'homme &#187; !) ; m&#234;me s'ils n'en comprennent que tr&#232;s partiellement le sens, elles sont l&#224; comme un signe de reconnaissance d'apprentis philosophes qui voudraient bien en savoir plus, mais vous font savoir qu'ils savent d&#233;j&#224; cela&#8230; Ces formules, nous les utilisons dans nos cours, nous les commentons, nous en servons comme des entr&#233;es dans la pens&#233;e d'un auteur (comme le dit D. Maingueneau, ces &#171; formules cl&#233; &#187; sont &#224; la fois des &#171; cl&#233;s de porte &#187; et des &#171; cl&#233;s de vo&#251;te &#187;(p. 202)), nous incitons les &#233;l&#232;ves &#224; les m&#233;moriser pour retenir &#171; l'essentiel &#187; de la pens&#233;e d'un auteur, nous nous servons de leur forme de maxime ou d'aphorisme, parfois &#233;nigmatique, pour enclencher une r&#233;flexion qui en d&#233;ploie tous les sens et permet de probl&#233;matiser une question etc&#8230; Ce livre peut nous &#233;clairer sur ce que nous faisons quand nous faisons tout cela, et fournir une multitude d'exemples utilisables en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il nous met aussi sur la voie de diff&#233;rentes possibilit&#233;s de faire travailler les &#233;l&#232;ves sur l'&#233;criture et la lecture philosophiques, justement parce qu'il se situe dans la perspective de l'analyse du discours philosophique. Et bien qu'il ne soit pas du tout un livre de didactique de la philosophie, certaines de ses analyses et formulations sont en quelque sorte &#171; pr&#234;tes &#187; &#224; &#234;tre traduites en dispositifs p&#233;dagogiques. Je n'en donnerai que deux exemples : &#171; r&#233;diger un texte c'est le reformuler constamment &#224; mesure qu'on l'&#233;labore, c'est &#233;crire d'un jet puis reprendre, corriger et faire ressortir, en pr&#233;parant leur autonomisation, les points saillants du discours &#187; (F. Cossutta, p. 101) ; et &#171; lire c'est certes pouvoir d&#233;chiffrer et interpr&#233;ter en fonction de ses propres normes et des usages en circulation mais c'est aussi pouvoir faire un r&#233;el travail de construction, c'est observer ce qui n'est pas imm&#233;diatement visible et que demande l'exigeante activit&#233; de la lecture philosophique. S'attacher &#224; ce qui fait formule est en quelque sorte aller sur la trace d'une pens&#233;e &#187; (F. Cicurel, p. 129).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nous d'en faire notre miel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicole Grataloup&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une pr&#233;sentation plus d&#233;taill&#233;e des enjeux philosophiques, &#233;pist&#233;mologiques et m&#233;thodologiques de cette approche, on pourra se r&#233;f&#233;rer au n&#176; 119 de la revue&lt;i&gt;Langages&lt;/i&gt;(septembre 1995) :&lt;i&gt;L'analyse du discours philosophique&lt;/i&gt;, coordonn&#233; par F. Cossutta.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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